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"Spirou contre les nazis" raconte l'histoire d'un personnage emblématique de la bande dessinée francophone utilisé comme support de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.
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00:00Un drôle de héros indémodable, malgré son costume de groom si désuet.
00:06Spirou court de succès en succès depuis 1938.
00:10Et sans qu'on le sache, derrière lui se cachait un autre héros.
00:15Jean-Georges Evrard, alias Jean Doisy.
00:20Dans l'ombre, pendant la Seconde Guerre mondiale,
00:23il a utilisé le journal de Spirou où il travaillait pour résister aux nazis.
00:29Là, c'est les très vieilles archives du journal, des éditions Dupuis.
00:34Et le journal de Spirou, les grands volumes, c'est ici.
00:39Donc ça, c'est le numéro 1 du journal de Spirou.
00:42Donc vous avez la fameuse première planche de Spirou où le personnage apparaît,
00:46où Spirou prend vie.
00:49C'est tout un poème, ça, c'est merveilleux.
00:52Vous avez aussi les aventures de Tif, qui n'a pas encore rencontré Tondu.
00:57Donc il y a déjà la rubrique du furteur.
01:00Le furteur étant Jean Doisy.
01:02Il a été le premier rédacteur en chef du journal de Spirou,
01:05mais ça n'était pas officiel.
01:07Jean Doisy aimait beaucoup se camoufler derrière des signatures.
01:11Il avait plein d'identités différentes.
01:13Il aurait été un parfait agent secret.
01:1517 juin, 18 juin, 31 août 39.
01:21La guerre va éclater là.
01:25Octobre 41.
01:27Jean Doisy, pendant la guerre, il était recruteur pour la résistance.
01:31Et là, avec le journal de Spirou, il avait un outil formidable pour s'adresser aux gamins.
01:35Vous imaginez le pouvoir qu'il avait entre ses mains.
01:39Et il a utilisé ce pouvoir.
01:42Derrière sa couverture, Spirou,
01:45Jean Doisy a multiplié les actes de résistance pendant l'occupation allemande.
01:51Message caché dans le journal.
01:54Soutien à la presse clandestine.
01:57Lutte contre les persécutions antisémites.
02:01Et sauvetage d'enfants juifs.
02:04C'est une sommité.
02:05C'est un des grands résistants, même s'il n'a pas été reconnu pour ça.
02:09Même les dessinateurs qui l'ont connu ne le savaient pas.
02:12C'est un homme de l'ombre qui n'a jamais voulu se mettre en avant.
02:16Il a fallu plusieurs décennies pour que son histoire ressurgisse.
02:20Et que l'on découvre enfin cette part de l'héritage de Spirou.
02:26On a quelqu'un là qui a eu un rôle majeur.
02:30Qui a pu finalement sauver des vies.
02:33C'est probablement cet aspect qui m'a rendu le plus fier de mon grand-père.
02:53Spirou est né derrière les murs de la maison Dupuis à Marcinelle à la fin des années 30.
02:59Une imprimerie devenue maison d'édition.
03:02Jean Dupuis, mon grand-père, il avait été un ouvrier, un ouvrier typographe.
03:07Et alors, peu à peu, il a créé un jour. Il avait 22 ans.
03:10Il a mis une étiquette sur sa porte. Il a acheté sa petite machine à imprimer.
03:14Il a dit, je suis maître imprimeur.
03:16Il commençait d'ouvrier à devenir patron.
03:20Aujourd'hui, on a un peu de mal à comprendre les maisons paternalistes, comme ça se faisait avant-guerre.
03:27Il y a un fondateur qui est très respecté.
03:29Les ouvriers, quand passent devant lui, enlèvent leurs casquettes.
03:34C'est vraiment une autre époque.
03:38Je ne saurais pas dire si le fait que Jean Doisy était communiste était su
03:43lorsqu'il est rentré, je crois, en 34-35, aux éditions Dupuis.
03:48En 1937, on le voit sur le podium de manifestations contre la guerre d'Espagne.
04:04Il est un des cofondateurs de la LICA, la Ligue Internationale Contre l'Antisémitisme.
04:10Je pense qu'il n'a jamais eu sa carte de parti.
04:13Mais il était communiste.
04:15Ah oui, oui.
04:19Militant athée communiste.
04:23Bouffeur de courrier, comme on dit.
04:26La question se pose de savoir que fait un communiste dans une maison comme Dupuis,
04:33catholique, de droite.
04:35Il faut se rappeler que c'est un communiste discret ou secret.
04:39Il s'est rendu indispensable auprès des Dupuis, qui ne vont pas penser à mal.
04:44Tant qu'il ne véhicule pas des idées politiques, après tout, ça les intéresse assez peu.
04:51Et il n'y pense même pas, on va dire.
04:55Jean Dupuis rêve d'un journal pour les enfants et les adolescents, fidèle à ses idées conservatrices.
05:01Ce sera Spirou, publié pour la première fois le 21 avril 1938.
05:06Un mélange d'articles, de jeux et de bandes dessinées.
05:11Spirou, le plus grand journal pour les jeunes.
05:14Des récits passionnants, des images mollement amusantes.
05:17Spirou paraît le jeu, mais se vendent 85 centimes.
05:21Réclamez-le chez votre libraire.
05:23Quand Jean Dupuis lance le journal de Spirou, il ne s'en est pas rendu compte,
05:27mais ils ont vraiment offert à Jean-Amboisy le rôle de sa vie.
05:31Il avait enfin un journal, rien que pour lui, dont il s'est vraiment emparé
05:36et qui lui servirait de tribune pour s'adresser à la jeunesse.
05:41Bonjour les amis, bonjour.
05:43Le furteur est bien content de faire votre connaissance.
05:49Lui, il avait vraiment ça en lui, d'éduquer la jeunesse, de transmettre des valeurs.
05:54Dès avant-guerre, en fait, il y a la conscience par Jean Dupuis,
05:57qu'il faut créer un club de lecteurs, qui va être les amis de Spirou.
06:02A-D-S, les amis de Spirou.
06:06Et alors, on avait un petit insigne, un petit badge, et on mettait ça, on était très très fiers.
06:12Il y avait l'hymne des A-D-S.
06:14En avant, A-D-S en avant, ça je me souviens, on chantait ça.
06:17L'un des fonctionnements de ce club, c'est que chaque membre du club prend comme avatar un des personnages
06:24du journal.
06:25Et donc, il va y avoir Valardi 134, Tiffé-Tondu 232.
06:31Déjà, ils sont sous pseudonymes.
06:36Ils vont communiquer entre eux par des messages codés.
06:43Si ça, c'est pas un apprentissage à la clandestinité, c'est quoi ?
06:48Et puis, il y a un code d'honneur.
06:50Alors, le code d'honneur, il est habillé de catholicisme.
