00:05Messieurs les ministres, nous pensons à Liana, à celles et ceux qui l'ont aimée,
00:09à tous les enfants victimes de ces violences insupportables.
00:12Mais au-delà de la peine, nous sommes en colère.
00:15Les hommes violent des femmes, des petites filles, des petits garçons.
00:18Non par pulsion sexuelle, mais pour dominer les corps.
00:21Le plus souvent dans la famille, parfois ils tuent.
00:24Monsieur Darmanin, cette affaire n'a rien d'un dysfonctionnement.
00:2673% des plaintes pour violences sexuelles faites aux enfants sont classées sans suite.
00:3170% ne génèrent aucun acte d'investigation.
00:34Cette affaire reflète le fonctionnement tristement ordinaire de la justice française.
00:38Et vous feignez de le découvrir, et de découvrir que ces violences sont systémiques,
00:43que les corps des femmes et des enfants sont des objets dont les hommes peuvent disposer dans notre société,
00:47que les enfants parlent mais ne sont pas protégés.
00:50Il faut qu'ils meurent pour qu'enfin on les croit,
00:52alors que les militantes féministes et enfantistes alertent depuis des années.
00:56Alors que la civise a listé 82 préconisations que vous avez enterrées,
01:01alors que vous êtes en responsabilité depuis 9 ans.
01:04Et depuis 9 ans, vos gouvernements ont démantelé les services publics
01:07et mis en oeuvre des politiques patriarcales,
01:09soit des coups de menton sécuritaires au détriment de la sécurité des femmes et des enfants.
01:13A présent, vous jetez en pâture les magistrats que vous avez noyés sous des dizaines de priorités
01:19pour vous défausser après avoir refusé d'entendre leurs alertes sur les moyens insuffisants de la justice.
01:25Pire, vous lancez une enquête sur les responsabilités qui ont conduit au drame.
01:29Ne craignez-vous pas qu'elles remontent jusqu'à vous, monsieur Darmanin ?
01:34Mediapart nous apprend même qu'un rapport accablant vous a été remis il y a 4 ans
01:38sur les défaillances en matière de lutte contre la pédocriminalité.
01:41L'avez-vous seulement lu, il est dans votre tiroir.
01:44La question n'est pas que faire, nous avons la réponse.
01:47Nous n'avons pas besoin d'une énième loi d'affichage,
01:50mais d'une loi cadre pour lutter contre toutes les violences faites aux femmes et aux enfants.
01:53Un budget de 3 milliards et la prise en charge intégrale par la Sécurité sociale
01:58d'un parcours de soins pour toutes les victimes.
02:01La question est plutôt, pourquoi avez-vous décidé de ne rien faire ?
02:06Et quand assumerez-vous votre part de responsabilité en présentant votre démission ?
02:11Merci, madame la députée.
02:14La parole est à monsieur Gérald Darmanin, garde des Sceaux, ministre de la Justice.
02:22Merci, madame la présidente, mesdames et messieurs les ministres,
02:26madame la députée.
02:30Je suis persuadé que sur tous ces bancs, nous sommes profondément traumatisés,
02:34choqués par la mort de l'IANA, et comme vous l'avez dit, madame la présidente,
02:39de tous les drames qui ont pu toucher les familles de France.
02:43Chacun ici est père ou mère de famille, et bien sûr que notre cœur,
02:46comme ceux des magistrats, comme ceux des enquêteurs,
02:50bat de tristesse, parce que nous n'avons pas su protéger une enfant de la République.
02:55Un rapport d'inspection a été commandé à la demande de monsieur le président de la République
02:59et de monsieur le Premier ministre par le ministre de l'Education nationale,
03:01par monsieur le ministre de l'Intérieur et de moi-même.
