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  • il y a 23 heures
Prix du carburant : le gouvernement a annoncé des premières mesures de soutien pour les transporteurs routiers, les pêcheurs et les agriculteurs. C'est notamment Bpifrance, la banque publique d'investissement, qui sera chargée de leur accorder des prêts. Comment fonctionnent ces aides ? Qui est concerné ? Quel sera l'impact de la crise du carburant sur la croissance ? Et sur les finances publiques ? Le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Olivier Boy du 27 mars 2026.

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Transcription
00:00RTL Matin, Olivier Bois.
00:03Et l'invité d'RTL Matin est donc l'un des hommes qu'on appelle, quand ça va mal,
00:07le patron de la BPI, la Banque Publique d'Investissement.
00:09Bonjour Nicolas Dufour.
00:10Bonjour.
00:11Alors on va expliquer d'abord la BPI, c'est la Banque de l'État, 100% de capitaux publics.
00:16Par temps calme, vous aidez les entreprises à aller mieux, à se développer et à investir
00:19et par temps de crise, vous les sauvez potentiellement de la faillite en leur prêtant de l'argent.
00:23Vous l'aviez fait pendant le Covid et c'est à nouveau ce qu'on vous demande aujourd'hui
00:27alors que les entreprises font face à la crise du pétrole liée à la guerre en Iran.
00:31D'abord, première chose Nicolas Dufour, qu'est-ce que vous pouvez nous aider à comprendre ce qui se passe
00:35vraiment ?
00:36En deux jours, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, nous a dit que c'était un choc pétrolier
00:41et puis que finalement non.
00:43Quels sont les mots que vous employez-vous ? Choc pétrolier ou pas ?
00:46Non, non, d'ailleurs il s'est expliqué par la suite.
00:49On a une augmentation très forte des prix du gasoil, du carburant
00:53qui touchent de manière sectorielle quelques catégories de Français.
00:57Mais ça n'a pas d'impact macroéconomique aujourd'hui.
01:00Le choc pétrolier c'est quand ça a un impact macroéconomique.
01:02Donc là, c'est micro, c'est sur les taxis, c'est sur les marins pêcheurs,
01:06c'est sur certaines professions du BTP, etc.
01:08Mais c'est une toute petite partie de l'économie française
01:11et c'est pour eux que nous lançons effectivement un prêt de trésorerie
01:15dont on va peut-être parler, nous le souhaiter, qui a été annoncé par le ministre
01:18comme nous l'avions fait d'ailleurs du temps du PGE.
01:20Grosso modo c'est toujours la même philosophie, c'est-à-dire que c'est les prêts sans garantie
01:23à 2, 3 ans, 4 ans, etc.
01:26Et qui permettent au fond à ces entrepreneurs de souffler.
01:29Donc pour l'instant ça n'est pas une crise systémique
01:32qui englobe toute l'économie française.
01:34A quel moment ça peut déraper plus gravement ?
01:37On sait qu'on a globalement l'économie mondiale en territoire inconnu
01:40si le détroit d'Ormus est fermé pendant 6 mois.
01:43Donc maintenant, combien de temps ? Je ne peux pas vous le dire.
01:46Combien de temps cette affaire va durer ?
01:48C'est-à-dire au bout de 6 mois, quel processus s'enclenchent ?
01:50Les prix du pétrole et de l'énergie, un impact sur tout le reste de l'économie
01:54et là on a une vraie inflation, une vraie crise générale.
01:56C'est la boucle prix-salaire qui se déclenche
01:58et donc on passe à un régime qui est un régime potentiellement stagflationniste,
02:02c'est-à-dire pas de croissance mais de l'inflation.
02:04Du coup, réaction de la BCE, augmentation des taux et puis accélération de l'étranglement des finances publiques françaises.
02:10Et sur votre bureau, c'est quoi le scénario que vous avez, sur lequel vous travaillez ?
02:13Disons le scénario le plus privilégié que vous avez en tête.
02:16Il y a plusieurs scénarios. On est dans un monde d'irrationalité.
