- il y a 15 heures
On l'a connue aux côtés de Laurent Gerra où chaque soir elle commentait l'actualité, ou encore dans la bande à Laurent Ruquier, mais depuis des années elle a quitté le devant de la scène et se consacre désormais à la mise en scène au théâtre. Si elle a changé de mode d'expression, elle continue de vouloir faire rire dans des comédies musicales et des pièces humoristiques. Mais pourquoi diable les comédies sont-elles considérées comme un genre mineur ? Comment se sert-elle de la comédie musicale pour s'emparer de sujets plus graves ? Et pourquoi elle ne peut pas s'empêcher de jeter un oeil plein de malice sur l'actualité ? Cette semaine, Virginie Lemoine est l'invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard. Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:04Musique
00:23Notre invitée est une amoureuse du théâtre,
00:26comme comédienne, mais surtout comme metteuse en scène.
00:29Mettez-la au fond de la salle un soir de représentation,
00:32laissez-la observer les réactions du public
00:34et vous en faites la femme la plus heureuse du monde.
00:37Un moment de jubilation.
00:39Pourtant, elle est dans l'ombre dans ces moments-là.
00:42Pourtant, elle ne dit pas un mot,
00:44elle laisse la réplique aux autres.
00:46Et bien après des années sur le devant de la scène,
00:48dans des pièces, des séries, des téléfilms,
00:50ou dans un duo comique et tendre avec Laurent Gérard,
00:53après des années dans la lumière avec Jacques Martin,
00:55Michel Drucker et Laurent Ruquier,
00:56et après tout ça, son talent,
00:59elle le met au service d'un art
01:00qui attire chaque année entre 11 et 12 millions de Français.
01:04Mais sans se montrer, ou rarement,
01:07ou dans des petits rôles.
01:08C'est ce qu'elle préfère aujourd'hui.
01:10En ce moment, c'est sa mise en scène de Dolorès
01:12que l'on peut voir au théâtre actuel La Bruyère.
01:15Bientôt, ce sera le guide du parfait gentleman assassin
01:18au théâtre du Palais Royal.
01:20Du théâtre musical, chantant et dansant, comme souvent.
01:24Pourquoi le genre de la comédie musicale, d'ailleurs ?
01:27Pour la légèreté qui l'apporte au sujet difficile.
01:30Est-ce que nous connaissons bien, en France,
01:33ce genre de la comédie musicale ?
01:35Posons-lui toutes ces questions.
01:36Bienvenue dans Un monde, un regard.
01:38Bienvenue, Virginie Lemoyne.
01:39Merci d'avoir accepté notre invitation au Sénat.
01:42On va commencer avec Dolorès, que j'ai vue
01:45au théâtre actuel La Bruyère,
01:46encore à l'affiche pour quelques jours.
01:48L'histoire vraie d'une vengeance,
01:50celle de Sylvine Rubinstein,
01:52danseur de flamenco juif,
01:54qui rejoint la résistance après la déportation de sa sœur.
01:57Et la nuit, il se travestit en femme
01:59et il tue des nazis, un sujet lourd.
02:02Et le soir où je suis venue, vous étiez dans la salle, au fond.
02:05Pourquoi cette envie de connaître les réactions du public ?
02:09Effectivement, je trouve ça tout à fait jubilatoire.
02:11Quand on était petit, le conte était très important.
02:16L'histoire qu'on nous racontait, l'histoire qu'on nous lisait,
02:18c'était absolument formidable.
02:20Et je trouve que de se muer dans la personne
02:23qui raconte l'histoire, qui emmène, qui fait voyager,
02:26pour moi, il n'y a pas d'émotion plus forte au théâtre.
02:29C'est risqué aussi, parce que si le public ne réagit pas
02:32comme vous l'imaginiez, ça vous est arrivé de…
02:35Oui, parfois je suis très inquiète.
02:38En fait, ça se passe très bien.
02:40Parfois je suis très contente.
02:42Oui, il y a toutes sortes de réactions et c'est très, très sain.
02:45Un sujet grave et lourd, je le disais, dans cette pièce
02:47qui tranche un peu avec l'image que l'on a de vous,
02:49de l'humoriste, de la comédienne, dans des univers plutôt drôles.
02:53Et vous dites d'ailleurs que vous aimez rire.
02:56Comment rendre compatibles rire et gravité ?
02:59Est-ce que d'ailleurs, ça l'est ?
03:01Oui, c'est deux sœurs jumelles qui dansent la même danse, en fait.
03:07L'émotion, le rire, la violence, la nostalgie,
03:11tous ces sentiments-là, ils rentrent dans un récit.
03:15Ils appartiennent au même récit.
03:18Donc, je ne m'en occupe pas du tout.
03:20Je ne me fais pas de raisonnement par rapport au fait
03:23que j'ai une carrière d'humoriste avant, de comédienne.
03:26Je n'en fais pas un raisonnement.
03:27Je vais juste, je me laisse guider par mon appétit.
03:31Et vous aimez mettre de la légèreté quand même dans des sujets lourds ?
03:34Oui, je crois qu'il faut, oui, toujours, oui.
03:36Il y a toujours de la légèreté.
03:38Dans les situations où on s'est senti le plus accablé,
03:42il y a toujours un moment où on rigole.
03:45C'est ce qui nous sauve, d'ailleurs.
03:46Oui.
03:46J'ai un document à vous proposer, chère Virginie Lemoyle.
03:49Je vais le mettre entre vos mains et je vais le décrire
03:50pour les gens qui nous écoutent.
