00:003. Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il est le président du Crédit Mutuel, il est aussi celui de la Fédération Bancaire Française
00:07qui représente l'ensemble des banques françaises. Daniel Ball est l'invité d'RTL Matin.
00:10Bonjour et bienvenue sur RTL, Daniel Ball.
00:12Bonjour Thomas Soto.
00:13Vous allez publier tout à l'heure dans Les Echos, avec d'autres chefs d'entreprise
00:16venus de différents horizons, de différents secteurs, une tribune.
00:19Une tribune pour dire que vous êtes inquiet. Mais inquiet de quoi, Daniel Ball ?
00:23Nous sommes inquiets par rapport à la situation, mais nous disons surtout que nous sommes engagés.
00:27Que dans ce contexte aujourd'hui très complexe, où il y a de nombreux défis à relever,
00:32des défis environnementaux, des défis sociaux, des défis démocratiques, des défis technologiques,
00:38il appartient vraiment aux entreprises de s'engager.
00:40Donc nous sommes une quinzaine de chefs d'entreprise à signer cette tribune que nous avons initiée
00:46et qui paraîtra dans Les Echos, en disant, c'est notre responsabilité d'aller de l'avant.
00:51Nous avons une vraie responsabilité.
00:53Les entreprises, aujourd'hui, c'est le lieu où, finalement, on peut encore trouver du consensus.
00:59C'est le lieu dans lequel on doit créer de la valeur, parce que ça, c'est extrêmement important.
01:04L'entreprise, c'est fait pour gagner de l'argent ?
01:05Une entreprise, c'est fait d'abord pour gagner de l'argent, c'est d'abord fait pour créer de
01:09la valeur.
01:09Après, le sujet, et c'est un sujet auquel nous sommes très sensibles,
01:13c'est qu'est-ce qu'on fait de ce qu'on gagne ?
01:14C'est ce partage de la valeur.
01:16C'est-à-dire que les entreprises, aujourd'hui, ne sont pas assez citoyennes ?
01:19C'est ça qui explique, parfois, la difficulté à se comprendre entre le bas et le haut de l'échelle
01:23?
01:23Je crois bien, oui.
01:24Et c'est pour cette raison que, dans de plus en plus d'entreprises,
01:27et les 16 signataires de cette tribune sont complètement engagés.
01:31Évidemment, cette tribune s'adresse également à d'autres,
01:34en disant, venez nous rejoindre, nous sommes engagés.
01:37Nous organisons aujourd'hui, Crédit Mutuel Alliance fédérale organise aujourd'hui,
01:40au CESE, au Comité économique, social et environnemental,
01:43une journée, justement, autour de l'engagement des entreprises,
01:48l'engagement des entreprises pour, finalement, construire un monde plus juste et plus durable.
01:52Nous avons une vraie responsabilité, une responsabilité citoyenne,
01:57et nous pensions intéressant de le remettre, aujourd'hui, très clairement, en lumière.
02:02Et ce n'est pas juste, aujourd'hui, une tribune, c'est un vrai travail de fond.
02:05C'est un engagement à contribuer davantage.
02:08Absolument.
02:08Contribuer davantage à la société.
02:10Mais ça veut dire quoi, pardon, encore concrètement ?
02:12Parce que, oui, vous parlez de défis, vous le disiez,
02:14environnementaux, sociaux, démocratiques, technologiques, c'est important.
02:17Mais là, les Français, ils sont surtout inquiets du prix qu'ils vont payer à la pompe.
02:20Donc, comment les alerter et les réveiller là-dessus ?
02:23Bien évidemment que ça, c'est la préoccupation du quotidien.
02:27Et cette préoccupation, on doit, bien entendu, y être attentif.
02:31Et d'ailleurs, pour ce qui nous concerne au Crédit Mutuel,
02:33on a décidé de faire un prêt à 0% pour toutes les professions
02:37qui, aujourd'hui, ont besoin d'utiliser leur voiture
02:41et qui se feront indemniser par l'État dans quelques semaines.
02:44Donc, c'est un prêt à la consommation à 0% ?
02:45C'est un prêt pour les infirmières libérales et ceux qui vont sur le terrain.
02:50Les gros rouleurs ?
02:50Voilà, tous les gros rouleurs à 0% jusqu'à ce qu'ils aient le remboursement fait par l'État,
02:56puisque l'État a annoncé cela.
02:57Mais au-delà, avoir ce comportement, c'est également avoir un comportement interne,
03:03en termes de ressources humaines, c'est avoir également un comportement vis-à-vis de la société
03:09et, à l'image de ce que nous avons fait chez Crédit Mutuel en général,
03:13de créer un dividende sociétale.
03:14Nous consacrons 15% de notre résultat à des œuvres, à des actions d'intérêt général,
03:22à des actions pour lutter contre le réchauffement climatique,
03:25pour travailler pour la solidarité.
03:27Alors, bien sûr, on n'attend pas de toutes les entreprises un engagement de ce niveau.
03:31Oui, parce que, j'allais dire, vous n'êtes pas très nombreux, quand même.
