- il y a 5 mois
Nous plongeons aujourd’hui dans l’univers de l’Art Déco, un mouvement né il y a un siècle et consacré lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Alors qu’il est à l’honneur cette année dans plusieurs expositions, et notamment au cœur de la Foire FAB Paris, nous en évoquons son marché avec Élie Massaoutis, commissaire-priseur et responsable du design chez Phillips, et Patrick Fourtin, galeriste et expert Art Déco.
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00:00Nous plongeons aujourd'hui dans l'univers de l'art déco, un mouvement qui continue de séduire collectionneurs et amateurs à travers le monde.
00:11Ce mouvement fête cette année ses 100 ans avec la date importante de l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes 1925.
00:20Pour parler de son marché, j'ai le plaisir d'accueillir deux invités.
00:23Elie Massautis, vous êtes commissaire priseur et responsable du design pour la France chez Philips, la maison de votre encher.
00:28Merci de vous connaître avec nous.
00:29Merci de me recevoir.
00:30Et Patrick Fourtin, vous êtes fondateur de la galerie Éponyme et expert reconnu en art déco. Merci d'être avec nous.
00:35Merci à vous.
00:36Je me tourne tout de suite vers vous. Est-ce que vous pouvez nous donner une définition esthétique du mouvement ?
00:41Je pense que le grand public peut un peu confondre parfois avec Art Nouveau.
00:47Justement, tout ça c'est toujours un peu caricatural la description, mais je pense que c'est un peu une réaction pour laisser derrière soi l'Art Nouveau, le XIXe siècle.
00:56Et après il y a eu une effervescence artistique dans beaucoup de mouvements, que ce soit la peinture.
01:04Et on a, je dirais, l'art déco c'est un peu une étiquette sur une période qui balaye un peu large.
01:13Mais sur le mouvement des meubles, alors c'est assez, d'une façon caricaturelle, on dit toujours la même chose.
01:19Les beaux matériaux, les lignes droites, tout ça, sachant qu'il y a des gens qui sont un petit peu des ovnis par rapport à tout ça.
01:26Mais c'est vrai qu'au début c'était une niche.
01:32On a eu affaire à des gens qui ont été un petit peu avant-gardes, qui ont contacté des artistes, qui leur ont passé des commandes.
01:43Et ces gens avaient souvent des moyens.
01:45Donc pour le grand art déco, enfin pour les non reconnus, on leur a fait confiance.
01:49Il y a eu des influences avec les arts africains, les arts chinois, le voyage, le public, le théâtre, Josephine Bakker.
01:59Et tout ça a été un petit peu entremêlé.
02:02Et on parle surtout de mobilier du coup.
02:04On parle de mobilier, mais l'art déco c'est vraiment, c'est une étiquette sur une période.
02:10Moi je parle de l'art déco parce que je suis confronté en tant que galeriste.
02:13Mais il y a eu, c'est un mouvement planétaire.
02:16C'était à New York, c'était partout en Europe.
02:19D'ailleurs l'exposition de 1925, de mémoire, regroupait 21 pays, 21 pavillons.
02:26Donc ce n'était pas une exposition comme celle qui va être aux arts décoratifs, qui va être formidable, dans un lieu.
02:32Là il y avait plusieurs pavillons, de la taille du petit palais, entre le grand palais et les Invalides.
02:38Donc c'était vraiment quelque chose de prestigieux.
02:41Et tous les pays ont cherché à éblouir les autres pays par les meilleurs faiseurs, les meilleurs artisans et tout ça.
02:49Et est-ce que c'est important pour le marché de fêter un anniversaire comme ça ?
02:53Est-ce qu'on se saisit de ces anniversaires, les 100 ans, l'art déco ?
02:56Oui.
02:57Ou vous faites de toute façon des ventes tous les ans ?
02:59Alors les ventes sont biannuelles en général pour les ventes de divers amateurs.
