00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il est 7h43, il est le président de l'UDEP, l'Union des entreprises de proximité qui représente plus de
00:073,5 millions d'entreprises et 400 000 métiers différents.
00:10Michel Picon est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Michel Picon.
00:13Bonjour.
00:14Ça fait donc 11 jours que la guerre a commencé en Iran et dans la région.
00:18Les cours du pétrole font l'yo-yo, partent dans tous les sens.
00:21Quel est ce matin votre degré d'inquiétude, vous qui représentez les petites entreprises ?
00:26Nous sommes inquiets, bien évidemment, comme tous les Français, par rapport à cette situation.
00:30Inquiets, mais moi ce que je voudrais vous dire, c'est que nous ne devons pas paniquer face à cette
00:34situation.
00:35D'abord parce que le pire n'est jamais certain.
00:38On voit bien cette nuit encore combien les choses peuvent bouger.
00:42Le président des Etats-Unis, qui est le chef d'orchestre, j'allais dire, de toute cette pagaille,
00:49est tellement inconséquent, enfin je ne sais pas si le mot est bon, en tout cas imprévisible,
00:54qu'on peut se retrouver avec de bonnes nouvelles sur la durée.
00:59Sauf que l'incertitude, ce n'est pas bon pour le business.
01:02Je parle sur le contrôle de François Languet.
01:03Oui, l'incertitude n'est pas bonne pour le business, surtout si tout le monde se met à paniquer.
01:09Moi ce que je voudrais dire aujourd'hui, oui, il faudra probablement regarder si les choses s'éternisent.
01:15Un certain nombre de secteurs d'activité, parmi les nôtres, je pense aux travaux publics par exemple,
01:20qui traversent une période extrêmement compliquée, à la suite des intempéries,
01:25et puis cette augmentation de fioul sur des engins qui consomment énormément...
01:30Il y a déjà des conséquences ou pas ? On entendait les routiers tout à l'heure qui disaient
01:33non mais des pleins, je mets 1000 euros de pleins, j'avance les frais...
01:36Oui, oui, on a déjà des entreprises qui payent une facture de livraison.
01:42Là aussi, la semaine dernière, nous avions conseillé des entreprises avec le gouvernement,
01:46et j'ai interpellé le gouvernement. On était à trois jours, c'était mercredi dernier,
01:51à trois jours déjà, le coût du carburant augmentait.
01:54Alors bon, j'espère que quand ça va rebaisser...
01:57C'est abusif ou pas ?
01:58Oui, oui, il y a des effets d'aubaine, bien évidemment.
02:00Alors chez les distributeurs ou chez d'autres intervenants,
02:04moi je suis satisfait que le gouvernement ait engagé 500 contrôles, même si...
02:09Les contrôles, ça ne fait pas baisser les prix, Michel Picon ?
02:11Non mais ça va peut-être un peu freiner ceux qui avaient l'intention ou ceux qui abusent.
02:17Je pense que personne n'a trop envie d'avoir un éclairage dans tous les médias,
02:23mettant à jour des comportements qui ne sont pas...
02:25Vous pensez que le name and shame, comme on dit, il y a les nommer, montrer du doigt, ça peut
02:28avoir un effet ?
02:28Je pense.
02:29C'est ça que vous avez demandé au gouvernement la semaine dernière ?
02:31Nous, nous avons demandé au gouvernement de rappeler à l'ordre,
02:34ceux, et le gouvernement a les moyens de le vérifier,
02:38ceux qui prennent les Français pour des dindons, pardon de le dire.
02:41De dire à ces gens-là,
02:44nous prendrons, avec le dispositif législatif ou juridique qui existe,
02:50mais nous prendrons des mesures pour éviter qu'on rajoute de la difficulté à une difficulté que tout le monde
02:57a.
02:57Aujourd'hui, pardon, mais vendre le litre d'essence ou de gazole à plus de 2 euros litre,
03:00c'est prendre les Français et les consommateurs pour des dindons ?
03:02À cette heure-là, oui.
03:04Parce qu'on ne peut pas nous dire, bon, pas de panique,
03:07il y a 3 mois de stock, on a des réserves,
03:10et en même temps, avoir une réactivité aussi forte,
03:15alors 3 jours la semaine dernière, c'était vraiment impossible.