03:03De mes remontées des procureurs généraux qui sont sous mon autorité,
03:06j'ai pu dire, et je le dis, cela fait 20 ans que cela n'avait pas été dit aux
03:10Français
03:10par un garde des Sceaux, que l'institution judiciaire que je représente
03:13devait présenter ses excuses, pas seulement à la famille, mais aux Français,
03:16que nous avons failli, comme l'a très bien dit également le procureur général
03:19près de la Cour de cassation hier soir, à une heure de grande écoute,
03:22et que nous tirons toutes les conclusions des défaillances.
03:25S'il y en a des systémiques, nous les changerons, mais également particulières.
03:31J'ai regretté la politisation et, il faut bien le dire, le manque de respect, sans doute,
03:39puisque dès ce week-end, votre président du groupe politique a appelé à la démission de membres du gouvernement.
03:44Et si vous pensez à ce l'instant, madame, que vous allez refaire protéger,
03:49donner du courage aux enquêteurs, aux magistrats, à toute la société,
03:53si vous allez protéger les enfants en faisant la politique politicienne,
03:56je pense que vous vous trompez frontalement.
04:01Je vous demande de ne pas renverser le gouvernement, comme l'année dernière,
04:05pour pouvoir augmenter ses budgets, en effet,
04:07mais aussi de voir que quand il y a des responsabilités,
04:12quand il y a des responsabilités,
04:14laisser les ministres prendre les sanctions qui vont avec ces responsabilités.
04:20Merci beaucoup, monsieur le ministre.
04:22Vous n'avez plus de temps, madame la députée, vous aviez d'ores et déjà dépassé.
04:26Merci, Président.
04:27Monsieur Darmanin, 437 000 personnes, dont 160 000 enfants, sont victimes de violences sexuelles par an,
04:33soient une victime toutes les 72 secondes en France, sans compter les mortes.
04:37Car en 2026, on meurt toujours d'être une enfant, on meurt d'être une femme.
04:41Et alors que nous sommes toutes et tous accablés par la disparition de la jeune Liana,
04:45dont je veux de nouveau saluer la mémoire et les proches,
04:47et dont la mort est une question politique centrale,
04:50vous avez le culot de maintenir votre projet de loi justice criminelle à l'Assemblée aujourd'hui.
04:54Vous avez présenté vos excuses à la famille et dit être terrifié par un dysfonctionnement.
04:58Dans n'importe quel pays où il reste de la dignité en politique,
05:01vous auriez pris la parole pour annoncer votre démission.
05:04En utilisant le mot dysfonctionnement,
05:06vous souhaitez faire du traitement tristement banal des violences sexuelles
05:09par les institutions judiciaires et policières quelque chose d'extraordinaire,
05:13entretenant ainsi précisément l'aveuglement sur le caractère systémique de ces violences.
05:17Car à force de chercher l'extraordinaire, on ne voit pas l'ordinaire,
05:19et c'est cela qui permet l'impunité.
05:21Ce qui est terrifiant, c'est plutôt que la lutte contre ces violences sexuelles systémiques
05:25ne soit toujours pas une politique publique,
05:27que tous les services publics soient démantelés,
05:29que la justice soit toujours aussi patriarcale, près de dix ans après MeToo.
05:32Vous avez ensuite cherché à esquiver vos responsabilités en blâmant la procureure Doche,
05:37désigner des responsables et annoncer des sanctions
05:39avant même que l'enquête de l'Inspection Générale de la Justice,
05:41que vous avez vous-même ordonnée, rende ses conclusions.
05:44Il fallait oser.
05:44Pire, vous vous étonnez qu'elle soit menacée de mort après l'avoir jetée en pâture.
05:48S'il y a des responsables, nous les connaissons.
05:50Vous, vos prédécesseurs, vos collègues ministres de l'Intérieur, de l'Économie,
05:53Premier ministre jusqu'à Emmanuel Macron,
05:55pour qui, comme vous, il ne faut surtout pas parler de moyens
05:57lorsque la France compte pourtant trois fois moins de procureurs par habitant
06:00que la moyenne européenne.
