- il y a 1 jour
Chères lectrices, chers lecteurs,
Mercredi 15 avril, nous avons eu le plaisir de recevoir Mme Perla Servan-Schreiber, qui fait paraître ce printemps La Vie après toi aux Flammarion.
Cet échange est animé par Mme Josiane Savigneau.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième :
« Ton sourire exposé dans chaque pièce de la maison me permet de me réveiller et de m’endormir en souriant, en te souriant. Alors, pourquoi ces sanglots qui m’étouffent ? Parce que ta peau, ta voix, ton regard sur les événements, ton amour de la vie me manquent. Je suis un peu perdue. »
Pour la première fois depuis la mort de Jean-Louis, son mari, Perla Servan-Schreiber raconte le deuil, l’absence, l’après...
Mercredi 15 avril, nous avons eu le plaisir de recevoir Mme Perla Servan-Schreiber, qui fait paraître ce printemps La Vie après toi aux Flammarion.
Cet échange est animé par Mme Josiane Savigneau.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième :
« Ton sourire exposé dans chaque pièce de la maison me permet de me réveiller et de m’endormir en souriant, en te souriant. Alors, pourquoi ces sanglots qui m’étouffent ? Parce que ta peau, ta voix, ton regard sur les événements, ton amour de la vie me manquent. Je suis un peu perdue. »
Pour la première fois depuis la mort de Jean-Louis, son mari, Perla Servan-Schreiber raconte le deuil, l’absence, l’après...
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00:00Bon, ben là, on va parler de ce livre qui m'a beaucoup touchée. Je pense qu'il touchera tous
00:05les gens qui sont affrontés au deuil et malheureusement, c'est presque le cas de tout le monde, sauf l
00:10'exception, sauf quand ça n'est pas encore arrivé.
00:15Alors, ce livre, d'abord, je voudrais dire que c'est un livre de vie. C'est certes un journal
00:18de deuil, mais c'est un livre de vie.
00:20Et alors, quand j'ai lu le titre « Vivre après toi », et puis quand j'ai commencé à
00:23vous lire, j'ai pensé au titre qu'on a donné au journal de veuve de Joyce Carreau, ce qui
00:29est un livre français, c'était « J'ai réussi à rester revue ».
00:33Et j'avais l'impression que, donc, ce journal, c'était pour vous, après on parlera du fait que ça
00:39devient un livre, mais au départ, c'était une nécessité pour, comme vous dites, à la fois pouvoir penser sa
00:44mort et son éternelle présence.
00:48C'est probablement d'abord, merci à vous tous de vous être déplacés, toutes et tous, et merci à Josiane
00:57d'avoir accepté de poser les questions.
01:02Elle qui a terrorisé tout le monde de l'édition et des livres pendant 30 ans.
01:07Elle n'a terrorisé personne.
01:11Voilà. Et donc, ce livre, du moins cet événement, je ne sais même pas comment il faut le nommer, je
01:20veux dire, cette sidération qui survient dans la vie de, quand même, trop nombreux d'entre nous, à des âges
01:30divers.
01:32On fait comme on peut, hein, jusqu'après.
01:37Et prendre un cahier et un stylo, pas mon ordinateur, m'a été nécessaire tous les soirs au début, puis
01:49ça s'espace, et puis ça a duré deux ans.
01:53Et au bout de deux ans, je n'ai plus même pensé, ni eu besoin de prendre ces cahiers et
02:00d'écrire.
02:02Et puis, ces cahiers sont restés de côté.
02:06J'ai failli presque oublier que je les avais faits.
02:08Sophie m'a rappelé qu'elle est toujours là.
02:10Elle est à la fois ma mémoire et mon bras droit, et mon ami surtout.
02:18Et je me suis dit, peut-être qu'il faut replonger là-dedans, voilà, pour faire quelque chose dont je
02:26ne savais vraiment pas à l'époque si j'allais publier, pas du tout, mais en tout cas le faire,
02:31l'écrire et en faire un livre.
02:34Donc, comme c'était à peu près n'importe quoi pour les trois quarts des pages, tout ça a été
02:40éliminé, et puis j'ai souhaité garder la forme de journal.
02:47Pour aussi me rendre compte moi-même, mais aussi partager avec celles et ceux qui le liront, que tout de
02:56même, les choses progressent.
02:58Les choses progressent, la place du mort est définitivement acceptée comme étant quotidiennement avec moi.
03:13Et cette absence-présence a été la chose la plus difficile pour moi à vivre et à accepter.
03:23Je ne savais pas que c'était ainsi que ça se passait, forcément, on ne peut rien savoir de ces
03:28choses-là avant de les avoir vécues.
03:30Et on a beau en avoir lu, ça n'est pas ce que l'on vit, c'est encore autre
03:35chose.
03:36Donc, vous l'avez repris, ce journal, pour en faire un livre, vous l'avez repris.
03:40Ce n'est pas le journal tel quel, c'est un journal retravaillé.
03:43C'est un journal retravaillé, oui, bien sûr, voilà, en tout cas réécrit.
03:51Et avec un choix dans ce que j'ai sélectionné, toujours dans cet esprit, à la fois pour me soigner
04:01moi-même,
04:01c'est-à-dire bien repérer les progrès et à quel point cette place qu'il occupe toujours aujourd'hui
04:10était de plus en plus calme, acceptée et apaisée.
04:17Mais donc, le fait de le publier, pour vous, c'était un désir de partage, de le rendre universel en
04:24quelque sorte ?
04:25Alors, je n'ai pas pensé à ça.
04:28Par contre, je me suis dit que de le partager avec d'autres allait pouvoir, comment dire, non pas me
04:37guérir, mais m'apaiser encore davantage.
04:41Et si ça pouvait aider quelques autres personnes, alors là, c'est vraiment tout ce travail vaut la peine.
04:49Je peux vous dire que ça marche.
04:51Tant mieux, tant mieux.
04:53Vous dites qu'on a l'impression, en vous disant, en vous disant ce journal, que c'est une sorte
04:58de manuel de survie au départ et un rituel.
05:01Mais vous aviez beaucoup de rituels avec Jean-Louis, vous aviez des personnes de rituels.
05:05Très, très, tous les deux très ritualisés.
05:08Et alors, comme on s'est rencontrés quand même pas à 16 ans, mais moi à 43 et lui à
05:1449.
05:14Alors, vous voyez les nombres de rituels qui s'accumulent avec les années chez chacun des deux.
05:20Et puis ensuite, on a créé des rituels à nous.
05:23Enfin bref, le rituel était très…
05:26Mais c'est quelque chose qui structure beaucoup ma vie, les rituels.
05:31J'en ai toujours eu.
05:32Et vous en avez encore.
05:34Et j'en ai encore beaucoup.
05:35Et il y a aussi votre rapport à l'image.
05:37C'est-à-dire que parfois, quand on est dans le deuil, on ne veut plus voir la…
05:41C'est trop dur de voir la figure de la personne et vous.
05:45Vous aimez bien regarder les images.
05:47Je vous l'ai dit, tu as plusieurs reprises, des photos.
05:49Ça, c'est…
05:49J'ai eu besoin immédiatement, vraiment, les jours de l'enterrement.
05:56J'étais…
05:57Puisqu'il est enterré dans notre maison en Provence.
06:00Et ce jour-là, j'ai eu besoin de tapisser tous les murs de son sourire.
06:06Et je n'ai…
06:08J'ai eu beaucoup de mal à en retirer certains.
06:11Mais chez moi aussi, à Paris, il est vraiment dans beaucoup d'endroits.
06:17Toujours avec le sourire.
06:18Et à chaque fois que je le regarde, ça m'enchante et je lui souris.
06:22Alors justement, vous disiez que vous étiez rencontrée assez tardivement.
