00:00Bertrand Puif nous rejoint, gérant action pour Fidelity International.
00:03Chaque jour, effectivement, un expert de marché vient combattre le consensus et les idées reçues.
00:07C'est son cas. Bonjour Bertrand.
00:09Bonjour.
00:09Bienvenue. Beaucoup trouvent la tech à nouveau attractive, c'est vrai, on le voit dans les records du Nasdaq.
00:12Ce n'est pas votre cas, vous vous dites bullshit.
00:16Vous foudroyez ceux qui se réintéressent à la tech.
00:18Pourtant, ils ont un argument, la tech n'est plus si chère.
00:21Alors, elle n'est plus aussi chère qu'elle ne l'était,
00:23puisque au pic, on était à plus de 32 fois sur les valeurs technologiques.
00:28Alors, on est redescendu à 28, ce qui effectivement est moins cher,
00:31mais on reste quand même avec un écart qui est substantiel par rapport au marché américain,
00:35qui lui, traite à 20 fois, 20 fois étant quand même un multiple relativement élevé par rapport à l'historique,
00:40puisque la moyenne historique du S&P sur le long de période, c'est plutôt 18 fois.
00:44Donc, par rapport à un marché qui lui-même se traite sur des multiples élevés,
00:48on a une prime substantielle de la technologie.
00:50Alors, c'est vrai que si on regarde la technologie dans les années 90, Internet,
00:55les gens qui, aujourd'hui, sont positifs sur la tech vont dire
00:58que ces valeurs-là, à l'époque, dans les années 90, les Cisco et autres,
01:01traitaient sur des multiples beaucoup plus élevés,
01:03des multiples qui étaient proches pour certaines sociétés de 50 fois,
01:06mais parce que la profitabilité de ces sociétés était beaucoup plus faible.
01:10Aujourd'hui, on a des sociétés qui investissent dans la technologie artificielle,
01:13qui sont au cœur de tout cela.
01:14C'est cette magnifique, en retraitée de Tesla, mais en rajoute Oracle, on va dire,
01:20ce sont des sociétés qui sont profitables sur un business modèle historique
01:23qui génère déjà du cash.
01:25Et donc, c'est vrai que c'est normal qu'elles se payent moins cher,
01:28puisque quand on avait des startups Internet,
01:30on pouvait effectivement aller payer des multiples beaucoup plus élevés dans les années 90
01:33parce qu'on savait que les profits allaient croître beaucoup plus vite.
01:36Aujourd'hui, on a des mastodontes qui font déjà des centaines de milliards de profits
01:40et la croissance ne peut pas suivre.
01:42C'est pour ça que pour nous, on considère que les multiples,
01:44en tout cas sur les indices technologiques, sont relativement élevés.
01:47Après, on peut faire effectivement du stock picking,
01:49la sélection de valeurs au sein de la technologie.
01:51Oui, mais il y avait un moteur quand même tout au long de ces dernières années pour la tech.
01:55Alors, l'innovation quand même, on ne va pas dire qu'il n'y a pas d'innovation.
01:57Vous êtes d'accord, il y a d'innovation.
01:58Non, l'innovation, tout à fait. Après, combien on la paye ?
02:00Exactement. Mais il y avait aussi les rachats d'actions.
02:02Beaucoup, beaucoup de rachats d'actions.
02:04Cette dynamique des rachats d'actions, elle est en train de ralentir pour le coup.
02:06Voilà, alors ça, c'est un élément technique.
02:07Il y a tout un marché américain et en particulier le cours de bourse
02:10de ces grandes sociétés leaders, stars des indices, sociétés technologiques.
02:14Et aujourd'hui, c'est vrai qu'elles utilisent de plus en plus leur cash flow
02:17plus tôt pour investir, évidemment, et donc moins pour les rachats d'actions.
02:20Et même certaines vont plus loin, c'est-à-dire qu'elles vont s'endetter.
