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  • il y a 22 heures
« Au bonheur des livres » s'intéresse cette semaine à la jeunesse, en recevant deux romanciers particulièrement doués pour la mettre en scène et en interroger les préoccupations : Fanny Taillandier et François Bégaudeau.La première raconte dans « Sicario bébé » (Ed. Rivages) l'épopée à la fois loufoque et tragique d'un couple d'amoureux encore adolescents, qui attendent un enfant mais se heurtent à la société et sont entraînés dans une drôle de dérive criminelle.Le second imagine dans « Désertion » (Ed. Verticales) l'itinéraire d'un jeune homme issu d'un milieu rural, qui cherche un sens à sa vie et s'engage pour cela en Syrie...L'un et l'autre nous montreront, dans leur dialogue avec Claire Chazal, comment la littérature peut ainsi briller, sans ennui, en parlant du monde d'aujourd'hui. Année de Production :

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00:06Musique
00:18Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat, je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au
00:23bonheur des livres.
00:24Chaque semaine, vous le savez, nous essayons tout simplement de vous donner envie de lire des livres et aussi de
00:29connaître, de mieux connaître, de découvrir leurs auteurs.
00:32Aujourd'hui, ces deux auteurs ont tous les deux enseignés, ils sont agrégés de lettres, ils côtoient ou ont côtoyé
00:37en tant que professeurs, peut-être on peut le dire, les marges, les cités,
00:42et nous parlent plutôt des défavorisés, des victimes des inégalités sociales et de la violence que ces inégalités peuvent générer.
00:52Des écrivains engagés, en tout cas, c'est ce qui me paraît à moi, mais évidemment, c'est à eux
00:56de nous le dire.
00:57D'abord, François Bégodeau, vous publiez, cher François, Désertion, aux éditions Verticales, et puis Fanny Taillandier, vous nous proposez Sicario
01:05bébé chez Rivage.
01:07Vos jeunes héros, donc vos jeunes personnages, à tous les deux, nous ont beaucoup touchés, parce que ce sont des
01:14adolescents, ce sont des gamins,
01:17qui ont évidemment des difficultés, mais qui vont peut-être s'en sortir, en tout cas on va en parler,
01:23et qui nous font réfléchir sur notre société, sur la façon dont elle fonctionne, et aussi bien sûr sur le
01:28déterminisme social.
01:30Alors, bien sûr, chacun un peu, comme il y a des points communs entre vos deux livres, vous pouvez intervenir
01:34quand vous voulez,
01:35mais on va faire deux conversations successives pour parler, j'allais dire, un peu à fond de chacun des ouvrages.
01:41Fanny Taillandier, je rappelle, mais vous m'interrompez si c'est faux, vous avez grandi en banlieue,
01:46vous enseignez dans l'Académie de Créteil, votre premier roman est paru en 2013,
01:53vous avez écrit sur un tueur en série, sur le 11 septembre, et aujourd'hui, donc, voici Sicario bébé,
01:59c'est l'histoire de Jen et de Blaise, qui ont bien peu d'argent l'un et l'autre,
02:04qui sont jeunes,
02:06qui n'ont pas fini leurs études.
02:08Jen est enceinte, on va le découvrir, elle vit avec sa mère, faute d'argent, évidemment,
02:14mais il y a comme une volonté en elle, comme une force, j'allais dire féminine, je ne sais pas,
02:20c'est ce qui la distingue de son amoureux, je crois, ce qu'on sent tout de suite, c'est
02:25sa volonté.
02:27Effectivement, Blaise est très amoureuse d'elle, on commence par, on a le regard des deux personnages en alternance,
02:33et Blaise, on sent qu'il est complètement subjugué par cet amour, son premier amour, son unique amour,
02:38et elle lui annonce qu'elle est enceinte, et lui, ça le panique.
02:40Elle, elle a cette espèce de sagesse, de se dire, bon, ça va être compliqué, effectivement,
02:46il y a peu de ressources, cette possibilité, mais l'enfant va me guider, elle dit, je laisse la vie
02:52dans mon ventre prendre le pilotage.
02:55Parce qu'on sent bien qu'au fond, même s'ils vont avoir des difficultés à s'en sortir, ils
02:59le savent, évidemment,
03:00ils n'ont pas d'argent, mais cet amour est plus fort, c'est comme c'était une force de
03:04vie pour tous les deux,
03:05c'est ça qui est assez beau, d'ailleurs.
03:07Ils n'ont pas désespéré, ils ont un vague espoir d'y arriver, finalement.
03:13Et elle, de toute façon, il n'est pas été question qu'elle se sépare de cet enfant, elle a
03:16voulu le garder.
03:17À aucun moment, et lui non plus, ils sont très heureux de l'accueillir,
03:19après, effectivement, le réel autour d'eux leur donne peu d'atouts pour que ça se passe bien.
03:25En tout cas, va rendre difficiles les choses, mais on s'aperçoit qu'il y a des solidarités dans ces
03:30milieux-là,
03:32dans la cité, donc, dans laquelle ils vivent, et notamment l'aide d'une aïeule qu'ils vont rencontrer.
03:37Tout ça s'organise aussi autour d'eux.
03:39Alors, Jen a grandi dans la cité de la petite ville où ils habitent l'un et l'autre.
03:43Lui, il est plus extérieur, mais il connaît bien l'endroit aussi, qui est en cours de démolition.
03:47Mais parmi les derniers résidents du Grand Ensemble, il y a donc cette aïeule, cette tati,
03:52qui est la tati, donc la nourrice de beaucoup d'enfants du quartier, et donc Jen.
