00:00C'est Emmanuelle Gallichet qui est avec nous, enseignante, chercheure en sciences et technologies nucléaires au Conservatoire National des Arts
00:06et Métiers Le CNAM.
00:07Bonjour, merci d'être avec nous.
00:09Sur ce plateau, on parle d'Emmanuel Macron qui a précisé hier l'évolution de la doctrine nucléaire française.
00:15Ce sera donc Paris et Berlin qui mettent en place un groupe de pilotage nucléaire bilatéral.
00:20Huit pays ont accepté de participer, il a dévoilé tout ça hier.
00:24Qu'est-ce que vous retenez de cette conférence de presse conjointe ?
00:28Alors, il y a deux choses.
00:31Il y a le fait effectivement d'élargir vraiment le concept de la dissuasion et donc ce nouveau concept de
00:40dissuasion avancée
00:41qui donc met vraiment l'Europe au cœur de la défense de la France.
00:47Et puis l'augmentation du nombre de têtes nucléaires, évidemment, c'est vraiment quelque chose de tout à fait nouveau.
00:56290, là on a actuellement, c'est le nombre qu'on a, mais par contre, ils n'ont pas voulu
00:59donner les chiffres sur le nombre de têtes qu'on allait atteindre.
01:02Oui, effectivement, la communication à partir d'aujourd'hui, on va dire, c'est de ne plus communiquer sur le
01:08nombre.
01:08C'est un petit peu normal parce que justement, si on veut augmenter, il ne vaut mieux pas qu'on
01:12dise de combien.
01:13C'est un peu comme sur les punitions, on ne va pas dire quelle sera la punition pour un enfant
01:18qui fait une bêtise.
01:19Il faut vraiment qu'il y ait une peur.
01:20Donc le fait d'avoir un flou, même sur le nombre de têtes, est extrêmement important.
01:25Mais est-ce qu'on pourrait imaginer l'ampleur que ça pourrait être, cette augmentation des têtes nucléaires ?
01:29Parce que là, effectivement, c'est la France qui détenait ce pouvoir, qui va le garder d'ailleurs.
01:32Mais si c'est étendu à ses partenaires européens, on imagine que d'un point de vue industriel, on va
01:37avoir une force de frappe plus importante, vraiment.
01:39Oui, oui, absolument.
01:40Et en fait, je pense que l'idée de tout cela, c'est de dire que l'Europe compte au
01:45niveau international,
01:47que vous avez maintenant quatre grands centres, c'est-à-dire les États-Unis, la Russie, ça a toujours été,
01:53la Chine qui est en train d'augmenter également son arsenal,
01:56et nous, l'Europe, au lieu que ce soit la France, nous, l'Europe, c'est-à-dire la France
02:00et la Grande-Bretagne.
02:02Il ne faut jamais oublier qu'évidemment, bien que la Grande-Bretagne ne soit plus dans l'Union européenne,
02:07elle fait partie de l'Europe géographique.
02:10Donc, nous sommes tous les deux, France-UK, le nouveau, le nouvel acteur, je dirais, par rapport à ces trois
02:18grands.
02:19Anna-Lisa Capellini.
02:20Est-ce que ça veut dire qu'on se détache du parapluie américain et qu'on essaye de déployer au
02:24fur et à mesure un parapluie européen ?
02:26Quelque part, je pense que vous avez raison.
02:28En fait, on se rend compte que la situation internationale est de plus en plus chaotique,
02:34elle est violente, elle est parfois très agressive vers l'Europe.
02:38Et donc, on voit bien qu'avec Donald Trump, on ne sait pas trop ce que sera demain.
02:43Et donc, il est important que la France et donc l'Europe reprennent son futur en main.
02:49Donc, aujourd'hui, ça ne va pas remplacer ce matin, évidemment, ce qu'on appelle le parapluie.
02:55Attention, le parapluie, il a quand même des trous.
02:58Vous savez bien que la dissuasion ne protège pas de tout.
03:00Mais quand même, on se dit que les années vont arriver et qu'on ne sait pas trop ce que
03:05les États-Unis souhaiteront faire.
03:07On se posait la question tout à l'heure, tout ça va coûter de l'argent, qui va financer et
03:11dans quelle mesure ?
03:13Ce sera évidemment la France qui garde la main sur le bouton nucléaire, mais aussi ses partenaires.
03:17Dans quelle proportion ça va être partagé, tout ça ?
03:20Alors, sur la dissuasion nucléaire, il est clair que c'est un effort français.
03:25Le président l'a dit, puissance égale effort.
03:28Il l'a tout de suite dit dans le début de son intervention.
03:31Donc, c'est quelque chose qui est déjà programmé.
03:34On appelle ça les lois de programmation militaire.
