- il y a 13 heures
C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :
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00:10Bonjour à tous, très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:14Thierry Nicolas est notre invité aujourd'hui, géographe, maître de conférences à l'Université
00:19de Guyane. On reviendra ensemble sur les thèmes abordés cette semaine, à commencer par cette
00:24pratique qui se dissimule de plus en plus derrière des termes banalisés. Et pourtant,
00:29c'est bel et bien de prostitution dont il s'agit, celle de mineurs, un véritable fléau en Guyane.
00:34Et les victimes sont de plus en plus jeunes. Les ravages des drogues de synthèse sur l'île de la
00:39Réunion. Sur place, on appelle la dernière venue, le doux, mais ne vous fiez pas à son nom. Derrière
00:44ce terme, un produit aux effets dévastateurs. Une seule prise suffit à rendre le consommateur addict.
00:51Et puis combien sont-ils désormais à tenter cette traversée vers l'Est, venu de République démocratique
00:57du Congo ou du Kenya ? De plus en plus de migrants fuient leur pays, destination Bayotte.
01:02Nous nous sommes rendus dans un camp de réfugiés. Extrait tout à l'heure.
01:07Bonjour Thierry Nicolas.
01:09Bonjour Karine Basse.
01:10Je suis ravie de vous accueillir sur le plateau de C'est pas si loin. En tant que maître de
01:14conférences
01:14à l'Université de Guyane, est-ce qu'il y a quelque chose que vous avez compris de ce territoire
01:19français d'Amérique du Sud, uniquement en y mettant les pieds pour la première fois il y a une dizaine
01:24d'années ?
01:24Alors c'est vrai que j'ai eu l'occasion de parcourir les Outre-mer et notamment les Dômes,
01:29donc les Antilles, la Guadeloupe, la Martinique, puis la Réunion. Et c'est vrai qu'en arrivant
01:34en Guyane, j'ai découvert un autre environnement que je ne connaissais pas, puisqu'aux Antilles
01:38j'avais affaire à un environnement plutôt balnéaire, à la Réunion un environnement
01:42plutôt montagneux, puisque j'habitais à 500 mètres d'altitude dans un quartier qui
01:46s'appelle Bellemaine à Saint-Paul. Et en Guyane, je me suis installé au bord d'un fleuve
01:52et je ne connaissais pas cette réalité, puisque j'avais plutôt vécu dans des îles.
01:56Et c'est vrai que sur un territoire continental d'Amérique du Sud, la présence d'un fleuve
02:01est un élément structurant de l'espace géographique. Et donc j'ai fait l'effort,
02:05on peut le dire ainsi, de m'installer non pas à Cayenne, mais à Saint-Laurent-du-Maroni,
02:10au bord de ce fleuve qui sert de frontière entre la Guyane française et le Suriname.
02:15Pourquoi vous parlez d'effort ? Saint-Laurent-du-Maroni, c'est vrai qu'il y a une distance
02:19non négligeable avec Cayenne où tout se joue, où tout se passe peut-être ?
02:22C'est ça que vous voulez dire par là ?
02:24Alors, c'est surtout que Saint-Laurent-du-Maroni a une mauvaise réputation.
02:27Elle est vue comme une ville des marges, une ville défavorisée entre guillemets
02:33par rapport au reste de la Guyane littorale.
02:36Et c'est vrai que d'y vivre avec pas forcément tous les équipements
02:41auxquels on s'attendrait dans une ville de cette taille,
02:44ça peut relever de challenges.
02:47Mais en tout cas, j'ai accepté de relever ce défi
02:49et ma vie a été remarquable.
02:53Et l'objectif y a été aussi, c'était le but de mon installation,
02:58de développer une antenne de l'université
03:01qui soit fonctionnelle dans l'ouest guyanais.
03:04Vous parlez de ces départements d'outre-mer que vous connaissez bien désormais,
03:09aux Antilles-Guyanes, La Réunion.
03:10On a tendance à parler des Outre-mer, justement,
03:13mais de ce que vous connaissez, de ce que vous avez vu,
03:15est-ce que vous diriez qu'il y a beaucoup plus de similitudes,
03:18de similitudes de réalité parallèle, de réalité commune, pardon,
03:22ou alors justement de réalité bien distincte
03:24entre ces territoires français d'outre-mer ?
03:26Alors, il y a beaucoup de similitudes qui sont liées
03:28à un des thèmes de recherche que j'ai développé,
03:31qui est l'insularité.
03:32La majorité des espaces ultramarins sont effectivement des îles
03:36avec des configurations très différentes.
03:38Parfois, il y a une seule île, parfois, il y a plusieurs îles.
