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  • il y a 1 heure
Mardi 5 mai, Hedwige Chevrillon a reçu Bruno Patino, président d'Arte Francet, dans l'émission La grande interview sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00BFM Business et la Tribune présente
00:05Le 18-19 d'Edwis Chevrillon
00:10Vous êtes bien dans le 18-19, on habite, c'est Bruno Patineau, le président d'Arte.
00:15Bonsoir Bruno Patineau.
00:16Bonsoir.
00:16Merci d'être avec nous, beaucoup, beaucoup de questions à vous poser.
00:20D'abord parce que vous publiez un livre absolument passionnant,
00:22puis on voit vos tribunes partout, vous les débats autour de comment l'intelligence artificielle.
00:27Alors cette fois-ci, c'est pas, bouscule les chiffres comme on verra tout à l'heure,
00:31mais bouscule, nous bouscule, et bouscule, c'est encore plus grave,
00:34notre humanité, ce que nous sommes, et notre démocratie.
00:38Vous avez une démonstration qui est un peu implacable,
00:40qui fait un petit peu froid dans le dos.
00:42Vous avez publié, on s'en souvient, la civilisation du poisson rouge.
00:46Là, on était plus sur comment les réseaux sociaux nous bousculaient,
00:51mais là, on a encore franchi une étape supplémentaire.
00:54Mais évidemment, comme vous êtes un grand responsable de l'audiovisuel,
00:56je vous pose la question, vous vous y attendez,
00:59sur ce rapport de Charles Lalonde qui a été donc publié aujourd'hui
01:03sur le site de l'Assemblée nationale sur l'audiovisuel public.
01:07Beaucoup de réactions, des réactions très fortes,
01:09des réactions très négatives, notamment de la présidente de France Télévisions.
01:14Vous-même, vous avez été numéro 2 de France Télévisions du temps de Rémi Primlin.
01:18Oui, oui, oui, mais enfin, vous avez quand même été numéro 2.
01:21Elle dénonce ce rapport en disant que c'est le plus grand plan social de l'histoire culturelle française.
01:31Et là, Charles Lalonde répond que ce n'est pas un rapport à charge.
01:35Comment est-ce que vous prenez ce rapport ?
01:38Comment vous le recevez ?
01:39Est-ce que tout est acheté ?
01:40Est-ce qu'il y a des choses qui sont quand même à regarder d'un peu plus près ?
01:45Comment est-ce que vous réagissez ?
01:46D'abord, moi, je vais le lire.
01:47Ça fait 500 pages, comme vous l'avez dit.
01:49Ça a été rendu disponible seulement ce matin.
01:51En plus, le site de l'Assemblée ramait un peu, pardon.
01:55Un peu, beaucoup même.
01:56Donc, on a mis un peu de temps à l'avoir.
01:58Donc, c'est ma lecture du soir.
02:00Ceci dit, je vais vous répondre quand même,
02:01mais pour vous répondre dans le détail, il faudra que je l'ai lue.
02:05Je pense que c'est toujours légitime, de toute façon,
02:07moi, je l'ai dit de multiples fois,
02:09que les Français, par leur représentation nationale,
02:11s'interrogent sur l'audiovisuel,
02:14puisque c'est à eux l'audiovisuel public,
02:17la façon dont il remplit ses missions,
02:19la façon dont il fonctionne,
02:21voire même son économie.
02:22C'est plus que légitime, c'est nécessaire.
02:24Je pense que tous les dirigeants de l'audiovisuel public,
02:29et moi-même, évidemment,
02:30on trouve ça non seulement légitime, mais nécessaire.
02:34Après, le rapport, je le lirai,
02:39j'espère y trouver dans ce rapport
02:42à la fois des questionnements de bonne foi
02:46et des questionnements constructifs,
02:48c'est-à-dire visant, effectivement,
02:51à permettre à l'audiovisuel de mieux mener à bien
02:53les missions qui lui sont, encore une fois,
02:56qui lui sont données par le peuple français.
02:58Donc après, j'ai vu, évidemment,
03:01comme vous, passer un certain nombre de propositions.
03:03Je ne suis pas sûr de les comprendre toutes.
