00:00RTL Matin, Olivier Bois.
00:03Et l'invité d'RTL Matin est donc l'un des hommes qu'on appelle, quand ça va mal,
00:07le patron de la BPI, la Banque Publique d'Investissement.
00:09Bonjour Nicolas Dufour.
00:10Bonjour.
00:11Alors on va expliquer d'abord la BPI, c'est la Banque de l'État, 100% de capitaux publics.
00:16Par temps calme, vous aidez les entreprises à aller mieux, à se développer et à investir
00:19et par temps de crise, vous les sauvez potentiellement de la faillite en leur prêtant de l'argent.
00:23Vous l'aviez fait pendant le Covid et c'est à nouveau ce qu'on vous demande aujourd'hui
00:27alors que les entreprises font face à la crise du pétrole liée à la guerre en Iran.
00:31D'abord, première chose Nicolas Dufour, qu'est-ce que vous pouvez nous aider à comprendre ce qui se passe
00:35vraiment ?
00:36En deux jours, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, nous a dit que c'était un choc pétrolier
00:41et puis que finalement non.
00:43Quels sont les mots que vous employez-vous ? Choc pétrolier ou pas ?
00:46Non, non, d'ailleurs il s'est expliqué par la suite.
00:49On a une augmentation très forte des prix du gasoil, du carburant
00:53qui touchent de manière sectorielle quelques catégories de Français.
00:57Mais ça n'a pas d'impact macroéconomique aujourd'hui.
01:00Le choc pétrolier c'est quand ça a un impact macroéconomique.
01:02Donc là, c'est micro, c'est sur les taxis, c'est sur les marins pêcheurs,
01:06c'est sur certaines professions du BTP, etc.
01:08Mais c'est une toute petite partie de l'économie française
01:11et c'est pour eux que nous lançons effectivement un prêt de trésorerie
01:15dont on va peut-être parler, nous le souhaiter, qui a été annoncé par le ministre
01:18comme nous l'avions fait d'ailleurs du temps du PGE.
01:20Grosso modo c'est toujours la même philosophie, c'est-à-dire que c'est les prêts sans garantie
01:23à 2, 3 ans, 4 ans, etc.
01:26Et qui permettent au fond à ces entrepreneurs de souffler.
01:29Donc pour l'instant ça n'est pas une crise systémique
01:32qui englobe toute l'économie française.
01:34A quel moment ça peut déraper plus gravement ?
01:37On sait qu'on a globalement l'économie mondiale en territoire inconnu
01:40si le détroit d'Ormus est fermé pendant 6 mois.
01:43Donc maintenant, combien de temps ? Je ne peux pas vous le dire.
01:46Combien de temps cette affaire va durer ?
01:48C'est-à-dire au bout de 6 mois, quel processus s'enclenchent ?
01:50Les prix du pétrole et de l'énergie, un impact sur tout le reste de l'économie
01:54et là on a une vraie inflation, une vraie crise générale.
01:56C'est la boucle prix-salaire qui se déclenche
01:58et donc on passe à un régime qui est un régime potentiellement stagflationniste,
02:02c'est-à-dire pas de croissance mais de l'inflation.
02:04Du coup, réaction de la BCE, augmentation des taux et puis accélération de l'étranglement des finances publiques françaises.
02:10Et sur votre bureau, c'est quoi le scénario que vous avez, sur lequel vous travaillez ?
02:13Disons le scénario le plus privilégié que vous avez en tête.
02:16Il y a plusieurs scénarios. On est dans un monde d'irrationalité.
02:18C'est très difficile de dire comment les grands de ce monde vont se mettre d'accord.
02:22J'ai tendance à penser, vous savez, on a beaucoup de partenariats avec des pays du Golfe
02:30qui nous confient des sous que nous gérons dans les intérêts de la France.
02:33Et donc, je constate qu'ils ne sont pas hyper stressés.
