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Ce vendredi 8 mai, Christopher Dembik et Damien Ledda, directeur de la gestion de Galilee AM, ont commenté les excellents résultats des entreprises américaines au titre du premier trimestre, tant en termes de chiffre d'affaires que de bénéfice par action, dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.
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00:00Tout pour investir, la masterclass, les signaux faibles.
00:04On a des marchés financiers qui sont plutôt sur une tendance qui est très favorable,
00:08notamment du côté américain.
00:09On voit finalement ce décalage un peu côté européen, notamment 4,40.
00:13Il faut bien être très clair du côté du 4,40.
00:15Toute cette polémique sur la surtaxe des surprofits revient et pénalise quand même un peu la dynamique.
00:21Mais du côté américain, on est sur une tendance qui est extrêmement bonne.
00:25Finalement, cette fameuse renaissance européenne qui a été mise en avant il y a à peu près un an de
00:28cela,
00:28en disant que les actions européennes vont surperformer par rapport aux actions américaines.
00:35C'est peut-être un peu plus compliqué que cela.
00:37Et on va parler notamment d'un sujet qui structurellement a un impact
00:40et qui explique en partie, pas seulement, pourquoi les actions américaines se portent plutôt bien.
00:44On va parler des rachats d'actions.
00:46Je suis ravi d'accueillir en plateau Damien Leda.
00:48Vous êtes directeur de la gestion de Galilée AM.
00:51Bienvenue.
00:51Bonjour Christophe.
00:52Premier aspect puisqu'on est quasiment sur la fin des résultats d'entreprise.
00:57Quel est le cru ? Ça a l'air plutôt bon.
00:59On voit les marchés se portent plutôt bien.
01:00On en parlait avant d'entrer en plateau.
01:02Les résultats sont à peu près combien ?
01:04Quelles sont les croissances des bénéfices par action ?
01:08Et surtout, bien sûr, les anticipations.
01:10Tout à fait.
01:10Alors, c'est assez hétérogène malgré tout.
01:13Si on segmente par région.
01:14Alors, aux États-Unis, on a plutôt une très bonne saison.
01:18Puisque les surprises positives ont été de l'ordre de 18%.
01:21C'est même un des trimestres où on a l'ordre de grandeur le plus important.
01:2418% de surprises sur les bénéfices par action.
01:27Un petit peu moins sur le chiffre d'affaires.
01:28C'est de l'ordre de 3 ou 4%.
01:30Par contre, ça a été toujours tiré par la tech.
01:32Malgré tout, malgré les dépenses énormes pour financer l'intelligence artificielle.
01:38On voit que certains acteurs commencent à monétiser intelligemment cette manne.
01:43Il y a moins ce débat sur les centres de données.
01:46Est-ce qu'il y a un surplus d'investissement dans ce domaine-là ?
01:48On voit effectivement que les résultats sont bons.
01:51Et que le marché s'acquête un peu moins de ces fameuses thématiques des centres de données.
01:54Alors, je pense que l'inquiétude est toujours présente.
01:57Mais au cas par cas, certains arrivent peut-être à rassurer.
01:59C'est le cas d'Alphabet, par exemple, dont les résultats ont été salués.
02:03Le titre a progressé de plus de 9% le jour de l'annonce.
02:06La croissance a été significative.
02:0881% de croissance des bénéfices sur le trimestre.
02:12Donc, c'est un des acteurs qui arrive à tirer son épingle du jeu depuis plusieurs trimestres maintenant.
02:17Et qui commence à confirmer.
02:18On peut signaler aussi une certaine euphorie sur les semi-conducteurs.
02:22En aval de la chaîne de valeur, on a eu des performances spectaculaires pour AMD, pour Intel,
02:28qui renaît de ses cendres depuis plusieurs trimestres maintenant.
02:31Donc, finalement, il y a un sentiment assez positif sur les résultats au global.
02:35Mais pas que sur la tech, puisque derrière, les matériaux, d'autres secteurs ont pris également le relais.
02:40Les matériaux, c'est de l'ordre de 21% de croissance des bénéfices sur le trimestre.
02:44Et en termes d'anticipation, le marché reste plutôt très optimiste.