03:05C'est le rapprochement, on peut les dire.
03:07Donc il y aura suppression de certaines chaînes.
03:10Et puis, en revanche, il y a, au contraire,
03:12des rapprochements, par exemple,
03:13entre France 2 et France 5,
03:15suppression de France 4.
03:16Et puis, vous avez aussi France Info
03:19avec France 24,
03:21et puis d'autres chaînes,
03:22comme le réseau M6, etc.,
03:26les réseaux de France 3.
03:26Mais c'est là qu'il faut rentrer dans le détail,
03:28si vous voulez.
03:29C'est-à-dire, moi, encore une fois,
03:30je ne l'ai pas lu, mais...
03:32On connaît les mesures,
03:33on connaît les principales mesures.
03:34Ce qui est important, oui,
03:34mais il faut voir comment elles sont justifiées,
03:36si vous voulez.
03:37Parce que ce qui est important,
03:38c'est les propositions éditoriales.
03:40France 5, c'est une proposition éditoriale
03:42en tant que telle.
03:43C'est la chaîne de la connaissance.
03:45Elle a, pendant longtemps,
03:46été cousine avec la chaîne
03:47que je dirige à Arte aujourd'hui,
03:49qui est la chaîne de la culture
03:51et aussi d'une forme de connaissance.
03:53Et je pense que c'est une proposition éditoriale
03:56qui a sa cohérence.
03:57France 2, c'est une chaîne généraliste
03:59qui vise à rassembler le plus de monde possible.
04:01Et ça aussi, ça a une cohérence.
04:02Et donc, encore une fois,
04:03je pense que ce qu'il faut regarder,
04:07ce sur quoi il faut s'attarder,
04:10c'est quelles sont les propositions éditoriales
04:12aujourd'hui qui doivent être celles
04:14du service public.
04:15Je pense que le service public
04:17doit aussi bien rassembler
04:20qu'à un moment donné,
04:21avoir des missions spécifiques
04:23dans le domaine de la jeunesse,
04:24dans le domaine de la culture,
04:25dans le domaine de la connaissance ou autre.
04:27Et donc, personnellement,
04:28moi, je ne fais pas d'opposition
04:31entre le fait de rassembler
04:32le plus grand nombre de monde possible
04:34et d'avoir des propositions très spécifiques.
04:36Donc, si vous voulez,
04:37moi, je ne vais pas rentrer, encore une fois,
04:39dans le détail d'un rapport
04:41que je n'ai pas lu.
04:42Je crois que...
04:43Mais est-ce qu'il y a trop de sport ?
04:44Attendez, je vais au bout.
04:46Je pense qu'encore une fois,
04:47une offre de service public
04:49en tant que telle,
04:51c'est une forme de...
04:52Ça doit former un tout
04:54et ça doit être cohérent.
04:55Et donc, moi, je serai toujours le premier
04:56à vouloir améliorer
04:58la façon dont on fait nos missions,
05:00à le faire, j'allais dire,
05:02avec l'économie la plus responsable possible,
05:05évidemment,
05:05et de rendre compte aux Français
05:08et à leurs représentants.
05:09Après, encore une fois,
05:11ne comptez pas sur moi
05:12pour dire que le service public
05:15n'est pas aujourd'hui
05:17totalement nécessaire
05:17à l'ensemble du peuple français
05:19et que cette nécessité
05:21ne doit pas avoir lieu
05:22sur un très grand nombre de domaines
05:25et pas seulement
05:25sur des domaines extrêmement pointus.
05:28Oui.
05:29On voit bien où est-ce que vous...
05:31L'exercice est délicat,
05:32évidemment, d'où vous êtes,
05:34mais on voit bien votre exigence aussi
05:35et on vous connaît pour ça,
05:37Bruno Batineau.
05:38Est-ce qu'il y a un point important,
05:40quand même ?
05:41Alors, certes,
05:41c'est ce qui est écrit dans le rapport,
05:43il y a trop de sport,
05:43il y a peut-être trop d'émissions
05:45qu'on peut trouver
05:46sur d'autres chaînes privées.