02:23Alors que justement, on disait qu'un des éléments
02:25qui pouvait expliquer que c'était pas cher à 28 fois,
02:29c'était de dire que contrairement aux années 2000,
02:31eh bien, il y avait moins de recours à la dette.
02:32Là, on est en train de voir qu'il y a une inflexion.
02:34Il y a beaucoup de sociétés qui sont en train de faire appel à la dette,
02:37même des sociétés qui ont des bons bilans.
02:39Mais comme il faut accélérer ses investissements,
02:42et on parle quand même de plusieurs milliers de milliards,
02:45milliers de milliards sur les cinq prochaines années.
02:48Donc il faut les financer, à la fois les free cash flow ne suffisent pas,
02:51donc il faut ralentir les rachats d'actions, voire les arrêter,
02:55et faire appel à la dette.
02:56Et ça, effectivement, ça nécessite quand même une prime de risque
02:59qui n'est pas dans le multiple.
03:00Il y a un humoriste américain sur les marchés qui dit justement,
03:02à propos, parce que vous parlez de milliers de milliards de dollars,
03:05qui dit des milliers de milliards, ça doit valoir des milliards de milliers, non ?
03:08Voilà, Julien, à vous.
03:10Framand, vous m'avez perdu.
03:12Non mais d'accord, vous parlez du PER,
03:14mais en fait, une autre métrique qu'on a tendance à prendre,
03:16c'est le PER retraité de la croissance du bénéfice.
03:18Et à ce moment-là, quand on regarde un petit peu,
03:20les multiples sont un peu moins exigeants.
03:21Et la croissance du bénéfice,
03:23alors vous mettez en doute le fait que ça puisse se prolonger éternellement
03:25à cause de la taille des boîtes,
03:26mais en tout cas, pour le moment, elle y est.
03:27Chez Nvidia, elle y est.
03:28Chez Sky Nix, on en a parlé avant avec Guillaume,
03:32le bénéfice a été multiplié par combien ?
03:34Cinq, vous disiez, Guillaume ?
03:35Oui, par cinq, les bénéfices au premier trimestre d'Sky Nix.
03:37Oui, une hausse de 400%, c'est ça.
03:39Alors la question, non pas à 1 000 milliards,
03:41mais à 1 milliard, à 1 million de dollars,
03:42c'est de savoir effectivement combien d'années
03:44cette croissance importante va se prolonger.
03:46Nous, on est beaucoup plus pessimistes que le consensus,
03:49parce qu'on pense qu'il y a des goulots d'étranglement.
03:51Le premier, c'est quand même la génération d'énergie.
03:53Je pense que là, tout le monde est d'accord,
03:54mais la problématique, c'est que ça va arriver beaucoup plus vite.
03:56C'est-à-dire qu'à un moment donné,
03:58si on ne peut pas faire en sorte que les data centers
04:02soient reliés au réseau électrique,
04:06ils ne vont pas marcher.
04:07Et à partir de là, quand on voit
04:08et qu'on fait les calculs de puissance installée
04:11nécessaires pour faire fonctionner tous ces data centers
04:13qui sont prévus dans les années à venir,
04:15il y a un problème.
04:16C'est-à-dire qu'il va manquer beaucoup de puissance.
04:18Il y a des choses qui vont pouvoir être ajoutées rapidement,
04:20comme des centrales au gaz, 2-3 ans,
04:22mais on ne peut pas faire que des centrales au gaz.
04:24Les centrales nucléaires, le cycle, on sait,
04:26c'est beaucoup plus long, c'est 10 ans.
04:28Donc ça va forcément ralentir.
04:30On ne dit pas que ça va couper la croissance,
04:32mais que ça va la ralentir par rapport à des attentes
04:34qui aujourd'hui sont trop optimistes.
04:36Et d'autre part, sur certaines sociétés leaders,
04:38c'est ce qu'on avait vu avec Cisco à la fin des années 90,
04:41il y a de la concurrence qui va émerger.