06:26Et vous dites, à un moment dans le journal, vous dites que vous avez su tout de suite
06:31qu'avec lui, vous aviez envie d'une aventure différente de toutes celles que vous avez pu avoir avant.
06:36C'est vrai.
06:37Immédiatement, j'ai eu ce…
06:39Coup de foudre ?
06:40Cette…
06:40Pas du tout.
06:41Non, pas du tout.
06:41En plus, c'était très bizarre.
06:42Mais alors, pas du tout.
06:44Non, non.
06:44Alors, lui était…
06:47Lui, il a eu.
06:47Absolument.
06:49Je ne sais pas si ça peut être un coup de foudre chez lui, mais en tout cas déterminé.
06:52Et alors, quand il a envie de quelque chose, j'ai rarement vu qu'il ne l'obtienne
06:56pas d'une chose ou d'une personne, voilà.
07:01Mais je n'étais pas du tout.
07:03Non, non.
07:03Je n'ai pas eu du tout de coup de foudre.
07:06Et en même temps, il y avait quand même quelque chose.
07:10C'est cet homme qui était très troublant.
07:13Il avait quelque chose.
07:15C'est très bizarre.
07:16D'ailleurs, je ne sais même pas si j'ai écrit ça.
07:17Ça me revient maintenant.
07:20Il a eu une manière, la première fois, de me poser sa main sur la tête.
07:24Je me souviens parfaitement de cette sensation.
07:27Je crois que ce n'est pas dans le livre.
07:28Oui, j'ai oublié.
07:30Voilà.
07:31Voilà, c'est pour ça qu'on est là ensemble.
07:35Et cette sensation était celle de la main de mon grand-père, qui était l'homme que
07:41j'ai le plus aimée au monde et qui m'a accueillie à un moment de ma vie où c
07:49'était important
07:50pour moi et ça a été incontestablement quelque chose qui m'a profondément dit, là, il y a
08:00quelque chose de différent.
08:03Je ne voyais pas qu'est-ce que ça pouvait être d'autre que le fait de se marier, puisque
08:07ça, je ne l'avais jamais, moi, eu cette expérience parfois, tandis que lui avait été marié avec
08:12des enfants, et lui ne savait vivre qu'en couple, et moi, je n'ai pas vécu en couple,
08:18en tout cas sous le même poids, avec un homme.
08:22Mais vous pensez justement que malgré tout, le fait d'avoir été habituée à vivre seule,
08:26ça vous a aidé après le deuil ?
08:29À beaucoup.
08:30Bien sûr, bien sûr, bien sûr que ça m'a aidée.
08:34Bien sûr, ça doit être terrible et je sais que pour certaines personnes de mon entourage,
08:40c'est extrêmement difficile de se retrouver seule comme ça, mais moi, je sais vivre seule
08:47et j'aime vivre seule.
08:50Son manque, c'est autre chose, mais là, il y a vraiment quelque chose d'important.
08:55Il y a un passage que j'aime beaucoup, enfin, j'aime beaucoup, beaucoup de choses dans ce livre,
08:59il y a un passage que j'aime beaucoup quand vous parlez du fait que l'absence de quelqu'un,
09:03ce n'est pas seulement le manque de sa présence, c'est aussi sa pensée, le regard qu'il porte
09:09sur le monde et surtout la manière de trouver le mot juste.
09:13Ça, ça a été, on a passé des heures, des heures, des milliers d'heures en tête
09:19à tête à parler.
09:21C'est probablement ce qu'on aimait le plus et on ne s'en est pas privé.
09:27Nous aimions beaucoup dîner en tête à tête et alors il aimait particulièrement quand
09:31quand on allait au restaurant, il me traînait en me disant, je sais qu'on va manger moins
09:35bien qu'à la maison, mais au moins là, tu ne bouges pas, tu ne serres pas à table.
09:41Je peux dire une phrase du début à la fin, du début à la fin.
09:46Et là, voilà, là, c'était des conversations de tous ordres philosophiques, mais très drôles
09:53aussi.
09:53On a beaucoup, beaucoup rire ensemble.
09:55C'est ça qui est irremplaçable.
09:57Irremplaçable.
09:58Mais c'est vrai qu'il me sécurisait incroyablement.
10:02Là, je suis franchement perdue.
10:05Enfin, vraiment.
10:06Je suis un peu perdue au fond.
10:08Et donc, vous disiez que vous n'avez pas juste arrêté la publication à 2022.
10:18Le journal s'est arrêté.
10:20Vous n'avez plus besoin d'écrire.
10:22Non, non.
10:23Je n'ai plus besoin de lui écrire.
10:25Parce qu'en fait, je m'adresse beaucoup à lui, comme vous avez pu le constater, puisque
10:33vous l'avez dit.
10:36Mais il y avait quelque chose qui était, c'est cette étape-là qui a été importante.
10:42C'est le fait à la fois d'accepter l'absence et de dire, mais au fond, il est toujours
10:47là.
10:48Mais à la fin du livre, vous dites que vous avez recommencé à méditer.
10:51Oui.
10:52Ça vous a aidé.
10:53Et c'est peut-être pour ça que vous avez arrêté d'écrire.
10:56Alors, peut-être.
10:57Il y a quelque chose qui est revenu de l'ordre d'une norme au bout de deux ans.
11:05Voilà.
11:06Je n'ai plus ce besoin d'écrire, sur lui en tout cas.
11:12Et il y avait quelque chose d'un peu apaisé, quand même, qui commençait là.
11:18Ça l'est beaucoup plus aujourd'hui, bien sûr, davantage.
11:21On est à cinq ans et quelques.
11:24Et je ne sais pas si c'est le temps qui passe qui fait ça.
11:27Je ne saurais pas dire.
11:28En tout cas, c'est à peu près de cinq ans aujourd'hui.
11:32Mais il y a quelque chose, je crois que beaucoup de gens ont expérimenté.
11:39la perte de quelqu'un, c'est le fait qu'alors qu'on n'a jamais pensé à la vieillesse,
11:43on se sent vieux tout d'un coup.
11:46Ah oui, alors moi, je me sens vieille depuis un moment.
11:49Je ne suis d'ailleurs 82 ans.
11:51Non, non, mais dans le livre, vous parlez de cette sensation.
11:54Oui, c'est vrai.
11:54On se sent plus vieux à cause de l'abondance.
11:56Oui, oui, non, mais c'est évident.
12:02Seul, c'est vraiment quelque chose qui vous fait prendre conscience
12:08qu'en fait, on est beaucoup plus près de la mort qu'on ne l'a jamais été.
12:13Et ça, ça l'est heureusement pour moi, en tout cas à ce jour,
12:17au moment où je vous parle, ça n'est jamais quelque chose qui m'a angoissée.
12:22Je suis assez camarade avec l'idée de la mort.
12:28Et pour l'heure, je ne vois pas cette perspective comme étant totalement effrayante.
12:33Il y a deux choses que vous dites aussi, c'est ce sentiment d'absurdité de la vie après,
12:39mais aussi ce sentiment de marcher à côté de sa vie.
12:43Oui.
12:44Oui.
12:45Et ça, vous l'avez toujours ?
12:46C'est comme si, oui, je l'ai toujours.
12:49C'est comme si ce chemin qui était tracé par lui, et où donc je n'étais pas seule,
12:57c'est comme si ce chemin-là, c'était fermé,
13:01et que là, il m'appartenait de me débrouiller toute seule.
13:06Ce que vous faites.
13:08Ce que je fais.
13:09Voilà, ici, il n'y a pas de gens très jeunes, mais quand on est très jeune, on se dit,
13:13il y a bien un âge pour mourir.
13:15Et c'est pour ça que j'ai apporté un petit livre que j'aime beaucoup.