03:52Et je crois que vous l'avez déjà reconnu.
03:53Il s'agit d'une page, d'un manuscrit,
03:56d'un roman d'Irene Némirovski, Suite française.
03:59Un roman sur l'exode des Français en juin 40,
04:01lors de la débâcle.
04:02Elle y décrit les petites lâchetés, les petites mesquineries
04:05d'une population alors en pleine déroute.
04:08Un livre qui lui vaudra à titre posthume le prix Renaudot en 2004
04:11et un énorme succès en librairie,
04:14qu'elle écrira avant d'être déportée elle-même à Auschwitz,
04:17où elle mourra en août 1942.
04:19Et je vous en parle parce que cette femme et son œuvre
04:21vous ont souvent inspiré.
04:22Vous avez mis en scène pas mal de ses...
04:25Enfin, adapté sur scène, pas mal de ses œuvres.
04:28Pourquoi ?
04:29Alors, je la trouve très, très novatrice.
04:33Déjà, elle a une écriture qui se prête parfaitement à l'oralité.
04:38C'est-à-dire que j'ai vraiment mis un point d'honneur
04:40à toujours garder son texte à elle.
04:42Alors, j'ai pu couper,
04:44pour que ça rentre dans un horaire possible au théâtre,
04:49mais sinon, je n'ai jamais rien rajouté à son écriture.
04:53Ça, cette écriture, elle est parfaitement ciselée,
04:55elle est très riche.
04:56Et en fait, quand on la porte à l'oral,
04:59elle est très, très drôle.
05:01Et puis...
05:02C'est très raturé, vous avez vu ?
05:04Oui, bah oui.
05:04Je ne sais pas ce que c'est dit d'elle.
05:05Eh bien, en fait, elle écrivait directement.
05:07Alors, ça, elle l'a écrit à Issy-Lévesque,
05:10quand elle était...
05:12Pendant l'occupation, elle était en zone occupée.
05:15Et puis, au départ, elle écrivait dans les bois.
05:17Finalement, la maîtresse d'école lui a dit
05:19« Mais venez écrire le jeudi à l'école,
05:21vous serez mieux ».
05:22Donc, elle écrivait ça directement.
05:23Et puis, après, elle raturait.
05:25Et elle a fait...
05:25Elle a écrit directement deux tomes de suite française.
05:29Donc, ça, ça doit être le premier tome
05:32« Tempête en juin ».
05:32Oui.
05:33Il y a des bacs.
05:34Ensuite, elle a écrit « Dolce ».
05:35Et elle avait prévu d'écrire cinq tomes
05:39qui se terminent en 1945 avec « La paix ».
05:43Et vous le connaissiez, ce document.
05:44Vous avez eu même l'original, je crois, c'est ça ?
05:46Oui, j'ai eu l'original en main
05:47parce que j'ai eu l'immense bonheur,
05:50c'était la rencontre de ma vie,
05:51de faire la connaissance de sa fille,
05:54Denise Epstein.
05:55Et je l'ai eue en main.
05:57C'était une émotion incroyable.
06:00Et là encore, on n'est pas vraiment dans le rire,
06:01on est encore dans l'histoire lourde.
06:02Oui, mais quand même,
06:03elle sait parfaitement faire...
06:07s'entrechoquer les...
06:10Il n'y a pas plus dramatique que l'exode,
06:12la Seconde Guerre mondiale,
06:13et puis des situations...
06:15De ridicules.
06:16Oui, absolument.
06:17Qui font beaucoup rire.
06:18L'autre pièce que vous avez mise en scène
06:20et qui sera jouée cette fois
06:21à partir du 21 août,
06:22au théâtre du Palais Royal,
06:24c'est le guide du parfait gentleman assassin.
06:27Je vais lire le pitch officiel,
06:29comme ça ce sera fait.
06:30Londres, 1906,
06:31un jeune homme sans le sou
06:32apprend par accident
06:33qu'il est légataire
06:34d'une immense fortune
06:35et d'un titre de compte.
06:37Seule ombre au tableau,
06:38huit héritiers le précèdent.
06:39Qu'à cela ne tienne,
06:40il entreprend méthodiquement,
06:43mais toujours avec panache
06:44de les éliminer un par un.
06:46Encore une histoire
06:47d'assassinat méthodique, quand même.
06:48Oui, alors c'est tout à fait
06:51dans autre chose,
06:51parce que les héritiers
06:53sont pires les uns que les autres,
06:55donc on rigole beaucoup.
06:56Et puis, c'est de la BD,
06:57la façon dont ils les éliminent.
06:58Alors, ils n'étranglent pas,
07:01ce ne sont pas des coups de couteau,
07:02c'est de l'imagination.
07:03Donc, par exemple,
07:04il y a un apiculteur
07:05qui met de l'huile essentielle
07:06de lavande
07:07dans son casque d'apiculteur
07:08et il est attaqué
07:09par les abeilles
07:10qui le tuent.
07:11Il y en a qui font du patin à glace,
07:13donc il fait un petit trou dans la glace,
07:14il tombe dans la glace
07:15et il meurt comme ça.
07:17Les morts sont toutes très, très drôles.
07:18Et là, on est dans une comédie musicale
07:20qui nous vient de Broadway, c'est ça ?
07:21Oui, elle a été créée aux Etats-Unis,
07:23elle n'a encore jamais été jouée en France.
07:25Alors, peut-être que certains téléspectateurs
07:29se souviendront de Noblesse Oblige,
07:31ce film en noir et blanc,
07:32avec Alec Baldwin.