03:41Lorsqu'il y a plusieurs îles, on est en situation parfois de double insularité.
03:45Donc, pour les îles les plus petites, ça peut être compliqué de vivre
03:48dans des territoires où parfois l'approvisionnement peut être compliqué.
03:51Et on a affaire à cet espace continental qu'est la Guyane,
03:55qui est un territoire vaste,
03:57où on retrouve une diversité aussi de populations.
04:01Et ce qui me marque aussi en Outre-mer,
04:03c'est que les populations qui s'y retrouvent et qui y vivent
04:07sont parfois cosmopolites.
04:09On a des personnes qui se sont installées
04:11ou qui ont été amenées,
04:14qui viennent d'Afrique, qui viennent d'Inde,
04:17qui viennent également de différentes régions d'Europe.
04:22Donc, on a affaire à une population vraiment très variée
04:26et qui a produit des sociétés très originales,
04:31vraiment uniques, en particulier les sociétés créoles.
04:35Mais la société guyanaise a produit et est en construction
04:39quelque chose qui est vraiment intéressant à analyser
04:42parce que ça risque de déboucher sur une société
04:45qu'on n'a jamais vue jusqu'à présent.
04:47Et compte tenu de ce que vous dites,
04:48j'ai envie de vous poser une question volontairement provoquante.
04:50Est-ce que lorsque vous êtes en Guyane,
04:51vous vous sentez plus qu'ailleurs ou moins qu'ailleurs
04:54sur un territoire français ?
04:55Alors, je me sens sur un territoire français,
04:58notamment lorsqu'on est sur l'île de Cayenne.
05:01Mais c'est vrai que lorsqu'on s'éloigne un peu
05:04de cette centralité autour de Cayenne et de Kourou,
05:07eh bien, on a l'impression d'être vraiment plongé
05:10dans un autre environnement, profondément sud-américain,
05:13avec quelques touches aussi de la Caraïbe.
05:17On va enchaîner avec le premier thème
05:19sur lequel vous avez choisi de réagir cette semaine,
05:21Thierry Nicolas.
05:22C'est un secret de Polychinelle en Guyane, justement,
05:24chez les mineurs, la prostitution fait des ravages.
05:27Pour se nourrir ou s'habiller,
05:29de plus en plus d'adolescents bascule dans cet enfer.
05:32Extrait.
05:36Aline Talbot est assistante sociale.
05:38Elle a créé en Guyane l'association Mayuri Rochefamie,
05:42un centre d'hébergement pour les jeunes filles mères sans ressources.
05:47Ça va bien ?
05:50Certaines ont été confrontées très jeunes à la prostitution,
05:54comme Jamila, immigrée haïtienne victime de proxénétisme
05:58par sa famille d'accueil.
06:01Tu es arrivée en Guyane en 2019.
06:05Donc, tu te retrouves livrée à toi-même,
06:08avec une famille que tu ne connais pas.
06:10Et qu'est-ce qui se passe ?
06:11J'étais obligée de s'entendre avec quelqu'un que j'aimais pas,
06:14juste pour participer.
06:16D'accord.
06:17C'est la maison.
06:18Combien d'argent ils te donnaient, en fait ?
06:21Parfois, ils me donnaient 500.
06:24500 euros par mois ?
06:25Parfois, ils me donnaient 1 000 euros.
06:271 000 euros par mois ?
06:28Ah, OK.
06:29À la hauteur de trois rapports sexuels par semaine.
06:38On me maltraitait.
06:40On ne me donnait pas à manger.
06:42J'avais 14 ans.
06:45J'ai fait juste ça par suivi.
06:46Je ne savais pas que c'était la prostitution.
06:49Je voulais sauver ma vie, en fait.
06:53C'est toujours le même profil.
06:54Ça commence déjà par la fragilité.
06:56L'isolement, sans famille, sans adulte référent,
07:02sans quelqu'un qui est vraiment là pour protéger.
07:05Donc, il y a cette vulnérabilité déjà au niveau familial.
07:09C'est cette base où les prédateurs,
07:12c'est vraiment la porte d'accès.
07:14Cette précarité extrême, en fait.
07:17Lorsque nous avons proposé cette émission lundi,
07:19Thierry Nicolas,
07:19l'un de nos invités nous disait
07:20combien la Guyane cumule les vulnérabilités,
07:23d'où l'importance de ce fléau
07:25qu'est la prostitution des mineurs,
07:26et notamment une vulnérabilité géographique.
07:29Les longues distances,
07:30l'éloignement avec la famille,
07:32et donc moins de sécurité.
07:33Est-ce qu'il y a à vos yeux, évidemment,
07:35un lien de causalité ?
