00:12Et comme toujours, on commence avec l'édito. Thomas, pourquoi est-ce si difficile pour le monde économique de penser
00:18comme le vivant ?
00:18Déjà, c'est quoi le vivant ? Je pense que si on posait la question, tout le monde répondrait sans
00:22doute différemment.
00:22C'est la nature qui nous entoure, c'est la biodiversité, ce sont les écosystèmes naturels qui nous rendent tant
00:27de services
00:28pour avoir de l'air pur, de l'eau de qualité, et d'ailleurs qui est fondamental pour vivre et
00:31pour réaliser nos activités économiques.
00:33Alors s'inspirer du vivant, c'est sans doute pas naturel pour tout le monde, et c'est bien ça
00:36le problème, surtout pour le monde économique,
00:38parce que notre économie, elle, elle est construite sur l'extraction, la séparation des parties prenantes, la standardisation,
00:45alors que le vivant fonctionne exactement à l'inverse, et ça, nos invités le diront sans doute mieux que moi,
00:49de l'interdépendance, de la sobriété, de la coopération et du temps long, ce qui n'est pas vraiment le
00:54prisme économique,
00:54surtout dans ce monde qui va si vite se décalage, il est d'ailleurs probablement au cœur des crises que
00:58nous traversons aujourd'hui.
00:59Alors pourquoi le monde économique a-t-il autant de mal à regarder le vivant comme une source d'apprentissage
01:03?
01:03Eh bien, probablement déjà un manque de clairvoyance face à des signes aux faibles qui deviennent de plus en plus
01:07majeurs.
01:08Pendant longtemps, la biodive, elle a été perçue comme un sujet naturaliste parfois, un enjeu périphérique,
01:13une sorte d'externalité non stratégique pour les entreprises, alors qu'aujourd'hui,
01:17et là vous allez voir que ce sont des acteurs économiques qui le disent, la situation devient très tendue.
01:23Commençons par le GIEC de la biodiversité, le IPBES, qui nous dit dernièrement que 75% des écosystèmes terrestres
01:30sont déjà significativement dégradés, et ça, ça a des conséquences économiques.
01:33Je glisse sur une étude du World Economic Forum, qui nous dit à quel point le PIB mondial dépend directement,
01:38indirectement de la nature, plus de 50%.
01:40On a aussi des études de la Banque Centrale Européenne qui le disent,
01:43le vivant donc n'est pas un décor de l'économie, c'est sans doute son infrastructure cœur,
01:47et aujourd'hui, trop négligé.
01:48Je termine sur de nouveau le World Economic Forum, qui classe la paire de la biodiversité
01:52parmi les dix principaux risques économiques des dix prochaines années.
01:55Et alors, qu'est-ce que le vivant oblige à changer dans la manière de piloter une entreprise ?
01:58Alors le problème, c'est que le vivant, dans sa complexité, ne peut pas se piloter,
02:02comme on a pu le faire pour les euros ou pour le carbone, en ayant des logiques comptables,
02:06en cherchant des indicateurs toujours simples pour des systèmes qui sont en fait trop complexes,
02:10et aussi pour compenser ce qui ne peut pas réellement se compenser.
02:14Le vivant, lui, il est local, il est contextuel, repose sur des équilibres fragiles,
02:17il oblige donc forcément à changer de logiciel, à penser les sols, les écosystèmes,
02:22les cycles à résonner en impact cumulé et pas séparé, en acceptant aussi une dose d'incertitude,
02:26ce qui n'est pas vraiment ce qu'aiment les entreprises en général.
02:28Et du coup, comment est-ce qu'on motive le passage à l'action ?
02:31Alors, pour mieux protéger ce vivant, commencer déjà par s'en inspirer,
02:34on va beaucoup l'évoquer aujourd'hui.
02:36S'inspirer, c'est accepter aussi une remise en cause plus profonde du coup de nos modèles d'affaires,
02:40revoir la conception des produits, des services, repenser la relation aux territoires sur lesquels on opère,
02:44travailler en collectif, investir sur le temps long.
02:47Autrement dit, le vivant révèle les limites de nos modèles économiques actuels,
02:51mais il y a aussi dans ce vivant un potentiel formidable,
02:53on va parler aujourd'hui du biomimétisme, qui fait partie de ces potentiels,
02:57observer comment le vivant peut résoudre des problèmes complexes,
02:59comment il s'adapte, les stratégies d'adaptation deviennent un sujet cœur pour le monde économique,
03:03comprendre comment des systèmes sont robustes, sobres et résilients avec très très peu de ressources,
03:07et puis traduire ces principes dans nos façons de concevoir, de produire et même de décider.
03:12Parce que le biomimétisme n'apportera peut-être pas tant de réponses
03:15qu'il apportera les meilleures questions à se poser pour transformer ces modèles d'affaires.
03:18Alors comment on passe de l'inspiration à des décisions concrètes et actionnables ?
03:22Alors ça c'est surtout nos invités, et aux féminins cette semaine,
03:25puisque j'y tiens la semaine dernière, on a eu un petit décalage masculin au lendemain plus féminin,
03:30nos invités plus que moi auront la réponse.
03:32Le vivant, ce n'est pas un supplément d'âme pour l'économie, c'est sa condition de viabilité.
03:35J'espère que cet édito l'a bien explicité.
03:38De plus en plus d'organisations explorent, et ça c'est ce qu'on va faire aujourd'hui,
03:41une gouvernance inspirée des écosystèmes qui intègrent la nature dans les processus de décision,
03:45des nouvelles formes de coopération pour répondre avec plus de justesse
03:48aux besoins de notre société qui est essoufflée.
03:50Les humains s'essoufflent, le vivant s'essouffle, il est temps de réinventer la machine.
03:53Et puis développer des produits et services parfois révolutionnaires,
03:56par les solutions qu'ils proposent et par l'efficience de leur mise en œuvre.
03:59Merci beaucoup Thomas, on passe au pour ou contre.
04:01Sous-titrage Société Radio-Canada
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