00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il est le président de l'UDEP, l'Union des entreprises de proximité qui représente plus de 3,5 millions
00:07d'entreprises dans le pays.
00:08Michel Picon est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Michel Picon.
00:12Bonjour.
00:12Le Premier ministre doit annoncer de nouvelles mesures ciblées pour aider les plus fragiles avec cette crise du carburant.
00:18Est-ce que vous connaissez ne serait-ce que le calendrier ce matin ? Est-ce que vous savez quand
00:21le gouvernement va faire ses annonces ?
00:23Écoutez, c'était dans le week-end lundi, ce matin avec le risque d'épidémie, il y a une mobilisation
00:31du gouvernement.
00:32Est-ce que ça va être décalé à mardi ? D'une manière ou d'une autre, nous on n
00:36'attend pas le grand soir.
00:38Mais il y a une urgence quand même à avoir des mesures ou pas ? Vous dites on se débrouille
00:42sans.
00:42Non, il y a une urgence sur certains secteurs. Depuis le début de cette crise du carburant, c'est ce
00:48que nous disons.
00:48Il faut identifier ceux pour qui c'est vital. C'est gênant pour tout le monde. C'est gênant pour
00:52celui qui fait un plein par semaine.
00:54Ça représente 100 euros de plus à la fin du mois. C'est pas agréable d'avoir 100 euros de
00:58dépense en plus.
00:59Mais donc identifier ceux pour qui, ça peut être vital. Je pense que comme ça, on a identifié le transport,
01:06on a identifié tous ceux qui sont autour du soin à la personne, les infirmières, mais aussi les aides-soignantes.
01:12Je dois dire, même si elles ne sont pas dans mon périmètre, parce que ce sont souvent des emplois à
01:16temps partiel,
01:17et 100 euros de moins à la fin du mois sur un temps partiel, avec une rémunération qui tourne autour
01:22de 700 euros,
01:23c'est terrible et c'est vital. Donc il faut qu'on identifie avec beaucoup de soin, parce que, je
01:28veux dire,
01:29la responsabilité, même si moi, dans une organisation patronale, j'ai plutôt tendance à recevoir les doléances de mes adhérents.
01:35Il faut que l'État nous soutienne, il faut que l'État nous soutienne.
01:38Mais il ne faut pas qu'on oublie tous aussi que les aides d'aujourd'hui, c'est les impôts
01:42de demain.
01:43Donc vous dites mollo quand même ?
01:44Oui, je dis mollo, ciblons précisément ceux pour qui ça peut être vital.
01:50Le bâtiment, les travaux publics, on a cité les pêcheurs, bien évidemment, qui laissent leur bateau à quai,
01:55parce qu'ils ont plus de dépenses.
01:56Mais il y a déjà des aides pour eux ? C'est-à-dire qu'il faut aller plus loin
01:58?
01:58Oui, il faut aller plus loin, parce qu'on se rend compte que ce n'est pas suffisant.
02:01Et puis ensuite, après, ce qui est devant nous, parce que malheureusement, cette crise a l'air de s'installer,
02:06c'est l'augmentation des coûts de matières premières, qui déjà dans le bâtiment commence à se faire ça.
02:11C'est le deuxième effet, comme on dit ?
02:12Oui, c'est l'effet, il n'est pas qu'il se coule, celui-là, c'est un effet qui
02:15va vraiment être catastrophique
02:18pour beaucoup de nos petites entreprises.
02:20Dans le premier trimestre, nous en avons perdu plus de 18 000.
02:2318 000 défaillances d'entreprises, dont plus de 80% sont des TPE de moins de 10 salariés.
02:29Donc ça, c'était avant la guerre, en fait ?
02:30C'est les conséquences, c'était avant la guerre ?
02:32Absolument, oui, c'est avant la guerre et le mois de mars aussi,
02:37les fragiles, vous savez, quand il y a un mauvais coup de temps,
02:42c'est les plus fragiles qui disparaissent.
02:44Voilà, donc nous, nous demandons au gouvernement d'accentuer le soutien
02:48à ceux pour qui c'est vraiment nécessaire,
02:50et puis aussi de faire un certain nombre d'économies,
02:54plus que ceux qui l'en ont fait.
02:55Alors, il y a ce qu'on a appelé les surgels,
02:57ils cherchent 6 milliards, 4 sur le budget général,
03:002 sur le budget social.
03:02Bon, il faut qu'ils fassent des économies sur l'État.
03:05Et puis, moi...
03:06Vous nous annoncez quand même, si je comprends bien ce que vous dites,
03:08une crise qui arrive, une vraie crise économique qui arrive,
03:11parce que le carburant, on peut dire, oui, c'est conjoncturel,
03:14ça va durer le temps que la guerre va durer,
03:15puis ça va peut-être s'arranger vite,
03:16et on passera à autre chose d'ici quelques mois.