06:01Vous et celles et ceux qui ont déconsidéré les corps des femmes et des enfants
06:04et considéré que leur parole n'avait aucune valeur.
06:07Votre cas est particulier car vous avez appartenu à la quasi-totalité des gouvernements depuis 2017,
06:12dont les priorités ont toutes été patriarcales.
06:14Vous avez d'abord été trois ans ministre des comptes publics
06:16et par conséquent responsable de coupes budgétaires,
06:18puis ministre de l'Intérieur pendant quatre ans.
06:21Vos priorités, mettre plus de bleu sur le terrain,
06:23le maintien de l'ordre, la petite délinquance, soit la politique du chiffre sarkoziste.
06:26Je ne vous ai jamais entendu parler pendant quatre ans de recueil de la parole de l'enfant,
06:30de formation des policiers, de renforcement des brigades pour mineurs,
06:33car il vous a toujours été plus pertinent de poursuivre des objectifs xénophobes
06:37et de sévir contre toutes les formes de contestation.
06:39Je donne un exemple qui illustre le sens des priorités politiques
06:42et par conséquent budgétaires des gouvernements successifs.
06:45En tant que ministre de l'Intérieur, vous avez dépensé plus de 18 millions d'euros par an
06:48pour des armes mutilantes, grenades et LBD.
06:51Vous avez commandé 70 millions d'euros de blindés centaures de gendarmerie.
06:54Les associations féministes ne demandent elles que 12 petits millions d'euros supplémentaires par an
06:59pour renforcer les unités médico-judiciaires qui recueillent les preuves de violences sexuelles.
07:03C'est ensuite la réforme de la police judiciaire que vous avez conduit
07:05qui a eu pour conséquence de dévaloriser la filière investigation
07:08au profit de la filière voie publique
07:11et de les réorienter vers vos pathétiques et inutiles opérations place nette.
07:15Même schéma pour vos successeurs.
07:16Des officiers de police judiciaire ont même été mobilisés pour la finale de la Ligue des champions
07:20car les abribus et les poubelles qui brûlent restent prioritaires.
07:24Et que dire de M. Retailleau, plus préoccupé par les rafles de personnes migrantes
07:28et les circulaires pour rendre aux étrangers la vie impossible que par la chasse aux agresseurs.
07:32Enfin, depuis un an et demi, vous êtes ministre de la Justice.
07:35Vous dites avoir inscrit la lutte contre les violences faites aux enfants
07:38comme une priorité dans une circulaire récente.
07:40Il s'agit en réalité de trois lignes parmi tellement de priorités que cela n'en est pas une,
07:44sans compter toutes les circulaires qui se sont accumulées jusque-là,
07:47comme par exemple celle sur l'apologie du terrorisme
07:49car il est toujours préférable dans votre monde de placer des gens en garde à vue pour un tweet que
07:53pour un viol.
07:54Dans votre budget soi-disant historique, on trouve de l'immobilier pénitentiaire.
07:57Mais rien pour recruter des magistrats spécialisés, davantage de juges et enfants,
08:01rien pour mieux les former, rien pour donner aux associations les moyens de mieux accompagner les victimes,
08:06rien pour que les enquêtes soient mieux indigentes.
08:08Tous nos amendements en ce sens ont été rejetés chaque année.
08:11Maintenant, vous intimez au procureur d'examiner les 70 000 plaintes concernant les violences sexuelles faites aux enfants d'ici
08:17le 14 juillet,
08:18sous-entendu la justice est lente car ces agents ne travaillaient pas correctement jusqu'à présent.
08:22Monsieur le ministre, vous êtes décidément la dernière personne à qui nous faisons confiance pour lutter contre les violences sexuelles.
08:27Merci.
08:28Merci.
08:30Merci.
08:30Merci.
08:38Merci.
09:02Merci.
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