07:35Il y a le jeune héritier
07:37et puis il y a tous les autres membres
07:40de la famille qu'il faut éliminer
07:41et la tradition,
07:43c'est que tous les autres membres
07:44sont joués toujours par un seul comédien.
07:46Donc là, c'est la même chose,
07:47c'est Benoît Coden
07:48qui joue tous les héritiers à éliminer
07:51et Gaëtan Borgue qui joue le...
07:53Et comme ça nous vient de Brodeau,
07:54je me demandais s'il fallait la franciser,
07:56la mise en scène justement
07:57de cette comédie musicale
07:59et si oui, comment on fait ?
08:01Alors, je...
08:02Je n'ai pas pris ça en charge.
08:04En fait, il y a quelque chose
08:08d'un peu d'humour anglais
08:11parce que ça se passe en Angleterre
08:13et tout a toujours beaucoup de tenue
08:17et c'est magnifiquement adapté
08:20par Stéphane Laporte.
08:22Vraiment, je...
08:23Et ce qui est intéressant,
08:24c'est de savoir comment on différencie
08:26les comédies musicales à l'américaine
08:28ou à l'anglaise ou à la française.
08:29Est-ce qu'on a un style particulier, nous,
08:30de comédie musicale ?
08:31Et c'est ce que je disais un peu
08:32en introduction,
08:32est-ce qu'on le connaît,
08:34ce genre de la comédie musicale en France ?
08:36Alors, on le connaît bien maintenant
08:37et de plus en plus
08:38et puis on a aussi des comédies musicales
08:40comme Les Misérables
08:40qui sont partis aux Etats-Unis
08:42et qui sont revenus.
08:44Moi, je trouve en tout cas
08:45que toutes ces comédies musicales
08:46ont une grande vertu,
08:47c'est de montrer quand même
08:48qu'en France,
08:49on a des artistes
08:50qui savent absolument tout faire.
08:51C'est une légende
08:52qu'en France, on n'a pas
08:53et qu'il n'y a qu'aux Etats-Unis,
08:54ce n'est pas vrai.
08:55C'est vrai que vous trouvez ?
08:55En France, il y a des gens
08:56absolument extraordinaires
08:58qui savent chanter, danser,
09:00jouer magnifiquement.
09:01C'est bien de le dire.
09:02Alors, on le disait,
09:03vous aimez être au fond de la salle
09:04comme vous aimez dans l'ombre aujourd'hui
09:05la mise en scène
09:06plutôt que la scène.
09:08Et même quand vous faites de la scène,
09:09vous dites que vous adorez
09:10les tout petits rôles.
09:11Petite apparition comme ça,
09:12ça vous va très bien.
09:13Comment vous expliquez ça
09:14après avoir été tellement
09:16dans la lumière justement ?
09:17Vous la fuyez maintenant
09:18la lumière ou pas ?
09:19En fait, non.
09:21je n'ai jamais non plus pensé
09:23en termes d'ombre et de lumière.
09:25Je ne pense qu'en termes de plaisir.
09:28D'accord.
09:29Vous prenez plus de plaisir
09:30dans l'ombre alors aujourd'hui ?
09:31Voilà, exactement.
09:32J'ai beaucoup de plaisir
09:32à, en tout cas,
09:34à concocter une histoire
09:36ou à recevoir une histoire,
09:38à travailler avec les auteurs
09:39ou à l'écrire moi-même
09:40et puis après à l'élaborer.
09:42C'est toujours mon frère
09:42qui fait les décors.
09:44J'ai toujours la même équipe
09:45et on l'élabore tous ensemble
09:46et c'est une très grande jubilation.
09:50Et puis maintenant,
09:52à mon âge,
09:53on nous propose,
09:54alors il y a peut-être
09:55moins drôle pour les femmes
09:56de mon âge,
09:57mais en revanche,
09:58ils sont très drôles.
09:59Ils sont très intéressants.
10:01On se le dit beaucoup
10:01avec les copines de mon âge.
10:02C'est vrai ?
10:03Oui.
10:04Beaucoup vous ont d'abord connu
10:06comme humoriste et comédienne
10:07au début des années 90,
10:08aux côtés de Jacques Martin,
10:10sur France Inter,
10:10dans La classe avec Fabrice,
10:12dans votre duo à succès
10:13évidemment avec Laurent Gérard,
10:14chez Laurent Ruquier
10:15ou encore chez Michel de Ruquer.
10:16Est-ce que cette époque
10:17vous a appris, je ne sais pas,
10:19un esprit de bande ?
10:20Qu'est-ce que vous en retenez
10:20de ce moment ?
10:21Alors l'esprit de bande,
10:22je l'adore parce que j'adore
10:23l'esprit de troupe
10:24que l'on retrouve au théâtre.
10:26Et sinon,
10:27ce que j'ai appris
10:28et particulièrement
10:29avec Claude Villers
10:30à France Inter,
10:31c'est la rigueur.
10:32C'est simplement travailler,
10:33savoir ce qu'on a envie de dire.
10:34On travaillait tellement,
10:36tellement vite
10:36qu'il m'a vraiment appris,
10:38je ne sais pas
10:38si j'ai réussi à le faire,
10:40mais en tout cas,
10:40il m'a appris
10:40à structurer mes textes.
10:42Et ça,
10:43c'est vraiment une chose
10:44que...
10:45Et puis après,
10:46avec Jacques Martin
10:47et Michel de Ruquer,
10:48ils m'ont appris aussi
10:50à accepter
10:51que quand on
10:53quotidiennement,
10:54on crée quotidiennement,
10:55forcément,
10:56on n'est pas
10:57tous les jours inspirés.