03:57Et elle, effectivement, elle est âgée, et elle est très maligne,
04:02et elle connaît très, très bien les strates différentes de la petite ville où ils vivent.
04:06Et là, elle va pouvoir les aider, les guider un peu à la manière d'une bonne fée,
04:10dans la forêt dans laquelle ils sont un peu perdus, eux.
04:13Et qui est une forêt, évidemment, semée d'embûches, hélas.
04:16Est-ce que c'est des choses, que c'est des cités que vous avez pu connaître,
04:21dont vous connaissez les paysages, la géographie humaine, la sociologie ?
04:25Alors, il y a deux choses. C'est une petite ville.
04:27Moi, j'habite depuis trois ans dans une petite ville en région centre.
04:30Donc, plus largement que la cité, il y a toute cette petite ville,
04:34avec ses rythmes et sa campagne autour, ces zones un peu interlopes entre ville et nature.
04:40Et puis après, le Grand Ensemble, moi, j'ai grandi en partie dans un Grand Ensemble.
04:44Donc, c'est, oui, effectivement, un espace que je connais bien,
04:46mais je pense comme énormément de mes concitoyens et concitoyennes,
04:49puisque c'est en fait le plus grand plan de logement du XXe siècle.
04:53Tout le monde, d'ailleurs, quand j'en parle, c'est drôle,
04:55parce qu'il y a toujours des gens qui viennent me dire,
04:56« Ah, mais moi aussi, j'ai connu tel endroit, tel endroit. »
05:00Et en fait, dans l'ensemble, ça laisse de très bons souvenirs,
05:02y compris à moi, d'ailleurs.
05:04Donc, pas mauvais souvenirs ?
05:05Pas du tout. Ce qui est triste, c'est que ça disparaisse
05:07sans être remplacé par d'autres endroits comme ça,
05:10où, quand on est enfant, en tout cas, on est en sécurité.
05:13Oui. Vous avez connu ça aussi, François Bégaudeau ?
05:15Enfin, en tout cas, parce qu'on va y revenir, bien sûr,
05:17en parlant de votre livre, mais vous avez enseigné dans...
05:20Pas dans des quartiers faciles, on peut le dire.
05:22d'écrit et même montré au cinéma, mais est-ce que ce genre
05:25d'habitat, vous le connaissiez ?
05:29La meilleure connaissance que j'en ai,
05:32par-delà des observations, puis effectivement, dans ma vie,
05:34il m'est arrivé souvent de me retrouver dans ce genre de quartier
05:37populaire, périphérique. Non, mais moi, j'y ai passé trois ans
05:40quand j'étais petit. Parce que quand on est arrivé
05:42de ma Vendée natale, mes parents ont dit,
05:44on va monter à Nantes. Monter à la ville, c'était monter à Nantes,
05:47parce qu'ils voulaient que leurs enfants vivent dans un contexte urbain.
05:50Et en attendant de rejoindre le centre-ville,
05:53où ces gens de classe moyenne
05:54pouvaient légitimement aspirer à habiter,
05:56on habitait dans une banlieue de Nantes,
05:59qui est maintenant, d'ailleurs,
06:00fait souvent entendre parler d'elle.
06:03Et oui, là, je me souviens quand même
06:04de certains souvenirs pas mal,
06:06les caves et tout, les dalles,
06:08la dalle, notamment.
06:10J'ai une perception de l'architecture qui s'éclare.
06:11Après, il est assez fréquent que je me retrouve dans ce genre de contexte aussi,
06:14parce que, même en tant qu'écrivain,
06:16il est assez fréquent qu'on soit invité
06:18dans ce genre de truc. Après, autre chose,
06:19est de faire le travail que Fanny a fait,
06:21à savoir vraiment de rentrer dans le détail des vies.
06:24Là, pour ça, il faut vraiment s'arrêter.
06:25Par exemple, écrire un livre ou, je ne sais pas, faire une enquête.
06:27Oui, bien sûr.
06:28Et peut-être croiser ces jeunes qui sont peut-être vos élèves,
06:31qui auraient été peut-être comme vos élèves à certains moments,
06:34Moi, j'ai eu envie, effectivement,
06:36j'ai essayé dans ce livre de rendre hommage
06:38à des tas d'élèves que j'ai eus,
06:40qui ne sont pas ceux qui font parler d'eux, forcément,
06:43ni en bien ni en mal, d'ailleurs,
06:44mais qui ont ce truc qui est magnifique à 17 ans,
06:48de curiosité, d'appétit pour comprendre le monde,
06:53le monde qui est opaque pour tout un chacun.
06:56Et souvent, c'est vrai qu'on a des stéréotypes
06:58sur les enfants des classes prolétaires
07:01ou des quartiers populaires
07:03où on se dit qu'ils sont un peu prédestinés à la délinquance.
07:07Alors qu'en fait, moi, ce n'est jamais ce que j'ai pu constater.
07:10C'est-à-dire que des mauvaises têtes, il y en a partout
07:12et des solutions, c'est vrai qu'il y en a peu dans certains endroits,
07:16c'est le cas des personnages,
07:17mais avant tout, il y a cette espèce de curiosité.
07:20Quand un enfant devient adulte,
07:21il a ce truc où tout est donné
07:24et en même temps, il faut le comprendre.
07:26Il faut en faire quelque chose.
07:28C'est assez réconfortant,
07:30parce que ce n'est pas toujours des peintures
07:32parfois plus sombres que l'on a sur ce déterminisme social,
07:35sur le fait que quand ces éducations
07:37commencent à partir un peu en vrille,
07:39il y a une déscolarisation,
07:41ils nous échappent.