03:18Là, vous nous dites, le mal est plus profond.
03:20Oui, le mal est plus profond si on touche les matières premières,
03:23et déjà, beaucoup de matières premières dérivées du pétrole,
03:26le plastique prennent des augmentations.
03:29Là, sur ce point, je crois qu'il y a à regarder aussi,
03:31parce que la crise, elle a parfois bon dos.
03:33Quand on augmente des prix aussi vite et de manière aussi forte,
03:38peut-être que le civisme devrait s'emparer un peu de tout.
03:41Vous pensez à qui, là ? Quel métier ? Qui fait ça ?
03:43Il y a d'abord les pétroliers, au départ, ceux qui raffinent.
03:47Donc Total, pour dire les choses.
03:48Oui, Total, mais il ne faut pas qu'on focalise que sur Total.
03:52Total n'approvisionne pas l'ensemble de notre pays.
03:54Je pense à tous les marchands de matériaux.
03:58C'est Saint-Gobain pour les bris de glace, pour les pare-brises.
04:02Ce sont tous ceux qui offrent et proposent des matières premières
04:06et qui annoncent des augmentations dans les mois qui viennent,
04:09parfois même dès le 1er mai,
04:12qui ne sont pas soutenables pour une partie de notre économie.
04:15Mais que répondra à ça, pardon ?
04:17Parce que finalement, Saint-Gobain, Total, ils font ce qu'ils veulent.
04:19C'est quoi la solution ? Il faut quoi ? Il faut un observatoire ?
04:22Il faut que le gouvernement envoie des agents pour contrôler ?
04:25Il faut bloquer les prix ?
04:26Il faut que le gouvernement utilise tout l'arsenal dont il dispose
04:31au travers de la direction de la concurrence et des prix.
04:35Il faut aussi, c'est ce que je fais ce matin,
04:37dénoncer ceux qui ont un comportement anti-citoyen,
04:41qui s'en foutent de la situation pourvu que leur compte d'exploitation s'améliore
04:46et que leur action grimpe.
04:48Il faut dénoncer ça et c'est ce que je fais avec véhémence.
04:53Mais je voudrais demander à l'État,
04:55parce qu'aussi, il faut qu'on essaie tous ensemble de trouver des solutions.
04:58Par exemple...
04:59Elles sont où les solutions ? Pardon, je vous interromps,
05:00mais Sébastien Lecornu, et vous êtes assez d'accord avec lui,
05:02dit qu'il n'y a pas d'argent magique, c'est fini ça.
05:05La situation est très, très, très, très critique, c'est ce qu'il a dit,
05:07il a quatre fois trait, et vous dites vous-même,
05:10attention, il ne faut pas non plus faire le carnet de chèques à tout va.
05:13Où est la solution ?
05:14La TVA sur les carburants, elle augmente, inévitablement.
05:17Même si la TICP, où là on est sur une taxe au volume, elle baisse.
05:22Les Français ont consommé 20% de moins de carburant,
05:25ça veut dire que les gens s'adaptent à cette crise.
05:29Mais ce que nous, nous disons, c'est que si l'État fait des super profits,
05:34entre guillemets, parce que ce n'est pas son habitude,
05:37ils doivent être redistribués, ciblés vers ceux qui en ont le plus.
05:42C'est ce que dit le gouvernement à peu près, là.
05:43Oui, mais je veux dire, le gouvernement n'a pas toujours tort lorsqu'il épargne
05:47et qu'il fait attention aux finances du pays.
05:50Moi, je voudrais demander, dire une chose, je l'ai demandé la semaine dernière,
05:54vendredi dernier, nous étions en Bercy.
05:56Avec les ministres de l'économie.
05:58Toutes les entreprises font un effort avec leurs salariés, voyez-vous.
06:02On sait, une collaboratrice, un collaborateur qui vient travailler,
06:07qui fait 80 km tous les matins pour venir bosser.
06:10À la fin du mois, chaque entreprise a la capacité,
06:13beaucoup l'ont fait, de donner 85 euros de primes pour l'aider à supporter.
06:18Et ça, vous encouragez les entreprises à le faire ?
06:19Oui, bien sûr que j'aime.
06:20Il faut que les entreprises...
06:21Mais je demande à l'État de ne pas percevoir de cotisations sociales, là-dessus.
06:25C'est insupportable.
06:26C'est pas...
06:27Si une entreprise donne un coup de main à son salarié pour pouvoir faire son plein,
06:33l'État ne doit pas avoir l'aubaine de venir prendre des cotisations sociales.
06:37Et ça, qu'est-ce qu'on vous a dit à Bercy quand vous l'avez dit ?