02:36Bon. Les entreprises, donc vous, c'est votre capteur, votre indicateur.
02:40Ces entreprises qui souffrent de cette crise, qui vont vous appeler potentiellement
02:44pour avoir des prêts sur la trésorerie.
02:46C'est-à-dire, c'est qui les entreprises qui peuvent potentiellement vous appeler
02:49ou qui vous appellent déjà ? Expliquez-nous.
02:50C'est ceux qui vont régulièrement à la pompe, en fait.
02:53C'est-à-dire les transporteurs, les marins-pêcheurs, grosso modo.
02:56Et qui ont besoin d'argent frais, qui n'ont pas forcément l'argent trésorerie
02:59pour encaisser les 2-3 000 euros en plus qu'il faut débourser par mois à la pompe.
03:03Exactement. Donc, on leur fait un prêt de 30 à 50 000 euros sur 3 ans
03:08avec un an de différé de remboursement.
03:09Et on prend surtout zéro garantie.
03:11C'est des prêts où on ne prend pas de collatéral, comme on dit dans notre métier.
03:14Donc, c'est des prêts sans garantie, 3 ans, un an différé de remboursement.
03:18Des prêts de trésorerie, en fait.
03:19Est-ce que vous en avez déjà beaucoup ?
03:21Des entreprises, des patrons qui vous appellent, des dossiers qui sont en cours, là ?
03:24Et pas énormément, pour être clair.
03:25Ces prêts-là, on commencera à pouvoir les mobiliser dans une quinzaine de jours.
03:29Il y a un peu de technique, quand même.
03:30Il faut programmer les ordinateurs.
03:33Mais, voilà, on est prêts.
03:34En tout cas, nous, nos auditeurs, nous appellent beaucoup pour nous en parler.
03:37Je voudrais vous faire écouter Jean-Michel, qui a appelé les auditeurs en la parole.
03:40Hier, au 3210, il a une entreprise de transport.
03:43Il livre des chaudières aux quatre coins du pays.
03:45Il a trois camions seulement.
03:46Et voilà ce qui lui est arrivé.
03:48Écoutez, juste son témoignage.
03:49Moi, je dis stop, j'arrête de travailler.
03:51Je mets la société en sommeil.
03:53On est trois.
03:53Les 90 000 euros en plus que ça me coûterait de mettre du gazole dans les camions,
03:58c'est au-dessus de ce que je gagne.
04:01Donc, on va tout arrêter pour éviter l'hémorragie et de couler carrément la boîte.
04:06Donc là, vous nous dites, effectivement, c'est une crise qui est, disons, circonscrite pour l'instant.
04:12Mais ce patron d'entreprise, il arrête de travailler parce qu'il ne gagne plus d'argent.
04:16Ben oui, qu'est-ce que vous voulez.
04:18Mais je ne peux que répéter ce que vous dites.
04:19C'est-à-dire que c'est un peu comme quand, je ne sais pas, il y a une inondation
04:22dans l'Aude.
04:23Ça touche les eau d'oie.
04:24Donc, ça ne touche pas toute la société.
04:25Donc, on fera ce qu'il faut pour aider ce monsieur, bien entendu.
04:29Qu'est-ce qu'il doit faire, Jean-Michel, d'ailleurs ?
04:31Écoutez, je ne sais pas.
04:32Je ne vais pas mettre à sa place.
04:34Non, mais vis-à-vis de vous, qu'est-ce qu'il pourrait faire pour demander votre aide ?
04:37Nous, la seule chose qu'on sache faire, on ne sait pas donner de l'argent, on ne va pas
04:40faire des subventions.
04:41On est une banque.
04:42On sait faire des prêts qui sont des prêts de trésorerie qui permettent aux gens de passer le mauvais moment.
04:46Bon, et ensuite, ils les remboursent sur de nombreuses années.
04:50Donc, ça a quand même très très bien marché avec le PGE.