13:21Donc, je voudrais lire quelques...
13:23Il s'appelle « Une mort très douce » de Simone de Beauvoir.
13:26Et je trouve que c'est très bien parce qu'on a tous eu le sentiment.
13:29Elle dit, il a bien l'âge de mourir.
13:33Moi aussi, et même à propos de ma mère, j'ai utilisé ce cliché.
13:37Je ne comprenais pas qu'on pu pleurer avec sincérité, un parent, un aïeul de plus de 70 ans.
13:42Mais non, on ne meurt pas d'être né, ni d'avoir vécu, ni de vieillesse.
13:48Il n'y a pas de mort naturelle.
13:50Rien de ce qui arrive à l'homme n'est jamais naturel, puisque sa présence met le monde en question.
13:56Tous les hommes sont mortels, et pour chaque homme, sa mort est un accident,
13:59et même s'il la connaît, il consent une violence induque.
14:03C'est vrai que c'est une violence, qu'elle que soit l'âge, j'imagine,
14:10et quel que soit le type de relation qu'on avait.
14:13Alors oui, vous avez choisi une chose magnifique.
14:17Je vais forcément lire, parce que je vais vous demander de lire, si vous voulez.
14:22Vous voulez bien lire ?
14:23Si vous voulez.
14:24Vous avez besoin d'une aide, par exemple ?
14:26C'est de l'eau Andréa Salomé.
14:28Je voudrais vous liser, c'est tellement beau.
14:29Et au fond, c'est un condensé de ce qu'on va lire après.
14:34C'est évidemment un condensé de ce qu'on va lire après.
14:37Et c'est toujours très surprenant quand quelqu'un a pensé, senti, vécu,
14:44et su traduire en mots exactement ce que nous vivons.
14:50Tout d'un coup, on n'en est plus seul.
14:53Et c'est ça qui est formidable.
14:56Un deuil ne se borne pas, comme on le dit souvent, à envahir les sentiments.
15:01Il consiste plutôt en une fréquentation ininterrompue du disparu,
15:06comme si ce dernier devenait plus proche.
15:09Car la mort ne le rend pas seulement invisible,
15:12elle le rend aussi plus accessible à notre regard.
15:16Elle nous le vole, mais elle le complète également d'une manière inédite.
15:21De leur vivant, nous distinguons mal ceux auxquels nous sommes unis avec le plus d'éclats,
15:27d'un éclat qui ne peut cesser de rayonner.
15:30Il y a une part de notre amour qui reste enfermée dans le cercueil,
15:34et que nous pleurons, et dont la perte nous endeuille le plus,
15:38et l'autre qui continue à vivre et à réagir à tout ce qui nous arrive,
15:43en dialogue, une part qui semble toujours sur le point de redevenir réalité,
15:50parce qu'elle touche à ceux qui nous réunissent interlèmement,
15:54avec la vie et la mort.
15:57Oui, j'ai beaucoup aimé vous choisir ce texte,
15:59parce qu'au fond, après, quand on lit le journal,
16:01on a l'impression que c'est la suite de ce texte.
16:04C'est vraiment toutes ces découvertes qui sont à la fois difficiles, riches, bouleversantes,
16:13et qui vous transforment.
16:15Je voudrais qu'on parle de notre relation à l'eau.
16:18Pas à l'eau comme ça, à l'eau.
16:20L'eau, à l'eau, à l'eau.
16:22Parce qu'à un moment, alors que pour vous, l'eau, c'est quelque chose d'essentiel,
16:27c'est un réconfort sans doute,
16:28mais à un moment, vous dites quand même,
16:30je suis perdue dans l'océan.
16:32Pourtant, je l'aime tant, cet océan, mais je suis perdue.
16:36Il y a quelque chose du rapport...
16:38Il faut savoir que moi, le seul élément qui m'apporte dans la vie que j'aime,
16:43c'est... enfin non, il y en a deux.
16:45C'est la mer et la grande ville.
16:50J'aime les mégalopoles.
16:52Je ne supporte ni la campagne, ni la montagne, ni les petites villes.
16:58Jean-Louis adorait la montagne, adorait la campagne,
17:03avait besoin d'avoir des maisons, et je n'aime que l'hôtel.
17:08Et pourtant...
17:09Un couple parfait.
17:10Et pourtant...
17:12Donc, il y a...
17:14J'ai un besoin très croissant de me retrouver dans l'eau,
17:21dans la mer ou l'océan et sur une plage.
17:24C'est vraiment quelque chose qui est devenu, je ne sais pas, comme la boisson pour un alcoolique.
17:29Enfin, vous voyez, ça me fait penser à ce genre de choses.
17:34Et en même temps, quand je rentre dans l'eau,
17:39je ne peux plus aller là où je n'ai pas pied.
17:43J'ai peur.
17:44Vous voulez être depuis sa mort ?
17:45Depuis sa mort.
17:47Je ne peux plus aller là où je n'ai pas pied.
17:50Ce n'est pas très grave.
17:51Mais je le constate.
17:53Et je me dis, mais c'est fou.
17:55Pourquoi il me protégeait aussi quand j'étais dans l'eau ?
17:58Je ne sais pas.
17:59Je ne sais pas.
18:01Peut-être que c'est seulement l'âge.
18:03Peut-être que c'est...
18:04Mais c'est vraiment depuis qu'il n'est plus là.
18:08Je ne vais pas là où je n'ai plus pied.
18:10Mais je suis contente quand même.
18:11Mais vous nagez quand même beaucoup.
18:13Vous nagez quand même beaucoup.
18:14Je nage beaucoup en piscine.
18:17Je nage peu dans l'eau.
18:18Parce que c'est...
18:20Ou encombré en été.
18:22Donc, j'évite.
18:23Ou trop froid.
18:25Et je ne peux pas rester trop longtemps.
18:26Je ne suis pas comme toi avec les océans.
18:31Moi, il faut...
18:32L'eau peut être très froid.
18:33Mais j'aime.
18:34Il faut qu'il fasse beau dehors.
18:35C'est ça.
18:35Non, mais j'aime l'eau froide.
18:37Mais j'aime l'eau froide.
18:38Si l'eau est à 20 et il fait 20 dehors, je ne peux pas.
18:40Mais c'est ça.
18:41Si l'eau est à 15 et il fait 35 dehors, je peux...
18:44Oui, oui.
18:45Non, mais 20, 20, 20, 20, 20, 20, 30, c'est une famille qui s'appelle la caméra.
18:48C'est ça.
18:49Pas maintenant.
18:50Catherine, c'est aujourd'hui en Bretagne qui fait le plus chaud de toute la France.
18:54Si, si.
18:55Ah oui, c'est ça.
18:56Ah aujourd'hui.
18:56Oui, oui.
18:58Moi, contrairement à Perla, j'ai besoin d'une aide.
19:00Donc, j'ai trouvé un passage qui, évidemment, pour moi, renvoie tout à fait à ce que vous venez de
19:04lire de l'Abraham Salomé.
19:06C'était le 22 juillet 2021.
19:08Une absence aussi présente et inimaginable.
19:11Impossible à anticiper.
19:12Est-ce une bonne chose ?
19:13Comme si j'avais le choix.
19:15Ma vie est désormais tissée de ton absence.
19:18Et cette chose-là, c'est tissé de ton absence.
19:22Ce n'est pas seulement le fait d'écrire dans le journal.
19:25C'est toute une vie, toute une journée, toute une…
19:30C'est-à-dire chaque instant.
19:31Alors, je ne sais pas comment le dire autrement.
19:35C'est à chaque instant.
19:36Il est toujours là.
19:37Là, il est là.
19:39Là, il est là.
19:40Je ne vois pas son visage.
19:45Je ne vois pas son corps.
19:46Mais je sais qu'il est là.