03:18Il n'y a personne qui était contraint d'augmenter, si ce n'est de se dire,
03:22dans un mois, peut-être, je ferai moins de chiffre d'affaires,
03:24et donc je vais engranger tout de suite, histoire de pas...
03:27Vous ne demandez pas de bouclier, vous demandez de la responsabilité.
03:30On demande de la responsabilité.
03:32Pas de bouclier, pas de chèque, pas d'aide ?
03:33Il y aura un certain nombre de secteurs,
03:36en tout cas, le chéquier tout azimut, on pourrait le demander,
03:39mais chacun connaît la situation des finances de notre pays,
03:43on sort d'un épisode budgétaire où tous les Français le savent,
03:47savent qu'il n'y a plus d'argent dans la caisse,
03:49on a rajouté 125 milliards de dettes,
03:52quoi qu'il en coûte, il faudrait être irresponsable pour le redemander.
03:56Quels secteurs il va leur aider, alors ?
03:57Je pense des secteurs qui sont des gros consommateurs d'énergie,
04:00et puis ensuite, après, sur tous ceux, bien sûr, qui vont voir une facture...
04:04Un boulanger, c'est un gros consommateur d'énergie ?
04:05Oui, un boulanger, c'est un gros consommateur d'énergie,
04:08d'abord électrique, puisque de plus en plus,
04:11nos boulangers, on les encourage à passer à l'électrique,
04:14et ceux qui sont au gaz, parce qu'il y a le fuel,
04:16mais il y a aussi le gaz, avec des inquiétudes sur les approvisionnements,
04:20et sur le prix, sur tous ces commerces aussi,
04:23ce qu'on leur dit, il faudra ajuster un petit peu vos prix.
04:27Et moi, ce que j'appelle, j'appelle tous les Français à aussi jouer ce jeu-là.
04:32Il faudra accepter si le croissant doit prendre 10 centimes de plus,
04:36ou 15 centimes de plus, pour aider le boulanger à passer cette période.
04:40Je pense que ce que nous avons besoin...
04:41C'est un peu provisoire, encore une fois.
04:42Oui, mais bien évidemment, à condition que,
04:44lorsque cette crise va s'apaiser,
04:46alors il y en aura peut-être une autre après,
04:48mais qu'on revienne à des prix normaux.
04:51Moi, je pense qu'on a besoin...
04:52Vous dites, aux pompistes, à la grande distribution,
04:55soyez raisonnable, aux Français,
04:56oui, il y a un petit effort à faire,
04:58mais il ne faut pas paniquer.
04:59Absolument.
05:00Absolument, parce que l'État providence,
05:02tel qu'on l'a connu,
05:03on sait tous les uns et les autres que ça ne sera pas possible.
05:06Et si on veut que l'État ait encore les moyens
05:08d'aller au secours de ceux pour qui c'est vital,
05:13eh bien, il faut qu'il soit sobre
05:15sur sa générosité, entre guillemets,
05:17parce qu'il n'y a pas de générosité.
05:19Michel Picon, j'entendais un responsable
05:21d'une entreprise de mobilier,
05:22Fairmob en l'occurrence,
05:23expliquer qu'en quelques jours,
05:24un conteneur qui était livré jusque-là pour 2 000 dollars
05:27était passé à 4 000 dollars.
05:28Alors oui, on pointe la responsabilité
05:30des stations d'essence, des pétrois,
05:31tout ce qu'on veut.
05:32Est-ce que les transporteurs maritimes
05:33n'ont-ils pas, eux aussi, une part de responsabilité ?
05:36Est-ce qu'ils ne font pas partie,
05:37peut-être comme pendant le Covid,
05:38des profiteurs de guerre ?
05:39Non, mais complètement.
05:40C'est pour ça que moi,
05:42dans le pétrole et dans le carburant,
05:44je dis oui, il faut aller vérifier les distributeurs,
05:46mais pas ceux.
05:47Il faut aller regarder toute la filière.
05:49Le raffinage du brut,
05:51ce n'est pas parce que le prix du brut augmente
05:53que le raffinage est impacté par cela.
05:56Donc oui, je pense qu'il y a toujours,
06:00malheureusement, des profiteurs.
06:02Donc solidarité entre nous.
