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  • il y a 2 jours
Lorsqu’un patient dépose une plainte après une consultation réalisée pendant un remplacement, qui est juridiquement responsable ? Le remplaçant ? Le médecin remplacé ? Le docteur junior ? Maître Dominique Decamps Mini, avocate en droit de la santé fait le point.
« Un principe : remplacer, c’est exercer et donc la responsabilité est souvent personnelle et ça se prépare avant », rappelle Maître Dominique Decamps Mini.
En pratique, plusieurs responsabilités peuvent être engagées lorsqu’un patient conteste une prise en charge réalisée pendant un remplacement, même si « le premier exposé, c’est celui qui a réalisé l’acte et ça se sécurise avant le premier jour du remplacement ».
En exercice libéral, le remplacement médical est encadré par le Code de déontologie. Il ne peut être que temporaire. Le remplaçant doit être, soit un médecin inscrit au tableau de l’Ordre, soit un étudiant remplissant les conditions légales et disposant d’une autorisation de remplacement délivrée par le conseil de l’Ordre. Le médecin remplacé doit également informer le conseil départemental de l’Ordre avant le début du remplacement, sauf urgence.
Trois procédures
Trois procédures distinctes peuvent ensuite être engagées contre un professionnel de santé.
La procédure ordinale, qui concerne les manquements déontologiques.
« La plainte ordinale, c’est la faute disciplinaire », rappelle Maître Dominique Decamps Mini.
Violation du secret professionnel, problème de confraternité ou défaut de continuité des soins peuvent ainsi relever du champ disciplinaire. L’interne ou le docteur junior qui remplace relève lui aussi de cette juridiction pendant son activité de remplacement.
La responsabilité civile.
Ici, le patient cherche à obtenir réparation d’un préjudice. Il faut alors démontrer une faute, un dommage et un lien de causalité entre les deux.
« C’est l’expert désigné qui va faire la lumière sur la prise en charge et la qualité de la prise en charge », explique l’avocate.
La procédure pénale
Lorsqu’une infraction est constituée, notamment en cas de violences involontaires, de violation du secret professionnel ou d’établissement d’un faux certificat, une procédure pénale peut être engagé.
« La responsabilité pénale est toujours personnelle ».
Le médecin remplacé peut aussi être mis en cause
Le remplaçant reste généralement le premier professionnel mis en cause puisqu’il exerce effectivement et réalise les actes médicaux.
« Le remplaçant est le premier exposé parce qu’il exerce et qu’il réalise les actes », rappelle l’avocate.

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Transcription
00:00Gabriel est au centre hospitalier de Castres, est interne en médecine générale et va devenir docteur junior à la rentrée
00:06prochaine.
00:07Il se pose la question de savoir, lorsqu'il a fait ses remplacements ou par rapport à son rôle de
00:12docteur junior, qui est responsable en cas de plainte.
00:26Un principe, remplacer c'est exercer et donc la responsabilité est souvent personnelle et ça se prépare avant.
00:33Pendant un remplacement, un patient se plaint. Qui est responsable ? Le titulaire ? Le remplaçant ? Le docteur junior
00:39? La réponse ?
00:40C'est qu'on peut engager plusieurs responsabilités, mais le premier exposé, c'est celui qui a réalisé l'acte
00:46et ça se sécurise avant le premier jour du remplacement.
00:52En libéral, le remplacement est encadré par le code de déontologie avec trois idées simples.
00:57Le remplacement n'est possible que temporairement. Il doit être fait par un confrère inscrit au tableau ou par un
01:02étudiant qui remplit les conditions légales
01:04et qui dispose d'une autorisation de remplacement délivré par le conseil de l'ordre.
01:09Le médecin remplacé doit informer préalablement le conseil départemental de l'ordre, sauf urgence, en précisant le nom du remplaçant
01:17et les dates.
01:21La plainte ordinale, c'est la faute disciplinaire, donc c'est un manquement déontologique.
01:27Violation du secret, la confraternité, la continuité des soins.
01:31Le CNOM va rappeler que l'interne, le docteur junior remplaçant, va relever aussi du champ ordinal pendant le remplacement.
01:41Et là, le patient recherche une indemnisation de son préjudice.
01:45Les professionnels de santé ne sont responsables des conséquences dommageables, des actes de soins qu'en cas de faute.
01:50Il va falloir prouver la faute, le préjudice du patient et le lien de causalité.
01:55Et très souvent dans la responsabilité civile, c'est l'expert désigné qui va faire la lumière sur la prise
02:00en charge et la qualité de la prise en charge.