02:49En tout cas, du côté américain, on le voit, on serait quasiment peu ou prou,
02:52en termes d'anticipation de résultats bénéficiaires, quasiment sur 2025.
02:57Donc, à quelques différences.
02:58Donc, on est sur une bonne dynamique.
02:59Finalement, l'impact de la guerre en Iran, c'est marginal sur les entreprises ?
03:03Pour les US, on ne le voit pas.
03:05Pour l'Europe, c'est un différent son de cloche,
03:07puisque là, les résultats sont beaucoup plus mitigés.
03:09Si on regarde le Stoxx Europe 600, qui regroupe les 600 plus grandes sociétés,
03:13on a à peu près deux tiers des sociétés qui ont publié leurs résultats jusqu'ici,
03:16pour le compte du premier trimestre.
03:17C'est beaucoup plus mitigé.
03:19Les secteurs de la consommation cyclique sont en retrait.
03:22Même l'industrie, d'une manière générale, est plutôt en retrait.
03:25Il y a eu des effets qui expliquent ça.
03:28Par exemple, l'effet devise négatif, l'impact de l'effet devise sur l'euro-dollar
03:33devrait atteindre son pic ce trimestre.
03:35Ça devrait impacter les résultats de l'ordre de 4 %,
03:37mais ça devrait aller mieux dans la deuxième partie d'année,
03:40à mesure que les effets de base deviennent plus favorables.
03:43Donc, ça, c'est un facteur positif.
03:44Par contre, des sanctions boursières assez impressionnantes,
03:48dès lors que les perspectives sont un petit peu en deçà des attentes du marché,
03:52ou lorsqu'on a des profit warnings, notamment dans le secteur de la santé,
03:55des équipementiers comme Sartorius Tadim ou Biomérieux,
03:59qui s'est effondré d'une vingtaine de pourcents le jour de son annonce,
04:01suite à un profit warning,
04:03montrent que les investisseurs étaient peut-être trop optimistes sur les perspectives
04:08et que finalement, il faut ramener ça un petit peu à une réalité.
04:11– Outre la croissance des bénéfices par action qui ont été très bons,
04:15vous l'avez rappelé, aux États-Unis,
04:17on a quand même un phénomène qui est structurel,
04:19c'est sur les rachats d'actions.
04:20J'en parlais, je voulais qu'on aille un peu dans le détail sur cette thématique-là.
04:23J'ai regardé au côté américain, en tout cas sur le S&P 500,
04:26sur les trois derniers mois cumulés, vous êtes en termes d'annonces,
04:29donc j'insiste, d'annonces de rachats d'actions sur quasiment 500 milliards de dollars.
04:33Pour donner un ordre de grandeur,
04:35sur les rachats d'actions qui ont été effectués aux États-Unis l'an dernier,
04:38donc effectifs, on était à 1000 milliards, donc quasiment la moitié.
04:43Structurellement, moi j'ai toujours l'impression que,
04:44et j'ai cette tendance-là à me dire,
04:46je vais plutôt aller en règle générale sur des entreprises
04:50qui font assez massivement des rachats d'actions,
04:51alors on rentra dans le détail sur quels sont les types de rachats d'actions,
04:54mais par exemple, je vois aussi du côté japonais,
04:56ça se passe plutôt bien en termes de dynamique,
04:58le Nikkei 225 affiche une extrêmement bonne performance,
05:01et un des facteurs explicatifs, c'est les rachats d'actions.
05:03Qu'est-ce que vous en pensez ?
05:05Là aussi, c'est plutôt un effet favorable pour les investisseurs,
05:10puisque si on reprend la base,
05:12finalement, lorsqu'on est un dirigeant d'un grand groupe,
05:15une des missions principales, c'est d'allouer efficacement le capital.
05:19Et donc, pour ça, on peut investir dans l'appareil productif,
05:22on peut faire des acquisitions,
05:24et faire du retour à l'actionnaire,
05:26au copropriétaire de l'entreprise,
05:28via du dividende ou du rachat d'actions.
05:30Donc, effectivement, aux États-Unis,
05:33c'étaient les leaders du rachat d'actions depuis quasiment tout temps.
05:37Je crois qu'il y a à peu près 50% des sociétés du S&P 500
05:40qui procèdent à des programmes de rachat d'actions
05:42sur les 12 derniers mois.