03:3316, alors il y a des grosses sociétés, mais il y a aussi beaucoup de géants qui ne sont pas
03:37là.
03:38Pourquoi ? Pourquoi ?
03:39Les géants ne sont pas là.
03:40Pourquoi Total n'est pas là ? On parle beaucoup de Total en ce moment.
03:42Moi, je suis convaincu que, dans le temps, le mouvement va s'accélérer.
03:48Et c'est le sens de notre engagement aujourd'hui, un appel à l'engagement des entreprises.
03:55Nous sommes des dirigeants, nous sommes des citoyens,
03:57mais nous avons une vraie responsabilité vis-à-vis de notre corps social,
04:00vis-à-vis de nos clients et vis-à-vis de la société.
04:03Daniel Ball, vous écrivez dans la tribune que vous ne voulez pas vous substituer à la puissance publique,
04:07bien entendu, mais quand on vous lit et quand on vous écoute,
04:09on se dit qu'en fait, ce que vous êtes en train de mettre en place,
04:12c'est quelque chose pour pallier les carences et les défaillances de l'État.
04:14Quelque part, oui.
04:15Mais aujourd'hui, les sujets de réchauffement climatique,
04:17les sujets de transition énergétique, c'est juste une réalité.
04:21On est aujourd'hui de nouveau dans une crise liée à l'énergie,
04:25à cause du choc pétrolier.
04:27Si nous avions en anticipation mieux travaillé à la transition énergétique,
04:32la France serait beaucoup moins dépendante,
04:35et par conséquent, les citoyens n'auraient pas les mêmes contraintes qu'aujourd'hui.
04:39Donc tout est dans tout.
04:40Vous dites quoi ? Que les politiques de tous bords, depuis trop longtemps,
04:43n'assument pas vraiment leur responsabilité ?
04:44Je crains que les politiques soient souvent dans le court terme.
04:48Nous sommes des entreprises, nous on sait très bien qu'on doit travailler sur le long terme,
04:52la pérennité d'une entreprise, le développement d'une entreprise,
04:55ça se travaille dans la durée, et c'est ce que nous voulons faire,
04:58et nous voulons, j'insiste bien, une entreprise doit être performante.
05:02Pour nous, la base, c'est celle-là,
05:04et cette performance, on la met évidemment au service de l'entreprise,
05:08pour son développement, pour qu'elle reste tout à fait solide,
05:12mais aussi, nous devons aller au-delà, et penser à la société.
05:15Daniel Ball, vous n'êtes pas seulement le patron du Crédit Mutuel,
05:17vous êtes aussi, je le disais, celui de la Fédération Bancaire Française,
05:20c'est-à-dire que vous parlez au nom de toutes les banques qu'on connaît.
05:23Quel genre d'inquiétude fait naître en vous la situation en Iran ?
05:26Ce qui se passe en Iran a des conséquences,
05:29on vient d'en parler pour chacun des citoyens français,
05:34c'est un sujet...
05:35Est-ce que vous naviguez à vue, comme l'a dit Roland Lescure,
05:37qui parle de la situation économique en ce moment ?
05:39Plus ou moins, parce qu'on ne sait pas
05:41combien de temps va durer ce conflit.
05:43Ce qu'on note, évidemment,
05:45c'est que ce conflit peut
05:47régénérer demain par la hausse des prix
05:49de l'inflation.
05:50Qui dit inflation, dit augmentation des taux
05:53que la Banque Centrale Européenne déciderait.
05:55Vous attendrez une hausse des taux immobiliers, par exemple ?
05:57S'il y a une augmentation des taux imposée
05:59par la Banque Centrale, évidemment, ça se traduira
06:01sur le terrain, sur les prêts immobiliers,
06:03mais aussi sur les prêts aux entreprises.
06:04Et une augmentation des taux,
06:07c'est évidemment pas une bonne nouvelle pour l'économie,
06:09c'est moins de prêts, c'est moins d'encouragement à l'investissement.
06:12Pour les plus modestes, c'est un accès rendu quasiment impossible
06:14à l'accès à la propriété ?
06:15Alors, à nous, les banques, de faire le nécessaire
06:17pour, évidemment, quand même, continuer
06:19à accompagner au maximum
06:21nos clients.
06:22Mais la hausse des taux ne serait, de toute manière,
06:25pas une bonne nouvelle.
06:26Elle vous semble inévitable, Lopat,
06:27dans la perspective dans laquelle on se trouve,
06:28sans langue de bois ?
06:29Sans langue de bois,
06:30j'espère qu'elle sera en tout cas très limitée.
06:32Oui.
06:32Et, je répète, ça sera très largement
06:35fonction de la durée du conflit.
06:38Si ce conflit pouvait trouver un terme rapide,
06:41ce serait une bonne nouvelle.
06:42Ajoutez à cela que, lorsqu'on est dans une situation
06:45de conflit comme celle-là,
06:46il y a un manque de confiance,
06:47et l'absence de confiance n'est jamais non plus
06:50une bonne nouvelle pour l'économie.
06:51Il y a beaucoup d'épargne en ce moment ?
06:53Oui, l'épargne va bien.