07:36Oui, et je rajouterai au terme
07:38que vous avez mentionné,
07:40celui d'informalité.
07:41Parce que beaucoup de réalités
07:44dans les Outre-mer
07:46participent d'une réalité informelle.
07:48et la prostitution,
07:49notamment des mineurs,
07:51entrent totalement dans ce cadre.
07:54Et ce reportage montre à quel point,
07:56finalement,
07:57il peut exister ce que j'appelle
07:59une informalité peu visible.
08:02Parce que peu de gens en Guyane
08:04ont conscience de cette réalité-là,
08:06puisqu'il existe une prostitution,
08:07on va dire, assez classique,
08:09des rues ou des bars que l'on peut observer.
08:11Mais celle-ci est quand même cachée.
08:13Parce que, d'une part,
08:16ces prostituées mineures
08:17ne se retrouvent pas forcément
08:18sur la rue ou dans les bars.
08:21D'autre part,
08:22parce que leur apparence vestimentaire
08:24ne permet pas de les reconnaître
08:26de premier abord.
08:27Et surtout,
08:28parce que pas mal de ces pratiques
08:30se font dans un cadre plutôt restreint,
08:32celui de la famille,
08:34d'un proche,
08:35ou de ce qu'on appelle
08:36un lover boy,
08:37c'est-à-dire un petit ami
08:38qui va user de son influence amoureuse
08:42sur la jeune fille
08:43pour lui proposer des relations tarifées
08:45avec des clients
08:47qu'il va présenter
08:48comme étant des amis.
08:49Et je rajouterai à cela
08:51l'idée peut-être
08:52d'une informalité
08:54innommée ou mal nommée,
08:56parce qu'on a du mal, finalement,
08:58à mettre des termes
09:00ou des concepts
09:01sur cette réalité.
09:03Parce qu'on se rend compte
09:04que, bien souvent,
09:06ces relations entre des mineurs
09:08et des personnes adultes
09:09peuvent ne pas donner lieu
09:10à des contreparties monétaires.
09:12Peuvent se faire
09:13sur des échanges de biens.
09:14Ça peut être de l'alimentation,
09:15ça peut être du transport
09:16en cas de pluie,
09:18on l'a constaté, ça.
09:19Absolument.
09:19Et donc,
09:19il est difficile, effectivement,
09:21de nommer véritablement
09:23ce type de prostitution,
09:24d'autant que les acteurs eux-mêmes
09:26ne l'appellent pas
09:27de la prostitution.
09:28Oui, alors,
09:28on est bien d'accord,
09:29les termes sont édulcorés,
09:30sauf que pour faire ce reportage,
09:31on a constaté la facilité
09:33d'accéder à ces témoignages
09:35et des hommes
09:36qui n'hésitent pas
09:37à se présenter
09:37devant des établissements scolaires
09:39et à proposer d'office
09:40à des jeunes filles,
09:40le plus souvent,
09:42de l'argent
09:43ou de l'alimentation
09:44ou du transport
09:44contre des faveurs sexuelles.
09:45On a l'impression, quand même,
09:46que tout le monde le sait en Guyane.
09:48Donc, au final,
09:49il faut s'attaquer à cela
09:50de quelle façon,
09:51par quel biais ?
09:52Est-ce que c'est à travers l'école,
09:53à travers l'habitat,
09:54on sait,
09:55les problèmes de logement,
09:56à travers les transports,
09:57puisque cela aussi découle
09:59sur des propositions sexuelles,
10:01il faut s'attaquer à quoi ?
10:02Je crois que l'école occupe
10:03une place fondamentale
10:05parce que, bien souvent,
10:07ce phénomène va de pair
10:08avec la déscolarisation.
10:11C'est souvent à partir
10:12de la classe de quatrième,
10:14voire de cinquième,
10:15qu'on observe ces pratiques,
10:17qui peuvent déboucher
10:18sur, finalement,
10:20la sortie du système scolaire.
10:21Et donc, l'idée, par exemple,
10:23de développer des cours
10:24qu'on appelle,
10:25dans le premier degré,
10:26les VAR,
10:27et dans le second degré,
10:28les VAR,
10:28c'est l'éducation
10:29à la vie affective,
10:31relationnelle et sexuelle,
10:33participe de cette tendance
10:35à faire comprendre
10:36à ces jeunes
10:38les risques
10:39auxquels
10:40elles peuvent être confrontées
10:43dans le quotidien.
10:45Elles existent suffisamment,
10:46ces sessions, justement,
10:47de sensibilisation en Guyane ?
10:48Parce que la loi,
10:49elle est effective
10:49depuis plus de 20 ans,
10:51mais peu appliquée, en fait.