07:42On ne peut plus les rattraper, ces jeunes.
07:44Je crois qu'il y a une mise en danger aujourd'hui
07:47d'une partie de la jeunesse,
07:48la jeunesse qui n'a pas de ressources familiales.
07:50Quand on a des ressources familiales,
07:51si on glisse à un moment,
07:53il y a des choses qui permettent d'être attrapées.
07:54Et quand on n'en a pas,
07:56soit la société dans son ensemble
07:58prend en charge ces enfants-là,
07:59soit si elle ne le fait pas,
08:01alors c'est dangereux pour eux
08:02et ils peuvent devenir eux aussi dangereux.
08:04Alors vous décrivez ces deux jeunes,
08:06qui sont d'ailleurs très attachants, bien sûr,
08:08et qui ont quand même cette envie de vivre,
08:10mais ils ne vont pas échapper
08:11à une petite délinquance,
08:12il faut quand même le dire.
08:13Ils vont quand même dérober,
08:16voler une pauvre vieille dame dans la rue
08:19et puis surtout côtoyer les trafiquants de drogue
08:22parce qu'il y en a.
08:23Alors est-ce que c'est une fatalité
08:26dans ce genre de cité ?
08:28Moi je me suis demandé en lisant le livre de Fanny,
08:32deux choses.
08:32Premièrement, est-ce qu'il y avait une espèce
08:33de déterminisme quand même au moins contingent
08:36à ce qu'il se retrouve à aller vers la délinquance
08:38parce qu'il s'était vraiment dans la merde
08:39pour élever cet enfant, etc.
08:41Deuxièmement, est-ce que vraiment Blaise envisage
08:44à une seconde ou deux ou trois
08:47de tuer quelqu'un ?
08:48Ou de participer à un crime puisqu'il s'agit de ça ?
08:51Oui, alors on ne va pas tout dévoiler
08:53parce qu'il y a un petit suspect.
08:54C'est dit assez tôt dans le livre, je me permets.
08:56C'est vrai que Blaise a cette proposition
08:58de son ami Bobby qui est très fantasque
09:01et toujours dans des plans plus ou moins bien partis
09:04et se retrouve effectivement pris dans un engrenage
09:07où le but ultime, ça doit être
09:09et effectivement de commettre un meurtre.
09:11Est-ce que lui, il y croit ou pas ?
09:13Je laisse à chacun en juger
09:15parce qu'il est un peu aussi dépassé
09:17par sa trouille, son envie de bien faire
09:19et en même temps se rendre compte
09:20qu'il n'a pas beaucoup de solutions.
09:22Après, est-ce que les trafiquants
09:26sont là dans un déterminisme ?
09:27Je crois que malheureusement, oui.
09:28Mais à l'heure actuelle, j'ai lu le dernier livre
09:31de Philippe Pujol qui parle spécifiquement de Marseille
09:34mais en fait, ça s'est répandu à tout le territoire désormais
09:37où en fait, les enfants, il le dit,
09:38plus on est vulnérable, plus on est de la main-d'œuvre facile
09:41pour le capitalisme le plus effréné,
09:44à savoir le capitalisme illégal.
09:47Alors, on ne va pas le révéler
09:48mais c'est vrai, ils échappent un peu
09:50à ce qu'on leur demande de faire.
09:51Donc, on ne va pas complètement inverser.
09:54On reste dans la petite délinquance.
09:55Et puis, il y a à nouveau d'autres solidarités,
09:58notamment parmi ces zadistes
09:59chez lesquels ils vont trouver refuge.
10:01Il y a des choses encourageantes quand même dans ce livre.
10:04Il y a beaucoup d'humanité, finalement.
10:07En fait, j'avais envie aussi, je crois,
10:10d'essayer de parler à travers ce regard,
10:11encore une fois, un peu à la fois émerveillé
10:13et étourdi de la journée.
10:15J'avais envie de parler d'un autre pays
10:17où on a tendance à mettre les gens dans des cases
10:19et aussi les résistances ou les solidarités,
10:23on appelle ça comme on veut, dans des cases aussi.
10:24C'est-à-dire que les zadistes,
10:26c'est des écolos blancs dans les campagnes.
10:28Et puis, les gens qui essayent de s'en sortir
10:30et qui sont dans les grands ensembles,
10:32ils ne peuvent pas avoir de lien.
10:32Mais en fait, habitant dans la petite ville,
10:35je me rends compte que ce n'est pas ça qui se passe.
10:36C'est-à-dire qu'en fait, sur un périmètre très étroit
10:39et en fait assez peu dense,
10:41il y a beaucoup d'enjeux qui se croisent.
10:42Et finalement, les écolos croisent les racailles,
10:45entre guillemets,
10:46qui croisent eux-mêmes les édiles, les élus.
10:49Et donc, en fait, finalement,
10:50c'est plus complexe que ce qu'on a tendance à croire
10:53et qui peut être effectivement décourageant.
10:54En fait, on est lié par beaucoup de solidarité.
10:56Voilà.
10:57Et puis, on ne va pas non plus dévoiler la fin,
11:00mais tout de même une forme de morale assez positive,
11:02puisque ces deux gamins, ces deux jeunes
11:05vont à peu près s'en sortir.
11:07En tout cas, comme dit Blaise,
11:10l'amour, c'est de la magie,
11:12et la magie fonctionne.
11:14Voilà.
11:14Donc, ils vont trouver une forme de vie,
11:17j'allais dire matériellement correcte,
11:19et peut-être faire ce qu'ils ont envie de faire.