04:52Le PGE, il faut se souvenir, c'était quand même 600...
04:55On a fait, pendant le Covid, on a fait des prêts à 600 000 entreprises françaises.
05:01600 000.
05:02Considérable.
05:03Et ça a représenté 180 milliards d'euros.
05:05Donc, bon.
05:06Et au total, ça a été remboursé à 95%.
05:10Donc, ça a quand même bien...
05:11Toutes les sommes empruntées ont été remboursées à 95%.
05:14Donc, il y a 5% qui n'ont pas été remboursées.
05:16Et alors, aujourd'hui, encore une fois, sur votre tablette, est-ce que vous craignez des faillites
05:20ou des entreprises qui ne puissent pas faire face ?
05:23Je le crains, oui.
05:24Enfin, on a un taux de faillite en France qui est bien remonté, mais il était tombé extrêmement bas.
05:29Et là, c'est sûr qu'il y a quelques entreprises.
05:32Maintenant, encore une fois, c'est des cas très particuliers qui peuvent être en grande difficulté.
05:39Mais, pour rassurer peut-être les Français, il ne faut pas imaginer qu'ils vont aller voir une gigantesque vague
05:42de faillite face à nous.
05:44On n'est pas du tout face à un tsunami de faillite.
05:46Donc, vous, vous allez leur prêter de l'argent pré-garantie de l'État.
05:49Là, hier, Roland Lescure, sur RTL, le ministre de l'Économie, a dit qu'il travaillait sur une aide ciblée,
05:56sur les gros rouleurs.
05:57On n'en connaît pas encore les...
05:58D'accord, on verra, oui.
05:58Les contours, est-ce que c'est une bonne solution, une bonne mesure ?
06:02Surtout, est-ce qu'elles ne coûtent pas trop cher, potentiellement ?
06:05Écoutez, on verra les détails, je crois.
06:07Est-ce que c'est dans la journée ou lundi ? Je ne sais pas.
06:10Lundi.
06:10Donc, je ne peux pas vous en parler, je ne sais pas ce qu'il y a dedans.
06:12Et là, on entend par exemple le Rassemblement National qui demande une baisse de la TVA sur l'essence.
06:18Oui.
06:18Qu'est-ce que vous en pensez de cette proposition ?
06:20Je pense...
06:22Il se trouve que j'ai publié un livre sur la dette publique et la dette sociale française,
06:26dans lequel je disais que la dernière crise qu'on pouvait se payer, c'était la crise de l'Ukraine.
06:30Donc, la nouvelle crise géopolitique, on ne peut pas se la payer.
06:33Donc, l'ère des boucliers est terminée.
06:35Quoi qu'il en coûte, est terminée, la France n'a plus les moyens.
06:38Absolument terminée.
06:40Déjà, on vit au jour le jour.
06:42Donc, si vraiment on veut se mettre dans une situation dans laquelle on ne termine pas le jour,
06:47on continue de faire des boucliers.
06:49On ne peut pas.
06:49Il n'y a plus un sou.
06:51Le père Noël de l'État, il est totalement nu.
06:52Il lui reste juste les chaussures rouges, peut-être le nez rouge.
06:56Rien dans la haute.
06:57Et comment on en est arrivé à cette situation-là ?
06:59Parce qu'on entend ces Français qui sont de bonne foi.
07:01Ce chef d'entreprise qu'on a entendu, il ne veut que travailler, faire fonctionner son entreprise et payer ses
07:06salariés.
07:06Il ne peut pas.
07:07Lui, on peut se dire que c'est bienvenu de l'aider.
07:10Comment on arrive à un point où l'État n'a même plus les marges de manœuvre pour aider des
07:14cas qui sont quand même nécessaires, indispensables à notre économie ?
07:17Parce que toutes les marges de manœuvre de l'État sont parties dans la dépense sociale.
07:20Depuis très longtemps.
07:21Et si vous regardez l'année 2025, par exemple, l'économie croît de 1%.