06:57Mais en même temps, il y a les valeurs de la loyauté.
07:03On ne peut pas divulguer les secrets du club.
07:07Donc, il y a plein d'éléments qui sont un petit peu un apprentissage au futur travail de la Résistance.
07:19Hier, nous avons appris que la décision d'attaquer la Belgique, la Hollande, le grand bûcher de Luxembourg était prise.
07:27Et quelques minutes plus tard, nous avons aperçu à travers les fenêtres
07:33les premiers bombardiers allemands qui survolaient Bruxelles.
07:37Nous avons entendu les premiers éclatements de bombes
07:40et le premier effort de notre défense anti-aérienne.
07:52En 1940, après 18 jours, l'armée belge capitule.
07:56Et donc, la Belgique va être occupée à partir de mai 1940.
08:08Jean Doisy, dès que la guerre est déclarée, il rentre peu à peu dans les réseaux de résistance.
08:15Pour l'anecdote, c'est assez rigolo, c'est que les frères Dupuis sont eux aussi dans la Résistance, mais
08:20pas dans les mêmes réseaux.
08:23À ce moment-là, la principale forme de résistance, c'est la presse clandestinée.
08:31Plus de 125 journaux clandestins paraissent en ce moment en Belgique occupée.
08:36Les courageux patriotes qui les éditent, les impriment, les distribuent,
08:40bravent chaque jour les forces combinées de la Gestapo et de l'armée allemande.
08:45Ça circule sous le manteau et c'est des titres qui parfois ne paraissent que deux ou trois fois.
08:51Pour les alimenter, que de papier faut-il ? Venu on ne sait d'où.
08:57Quand il y a l'occupation, la première chose que font les Allemands, c'est de contingenter le papier.
09:04Ils font main basse sur le papier, ce qui leur permet de contrôler la presse en délivrant le papier plutôt
09:11à la presse collaborationniste plutôt qu'aux autres.
09:14Dans les archives de la résistance qui concernent Jean Doisy, il est mentionné qu'il avait fourni une tonne de
09:24papier à la presse de la résistance.
09:29La question c'est d'où vient cette tonne de papier ? Est-ce qu'il les a volés au
09:32Dupuis ?
09:33Il y a une hypothèse qui est crédible, c'est qu'il y a peut-être une complicité entre les
09:39Dupuis et Jean Doisy.
09:41Parce que ce serait quand même énorme qu'une tonne de papier puisse être dérobée sans que les Dupuis s
09:47'en aperçoivent.
09:48Jean Doisy collaborait à la presse clandestine. Il a aidé à lancer le journal clandestin qui s'appelait Pourquoi pas
09:55?
09:58Et en même temps, il y avait le Jean Doisy, rédacteur en chef du journal de Spirou, qui avait sa
10:03signature officielle.
10:07Spirou ne cesse pas de paraître après la défaite, mais l'épaisseur du journal varie selon le bon vouloir de
10:14l'occupant.
10:1520 pages avant la guerre, puis 12, puis 8 et même 6 pages seulement en juin 1941.
10:24Malgré la peur de la fermeture forcée, Jean Doisy tente discrètement de faire passer des messages.
10:32Ici par exemple, Spirou, debout sur un tank, à la tête d'une armée d'ADS, mitraille à coups de
10:39journaux un ennemi invisible qui lui tire dessus.
10:42C'est fondamental en temps de guerre, quand on voit toute la propagande que les nazis étaient capables de développer.
10:50C'était important que lui, justement, avec ses moyens, puisse apporter un contrepoids.
10:55Et le contrepoids, c'était par le journal de Spirou qui était un porte-voix.
11:01Des dizaines de milliers de lecteurs rejoignent les amis de Spirou et suivent les préceptes de Jean Doisy.
11:09Est-ce lui qui inspire l'ADS Jean-Jacques Aublin ?
11:14Jean-Jacques Aublin, qui est un jeune lecteur, qui a fondé un groupe de résistants à Bruxelles avec plusieurs personnes.
11:20Il a édité une revue clandestine qui s'appelle « Nos jeunes en guerre ».
11:26Et dans le titre, « Nos jeunes en guerre », il y a quatre personnages.
11:31Et les quatre personnages ont la physionomie de Spirou.
11:38Lui, il est à l'origine de plein d'histoires de sabotage, donc un vrai résistant, enfin, pur et dur.
11:45Et il se retrouve arrêté par la Gestapo pour avoir publié cette revue clandestine, pour tous les faits d'armes
11:52qu'il a commis.
11:55De nombreux autres membres des amis de Spirou s'engagent dans la résistance.
12:00Jean Doisy, lui, a 40 ans au début de la guerre.
12:04Il rejoint rapidement l'état-major du Front de l'Indépendance, proche du Parti communiste.
12:09Mon grand-père a eu des frayeurs parce qu'il était quand même suspect.
12:16Donc il a eu quand même la visite de la Gestapo à deux reprises.
12:21La première fois, il s'est échappé de justesse.
12:25Et la deuxième fois, les Allemands n'ont rien découvert de compromettant.
12:31Mais le lendemain de cette visite de la Gestapo, mon grand-père s'est réveillé.
12:37Et il était tout blanc.
12:39La chevelure avait complètement changé.
12:42Donc c'était un choc émotionnel qui avait provoqué un changement physique absolument surprenant.
12:59Deux mois plus tard, dans sa rubrique du furteur, Jean Doisy écrit cet article rempli de sous-entendus,
13:05qui semble dénoncer la collaboration.
13:11Il arrive encore parfois qu'un ami de Spirou révèle la clé du langage secret.
13:16Que faut-il penser de ces indiscrets ?
13:18On ne peut se fier à leurs paroles d'honneur.
13:20Ils ne sont plus ADS, ils traînent leur honte comme un galérien traînait sa chaîne.
13:27La menace se rapproche.
13:29Mais malgré les risques, Jean Doisy participe à un acte de résistance plus grand encore.
13:35Tout faire pour protéger les Juifs de Belgique.
13:38Alors que depuis octobre 1940, les persécutions antisémites sont de plus en plus violentes.
13:46Il y a eu ordonnance sur ordonnance pour rendre la vie impossible des Juifs.
13:54Il y a eu des vélos, de radios, les professions libérales supprimées.
14:01Les profs ne pouvaient plus enseigner à des non-Juifs.
14:07Il y a 17 ordonnances qui vont se succéder.
14:11La dernière date du 27 mai 1942.
14:17Et c'est l'ordonnance de l'étoile.
14:20Donc c'est l'ordonnance qui impose à tout Juif âgé de plus de 6 ans,
14:25qui paraît en public, de porter une étoile de David sur le côté gauche de son vêtement,
14:30de manière à être repérable en rue par tout le monde.
14:37Et donc peu à peu, la vie sociale devenait impossible
14:42avant que la vie soit enlevée complètement dans les camps d'extermination.
