- il y a 42 minutes
- #lesrencontresdelecume
Chères lectrices, chers lecteurs,
Jeudi 16 avril, nous avons eu le plaisir d'accueillir Pablo Gubitsch pour une soirée autour de son premier roman paru aux Impressions nouvelles : Quitter Forbach.
🎙️ Discussion animée par Frédéric Lecloux et Mélanie Dufour
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
-
La Quatrième : Ils veulent nous dire comment nous habiller. Comment parler. De bons toutous. Pour ça qu’on loupe pas une occasion de se faire remarquer, d’entrer en résistance, de montrer que oui, on s’en branle, qu’on est jeunes et qu’on s’amuse, qu’on fume et qu’on boit, tôt, bien trop tôt pour eux, mais quand même, peuvent gueuler autant qu’ils veulent, ils nous auront pas, et s’il le faut ils se retourneront dans leurs tombes quand nous on sautera dessus en braillant. Quand t’es jeune à crever, y a mieux à faire de ton corps et de ta vie, je le sais. Parce que la suite on la connaît. Alors dans cette prison à ciel ouvert que certains appellent la vie, nous on décide de s’ouvrir la tête, d’y foutre plein de merdes qui te font voir les choses autrement, plus colorées et musicales. Parce que si les rues et les bâtiments changent pas, nous on peut le faire, ne serait-ce qu’un instant, juste ce qu’il faut pour côtoyer de plus près la folie et le paradis, trouver de nouveaux chemins là où d’autres voient des impasses.
Pablo a quitté Forbach, une petite ville du bassin minier lorrain, en 2017. Ses notes sont au cœur de ce récit, dans lequel il tente de maintenir en vie un passé pas si lointain mais déjà disparu, fait d’anecdotes, d’excitation, d’histoires incomplètes, d’espoirs et de désillusions.
#lesrencontresdelécume
Jeudi 16 avril, nous avons eu le plaisir d'accueillir Pablo Gubitsch pour une soirée autour de son premier roman paru aux Impressions nouvelles : Quitter Forbach.
🎙️ Discussion animée par Frédéric Lecloux et Mélanie Dufour
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
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La Quatrième : Ils veulent nous dire comment nous habiller. Comment parler. De bons toutous. Pour ça qu’on loupe pas une occasion de se faire remarquer, d’entrer en résistance, de montrer que oui, on s’en branle, qu’on est jeunes et qu’on s’amuse, qu’on fume et qu’on boit, tôt, bien trop tôt pour eux, mais quand même, peuvent gueuler autant qu’ils veulent, ils nous auront pas, et s’il le faut ils se retourneront dans leurs tombes quand nous on sautera dessus en braillant. Quand t’es jeune à crever, y a mieux à faire de ton corps et de ta vie, je le sais. Parce que la suite on la connaît. Alors dans cette prison à ciel ouvert que certains appellent la vie, nous on décide de s’ouvrir la tête, d’y foutre plein de merdes qui te font voir les choses autrement, plus colorées et musicales. Parce que si les rues et les bâtiments changent pas, nous on peut le faire, ne serait-ce qu’un instant, juste ce qu’il faut pour côtoyer de plus près la folie et le paradis, trouver de nouveaux chemins là où d’autres voient des impasses.
Pablo a quitté Forbach, une petite ville du bassin minier lorrain, en 2017. Ses notes sont au cœur de ce récit, dans lequel il tente de maintenir en vie un passé pas si lointain mais déjà disparu, fait d’anecdotes, d’excitation, d’histoires incomplètes, d’espoirs et de désillusions.