05:47Bon, comme vous dites,
05:48il faut rentrer dans le détail.
05:49Il y a un point, quand même,
05:51sur lequel on peut se pencher,
05:52c'est le poids, justement,
05:53des producteurs privés
05:55qui produisent
05:57pour France Télévisions
05:59et notamment France 2.
06:01Est-ce que c'est quelque chose
06:02que vous dites ?
06:04Peut-être qu'on est allé
06:04un peu trop loin dans ce système.
06:07Mais Edwige,
06:07je te voyais en deux choses.
06:08La première, sur la forme,
06:10c'est qu'évidemment,
06:11moi, je ne vais pas commenter
06:12la façon dont France Télévisions
06:14exerce ses missions.
06:16Ça ne m'appartient pas de le faire.
06:18Moi, je rends des comptes
06:20aux Français
06:21et à l'ensemble des gens
06:22qui me le demandent
06:22sur la façon dont Arte fait ses missions.
06:24La deuxième chose,
06:25c'est que le recours
06:26à une production indépendante,
06:29c'est la loi qui l'encourage.
06:31Il ne faut pas l'oublier, quand même.
06:33C'est un cadre législatif.
06:35Je ne vais pas rentrer dans le détail ici.
06:36Mais quand, sur un certain nombre
06:38de missions,
06:39on demande à ce que la production
06:40soit dite indépendante
06:42et non pas production dépendante,
06:44c'est le cadre législatif
06:45qui fait qu'on demande
06:46à un moment donné
06:47aux acteurs audiovisuels
06:48et pas seulement aux acteurs audiovisuels,
06:50j'allais dire publics,
06:52d'avoir recours
06:52à des producteurs indépendants
06:54pour mener à bien
06:55ou pour faire leurs émissions.
06:57Et donc, ce cadre-là,
06:58il n'a pas été inventé
06:59par les acteurs de l'audiovisuel
07:01ni public ni privé.
07:02C'est le cadre général
07:04de l'économie audiovisuelle française.
07:07Donc, après, les modalités,
07:08moi, je ne rentre pas dans le détail.
07:09Encore une fois,
07:09je ne les connais pas,
07:10celles de France Télévisions,
07:11aujourd'hui.
07:13Mais, en revanche,
07:14cette idée de dire,
07:15à un moment donné,
07:17est-ce qu'il faut avoir recours
07:18à des producteurs indépendants
07:20ou à des producteurs dépendants,
07:21c'est-à-dire produire soi-même
07:22ses propres émissions,
07:24peut-être que les Français
07:25ne le savent pas,
07:26mais les acteurs audiovisuels,
07:29privés comme publics,
07:30n'ont pas la pleine liberté
07:32de l'endroit où ils mettent
07:33leur curseur.
07:34Ça leur est donné,
07:34dans le cadre de cahiers
07:35des charges,
07:37de règlements
07:37ou de lois
07:38qui fixent les contraintes.
07:41Juste un dernier point,
07:42parce que, non,
07:43mais parce que ça vous concerne.
07:44Ça concerne Arte.
07:45C'est Charles Allon
07:46qui veut réformer Arte.
07:47C'est la recommandation
07:49numéro 12,
07:50puisque vous dites
07:50que vous ne l'avez pas lue.
07:52J'ai dit que je n'avais pas lu
07:53le rapport
07:53pour son intégralité.
07:54Engager une révision
07:55du traité de 1990,
07:58institution à la chaîne Arte,
07:59afin de la doter
08:01de garanties équivalentes
08:02à celles de BFM,
08:06de France Télévisions.
08:07Non, mais écoutez,
08:08c'est là où je dis
08:08qu'il faut qu'on lise
08:09le rapport dans le détail,
08:10parce que je ne suis pas sûr
08:13de comprendre
08:14les détails
08:15de cette proposition.
08:15Et je suis très sérieux
08:16quand je vous le dis.
08:17C'est-à-dire qu'en réalité,
08:19mais peut-être que là,
08:19il y a une ambiguïté
08:21qu'on n'a pas su lever
08:22auprès des membres
08:24de la Commission.