14:51Les nazis vont ouvrir le camp de Malines en Belgique le 27 juillet 1942
14:57dans l'optique d'une déportation raciale et génocidaire.
15:06Ici, nous sommes dans la cour de la caserne d'Ossin,
15:09qui a servi de 42 à 44 de camps de rassemblement pour déportés raciaux.
15:14Les Juifs et les Tziganes étaient logés au premier et au deuxième étage du U qui est ici.
15:22La photo de la cour, à mon avis, a été prise de la fenêtre qui est là.
15:29C'est un chef SS qui aurait pris cette photo en juillet 1942, à l'ouverture du camp.
15:36On y voit l'arrivée d'Internés, avec leurs valises et baluchons posés par terre.
15:42Elle fait partie des rares photos qui existent de l'intérieur de la caserne,
15:46comme celle-ci, prise à la même époque pour humilier les déportés juifs.
15:55Ont été déportés d'ici 25 843 juifs.
16:01C'est le lieu d'où ces gens sont partis vers la mort pour 95% d'entre eux.
16:14Dès le début des déportations,
16:17Jean Doisy est contacté par une toute nouvelle organisation secrète.
16:22C'est le comité de défense des Juifs,
16:25dont la tâche principalement est d'organiser la mise en clandestinité des Juifs
16:29et d'organiser la possibilité pour les Juifs de ne pas être déportés.
16:33Puisque tout Juif capturé est tout simplement un Juif qui va à la mort.
16:39On retient aujourd'hui du comité de défense des Juifs
16:43principalement l'idée qu'ils ont été amenés et qu'ils ont réussi à sauver 3000 enfants juifs.
17:07Il y a tout un travail qui consiste à planquer les enfants juifs.
17:12Et pour ça, on a besoin de relais.
17:14On a besoin de relais qui ne sont pas juifs.
17:17Parce que c'est trop visible, parce qu'ils sont repérés.
17:20Donc on va aller chercher des gens qui ont de l'empathie,
17:24qui sont humanistes tout simplement.
17:27Et là, le réseau de notre ami Doisy devient intéressant.
17:34Le comité de défense des Juifs va approcher Doisy pour lui demander s'il ne connaît pas des gens.
17:42Jean Doisy mène toujours une double vie.
17:44Il écrit et publie des histoires légères pour la jeunesse.
17:48Et dans le même temps, il va tout faire pour sauver des enfants.
17:53Pour le compte du comité de défense des Juifs,
17:55il recrute une femme de 41 ans, institutrice, proche des milieux chrétiens de gauche.
18:02Elle s'appelle Suzanne Muntz.
18:05Dans cet article publié à la Libération, Jean Doisy lui rend hommage.
18:12Madame Muntz a dit oui tout de suite.
18:14Et le surlendemain, devenue Madame Brigitte,
18:17elle convoyait elle-même un premier groupe de fillettes au pensionnat Saint-Antoine.
18:22Elle était partout à la fois, en Flandre, en Ardennes, dans le fin fond des basses fagnes,
18:28accompagnant ses enfants quand il fallait les déplacer pour des raisons de sécurité,
18:32portant l'argent de la pension, les timbres, les lettres, etc.
18:37Pendant des mois, avec un petit groupe de résistants de tous horizons,
18:42elle va chercher des refuges pour les enfants juifs,
18:45familles, pensionnats, églises.
18:53Grâce à des filières où ils sont inscrits sous de faux noms,
18:56les enfants particulièrement trouvent refuge dans des institutions belges qui les accueillent.
19:02Un système de code permettra de retrouver plus tard leur véritable identité.
19:20Il faut se rendre compte que tout ça se fait dans la clandestinité,
19:23que tout le monde risque sa peau,
19:27qu'on peut être dénoncé à chaque instant.
19:30Tout ça se fait dans l'ombre.
19:31C'est d'autant plus le mérite de Suzanne Mouns
19:36d'avoir été une des personnes qui a été très active pour ça.
19:46Adolphe Nissenholtz et René Grabinaire ont été placés enfants,
19:50comme des milliers d'autres.
19:53Elles, grâce au comité de défense des Juifs.
19:56Lui, caché directement par ses parents chez des connaissances.
20:01Ça, c'est mon père et ma mère.
20:04Sans doute une photo de mariage.
20:08Donc, ça, c'est les deux photos que j'ai.
20:10Ça, c'est la photo qui se trouvait chez mes sauveurs.
20:15Alors, bon, ça s'est tombé un jour, c'est cassé,
20:17mais je trouve ça signifiant.
20:25À trois ans, donc, là, je me souviens
20:29que ma mère, j'étais en tram avec elle
20:32et pour me conduire dans ma cache.
20:36Ma mère m'amène là, chouchoutée,
20:38très bien habillée.
20:39On voit bien sur la photo comment j'étais soignée, aimée.
20:43Alors, je ne sais même pas quelle histoire
20:45elle a dû m'inventer.
20:47Pourquoi on allait me mettre là ?
20:50Donc, comme je ne voulais pas la laisser partir,
20:53ma mère a proposé de faire une sieste.
20:55Et donc, on s'est allongés,
20:58on a fait une sieste,
20:59et quand je me suis réveillée,
21:01elle n'était plus là.
21:05Mes parents, ils ont été pris,
21:07ils ont été déportés.
21:10L'abandon était un don.
21:12Ils ont fait un don de vie.
21:15Ils m'ont sauvée.
21:19Moi, j'ai été cachée un peu avant 43.
21:23Et me voilà dans les bras de ma mère.
21:27C'est bien.
21:29Voilà, encore une autre photo.
21:32À cette époque,
21:34j'avais 16, 17 mois environ.
21:38Et j'ai toujours su
21:41que mes parents
21:43n'étaient pas là,
21:45que la famille où j'allais,
21:46ce n'était pas mes parents.
21:49Et
21:51qu'on m'a fait comprendre
21:53que mes parents ne reviendraient plus.
21:56Ils ont été arrêtés
21:58le 3 septembre 1943.
22:02Donc, ils ont été tous les deux
22:03à Auschwitz.
22:05Et d'Auschwitz,
22:06mon père a été dirigé
22:07vers le ghetto de Varsovie
22:08pour le déblément.
22:10Et c'est là qu'il est mort.
22:11Et ma mère,
22:14ça,
22:15elle est partie en cendres.
22:28Les années d'occupation passent.
22:31Doisy s'implique de plus en plus
22:33dans la résistance
22:34et la lutte contre la persécution des Juifs.
22:38Toujours avec son arme la plus efficace,
22:40Spirou.
22:46Les éditions Dupuis sont constamment harcelées
22:50par la censure allemande,
22:51la propagande abteilung.
22:54Jean Doisy doit composer,
22:56comme dans cet article
22:57qui lui est attribué,
22:59dans lequel, lui,
23:00le rouge convaincu,
23:02critique le communisme.