10:58Il y a des jours de grâce,
10:59des jours,
11:00c'est plus difficile.
11:01Et je me souviens
11:02de Michel de Ruquer
11:02ou de Jacques Martin
11:03qui étaient toujours là,
11:05très consolants
11:06quand on se disait.
11:07Et puis des moments
11:08d'immense liberté aussi,
11:09j'imagine,
11:10notamment dans votre duo
11:11avec Laurent Gérard
11:12où vous traitiez
11:12de l'actualité,
11:13vous vous sentiez
11:14complètement libre
11:15d'aller sur tous les terrains,
11:17jamais peur de rien,
11:18qu'un sujet.
11:19Moi, j'avais assez peur,
11:20mais Laurent, non.
11:21Quand on recevait un courrier
11:23ou quand on avait appris
11:24qu'on avait blessé quelqu'un,
11:25j'étais par terre.
11:26Je faisais ça pour rigoler.
11:27Si quelqu'un se moque de moi,
11:29ma guignote de l'info
11:30se sont moqués de nous,
11:31mais moi,
11:31ça me faisait tellement rire.
11:32Je trouvais que c'était
11:33un exercice très sain
11:34et quand c'était reçu
11:36comme une moquerie par les gens,
11:37ça me faisait vraiment mal.
11:38Donc, j'ai arrêté.
11:39Et vous auriez pu le faire
11:40aujourd'hui
11:41avec l'époque des réseaux sociaux ?
11:42Vous auriez supporté
11:43ce genre de retour ?
11:44Parce que pour le coup,
11:44ils sont quotidiens
11:45et instantanés.
11:46Moi, je ne suis pas sur les réseaux.
11:47Alors, il y a mon nom
11:47sur des trucs,
11:48mais ce n'est pas moi.
11:49Je ne suis pas du tout
11:49sur les réseaux.
11:50Je pense que c'est
11:51trop de violence pour moi.
11:53J'aimerais faire...
11:55J'aime bien l'univers,
11:58la réalité,
11:59tactile autour de nous.
12:01Le concret.
12:01Et vous diriez
12:02que l'époque
12:03manque de second degré ?
12:04Je ne sais pas.
12:05Non, je ne pense pas.
12:07En tant que metteuse en scène,
12:08vous êtes particulièrement précise.
12:10C'est votre marque de fabrique,
12:11mais ouverte aux propositions,
12:13dites-vous.
12:13Je n'ai qu'un principe,
12:14c'est qu'on essaie
12:15toujours tout.
12:16Je n'ai pas du tout d'ego,
12:18dites-vous.
12:19Oui, j'essaie
12:20de ne pas en avoir du tout.
12:21Vous précisez ça
12:22parce que c'est le cas
12:23de plein de metteurs en scène ?
12:24Non.
12:25Non, non.
12:25Et après,
12:26il y a différentes façons
12:27de travailler.
12:27Il y a des metteurs en scène
12:28qui arrivent
12:28et puis, voilà,
12:29ils ont établi
12:32très précisément
12:33ce qu'ils veulent,
12:33ce qui est aussi mon cas.
12:35Mais après,
12:36leurs pensées
12:37peuvent être dérangées
12:38par trop de propositions.
12:39Moi, pas du tout.
12:40Moi, je...
12:41Il y a une seule chose
12:42qui est vraiment interdite
12:43avec moi,
12:44c'est de ne pas dire
12:44ce qu'on pense.
12:45Donc, voilà,
12:46chacun s'exprime
12:47et puis en fonction,
12:48on est tous là finalement
12:49pour le même projet.
12:51Donc, après,
12:53en revanche,
12:54je tranche
12:55parce que c'est mon rôle
12:56mais j'écoute toujours.
12:58Et puis,
12:58vous adorez les comédiens.
12:59Vous les comprenez
13:00à tel point que vous dites
13:01il y a des moments
13:01d'incertitude,
13:02d'angoisse,
13:03on a besoin de silence,
13:04on a besoin de s'isoler,
13:05je le comprends parfaitement.
13:06J'aime prendre soin d'eux.
13:08Vous les décrivez
13:08comme des êtres à part presque,
13:10des êtres sensibles,
13:11d'une grande fragilité.
13:12On est à part
13:12quand on est comédien,
13:13parce que vous l'êtes aussi.
13:14Non, non, non, je ne pense pas.
13:15Mais comme c'est moi
13:17qui les amène,
13:18c'est moi qui les guide,
13:19du coup,
13:19j'en prends vraiment soin.
13:21Je peux comprendre
13:22tout à fait
13:23qu'un comédien,
13:24à un moment,
13:26il soit complètement
13:27dans la brume,
13:28soit perdu, etc.
13:29Je le comprends.
13:31Je comprends
13:32toutes ces étapes
13:32qui sont assez nécessaires.
13:34Je comprends le débat,
13:35je comprends
13:35pourquoi on remet en question
13:36un mot,
13:37pourquoi on remet en question
13:38une émotion,
13:39pourquoi on remet en question
13:41le principe d'une scène.
13:42Je le comprends très bien.
13:43Et vous pensez
13:43qu'on peut être
13:44metteur en scène
13:44ou un bon metteur en scène
13:45si on n'a pas été comédien
13:46ou si on n'est pas comédien ?