08:25Le traité international
08:27qui fonde Arte
08:28vise justement
08:29à donner à la chaîne
08:30toutes les garanties
08:31d'indépendance
08:32au-delà même
08:33des cadres nationaux.
08:34C'est-à-dire que l'Allemagne
08:36et la France
08:36se sont mis d'accord
08:37dans une logique
08:38de ce que les Allemands
08:39appellent la Stadtsferne,
08:40c'est-à-dire l'éloignement...
08:42On va rappeler
08:42que c'est une chaîne
08:43franco-allemande.
08:43Oui, franco-allemande.
08:44L'éloignement des chaînes
08:46par rapport à l'État.
08:48Et c'est le traité international
08:49qui les dote justement
08:51de toutes les garanties
08:52d'indépendance
08:53par rapport aux pressions
08:55qui pourraient exister
08:56ou pas
08:56dans les cadres nationaux.
08:58Donc je pense que
08:58si vous voulez dire
09:00qu'on va doter,
09:01on va réformer le traité
09:02pour doter Arte
09:03de cadres d'indépendance
09:05supérieurs
09:05à ce qui est le sien
09:06aujourd'hui,
09:07soit je ne comprends pas
09:09la proposition
09:09de ce qui est possible,
09:11soit là il y a une ambiguïté
09:12qu'on n'a pas su lever
09:13parce qu'au contraire
09:14c'est le traité international
09:15qui nous donne
09:16toutes ces garanties
09:17d'indépendance.
09:17Et ça fera lien
09:18avec votre livre
09:19Bruno Batineau.
09:20Vous venez d'être renové
09:21à la tête d'Arte.
09:23Vous êtes un des premiers
09:25dirigeants de l'audiovisuel
09:27à vraiment insister
09:28à mettre en place
09:29le digital.
09:30Là vous avez créé
09:31une sorte de grandes
09:32plateformes européennes
09:34pour Arte,
09:36une manière peut-être
09:37de rivaliser
09:38avec Netflix
09:38ou d'autres.
09:40C'est l'avenir
09:41de la télévision,
09:42ça passe par le digital ?
09:43Mais si vous voulez,
09:45c'est là où
09:47effectivement,
09:48moi depuis maintenant
09:51longtemps,
09:51depuis presque 25 ans,
09:55j'essaye d'écrire
09:56et de faire aussi,
09:57d'essayer de comprendre
09:59comment le numérique
10:00change nos vies.
10:02Et donc il n'y a pas
10:02du côté,
10:03si vous voulez,
10:04d'un côté,
10:04l'univers numérique
10:05et l'univers analogique,
10:07peut-être dans nos métiers
10:08c'est le cas
10:09à un moment ou un autre,
10:09mais en réalité,
10:11l'ensemble de nos vies
10:12et de nos usages
10:13changent
10:14et sont bousculés
10:15par rapport
10:16aux pratiques numériques.
10:17Donc dans le petit univers
10:18de la télévision
10:19ou de la musique,
10:20ça a été l'apparition
10:21du streaming
10:21et évidemment,
10:22ça a changé totalement
10:24la façon
10:25dont nous tous,
10:26pas seulement
10:27les plus jeunes,
10:28mais nous tous
10:30écoutons de la musique
10:31ou regardons aujourd'hui
10:32des séries,
10:33regardons des documentaires
10:34ou autres
10:35et donc ce qu'on a essayé
10:36de faire
10:36et notamment avec Arte,
10:38c'était de s'adapter
10:40en réalité
10:40aux usages,
10:42c'est-à-dire aux demandes
10:42profondes
10:43des gens
10:45quant à la façon
10:46dont ils voulaient
10:47s'informer,
10:48se divertir
10:49et se cultiver.
10:50Mais maintenant,
10:51ça,
10:51ça n'est que la pointe
10:54émergée
10:54d'un iceberg
10:55immense
10:56et cet iceberg
10:57immense,
10:57c'est la façon
10:58dont petit à petit
10:59nos vies
11:00dans leur ensemble
11:02changent
11:02sous le coup
11:04de cette révolution
11:05numérique
11:05qui a commencé
11:06en 1989,
11:08enfin,
11:08s'il faut trouver
11:09une date,
11:10on va dire
11:10que c'est 1989.