23:03Peut-être une façon
23:05d'amadouer les autorités allemandes.
23:08Vous savez tous, mes enfants,
23:10qu'on appelle utopie
23:10une chose impossible à réaliser,
23:12comme le communisme.
23:14Mais cela ne suffit pas.
23:16La pression monte sur l'entreprise.
23:20Nous, ça nous faisait peur
23:21parce que quand il y avait
23:22des descendants de soldats allemands,
23:24ils venaient,
23:25ils débarquaient avec leur voiture,
23:26avec leurs uniformes et tout ça.
23:28Mais on savait qu'il y avait du danger.
23:29C'était toujours
23:32un chantage perpétuel.
23:35Le 2 septembre 1943,
23:38le coup près tombe.
23:40Jean Doisy l'annonce
23:41dans un petit encart,
23:42en bas de la page du furteur.
23:45Spirou cessera provisoirement
23:47de paraître
23:47après la mise en vente
23:49du présent numéro.
23:50Le journal,
23:52jugé trop indépendant,
23:54est interdit par les Allemands.
23:56Mais Doisy va trouver la parade.
23:59L'interdiction de 1943,
24:02c'est la volonté de l'occupant
24:04de mettre la main
24:05sur la presse jeunesse.
24:06Et puis, il y a eu aussi
24:07le fait que les Dupuis
24:09ont refusé d'imprimer signal.
24:12Signal, c'était la revue
24:13de propagande allemande.
24:15À partir du moment
24:16où ils ont refusé ça,
24:17on leur a coupé les vivres.
24:20Spirou, on ne leur fournit plus
24:22de papier, il s'arrête.
24:24Le fait que le journal s'arrête,
24:26ça veut dire pour Dupuis
24:27que tout s'arrête.
24:28Il faut trouver des solutions.
24:33Jean Doisy,
24:34pendant visite à Suzanne Mouns,
24:35il passe devant la porte
24:37d'une chambre
24:37et là, il voit plein de marionnettes.
24:41Il demande à Suzanne Mouns,
24:42« Qu'est-ce que c'est que ça ? »
24:43Son fils, il a appris le marionnettisme
24:47et là, Doisy a dans l'idée
24:51que ce serait peut-être bien
24:52d'utiliser ce moyen-là
24:54pour continuer à faire vivre le journal
24:56avec un théâtre qui va être
24:59le théâtre de Farfadet
25:00et qui va reprendre
25:02la plupart des personnages du journal.
25:26Je trouvais que c'était une merveille.
25:28Je vois encore un rideau orange,
25:31une marionnette.
25:32Et alors, quand la marionnette Spiro
25:34apparaissait dans la salle,
25:36tous les gars de « Spiro, Spiro, Spiro ! »
25:38Comme les enfants
25:39quand ils regardaient les marionnettes.
25:41Donc, on va retrouver
25:42dans le théâtre de Farfadet
25:43des aventures de Spiro et Fantasio,
25:46mais aussi de Valardi,
25:47mais aussi de Tiff et Tondu.
25:52Et donc, il se dit,
25:53non seulement pour le journal de Spiro,
25:56ça serait un moyen
25:56de fournir à la fois
25:58du divertissement au lecteur.
26:02Et en même temps,
26:03ça serait une belle couverture
26:04pour mes résistants.
26:06L'intérêt d'une troupe
26:09de théâtre de marionnettes,
26:11c'est que ça pérégrine
26:12dans tout le sud du pays,
26:14à Bruxelles,
26:16dans le nord de la France même.
26:17Alors que le réseau
26:20de Suzanne Mouns
26:21a planqué des enfants juifs
26:23un peu partout,
26:24dans des fermes reculées
26:26ou chez des particuliers,
26:28ces gens-là,
26:29il faut les financer.
26:30Et donc, le théâtre de marionnettes,
26:32c'est un moyen
26:33de faire circuler de l'argent,
26:37de pouvoir financer
26:38toutes ces familles,
26:40mais aussi de faire circuler
26:41des résistants
26:42qui ont besoin d'aller
26:43à un point à l'autre du pays
26:45et qui trouvent là
26:46un bon prétexte
26:47parce que, pour le coup,
26:49ils seront éclairagistes
26:51ou ils vont faire le montage
26:52du théâtre, etc.
26:53Donc ça, c'est assez brillant.
26:55Là, on a là quelque chose
26:57de remarquable, d'inédit.
27:01Parmi les techniciens
27:02engagés par le théâtre du Farfadet,
27:04on retrouve Jean-Jacques Oblin,
27:06le membre des Amis de Spirou,
27:08qui dirige un réseau de résistance.
27:11Ou encore Marguerite Mertens,
27:13résistante communiste.
27:1630 ans plus tard,
27:17dans une interview,
27:19elle raconte comment le théâtre
27:20du Farfadet lui servait
27:21de couverture pendant la guerre,
27:24grâce à Jean Doisy.
27:30J'avais un ami
27:31de toute confiance
27:33qui avait beaucoup de relations
27:34en dehors des miennes.
27:36J'ai expliqué
27:37que je travaillais
27:38pour les éditions
27:39du Puy de Marcinelle
27:40parce que mon ami
27:41travaillait pour eux
27:43et que j'organisais
27:44des tournées de marionnettes.
27:46Ils avaient des marionnettes
27:46les Farfadets,
27:47je savais ça par mon ami.
27:49J'avais d'ailleurs
27:49une attestation
27:50dans les trains,
27:51c'est parce qu'on a souvent
27:52fouillé dans les trains
27:53les Allemands.
27:54J'avais un certificat
27:54disant que j'étais chargé
27:56d'organiser des tournées
27:57de marionnettes en province.
28:05La marionnette de Spirou
28:07a gagné ses galons
28:08de résistante.
28:11Elle existe encore aujourd'hui
28:13à Profondville,
28:14dans la province de Namur.
28:17Chez Xavier Mouz,
28:19fils d'André
28:19et petit-fils de Suzanne,
28:24au fond d'une malle
28:24gardée précieusement
28:26la dernière relique
28:28du théâtre du Farfadet.
28:461943, la Belgique vit toujours
28:49sous la domination allemande
28:51et les persécutions antisémites
28:53se poursuivent.
28:54Jean Doisy va participer
28:57à une opération
28:58de la résistance belge
28:59qui va marquer l'histoire.
29:05Jean Doisy,
29:06c'est un recruteur brillant
29:07puisqu'il recrute
29:09Suzanne Mouns
29:10qui est quand même
29:11un pilier
29:11de la résistance
29:13et du sauvetage
29:15du juif belge,
29:16ce qui est quand même
29:17énorme.