13:49Il y a d'excellents
13:50metteurs en scène
13:51qui, je crois,
13:52mais je pense que
13:53la plupart des metteurs en scène
13:54quand même sont
13:55ou ont été comédiens.
13:56Il y en a très peu
13:57qui n'ont jamais
13:58pratiqué la scène.
13:59C'est quasi l'étape
14:00obligatoire
14:00pour justement mieux
14:01les comprendre
14:02et mieux les guider.
14:02Il me semble.
14:03Enfin, je pense qu'il y a
14:04des gens qui n'ont fait
14:04que de la mise en scène
14:05et qui sont tout à fait
14:06capables de se glisser
14:07dans les sentiments
14:07des autres.
14:10Mais il me semble
14:11quand même
14:11que la majorité
14:13des metteurs en scène
14:14à un moment
14:15ont envie
14:16de passer
14:17de l'autre côté.
14:18Mais c'est beau
14:18cet amour
14:19que vous décrivez
14:19pour les comédiens.
14:21Alors, dans cette émission,
14:22pour mieux comprendre
14:23notre invité,
14:24on aime bien aussi
14:25se pencher sur son passé,
14:26son histoire personnelle,
14:27d'autant plus que chez vous,
14:28et vous l'avez un petit peu dit,
14:29le théâtre et l'art
14:30en général
14:31est une affaire de famille.
14:32Votre père était architecte,
14:34votre mère était peintre,
14:35l'un de vos deux frères,
14:36à Grégoire et le décorateur
14:37de tous vos spectacles.
14:38Il était l'enfant
14:39qui transformait
14:40deux bouts de carton
14:41en robots,
14:42dites-vous.
14:42Oui, tout le temps.
14:43Et puis, il y a Étienne,
14:44le frère aîné,
14:45le musicien de la fratrie.
14:47C'est lui qui vous emmène
14:48voir une pièce
14:49à la comédie française
14:50et c'est le déclic pour vous,
14:51je crois que c'était
14:52la puce à l'oreille
14:53en votre ville de Fédo.
14:54Oui, exactement.
14:56Absolument.
14:56Pourquoi ce déclic ?
14:57Qu'est-ce qui se passe ce jour-là ?
14:58Alors, mon frère aîné
15:00était organiste,
15:00il donnait des cours d'orgue
15:02Galen Fédo,
15:03le petit-fils de Georges Fédo
15:04et on a eu l'immense privilège
15:06de pénétrer
15:07dans les coulisses
15:07de la comédie française.
15:09Il nous a montré les loges,
15:12les ascenseurs
15:12qui étaient dévolus
15:13aux robes à crinoline,
15:15il est venu dîner à la maison,
15:16il nous a expliqué
15:17le fonctionnement
15:17de la comédie française
15:18qui, Dieu sait,
15:19était drastique.
15:19Mais moi, ça m'a fait rêver,
15:21je me suis dit
15:22quel univers,
15:22j'y avais jamais pensé.
15:24C'est vrai ?
15:24Oui.
15:25Et le lendemain matin,
15:26au petit-déjeuner,
15:26j'ai dit à mon frère aîné
15:27que j'aimerais bien
15:28faire du théâtre
15:28et il se présentait
15:29au conservatoire de Rouen,
15:30il faisait de l'orgue
15:31déjà au conservatoire,
15:33il voulait se donner
15:34une tenue de scène,
15:35il prenait des cours d'art dramatique
15:36et il m'a dit
15:37écoute, tu peux t'inscrire,
15:38l'examen est dans trois semaines
15:40pour rentrer,
15:40alors inscrivons-nous ensemble
15:42et on l'a fait ensemble.
15:43Bon coup.
15:43Alors qu'au départ,
15:44vous vouliez plutôt
15:46être danseuse, je crois,
15:47mais vos parents avaient refusé,
15:49alors qu'eux-mêmes étaient artistes,
15:50c'est bizarre.
15:50Oui, alors la plupart des copains
15:52qui ont des parents artistes
15:53ont vécu la même chose.
15:54C'est-à-dire qu'ils sont dans le…
15:56Enfin, en ce qui concerne mes parents,
15:58ils étaient un peu
15:58dans la frustration de carrière
16:00pas tout à fait aboutie,
16:02de vie,
16:03donc qu'ils ne se dessinaient pas
16:04tout à fait comme ils l'auraient voulu,
16:06ils étaient vraiment là-dedans
16:07et ils ne nous entendaient pas.
16:08Donc mon frère aîné,
16:09à dix ans,
16:10est allé tout seul
16:10se chercher une profession de piano.
16:13Oui, il a pris le beau teint
16:14et après la dame a appelé maman
16:16en lui disant
16:17écoutez, je vais donner gratuitement
16:19des cours de piano.
16:20Maman a dit non, non, non.
16:21Et puis moi,
16:22elle n'a jamais entendu
16:23le fait que je voulais
16:24être danseuse.
16:25Alors que tous les trois,
16:26vous êtes devenu artiste finalement.
16:27Oui.
16:27C'est incroyable
16:28de l'avoir refusé,
16:29ça l'a presque provoqué.
16:30Oui, mais c'est grâce
16:31à mon frère aîné
16:31parce que j'avais cette grosse frustration
16:33de ne pas avoir pu danser
16:35et le fait de faire du théâtre,
16:37ça a comblé.
16:39Et puis une éducation très stricte
16:40à la maison,
16:41on ne pouvait écouter
16:42que de la musique classique,
16:43dites-vous.
16:44Le seul petit espace de liberté,
16:45c'était Django Reinhardt,
16:46guitariste de jazz.