19:48Et c'est une vraie présence.
19:52Et donc, ça vous reste bien ?
19:55Ah oui.
19:57Ah oui, bien sûr.
19:58Je l'emmène partout.
19:59Oui, oui, ça me rassure.
20:02Mais j'aimerais que je me réponde de temps en temps.
20:05Justement, j'ai trouvé ça si atroce d'avoir besoin d'une mère que je déteste.
20:10J'essaie toujours d'éviter.
20:12C'est exactement ce que vous venez de dire sur le « tu es partout ».
20:19C'était le 18 décembre 2021.
20:24Certains disent que les morts ne s'absentent pas, qu'ils deviennent seulement invisibles.
20:28D'un ego est de cela.
20:29Donc, comme Delphine en villeur, que les morts s'absentent, ils restent parmi nous.
20:33Nos fantômes, dit-elle, moi, je dis que tu es devenue intouchable et que tu es partout où je suis.
20:40Tu veilles sur moi et que tu me signifie que tu es bien là pour que j'arrête de pleurer
20:45ton absence.
20:46Je vis sur tes pas.
20:47Et c'est toujours le cas.
20:49Toujours le cas.
20:51Presque de plus en plus le cas.
20:54Et ce qui me manque le plus, c'est sa peau et sa main.
20:58C'est ces deux sensations-là qui, voilà, dont je suis totalement orpheline.
21:06Et sa présence, elle est bien là.
21:08Mais vous voulez dire qu'elle est plus présente que quand vous écriviez le journal ?
21:14Je crois que oui.
21:16Je n'ai pas posé la question, mais je crois que oui.
21:19Et donc, c'est elle qui a dû entraîner l'arrêt du journal ?
21:22Alors, je crois que c'est elle qui a dû entraîner l'arrêt du journal, probablement.
21:28Et le fait, pour moi, vraiment le plus important, encore une fois, pour le faire et le publier surtout,
21:36c'est presque comme s'il ne m'appartenait plus qu'à moi, ce chagrin.
21:43C'était pour partager le chagrin et pour partager l'expérience.
21:48Et c'est quand le livre a été fait et devenu un objet et que j'ai décidé de le
21:54publier avec Guillaume, Robert,
21:57qui est quelque part, pardon, chez Camarion.
22:00Il est là.
22:03Il est là.
22:04Alors, justement, près de la fin du journal, quand même, ça pourrait avoir un lien, le 12 septembre 2022.
22:11Hier, j'ai recommencé enfin à méditer.
22:14Ça s'est imposé à moi.
22:15Je médite dans la chambre, en portrait, face à moi.
22:18Ça me fait un bien fou, mes idées sont plus claires.
22:21Enfin, j'ai compris une chose.
22:23Marcher beaucoup m'assure un bon sommeil essentiel.
22:26C'est-à-dire que j'ai recommencé à faire ce que j'avais fait pendant 30 années de ma
22:32vie
22:33et qui s'était arrêté pendant ces deux années-là.
22:37Méditer, c'est une des choses.
22:40Et j'ai, voilà, médité tous les matins une dizaine de minutes.
22:43Et ça s'était arrêté pendant ces deux années-là.
22:46Et quand ça a recommencé, je me disais que c'était une étape.
22:53Mais quand vous dites, celui ne m'appartient plus, forcément,
22:57puisque dès qu'on donne quelque chose, on se dépossède un peu.
23:01Malgré tout, quand vous avez relu le manuscrit, qu'est-ce que vous avez pensé ?
23:06Une fois qu'il était presque publiable ?
23:13Alors, j'ai trouvé que j'étais, je crois, parvenue à exprimer
23:24ce qui me reliait à cet homme et me relie encore.
23:28Et en même temps, ce phénomène qui, moi, m'a le plus déboussolée,
23:35je ne parle pas du chagrin, mais le phénomène, qu'il était toujours là.
23:41Je ne savais pas que les morts étaient toujours là.
23:45J'ai lu toute une littérature et il y en a beaucoup sur la mort,
23:51la mort des gens qu'on aime, la mort des gens proches,
23:54pour essayer de voir si j'allais trouver comme ça des réactions,
24:01des sensations, des mots, qui allaient se rapprocher de ce que je vivais.
24:08J'avais besoin de me retrouver à l'intérieur d'une communauté
24:12pour ne pas, au début, j'ai cru que je devenais cinglée,
24:17mais j'ai été rassurée par les fantômes de Delphine Orvilleur
24:22qui disait qu'on avait des fantômes tous dans sa vie
24:25et que c'était tout à fait reconnu, normal, voilà.
24:29Et que d'ailleurs, dans la loi juive, c'était tout à fait précisé.
24:36Il y a une chose aussi que j'ai mis, pardon, c'est une parenthèse,
24:39dans la loi juive, j'ai appris à cette occasion
24:42que les cimetières s'appellent les maisons de vie.
24:48Et Jean-Louis n'est pas enterré dans un cimetière
24:50puisqu'il est enterré, il a choisi d'être enterré chez nous à la maison
24:54et que ça a été possible.
24:57Enfin, il a dit que peu de choses lui résistaient,
25:00donc il a fait en sorte que la chose devienne possible.
25:03Onze ans avant, nous nous sommes rendus dans ce lieu,
25:07lui et moi, extrêmement souvent, pendant les onze années avant sa mort,
25:12comme si c'était pour s'acclimater à qu'est-ce que c'est quand on est mort,
25:19et qu'est-ce que c'est quand on est mort et qu'on est là, enterré là.
25:24Et j'étais très heureuse, je crois que je le dis quelque part dans le livre,
25:30mais Jean-Louis était très effrayé par la mort.
25:33Il n'aimait pas en parler, il était très, très, vraiment,
25:39il ne pensait pas à se familiariser avec cette idée de la mort.
25:48Et on a, au cours de nos nombreuses conversations,
25:51je suis contente de pouvoir réussir à l'amener à vivre mieux l'idée de la mort.
25:59Il était en pleine forme, ce n'était pas du tout parce qu'il était malade,
26:03mais c'était bien avant ce travail.
26:06Et donc, aller se rendre ensemble à ce lieu,
26:10participer aussi de, en tout cas, le fait de rendre une perspective de mourir,
26:17un peu moins sévère.
26:20Et vous croyez que ça change quelque chose pour vous
26:22qu'il ne soit pas dans un cimetière de bûte, ça veut dire ?
26:26En tout cas, le fait qu'il soit dans cette maison
26:29m'a été très difficile ensuite pour revenir dans cette maison.
26:35Ça aussi, ça commence à aller mieux maintenant,
26:39mais j'ai cru que je ne pourrais plus venir dans cette maison.
26:44Et en même temps, là aussi, c'est des choses qui évoluent.
26:49Moi, je n'étais pas du tout pour,
26:52mais surtout, ce qui m'a posé des problèmes ensuite,
26:55c'est de me dire, évidemment, il avait prévu et souhaité
26:58que je sois enterrée également avec lui un jour là-dedans.
27:02Et je lui ai toujours dit, mais moi, je n'irai pas là-dedans.
27:06Ça, ce n'est pas du tout un endroit pour moi.
27:10Je ne me sens pas bien là.
27:12Moi, j'aime, je voudrais être vraiment de la manière la plus modeste.
27:17Voilà, je veux bien qu'on soit enterré dehors,
27:21voilà, avec des coquelicots qui pousseront autour de nous.
27:23Mais là, c'est quand même à l'intérieur d'une œuvre
27:29qu'il avait fait construire à cet effet,
27:32sans le dire d'ailleurs aux artistes
27:36qui sont venus ensuite, bien sûr, le voir dans ce lieu.
27:39Ils ont été très émus.
27:41Il les pensait à eux pour, voilà,
27:43ils ont trouvé que c'était une marque de confiance et d'amitié.