29:18Mais alors,
29:19il a un autre fait d'armes
29:20à son actif,
29:22c'est que Jean Doisy
29:22a recruté
29:23Victor Martin
29:25pour ses missions
29:26d'espionnage
29:27à Auschwitz.
29:43Et alors là,
29:44du coup,
29:46oui, ça doit être ici.
29:48Ici, on a des dossiers
29:49de résistants belges
29:51qui ont été reconnus
29:52après la guerre
29:53pour leur engagement
29:53dans la lutte
29:54contre l'occupant.
29:58Ici, c'est le dossier
29:59de Jean Doisy,
30:01donc de Jean Évrard,
30:02en fait,
30:03Jean-Georges Évrard
30:04dit Doisy.
30:05Donc, on nous donne
30:06vraiment une palette
30:07de l'ensemble
30:08de ses activités.
30:10Donc ici, on dit bien
30:11ayant recruté
30:12Victor Martin,
30:12il organise
30:13un voyage secret
30:15en Allemagne
30:15et en Pologne.
30:16Sa mission d'information,
30:18donc,
30:18rechercher le sort
30:20des juifs déportés.
30:22Harky et Victor Martin,
30:24c'est un Belge
30:25qui a 30 ans,
30:26qui est sociologue,
30:27qui s'engage
30:28dans la résistance
30:29et qui est chargé
30:30par les responsables
30:31du Front de l'indépendance,
30:32dont Jean Doisy,
30:34de savoir ce qui se passe
30:35pour corroborer
30:37les rumeurs
30:37parce qu'il y a
30:38des rumeurs
30:38d'extermination
30:39dès 1942.
30:41Et donc,
30:41il est chargé
30:41par la résistance
30:42d'aller voir,
30:43d'aller se rendre
30:44en Pologne
30:44vers le lieu d'arrivée
30:45de ces juifs
30:46dont on n'a
30:47absolument plus de nouvelles.
30:49Il parle allemand
30:50et fort de ses relations
30:51avec des collègues allemands,
30:53il se rend
30:55dans les territoires
30:56occupés nazis,
30:57dans ce qui est
30:57le gouvernement général
30:58de l'ancienne Pologne,
31:00sous prétexte
31:00d'effectuer une étude
31:02sur une étude sociologique.
31:07Il ne va pas rentrer
31:08dans Auschwitz,
31:09mais il va tourner autour,
31:10il va se renseigner,
31:12il va rencontrer
31:12des communautés juives
31:16du coin
31:17qui lui expliquent
31:18qu'il y a eu
31:19des ghettos,
31:20des rafles.
31:20Donc on sait
31:23que les juifs
31:24sont déportés là-bas
31:25et puis il va également
31:26rencontrer
31:27des ouvriers français
31:28qui travaillent
31:29sur les chantiers
31:31de ces camps
31:32de concentration
31:33et d'extermination.
31:36Et eux vont lui dire
31:37ce qui se passe.
31:40En 1974,
31:42Victor Martin
31:43racontera
31:44à la télévision
31:44l'horreur
31:45dont il a pris conscience
31:46durant sa mission.
31:48On avait construit,
31:49et ça je l'avais appris
31:51là-bas,
31:51un très grand camp,
31:54disons un très grand
31:55four crématoire
31:56qui ne répondait pas
31:58du tout
31:58à l'incinération
32:00de gens
32:00qui seraient morts
32:01normalement.
32:02D'autre part,
32:03suivant la direction
32:04du vent,
32:05on sentait
32:06certaines journées
32:07et certaines nuits
32:08des odeurs
32:09de cadavres
32:10qui remplissaient
32:11la région.
32:12J'en déduisais
32:12que l'on avait
32:14très probablement
32:15exterminé
32:16ceux qui n'avaient pas
32:17une force de travail
32:18suffisante.
32:23En février 1943,
32:25Victor Martin
32:26veut alerter
32:27la résistance
32:28sur ce qu'il a vu
32:29et entendu.
32:33Mais il a posé
32:34trop de questions.
32:35Il est arrêté
32:36et torturé
32:37par les Allemands
32:38qui le soupçonnent
32:39d'être un espion.
32:40Il tient bon
32:41et parvient
32:42à berner ses bourreaux.
32:44Il finit
32:45par être affecté
32:46comme interprète
32:47dans un camp
32:47en Pologne
32:48dont il réussira
32:49à s'évader.
32:53Il va retrouver
32:54le chemin
32:54de la Belgique
32:55et il va pouvoir
32:55transmettre
32:56un rapport
32:57à la résistance belge
32:59dont faisait partie
33:01Jean Doisy
33:02qui établit
33:04la réalité
33:05de ces camps
33:05de la mort.
33:09Il va nous ramener
33:10un rapport
33:10extrêmement précieux,
33:12un rapport
33:12dont des éléments
33:13vont paraître
33:14dans un journal clandestin
33:16qui s'appelle
33:16Le Flambeau.
33:20Pour les Juifs,
33:21la déportation
33:22signifie la mort
33:23dans les conditions
33:24les plus atroces.
33:26Acheminés
33:26vers la Haute-Silesie,
33:28ils y meurent
33:28de privation
33:29ou à la suite
33:29des coups
33:30que leurs geôliers
33:31ne leur ménagent pas.
33:32Quant aux enfants,
33:34on se contente
33:35de les asphyxier
33:35par des gaz
33:36dans des wagons plombés.
33:38Donc de plus en plus
33:39de Juifs
33:40vont choisir
33:41la clandestinité,
33:42vont choisir
33:42de se cacher.
33:44Le comité
33:45de défense
33:46des Juifs
33:46transmet également
33:48le rapport
33:48aux Alliés
33:49à Londres.
33:51Voici ce qu'il en reste
33:52dans les archives
33:53bruxelloises.
33:54Un document
33:55réécrit
33:56en 1957.
33:58L'un des très rares
33:59témoignages
34:00de l'époque
34:00sur l'assassinat
34:02des Juifs
34:02d'Europe.
34:04Alors ce rapport
34:05est extrêmement important.
34:06À partir de ce moment-là,
34:07bien évidemment,
34:07le CDJ
34:08va redoubler d'efforts
34:09pour la protection
34:11des Juifs.
34:11Mais finalement,
34:12on en fera peu de choses
34:13puisque,
34:14encore une fois,
34:15même si on est désormais
34:17avertis de ce qu'Auschwitz
34:18est un abattoir industriel,
34:20les Alliés
34:21ne bombarderont pas
34:21les voies féerrées
34:22qui y conduisent.
34:36Au cours de l'occupation,
34:39près de la moitié
34:39des Juifs de Belgique
34:40sont assassinés.
34:43Malgré la résistance
34:45et ces deux grandes opérations
34:47auxquelles Jean Douaisy
34:48a participé,
34:50le sauvetage des enfants
34:51et la mission Victor Martin.
35:01Après quatre années
35:02de résistance,
35:03Bruxelles soudain
35:04a changé de visage.