16:48Est-ce que vous savez
16:49pourquoi lui,
16:49il était autorisé ?
16:50C'était la petite folie.
16:51Oui, parce qu'il y a quand même
16:53un univers musical très très riche,
16:55absolument magnifique quand même,
16:56mes parents entendaient.
16:58Mais sinon…
16:59Oui, ça suffisait,
17:00alors Dieu, c'était…
17:01Et votre mère est décédée d'école
17:03quand vous étiez très jeune,
17:04à l'âge de 10 ans,
17:05et elle a su vous faire passer
17:06un message que j'ai trouvé très beau.
17:08Vous dites,
17:09ma mère s'est beaucoup employée
17:10à développer chez nous l'imagination.
17:11Oui.
17:12Elle nous disait,
17:12vos résultats scolaires,
17:13je m'en contre vous.
17:14C'est vrai.
17:15Mais qui n'a pas d'imagination
17:16passe à côté de sa vie.
17:18Oui, c'est vrai.
17:18On a été élevés comme ça.
17:20Et elle avait raison ?
17:21Oui, je pense que j'ai réussi
17:23à faire un petit bout de chemin,
17:24en tout cas grâce à mon imagination.
17:26J'ai énormément d'imagination.
17:28avec les bons côtés,
17:29les mauvais côtés
17:30d'un excès d'imagination.
17:32C'est quoi, un excès ?
17:33Par exemple, je ne sais pas,
17:34je vais avoir un bouton sur la jambe,
17:37j'imagine les pires maladies.
17:39D'accord.
17:40Je suis un peu atteinte
17:41du syndrome du chien devant la boulangerie.
17:43C'est un chien devant la boulangerie,
17:45il sait bien que le maître va revenir,
17:47il le voit,
17:47mais il a l'impression
17:47qu'il est là pour toujours.
17:49Il va rester desséché
17:52devant la boulangerie.
17:53Moi, j'ai un peu ce syndrome-là.
17:54J'ai l'impression
17:54que quand j'ai une émotion joyeuse et gaie,
17:56j'ai l'impression que c'est pour toute la vie,
17:58quand un truc passe pour toute la vie.
18:01Donc, je me fais des scénarios comme ça.
18:05Mais qui n'a pas d'imagination
18:06passe à côté de sa vie,
18:07vous le pensez aussi ?
18:08En tout cas,
18:09quand on a un problème
18:10ou quand on a une situation difficile,
18:11le fait d'avoir de l'imagination,
18:12ça nous donne des tas d'idées
18:14pour s'en sortir.
18:15Ah oui, oui.
18:16Après sa mort,
18:18votre père est un peu perdu
18:19et c'est votre frère
18:20qui prend le relais,
18:21donc le grand frère,
18:22Étienne,
18:23et vous dites d'ailleurs
18:24je lui dois tout.
18:25Oui, c'est vrai.
18:25Cette fratrie,
18:26elle a été essentielle pour vous
18:28et très structurante.
18:29Oui, oui, oui.
18:30C'est d'ailleurs ma grande passion de ma vie,
18:32ce sont mes deux frères.
18:33C'est vrai ?
18:33Oui, on est très proches.
18:35Et oui, oui,
18:36il m'avait dit ce principe magnifique,
18:38il m'a dit
18:39préfigure-toi ce que doit être
18:40un rapport humain
18:40et tu t'y tires.
18:41Et ça m'a,
18:42je ne sais pas si j'en suis dit,
18:44mais en tout cas,
18:44c'est une phrase,
18:45je me suis toujours dit ça.
18:47Ça m'a beaucoup aidée
18:48à me structurer.
18:49Et à la lueur de celle
18:50que vous êtes aujourd'hui,
18:51quel conseil donneriez-vous
18:52à la petite fille
18:52que vous étiez ?
18:53Qu'est-ce que vous lui diriez
18:54avant qu'elle ne se lance dans la vie ?
18:57Fais-toi confiance.
18:59Avance et ose.
19:01Parce que ça n'a pas été le cas ?
19:02Pas toujours ?
19:03Je crois que j'étais assez...
19:06C'est un mélange...
19:07J'aurais un sentiment
19:08de nourrir toujours l'autre,
19:09mais je pense qu'il y a eu
19:10toujours un grand mélange en moi
19:12de grandes incertitudes
19:13et d'immenses doutes
19:14et puis de...
19:16Mon Dieu,
19:17de grandes vertiges et de rigueur.
19:20Donc on se lance un peu...
19:22Mais le manque de confiance,
19:24l'un de vos frères,
19:24dit que c'est une force,
19:25qu'il faut garder au contraire.
19:26Absolument.
19:27Oui ?
19:28Oui, il m'a dit un jour,
19:29c'est Grégoire qui fait
19:30tous mes décors,
19:31qui fait beaucoup de décors
19:32à la télévision,
19:32il a fait Burger Quiz,
19:33il a fait beaucoup de décors
19:35pour les marionnettes de l'info.
19:37Il m'a toujours dit ça,
19:38il m'a dit,
19:38mais n'aie pas peur du doute.
19:40C'est très douloureux,
19:41mais c'est nécessaire
19:42et ça te fait envisager
19:44la situation sous
19:46plein de prismes différents
19:49et c'est très enrichissant
19:51et c'est comme ça
19:51que tu vas avancer
19:52et que tu vas te mettre
19:52à la place qui est la tienne.
19:54J'ai des photos
19:55à vous proposer,
19:56Virginie Lemoyne.