05:43Et si on va le voir peut-être à l'écran,
05:45juste sur les deux derniers trimestres,
05:48exceptionnellement, c'est le Royaume-Uni
05:49qui fait plus de rachats d'actions que les États-Unis,
05:51mais comme vous le disiez, sur le long terme,
05:53c'est très clairement les Américains
05:54qui sont les vainqueurs dans ce domaine-là.
05:55– Exactement.
05:56Alors, le Royaume-Uni, on peut y voir un double effet,
05:59l'effet de sociétés qui sont peut-être cash rich,
06:02qui ont une trésorerie abondante,
06:06et finalement, il est sain de faire un retour à l'actionnaire
06:09lorsqu'on n'a pas d'autres projets
06:12avec une rentabilité intéressante supérieure au coût du capital.
06:15Donc, c'est sain de procéder à cette allocation-là.
06:17Ça peut donner un signal également de sous-évaluation du marché.
06:21Alors, c'est vrai que le marché britannique
06:22était sous-évalué depuis de nombreuses années
06:24par rapport à leurs homologues américains, par exemple,
06:27même si les niveaux de valorisation
06:28n'ont jamais été vraiment comparables,
06:30mais la décote était importante.
06:32Donc, voilà, ça, ça contribue finalement
06:33à donner un signal de confiance
06:35et à attirer de nouveaux investisseurs.
06:37– Quand vous investissez sur les marchés financiers,
06:39est-ce que, alors c'est certainement pas le seul critère,
06:41bien évidemment, il y en a une myriade,
06:42les valorisations fondamentaux, perspectives, etc.
06:44Mais est-ce que vous allez quand même regarder
06:46ces stratégies d'entreprise sur les rachats d'actions
06:48et comment vous les analysez ?
06:50Parce que parfois, globalement, quand même,
06:52j'ai tendance à dire, c'est structurellement haussier
06:54pour les actions, mais peut-être aussi
06:56qu'au cas par cas, on voit que parfois,
06:58c'est des mauvaises décisions prises par les entreprises.
07:00– Oui, tout à fait.
07:00Alors, il faut regarder vraiment la décision
07:02d'allocation du capital d'une manière générale.
07:05Une société qui procéderait à du rachat d'actions
07:08de manière excessive sans investir
07:10dans son appareil productif,
07:12donc par exemple, sans faire des CAPEX de maintenance
07:15qui servent à maintenir l'appareil productif
07:17ou des CAPEX plus orientés vers le développement
07:21pour stimuler la croissance organique future.
07:23Là, on peut se dire, finalement,
07:25soit l'entreprise n'a plus de perspectives intéressantes
07:28à ce stade, il n'y a plus de débouchés
07:29suffisamment intéressants pour allouer du capital
07:32et donc on va faire du retour à l'actionnaire
07:33par choix, par défaut finalement.
07:35Donc là, on est peut-être dans le mauvais cas.
07:37Il se pose également une question
07:39de à quel moment on va racheter les actions,
07:41à quel moment l'entreprise va racheter ses propres actions
07:43pour les annuler ensuite.
07:44Mais typiquement, ce qu'on observe dans les enquêtes,
07:49c'est que les dirigeants ont finalement
07:50parfois un mauvais timing
07:52et ils vont procéder au rachat d'actions
07:54lorsque leur cours et leur valorisation,
07:56surtout, est assez haute.
07:59Au contraire, de les racheter
08:00lorsque la valorisation est plus basse,
08:02c'est là qu'on fait logiquement une meilleure affaire.
08:04Si on prend un PER,
08:06le ratio court sur bénéfice d'une société
08:08qui serait, somme toute, surévaluée
08:10et qui paierait 50 fois les profits,
08:11si on inverse ce multiple,
08:13on obtient un earnings yield,
08:15le rendement bénéficiaire,
08:1652 PE, c'est 2% de rendement des bénéfices.
08:19Lorsqu'une entreprise peut racheter ses actions
08:21à 2% de rendement,
08:23alors qu'elle pourrait à côté
08:23simplement acheter du treasury à 4%,
08:25on se dit évidemment
08:26qu'il y a une mauvaise allocation du capital.
08:28Complètement.
08:29Dernière question.