35:07Sur la place de Broucaire,
35:09dans l'ivresse de la joie,
35:10le peuple belge
35:11vient assister
35:12au défilé victorieux
35:13des Kaki,
35:14ceux de la délivrance.
35:19En route pour la bourse.
35:22Ici, c'est la marée humaine,
35:24c'est le délire de la gratitude.
35:26Le peuple belge,
35:27comme à tous les grands jours
35:28de son histoire,
35:29communit aujourd'hui
35:30dans la gloire des Alliés
35:31car, oui,
35:33le jour de gloire est arrivé.
35:46A la libération,
35:48la presse,
35:49débarrassée du contrôle allemand,
35:51peut reparaître.
35:53Spirou,
35:54interdit depuis plus d'un an,
35:56ressort à l'automne 1944.
36:00La une est remplie de symboles.
36:03La colombe de la paix.
36:06Le salut militaire.
36:09L'armée de personnages du journal
36:11qui retrouvent sa place.
36:14Et Jean Doisy peut enfin tout révéler.
36:18Jean Doisy, dans le numéro
36:20qui sort en octobre 1944,
36:23il écrit un édito
36:24qui est merveilleux
36:25où il dit que justement,
36:26Spirou ressort de la guerre
36:28avec les gants blancs immaculés
36:31et Spip a un petit sourire narquois
36:33à l'idée d'avoir roulé les nazis.
36:39Mais la censure avait beau éplucher les textes,
36:42on ne nous a pas empêché
36:44de semer des allusions claires
36:45pour vous qui nous connaissiez.
36:47Que de leçons de patriotisme
36:49et de persévérance
36:50nous avons ainsi données.
36:52Les hitlériens ont fini par comprendre
36:54que Spirou, avec son air candide,
36:57était à sa façon un agent de résistance.
37:00Pendant la guerre,
37:01nous on a coutume de dire
37:02qu'avec Jean Doisy,
37:03Spirou a fait de la résistance.
37:07Ce n'est pas le cas de tout le monde.
37:09Le journal résistant L'Insoumis
37:12publie un fascicule
37:14intitulé La Galerie des Traîtres,
37:16dénonçant ceux qui ont travaillé
37:17pour la presse collaborationniste.
37:20Parmi eux, Hergé,
37:22le créateur du plus grand héros
37:24de la bande dessinée belge,
37:25Tintin.
37:27Hergé, on le sait,
37:28a collaboré à un journal
37:30qui était le soir,
37:31qui avait été réquisitionné
37:33par les collaborationnistes
37:34et qui en avait fait
37:35un journal collabo.
37:39Il a publié Tintin là-dedans,
37:41sauf qu'à la fin de la guerre,
37:43Hergé se retrouve en position
37:44très très délicate
37:45parce qu'il va avoir
37:46à rendre des comptes à la justice.
37:48Hergé n'a pas été condamné
37:50comme collaborateur,
37:51mais on va quand même
37:52lui interdire de publier
37:53pendant plusieurs mois.
37:55En fait, il y a cette période
37:56de latence
37:57où Hergé va chercher
37:59à placer son personnage
38:04dans différents journaux.
38:08Un soir, ça frappe à la porte.
38:10On vient proposer
38:11les services d'Hergé à Dupuis.
38:15On ne se figure pas,
38:16mais c'est génial.
38:18C'est le plus grand dessinateur
38:20qui vient proposer ces services.
38:22Donc, les Dupuis,
38:23les dirigeants Dupuis
38:24se réunissent
38:25et puis, on est d'accord
38:27pour le prendre.
38:28Et une petite réunion
38:29est organisée à Bruxelles
38:30pour informer
38:33les collaborateurs
38:34qu'on va avoir
38:35Tintin dans Spirou.
38:37Et là, Jean Doisier
38:38et quelques autres
38:39se lèvent et disent
38:40ce sera lui ou nous.
38:42Nous, on ne reste pas
38:43s'il vient.
38:43Lui, c'est un incivique.
38:45On ne veut pas
38:45de ce gars-là chez nous.
38:47Et donc, Charles Dupuis
38:48et Paul Dupuis,
38:49ils y conduisent
38:50la candidature d'Hergé.
38:52C'était encore
38:53un côté du caractère
38:55de mon grand-père.
38:56C'était ou lui
38:56ou Hergé.
38:58Mais il n'aurait jamais
38:59été capable
39:00de rester
39:01et de travailler
39:02avec Hergé.
39:03Pour lui,
39:04c'était un vendu.
39:07Jean Doisier
39:08reste lui-même,
39:09droit.
39:11Mais l'homme
39:12a changé tout de même.
39:13Il est plus sombre,
39:15marqué.
39:16Il ouvre les pages
39:18du journal de Spirou
39:19au résistant
39:20Jean-Jacques Aubelin
39:20qui a été déporté
39:22à Buchenwald.
39:23Lui a survécu.
39:24Mais son épouse,
39:25Josette Hazard,
39:26résistante elle aussi,
39:28a été assassinée.
39:30Les mauvaises nouvelles
39:31s'accumulent.
39:31Les amis de Spirou
39:33ont payé cher
39:34les années d'occupation.
39:37On le voit à la libération.
39:39Semaine après semaine,
39:40il fait le point
39:41sur les ADS
39:43comme quelqu'un
39:44qui rassemble ses troupes
39:45qu'il dit aux autres
39:47« Voilà,
39:48ADS Spirou
39:4924 232
39:51nous a donné
39:53des nouvelles.
39:54Il est sain et sauf.
39:55Par contre,
39:56Cavalier Rouge
39:5732 28
39:58nous annonce
39:58qu'il a perdu
40:00sa maman.
40:02Donc,
40:02il donne des nouvelles
40:03de ses troupes
40:04et on sent
40:04qu'il veut
40:05leur rendre hommage,
40:06qu'il faut
40:06que ça sache
40:07qu'il soit
40:09au moins
40:09honoré.
40:12Regardez bien
40:13ce portrait camarade.
40:14C'est celui
40:15d'un d'entre nous,
40:16Gilbert Vandenek
40:17de Mons,
40:18ADS
40:1913 237,
40:20mort glorieusement
40:21pour la patrie
40:22à Leval
40:22le 2 septembre
40:241944
40:25à l'âge
40:26de 19 ans.
40:27Gilbert
40:28était un résistant
40:29de la première heure.
40:32Il raconte
40:32sa culpabilité
40:33à dire
40:34qu'il y avait
40:36la guerre,
40:36il fallait résister.
40:38Mais avec mon rôle
40:39de recruteur,
40:40en m'adressant
40:41à la jeunesse,
40:42au lecteur
40:43du journal de Spirou,
40:43je les ai quand même
40:44envoyés à la guerre
40:45et il y en a
40:46qui sont morts.