11:21Alors, vous, François Bégodeau,
11:22vous êtes aussi, bien sûr, romancier, scénariste.
11:25Vous avez enseigné également.
11:27Vous n'enseignez plus, je pense.
11:28Depuis quand même 25 ans.
11:2920 ans, je pense.
11:30Oui, mais enfin, bon.
11:32L'école me manque pas,
11:34mais je pense que je manque à l'école.
11:36Énormément.
11:37Il m'appelle tous les jours pour que je revienne.
11:38Surtout, vous l'avez bien décrite.
11:41Dans ce livre, notamment,
11:42Entre les murs,
11:43qui vous a valu,
11:46réalisateur, bien sûr,
11:47Une palme d'or à Cannes,
11:48adaptée au cinéma, en 2008.
11:50Vous avez été chanteur aussi,
11:52dans un groupe de rock, on le précise.
11:53Antérieurement encore, oui.
11:54Antérieurement, très, très antérieurement.
11:57Et donc, je le disais,
11:58vous avez écrit souvent sur les luttes sociales,
12:00en tout cas sur ces milieux-là,
12:02sur ce déterminisme social-là.
12:04Et aujourd'hui, vous publiez Désertion,
12:06alors qu'il nous emmène,
12:07oui, dans une petite ville côtière,
12:09ce n'est pas tout à fait la même géographie
12:11que pour Fanny Taillandier, j'allais dire,
12:13à la rencontre de deux frères.
12:14Alors, ils sont presque jumeaux,
12:16ils ont très peu d'écarts,
12:18Steve et Mickaël.
12:19On va voir qu'ils sont différents, quand même, bien sûr.
12:22Mais, on peut dire que leur enfance,
12:25leur adolescence, la vie solitaire de la mère
12:29fait que là, toutes les conditions sont réunies
12:32pour que l'avenir de ces deux frères
12:35ne soit pas extrêmement rose.
12:37On sent bien qu'il va se passer quelque chose.
12:39Est-ce que, au fond, vous...
12:42Enfin, ce n'est pas la première fois, encore une fois,
12:44mais c'est, d'une certaine façon,
12:46le tableau d'un échec annoncé
12:48que vous dressez d'abord, d'emblée,
12:50en nous présentant la situation sociale
12:53et familiale de ces deux garçons ?
12:54Disons que c'est un petit peu comme souvent
12:55les destins humains ou les destins individuels,
12:57c'est la conjonction de détermination claire,
13:00de déterminisme, mais aussi de contingence.
13:03C'est ça que j'essaie toujours un peu d'organiser
13:04dans mes romans les plus sociaux, on va dire,
13:06ceux qui ancrent socialement les personnages,
13:09en tout cas qui les ancrent méthodiquement
13:11et presque méticuleusement.
13:14C'est que, oui, bien sûr qu'il y a
13:15des déterminations au travail.
13:16En même temps, il y a toujours un moment
13:18des aléas, une espèce comme ça
13:20d'angle mort, de la détermination.
13:23Là, ça serait, par exemple, le fait de délinquance.
13:24C'est un peu comme ça que je l'ai un peu écrit.
13:26Il se trouve qu'à un moment,
13:28ils font un truc, ils attaquent une vieille.
13:31Je le dis comme ça, parce qu'eux-mêmes
13:32le nommeraient de cette façon-là.
13:34Mais j'ai écrit la scène de telle sorte
13:36qu'on puisse comprendre que ça s'est joué
13:38à pas grand-chose, que ce jour-là,
13:39en fait, ils rentrent tout simplement chez eux
13:41sans même avoir eu la tentation
13:42de prendre le sac de cette pauvre petite vieille
13:45qui passe par là au mauvais moment.
13:46Donc, je pense que c'est...
13:47Voilà, c'est ça que j'ai essayé d'organiser.
13:49C'est qu'on a l'impression qu'il y a un truc
13:50qui était presque fatal, une fatalité au travail.
13:53En même temps, c'est une fatalité qui est amendable,
13:55qui aurait pu, en tout cas, prendre un autre tour.
13:56Mais c'est vrai que, globalement,
13:57Mickaël et Steve sont plutôt des gens
13:59qui partent avec un certain nombre de handicaps.
14:01Oui, ils sont un peu déscolarisés.
14:03La mère est un peu absente, forcément.
14:05Elle est dépassée, c'est tout à fait normal.
14:06Elle est seule.
14:07Ils sont un peu livrés à eux-mêmes.
14:09Alors, ils sont différents, là, Nélo.
14:10Il faut bien le préciser.
14:12Le plus jeune, donc, qui est Mickaël,
14:13est un peu un hyperactif,
14:16prêt peut-être à en découdre plus.
14:18Tandis que Steve, lui, on le sent plus raisonnable,
14:20plus prêt à faire des choses pour les autres.
14:24Oui, Mickaël est plus rentre-dedans,
14:25la tête brûlée.
14:27Moi, quand je réécrivais les deux personnages,
14:29parce qu'on fait un peu des petites notes, d'abord,
14:30pour dessiner un personnage et l'autre,
14:33j'avais en tête...
14:35Steve, c'est celui qui flotte,
14:37et Mickaël, c'est la ligne droite.
14:38C'est ça que je me disais.
14:40Ce qui correspond assez bien,
14:41finalement, à ce que va être leur destin,
14:43Mickaël est sans doute plus déterminé.
14:45Il va, lui aussi, avoir des éléments dans sa vie
14:47qui vont encore plus le déterminer,
14:49affermir sa détermination.
14:51Mais il est vrai que...
14:52Alors là, c'est pareil.