10:52Alors, la difficulté,
10:53il y a bien souvent
10:55des parents.
10:57Les parents ont du mal
10:59à, on va dire,
11:01prendre en compte
11:02le fait qu'on puisse
11:02parler de sexualité
11:04dans le cadre scolaire
11:05et notamment,
11:06alors ça, on le voit surtout,
11:07dans le premier degré.
11:08Il y a une réticence
11:10très forte des parents
11:10à ce qu'une infirmière
11:12ou un enseignant
11:14ou une enseignante
11:14abordent ces thématiques-là.
11:16Et même dans le second degré,
11:18au collège,
11:19on observe ces mêmes réticences.
11:21Donc, c'est une chose intéressante,
11:24mais en même temps,
11:25les parents
11:26et parfois les enseignants
11:27eux-mêmes
11:28n'y sont pas forcément favorables.
11:30Allez, on en vient
11:31au deuxième thème de la semaine,
11:32si vous le voulez bien.
11:33Cannabis, cocaïne,
11:34ecstasy
11:35et donc cette dernière drogue
11:36de synthèse en date,
11:37le doux,
11:38redoutablement addictive.
11:39Elle fait des ravages
11:40sur l'île de la Réunion.
11:41Elle existe même
11:42en version low-cost,
11:43bas de gamme,
11:44sous le nom de B13.
11:45Extrait.
11:50Saint-Pierre,
11:51dans le sud de la Réunion.
11:52C'est ici en 2023
11:54qu'est apparue
11:55la drogue surnommée
11:56le doux.
11:57Un produit désormais répandu,
11:59notamment dans le quartier
12:00populaire de Bois-d'olive.
12:03Dans le quartier,
12:04c'est déjà arrivé
12:05de trouver des jeunes
12:06en train de convulser
12:08parce qu'ils avaient consommé
12:09alors là,
12:10on ne savait pas encore
12:11c'était quelle substance
12:12parce qu'il y avait
12:13le B13,
12:14le tabac chimique
12:14a fait aussi son temps
12:15aussi sur le bas d'olive.
12:16Mais le doux,
12:18il a vraiment pris
12:18de l'ampleur
12:19sur le quartier,
12:21les quartiers voisines
12:21et même sur toutes
12:22les communes de l'île.
12:23Il n'y a pas un coin
12:24où ils ne sont pas touchés.
12:27Derrière ce nom envoûtant
12:29se cache une réalité
12:30bien plus sombre.
12:32Le doux,
12:32poudre aux cristaux fumés
12:34dans une pipe,
12:34est une drogue de synthèse
12:36de la famille Décatinone,
12:37stimulante et euphorisante
12:39mais aux effets
12:39proches du crack.
12:41Dépendance rapide
12:42et ravages sociaux
12:43en cascade.
12:44La personne arrive
12:45et vous dit
12:46est-ce que vous voulez essayer ?
12:47Pour moi,
12:48c'est une drogue
12:49qui abrutit les gens.
12:51C'est l'une des raisons
12:51pour lesquelles
12:52je préfère refuser
12:52parce que je vois
12:53que quand quelqu'un
12:54prend ça,
12:55c'est toute sa journée,
12:56toute sa vie
12:57qui est prise avec.
13:03Encore avant-hier,
13:04moi et mon mari
13:05en fait,
13:06on sortait de voir
13:07une amie
13:07en descendant
13:09un jeune
13:10sur les fées.
13:12Il était allongé
13:14sur la route
13:15et là,
13:16on a failli rouler dedans.
13:18Si j'avais pas dit
13:18à mon mari,
13:19attention,
13:19il y a quelqu'un allongé.
13:20Ça va ?
13:22On voit,
13:23il est allongé
13:24sur la chaussée.
13:27C'est terrible
13:27pour moi
13:28ce qui se passe.
13:28Il faut faire quelque chose
13:29pour protéger
13:30nos enfants.
13:31Surtout ça.
13:32Moi,
13:32j'ai des enfants,
13:33je suis maman
13:33de sept enfants,
13:34j'ai pas envie
13:35de voir mes enfants
13:36tomber dedans.
13:37On a l'impression
13:38que chaque territoire
13:39a sa drogue
13:40de prédilection,
13:41que chaque population,
13:43catégorie de population
13:43a sa drogue.
13:45À La Réunion,
13:45ce sont donc
13:46les drogues de synthèse
13:47qui en ce moment
13:47font des ravages.
13:48Est-ce que vous diriez
13:49que chaque géographie
13:50produit sa crise ?