06:39On étudiait que, oui, c'était du bon sens,
06:42mais qu'à la fois, l'argent manque.
06:45Et ça, nous, nous serons intransigeants là-dessus.
06:48Je le redis encore ce matin au Premier ministre.
06:50Vous ne pouvez pas...
06:51Moi, j'appelle à la solidarité de chacun.
06:54Si tout le monde fait un petit effort,
06:56si ceux qui peuvent modérer leur prix le font,
07:00cette solidarité, l'État ne peut pas en faire un effet d'aubaine
07:02en se disant, tiens, ils vont donner davantage...
07:04Parce que là, il deviendrait profiteur de crise aussi.
07:06Quand il fait ça, il est profiteur de...
07:07Bien sûr.
07:08Au même titre que l'augmentation de la TVA, je le dis,
07:11elle doit être redonnée aux Français
07:13et à ceux qui, évidemment, en ont le plus besoin.
07:17Il y a un message qui monte du côté des syndicats.
07:19Il faut augmenter les salaires.
07:21Mais oui, il faut augmenter les salaires.
07:23On ne peut pas reposer sur l'État, ce que vous dites aussi.
07:25Il faut augmenter les salaires.
07:26Bien sûr, il faut augmenter les salaires.
07:28Mais la mécanique de la rémunération des salariés dans notre pays,
07:32elle est frappée par un financement de la protection sociale,
07:36dont il faut de plus en plus d'argent.
07:37Elle est frappée.
07:38Quand vous donnez 100 euros d'augmentation à votre salarié,
07:42vous en avez 180 à sortir.
07:45Et donc, il faut véritablement qu'une réforme de fonds soit faite
07:49sur le point du financement de la charge sociale sur les salaires.
07:52Et ensuite, après, oui, toutes les entreprises, d'ailleurs,
07:56les salariés nous ont écrit déjà pour ouvrir des négociations
07:59de revalorisation des salaires.
08:01Tout le monde doit arriver à l'augmentation du SMIC le 1er juillet,
08:04qui devrait faire autour de deux points.
08:06Il y aura un coup de pouce ?
08:06Il vous a parlé d'un coup de pouce sur le SMIC ou pas,
08:08le ministre de l'économie ?
08:09Non.
08:09Non ?
08:10Donc, on restera dans les clous du mécanisme automatique ?
08:12Il y aura le mécanisme à partir de l'inflation.
08:16Un coup de pouce sur le SMIC.
08:28Alors, il y a peut-être des grandes entreprises dans la tech ou ailleurs
08:31qui font des...
08:32Vous disiez tout à l'heure 18 000 défaillances d'entreprises
08:34au premier trimestre.
08:35Quelles sont les projections pour la suite ?
08:36Vous en avez déjà ?
08:37Vous savez dire ?
08:37Ça va être tant ou tant ?
08:38Les chiffres-là qui nous parviennent de la part des tribunaux de commerce,
08:43des administrateurs judiciaires, enfin, on a plusieurs sources.
08:46L'association de garantie des salaires, l'AGS, la crise continue.
08:51La défaillance des entreprises continue.
08:53Donc, ça va aller en s'aggravant, vous pensez ?
08:54Ça va aller en s'aggravant.
08:55Et ça va se rajouter à un sujet que l'on a évoqué la semaine dernière
08:59qui est celui des 500 000 entreprises dans les 10 ans.
09:02310 000 qui vont devoir changer de main.
09:05C'est-à-dire que le tissu économique qui rigue l'économie des territoires
09:09va à un challenge devant lui extrêmement important.
09:13J'ai une dernière question.
09:14On sait que la frontière entre l'économique et le politique
09:17est souvent assez étroite.
09:19Est-ce que vous, votre rôle, c'est d'aller déjeuner
09:21avec Jordan Bardella, avec le RN ?
09:22Vous n'étiez pas invité au déjeuner du MEDEF ?
09:24Non.
09:25Non, M. Bardella...
09:27Bardella ou autre, d'ailleurs ?
09:28Bardella ou autre.
09:30Notre rôle, c'est de parler à tout le monde,
09:32de rencontrer tout le monde,
09:33et je rencontrerai M. Bardella.
09:35Je n'ai pas une envie particulière de déjeuner avec lui,
09:37pas plus qu'avec un autre,
09:38mais mon travail, c'est de parler à tout le monde.
09:41Le Rassemblement National semble prioriser le MEDEF.
09:45Je pense qu'il a identifié dans le MEDEF
09:48une capacité de donateur pour sa campagne.
09:51Ah, voilà le décryptage signé Michel Picon.
09:53Merci, en tout cas, Michel Picon,
09:54d'être venu sur RTL ce matin.
09:56Merci.
Commentaires