14:53Là, on échappe pratiquement à la détermination.
14:55Il se trouve que Mickaël a une espèce de tropisme militaire.
14:58Et tout le monde s'interroge là-dessus,
14:59parce que dès qu'il est gamin,
15:00il s'intéresse à la Seconde Guerre mondiale,
15:03il s'intéresse à la bataille de Stalingrad,
15:04il a une espèce de fixette,
15:05il regarde des documentaires
15:07qu'en général, on ne regarde pas à son âge,
15:09un truc en noir et blanc,
15:10qui pourrait passer sur LCP ou Public Sénat, par exemple.
15:13Et personne ne comprend d'où ça lui vient.
15:15Il n'y a pas d'antériorité militaire,
15:16il n'y a pas un grand-père qui a été un grand combattant.
15:19Alors, on est dans un contexte normand,
15:21peut-être qu'effectivement,
15:22il y a des cimetières militaires américains partout,
15:25on ne saura jamais.
15:26Donc là, c'est toujours un peu...
15:27Il y a toujours un élément dans la personnalité de quelqu'un
15:29qui est, je ne dis pas non déterminé,
15:31mais en tout cas,
15:32dont on ne sait pas d'où il vient.
15:33Steve, c'est plutôt l'humanitaire aussi,
15:35on ne sait pas très bien d'où ça vient.
15:37Ce qui lui vient peut-être du fait
15:38qu'à un moment, il s'entiche pour un chanteur
15:41qui se trouve être Grégory Lemarchal,
15:42qui est un chanteur existant,
15:43et qui lui-même était atteint de la mycolicidose,
15:46on est mort prématurément.
15:48Et donc, Steve, c'est un petit peu...
15:50Après, fait écosse pour la lutte contre cette maladie,
15:54ce qui peut-être lui a donné
15:57une pente humanitaire,
15:59une pente caritative.
16:00Bon, mais ça, moi, c'est des choses
16:01que je mets à titre de point d'interrogation.
16:03C'est comme un peu dans l'absence de père.
16:05Moi, il se trouve que ce sont des parents divorcés.
16:07Est-ce que le divorce a joué
16:09dans le fait qu'ils aient un parcours un peu erratique ?
16:11De la même façon que dans le livre de Fanny,
16:14il est...
16:14Enfin, je pense que tu le dis
16:16de façon plus récurrente,
16:18mais on a affaire à deux héros
16:19qui n'ont pas de père,
16:20ni de gêne,
16:21en tout cas pas de père connue,
16:22dans mon souvenir,
16:22je l'ai eu il y a longtemps.
16:24Bon, est-ce que c'est un élément constitutif ou pas ?
16:27Moi, je ne sais pas.
16:27On ne sait pas,
16:28on peut juste émettre des hypothèses,
16:29on l'imagine,
16:30mais on ne sait pas dans quel sens ça agit.
16:33On spécule.
16:34Alors, il y a eu les attentats du 13 novembre,
16:36en tout cas, ça, ça s'est passé.
16:38Et puis, on découvre que ces deux jeunes,
16:41et notamment Michael, d'ailleurs,
16:42va sur des sites,
16:43visite des sites.
16:45Alors, de Daesh,
16:47au début, on pense que ce sont des sites de Daesh,
16:49et puis finalement,
16:50il va être tenté par autre chose,
16:52c'est-à-dire plutôt partir
16:56vers ceux qui font la guerre à Daesh,
16:58c'est-à-dire les Kurdes.
16:59Oui, mais j'ai essayé de négocier la chose
17:02de telle sorte qu'on puisse imaginer
17:03que ces tombés-là,
17:04ça aurait pu tomber de l'autre côté.
17:05Voilà, mais c'est exactement ce qu'on sent.
17:07Ce qui était clair chez Michael,
17:08c'était l'envie de partir.
17:09Oui.
17:09Je pense qu'il y avait, comme ça,
17:10une fuite qui était devenue nécessaire pour lui,
17:13pour mille raisons.
17:14Pareil, que j'essaie plus ou moins de déplier.
17:18Et alors, après qu'il soit tombé sur des vidéos
17:20des Kurdes appelant à les soutenir,
17:22c'était à ce qu'ils ont créé
17:24les volontaires étrangers pour le Kurdistan syrien,
17:26qui se sont aussi appelés les Lyons du Rojava,
17:28mais je ne rentre pas dans le détail.
17:29Oui, je pense que ça s'est joué à pas grand-chose,
17:32parce qu'à ce moment-là,
17:32il ne connaît pas la cause kurde,
17:34il ne connaît pas exactement...
17:35Mais il va plutôt de ce côté
17:36que du côté des terroristes.
17:37Voilà, absolument.
17:38Bon, il y a quand même un petit motif
17:39un peu raciste chez lui,
17:41une espèce de racisme un peu contingent,
17:42d'ailleurs, qui n'est pas très structurel,
17:43mais il se trouve qu'il a eu un épisode dans sa vie
17:45qui fait qu'il a pu nourrir un peu de racisme
17:47et que peut-être d'aller lutter contre Daesh
17:50est une façon aussi d'épancher son racisme,
17:51ce qui a été le cas de pas mal de volontaires aussi
17:54qui sont allés combattre contre Daesh.
17:55On ne va pas forcément combattre contre le mal
17:57pour des raisons excellentes.
17:59C'est pour partir.
18:00Et les deux, d'ailleurs,
18:01puisque le frère va suivre aussi,
18:03Steve va partir aussi,
18:04il va vivre cette vie au côté des cures,
18:07de ces combattants.