13:52Oui,
13:53effectivement,
13:53on peut remarquer
13:54que les drogues de synthèse,
13:55notamment celles
13:56dont il est question
13:57dans le reportage,
13:59concernent davantage
14:00l'océan indien
14:00et aussi le pacifique.
14:03Le pacifique
14:04avec les méthamphétamines,
14:06en particulier l'ICE.
14:08Et donc,
14:08l'océan indien
14:09avec tout d'abord
14:11la chimique
14:12qui a concerné
14:13à la fois Mayotte
14:13et La Réunion.
14:14Et là,
14:15depuis quelques temps,
14:16ces catinones de synthèse,
14:18en particulier B13
14:19et le doux.
14:21C'est vrai
14:21que ce sont des réalités
14:22qu'on ne retrouve pas forcément
14:23dans la zone atlantique,
14:25en particulier aux Antilles Guyane,
14:28où là,
14:29c'est essentiellement
14:30la cocaïne basée
14:32qui fait des ravages.
14:33Alors,
14:34depuis très longtemps déjà,
14:35depuis les années,
14:36au milieu des années 80,
14:37à peu près.
14:37La cocaïne basée,
14:38qu'on appelle aussi
14:39le crack
14:40et qui marque
14:41véritablement ces territoires.
14:43Extrêmement addictif aussi.
14:44Une prise peut suffire
14:45à faire des ravages considérables.
14:47C'est vrai que vous avez
14:47beaucoup travaillé
14:48sur la drogue en Guyane
14:49où vous travaillez
14:50depuis plus de dix ans,
14:51je le rappelle,
14:51sur les trafics,
14:52sur les routes de la cocaïne.
14:54Quel parallèle
14:54est-il possible de faire
14:55avec ce que vivent
14:56les réunionnais
14:57face aux doux ?
14:58Alors,
14:59les parallèles
14:59qu'on peut faire
15:00portent surtout
15:01sur les effets
15:04visibles.
15:05Je reviens
15:05à cette notion
15:06de visibilité
15:06dans l'espace public.
15:08c'est le fait
15:08que la cocaïne basée,
15:10le crack
15:11aux Antilles Guyane
15:12marquent véritablement
15:13les centres-villes.
15:14Quand on se promène
15:15à Pointe-à-Pitre,
15:16à Fort-de-France
15:17ou même à Cayenne
15:19voire à Saint-Laurent,
15:20on retrouve
15:20ces populations
15:21qui sont victimes
15:23de ce qu'un chercheur
15:24a appelé
15:24une forme de clochardisation
15:26avec une dégradation
15:27à la fois physique
15:28et morale.
15:29Et on commence
15:30à observer
15:30ces mêmes phénomènes
15:31en lien avec le Doubs
15:32à la Réunion.
15:33Alors,
15:33principalement dans le sud,
15:34c'est surtout Saint-Pierre
15:36en particulier,
15:36donc un quartier
15:37qui s'appelle
15:38Bois d'Olive
15:38qui a été sous
15:40les feux de l'actualité
15:41mais qui tend
15:42à s'étendre
15:42à l'ensemble
15:43de l'île maintenant
15:44et l'ice
15:46en Polynésie
15:47effectivement
15:47fait des ravages
15:49très importants.
15:50Réunion,
15:50Martinique,
15:51Guadeloupe,
15:52Guyane,
15:52est-ce que l'isolement,
15:54l'insularité
15:55dans les trois quarts
15:55des cas
15:55favorisent
15:56la bascule
15:57vers les addictions ?
15:58Alors,
15:58c'est vrai
15:59qu'il y a des réalités
15:59qui sont propres
16:00à ces territoires
16:01qui font qu'on peut
16:03véritablement
16:04suite à un accident de vie
16:05basculer
16:06dans la consommation
16:07de drogue
16:08et surtout
16:09la difficulté
16:10je trouve
16:10c'est d'en sortir
16:12parce que
16:13bien souvent
16:14il y a
16:15de vraies
16:16contraintes
16:17pour pouvoir
16:19sortir de la rue
16:20entre guillemets
16:21et des conséquences
16:23de l'addiction
16:24et pouvoir
16:25se réinsérer
16:26parce que bien souvent
16:27à côté de la clochardisation
16:28il y a aussi
16:29une rupture
16:30des liens familiaux
16:31parce que ce sont
16:32des drogues
16:33qui aboutissent
16:34souvent
16:34à un isolement social
16:36et il faut aussi
16:37échapper
16:39à une des menaces
16:40qui guettent
16:42ces populations
16:43ce sont surtout
16:44les expositions
16:45à des conditions
16:47de vie
16:47dangereuses
16:48souvent
16:49ces populations
16:50sont davantage
16:51victimes
16:51d'accidents
16:52mais aussi
16:53pratiquent
16:55des actes délictueux
16:56donc des vols
16:56à l'arraché
16:57du braquage
16:58donc le piège
16:59à éviter
17:00dans ce genre
17:00de situation
17:01c'est de tomber
17:02dans cette spirale
17:04négative
17:04Un mot aussi
17:05sur la réponse
17:06finalement
17:06parce qu'on constate
17:08que les multiples saisies
17:09de drogues
17:09quel que soit le territoire
17:11n'en diguent rien du tout
17:12quelle est selon vous
17:13l'erreur
17:13dans la stratégie
17:14de lutte actuelle ?