40:49Soyons fiers
40:50de Gilbert.
40:51Pensons à ses parents
40:52qui pleurent
40:52ce beau garçon
40:53qui n'avait pas 20 ans
40:54et soyons dignes
40:55de lui.
40:57On voit bien
40:57le traumatisme
40:58que c'est,
40:59enfin le stress
41:00justement
41:01de ce qu'il devait vivre.
41:06D'ailleurs,
41:07on a l'impression
41:07que c'est pendant
41:08la période de guerre
41:10finalement
41:10qu'il a trouvé
41:11le sens de sa vie
41:12pratiquement.
41:13On voit à la fin
41:14de la guerre
41:16tout décline.
41:18Son club
41:19des amis de Spirou
41:20périclite
41:21plus ou moins.
41:22Ses articles
41:23sont beaucoup
41:23moins enflammés.
41:27À un moment donné,
41:28on s'est rendu compte
41:29qu'il n'était plus
41:29chez Dupuis.
41:30Alors on posait
41:31des questions à mon père
41:32qui ne savait pas
41:32nous répondre.
41:34À la Libération,
41:35il s'est engagé
41:36de plus en plus
41:37dans la presse
41:38communiste,
41:39dans la presse politique.
41:40Il a pris ses distances
41:41avec le journal
41:42des Spirou
41:42parce que comment écrire
41:43des fantaisies
41:44quand on a vécu ça ?
41:48Jean Doisy
41:48obtient son attestation
41:50de résistant.
41:51Puis,
41:51comme beaucoup d'autres,
41:53il s'efface.
41:55Cette résistance
41:55communiste
41:56dont Jean Doisy
41:57a fait partie,
41:57dans le contexte
41:58de la guerre froide,
41:59elle va être
42:00de plus en plus
42:01marginalisée.
42:02On veut absolument
42:02que les résistants
42:04rentrent chez eux,
42:05leur rôle est bel et bien
42:06terminé.
42:07Et donc,
42:07il va y avoir
42:08de la part de certains
42:09de ces résistants
42:09une espèce de déception.
42:11Il y a l'impression
42:12qu'au fond,
42:12leur combat
42:13n'a pas été reconnu
42:15à sa juste valeur.
42:16Et donc,
42:17certains vont se dire
42:18ben voilà,
42:19je reprends
42:19mes petites habitudes
42:21d'avant la guerre
42:22et au fond,
42:22je ne vais pas essayer
42:24d'avoir un rôle public.
42:29Pirou échappe
42:30assez vite
42:31dans l'après-guerre
42:32à Jean Doisy
42:33qui lui-même
42:34va disparaître
42:35assez rapidement.
42:36Et je pense que
42:37de la même façon
42:38que Suzanne Mouns
42:40meurt en 1946,
42:42épuisée
42:44par ses faits d'armes,
42:46je pense qu'il y a aussi
42:48chez Jean Doisy
42:49une espèce d'épuisement
42:50de toute cette époque
42:51d'engagement
42:52et de double jeu.
42:54Je pense que c'est pour ça
42:55qu'il est mort
42:56assez vite
42:57en 1955.
43:03Ah, ce dessin,
43:04c'est une caricature
43:05de mon grand-père
43:07qui a été faite
43:07par Robwell,
43:08créateur de Spirou,
43:10et qui est vraiment
43:11similaire
43:12au visage
43:12de mon grand-père
43:13que j'apprécie
43:15énormément.
43:16C'était un homme
43:17de l'ombre
43:18qui n'a jamais voulu
43:19se mettre en avant
43:20et mon père
43:21a fait la même chose
43:22finalement.
43:23C'était des gens
43:24très discrets
43:25et alors marqués
43:26quand même
43:27par tout ce qu'il a vécu
43:28durant cette guerre
43:29et peut-être
43:31que ces personnes-là
43:32n'ont pas envie
43:33d'en parler, quoi.
43:35Il n'y avait pas
43:35de Spirou à la maison,
43:36il n'avait jamais
43:37rien gardé,
43:38il n'y a jamais personne
43:39qui m'en a parlé.
43:43Tout ce qu'il a fait
43:44pendant la guerre,
43:47à ce moment-là,
43:49je n'en savais rien.
43:50On ne parlait jamais
43:52de ces aspects-là
43:53dans la famille.
43:58L'extraordinaire destin
43:59de Jean Doisy
44:00mettra plus de 60 ans
44:02à être redécouvert.
44:15On doit cette renaissance
44:16à Christelle et Bertrand
44:18Pissavi-Hivernaud.
44:20Au début des années 2010,
44:22ils fouillent
44:23dans les archives
44:23de Dupuis à Marcinelle
44:24afin d'écrire un livre
44:26sur l'histoire de Spirou.
44:28Quand on a mené l'enquête,
44:30on s'est rendu compte
44:31qu'il y avait tout un tas
44:32de héros de l'ombre.
44:33Pour Jean Doisy,
44:34c'était une découverte.
44:35On n'avait pas idée
44:36que c'était un grand résistant
44:38et plus personne
44:39n'avait de souvenirs
44:41de Jean Doisy.
44:43Son rôle de résistant,
44:44nous, on l'a découvert
44:45au fur et à mesure
44:47de l'enquête.
44:48Le dossier militaire
44:49fait état de son engagement
44:50dans la résistance
44:51dès septembre 1940.
44:54Et heureusement
44:55qu'il a fait cette demande
44:56de reconnaissance
44:57de résistant.
45:00Sinon, on ne saurait
45:01absolument rien de lui.
45:02Je me suis attaché
45:03à cet homme-là
45:06avec Christelle
45:07quand on a mené
45:07cette enquête.
45:08On a été sur sa tombe.
45:09C'est très, très émouvant
45:11et d'avoir rencontré
45:12ses petits-enfants.
45:15On a eu l'impression
45:17grâce à ces rencontres
45:19de le connaître,
45:21de l'approcher encore plus.
45:26Spirou, lui,
45:27n'a jamais été oublié.
45:29Rob Vell,
45:30Jiget,
45:31Tom et Jean-Henri,
45:32Fournier et bien d'autres
45:33s'en sont emparés.
45:34Sans oublier, bien sûr,
45:36Franquin,
45:37dès 1946.
45:45Le premier personnage animal
45:49dans ma carrière
45:50de dessinateur,
45:51c'était le Spip.
45:51Le Spip,
45:52je l'ai reçu
45:53avec le trio
45:55Spirou,
45:56Fantasio,
45:57Spip,
45:57qui étaient les personnages
45:58créés par Rob Vell
46:00que Gilin avait repris.
46:02J'étais le troisième dessinateur.
46:03L'écureuil
46:04était certainement inspiré
46:06par le nom du personnage
46:07Spirou
46:08qui vient du wallon populaire.