18:08Il y a des femmes parmi ces militaires
18:10et je dois dire que vous faites une description
18:13assez saisissante de la vie quotidienne,
18:15de ces enrôlés, mais aussi des militaires.
18:18Comment vous vous êtes documenté, François Bébaudot ?
18:20Là, il y avait une nécessité de se documenter
18:21parce que quand on écrit un livre,
18:23on a une documentation un peu, je dirais, intrinsèque.
18:25C'est celle que nous-mêmes, on a accumulée dans notre vie.
18:27Mais là, il se trouve que je n'ai jamais combattu,
18:30surtout pas au Kurdistan,
18:31surtout pas au Rojava, pas en Syrie.
18:33Donc là, je m'en suis remis,
18:35d'abord au témoignage d'un jeune homme
18:36qui m'a très largement inspiré au personnage de Steve,
18:38mais aussi des témoignages de combattants
18:40que j'ai rencontrés.
18:41Il y a aussi toute une documentation
18:43qui est disponible à partir de laquelle
18:45on bricole la documentation,
18:48on bricole les scènes comme on peut
18:49en essayant d'être le plus réaliste
18:50et incarné possible.
18:51C'est un travail.
18:53L'un et l'autre ne réagissent pas de la même façon,
18:55d'ailleurs, dans cette espèce au front,
18:57vis-à-vis de la mort et du risque.
19:00Il y en a un qui est beaucoup plus porté
19:01sur le combat, qui a envie,
19:03d'après ses propres termes,
19:04il dit « j'ai envie de m'en prendre plein la gueule »,
19:06ce qui est une expression que j'aime bien
19:07parce qu'elle dénote peut-être
19:09un tempérament suicidaire,
19:11mais peut-être autre chose,
19:12au contraire, d'intensifier sa vie.
19:13C'est toujours compliqué de savoir
19:14pourquoi les gens vont combattre
19:15par-delà des causes morales ou autres
19:18qui me semblent, moi,
19:20comme souvent dans la vie, assez secondes.
19:22Quel est le vrai ressort pour partir combattre ?
19:25Est-ce que c'est une pulsion de vie,
19:26une pulsion de mort ?
19:27Est-ce que c'est aussi d'aller au-devant
19:30de la mort pour intensifier la vie ?
19:31Il y a une certaine complexité
19:34qui m'a toujours intéressé.
19:35De toute façon, à un moment,
19:36je voulais faire quelque chose
19:38autour des soldats.
19:39Ce n'est pas un matériau
19:40que j'ai beaucoup manipulé
19:41depuis le début de mon travail,
19:43mais ça m'intéresse beaucoup,
19:44ce que font les soldats sur le front,
19:45comment ils reviennent,
19:46dans quel état.
19:47C'est très bien décrit, oui.
19:48Effectivement, on les voit vraiment
19:49s'insérer comme ils peuvent
19:50dans cette garnison
19:53qui a quand même l'habitude,
19:54elles, de combattre,
19:55et eux, ils ne sont pas l'habitude.
19:56Est-ce que vous,
19:57Fanny Taillandie,
19:58vous en avez vu ?
20:00Est-ce que vous avez constaté
20:02que parfois, autour de vous,
20:03il y avait ces tentations
20:04chez les jeunes auxquels vous enseignez ?
20:07Est-ce que ça vous a...
20:08En 2015, j'enseignais à Drancy.
20:12Ah oui.
20:12Et il se trouvait
20:13qu'un des kamikazes du Bataclan
20:16venait de Drancy,
20:17qui était le chauffeur d'un bus
20:19qui amenait les élèves à l'école.
20:20Donc déjà, les élèves étaient
20:22très choqués, évidemment,
20:24de connaître des terroristes.
20:26Et ce qui a été assez difficile
20:29en tant que prof,
20:30c'est qu'on a eu la consigne
20:31venue des rectorats
20:32de dénoncer, en fait,
20:34de signaler les comportements
20:36qu'ils pouvaient laisser entendre,
20:38qu'il y aurait des départs, etc.
20:40Ce qui est assez délicat
20:42parce qu'on ne fait pas prof
20:43pour se mettre dans ce rapport
20:45de délation,
20:46même quand bien même.
20:47Bien sûr, c'est très compliqué.
20:47Bien sûr, il y a un enjeu
20:48de sécurité très clair.
20:50Mais bon, bref,
20:51donc on a réfléchi
20:52à comment faire ça.
20:54Et puis, effectivement,
20:54il y avait un des élèves
20:55dont les autres venaient nous voir
20:57en disant,
20:57mais lui, il publie des choses
21:00qui ne vont pas, etc.
21:01Et donc, on a signalé,
21:04en prenant notre honneur
21:06derrière nous.
21:07Mais bon, on l'a fait.
21:08Et l'année d'après,
21:09il passait le bac cette année-là.
21:10Je l'avais.
21:11Il était en terminale littéraire.
21:12Ah oui ?
21:13Et l'année d'après,
21:15en fait, il est parti.
21:16Et donc, c'était ça
21:17qui était très, très dur
21:19dans ce moment-là,
21:20c'est de se dire,
21:21mais en fait...
21:21On n'y est pas arrivé,
21:22on n'a pas réussi.
21:23C'est ça,
21:23c'est qu'en fait,
21:24à la fois,
21:24on se met dans une logique policière
21:26pour essayer d'empêcher
21:28la catastrophe,
21:29et en même temps,
21:29cette logique policière
21:30ne mène nulle part.
21:31Et que peut-être que,
21:32en fait,
21:33cet élève,
21:33on aurait pu le rattraper
21:34d'une autre façon,
21:35mais en tout cas,
21:35celle-ci n'a pas marché.