17:16Alors je pense
17:17qu'il est nécessaire
17:18peut-être de faire
17:19un distinguo
17:19entre les différentes drogues
17:21notamment la cocaïne
17:23qui a envahi
17:24très largement
17:25les Antilles Guyane
17:26mais comme
17:27les Antilles Guyane
17:28sont simplement
17:28des zones de rebond
17:30c'est-à-dire
17:30qu'on n'observe pas
17:32forcément une augmentation
17:33de la consommation
17:33de cocaïne basée
17:34et une très faible
17:35augmentation
17:36de la cocaïne pure
17:37et à la Réunion
17:39également
17:40on observe
17:41une légère augmentation
17:42de la cocaïne pure
17:44mais on ne peut pas
17:46parler de tsunami blanc
17:47de vagues
17:48véritablement
17:49de cocaïne
17:50puisque je rappelle
17:50les saisies à la Réunion
17:52en 2025
17:54étaient de l'ordre
17:54de 60 kg
17:55alors que dans la zone
17:57d'Antilles Guyane
17:57ça se compte en tonnes
17:59oui c'est le jour
17:59et la nuit
17:59bien sûr
18:00évidemment
18:00et c'est pour ça
18:02que je souhaite relativiser
18:03aussi concernant la Réunion
18:04pour les catinones
18:05de synthèse
18:06les saisies tournées
18:07autour de 40 kg
18:09donc on est quand même
18:10sur des proportions
18:11qui restent
18:13relativement modestes
18:14et c'est peut-être
18:16le volet un peu positif
18:18finalement
18:18que l'on peut retenir
18:19il faut espérer
18:19en tout cas
18:20sur la réalité réunionnaise
18:21en particulier
18:21on va parler immigration
18:22maintenant
18:23avec ces conflits
18:24dans le monde
18:25qui rebattent
18:26inlassablement
18:26les cartes
18:27et Mayotte
18:28n'y échappe pas
18:29depuis quelques années
18:30des centaines d'Africains
18:32arrivent chaque année
18:32sur cette terre française
18:33de l'océan Indien
18:34venue de République démocratique
18:35du Congo
18:36du Rwanda
18:37du Burundi
18:38extrait
18:41Mayotte
18:42plus jeune département français
18:44point de chute
18:45d'une importante
18:45immigration clandestine
18:47provenant historiquement
18:48des Comores voisines
18:48depuis plusieurs années
18:50c'est un nouveau flux migratoire
18:52qui s'y développe
18:52des milliers de personnes
18:54originaires de République démocratique
18:56du Congo
18:56du Rwanda
18:58ou encore du Burundi
18:59rejoignent le territoire
19:00en espérant
19:01obtenir une vie meilleure
19:05Kennedy Kigana
19:06fait partie de ces personnes
19:07il est le représentant
19:09des habitants
19:09du camp de Tsun Tzu II
19:10où selon les derniers chiffres
19:12plus de 1000 personnes
19:13vivent les unes sur les autres
19:14dans des logements de fortune
19:18actuellement
19:18on nomme de 5
19:20tu imagines 5 personnes
19:22pour
19:22pour
19:23cet petit espace
19:25donc c'est pas facile
19:26mais
19:27on y perd
19:28on cohabite ensemble
19:29on s'entraide
19:35comme beaucoup ici
19:36le jeune homme s'est exilé
19:37à cause de l'un des conflits
19:39en cours
19:39les plus meurtriers du monde
19:42celui qui secoue
19:43la région du Kivu
19:44à l'est de la République démocratique
19:46du Congo
19:46et oppose
19:47l'armée congolaise
19:48et la milice du M23
19:50soutenue par le Rwanda
19:52arrivé à Mayotte
19:53en septembre 2025
19:54Kennedy a vu le camp
19:56s'installer
19:56un mois plus tard
19:58tout est parti
19:59de Goma
19:59sa ville natale
20:00de là
20:01il rejoint la Tanzanie
20:02voisine de la RDC
20:04après une année passée
20:05sur place
20:06il ne peut finalement
20:07pas s'y installer
20:07des passeurs
20:09lui vendent alors
20:09la destination miracle
20:11Mayotte
20:12une île française
20:13dont il n'a jamais
20:14entendu parler
20:14par la mer
20:15il est finalement
20:16emmené aux Comores
20:17avant de rejoindre Mayotte
20:19Cette nouvelle immigration
20:21elle crée des tensions
20:22à Mayotte
20:23Thierry Nicolas
20:23Mayotte c'est déjà
20:24la plus forte densité
20:25d'outre-mer
20:26329 000 habitants
20:27officiellement
20:28pour 374 km²
20:30une importante
20:31et historique
20:32immigration comorienne
20:33si l'on projette
20:34la carte de ce territoire
20:36à 20 ans
20:37allez 2046
20:38Mayotte devient quoi
20:40son changement
20:41de paradigme ?