06:54Trop bien ?
06:56Trop bien, c'est toujours bien d'avoir de l'épargne.
06:58Pour les ménages, c'est une bonne idée.
07:00Pour les banques, ce n'est pas mauvais non plus,
07:02parce que ça leur permet, au contraire,
07:04de distribuer des prêts,
07:06puisque je rappelle que c'est l'épargne
07:08qui permet d'abord de distribuer des prêts.
07:10Les politiques ont besoin des banques,
07:12notamment pour financer leur campagne présidentielle.
07:14Pour l'instant, Daniel Ball,
07:15aucune banque française ne veut prêter de l'argent
07:17au Rassemblement National.
07:18Est-ce que ça ne pose pas un problème démocratique ?
07:20C'est un vrai sujet.
07:21C'est un problème ?
07:23Oui, c'est un problème.
07:24Vous le dites, c'est un sujet démocratique aussi.
07:28In fine, dans une campagne présidentielle,
07:31c'est l'État qui finance les frais de campagne.
07:34Oui, parce que l'État rembourse les frais de campagne.
07:36S'il les rembourse.
07:36Et il y a deux conditions pour le remboursement.
07:38Que le candidat ait obtenu 5% des voix.
07:41Pour le Rassemblement National, il n'y a pas de doute.
07:43Il y avait deux grands partis
07:45qui, lors de la dernière élection présidentielle,
07:47ne sont pas arrivés à franchir le cap des 5%.
07:50Et un deuxième sujet, c'est la validation des comptes de campagne.
07:53On oubliait ça.
07:54Mais on n'oublie pas que le candidat Sarkozy, en 2017,
07:58n'a pas eu ses comptes validés.
07:59Et par conséquent, n'a pas eu de remboursement
08:01par l'État de ses frais de campagne.
08:03Mais là, pardon, vous faites un peu de diversion.
08:04Non, non, je ne fais pas de diversion.
08:05Est-ce que vous pensez aujourd'hui qu'une banque française
08:07doit prêter de l'argent au Rassemblement National,
08:09qui est à 35% en premier tour dans les sondages,
08:11et qui, jusqu'à preuve du contraire,
08:12a toujours eu des comptes de campagne réglo dans les campagnes ?
08:16Le président Sarkozy en avait aussi jusqu'à là,
08:21si je réponds à la question en disant que
08:23c'est une responsabilité, là, des pouvoirs publics.
08:25Le fonctionnement de la vie démocratique,
08:27le financement de la vie démocratique,
08:29in fine, c'est bien l'État qui le fait.
08:31Alors pourquoi avoir besoin d'anticiper autrement
08:34par un prêt bancaire qui est un risque très particulier ?
08:37Les banques, on sait prendre les risques.
08:39Vous prêtez aux autres ?
08:40Aujourd'hui, je ne sais pas où on en est.
08:42Et puis je n'ai pas d'informations.
08:44Donc vous ne dites pas ce matin aux banques françaises
08:45prêter au Rassemblement National s'ils ont besoin ?
08:47Je ne dis pas aujourd'hui aux banques françaises
08:49faites des prêts pour les candidats aux élections présidentielles.
08:52Ah, de manière générale ?
08:53Non, je dis simplement, il y a un vrai risque
08:56qui est celui, soit des 5%,
08:59soit celui de la non-validation des comptes de campagne.
09:02Et ça, il faut vraiment en tenir compte.
09:04Et dans le débat...
09:05C'est un regard financier ou c'est un regard politique ?
09:06Parce que vous n'êtes pas allé au déjeuner...
09:08Vous n'êtes pas allé au déjeuner entre le Rassemblement National et le MEDEF ?
09:11Non.
09:12Pourquoi ?
09:13Moi, tout simplement, parce que je ne suis pas membre du comité exécutif du MEDEF
09:16et que la directrice générale de la Fédération bancaire française,
09:18qui elle en fait partie, n'était pas libre ce jour-là.
09:22C'est tout simplement...
09:23Puis je veux dire, on a des contacts avec l'ensemble de la vie politique, c'est normal,
09:29mais nous n'avons pas à nous focaliser quelque part.
09:32Daniel Ball, pour finir, vous avez été aussi dans votre vie président de la Fédération française de cyclisme,
09:35de 1993 à 2001.
09:37J'imagine que vous suivez toujours le vélo.
09:38Oui, absolument.
09:39Sur vous, Paul Sexas, doit-il faire le Tour de France ?
09:41Écoutez, je trouve que ce serait une très bonne nouvelle
09:45parce que ça mettrait beaucoup de dynamique sur ce Tour de France.
09:50Maintenant, c'est à lui, à son équipe de décider.
09:53Ce que je disais souvent, c'est que pendant longtemps,
09:56on m'a interrogé sur qui est le successeur de Bernard Hinault.
09:59Aujourd'hui, au moins, j'ai plus de doute sur la réponse.
10:01Et je dis évidemment, Paul Sexas.
10:03Merci beaucoup.
10:04On sera fixé au mois de juillet ou dans les années qui viennent.
10:05Il faut lui laisser un peu.
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