#lesrencontresdelécume
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Art et designTranscription
00:01bonjour à toutes et tous et merci aux libraires de nous accueillir pour cette rencontre et merci
00:07à vous d'être présente et présente est ce que vous m'entendez bien comme ça est ce qu'il
00:11faut
00:11que je lève un peu la voix non c'est bien ok on a on n'a pas mis les
00:16les enceintes alors je sais
00:19qu'il est normalement plus agréable que le modérateur vous voit ses invités pour une telle
00:24rencontre ça installe moins de distance entre avec le public mais avec pablo on a quand même
00:30traversé toute une année de travail autour de laquelle on a fréquenté des territoires assez
00:37intimes dans la création donc vous voyez ça me semblerait vraiment très bizarre j'avais prévu
00:41de vous voyez son éditrice mélanie des fours parce qu'on s'est parlé au téléphone pour la première
00:46fois hier mais on s'est tutoyé dès qu'on est arrivé donc j'ai tutoyé tout le monde voilà
00:50donc quelques
00:51présentations pablo gobic tu es donc photographe écrivain tu es né en 1998 98 tu t'es formé à la
00:59photographie à l'ETPA de toulouse où tu as obtenu le grand prix en 2024 et la même année tu
01:03as été
01:04l'un des cinq lauréats de la cinquième édition du mentorat photographique du fond régner avec
01:08l'agence vue dont le responsable pédagogique est parmi nous mathias agence dont je suis membre
01:19distribué et mentorat dont je dirige l'atelier d'écriture depuis le début et c'est à cette
01:25occasion que j'ai donc rencontré pablo et c'est donc ce mentorat qui me vaut le plaisir de me
01:33vaut
01:33le plaisir d'animer cette discussion et de vous avoir parmi nous et pablo je te remercie chaleureusement
01:39pour ton invitation et mélanie tu es donc éditrice aux impressions nouvelles une maison d'édition
01:45russelloise forestoise même si j'ai compris l'adresse indépendante et généraliste dont
01:50la ligne éditoriale se situe c'est juste bien pour nous au croisement de la littérature de
01:54l'image et de l'image donc vous publiez aux impressions nouvelles de la bande dessinée du
01:59cinéma de la télévision des livres sur la télévision des essais sur tous ces sujets mais
02:04aussi donc pour ce qui nous concerne ce soir la photographie parce que même si il n'y a pas
02:09de photographie dans le livre à part la couverture et bien elle ne joue pas un rôle anodin dans ce
02:15texte voilà nous sommes à paris pour parler de souvenirs de lorraine publié à bruxelles est ce que
02:22jusqu'ici tout va bien bonsoir antoine merci d'être parmi nous voilà alors pour commencer je pense
02:32qu'il ya des fort bac quoi dans la salle mais je pense que bien aussi beaucoup qui voient pas
02:36du
02:37tout de quoi il s'agit donc on va planter le décor si tu veux bien pablo parce qu'avant
02:42qui était
02:43for back et bien fait nous y balade pendant 257 pages donc il faut quand même qu'on se qu
02:47'on se fasse
02:48une petite idée de ce territoire quand tu y entres tu as 13 ans le roman est scandé par tes
02:56anniversaires
02:57réguliers quand tu nous quittes et fort bac aussi tu en as 19 entre les deux il ya six années
03:03de
03:03doute de déconnade là je vais lire ma liste parce que j'ai partenu tout par coeur d'extase d
03:07'ennui de
03:08désir de joie d'échec de fuite de flic d'alcool de drogue d'amitié d'amour de déglingue de
03:13débrouille
03:13de faim de rêve de vomi de fumée d'ivresse de soif de skate de soirée bordélique de bahus subis
03:18de plans
03:19foireux de sexe en attente de parents embêtants de sexe assouvis parce que j'avais écrit de manque de
03:24fric et de trajet de bus vers nulle part six années à te chercher où tu comme tu dis à
03:30peu près dès le
03:31début du livre tu es aussi contrairement constamment entre les autres et toi six années à vivre autant
03:37que cette ville le permet fort bac département de la moselle dans l'ancien bassin ou y est lorrain
03:41frontière allemande pas loin 200 mille 2439 habitants en 2023 et moi j'ai l'impression que
03:47davantage que toi et ta bande de copains c'est cette ville le personnage principal en tout cas un des
03:52personnages principaux est ce que tu peux commencer par nous aider à nous faire une idée de de cette
03:58ville et de vous dedans comment vous y évoluez bon déjà c'est bien résumé temps en accumulation par
04:05rapport aux livres c'est ça me plaît plutôt bien ensuite fordac moi ça me semble important de