02:18C'est très difficile de dire comment les grands de ce monde vont se mettre d'accord.
02:22J'ai tendance à penser, vous savez, on a beaucoup de partenariats avec des pays du Golfe
02:30qui nous confient des sous que nous gérons dans les intérêts de la France.
02:33Et donc, je constate qu'ils ne sont pas hyper stressés.
02:36Bon. Les entreprises, donc vous, c'est votre capteur, votre indicateur.
02:40Ces entreprises qui souffrent de cette crise, qui vont vous appeler potentiellement
02:44pour avoir des prêts sur la trésorerie.
02:46C'est-à-dire, c'est qui les entreprises qui peuvent potentiellement vous appeler
02:49ou qui vous appellent déjà ? Expliquez-nous.
02:50C'est ceux qui vont régulièrement à la pompe, en fait.
02:53C'est-à-dire les transporteurs, les marins-pêcheurs, grosso modo.
02:56Et qui ont besoin d'argent frais, qui n'ont pas forcément l'argent trésorerie
02:59pour encaisser les 2-3 000 euros en plus qu'il faut débourser par mois à la pompe.
03:03Exactement. Donc, on leur fait un prêt de 30 à 50 000 euros sur 3 ans
03:08avec un an de différé de remboursement.
03:09Et on prend surtout zéro garantie.
03:11C'est des prêts où on ne prend pas de collatéral, comme on dit dans notre métier.
03:14Donc, c'est des prêts sans garantie, 3 ans, un an différé de remboursement.
03:18Des prêts de trésorerie, en fait.
03:19Est-ce que vous en avez déjà beaucoup ?
03:21Des entreprises, des patrons qui vous appellent, des dossiers qui sont en cours, là ?
03:24Et pas énormément, pour être clair.
03:25Ces prêts-là, on commencera à pouvoir les mobiliser dans une quinzaine de jours.
03:29Il y a un peu de technique, quand même.
03:30Il faut programmer les ordinateurs.
03:33Mais, voilà, on est prêts.
03:34En tout cas, nous, nos auditeurs, nous appellent beaucoup pour nous en parler.
03:37Je voudrais vous faire écouter Jean-Michel, qui a appelé les auditeurs en la parole.
03:40Hier, au 3210, il a une entreprise de transport.
03:43Il livre des chaudières aux quatre coins du pays.
03:45Il a trois camions seulement.
03:46Et voilà ce qui lui est arrivé.
03:48Écoutez, juste son témoignage.
03:49Moi, je dis stop, j'arrête de travailler.
03:51Je mets la société en sommeil.
03:53On est trois.
03:53Les 90 000 euros en plus que ça me coûterait de mettre du gazole dans les camions,
03:58c'est au-dessus de ce que je gagne.
04:01Donc, on va tout arrêter pour éviter l'hémorragie et de couler carrément la boîte.
04:06Donc là, vous nous dites, effectivement, c'est une crise qui est, disons, circonscrite pour l'instant.
04:12Mais ce patron d'entreprise, il arrête de travailler parce qu'il ne gagne plus d'argent.
04:16Ben oui, qu'est-ce que vous voulez.
04:18Mais je ne peux que répéter ce que vous dites.
04:19C'est-à-dire que c'est un peu comme quand, je ne sais pas, il y a une inondation
04:22dans l'Aude.
04:23Ça touche les eau d'oie.
04:24Donc, ça ne touche pas toute la société.
04:25Donc, on fera ce qu'il faut pour aider ce monsieur, bien entendu.
04:29Qu'est-ce qu'il doit faire, Jean-Michel, d'ailleurs ?
04:31Écoutez, je ne sais pas.
04:32Je ne vais pas mettre à sa place.
04:34Non, mais vis-à-vis de vous, qu'est-ce qu'il pourrait faire pour demander votre aide ?
04:37Nous, la seule chose qu'on sache faire, on ne sait pas donner de l'argent, on ne va pas
04:40faire des subventions.
04:41On est une banque.