06:04Moi, je voudrais dire à tous les Français
06:06qui avaient envie de refaire la salle de bain,
06:08de ne pas reporter ce chantier
06:10au motif qu'ils ont peur.
06:11Faites-le.
06:13Privilégiez vos commerçants de proximité,
06:16privilégiez vos artisans.
06:17On a besoin d'activités.
06:19Il ne faut surtout pas que tout s'arrête
06:20parce que là, on rajouterait de la crise à la crise
06:22et ça deviendrait extrêmement compliqué.
06:24Elles sont solides, nos petites entreprises.
06:26Aujourd'hui, on sait qu'elles ont encaissé le Covid,
06:28elles ont encaissé la guerre en Ukraine.
06:30Là, il y a encore une nouvelle crise
06:30et beaucoup d'incertitudes.
06:32Dans l'ensemble, elles tiennent.
06:33Comment se portent-elles en ce début d'année ?
06:36Elles sont en difficulté.
06:38Les 70 000 entreprises qui ont disparu,
06:40près de 70 000 l'année dernière,
06:42ça témoigne d'une trésorerie qui est basse.
06:45Et on est sur quelle tendance en ce début d'année ?
06:47Il y a un thermomètre, les défaillances entreprises.
06:49Ça repartait un petit peu.
06:50On le voit bien quand l'épargne diminue.
06:53On était à 19% d'épargne.
06:55On est passé à un peu moins de 18%.
06:57On gagnait un point.
06:59Cette différence entre 18% et 19% d'épargne,
07:01elle est dans la consommation.
07:02Le début d'année, on voit bien les vacances
07:04à la montagne ont été bonnes.
07:09Alors, il y avait une bonne neige,
07:10il y avait un bon climat.
07:11Mais tous les retours que l'on a de nos commerçants
07:14étaient plutôt satisfaits.
07:16Mais il va falloir qu'on s'habitue, je pense,
07:18à vivre des crises.
07:19Elles seront climatiques,
07:20elles seront géopolitiques.
07:21Vous sentez un risque d'explosion du chômage ou pas ?
07:24Oui, mais à la fois,
07:26on est aussi très réactifs.
07:28Nos entreprises, elles sont résilientes.
07:30Il faut qu'on leur permette
07:31d'alléger leurs effectifs lorsque c'est nécessaire.
07:34Il faut aussi qu'on les aide à recruter,
07:37à former pendant ces périodes leurs salariés.
07:40Vous appelez tout le monde à la responsabilité ce matin
07:42et on l'entend bien, chacun à sa place.
07:44J'ai une dernière question.
07:45Il paraît que l'État cumule 8 milliards d'euros
07:47de retard de paiement
07:48qui doit au PME engagé dans le business de la défense.
07:51Au combien sensible, évidemment, par les temps qui courent.
07:53Est-ce que c'est vrai, déjà ?
07:54Est-ce que l'État est un mauvais payeur ?
07:56Je n'ai pas le chiffre exact,
07:59mais oui, l'État ne paye pas suffisamment.
08:04C'est un sujet que l'on a évoqué la semaine dernière aussi.
08:08Toutes les entreprises qui bossent pour le milieu hospitalier
08:11savent bien que quand vous travaillez pour l'hôpital,
08:14vous n'êtes pas payé dans les délais.
08:15Mais l'État fait couler des boîtes en ne payant pas dans les délais ?
08:17Oui, ça arrive.
08:18Ça arrive ?
08:18Oui, il y a 12%,
08:20entre 12 et 15% selon les secteurs,
08:22d'entreprises défaillantes
08:23qui sont défaillantes.
08:25Il y a l'État, mais il n'y a pas que l'État.
08:26Il y a les grands donneurs d'ordre aussi.
08:28La grande promotion immobilière
08:29qui assassine la petite entreprise de plaquistes
08:33où elle a sous-traité,
08:34parfois en deuxième, troisième rang,
08:36avec des marges extrêmement contraintes.
08:39Et un retard de paiement de 15 jours,
08:42ça met la boîte par terre
08:42parce que le banquier ne suit plus.
08:44que chacun prenne sa part
08:45et on devrait s'en sortir.
08:46C'est le message de Michel Picon.
08:47Merci de venir nous voir ce matin sur RTL.
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