04:11préciser que je n'y suis pas né et c'est un territoire que j'ai découvert à l'âge
04:15de 12 13 ans quand j'ai
04:17suivi ma mère et mon beau-père qui était alors muté avec son son travail là bas et donc ça
04:24déjà à
04:25cet âge là à cet âge là changer de changer de vie quitter ses amis pour atterrir dans un nouvel
04:35endroit qu'on connaît pas c'est déjà quelque chose qui peut être un peu un peu bouleversant
04:41mais donc tout ça pour dire que vers 12 13 ans il y a vraiment eu un choc de la
04:45de la découverte
04:46d'une région que je connaissais pas donc j'étais totalement ignorant de à la fois de son histoire
04:50de sa culture franco allemande de son passé industriel et j'ai vraiment une réaction un peu
04:56de je dirais de choc de déjà de la découverte de quelque chose qui m'était étranger de l'accent
05:02lorrain qui quand on connaît pas c'est quand même un truc assez rude de tout un patois de et
05:07puis même
05:07si à l'époque j'avais pas forcément les les outils intellectuels pour comprendre ne serait-ce que les
05:13classes sociales ou la misère sociale c'est quelque chose que j'ai ressenti assez fortement dès mon
05:17arrivée donc premièrement ça a été voilà une réaction très émotionnelle et qui a conditionné je pense
05:23ma vision de for back tout du long de mon adolescence et et oui du coup c'est c'est
05:30vraiment le le cadre
05:31dans lequel les personnages déploient leur jeunesse leur liberté et c'est pour moi c'est un roman vraiment
05:37d'errance qui se passe dans une ville où petit à petit chaque recoin devient connu devient refuge
05:43devient un territoire qu'on s'approprie pour pour pour apprendre les choses de la vie et pour que pour
05:51tromper l'ennui et donc le livre commence à la fin du collège en fait et je parle un petit
05:59peu de ma
05:59bande d'amis que je rencontre et que on commence à découvrir le monde de manière un peu innocente c
06:05'est à
06:05dire entraînant sur des parkings en jouant au foot en achetant des chips en buvant des boissons
06:10énergisantes et puis il ya un changement il ya l'été qui précède l'arrivée au lycée où petit à
06:17petit
06:17il ya un peu toutes les premières découvertes qui qui s'offrent à nous en fait et donc c'est
06:21les
06:21premières cigarettes le les preuves la première fois qu'on boit de l'alcool et en fait ce que je
06:27trouve
06:27intéressant c'est qu'il ya aussi comment dire pour toutes les activités même les choses très triviales
06:34il fallait braver certains interdits c'est à dire que même pour aller jouer au foot ben on avait fini
06:39par exemple par voler une clé au lycée qui nous permettait d'accéder aux gymnases la nuit pour
06:42pouvoir simplement jouer au foot et donc c'est un peu toutes ces découvertes là qui passe par par
06:47par le fait de braver les interdits et de trouver de l'occupation dans un territoire où il ya il
06:53ya pas grand
06:53chose ouais ouais ouais on a squatter des soirées voilà c'est ça merci pablo mélanie peut-être tu peux
07:08nous dire c'est qui tu m'as dit l'autre jour au téléphone que c'était seulement le troisième
07:12premier roman de votre catalogue parce que c'est le premier roman de pablo est ce que tu peux nous
07:17dire ce qui t'a ce qui t'a décidé à publier ce livre et puis peut-être quel ça
07:27fera partie de la
07:27question mais comment est ce qui s'inscrit dans la ligne éditoriale de la maison en tout cas moi ce
07:34qui m'a plu chez pablo c'est vraiment que dès les premières lignes des premières pages on le suit
07:39et c'est une c'est un roman qui il ya beaucoup de mouvements en fait parce que vous verrez
07:44c'est vraiment la
07:45zone on erre d'un endroit à l'autre pour dire bon on va se poser au skate park et
07:49on va voir ce qui
07:50se passe mais le truc c'est de jamais rentrer chez soi finalement enfin de rentrer plus tard possible
07:54parce que rentrer c'est tout seul chez ses parents et donc est ce qui est ce qui est très
08:00beau c'est
08:01qu'en fait on n'a pas envie de rentrer non plus on a envie de rester avec toi et
08:04donc et donc on
08:06avance dans le bouquin passé et ça c'est quand même assez magique moi je trouve que pour un roman
08:10un
08:11premier roman et moi en tant qu'éditrice c'est ça que j'ai envie c'est que j'ai
08:14envie de je reçois
08:17énormément de manus et le le truc qui fait que je m'y arrêter c'est que j'ai envie