19:59La première,
20:00la voici,
20:01il s'agit de Laurent Lafitte,
20:03récompensé au Molière
20:04pour son rôle
20:05dans l'adaptation au théâtre
20:06de la cage au folle.
20:07Et je vous en parle
20:08parce que son discours
20:09a été très remarqué
20:10lorsqu'il a reçu ce prix,
20:11il a alerté
20:12sur la montée
20:13de l'homophobie,
20:14des insultes homophobes,
20:16des agressions homophobes.
20:17Et je sais que c'est un sujet
20:18qui vous touche
20:19parce que justement
20:19vos deux frères
20:20que vous adorez tant,
20:21vous avez parlé
20:22de leur homosexualité
20:23et vous avez même écrit
20:25sur le sujet.
20:25Il a eu raison
20:26d'alerter là-dessus ?
20:27C'est un vrai sujet qui monte ?
20:28De toute façon,
20:29tout est intolérable.
20:30Soit l'antisémitisme,
20:31le racisme,
20:32l'homophobie,
20:33la misogynie,
20:34c'est intolérable
20:35de condamner
20:36une partie de la population
20:40pour ce qu'elle est.
20:41Ce qu'elle est,
20:41c'est intolérable.
20:43Moi, ça se suit
20:43vent debout.
20:44C'est quelque chose
20:45qui vous inquiète ?
20:46Alors, ça a toujours été,
20:47je pense.
20:49Mais selon vos deux frères,
20:50comment ils sont concernés ?
20:50En tout cas,
20:51ce qui est bien,
20:51c'est qu'aujourd'hui,
20:52c'est la loi qui punit.
20:56Aujourd'hui,
20:56on se met sous couvert
20:58de la loi
20:58et ça, c'est quand même
20:59un progrès magnifique.
21:01J'ai une deuxième photo.
21:03Il s'agit de la couverture
21:04de l'autobiographie
21:06du réalisateur
21:06Fabien Anténiente.
21:08Alors, on n'attend pas Fabien.
21:10Jeu de mots avec le
21:11alors, on n'attend pas Patrick
21:12qui vient d'un des films
21:13qu'il a réalisés,
21:14Camping,
21:15parmi lesquels il y a aussi
21:16Disco,
21:16des comédies populaires
21:18qui ont cartonné au cinéma.
21:20Et une des phrases retenues,
21:21c'est celle-ci.
21:22Au début,
21:22on sentait la merguez
21:23pour les critiques.
21:24Ce qu'on comprend
21:25dans cette phrase,
21:26c'est que ces comédies
21:27dites très populaires
21:28ont été un peu snobées
21:29par le petit milieu
21:30du cinéma
21:31et par les critiques
21:32du cinéma en général.
21:33Et c'est vrai
21:33que ça existe dans le cinéma.
21:34Et je me demandais
21:35si ça existait aussi
21:35au théâtre.
21:36Oui, oui, bien sûr.
21:38Mais c'est depuis
21:39la nuit des temps.
21:40Parce qu'Aristophane,
21:43par exemple,
21:44déjà, quand il faisait
21:45de la comédie,
21:46ce n'était pas reçu
21:47tout à fait
21:48comme il fallait.
21:49Donc, je pense que c'est...
21:52Alors, se demander vraiment
21:54pourquoi le rire
21:55est considéré
21:56comme quelque chose
21:56de mineur,
21:57ça me met toujours
21:58énormément de points
21:59d'interrogation
22:00au-dessus de la tête
22:01parce que c'est très complexe
22:02de faire rire
22:03et c'est très impressionnant
22:04de faire rire.
22:04Quand on se présente
22:05dans une salle
22:06qu'on joue une tragédie,
22:08le silence peut être interprété
22:09comme une écoute profonde
22:13du public,
22:14des spectateurs.
22:16Quand on monte sur scène
22:18pour faire rire,
22:20on a besoin
22:22du retour
22:23du monde extérieur.
22:24Et quand on ne l'a pas,
22:25c'est un écho de mort.
22:26C'est extrêmement douloureux
22:27et c'est très difficile
22:29de faire rire.
22:30C'est très compliqué.
22:31On marche sur un fil.
22:32On dit que c'est même
22:32la chose la plus difficile
22:33pour un comédien.
22:34parce qu'autant de personnes
22:35dans la salle,
22:36autant de sensibilités différentes
22:38et il faut essayer
22:39quand même
22:39d'entraîner les gens
22:40avec soi.
22:41C'est très, très difficile.
22:43Vous vous souvenez
22:44d'un moment
22:46de stress,
22:47d'angoisse
22:47parce que vous sentez
22:48que le public
22:48ne rire tout le temps ?
22:50Oui, oui, parfois.
22:51Oui, oui, c'est pour ça.
22:52Moi, j'ai fait des spectacles
22:53sols.
22:54C'était vraiment...
22:55C'était trop en souffrance
22:56même parce que j'avais l'air
22:59de me gâcher la vie.
23:00Donc, quand les gens riaient
23:01beaucoup, je me disais
23:01oui, c'était ce soir
23:02mais demain, ils ne riront pas.
23:03Et quand ils ne riaient pas,
23:05je disais, voilà.
23:07Le doute permanent.
23:08Donc, j'ai arrêté.
23:10C'est à ce point-là.
23:11Ça vous a fait avancer aussi.
23:12Mais par rapport
23:13à ce que dit
23:14Fabia Otoniente,
23:15je pense que
23:16le meilleur conseil,
23:18c'est qu'il faut vraiment
23:19s'en foutre
23:19et puis il faut tracer son chemin.