04:43Et le concurrent de Nvidia,
04:45qui aujourd'hui n'est pas coté,
04:46qui s'appelle GROK,
04:47qui est une société qui est subventionnée
04:49pour beaucoup de milliardaires américains,
04:51à un moment donné,
04:52va faire également son introduction en bourse
04:53et on va se rendre compte,
04:54le marché va se rendre compte
04:55qu'Nvidia n'est pas tout seul.
04:57Et puis on va se rendre compte aussi
04:58dans les marges d'Nvidia à un moment donné,
04:59que même si la croissance continue,
05:01c'est ce qui s'est passé pour Cisco,
05:03les marges ne seront pas aussi élevées.
05:06Et je rappellerai simplement,
05:07en conclusion de cela,
05:08que Cisco n'a retrouvé son cours de bourse
05:11pic de la bulle Internet
05:13qu'il a eu fin 99,
05:14qu'en 2016.
05:16– Là, alors qu'il y a un conflit au Moyen-Orient,
05:19qu'il y a des incertitudes
05:19pour beaucoup d'entreprises,
05:21on a l'impression que la tech
05:22est un peu préservée de tout ça,
05:23parce que vous parlez des goulots
05:24d'étranglement à moyen terme
05:26sur vraiment la génération d'énergie,
05:27mais en tout cas,
05:28on n'est pas dans la tech dépendant
05:30de terres rares qui viendraient
05:31du Moyen-Orient ou même du pétrole.
05:33– Alors, c'est vrai qu'en termes
05:34de pression inflationniste,
05:36elle va être indirecte.
05:37C'est-à-dire qu'on n'est pas lié
05:38effectivement à ces matières premières,
05:40mais à un moment donné,
05:41il va y avoir une pression
05:42sur les salaires aussi,
05:43et à partir de là,
05:45les choses vont être plus compliquées,
05:46parce que déjà que les salaires
05:47des ingénieurs sont élevés,
05:48évidemment, derrière,
05:49s'il y a de l'inflation,
05:51vous rajoutez le pourcentage
05:52que vous rajoutez à tous les salaires,
05:53vous le rajoutez à des salaires
05:54plus élevés,
05:54en masse, ça va peser beaucoup plus
05:57sur les sociétés tech.
05:58Mais c'est vrai,
05:59ce sera plutôt dans un second temps.
06:00Aujourd'hui, on a l'impression,
06:01c'est vrai qu'à court terme,
06:02à quelques trimestres,
06:04ils sont un peu dans le secteur.
06:05– On se dit ça,
06:05un secteur relativement à l'abri d'Hormuz,
06:07même s'ils ont besoin d'hélium
06:08pour les spectateurs.
06:09– Mais encore une fois,
06:09voilà, c'est ça,
06:10il faut quand même anticiper
06:12que le prix de l'énergie
06:13va rester bas,
06:14parce qu'encore une fois,
06:15ce sont des grands consommateurs
06:16d'énergie au travers des data centers.
06:18Alors c'est vrai qu'aux États-Unis,
06:19il n'y a pas de pénurie d'énergie
06:20puisqu'ils sont excédentaires
06:22en termes de production d'énergie,
06:23donc ça, il n'y a pas de souci.
06:25Mais bon,
06:25il faut quand même faire attention
06:26et avoir en tête
06:27qu'on est quand même
06:29dans une spirale plus inflationniste,
06:31même si ce conflit
06:32devait s'arrêter demain,
06:34et qu'à un moment donné,
06:35les salaires aussi
06:36devraient en bénéficier.
06:37Et ça, ça va peser
06:38sur ces sociétés.
06:40– Décidément,
06:40la tech,
06:41ce n'est pas votre data,
06:42on le sent.
06:42– Non, ce n'est pas mon truc.
06:43– Le retour de la tech,
06:44la remontada,
06:45vous n'y participez pas
06:46et vous l'assumez avec conviction.
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