11:11Avec Internet ?
11:12Oui,
11:13c'est ça,
11:13avec Tim Berners-Lee
11:15et l'invention
11:17du web,
11:18mais qui,
11:19depuis,
11:19se déploie
11:20de façon croissante.
11:22Vous avez rappelé
11:23comment j'avais essayé
11:24il y a maintenant,
11:26mais oui,
11:26il y a maintenant
11:26sept ans
11:27ou huit ans
11:28d'analyser
11:28la façon
11:29dont les réseaux sociaux
11:30pouvaient changer
11:32notre rapport
11:33aux autres,
11:34notre rapport
11:35même à notre vie
11:36avec la dépendance
11:37aux écrans.
11:39J'essaye dans ce livre-là
11:40non seulement,
11:41évidemment,
11:41de parler de l'étape
11:42supplémentaire
11:43ou nouvelle
11:43qui est celle
11:44de l'IA,
11:44mais d'essayer
11:45de proposer
11:47en tout cas
11:48une explication
11:50générale
11:51à la révolution
11:52numérique.
11:54À quoi elle met
11:55un terme
11:56et comment elle
11:57se déploie
11:58et vers où
11:59elle va ?
11:59Oui,
12:00parce que ce que vous démontrez
12:01que je trouve
12:01très intéressant
12:02et un peu flippant,
12:03si vous me permettez
12:03cette expression
12:04qui n'est pas très artée,
12:05mais bon,
12:06c'est que ça modifie
12:11complètement
12:11notre humanité,
12:13nous,
12:13ce que nous sommes.
12:15D'abord parce que
12:15on consomme,
12:17le temps d'écran
12:18est devenu absolument
12:19gigantesque.
12:20Je crois que vous citez
12:20des chiffres,
12:21j'étais en train
12:21d'essayer de retrouver
12:23pour être précise,
12:26en 1971,
12:27en 1991,
12:28on n'était que
12:31quelques milliers
12:32à être connectés
12:33et aujourd'hui
12:34on est 5,6 milliards
12:35à être connectés
12:36sur des réseaux
12:37et on passe plus de temps
12:38de 18 heures par semaine
12:40alors même que
12:41notre temps d'écran total
12:42représente presque
12:43la moitié
12:44de notre temps éveillé.
12:46C'est dire l'importance
12:47et comment ça modifie,
12:49c'est pour ça que vous dites
12:50qu'on rentre dans
12:50une civilisation
12:51de relations,
12:53je trouve que vos relations
12:54sont un peu bizarres.
12:55Si vous voulez,
12:56essayons de
12:58partons d'un paradoxe
13:00que je pense
13:00on ressent tous,
13:02en tout cas
13:02c'est l'hypothèse
13:04que je fais.
13:05Le paradoxe c'est
13:06vous avez quelque chose
13:08qui se met en place
13:08en 1989
13:10et qui est un réseau général
13:12qui doit relier
13:12tout le monde
13:13et qui relie d'abord
13:15toutes les informations
13:16disponibles,
13:16je rappelle
13:17l'idée
13:18ou l'image à l'époque
13:19de la bibliothèque
13:20d'Alexandrie
13:20qui reviendrait,
13:21qui ensuite remet
13:22en relation
13:23avec les réseaux sociaux
13:24tous les êtres humains,
13:25on peut communiquer
13:26à tout moment
13:26se mettre
13:27et puis petit à petit
13:28mais en plus
13:29en relation
13:30des êtres humains
13:31avec des machines
13:32et donc
13:33ce paradoxe-là
13:34c'est que
13:35ce qui est censé
13:37créer du commun
13:38de façon
13:39j'allais dire
13:40progressive
13:42n'a cessé
13:43en réalité
13:44de nous fragmenter
13:45de nous diviser
13:46et d'une certaine façon
13:47de nous isoler.