27:47Mais je ne sais toujours pas où je veux être enterrée.
27:51Mais je sais qu'il faut que je le laisse quand même aux gens que j'aime
27:54pour ne pas les perturber.
27:57J'hésite.
27:59Eh oui, c'est maintenant qu'il faut décider.
28:00Voilà, je crois que j'ai décidé dans ma tête.
28:03Et quand vous vous êtes relue,
28:05comme on parlait tout à l'heure,
28:07est-ce que vous avez bien vu que finalement,
28:09c'était à la fois un journal de deuil et un livre de vie ?
28:12Parce que tous les journaux de deuil,
28:13par exemple le journal de deuil de Roland Barthes,
28:15c'est magnifique,
28:16ce n'est pas du tout un livre de vie.
28:19Alors, le vôtre, pour moi, oui.
28:21Et pour vous aussi ?
28:23C'est évidemment un livre de vie.
28:25C'est évidemment un livre de vie.
28:27Et c'est vrai qu'il y a cette chose qui est quand même,
28:31qui traverse tout le livre
28:33et qui est profondément un trait majeur de mon tempérament,
28:39c'est que je suis né joyeux.
28:40C'est que c'est un cadeau du ciel.
28:44Voilà, alors la génétique,
28:46on nous dit que c'est 50% de ce que nous sommes.
28:49Après, il faut cultiver, il faut labourer,
28:52il faut faire en sorte que la vie vous mette dans des circonstances,
28:57voilà, les plus joyeuses possibles,
28:59et savoir se réjouir.
29:01Donc, je n'ai pas perdu ma joie.
29:04Elle est revenue assez vite.
29:06Et ça, c'est vraiment un trésor.
29:10Tout à l'heure, vous avez mentionné la loi juive,
29:12et puis dans le livre, vous parlez à un moment de Rosh Hashanah.
29:16C'est quoi votre rapport au judaïsme ?
29:19Ah, il est total.
29:20Je suis d'abord femme, ensuite juive.
29:27Et ensuite, je suis père là,
29:28je ne me reconnais qu'un prénom comme identité.
29:32ni Danan, qui est mon nom de jeune fille, comme on dit,
29:36ni Servan-Schreiber, qui est le nom que je porte
29:40depuis qu'à la demande de Jean-Louis,
29:43et en accord évidemment avec moi,
29:46j'ai porté son nom,
29:47puisque j'aurais pu garder.
29:48Parce qu'il le souhaitait.
29:50Il le souhaitait.
29:51Et vous, vous avez renié le nom du père.
29:54Eh oui, c'est ça.
29:56J'ai aussi fait ça.
29:57Mais non, sans culpabilité.
29:59Parce que je me reconnais cette identité que celle-là.
30:03C'est drôle.
30:04Est-ce que vous avez des questions ?
30:06Parce que ce serait bien d'avoir des questions.
30:08Parce que moi, je peux en avoir plein encore.
30:10Mais ce serait bien que quelqu'un se lance.
30:12Parce que c'est toujours le premier.
30:14Après, il y a plein de questions.
30:15Voilà.
30:15Je voulais savoir que tu fais beaucoup de mal
30:17à être écrite ou que ça t'a fait du bien ?
30:22Alors, ça m'a fait un bien fou.
30:25Ça m'a fait beaucoup de bien.
30:27Beaucoup.
30:29Quand on a cette chance de pouvoir mettre des mots sur quelque chose.
30:37Ce projet de partage aussi.
30:40D'essayer d'être le plus près possible d'une sensation.
30:45Surtout, en tout cas, pour ce livre-là particulièrement.
30:49C'est toujours vrai.
30:50Mais ça m'a fait beaucoup de bien.
30:53Vous voulez dire un peu plus sur le travail de réécriture ?
30:56Oui.
30:58Alors, ce travail de réécriture a été...
31:02C'est très curieux parce que j'ai à la fois la sensation
31:05d'avoir beaucoup travaillé, ce que j'ai fait.
31:09Et en même temps, il y avait déjà dans le premier jet spontané
31:13ces phrases très courtes, comme elles sont là.
31:17et presque comme quelque chose d'un peu haletant qui était là.
31:22Mais j'ai beaucoup, beaucoup, évidemment,
31:28essayé de supprimer le maximum d'adjectifs,
31:31ces foutus adjectifs quand on l'écrit
31:34et qui viennent encombrer n'importe quelle phrase.
31:38Ça a été pour moi un exercice extrêmement agréable
31:42que de travailler vraiment cette écriture-là particulièrement.
31:47J'ai eu le sentiment que c'est le livre que j'ai le plus travaillé.
31:52Le sentiment que j'aime avec les chèvres,
31:54c'est que c'est que c'est un travail d'accord.
31:56C'est comme une question de...
31:59Je ne sais pas de maîtriser,
32:01mais en fait, on écrit dans un travail
32:03et en fait, on reconstruit.
32:05On a des réconstruis.
32:06Complètement.
32:07Quand on travaille en ligne.
32:08Mais c'est exactement ça.
32:09Alors, on le redonne.
32:10Oui.
32:11Oui, c'est...
32:11On redonne lui et il renaît et il est là.
32:15Ça devait être dur de l'arrêter.
32:17Ah, ça, ce n'était pas facile.
32:20Ça, ce n'était pas facile.
32:22Je ne savais pas.
32:23Je ne savais pas où l'arrêter.
32:24Je ne savais pas pourquoi là et plutôt là.
32:27Et parce qu'au fond, il aurait pu continuer après le journal.
32:30Oui.
32:31Il aurait pu dire des choses que vous venez de dire maintenant
32:34sur l'après.
32:35L'après, ce moment où l'écriture cesse.
32:37Mais j'ai ressenti vraiment
32:42comme une nécessité de l'arrêter là.
32:44Vous l'avez arrêté le jour anniversaire de sa mort.
32:48Parce que le dernier dernier, c'est le 28 novembre.
32:49Le jour de l'anniversaire de sa mort.
32:52Deux années après sa mort.
32:54Mais vous disiez que ça vous a fait du bien de réécrire,
32:57comme expliquait Catherine,
32:59cette manière de travailler la matière en quelque sorte.
33:02Mais ce livre, maintenant l'objet,
33:05ça vous fait du bien aussi de voir ça ?
33:07Oui, franchement, oui.
33:09Et c'est vrai que ça fasse du bien à d'autres.
33:11Vous savez, il te sort aujourd'hui,
33:12donc vous ne pouvez pas encore savoir,
33:13mais je pense que vous allez recevoir des tonnes de témoignages.
33:17Ça me fera très, très, très, très, très plaisir.
33:19Parce qu'il y a une espèce de...
33:21Si on a vécu des choses approchantes,
33:23on se reconnaît.
33:25On a l'impression de se mettre un peu dans vos pas.
33:27Et c'est mieux dit.
33:29Et vous allez retirer les adjectifs,
33:30alors qu'on a tendance à faire trop d'adjectifs
33:32quand on est un peu pris dans le sentiment.
33:35C'est vrai, c'est vrai.
33:36C'est vrai qu'il y en avait énormément.
33:39Et tout d'un coup,
33:40ils me sont apparus comme vraiment,
33:43pas seulement inutiles,
33:44mais contre-productifs,
33:46j'ai envie de dire.
33:47Ça trahissait presque ce que je ressentais profondément.
33:52J'ai essayé d'être profondément honnête.
33:55J'ai essayé d'être vraiment profondément honnête.
33:59Mais ce qui est très frappant aussi,
34:00c'est que ça dit les choses très clairement
34:04et c'est public en même temps.
34:06Il n'y a pas d'étalage.
34:14Effectivement, heureusement,
34:15merci de me le dire
34:16parce que ça, ça aurait été vraiment pour moi compliqué.