03:05Après évidemment un centenaire comme celui-ci, les maisons de vente aux enchères vont essayer de faire un focus sur l'art déco.
03:13Ça c'est évidemment, on va tous essayer de présenter des pièces phares et des pièces importantes de ce mouvement.
03:21Et cette année du coup, est-ce qu'il y a une prochaine vente qui est prévue ?
03:25Alors notre prochaine vente à Londres, chez Philippe, ça aura lieu le 4 novembre prochain, la vente de design.
03:32On n'a pas encore clôturé la vente, donc on cherche encore des trésors à y mettre.
03:39Et là, l'art déco, ça s'adresse à qui ? Est-ce que c'est une catégorie de collectionneurs qui est déjà très avertie ?
03:47Ou alors vous devez faire beaucoup de pédagogie ? À qui est-ce que vous vous adressez ?
03:52Non, en général les collectionneurs d'art déco sont soit des connaisseurs, soit des décorateurs ou évidemment des marchands.
04:01Mais en général les gens qui s'intéressent à l'art déco et aux pièces importantes connaissent le mouvement, connaissent les artistes les plus importants et qu'ils le recherchent.
04:12Donc c'est pas encore grand public ?
04:15Si, c'est grand public parce que ça fait quand même bientôt 50 ans que l'art déco est à la mode.
04:21Depuis 1972, avec la collection de Jacques Doucet qui passait en vente, le mouvement et l'intérêt pour l'art déco a toujours été grandissant.
04:30Oui.
04:31C'est ce que vous remarquez aussi, donc vous avez presque 30 ans d'expérience pour les galeries.
04:36Comment est-ce que vous voyez l'évolution ? Est-ce qu'au début vous avez dû faire beaucoup de pédagogie, etc. ?
04:43Comment est-ce que vous avez vu l'évolution de l'intérêt pour ce mouvement ?
04:45Le monde a changé sur plusieurs niveaux.
04:47Dans les années 70, il y avait une minorité de collectionneurs, de marchands ou de personnes averties.
04:55Il n'y avait pas les réseaux sociaux.
04:57Donc la vente de Jacques Doucet, c'était quand même la grande vente, entre autres, celle de Karl Lagerfeld et ainsi de suite.
05:04Mais c'était confidentiel.
05:05Les catalogues, vous aviez trois images et le reste c'était une description.
05:10Ils ont été les rois du monde.
05:11Ce qui a fait que tous ces gens ont pu créer des collections à ce moment-là, parce qu'ils étaient là, parce qu'ils avaient 30 ans de plus.
05:17C'est ce qui est absolument naturel.
05:18Et ce qu'on oublie de dire aussi, c'est qu'à ce moment-là, alors je ne sais plus si c'est en 75, 76, il y a déjà eu une exposition aux arts décoratifs pour célébrer le cinquantenaire de l'exposition de 1925.
05:34Donc tout ça, ça a commencé à fonctionner ensemble.
05:36Après, le marché a évolué.
05:40Le problème, si on peut dire problème, c'est que les pièces de qualité sont comptées ou sont rares.
05:46Après, il y a eu, comme au 18e siècle, les pièces pour Versailles, pour tout ce qu'on veut, et puis du mobilier fait dans les provinces avec un esprit art déco.
05:58Mais l'élite, les grands créateurs étaient déjà très chers, où ils étaient déjà, il fallait qu'on puisse suivre.
06:05Et puis ça cautionnait un style de vie, un grand goût, des niveaux financiers, tout ce que, voilà, les gens surfaient la vague.
06:13Donc toutes ces pièces-là, elles étaient déjà bien implantées là où il fallait, dans des milieux aristocratiques, partout.
06:20Et elles sont sorties un peu en même temps.
06:23Maintenant, les gens les ont depuis longtemps, donc on en revoit de temps en temps, mais il n'y en a pas tous les jours.
06:27C'est de plus en plus difficile, d'ailleurs.