21:36On est toujours tiraillé
21:39quand on est professeur
21:40ou au contact de ces...
21:44Entre qu'est-ce qu'on doit faire
21:46pour maintenir une forme d'ordre,
21:47pour aussi...
21:48Et puis,
21:49rester à l'écoute
21:50de ces jeunes.
21:52Après,
21:53il ne faut pas surestimer
21:54l'accès que peuvent avoir
21:56les enseignants
21:57aux gens qu'ils ont en face d'eux,
21:59en tout cas à leur vie.
22:00Un prof ne comprend rien
22:01de la vie de ses élèves
22:02parce qu'il a tellement
22:03d'autres choses à gérer
22:04dans sa classe
22:05que ce n'est pas le moment
22:06de vraiment s'intéresser
22:07aux individus,
22:08même si ça peut arriver
22:08de façon un peu comme ça,
22:09incidente.
22:10Même les parents,
22:11la série Adolescence
22:12montre bien
22:12que les parents
22:13ne pénètrent pas
22:14dans l'université.
22:15Moi,
22:15j'ai voulu peindre
22:16des parents un peu comme ça
22:17dans Désertion,
22:19non pas des parents dépassés
22:20ou non aimants,
22:22pas du tout,
22:22ils sont plutôt tendres
22:23et par contre,
22:24ils ne pigent rien.
22:25Et je dirais,
22:26ils ne pigent rien
22:27non pas parce qu'ils ont fait défaut,
22:28parce que c'est une défection parentale,
22:30c'est parce que les parents
22:31ne peuvent pas piger fondamentalement
22:32ce qui se passe
22:33dans la tête
22:34d'un gamin de 15 ans
22:35ou d'une gamine de 15 ans
22:36parce que c'est tout un monde,
22:37c'est tout un paysage.
22:38Moi,
22:39je pense que là,
22:40il me semble que c'est un petit peu
22:41ce qui est commun
22:41à nos deux bouquins d'ailleurs,
22:42c'est le...
22:44Si on ne peut pas travailler
22:45sur la psyché
22:46de ces jeunes gens
22:48qui sont en l'occurrence
22:49plutôt des jeunes garçons,
22:50on peut au moins travailler
22:51sur le contexte social
22:52dans lequel ils évoluent.
22:54Et ce qu'il faudrait se demander,
22:55c'est quels sont
22:55les destins sociaux désirables
22:57pour la jeunesse ?
22:58Moi,
22:58ça m'arrive souvent
22:59de rencontrer des jeunes gens
23:00de 20, 25 ans
23:01parce que j'ai un public
23:01notamment pour mes essais
23:02de jeunes gens.
23:04Et parfois,
23:04ils me demandent un peu comme ça
23:05comme à un grand frère
23:06que je ne suis pas
23:07ou à un modèle
23:08que je ne suis vraiment pas.
23:09Ils me demandent
23:10mais tu ferais quoi toi
23:11si tu avais 20 ans ?
23:11Maintenant,
23:11tu t'orienterais vers quoi ?
23:13Alors,
23:13je leur dis,
23:14écrivain sans doute
23:14qu'en même temps,
23:15je me dis,
23:16la littérature dans 20 ans,
23:17ça va devenir quoi ?
23:18Mais passons.
23:18Mais enfin,
23:19même d'ores et déjà aujourd'hui.
23:20Et après,
23:20je réfléchis,
23:21je me dis,
23:21mais quels sont les postes
23:23désirables
23:23où ils puissent vraiment
23:24exercer une puissance existentielle,
23:26une puissance vitale
23:27que les personnages de Fanny
23:28trouvent peut-être
23:29dans la parentalité,
23:30dans l'amour.
23:31Eux,
23:31ils trouvent dans l'amour.
23:33Mais professionnellement,
23:34puisqu'il faut bien
23:34gagner sa croûte,
23:35qu'est-ce qu'on conseillerait
23:36à un jeune homme,
23:37par exemple,
23:38de 20 ans ?
23:38Moi,
23:38je crois qu'il y a quelque chose
23:39aussi,
23:39il y a une sagesse à avoir
23:41en tant que prof,
23:43mais plus largement
23:44en tant qu'adulte,
23:44c'est qu'en fait,
23:46l'adolescence
23:46et la fin de l'adolescence,
23:48enfin la majorité,
23:49c'est le moment
23:49où il faut accepter
23:51que chacun a son libre-arbitre
23:52et qu'effectivement,
23:53tes personnages,
23:54ils partent avec libre-arbitre.
23:55Personne ne les force.
23:57Ils ne sont pas forcés
23:58par la fatalité sociale.
23:59Non,
23:59ils décident quelque chose.
24:01Qu'est-ce qu'on peut faire
24:02en tant qu'adulte ?
24:03Et je pense que
24:03c'est ce qui peut se faire
24:05quand on écrit des livres,
24:06en tout cas,
24:06moi,
24:06c'est un espoir que j'ai,
24:07c'est qu'on peut transmettre
24:08des formes de savoir,
24:10des formes d'interrogation,
24:11des formes de connaissances,
24:13de lectures préalables
24:13qui peuvent arriver comme ça
24:15à des jeunes têtes
24:16et qu'un libre-arbitre,
24:17en fait,
24:21et que peut-être que ce qui me manque,
24:23au-delà de,
24:24effectivement,
24:24des faillites,
24:25parce que je pense
24:26qu'il y a des vraies faillites
24:26en France à l'heure actuelle,
24:28Blaise vient de l'aide sociale
24:29à l'enfance.