08:24de continuer la
08:25lecture sinon sinon ça marche pas c'est quand même le premier critère et après oui ce qui m'a
08:31plu c'est
08:32qu'il y a quand même une langue un style une langue qui est juste qui est précise et pourtant
08:39ça parle
08:40de choses assez banales je dirais l'adolescence où on fume des joints et on boit des vodkas
08:45c'est pas Red Bull c'est les vodkas Tech Off mais malgré tout il se passe toujours quelque chose
08:53parce que c'est vrai qu'en fait à cet âge là à l'adolescence il se passe toujours quelque
08:56chose
08:56c'est le moment où on fait des soirées qui semblent aux adultes complètement vides mais à cet âge là
09:03on découvre les choses et on les découvre avec Pablo
09:05donc ça marche oui ça fait partie des choses que j'aimerais bien aborder un peu plus tard c'est
09:12cette idée qu'à aucun moment dans cette langue et dans son écriture il ne nous oblige à le juger
09:17ni en bien ni en mal il nous prend par la main
09:30alors on va continuer sur cette histoire on va aborder un peu plus tard la question de la langue j
09:34'aimerais bien que tu la développes un peu mais avant ça j'avais envie de comprendre pourquoi enfin comment ça
09:40s'était imposé le fait d'écrire cette histoire
09:44et parce que dans le texte de présentation de la série photographique que tu as réalisé à Forbach on va
09:48parler un peu de photographie tout à l'heure pendant le mentorat de l'agence vue et du fond régné
09:52tu écris cette phrase tu dis je suis parti avec cette douleur laisser derrière moi les personnes qui peuplaient mon
09:57adolescence et les lieux qui en abritaient les souvenirs
10:00je refusais de voir se passer enfoui ou dispersé dans le flot discontinu de la vie d'adulte qui m
10:05'attendait
10:05j'ai voulu honorer la promesse que je m'étais faite un jour un soir probablement arrachée sur un terrain
10:10vague avec ma bande de copains
10:12celle de ne jamais oublier qui l'on était de laisser cette version de nous perdurer quelque part et pourtant
10:17même s'il y a de la joie et de la liberté
10:19elle se paye cher ce ne sont pas des années faciles
10:21moi j'ai pensé à une même période chez un Mike Brody par exemple dans A Period of Juvenile Prosperity
10:28qui raconte par la photographie avec presque pas un mot ou un seul texte à la fin qui d'ailleurs
10:34serait une sorte de résumé fulgurant un peu de ton histoire à toi
10:40comment est-ce que l'écriture comment est-ce que la nécessité de raconter ça s'est imposée et comment
10:43est-ce que c'est passé par l'écriture de façon obligatoire
10:50d'abord moi ce que j'explique aussi dans
10:55en l'occurrence dans le long texte qu'on a écrit pour la série photographique c'est que dès que
10:58j'ai quitté Forbach j'ai pris des notes
11:01et donc dès le début il y avait ce texte là
11:03sous forme de liste en fait de tirer c'était même pas des phrases c'était parfois juste des mots
11:07clés
11:08qui me servaient à
11:10avoir un petit carnet où il y avait le recueil de tous mes souvenirs des petites choses des grands événements
11:16parce que quand j'ai quitté Forbach à 19 ans ça s'est fait très très vite
11:21peut-être une semaine quelque chose comme ça j'ai eu l'idée je me suis dit que j'allais
11:24partir vivre chez mon père à Toulouse
11:27c'est ton père là à la fin du moment
11:28ouais c'est ça et donc tout de suite après je suis parti
11:32et donc ce qui s'est passé c'est que
11:34dès que je suis arrivé à Toulouse il y a eu un changement de vie et de milieu social aussi
11:39d'un coup
11:40et donc j'ai essayé de masquer un petit peu tous les stigmates qui pouvaient
11:44montrer d'où je venais
11:46donc
11:48j'avais pas forcément l'accent lorrain mais il y avait des mots de patois ou
11:52des petites choses des gestes
11:54je me souviens qu'à Forbach j'avais pris l'habitude souvent de cracher
11:57comme nous tous quoi
11:59et ça c'est quelque chose aussi dont on me l'a fait remarquer parfois quand je traînais avec des
12:03amis à Toulouse
12:03et donc c'est vraiment
12:05il y a eu
12:07comment dire
12:07la première année que j'ai passé à Toulouse j'ai passé beaucoup de temps seul
12:11et ça a contrasté fortement avec la vie qu'on menait en bande presque en communauté
12:16en camaraderie à Forbach
12:18et
12:20dès les premiers mois
12:21il y a eu une forte nostalgie qui m'a pris
12:25et
12:25et donc
12:27que dire
12:28c'est là que t'as eu le décrit d'écrire le texte ?