06:29Donc elles sont très rares.
06:30Après, on espère, quand il y a des successions, elles recirculent.
06:34Mais toutes celles qui sont déjà dans les musées aux États-Unis ou en France, elles ne bougeront plus.
06:38Donc les taux se resserrent.
06:41Et Dieu merci à des commissaires priseurs comme Elie ou des...
06:45Non, mais je le pense profondément.
06:47Des grands marchands et qui, j'ai un respect inouï, parce que grâce à ces gens, ils ont essuyé les plâtres,
06:54ils ont défendu bec et ongles ce marché parce que ça n'a pas toujours été facile.
06:59Et grâce à tous ces gens-là, beaucoup de gens peuvent collectionner, acheter, soutenir des prix, ainsi de suite.
07:05Mais effectivement, le challenge aujourd'hui, c'est vraiment de trouver les belles pièces.
07:09Est-ce que des belles pièces bien facturées, mais peut-être plus accessibles, etc., ça se trouve moins dans ce moment-là ?
07:16Je vais vous donner un exemple.
07:18Par exemple, Jacques-Emile Ruhlmann, qui est considéré comme le Riesner du XXe siècle.
07:24Riesner, c'était un ébéniste du XVIIIe siècle, qui a vraiment brillé au moment de l'exposition universelle avec son pavillon du collectionneur.
07:31Vous trouvez des pièces de Ruhlmann pour quelques milliers d'euros, pour les premiers prix.
07:39Ensuite, vous avez, pour une paire de fauteuils par exemple, vous avez des modèles qui se vendent autour de 40 000 euros,
07:45puis vous avez des modèles qui font un million et demi.
07:47Récemment d'ailleurs.
07:48Récemment d'ailleurs, voilà.
07:50Donc là, on est vraiment sur l'ambiguïté aussi de ce marché, c'est-à-dire qu'il y a des pièces vraiment très importantes,
07:59les pièces qui sont recherchées par les vrais collectionneurs, par vraiment les personnes qui connaissent et qui ont les moyens financiers pour acheter ces pièces-là.
08:06Mais à côté de ça, vous avez aussi toute une production, soit parce qu'elle est moins rare, soit parce qu'elle est plus facilement accessible,
08:13parce que la production a été plus importante pour certaines pièces, où là, les prix ne sont pas les mêmes.
08:20Absolument, les pièces les plus recherchées, quel serait le graal de tout collectionneur qui est spécialisé ?
08:27Un collectionneur va chercher la rareté, la qualité et puis évidemment la provenance.
08:33Donc quand vous réunissez les trois et que par exemple c'est la première fois qu'un modèle passe sur le marché,
08:38là vous avez vraiment ce qui s'est passé récemment avec une paire de fauteuils de Roulemans qui se sont passés en vente récemment et qui ont fait un million et demi.
08:49Mais pour un autre modèle, par exemple le modèle Gonç, nous avions fait le record du monde il y a quelques années chez Philips, à un million cinq en dollars.
08:58Mais c'est des modèles qui n'apparaissent jamais sur le marché.
09:01Après si je peux me permettre, des gens comme Roulemans qui sont merveilleux, à différence d'un Pierre-le-Grain ou d'autres artistes qui faisaient une pièce de temps en temps,
09:10Roulemans était ce qu'on appelait un ensemblier, c'est-à-dire qu'il pouvait réaliser votre maison, votre hôtel particulier, du tapis, de la poignée de porte, de la boiserie.
09:19Et il y avait des meubles meublants et il y avait des pièces d'apparat.
09:23Il y a ce côté-là aussi, c'est pour ça qu'il y a des pièces qui sont plus rares et d'autres, on peut se permettre de les acheter aussi.
09:28D'ailleurs c'est intéressant parce que le terme d'ensemblier a complètement disparu du vocabulaire aujourd'hui.