13:49Donc on a vu
13:49si vous voulez
13:50un peu de fragmentation
13:51les réseaux sociaux
13:53qui à travers
13:53les bulles de filtres
13:54ont créé
13:55une forme
13:55de polarisation
13:56générale
13:57dans le débat
13:58public
13:58qui peut être
13:59le nôtre
13:59ou dans les sociétés
14:00politiques
14:00qui sont les nôtres
14:01et maintenant
14:02avec cette nouvelle
14:04habitude
14:04que nous prenons tous
14:05de dialoguer
14:06avec des machines
14:07que vous les appelez
14:07chat GPT
14:08Claude
14:09Perplexity
14:10ou autre
14:10et on en a
14:12Quel est votre préféré ?
14:14Ça dépend
14:15je ne suis pas très fidèle
14:16c'est ça le problème
14:17en tout cas
14:17j'en ai
14:18trois
14:19qui sont
14:20chat
14:22Claude
14:23surtout avec
14:23OpenCloud
14:24et puis
14:25Perplexity
14:26que j'utilise
14:27pour des raisons
14:27pour des causes
14:29différentes
14:29mais c'est
14:30Quelle cause ?
14:31Non mais juste au bout
14:33c'est à dire qu'on dialogue
14:34de plus en plus
14:35on trouve normal
14:35maintenant
14:36de dialoguer
14:37de façon croissante
14:38avec des machines
14:38de leur demander
14:40sur la durée
14:41de nous aider
14:42sur un très très
14:44grand nombre
14:44de tâches
14:47professionnelles
14:48personnelles
14:48j'ai un problème
14:49de couple
14:50aide moi
14:51j'ai mes vacances
14:52à organiser
14:53qu'est-ce que tu me
14:54proposes
14:54ce soir
14:55je voudrais regarder
14:56un programme
14:56qu'est-ce qu'il y a
14:56à la télé
14:58j'ai pas lu de livre
14:59de cet auteur là
15:01est-ce que tu peux
15:01me les résumer
15:02et par quoi tu commencerais
15:03peux-tu m'écrire
15:04une lettre de motivation
15:06etc
15:08pardonnez-moi
15:08pardonnez-moi
15:08mais même là c'est faux
15:09parce que vous commencez
15:10votre livre
15:10en disant
15:11vous avez demandé
15:13à Tchad Gipiti
15:14quels sont les 5 livres
15:16qu'il faut lire
15:16et on vous a répondu
15:18il faut lire ça
15:19ça ça
15:19et un livre
15:20donc écrit par Bruno Patino
15:22et c'était faux
15:23parce que vous n'aviez pas écrit
15:25ce livre
15:25oui mais c'est là où
15:26je pars de cette anecdote
15:28comme toujours
15:28pour essayer de montrer
15:30le paradoxe
15:31le paradoxe
15:32c'est-à-dire qu'en fait
15:33c'est un ami
15:33qui m'a dit
15:34avoir interrogé
15:39le robot conversationnel
15:40en l'occurrence
15:41c'était Mistral
15:42pour lui dire
15:42quels sont les 5 ouvrages
15:44les plus importants
15:45jamais écrits
15:46sur le numérique
15:48et il m'a dit
15:48j'ai une bonne nouvelle pour toi
15:49et une mauvaise nouvelle
15:50la bonne nouvelle
15:51c'est qu'il te cite
15:52en termes de numéro 3
15:53mondial
15:54donc franchement
15:55c'est plus qu'une belle reconnaissance
15:57il me dit
15:58la mauvaise nouvelle
15:59c'est qu'il te cite
16:00pour un livre
16:01qui s'appelle
16:01L'âge distrait
16:02évidemment ce livre
16:03n'existe pas
16:04c'est-à-dire que non seulement
16:05je n'en suis pas l'auteur
16:05mais il n'a jamais été écrit
16:07donc si vous voulez
16:08je disais en plaisantant
16:10que j'allais sans doute
16:11peut-être passer à la postérité
16:12pour un livre
16:13que je n'avais pas écrit
16:14mais c'est vous dire
16:16ce qui m'intéresse
16:17là-dedans
16:17si vous voulez
16:19c'est ce que ça
16:20commence à démontrer
16:22ça nous amène quoi
16:23quand on commence
16:24à dialoguer avec des machines
16:26et qu'on leur fait confiance
16:28en tout cas suffisamment