03:37Celle que nous avons aujourd'hui prévoit la modernisation.
03:41Prévoit, elle est à peu près à 50 milliards d'euros sur la période 2024-2030.
03:48Le nucléaire, c'est à peu près 12%.
03:51Donc, vous voyez que ce n'est pas énorme.
03:53Si on fait un petit ratio, c'est 7 euros par habitant et par mois.
03:57Donc, vous voyez, la dissuasion nucléaire, avec tout ce qu'elle nous apporte,
04:01elle n'est pas si chère que ça, finalement.
04:04Par contre, sur la partie conventionnelle, vous allez avoir des discussions au niveau européen.
04:10On sait aussi qu'il va falloir augmenter la partie militaire dans le PIB de chaque pays.
04:16Évidemment, ça a un coût.
04:17Mais attention, une industrie, comme vous le disiez, militaire,
04:22c'est une économie très intéressante pour des pays.
04:27Ça génère de la croissance.
04:28Absolument.
04:29Ça génère des emplois.
04:31Ça génère de la croissance.
04:32L'industrie, c'est là où vous avez les meilleurs emplois et les meilleures rémunérations.
04:37Donc, il faut voir ça comme, je dirais, la partie positive.
04:41Annalisa ?
04:41Ce qu'on voit, en tout cas, c'est un monde, vous l'évoquiez tout à l'heure,
04:44on avait deux grandes puissances, les États-Unis et la Russie, deux grandes puissances nucléaires.
04:48Aujourd'hui, on voit un monde beaucoup plus multipolaire avec la Chine, avec la Corée du Nord, avec l'Inde,
04:53le Pakistan, peut-être l'Iran.
04:55En tout cas, c'était leur souhait.
04:57Donc, nous, on se réengage quelque part dans la course nucléaire.
05:00Alors, ce n'est pas une course nucléaire.
05:03Il faut bien voir ça autrement.
05:05Il faut voir que c'est un changement d'époque.
05:08J'ai beaucoup aimé le fait qu'hier, Emmanuel Macron a dit, nous sommes les héritiers de la dissuasion nucléaire
05:15et on va continuer à la faire passer.
05:17Je pense qu'il a totalement raison, ce concept d'héritier et donc, du coup, de matrice commune en France
05:25est importante.
05:25Il faut que les téléspectateurs le comprennent.
05:29La France a une histoire et elle a une histoire nucléaire.
05:32Et nous ne sommes pas en course au nucléaire, nous sommes en changement de paradigme international.
05:39La dissuasion dont nous héritons a été conceptualisée sur un monde qui était plutôt bipolaire.
05:47avec simplement l'URSS en face.
05:50Et nous, nous étions à côté des États-Unis, d'accord ?
05:54Aujourd'hui, c'est totalement, vous l'avez dit, totalement différent.
05:57Et donc, nous avons besoin de faire évoluer notre doctrine de manière à être crédible face à toutes les menaces
06:04étatiques.
06:05Et il le dit, pardon, il le dit juste aussi, association de pays.
06:10Donc, on voit bien qu'il faut qu'on développe une nouvelle doctrine.
06:14Une toute dernière question, très rapidement.
06:15La IEA s'est réunie hier pour faire un point sur les installations nucléaires qui sont visées, finalement, en Iran.
06:24Par rapport à juin dernier, là, pour le moment, on ne sait pas trop ce qui a été visé.
06:27Est-ce que c'est plus difficile d'atteindre ces sites-là qu'il y a huit mois ?
06:32On en est à quel point ?
06:34Alors, techniquement, ce n'est pas plus difficile.
06:36Vous l'avez entendu sur tous les plateaux.
06:38Le ciel iranien est ouvert aux alliés.
06:41Donc, c'est assez facile d'aller vers les sites.
06:45Maintenant, savoir ce qu'on y fait exactement avec un bombardement, c'est bien là le point.
06:49Il faut des gens sur place.
06:51Et c'est ce que demande la IEA depuis juin 2025.
06:55Ils veulent aller sur place, sur les installations qui ont été endommagées, pour voir quels sont les vrais dommages.
07:02Ils y vont.
07:03Ils y sont allés depuis le mois d'août sur les installations qui n'ont pas été touchées.
07:08Ça, c'est fait.
07:09L'Iran a donné l'ouverture de ces sites-là.
07:12Par contre, elles ne donnent toujours pas l'ouverture des sites endommagés.
07:16Donc, on ne sait pas, à part des images satellites, nous ne savons pas comment sont les sites aujourd'hui.
07:23Merci beaucoup pour cette analyse, Emmanuel Gallichet, enseignant de chercheur en sciences et technologies nucléaires au CNAM.
07:28Merci d'avoir été dans la matinale de l'économie.
Commentaires