12:31non du tout
12:31non non en fait le texte
12:33enfin j'ai commencé à écrire c'est tiré en 2017
12:35et
12:36et que quand t'as continué à écrire des notes comme ça
12:40ça a duré plusieurs années ?
12:42oui mais de manière vraiment
12:43de manière vraiment
12:45c'était pas en continu quoi
12:46de temps en temps j'y repensais
12:47et je revérifiais mes notes et je rajoutais des choses où je développais un tout petit peu
12:51et
12:52en 2022
12:54c'est là où pendant un stage que je faisais à l'époque dans un journal
12:57les premiers jours du stage on me donnait pas grand chose à faire et donc je m'ennuyais un peu
13:00et donc j'ai repris les carnets et là vraiment j'ai essayé de développer ça
13:03j'ai un premier fichier sur mon ordinateur
13:05une première version du livre qui date de 2022
13:09et où c'est totalement différent parce que
13:11c'était quoi le titre ?
13:12il y avait pas de titre
13:13mais parce que je savais pas encore ce que je voulais en faire et
13:16mais c'était écrit
13:18de la façon dont je pensais qu'il fallait écrire
13:20c'est à dire je parlais à l'imparfait au passé simple
13:22j'essayais de respecter une sorte de cahier des charges
13:24de ce que devrait être la littérature
13:28et c'était encore très formel quoi
13:29c'était très formel
13:30j'avais pas assez lu aussi je pense
13:34pour ouvrir l'horizon de ce qui était possible de faire
13:38et moi ce qui me frappe vraiment en relisant
13:41parce que j'avais lu la version que tu avais écrite pendant le mentorat
13:44j'ai relu la version qui est publiée aujourd'hui
13:47et ce qui me frappe c'est la profusion de souvenirs et leur précision
13:51la quantité qu'il y en a
13:53et je me demandais s'il y avait malgré tout une part de recréation ou de réinvention
13:58une part de fiction aussi faible soit-elle dans cette matière
14:03et comment est-ce qu'on fait
14:04parce que oui tu viens d'expliquer un petit peu en partie
14:06mais comment est-ce qu'on fait pour se rappeler avec une telle précision
14:08des souvenirs autant d'années plus tard
14:11notamment dans les dialogues par exemple
14:13mais on va revenir à la langue
14:15comment est-ce que tu as à gérer cette histoire-là
14:17et alors dans la même
14:19dans cette question il y a aussi
14:21l'idée de savoir si
14:22tu l'as tout de suite pensé comme un roman
14:24donc potentiellement comme une fiction
14:26malgré la grande part autobiographique qu'il y a là-dedans
14:30pourquoi j'ai retenu autant de souvenirs je sais pas
14:36mais j'ai écrit une première version qui devait faire à peu près 40 pages
14:39où c'était juste entre guillemets les moments les plus forts les plus marquants
14:43et globalement ça donnait 40 pages de soirée
14:45et après ça comment dire j'ai l'impression qu'il y a des thématiques qui sont
14:49qui ont émergé d'elle-même
14:53et je sais que j'ai commencé à le considérer comme un roman
14:57à partir du moment où j'avais une version de 100 pages
14:59et où je l'ai fait lire à des amis qui avaient vécu ces histoires avec moi
15:02et où je me suis rendu compte alors que je pensais
15:05que je traitais de choses qui étaient véritablement arrivées
15:08qu'on n'était pas d'accord sur les versions des histoires
15:10que parfois ce que je pensais qui était arrivé telle année
15:13pour eux c'était pas du tout arrivé à ce moment-là
15:15enfin je confondais les personnages
15:17la vérité en fait n'existait pas
15:19voilà
15:20et à ce moment-là je me suis dit que en fait
15:23la part de fiction elle était inconnue
15:25et que je pouvais aussi me faire plaisir
15:26et aller au-delà de mes souvenirs