04:42On sait faire des prêts qui sont des prêts de trésorerie qui permettent aux gens de passer le mauvais moment.
04:46Bon, et ensuite, ils les remboursent sur de nombreuses années.
04:50Donc, ça a quand même très très bien marché avec le PGE.
04:52Le PGE, il faut se souvenir, c'était quand même 600...
04:55On a fait, pendant le Covid, on a fait des prêts à 600 000 entreprises françaises.
05:01600 000.
05:02Considérable.
05:03Et ça a représenté 180 milliards d'euros.
05:05Donc, bon.
05:06Et au total, ça a été remboursé à 95%.
05:10Donc, ça a quand même bien...
05:11Toutes les sommes empruntées ont été remboursées à 95%.
05:14Donc, il y a 5% qui n'ont pas été remboursées.
05:16Et alors, aujourd'hui, encore une fois, sur votre tablette, est-ce que vous craignez des faillites
05:20ou des entreprises qui ne puissent pas faire face ?
05:23Je le crains, oui.
05:24Enfin, on a un taux de faillite en France qui est bien remonté, mais il était tombé extrêmement bas.
05:29Et là, c'est sûr qu'il y a quelques entreprises.
05:32Maintenant, encore une fois, c'est des cas très particuliers qui peuvent être en grande difficulté.
05:39Mais, pour rassurer peut-être les Français, il ne faut pas imaginer qu'ils vont aller voir une gigantesque vague
05:42de faillite face à nous.
05:44On n'est pas du tout face à un tsunami de faillite.
05:46Donc, vous, vous allez leur prêter de l'argent pré-garantie de l'État.
05:49Là, hier, Roland Lescure, sur RTL, le ministre de l'Économie, a dit qu'il travaillait sur une aide ciblée,
05:56sur les gros rouleurs.
05:57On n'en connaît pas encore les...
05:58D'accord, on verra, oui.
05:58Les contours, est-ce que c'est une bonne solution, une bonne mesure ?
06:02Surtout, est-ce qu'elles ne coûtent pas trop cher, potentiellement ?
06:05Écoutez, on verra les détails, je crois.
06:07Est-ce que c'est dans la journée ou lundi ? Je ne sais pas.
06:10Lundi.
06:10Donc, je ne peux pas vous en parler, je ne sais pas ce qu'il y a dedans.
06:12Et là, on entend par exemple le Rassemblement National qui demande une baisse de la TVA sur l'essence.
06:18Oui.
06:18Qu'est-ce que vous en pensez de cette proposition ?
06:20Je pense...
06:22Il se trouve que j'ai publié un livre sur la dette publique et la dette sociale française,
06:26dans lequel je disais que la dernière crise qu'on pouvait se payer, c'était la crise de l'Ukraine.
06:30Donc, la nouvelle crise géopolitique, on ne peut pas se la payer.
06:33Donc, l'ère des boucliers est terminée.
06:35Quoi qu'il en coûte, est terminée, la France n'a plus les moyens.
06:38Absolument terminée.
06:40Déjà, on vit au jour le jour.
06:42Donc, si vraiment on veut se mettre dans une situation dans laquelle on ne termine pas le jour,
06:47on continue de faire des boucliers.
06:49On ne peut pas.
06:49Il n'y a plus un sou.
06:51Le père Noël de l'État, il est totalement nu.
06:52Il lui reste juste les chaussures rouges, peut-être le nez rouge.
06:56Rien dans la haute.
06:57Et comment on en est arrivé à cette situation-là ?
06:59Parce qu'on entend ces Français qui sont de bonne foi.
07:01Ce chef d'entreprise qu'on a entendu, il ne veut que travailler, faire fonctionner son entreprise et payer ses
07:06salariés.
07:06Il ne peut pas.
07:07Lui, on peut se dire que c'est bienvenu de l'aider.
07:10Comment on arrive à un point où l'État n'a même plus les marges de manœuvre pour aider des
07:14cas qui sont quand même nécessaires, indispensables à notre économie ?
07:17Parce que toutes les marges de manœuvre de l'État sont parties dans la dépense sociale.