16:29à la fois pour accepter
16:31leur réponse
16:32peut-être même
16:33pour faire en sorte
16:34que leur réponse
16:35modifie nos actions
16:36et donc
16:36in fine
16:37modifie nos vies
16:38qu'est-ce que ça veut dire
16:40par rapport
16:41à tout ce qu'on a connu
16:42jusqu'ici
16:43à notre humanité
16:44à notre humanité
16:45donc
16:45l'hypothèse
16:47si vous voulez
16:47qui est la mienne
16:49c'est que
16:49tout ce qui nous a fragmenté
16:51depuis la révolution numérique
16:53elle est moins due
16:54à la force
16:58centripète du réseau
16:59qui nous rassemble
17:00qu'à la force
17:01de fragmentation
17:02de l'économie
17:03de la donnée
17:03c'est-à-dire que
17:04pour que tout ça fonctionne
17:05il faut en permanence
17:07extraire des données
17:09nos données identitaires
17:10qui nous sommes
17:11nos données comportementales
17:12ça c'est les réseaux sociaux
17:13qui sont arrivés
17:14qu'est-ce qu'on aime
17:15qu'est-ce qu'on aime faire
17:15qu'est-ce qu'on fait etc
17:16et avec les intelligences artificielles
17:19pour la première fois
17:20nos données cognitives
17:22la façon dont nous pensons
17:23la façon dont nous réfléchissons
17:25et certaines fois
17:27la façon dont nous ressentons
17:28les choses
17:29c'est-à-dire
17:29notre univers émotionnel
17:31et donc
17:31si vous voulez
17:32le paradoxe de tout ça
17:34c'est que nous savons
17:35très bien que nous avons
17:36affaire à des machines
17:37mais nous ne nous comportons
17:39pas avec elles
17:40comme si elles étaient
17:41des machines
17:42et donc
17:43qu'est-ce que ça veut dire
17:44quels sont les changements
17:45que ça induit dans notre vie
17:46c'est ça que j'essaye
17:47de raconter
17:47et d'expliquer dans le livre
17:48et la solution
17:49ça passe pas
17:50là vous avez
17:513-4 minutes
17:52pour nous expliquer
17:53j'adore le petit rire
17:55de Bruno Patino
17:56mais oui
17:57vous connaissez la télévision
17:58et la radio
18:00qu'est-ce que
18:00c'est quoi votre
18:03c'est quoi votre recette magique
18:04pour essayer
18:05d'éviter
18:06de devenir totalement
18:08dépendant
18:08de ces intelligences artificielles
18:12qui deviennent
18:12notre confident quoi
18:13même quand on est dépressif
18:14c'est à eux qu'on s'adresse
18:15ou quand on est
18:16problème de couple
18:16comme vous le disiez
18:17c'est à eux qu'on s'adresse
18:18c'est une réponse
18:20extrêmement simple
18:20c'est-à-dire
18:21je pense pas
18:21c'est comme avec
18:22les réseaux sociaux
18:23je pense pas
18:24que la technologie
18:24soit déterministe
18:26je pense pas
18:26que la technologie
18:27détermine notre destin
18:29en revanche
18:30si nous nous donnons
18:31pas un cadre
18:32philosophique
18:34légal
18:34et j'allais dire
18:36presque de paramétrage
18:37alors oui
18:38nos existences
18:39seront déterminées
18:40non pas par la technologie
18:41mais par
18:43l'expression brute
18:44du modèle économique
18:45qui vient derrière
18:45rappelez-vous
18:46dans la civilisation
18:47du poisson rouge
18:48je disais à l'époque
18:49on rentre dans
18:50l'économie de l'attention
18:51l'économie de l'attention
18:52qui fait en sorte
18:53que les réseaux sociaux
18:53essayent de capter
18:54le plus possible
18:55votre temps d'attention
18:56ça va produire quoi
18:58ça va produire
18:58de la dépendance aux écrans
18:59parce que
19:01évidemment
19:01les grandes plateformes
19:02déploient des instruments
19:03qui vous rendent
19:04dépendants des écrans
19:05et par ailleurs
19:06ça va