46:10Un Spirou en wallon,
46:11ça veut dire à la fois
46:13un gamin très espiègle,
46:15très turbulent
46:16et ça veut dire aussi
46:17un écureuil.
46:19Jean Doisy était aussi
46:20un homme de bande dessinée.
46:22Créateur du personnage
46:23inséparable de Spirou,
46:25Fantasio,
46:26dessiné pour la première fois
46:27par Jiget
46:28en novembre 1943.
46:31Le grand résistant,
46:32lui,
46:33devra attendre 2018
46:35pour entrer en bande dessinée.
46:37Une première fois dans l'ombre
46:38avant de devenir
46:40à son tour
46:41un héros de papier.
46:44Musique
46:59Il s'est créé
47:00en fait chez Dupuis
47:01une collection,
47:02je crois que c'était en 2006
47:03où ils se sont dit
47:06proposons à des auteurs
47:07de faire leur Spirou.
47:08Donc mon éditeur m'a dit
47:09écoute,
47:10si tu veux développer,
47:11ben si quoi.
47:11Et je me suis dit
47:12c'est une période
47:12qui m'a toujours intéressé
47:13en fait la secondière mondiale.
47:18Emile Bravo
47:19s'empare alors
47:20de l'histoire de Jean Douaisy
47:21sans le dessiner.
47:24Spirou et Fantasio
47:25en sont les héros.
47:29Ce sera
47:30l'espoir malgré tout.
47:34Ce qui est intéressant
47:36c'est que
47:36dans l'espoir malgré tout
47:38qui est quand même
47:39un très beau titre
47:40d'Emile Bravo
47:41on a cette espèce de retour
47:42aux valeurs défendues
47:44par Jean Douaisy
47:45pendant l'occupation.
47:51Christelle Libertrand
47:52il m'a dit
47:53ben tu sais
47:53pendant la guerre
47:54le Spirou est devenu un théâtre
47:56derrière lequel
47:57il y avait un réseau
47:58de résistance
47:58et je me suis dit
47:59ah ben voilà
48:01j'ai trouvé le truc
48:02on va faire une métaphore.
48:12De la même façon
48:13que c'est ça
48:13qui a fait vivre le journal
48:16c'est ce qui va permettre
48:17à Spirou et Fantasio
48:18de survivre
48:18c'est de faire du théâtre.
48:22Spirou et Fantasio
48:23dans mon histoire
48:23deviennent un peu
48:24résistants malgré eux
48:26mais ça correspond
48:27en gros
48:28à ce qui s'est passé
48:29en réalité
48:30au travers du théâtre
48:31du Farfadet.
48:37Dans mon histoire
48:38on fait des faux papiers
48:39à Fantasio
48:40et il a un nouveau nom
48:41qui est celui
48:41d'André Noun
48:43celui qui a créé
48:44le théâtre du Farfadet.
48:48Quand on parle de Spirou
48:49sous l'occupation
48:50Spirou c'est l'ami des enfants
48:51et s'il y a des enfants juifs
48:53bien sûr qu'il faut les aider
48:55puisque son truc
48:55c'est de lutter
48:56contre l'injustice.
48:59De voir en fait
49:00des enfants de 6 ans
49:01avec une étoile
49:03cousue
49:03et qui partent en déportation
49:04c'est bien
49:06le truc
49:06contre lequel
49:07Spirou
49:08ne peut être
49:09que révolté.
49:13Jean Doisy
49:14héros de la résistance
49:15et âme
49:16du journal de Spirou
49:17dès sa création
49:19en 1938.
49:21Quel plus bel hommage
49:22que de lui offrir
49:24un rôle
49:24enfin
49:24dans une bande dessinée.
49:33C'est la buste
49:35faite par Jigé
49:36quoi c'est fou.
49:39Est-ce qu'il est comme
49:40tu le dessines
49:42dans les amis de Spirou ?
49:43Ben oui et puis alors
49:44je l'ai bien dessiné
49:45Jean Dupuis
49:46dans les BD ça va ?
49:47Je suis très contente.
49:48Tout le monde est content.
49:51En 2023
49:52Jean Doisy devient
49:54le héros de la série
49:55Les amis de Spirou
49:56de Jean-David Morvan
49:58et David Evra.
49:59Les séquences sont belles
50:00sous la neige.
50:01Ah oui moi j'aime bien
50:02les séquences.
50:02Là il est beau
50:03là Jean Doisy.
50:04Parce qu'il était
50:05un bel homme
50:06on aurait dit Mermousse.
50:07Il avait beaucoup
50:07d'allure
50:09et d'une gentillesse
50:10totale.
50:12Enfin moi je le voyais
50:12comme un grand-père quoi.
50:16Donc ça veut dire
50:17qu'il parlait
50:18beaucoup avec vous
50:18qu'il était attentionné.
50:20Ben on était
50:20dans le couloir
50:21où les ouvriers
50:23venaient pointer
50:23et nous on était
50:25toujours fourrés là.
50:26Ton père était
50:27vraiment copain
50:28avec Jean Doisy.
50:29Ah oui.
50:30C'était vraiment
50:30des potes.
50:32Il est bien beau
50:33mon grand-père.
50:34Oui.
50:38C'est incroyable
50:39le talent qu'ils ont
50:40ces dessinateurs.
50:42Je ne reviens pas.
50:43C'est trop mignon
50:44merci.
50:45Allez on s'en va.
50:47Merci beaucoup
50:47c'est trop gentil.
50:55C'est aussi en voyant
50:57d'ailleurs que les gens
50:58les auteurs de BD
50:59l'ont utilisé.
51:01Jean-David Morvan
51:01et David Évrard
51:03en ont fait un des personnages
51:04de leur bande dessinée
51:06Les Amis de Spirou.
51:08Voilà de voir
51:09ça met un petit décalage
51:10sur notre travail
51:10et on se dit
51:11mais en fait
51:12tant que c'est nous
51:12qui avions écrit
51:13cette histoire
51:14voilà on est
51:14bon ben voilà
51:15c'est notre truc
51:16mais là on voit
51:17que d'autres
51:17se sont intéressés
51:18donc ça doit bien être
51:20le signe
51:21que c'était quelqu'un quoi
51:24Jean-Doisy
51:26Ce n'est que
51:27tout dernièrement
51:28que m'a été révélé
51:29qu'il y avait là
51:30toute une résistance
51:33à travers Spirou
51:34à travers Jean-Doisy
51:37c'est pour moi
51:38une révélation quoi
51:39Cet homme était quand même
51:40assez extraordinaire
51:41je suis très
51:42très toussé
51:43très ému
51:44et très fier
51:45de lui finalement
51:47mais je ne savais
51:48plus le dire
51:49ni à mon père
51:50ni à ma grand-mère
51:51ni à lui
52:20Sous-titrage ST' 501
52:26Sous-titrage ST' 501
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