09:33Mais donc qu'il dessinait les tissus, il dessinait les papiers peints, les luminaires, la porcelaine et le mobilier évidemment.
09:41Et donc des décors entièrement pensés par lui.
09:45Et aujourd'hui on ne fait plus tellement la distinction parce qu'un designer il va s'intéresser au mobilier
09:51ou il va avoir une fourchette un peu plus large, il peut s'intéresser à d'autres domaines.
09:57mais Ruhlmann était connu pour vendre des meubles sur lesquels il perdait de l'argent.
10:04D'accord.
10:04Donc il gagnait de l'argent avec toute son entreprise de décoration.
10:10Mais les meubles les plus importants, il y avait tellement d'heures de travail dessus,
10:15c'était vraiment la Rolls-Rolls de la qualité pour les mobiliers.
10:19Et donc ces meubles-là nécessitaient un savoir-faire et un nombre d'heures.
10:25Parce que est-ce que la signature a tant d'importance que ça ?
10:28Parce que j'entends beaucoup dire que l'art déco c'est surtout la qualité des matériaux.
10:31Est-ce que de cette période-là la signature est importante ?
10:35Et pour les prochains collectionneurs qui souhaitent se tourner vers des pièces,
10:38est-ce que c'est important ou c'est en priorité vraiment le savoir-faire ?
10:43C'est-à-dire que l'un va avec l'autre la plupart du temps.
10:47On peut trouver des belles pièces d'art déco bien sûr,
10:52mais sans nom derrière, sans signature, l'intérêt sera moindre.
10:58Et le marché réagit par rapport à l'offre et à la demande.
11:01C'est un peu comme à la bourse, on veut les blue chips, les choses un petit peu au niveau.
11:05Mais pour revenir à Rollman, il y a des pièces, j'ai vu ça dans des articles,
11:09on disait que certaines commoves ou certains meubles coûtaient tellement cher en temps,
11:14en travail et en prix de revient, que c'était l'équivalent du prix d'une hispano-suesa.
11:19Donc tu disais Rolls-Royce, on n'était pas loin.
11:21Pour vous dire, c'était quand même...
11:23Malheureusement, on ne parait pas pour tout le monde.
11:26Il me semble que certains collectionneurs vendaient des hectares entiers
11:29pour se payer des meubles de Rollman.
11:31Ah oui, d'accord.
11:32Il nous reste 30 secondes, est-ce que vous auriez un petit tip à donner
11:35à de jeunes collectionneurs pour vraiment avoir l'œil pour concevoir,
11:40pouvoir bien un objet d'art déco ?
11:42Alors, moi je dirais qu'il y a un équilibre.
11:45Oui.
11:45Il y a un équilibre et la qualité se voit quand vous ouvrez les portes,
11:49vous regardez la fabrication, comment les plaquages sont traités,
11:53comment les serrures sont dans les matériaux utilisés, etc.
11:59Et un conseil, c'est d'acheter d'abord ce que vous aimez.
12:02Ça, c'est la bonne réponse.
12:03Moi, ce qui me touche, ce qui est important,
12:05c'est qu'il y a des expositions comme celles des arts décoratifs et d'autres.
12:09Et j'espère qu'une nouvelle clientèle va venir.
12:12Je parle clientèle égoïste au moment,
12:13mais ouvrir le regard à des gens de 20 ans, 30 ans,
12:18voir ce qui se passait un petit peu avant, c'est important.
12:20Merci beaucoup à tous les deux.
12:22Elie Massaouti, je rappelle que vous êtes commissaire-priseur
12:24et responsable du design pour la France chez Philippe.
12:26C'est Patrick Fourtin, fondateur de la galerie Eponyme,
12:29expert reconnu en Ardèque.
12:30Merci à tous les deux et merci à vous toutes et à tous de nous avoir suivis.
12:34C'était Arrêt Marché.
12:34Sous-titrage Société Radio-Canada
12:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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