23:21Oui, c'est ça.
23:21Mais c'est vrai que le rire
23:22et la comédie
23:23sont souvent l'objet
23:24de snobisme.
23:25Oui, mais depuis...
23:28J'ai une grande passion
23:29pour Aristophane.
23:29Je trouve que c'était fou
23:30ce qu'il écrivait.
23:31C'est tellement drôle.
23:32Une dernière photo.
23:34Il s'agit d'Emmanuel Macron
23:35dont la paire de lunettes
23:36a fait tant coller d'encre
23:38un modèle aviateur
23:39qu'il a porté
23:39au Forum de Davos.
23:40Les ventes ont explosé
23:41après son apparition.
23:43On croyait que c'était
23:44fabrication 100% française.
23:45En fait, non, pas vraiment.
23:46Vous qui avez pas mal moqué
23:48aussi le monde politique
23:50il y a quelques années,
23:51vous l'auriez moqué,
23:52c'est sûr.
23:53À l'époque.
23:53Oui, peut-être.
23:54Oui, c'est drôle, en tout cas.
23:56C'est drôle parce que
23:57c'est tellement logique,
24:01je trouve,
24:01avec son personnage.
24:03C'est...
24:04C'est quoi, son personnage ?
24:06Mais il a un côté
24:09très dandy séduisant.
24:11Il a un côté très héros
24:13de série des années 60
24:17avec sa voiture de sport.
24:18Je trouve qu'il a quelque chose
24:19de parfait.
24:21Donc, avec les lunettes,
24:22je trouve que ça accompagne
24:23avec ce personnage-là.
24:24C'était cohérent au fond.
24:25Oui, oui, tout à fait, oui.
24:26Vous continuez de l'observer,
24:27la vie politique française ?
24:28Alors, je la suis beaucoup,
24:30beaucoup, mais de temps en temps,
24:32j'ai des bêtises
24:33qui me passent par la tête,
24:34donc je les envoie à Laurent Gérard.
24:35C'est vrai ?
24:36Oui.
24:37Vous continuez un peu
24:37d'être inspirée
24:39et de communiquer avec lui.
24:40Non, non, mais très rarement,
24:40mais on est proche, oui, toujours.
24:42La dernière que vous l'ayez envoyée,
24:44vous l'avez en tête ?
24:45Oui, c'est parce que j'avais vu
24:46des gros titres qui disaient
24:48« Lourdes frappes au Moyen-Orient ».
24:50Et donc, j'ai dit à Laurent
24:52que quand j'ai vu ça,
24:53la première image que j'avais,
24:56c'était que la ville de Lourdes
24:57frappait le Moyen-Orient.
24:59Donc, je lui ai dit
24:59« Ce serait drôle de faire… »
25:02Et alors, il vous a répondu quoi ?
25:03Il m'a dit « Oui, super,
25:04on va le garder. »
25:05Donc, voilà.
25:06Donc, vous êtes encore en lien avec…
25:08Oui, oui, oui.
25:09C'est chouette.
25:10J'ai une dernière question
25:11qui est en lien avec
25:12le décor qui nous entoure.
25:13Nous sommes entourés
25:14de quatre statues
25:15qui représentent chacune une vertu.
25:17Il y a la sagesse,
25:19la prudence,
25:21la justice
25:22et l'éloquence.
25:23Est-ce qu'il y a une de ces vertus
25:24qui vous parle particulièrement,
25:26qui vous caractérise peut-être ?
25:28La justice.
25:28Je pense que le manque de justice,
25:33ça nous rend…
25:35Enfin, moi, ça me met
25:36dans des états abyssaux.
25:38Je trouve que…
25:40Ce que disait La Fontaine,
25:43« Selon que vous serez puissant ou misérable,
25:45les jugements de cour
25:46vous rendront blanc ou noir »,
25:47mais on a l'impression
25:49de le vivre constamment.
25:51Et je pense que c'est quelque chose
25:55qui peut provoquer des réactions
25:56extrêmement violentes.
25:58Par exemple, je trouve que c'est très sain,
26:01en plus, on peut le faire
26:01dans notre métier,
26:03de vivre sans privilège.
26:05Par exemple, dans notre métier,
26:08mais de ne pas avoir,
26:09quand on a le rôle principal,
26:11une plus grande loge que les autres,
26:12des choses comme ça,
26:13pas de traitement particulier,
26:14de refuser ça,
26:16ça met tout de suite à…
26:19de savoir partager, simplement.
26:23Je trouve que c'est extrêmement important.
26:28Et on peut tous, à notre niveau,
26:30lutter contre l'injustice.
26:33Ça paraît imponcif,
26:36mais vraiment…
26:37– Ce n'est pas quelque chose d'inaccessible,
26:39c'est quelque chose de tous expliqué au quotidien.
26:41– Et puis on a la sensation, quand même,
26:42quand on suit les actualités,
26:44ce qui se passe dans le monde,
26:45que l'injustice,
26:50c'est une pièce maîtresse de notre monde
26:52et je la trouve très insupportable.
26:53– C'est beau, on restera sur cette vertu de la justice
26:56qui vous tient à cœur.
26:57Merci beaucoup d'avoir été notre invitée.
26:59– Merci, merci infiniment.
26:59– Merci pour ce beau moment
27:01et merci à vous de nous avoir suivis,
27:02comme chaque semaine.
27:03Émission à retrouver en replay
27:04sur notre plateforme publicsénat.fr.
27:06Merci, à très vite.
27:07– Sous-titrage ST' 501
Commentaires