19:07pour les mêmes raisons
19:08produire de la polarisation
19:09dans l'espace public
19:11cette année
19:11depuis l'année dernière
19:13on voit de nombreux pays
19:14qui
19:14parce qu'ils n'arrivent pas
19:15à réguler
19:16les réseaux sociaux
19:17à cause du cadre géopolitique
19:18aujourd'hui
19:19disent
19:19on va au moins
19:20les interdire aux plus jeunes
19:21mais c'est rentrer
19:21dans le cadre politique
19:22on peut considérer
19:23que ça va pas assez vite
19:24que ça va pas assez loin
19:25ou que c'est pas
19:26tout à fait bien fait
19:27mais en tout cas
19:28la prise de conscience
19:28a été là
19:29et moi je dis
19:30il va falloir faire
19:30la même chose
19:31pour les intelligences artificielles
19:32les intelligences artificielles
19:34nous font rentrer
19:34non pas dans l'économie
19:35de l'attention
19:36mais dans l'économie
19:37de la relation
19:38c'est à dire que
19:38ces outils vont vouloir être
19:40votre outil favori
19:41et pour être votre outil favori
19:43ils vont pareil
19:45utiliser un certain nombre
19:46d'instruments
19:47parce qu'ils sont prêts à tout
19:48pour que vous les choisissiez
19:49pour que vous leur donniez
19:50le plus de données possibles
19:52sur votre univers cognitif
19:53et donc si à un moment donné
19:55il n'y a pas
19:56j'allais dire
19:57des limites
19:59philosophiques et politiques
20:00qui sont données
20:01à la façon dont ces outils
20:03peuvent se comporter
20:03vis-à-vis de vous
20:04alors oui
20:05nous serons à nouveau
20:06rentrés dans un mécanisme
20:07de dépendance
20:08non plus de dépendance
20:09en termes de temps d'écran
20:10mais de dépendance relationnelle
20:12vis-à-vis de ces machines
20:13et nous les laisserons
20:14nous guider
20:15de façon assez opaque
20:16dans un grand nombre
20:18de compartiments de nos vies
20:19optimiste ou pessimiste
20:21en conclusion
20:22sur nous
20:23moi toujours
20:24alors sur nous
20:25toujours optimiste
20:26oui
20:26pas évident
20:27quand on vous écoute
20:29Bruno Batillon
20:30non parce que c'est
20:30si vous voulez
20:31moi je crois vraiment
20:32dans une possibilité
20:34d'un numérique humaniste
20:35et en tout cas
20:35ce livre est un plaidoyer
20:36pour ça
20:37merci beaucoup
20:38le temps de l'obsolescence humaine
20:40c'est très très intéressant
20:41j'ai envie de dire
20:41c'est un fil directeur
20:43qu'on conçut
20:44et donc
20:44c'est un fil d'Ariane
20:45qu'on conçut
20:47est-ce que vous êtes
20:48pour l'interdiction
20:49de l'intelligence artificielle
20:50aux enfants
20:51jusqu'à quel âge
20:53je pense qu'il vaut
20:54toujours mieux
20:55paramétrer
20:55qu'interdire
20:56c'est-à-dire
20:56il vaut mieux
20:58apprendre à utiliser
20:59des instruments
20:59non nocifs
21:00plutôt qu'interdire
21:01des instruments nocifs
21:02mais si on n'arrive pas
21:03à la paramétrer
21:04il vaut mieux
21:04les interdire
21:05le temps de l'obsolescence
21:06humaine
21:07chez Grasset
21:07tiens
21:08votre prochain livre
21:08il sera chez Grasset
21:09ou pas
21:09vous savez bien que non
21:11voilà
21:12comme ça
21:12c'est dit
21:12décidément
21:13vous êtes au coeur
21:13des polémiques
21:15Bruno Patino
21:15pas au coeur
21:16le patron d'Arte
21:17était donc notre invité
21:18je vous conseille
21:18de lire ce livre
21:19qui est quand même
21:20très très intéressant
21:21et qui nous interpelle
21:22merci d'avoir été avec nous
21:24merci à vous
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