07:24D'accord ?
07:26Les dépenses de la médecine de ville de 6%.
07:28Les dépenses d'arrêt maladie de 6%.
07:31Les dépenses de kiné de 4,5%.
07:33D'accord ?
07:34Et puis, les dépenses de retraite continuent de filer.
07:38En 2025, on a augmenté les impôts de 23 milliards d'euros.
07:4123 milliards d'euros, c'est moins que ce qu'a coûté l'indexation des retraites en 2023 et en
07:462024, 25 milliards d'euros.
07:48Voilà.
07:48Donc, c'est tout, le choix collectif.
07:49On pourrait avoir des marges de manœuvre efficaces et efficientes pour l'économie si on ne perdait pas d'argent
07:55par ailleurs ?
07:56Les marges de manœuvre, c'est toujours la même chose.
07:58Elles correspondent aux choix collectifs qu'on décide de faire.
08:01Les marges de manœuvre de la dépense publique française, elles ne sont pas dans la défense.
08:06D'accord ?
08:06Elles ne sont pas dans l'éducation nationale.
08:08Elles sont dans le social, c'est-à-dire dans les retraites et dans la maladie.
08:11C'est toujours la même chose.
08:12Donc, il faut faire la réforme des retraites.
08:15Par exemple, lundi, les agriculteurs, ils ont rendez-vous à Matignon, en l'occurrence la FNSEA.
08:19Donc, ils vont arriver pour dire qu'ils ne sont pas contents que les agriculteurs perdent de l'argent et
08:23que le gasoil coûte cher, ce qui est vrai.
08:25Ils vont peut-être demander une rallonge et ils demandent déjà à leurs adhérents de se mobiliser en vue de
08:30montrer leur désaccord potentiellement dans la rue.
08:33Si au premier tracteur sur un rond-point, le gouvernement cède et lâche de l'argent, on est exactement dans
08:38le système que vous déplorez là ?
08:41C'est un système dans lequel tout s'emballe finalement.
08:43Et ça finit quand même mal, on le sait.
08:46Il suffit de se tourner autour de nous, de voir ce qui s'est passé dans les pays d'Europe
08:51du Sud, dans les pays d'Europe du Nord.
08:52Un État surendetté est un État qui finit par devoir s'ajuster brutalement et ça s'appelle une crise.
08:58Donc, ça va finir par nous arriver.
09:00Les sous ne sont plus disponibles.
09:01Donc, si je peux, au fond...
09:04La faillite de l'État, ce n'est pas un gros mot, c'est une possibilité ou ça n'arrive
09:07jamais ?
09:08Les États font faillite lentement, ça ne se voit pas, et puis subitement.
09:11Voyez-vous ?
09:12Donc, j'espère que ça ne nous arrivera pas.
09:14On est à 5,1% de déficit sur PIB.
09:17Enfin, ça parle presque pas beaucoup aux Français, je veux bien le comprendre.
09:20Ça veut dire quoi leur dites-vous ?
09:21C'est simplement qu'on a pris 100 milliards de dettes de plus en 2025 et qu'on va prendre
09:25plus de 100 milliards de dettes de plus en 2026 et que les années passant, on va finir par être
09:32totalement dépendant de l'extérieur, c'est-à-dire d'États qui sont des États prédateurs.
09:36C'est-à-dire que, qu'est-ce que vous voulez ? Quand on est endetté, on laisse la maison
09:39grande ouverte.
09:40Et le pays, ça fait plus au fur et à mesure de l'entrée, mais sûrement.
09:42Le pays demande de la souveraineté, mais c'est une contradiction totale avec la dette. On ne peut pas être
09:46souverain si on est endetté.
09:47Merci Nicolas Dufourg d'avoir été avec nous ce matin sur RTL. Je rappelle que vous êtes le patron de
09:51la BPI, la Banque Publique d'Investissement.
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