07:20Depuis très longtemps.
07:21Et si vous regardez l'année 2025, par exemple, l'économie croît de 1%.
07:24D'accord ?
07:26Les dépenses de la médecine de ville de 6%.
07:28Les dépenses d'arrêt maladie de 6%.
07:31Les dépenses de kiné de 4,5%.
07:33D'accord ?
07:34Et puis, les dépenses de retraite continuent de filer.
07:38En 2025, on a augmenté les impôts de 23 milliards d'euros.
07:4123 milliards d'euros, c'est moins que ce qu'a coûté l'indexation des retraites en 2023 et en
07:462024, 25 milliards d'euros.
07:48Voilà.
07:48Donc, c'est tout, le choix collectif.
07:49On pourrait avoir des marges de manœuvre efficaces et efficientes pour l'économie si on ne perdait pas d'argent
07:55par ailleurs ?
07:56Les marges de manœuvre, c'est toujours la même chose.
07:58Elles correspondent aux choix collectifs qu'on décide de faire.
08:01Les marges de manœuvre de la dépense publique française, elles ne sont pas dans la défense.
08:06D'accord ?
08:06Elles ne sont pas dans l'éducation nationale.
08:08Elles sont dans le social, c'est-à-dire dans les retraites et dans la maladie.
08:11C'est toujours la même chose.
08:12Donc, il faut faire la réforme des retraites.
08:15Par exemple, lundi, les agriculteurs, ils ont rendez-vous à Matignon, en l'occurrence la FNSEA.
08:19Donc, ils vont arriver pour dire qu'ils ne sont pas contents que les agriculteurs perdent de l'argent et
08:23que le gasoil coûte cher, ce qui est vrai.
08:25Ils vont peut-être demander une rallonge et ils demandent déjà à leurs adhérents de se mobiliser en vue de
08:30montrer leur désaccord potentiellement dans la rue.
08:33Si au premier tracteur sur un rond-point, le gouvernement cède et lâche de l'argent, on est exactement dans
08:38le système que vous déplorez là ?
08:41C'est un système dans lequel tout s'emballe finalement.
08:43Et ça finit quand même mal, on le sait.
08:46Il suffit de se tourner autour de nous, de voir ce qui s'est passé dans les pays d'Europe
08:51du Sud, dans les pays d'Europe du Nord.
08:52Un État surendetté est un État qui finit par devoir s'ajuster brutalement et ça s'appelle une crise.
08:58Donc, ça va finir par nous arriver.
09:00Les sous ne sont plus disponibles.
09:01Donc, si je peux, au fond...
09:04La faillite de l'État, ce n'est pas un gros mot, c'est une possibilité ou ça n'arrive
09:07jamais ?
09:08Les États font faillite lentement, ça ne se voit pas, et puis subitement.
09:11Voyez-vous ?
09:12Donc, j'espère que ça ne nous arrivera pas.
09:14On est à 5,1% de déficit sur PIB.
09:17Enfin, ça parle presque pas beaucoup aux Français, je veux bien le comprendre.
09:20Ça veut dire quoi leur dites-vous ?
09:21C'est simplement qu'on a pris 100 milliards de dettes de plus en 2025 et qu'on va prendre
09:25plus de 100 milliards de dettes de plus en 2026 et que les années passant, on va finir par être
09:32totalement dépendant de l'extérieur, c'est-à-dire d'États qui sont des États prédateurs.
09:36C'est-à-dire que, qu'est-ce que vous voulez ? Quand on est endetté, on laisse la maison
09:39grande ouverte.
09:40Et le pays, ça fait plus au fur et à mesure de l'entrée, mais sûrement.
09:42Le pays demande de la souveraineté, mais c'est une contradiction totale avec la dette. On ne peut pas être
09:46souverain si on est endetté.
09:47Merci Nicolas Dufourg d'avoir été avec nous ce matin sur RTL. Je rappelle que vous êtes le patron de
09:51la BPI, la Banque Publique d'Investissement.
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