34:19Mais s'il y en a eu,
34:20on ne serait pas là en train de se parler.
34:23Ça, c'est vraiment bien.
34:25Oui, oui, horrible.
34:29Merci.
35:06En pensant à lui ?
35:07Ou quelqu'un d'autre me guiderait ?
35:13Non, je n'ai pas ressenti ça.
35:20Non.
35:21J'étais au contraire
35:24comme je l'étais,
35:27c'est-à-dire profondément seule.
35:30profondément seule
35:31et dans un effet de cocon très particulier
35:34qui était dans un chagrin
35:37qui commençait non pas à se transformer,
35:40mais à occuper une place
35:41qui laissait de la place
35:43à d'autres sensations
35:45et d'autres sentiments.
35:47J'étais très attentive à ça
35:50pour que l'on sente l'absence
35:56et de moins en moins le chagrin
35:59parce que celui-là,
36:00il n'appartient qu'à moi.
36:03Justement, pour continuer
36:04sur cette question de la présence des morts,
36:07vous vous dites, en effet,
36:08tu es partout,
36:09tu es avec moi partout.
36:10Vous avez la sensation
36:11d'une communication ou pas ?
36:15Alors,
36:16je lui parle beaucoup.
36:19Évidemment,
36:20je...
36:20Est-ce qu'il répond ?
36:21Comment ?
36:21Est-ce qu'il répond ?
36:22Eh bien, non, il ne répond pas.
36:26Ça l'embête, d'ailleurs.
36:30Je ne sais pas.
36:32Mais, non.
36:33Il ne répond pas.
36:34J'attendais que vous me disiez
36:36qu'il répondait.
36:39Non.
36:47Non.
36:50Il n'y a rien à faire.
36:51Il ne parle pas.
36:56Moi, je repense
36:57à ce que tu disais au début
36:58avec la main
36:59et ton grand-père.
37:00Est-ce que ton grand-père,
37:02tu...
37:03Non.
37:03Est-ce que tu as aussi
37:05cette sensation très bonne ?
37:07Alors, elle est évidemment
37:08infiniment moins fréquente,
37:09d'abord parce qu'il est mort
37:10il y a très longtemps.
37:12Mais, oui, bien sûr.
37:14D'accord.
37:14Parce que j'essaie,
37:15bon, moi,
37:15je n'ai pas perdu
37:17de partenaire.
37:18J'ai perdu un grand-père,
37:19un père,
37:20un ami.
37:20Oui, c'est ça.
37:22Mais je n'ai pas comme ça
37:24cette sensation de...
37:25Ça ne ressemble à rien.
37:27Alors, vraiment,
37:28ça ne ressemble à rien.
37:30Mais le grand-père,
37:31c'était un deuil fort,
37:33quand même.
37:33le deuil du grand-père.
37:34Non, c'était un deuil
37:35très doux.
37:36Pacifique.
37:37Très doux.
37:38Oui, très, très doux.
37:39Est-ce que le titre
37:40est très fort
37:41« Vivre sans toi » ?
37:42Déjà, comment...
37:43Après, pardon.
37:45Mais au début,
37:46c'était sans toi.
37:48D'où il est venu,
37:49comment il est choisi ?
37:50Et le truc,
37:51c'est quoi alors
37:52« Vivre sans toi » ?
37:54Comment vous...
37:55Comment vous...
37:59Je ne donne pas
38:02différentes définitions
38:03au mot de vivre ?
38:06Je vive différemment,
38:08bien entendu,
38:09mais je ne peux pas dire
38:12que c'est moins intense,
38:14plus intense.
38:16Il y a une différence
38:17avec la permanence
38:19qui est celle
38:19de mon tempérament,
38:22de celle que je suis,
38:23de gens qui m'entourent,
38:24de ma famille,
38:25de mes amis.
38:26pour qui, évidemment,
38:28après la mort de Jean-Louis,
38:30je me rends compte
38:31que j'ai bien sûr
38:31beaucoup plus de temps
38:33à consacrer,
38:34justement,
38:35à d'autres personnes
38:36qui comptent énormément
38:37pour moi,
38:38qui ont toujours compté,
38:39mais que j'ai tout à fait
38:41la conscience
38:42d'avoir mis de côté
38:43parce que la relation
38:44avec Jean-Louis
38:45était tellement intense
38:48que j'ai eu vraiment
38:50le sentiment profond
38:52qui m'a été douloureux,
38:54mais qu'il a fallu
38:55que j'accepte d'abord
38:56qui était celui
38:57d'abandonner
38:58des gens que j'aimais
38:59parce que j'avais là
39:01quelque chose
39:02à comprendre,
39:04à digérer,
39:05à construire.
39:07Ça n'a pas toujours
39:08été simple,
39:09c'est jamais comme ça
39:11linéaire,
39:11une vie, bien sûr,
39:13et même dans un couple
39:15qui s'aime énormément.
39:16Mais il y a,
39:18j'avais absolument besoin
39:20de rentrer dans son monde
39:22à lui.
39:24Tout à l'heure,
39:24on parlait du moment
39:25où vous dites
39:25que cette sensation
39:27de marcher à côté
39:28de sa vie,
39:28vous l'avez toujours
39:29ou pas ?
39:30Si,
39:31vous l'avez toujours
39:32de marcher
39:33à côté de ma vie.
39:35Une autre vie ?
39:37Non, c'est...
39:39C'est-à-dire une vie
39:40qui est plus proche
39:42de la mort.
39:44Parce que cette idée
39:45que je vais le retrouver,
39:47vous voyez,
39:47c'est une petite connerie,
39:48mais elles sont vraies.
39:50Vraiment,
39:51c'est vraiment ça,
39:52l'idée que
39:53ce n'est pas possible
39:54qu'on ne se retrouve pas.
39:56Non, mais c'est quand même
39:56ce que vous disiez,
39:57c'est-à-dire que
39:58l'amour évite
39:59qu'on pense à la vieillesse
40:01tant qu'il est là.
40:02On n'y pense qu'après.
40:03Oui.
40:04Non, mais la vieillesse,
40:06oui, c'est-à-dire la mort,
40:07tu veux dire.
40:08Ce n'est pas la vieillesse,
40:09la mort.
40:11Votre tradition,
40:12vous avez le temps
40:13à l'étudier
40:13à quelqu'un,
40:14c'est le titre.
40:14Ah oui, alors le titre,
40:16oui.
40:16Je ne veux pas
40:17pour dénoncer.
40:18Alors, le titre,
40:20alors je ne sais pas.
40:21Il dénonce,
40:21en plus il dénonce.
40:22Je ne sais pas,
40:23j'en ai répondu,
40:24voilà.
40:25Ce que je voulais
40:26traduire dans ce titre
40:28et que finalement
40:29je n'ai pas fait
40:30puisque mon éditeur
40:31me l'a conseillé
40:32et je crois
40:33qu'il a eu raison,
40:34je voulais exprimer
40:36cette chose
40:37qui est pour moi
40:38la plus,
40:39qui a été
40:40la plus difficile
40:42à rencontrer,
40:43à accepter
40:44et à vivre
40:45qui était
40:45cette absence présence.
40:48Ah oui,
40:48mais ce n'est pas un bon titre,
40:49il avait raison.
40:50Non, mais c'était
40:50c'était
40:53vivre sans toi
40:55mais toujours avec toi.
40:56Non,
40:56c'est un très mauvais titre.
40:57Par contre,
40:58il y a des mots
40:58qui ont cité
41:02tissés de ton absence.
41:03Oui,
41:04c'est beau.
41:05Oui,
41:05c'est beau.
41:06Mais ça met plus
41:07l'accent sur l'absence
41:08alors que vivre après ça
41:09met l'accent sur le vivre.