02:02Et la voie pénale, si on a une infraction qui est constituée, des violences involontaires, une violation du secret professionnel,
02:10l'établissement d'un faux certificat,
02:12c'est la responsabilité pénale qui est actionnée et la responsabilité pénale est toujours personnelle.
02:18Même fait, trois procédures et trois logiques vraiment différentes.
02:25Le remplaçant est le premier exposé parce qu'il exerce et qu'il réalise les actes.
02:30Donc on peut rechercher sa faute sur le plan de la responsabilité civile.
02:34Sur le plan disciplinaire, il va répondre de ses propres moquements.
02:37Mais le médecin remplacé dans tout ça, il n'est pas automatiquement hors de cause.
02:42Le médecin qui se fait remplacer peut être inquiété s'il a commis une faute personnelle d'organisation.
02:48Il n'a pas vérifié à qui il confiait en fait le remplacement.
02:52Il n'a pas les conditions matérielles nécessaires pour que le remplaçant fasse son travail.
02:57Des conditions matérielles dangereuses, une absence de continuité, une transmission insuffisante du dossier, un dossier mal renseigné.
03:04Il n'a pas renseigné par exemple une allergie à un médicament.
03:07Et ça, ça fait courir un risque assez important pour le remplaçant.
03:10Donc on parle souvent, dans ce cas-là, de co-responsabilité liée à l'organisation.
03:16Mais pas forcément à l'acte qui est réalisé par le remplaçant.
03:22Pour le docteur junior, statut un petit peu à part, puisqu'en fait il y a un double cadre.
03:26Il va être hospitalier, donc avec un régime d'autonomie supervisée.
03:30Et des fonctions qui vont s'exercer par délégation et sous la responsabilité du praticien dont il relève.
03:36Mais quand il va être placé dans un cabinet libéral,
03:39ça va être un étudiant autorisé, donc avec toutes les conditions qu'on a évoquées avant.
03:44Et aussi la relation avec le médecin remplacé.
03:51Premier élément très important, l'assurance responsabilité civile professionnelle,
03:56qui est obligatoire et individualisée.
03:58En cas de manquement, c'est une sanction disciplinaire.
04:01C'est vraiment une obligation d'avoir une assurance.
04:03Donc le remplaçant doit avoir sa propre couverture, vérifier les activités couvertes.
04:08Est-ce que la téléconsultation est couverte, les actes à risque, les gardes et les dates exactes ?
04:12Quand il va y avoir une réclamation, une plainte ou une demande d'explication,
04:15il va y avoir une déclaration à l'assureur à faire dans les 5 jours ouvrés.
04:19Et surtout, très tôt, prendre attache avec un avocat spécialisé en droit de la santé,
04:23en droit de la responsabilité médicale,
04:25parce que les premiers écrits vont conditionner le dossier.
04:28On remarque trop souvent que le médecin est son pire ennemi.
04:32Il se tire une balle dans le pied tout seul souvent,
04:34en écrivant des choses qu'il n'aurait pas dû écrire.
04:36Deuxième verrou, un contrat écrit solide et la transmission au conseil de l'ordre.
04:41Puisque ce contrat entre le remplaçant et le remplacé, c'est la ceinture de sécurité.
04:45Les dates, le montant de la rétrocession, les horaires, la télétransmission,
04:49l'accès au dossier, la gestion des urgences, les prescriptions, la rupture anticipée.
04:54C'est vraiment important parce que ça permet d'anticiper tous les conflits possibles, futurs.
05:00On va prendre la tâche avec l'expert comptable pour connaître un petit peu comment ça fonctionne,
05:04les rétrocessions, la facturation, les flux, qui doit, à qui et éventuellement si la TVA peut s'impliquer,
05:10surtout lorsqu'il s'agit de remplacement régulier.
05:12Et l'avocat qui va venir vérifier le contrat, les clauses à risque,
05:17le principe de la responsabilité, de la continuité des soins, l'organisation et la rupture du contrat.
05:22Troisième verrou, quelque chose de très important, c'est l'information,
05:26avec la notion de secret professionnel et les outils mis à disposition.
05:30C'est exactement les mêmes exigences sur la qualité tenue des dossiers
05:34et les règles de secret pendant le remplacement.
05:36On oublie, quand on n'a pas accès aux outils, les photos prises avec son téléphone personnel,
05:42le WhatsApp perso, les documents sur un cloud perso,
05:46qui ne va pas respecter ces règles de RGPD.
05:49Ce sont vraiment des bombes à retardement en cas de procédure disciplinaire et de procédure pénale.
05:55En conclusion, remplacer, ce n'est pas être couvert, c'est exercer et donc répondre de ses actes.
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