08:30Quand on regarde sur le long terme,
08:32en termes de rachat d'actions,
08:33on voit que l'Europe continentale,
08:34notamment la France,
08:35sont plutôt à la traîne
08:36sur cette thématique-là.
08:37On a un débat français
08:38que j'aimerais évoquer avec vous,
08:40qui est systématiquement de dire
08:41qu'il faut arrêter les rachats d'actions
08:44qui sont déjà quand même très très bas en France
08:46parce que justement,
08:47ça évite aux entreprises
08:49de redistribuer,
08:50bien évidemment, aux salariés.
08:52Il y a toute cette thématique-là
08:53qui revient régulièrement.
08:54Est-ce que ce n'est pas un peu biaisé comme débat ?
08:56Parce que finalement,
08:57y compris en France,
08:58déjà c'est relativement marginal
08:59ces rachats d'actions
09:00par rapport à d'autres zones,
09:02mais surtout, en parallèle,
09:04la plupart des grandes entreprises,
09:05elles continuent d'investir dans l'innovation,
09:07elles redistribuent de manière très importante.
09:10Donc, est-ce que ce débat
09:11n'est pas un peu biaisé de débat français ?
09:12Sans doute.
09:14Après, c'est vrai que c'est une question
09:15assez politique et sociétale.
09:17Donc, logiquement,
09:19il faut s'assurer que l'entreprise
09:21rémunère toutes les parties prenantes
09:23de manière cohérente, on va dire.
09:26Et puis, à un moment donné,
09:28les excès de trésorerie
09:30doivent être utilisés.
09:31et investis quelque part.
09:33Ou même sur l'éfection,
09:34ce que vous mentionniez.
09:35Même sur les obligataires, oui.
09:36Voilà.
09:37On se pose ensuite la question,
09:38parfois,
09:39est-ce qu'on va le verser en dividendes
09:40ou en rachat d'actions ?
09:41Alors, les dividendes sont aussi
09:43très décriés,
09:44notamment lorsqu'on fait des super profits
09:46pour certaines sociétés.
09:48Encore que,
09:49l'aspect du dividende est différent
09:50parce que c'est uniquement
09:52un transfert de cash, finalement.
09:55Lorsque le dividende est versé,
09:56le cours de l'action,
09:57il est détaché du cours de l'action
09:58et donc le cours de l'action baisse.
10:00Finalement, c'est juste
10:01du transfert de liquidités
10:02qui passe en plus
10:03par une case taxation.
10:05Donc, finalement,
10:06à court terme,
10:06l'actionnaire est peut-être même
10:07perdant.
10:08Exactement.
10:09À très court terme.
10:10À la différence du rachat d'actions.
10:12Le rachat d'actions permet
10:13de, justement,
10:14réduire les actions en circulation,
10:16effectivement,
10:17mécaniquement reluer
10:18le bénéfice par action.
10:19Il y en a plus.
10:20Et à multiples constants,
10:22le cours de bourse va s'aligner.
10:24Sans passer par la case taxation
10:25puisque l'effet capitalisation pure.
10:28Mais par contre,
10:28l'investisseur,
10:29lorsqu'il vendra ses parts de société,
10:31sera taxé à ce moment-là.
10:32Donc, l'impôt est finalement différé.
10:34Complètement.
10:35Et juste pour finir,
10:36bien sûr,
10:37il y a eu énormément d'études
10:38qui ont été faites
10:38sur les rachats d'actions
10:39ces dernières années.
10:40Vous en avez,
10:41alors ça va vous surprendre,
10:42mais une étude qui est
10:42la plus poussée,
10:44en tout cas,
10:45sur le marché boursier malaisien
10:46qui a été sur le très long terme
10:47qui a analysé
10:48et qui, effectivement,
10:49confirme que les rachats d'actions
10:50à minima à court terme
10:51ont un effet plutôt bénéfique
10:53sur la hausse des actions.
10:55Donc, indéniablement,
10:56quand même un facteur
10:56à prendre systématiquement en compte.
10:58On le met en avant,
10:59d'ailleurs,
10:59assez régulièrement
10:59dans la masterclass.
11:01Merci beaucoup,
11:02Damien Leda.
11:03Vous êtes directeur
11:03de la gestion de Galilée AM.
11:05Merci.
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