00:00On va parler de dépenses militaires avec vous, près de 2900 milliards de dollars de dépenses.
00:04C'est ce que nous dit le rapport de référence du Cyprien, une hausse de quasiment 3%.
00:08Vous dites trop de quanti sur les dépenses militaires, pas assez de quali.
00:13Oui, je pense qu'un des problèmes de ces dépenses militaires qui sont en expansion de façon spectaculaire depuis une
00:17dizaine d'années.
00:18Je rappelle qu'il y a 10 ans, il y a 11 ans très exactement, le budget militaire mondial c
00:23'était 1700 milliards de dollars.
00:24Et là maintenant on est à pratiquement 3000 milliards de dollars.
00:27Et donc on a l'impression que les budgets militaires explosent dans tous les sens.
00:34On accumule du matériel, on fait de la recherche, on annonce qu'on va construire de nouveaux bateaux.
00:39Et ce qui me frappe c'est que les trois principaux pays qui font à eux seuls plus de la
00:45moitié de ces dépenses militaires,
00:46qui sont la Russie, la Chine et les Etats-Unis, ont développé normalement une doctrine,
00:51qui est une doctrine de dissuasion nucléaire dans laquelle effectivement ils n'auraient pas besoin d'accumuler un tel arceau
00:56-là.
00:56Ça devrait leur suffire.
00:57Qui plus est, la Russie et les Etats-Unis sont dans des conflits,
01:01où cet arsenal classique que ces deux pays ont accumulé montre un peu les limites.
01:07La Russie a manifestement beaucoup de mal à venir à bout de l'Ukraine,
01:10qui a un budget militaire qui a considérablement augmenté,
01:12mais qui est sans commune mesure avec le budget militaire de la Russie.
01:15Quant aux Etats-Unis, on ne sait pas comment ça va se terminer au Proche-Orient,
01:18mais on voit bien que là aussi, malgré cette accumulation de moyens,
01:21et donc je pense qu'il faut revenir, il y a trois éléments que je vais mettre à l'avant.
01:26Le premier, c'est un discours, qui est un discours du 17 janvier 1961.
01:31Et dans ce discours, la personne en question dit,
01:33« Dans les réunions du gouvernement, dans les conseils qui sont tenus au sujet des problèmes militaires,
01:37nous devons prendre garde à l'acquisition d'une influence illégitime,
01:41qu'elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro-industriel.
01:45Le risque d'un développement désastreux d'un pouvoir usurpé existe et persistera,
01:49et menacera la démocratie de ce pays. »
01:51Et qui dit ça ?
01:52C'est Eisenhower, qui est le président des Etats-Unis, qui sort.
01:55Il a été président des Etats-Unis pendant huit ans.
01:57Il est un général, il a été à la tête des armées alliées pendant la Deuxième Guerre mondiale,
02:01et c'est lui qui lance cette expression de « complexe militaro-industriel ».
02:05Et en face de lui, c'est le moment où il fait son discours de départ, il y a Kennedy.
02:09Et Kennedy lui dit, « Je prendrai effectivement l'engagement,
02:12je prends l'engagement de vérifier, de contrôler ce qu'on fait commander. »
02:17Et Kennedy, quelques semaines après, retoque un projet d'avion en disant,
02:23« À ce prix-là, compte tenu de nos budgets, même si on va encore augmenter les budgets,
02:27on pourra en faire deux ou trois avions. »
02:29Et donc, avec une mitrailleuse bien utilisée,
02:33quelqu'un peut détruire effectivement tout ce que l'on est en train de fabriquer en termes d'avions.
02:38Et donc, il y a cette idée qu'il n'y a aucune vision de la part des militaires
02:43entre le coup, la façon dont ils conçoivent leur matériel et la réalité du terrain.
02:49Le deuxième exemple, c'est, on est dans les ordres des 30,
02:51et il paraît un article qui s'appelle « Le beurre et les canons ».
02:55Et le personnage qui écrit cet article dit,
02:57« Il est dans l'impossibilité d'un pays d'avoir à la fois un état social développé
03:01et d'avoir une armée développée. »
03:03Et il dit, « L'Allemagne va échouer parce que sa population va se révolter
03:07vu la situation de son état social.
03:10Elle est en train de contraindre le beurre, d'empêcher le beurre de s'exprimer.
03:13Le peuple allemand ne va pas supporter ça.
03:15Ou en tout cas, il va demander assez vite qu'on utilise cette armée
03:17parce que ça ne sert à rien d'accumuler l'armée si ça ne sert pas.
03:20Et récemment, à l'occasion du commentaire sur Tchernobyl,
03:25un certain nombre de gens ont dit,
03:26« L'Union soviétique a échoué parce qu'elle a accumulé le beurre,
03:29elle a accumulé les canons,
03:30elle a fait un état social généreux et elle a eu des dépenses militaires colossales.
03:34Et on ne peut pas durablement faire ça. »
03:36Il faut choisir.
03:36Il faut choisir.
03:38Et le troisième ?
03:39Et le troisième exemple, c'est qu'on est au XIIIe siècle.
03:41Le roi d'Angleterre, Jean Santerre, décide de créer la Royal Navy.
03:46Et il dit, « Grâce à la Royal Navy, je justifie le fait que vous allez payer
03:51de plus en plus d'impôts et je prends l'engagement
03:53que vous allez pouvoir avoir physiquement la preuve que vos impôts sont bien utilisés. »
03:58Et là, Rachel Reeves, la chancelière de l'échiquier,
04:00a dit, « Écoutez, c'est assez lamentable, mais on n'arrive pas à dépasser Chypre. »
04:04C'est-à-dire que, vous avez vu, les tapeurs anglais ne sont pas arrivés dans le détroit d'Hormuz.
04:08Et donc, la légitimité démocratique de ce budget
04:11qui était construit comme tel autour du discours de Jean Santerre au XIIIe siècle
04:16est en train de s'éroder.
04:17La conclusion que j'en tire, c'est qu'il faut que nos dirigeants
04:20prennent un peu de recul par rapport au complexe militaire ou industriel.
04:23Qui demandent toujours plus.
04:24Qui demandent toujours plus.
04:25Et il faut avoir une politique étrangère
04:27quand on veut avoir une politique militaire.
04:30Merci.
04:30Ce qui me permet de passer la parole à Anna-Lisa,
04:32qui va analyser une politique étrangère.
04:35Absolument.
04:35Absolument.
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