41:11C'était vraiment ça
41:12le projet
41:13et le fait que Guillaume
41:15me conseillait
41:16de me contenter
41:19de ces trois mots
41:20rend encore plus
41:22l'idée de vivre
41:23comme étant
41:26dominante.
41:27Il y a eu d'autres types ?
41:29Il y a eu d'autres types ?
41:30Oui,
41:30il y en a eu d'autres.
41:31Non,
41:31il y en a eu moins.
41:32Pas tellement ?
41:34Très vite,
41:34oui,
41:35il y en a eu
41:35trois.
41:36Très vite.
41:38Est-ce que
41:39ce genre
41:40a changé
41:42sa relation
41:43avec les livres ?
41:45Bien sûr.
41:47Pourquoi ?
41:48Pourquoi ?
41:49Pourquoi ?
41:49Ah bon,
41:49d'accord.
41:49Non,
41:50pas pourquoi.
41:50Alors ça,
41:50ça dépend de la personne
41:51que j'ai en face de moi.
41:53Ça dépend de la personne
41:55que j'ai en face de moi.
41:56Mais
41:58la quasi-totalité
42:00des personnes
42:01que je vois régulièrement
42:03ont connu aujourd'hui.
42:06Il y a vraiment
42:08la quasi-totalité.
42:10Et d'ailleurs,
42:11je ne peux pas,
42:14je peux difficilement
42:17m'interdire
42:18d'évoquer son nom
42:19ou quoi que ce soit
42:20que j'ai fait,
42:21vous voyez,
42:21parce qu'avec quelqu'un
42:22qui ne le connaîtrait pas,
42:24je suis moins portée
42:27à le faire.
42:28Moi,
42:28je ne l'ai connu
42:28que par procuration.
42:30Je l'ai connu bien,
42:30mais par procuration.
42:33C'est vrai.
42:34Tu l'as connu bien
42:34par procuration.
42:36C'est vrai.
42:37D'où cette place
42:38que tu as aujourd'hui
42:40dans notre amitié.
42:45On n'a pas fait le tour.
42:47On n'a pas fait le tour,
42:47pourtant.
42:47Il y a encore
42:48de plein de choses
42:48à dire.
42:49Non,
42:49mais c'est...
42:50On peut très bien
42:51vous libérer
42:52et voilà.
42:54Je vois,
42:55je crois que c'est
42:55ce que disait Catherine
42:56sur le travail,
42:59le travail sur le texte.
43:01C'est très bien
43:02quand elle dit ça.
43:03Finalement,
43:03ça donne une nouvelle vie
43:06à la chose.
43:07Oui.
43:08À la personne.
43:10Ça donne une nouvelle vie.
43:11Ce qui était un journal
43:13un peu de manuel de survie,
43:16comme on disait au départ.
43:16Ah oui,
43:16de survie, c'était.
43:17Il devient un livre.
43:18En désordre.
43:19Il devient quelque chose
43:20qui rend sa vie
43:21vraiment à quelqu'un.
43:22Oui,
43:23c'était vraiment ça.
43:28Et je ne sais plus
43:29qui l'a lu.
43:30en tout cas très récemment.
43:32Une de mes amies,
43:34elle me dit
43:34mais ce qui est merveilleux,
43:36c'est que tu le fais vivre.
43:37Oui.
43:38C'est Jean-Louis vivant
43:39qu'on a
43:40en traversant ce livre.
43:42Et ça,
43:43ça peut...
43:43Rien ne peut me faire
43:44plus plaisir.
43:45Ah mais oui,
43:45on le voit en action
43:47à la gym du matin.
43:49Vous partez avec le chien
43:50et lui fait sa gymnastique
43:52très stricte.
43:54Ça fait pas seulement
43:55le rituel,
43:55mais la discipline.
43:56Mais aussi,
43:57il se regardait
43:58dans le miroir
43:58comme ça
43:59pour voir.
44:00qu'il était bien plat,
44:01qu'il avait les ventres plats.
44:04C'était délicieux
44:05de le voir comme ça
44:05parce que moi,
44:06je déteste les miroirs.
44:07Lui,
44:08il adorait se regarder
44:09dans un miroir.
44:10Ça,
44:10c'est très masculin.
44:12Hein ?
44:12Ils ne le disent pas,
44:13mais c'est très masculin.
44:13Oui,
44:13c'est ça.
44:15J'ai un jour déjeuné
44:16avec quelqu'un.
44:17C'était dans une base
44:18où il y avait un miroir.
44:19Le type ne m'a pas regardé
44:21de tout le déjeuner.
44:21Il a regardé,
44:22il s'est regardé
44:23lui dans le miroir.
44:25Moi,
44:25j'ai envie de lui dire,
44:26bon,
44:26je n'ai rien dit,
44:26mais c'est le dernier déjeuner.
44:29D'ailleurs,
44:29il y a une chose
44:30qui,
44:30moi,
44:31quand j'ai relu
44:31et tout,
44:32je me suis dit,
44:33mais cet homme,
44:33j'ai travaillé avec lui
44:36pendant 34 ans.
44:37On a travaillé,
44:38non pas 34,
44:39mais en tout cas
44:39une vingtaine
44:40d'années ensemble.
44:42Et ça,
44:43alors,
44:43le monde
44:44du univers
44:45du travail ensemble,
44:46il n'est pas là-dedans.
44:48Non.
44:48Il est cité.
44:49Il n'est pas du tout,
44:50du tout.
44:51Il n'est pas incarné
44:52du tout dans le livre.
44:52Pas du tout.
44:53Pas du tout.
44:55Ce qui est incarné,
44:56c'est la vie intime,
44:58la proximité,
45:00la manière
45:00de voir le monde ensemble,
45:02la pensée.
45:04Personne qui dit
45:04le mot juste
45:05ne le trouve pas,
45:06évidemment,
45:06il ne le trouve plus
45:06et il ne le répond pas.
45:08Non,
45:08il ne répond pas.
45:10Mais le travail,
45:11c'est vrai,
45:11alors que vous avez fait
45:12beaucoup de choses
45:14en France,
45:14au Maroc,
45:15ça n'existe pas du tout.
45:18On a eu
45:19des moments
45:21vraiment
45:22de succès,
45:23de triomphe,
45:24des moments
45:25d'égringolade
45:26et de désespoir,
45:28même sur le plan
45:29financier,
45:30même sur le plan
45:32professionnel,
45:32bien sûr.
45:33On a connu
45:34les crises
45:35et puis
45:35les rebondissements
45:37merveilleux
45:39grâce à des équipes
45:40formidables
45:40qu'on avait,
45:42voilà,
45:42qu'il avait su
45:45réunir autour de lui
45:46à psychologie.
45:48Vraiment.
45:48Peut-être qu'il faudrait
45:49nous venir
45:49sur le sujet.
45:52Ah ben voilà,
45:53il faut y aller.
45:54Parce que je sais
45:55qu'une fois,
45:55vous m'avez raconté
45:56que vous aviez déménagé
45:57au Maroc
45:57et que vous avez fait
45:58un journal au Maroc.
46:00Oui,
46:00on a vécu
46:01presque quatre ans
46:02au Maroc.
46:03Il adorait le Maroc,
46:04bien avant
46:04de me rencontrer,
46:05mais il adorait le Maroc.
46:06Il pensait
46:07qu'on pouvait
46:07parler au roi
46:08n'importe comment.
46:09Ah mais,
46:09il l'a fait.
46:12Il l'a fait.
46:14Non,
46:14il y a quelques récits.
46:17Oui,
46:17c'est pour ça
46:17que ce serait bien
46:18ces récits
46:18que vous racontez
46:19de temps en temps
46:19quand on parle.