20:42Alors c'est vrai
20:42que la question
20:43des migrations
20:44est centrale
20:45à Mayotte
20:46et il faut
20:48effectivement distinguer
20:49là je rebondis
20:50sur le reportage
20:51deux types de migration
20:52qu'on confond souvent
20:54c'est-à-dire
20:54la migration économique
20:55qui est essentiellement
20:57proche
20:58qui vient notamment
20:59des Comores
20:59et de l'île d'Anjouan
21:00en particulier
21:01et cette demande d'asile
21:04qu'on a bien pu observer
21:05dans le reportage
21:06en lien avec
21:06le conflit
21:08notamment dans le Kivu
21:09en lien avec
21:11la milice du M23
21:12et qui génère
21:13donc des flux
21:14vers Mayotte
21:15et donc cette
21:17deuxième catégorie
21:18qu'on retrouve aussi
21:19en Guyane
21:20des demandeurs d'asile
21:21reste une catégorie
21:23particulière
21:23parce qu'elle n'a pas
21:25forcément vocation
21:26à s'installer
21:27à Mayotte
21:27et donc la difficulté
21:29en Guyane
21:30on l'a vu
21:31avec notamment
21:32les migrants
21:33qui venaient de Syrie
21:34d'Afghanistan
21:35du Sahara occidental
21:36c'est que bien souvent
21:37ces populations
21:38ont vocation
21:39à repartir
21:39envers l'Europe
21:40pour rejoindre
21:41d'autres membres
21:42de leur famille
21:43qui ont migré
21:44par d'autres voies
21:45vers des pays européens
21:46et elles y parviennent
21:47majoritairement
21:48à rejoindre
21:48leur famille
21:49elles y parviennent
21:50on l'a vu
21:50notamment
21:51avec les Syriens
21:53qui ont cherché
21:54à rejoindre
21:54l'Hexagone
21:55et à terme
21:56l'Allemagne
21:57puisque dans la première
21:58partie
21:59du conflit syrien
22:01la majorité
22:02des migrants
22:02se sont davantage
22:03rendus en Allemagne
22:04donc bien souvent
22:05l'Hexagone aussi
22:06apparaît comme une étape
22:08vers la destination finale
22:09qui est plutôt l'Allemagne
22:10ce que vous nous dites
22:11Thierry Nicolas
22:11c'est que finalement
22:12cette immigration
22:12quelle qu'elle soit
22:13que ce soit en Mayotte
22:14ou en Guyane
22:15qu'il s'agisse de Comoriens
22:16d'Africains
22:16ou de Syriens
22:17ça ne pèse pas
22:19nécessairement
22:19sur le territoire
22:20sur l'habitat
22:21sur la scolarité
22:22sur la santé
22:23alors cela pèse
22:24évidemment
22:25mais l'aspiration
22:27mais l'aspiration
22:27à demeurer
22:27dans le territoire
22:28a du mal
22:29à être mesurée
22:30alors suivant
22:31les catégories
22:32de population
22:33concernées
22:34l'aspiration
22:35est souvent
22:36de rester
22:38mais pour d'autres
22:39elle est plutôt
22:40de partir
22:41notamment vers
22:42l'Hexagone
22:43c'est pour ça
22:43que parfois
22:44les autorités
22:45sont amenées
22:46à limiter
22:47la capacité
22:48de ces populations
22:49à pouvoir
22:50remigrer
22:51vers l'Hexagone
22:52et donc
22:52c'est aussi ça
22:53la réalité
22:54c'est que
22:54le fait
22:55notamment Mayotte
22:56de ne pas pouvoir
22:58avoir ce sas
22:59pose des questions
23:01très importantes
23:02en matière d'hébergement
23:04en matière de santé
23:05etc.