24:30Quand on entend parler
24:31de l'aide sociale à l'enfance
24:32aujourd'hui,
24:32c'est une catastrophe.
24:3375% des enfants prostitués
24:36en France
24:36viennent de l'aide sociale
24:37à l'enfance.
24:38C'est horrible.
24:39Donc, il y a des faillites,
24:40mais au-delà de ça,
24:41il y a aussi l'idée
24:42qu'il y a une intelligence.
24:44Libre-arbitre,
24:44ça veut dire intelligence
24:45et qu'il ne faut jamais oublier ça
24:46aussi quand on se demande...
24:47Vous avez au fond
24:48la même perception
24:49de ce métier
24:49qui est le plus beau métier,
24:51évidemment,
24:52qui demande une abdégation,
24:53une intelligence,
24:54un courage, etc.,
24:55mais qui n'est pas facile
24:56à exercer,
24:57il faut le reconnaître.
25:00Mais on a envie de savoir
25:01ce que pensent
25:02vos lecteurs,
25:03enfin, vos...
25:04Après, il peut y avoir
25:04un gros hiatus
25:05entre la sociologie du lectorat
25:07étant ce qu'il est,
25:08je ne sais pas ce qu'on penserait
25:09Fanny.
25:10Moi, je n'ai pas de lecteur
25:12qui serait du profil sociologique
25:14de mes personnages.
25:15Non, d'accord.
25:15Steve et Mickaël,
25:17leurs équivalents dans la vie,
25:18on va dire grossièrement
25:19et à gros traits sociologiques,
25:20mais ça a parfois un sens,
25:22la sociologie,
25:22ne lisent pas.
25:24Et ou s'ils lisaient,
25:25ne liraient pas de romans.
25:26Et s'ils lisaient des romans,
25:28ne liraient pas ce genre de romans
25:29que nous pratiquons.
25:30Ils iraient lire autre chose.
25:32Donc, non,
25:32moi, je n'ai pas de retour
25:33de quelqu'un
25:34qui serait l'équivalent de Steve
25:36au bout de 4 mois de vie du livre.
25:38Je n'ai pas eu
25:38ce genre de retour-là.
25:39Et ni Fanny ?
25:40Moi, je suis heureuse
25:41pour la première fois
25:42d'avoir des gens de 18 ans
25:44ou de 17-18 ans
25:45qui ont envie de lire
25:46un de mes livres.
25:47Donc, je me dis
25:47que c'est déjà pas mal.
25:49Parce que vous en avez eu la preuve.
25:50Oui, parce que j'ai eu
25:51des demandes de dédicaces.
25:53D'accord.
25:53C'est quand même touchant, ça.
25:55Je me dis que c'est que,
25:56sans doute,
25:58au moins,
25:58j'ai touché juste,
25:59ce qui est toujours,
26:00évidemment,
26:00ce qu'on a envie de faire
26:01quand on écrit un livre.
26:02Évidemment.
26:03Et je pense que c'est,
26:04encore une fois,
26:05la magie et le cœur
26:07qui sont importants aussi
26:09quand on parle du monde.
26:10et la sincérité
26:11que vous y mettez
26:12et que vous y avez mis
26:14explique aussi
26:14le succès de ce film,
26:16etc.,
26:17de tout ce qui a été fait.
26:18Je pense que la moindre des choses
26:19quand on aborde
26:20des personnages
26:21qui sont très différents
26:23de nous-mêmes,
26:24autrices ou auteurs,
26:25ne serait-ce qu'en âge,
26:26en sociologie,
26:27je pense un peu aussi,
26:29c'est d'être
26:30dans une sorte
26:30d'empathie absolue.
26:31L'empathie ne veut pas dire
26:33qu'à toutes les lignes,
26:33on va dire à quel point
26:34ces personnages sont touchants
26:35et qu'ils sont adorables.
26:36Mais c'est vraiment essayer
26:37d'être dans une espèce
26:38de compréhension sans jugement.
26:39Ça s'appelle Désertion,
26:41donc c'est aux éditions Verticales.
26:42Et vous,
26:43Fanny Taillandier,
26:44Sicario bébé,
26:44chez Rivage,
26:46merci beaucoup
26:46d'être venu nous voir
26:48et d'avoir échangé,
26:49évidemment, ensemble.
26:50Quelques coups de cœur littéraires
26:51pour terminer cette émission.
26:54D'abord,
26:56Carole Fiv,
26:57Appel manqué,
26:59donc ça,
26:59c'est aux éditions Gallimard.
27:02Iris Owens,
27:04Après Claude,
27:04aussi,
27:04un très joli roman.
27:06Et puis ça,
27:06c'est tout à fait autobiographique,
27:08c'est le pianiste virtuose
27:09Alexandre Tarot
27:10qui écrit un deuxième livre
27:11sur sa vie.
27:11D'abord,
27:12il avait écrit
27:12sur sa vie de concertiste
27:13et aujourd'hui,
27:14il revient plutôt
27:14sur sa découverte
27:15de la musique très jeune,
27:16sa mère professeure de danse,
27:18la discipline qui l'entoure
27:19et toutes les œuvres
27:21qui l'ont évidemment
27:22touchée et bouleversée.
27:24Voilà,
27:24merci beaucoup
27:24d'être venu,
27:26d'abord d'être venu
27:27dans cette émission,
27:28de nous avoir suivi
27:29et puis nous parlerons
27:30d'autres livres
27:31dans un prochain numéro
27:32d'Au Bonheur des livres.
27:33Merci infiniment.
27:34Merci à tous les deux.
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