46:20Moi,
46:21j'aimerais bien
46:21les lire.
46:22Quand il est arrivé
46:23au Maroc,
46:24il y avait
46:24la première fête
46:25du trône.
46:28Le roi
46:28fait le fameux
46:29discours du trône
46:31et à la conférence
46:32de rédaction,
46:34il nous dit
46:34alors on va titrer
46:36bien sûr
46:36sur le discours
46:39du roi
46:41et on va mettre
46:42par exemple
46:43voilà ce qu'on a
46:44à retenir
46:45là-dedans,
46:46les trois ou quatre choses.
46:47C'est un truc normal.
46:51Silence total.
46:52J'ai cru
46:53qu'on était
46:55six ou sept
46:55qui allaient
46:56s'étouffer.
46:59J'ai dit
46:59mais Jean-Louis,
47:01on n'a pas le droit
47:02de commenter
47:03la parole royale.
47:05Il me dit
47:06je ne la commande pas,
47:07je la résume.
47:09On ne rentre pas
47:11dans la parole royale
47:12par aucune porte.
47:14Ah bon ?
47:15Et qu'est-ce
47:16qu'on peut dire
47:17alors ?
47:17Ah ben,
47:18on peut dire
47:19à sa majesté
47:20le roi
47:22inauguré
47:22à la mosquée
47:23de je ne sais quoi
47:24fait le discours
47:25etc.
47:26Ah ben voilà,
47:26point final.
47:28Il n'a pas pu
47:30supporter ça
47:31et il a quand même
47:33résumé
47:33les paroles
47:35du roi
47:35sans
47:35la moindre
47:37critique.
47:39Le lendemain matin,
47:41on a été convoqués
47:42au ministère
47:42de l'Intérieur
47:44tous les deux
47:46par
47:47les tueurs
47:48de l'époque,
47:49celui qui a fait
47:50le fameux
47:52bagne horrible
47:53des Taz Mamarque
47:55dans le sud
47:56marocain
47:57et on a été
47:59convoqués
48:00par cet homme
48:01et là,
48:01ce qui était
48:02absolument formidable,
48:03il était juste
48:04en deux minutes,
48:05c'est que
48:06il nous a convoqués
48:09donc on était là,
48:11on était assis
48:12tous les deux
48:12comme ça
48:13et pendant
48:15une heure et demie,
48:19ce ministère
48:19s'est fait
48:20ce qui est
48:22assez bel homme
48:23et insupportable
48:27l'autre génération
48:31pardon
48:32mais j'ai oublié
48:33son nom
48:33il ne s'est adressé
48:35qu'à moi
48:37exclusivement
48:39il s'est adressé
48:40en français
48:41en me parlant
48:42de ma famille
48:43de moi
48:43sa fille
48:44j'étais à jour
48:44inutile de vous dire
48:45c'était le premier
48:46flic du Maroc
48:47donc mes ancêtres
48:49fesses
48:50la synagogue
48:51les je ne sais pas quoi
48:52les tout
48:53tout
48:54tout exclusivement
48:55à moi
48:56et heureusement
48:57j'avais dit à Jean-Louis
48:58mais on ne sait jamais
48:59quand il obéit
49:00parce qu'il fait
49:00tout ce qu'il veut
49:01je lui avais dit
49:02il ne faut absolument
49:04pas s'adresser
49:05en premier
49:07à cet homme
49:08c'est lui
49:08qui doit s'adresser
49:09à vous
49:09et à partir de là
49:10vous pouvez répondre
49:11c'est pareil pour le roi
49:12parce qu'on avait
49:13été reçu par
49:16et ça a duré
49:17une heure
49:18et après
49:19on s'est levé
49:21et il lui dit
49:22vous savez
49:23elle c'est une vraie
49:24Marocaine
49:25elle connait
49:25les lois ici
49:27il faut que vous
49:28l'écoutiez
49:30parce que sinon
49:34mais on n'en arrivera pas
49:38là vous avez décidé
49:39de déménager
49:40on est reparti
49:45j'ai le nom d'Oufkir
49:47maintenant
49:48et j'ai oublié son nom
49:49c'est pas Oufkir
49:49très bel homme
49:50très charmant
49:51avec beaucoup de charme
49:52c'est un diable
49:53c'est un monstre
49:55c'est un
49:57merci
49:59merci
49:59merci
50:00merci
50:00merci
50:01comme vous l'avez vu
50:02il y a un nouveau livre
50:04en chantier
50:05forcément
50:06tout ça on a envie
50:07de le lire
50:08et cette histoire
50:09de psychologie
50:11depuis le moment
50:12où vous avez
50:12gagné beaucoup d'argent
50:13puis perdu beaucoup d'argent
50:14et puis
50:14c'était une aventure
50:16on a fait
50:17on a fait ça
50:20donc
50:21la seule chose
50:22qu'on n'ait pas fait
50:23c'est des enfants
50:24mais
50:25on a eu la chance
50:27d'avoir
50:28ensemble
50:29des petits enfants
50:31et ça
50:31ça a été
50:33un grand
50:33grand
50:34grand
50:34cadeau
50:35de la vie
50:35et ça
50:36c'est forcément
50:37lui
50:37qui
50:38me les a offert
50:40vous pensez
50:41que si vous aviez
50:41été plus jeune
50:42vous auriez eu
50:42des enfants
50:43avec vous ?
50:44non
50:46non j'avais vraiment
50:46pas envie
50:47de le lire
50:47je comprends
50:50je comprends
50:50ne l'ayant pas fait
50:51moi-même
50:51je comprends
50:52mais c'est vrai
50:53j'avais pas envie
50:54d'avoir des enfants
50:56bon en tout cas
50:57ce livre
50:58le ciel m'en a offert
50:59ce livre
50:59il faut le lire
51:01il faut absolument
51:02le lire
51:03on en a parlé
51:04mais c'est pas pour ça
51:05qu'il faut pas le lire
51:07parce que
51:08ce qui est vraiment
51:10qu'on peut pas résumer
51:11ici
51:12c'est que
51:13le bonheur
51:14de ce livre
51:14c'est d'aller avec
51:16d'avancer avec vous
51:17dans les jours
51:18dans les jours
51:18et dans les années
51:21je suis contente
51:21de l'avoir laissé
51:22sous forme de journal
51:23oui c'est bien
51:24je trouve que c'est très bien
51:25c'est quand même plus léger
51:28quand même
51:29je trouve
51:31je veux dire
51:31comme approche
51:33de la mort
51:35en tout cas
51:36j'aime beaucoup
51:37les journaux
51:38déjà
51:39je suis peut-être
51:39mauvaise
51:40j'adore les journaux
51:42intimes
51:42et les correspondances
51:43j'adore ça
51:44moi aussi
51:44j'adore ça
51:45donc ça me plaît
51:46beaucoup
51:46que ce soit un journal
51:48c'est cette espèce
51:49de rythme du temps
51:51et des différentes saisons
51:52on voit pas les choses
51:54pareilles
51:54et puis le rythme
51:55est différent
51:56il y a des pages
51:56où il y a trois lignes
51:57et puis il y a des pages
51:58qui sont plus longues
52:01et c'est un peu
52:03comme la vie
52:06bon
52:07alors
52:07je vais faire comme
52:08Bernard
52:08si vous voulez
52:11ne le fassez
52:11lui
52:11je rembourse
52:14il a dit ça
52:15il a dit ça
52:16quand il aimait beaucoup
52:17le livre
52:17il disait
52:18si vous n'aimez pas ce livre
52:19je vous rembourse
52:20si vous n'aimez pas ce livre
52:21je vous rembourse
52:23je sais que j'aurais rien
52:24il a particulièrement
52:25résolu en lui
52:27ce livre
52:28oui oui
52:29oui oui
52:30compris
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