23:05Là quelles que soient
23:06les thématiques
23:07qu'on a abordées
23:07depuis tout à l'heure
23:08on se rend compte
23:09que les Outre-mer
23:10cumulent les vulnérabilités
23:11et ça on le met en exergue
23:12à chaque fois
23:12le maître de conférence
23:13que vous êtes
23:14si vous passez
23:145 minutes demain
23:15avec la ministre
23:16des Outre-mer
23:16avec le Premier ministre
23:17ou avec le chef de l'État
23:18pourquoi pas
23:19de quelle façon
23:20mettez-vous en exergue
23:21ces vulnérabilités
23:21ultramarines
23:22de la façon
23:23la plus efficace possible
23:24la plus concrète possible ?
23:25Alors c'est une question
23:26qui est très difficile
23:27mais il me semble
23:28que la question
23:30qu'on a oubliée
23:31c'est celle
23:31du rattrapage économique
23:33parce que
23:34progressivement
23:35il y a eu un rattrapage
23:36notamment dans
23:36le domaine social
23:38mais ces territoires
23:39restent quand même
23:39marqués par
23:40un retard économique
23:42mais aussi
23:43à l'intérieur
23:43de ces territoires
23:44de fortes inégalités
23:45entre les habitants
23:47donc je crois
23:47que la question
23:48du rattrapage économique
23:50et notamment
23:50de la moyenne hexagonale
23:51serait la priorité
23:53la priorité
23:54On va terminer avec
23:55votre photo du jour
23:56si vous le voulez bien
23:57Thierry Nicolas
23:58photo qui s'affiche
23:59et que nous découvrons
24:00ensemble
24:01où a été pris ce cliché ?
24:03Alors ce cliché
24:03a été pris
24:04sur une route
24:05qui mène
24:06à la commune
24:07à la commune d'Akoua
24:07à Mayotte
24:08l'année dernière
24:09au mois de mai 2025
24:11lors d'une mission
24:13que j'ai effectuée
24:13pour envisager
24:15les effets
24:16du cyclone Shido
24:17sur l'île
24:18alors je m'attendais
24:20à ce que dans un premier temps
24:22je sois frappé
24:23par l'importance
24:24des constructions
24:25en tol
24:26et je me suis rendu compte
24:28que finalement
24:28à Mayotte
24:29il y a quand même
24:29pas mal de constructions
24:30en dur
24:31et surtout
24:32qui ont
24:33des troitures
24:35également en dur
24:35en béton
24:36ce qu'on appelle
24:37des troitures terrasse
24:38et l'idée
24:39m'est venue
24:39avec des collègues
24:40de l'Université de La Réunion
24:41de l'Université de Mayotte
24:43et de l'Université de Cergy
24:44de proposer
24:45un programme de recherche
24:46pour mesurer
24:46la résistance
24:47de ces troitures terrasse
24:49face à l'aléa cyclonique
24:51notamment
24:52à ce qu'elles ont
24:52mieux résisté
24:53que les troitures
24:55en tol
24:55parce que
24:56de mon point de vue
24:57la tol
24:58et ça
24:59ce que je veux dire
25:00est quand même
25:01un peu iconoclaste
25:02est un facteur
25:02de vulnérabilité
25:03dans ces territoires
25:04parce que les tols
25:06s'envolent
25:06et causent des dégâts
25:08aux infrastructures
25:09mais aussi aux habitants
25:11pas mal de personnes
25:12qui ont été blessées
25:13notamment lors du passage
25:13du cyclone Chido
25:15ont été
25:15par des feuilles de tol
25:17et surtout
25:18la feuille de tol
25:19peut limiter
25:21la reprise
25:22des activités
25:23normales
25:23notamment scolaires
25:24parce qu'il y a eu
25:26des vols
25:27sur des troitures
25:28d'établissement
25:28qui a retardé
25:30la rentrée à Mayotte
25:31et donc peut-être
25:31la capacité
25:32pour les Mahorais
25:32de s'en sortir
25:33par eux-mêmes
25:33avec leur construction
25:34et de résister
25:35à la prochaine saison cyclonique
25:36merci infiniment
25:37Thierry Nicolas
25:38d'être venu sur le plateau
25:39de C'est pas si loin
25:39merci à vous
25:40d'être fidèle
25:40à votre émission
25:41je vous rappelle
25:41que vous pouvez la retrouver
25:42en replay
25:43sur france.tv
25:44ainsi qu'en podcast
25:45sur toutes les plateformes audio
25:46très belle fin de journée
25:47sur France Télévisions
25:48excellent week-end
25:49bien sûr
25:49et à la semaine prochaine
25:50même lieu
25:51même heure
25:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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