15:30et ça m'a libéré par exemple il y a un chapitre dans le livre
15:32où c'est l'été je suis avec un ami
15:37et on traîne parce qu'il fait super chaud
15:39et en fait toute la journée il y a la question qui se pose de
15:42comment on va faire pour acheter des cigarettes à l'unité
15:45qui coûtent 2 euros et on n'a pas 2 euros
15:47et en fait ça ça nous tient pendant plusieurs pages
15:49mais en soit ça c'est pas vraiment un souvenir dont je me rappelle
15:52elle sait plus qu'est-ce qui aurait pu arriver
15:55et il y a aussi un moment dans le roman un chapitre
15:58qui déroule une soirée du début à la fin
16:00et en vérité j'ai pas un souvenir fixe de telle soirée du début à la fin
16:05dans toutes ces modalités et variations
16:08donc c'était un petit peu de l'invention mais autour de
16:11qu'est-ce qui aurait pu arriver
16:13comme j'avais déjà construit un petit peu les personnages
16:15après j'avais plus l'impression d'avoir
16:17que ça se faisait un peu automatiquement pour suivre un fil
16:20comme si je les vivais à nouveau en fait
16:21Et pour les dialogues ?
16:23Comment ça fait ?
16:24Pour les dialogues ?
16:27Il y a des phases dont tu te souvenais ?
16:29Non, non mais
16:31en fait dès le début je savais
16:33que je voulais pas
16:34comment dire imiter un langage jeune
16:36parce qu'en vérité je me suis beaucoup posé la question
16:39et je me souviens pas de ce qu'on disait
16:42de comment on le disait
16:43Donc il y a un langage
16:45Ouais mais j'ai l'impression de l'avoir inventé
16:46enfin pas je l'ai pas inventé mais c'est le mire quoi
16:48je veux dire il y a des choses que sûrement
16:50Ils sont vraiment très bons des dialogues
16:51Oui ils sont super
16:52C'est gentil
16:53C'est aussi voilà tu me demandais
16:55pourquoi j'avais décidé ça
16:56c'est aussi un aspect d'un roman
16:59où je vais directement
17:00s'il y a des dialogues je vais voir comment ils sont écrits
17:02et là tout de suite on sait si c'est un mauvais texte
17:08C'est sans doute le moment de dire un mot
17:10de cette langue très particulière dans ce texte
17:13maintenant on a un peu le décor
17:13on a un peu les personnages
17:16il y a plusieurs régimes de langues dans ton texte
17:19il y a ces fameux dialogues
17:21qui sont vraiment taillés au hachoir
17:25qui se passent avec les gars de la bande
17:29avec les filles parfois
17:30et puis il y a aussi une prose qui est suivie
17:35qui est vive mais qui mélange une forme de langage parlé
17:38un peu d'argot alsacien
17:41tout un dictionnaire complet de jurons plus infâmes les uns que les autres
17:45avec la syntaxe et la grammaire complètement en charpie
17:50et puis il y a des moments de poésie aussi très fort
17:53il y a plein de
17:55il y a plein de moments où on a l'impression
17:56comme disait Nicolas Bouvier
17:57que les mots se rencontrent pour la première fois
17:59j'aurais pu en citer des dizaines
18:03mais j'en ai un page 162
18:06ce qu'il reste du jour fricote encore un peu
18:08avec ce qui vient de la nuit
18:10il fallait l'écrire quand même je trouve
18:12et puis il y a des passages plus calmes
18:13où la langue s'apaise
18:15j'ai l'impression que c'est plus
18:17les moments d'ennui qui sont un peu plus longs
18:20et quand je dis où la langue s'apaise
18:21ça veut dire que tout à coup la syntaxe est plus
18:23et davantage respectée
18:24tu la malmènes moins
18:30et d'ailleurs il y a vers la fin
18:33il y a peut-être un signe que tu nous fais
18:36à cet égard à tes lectrices et tes lecteurs
18:38quand tu dis arrivé ici
18:39c'est dans le sud quand tu vas chez ton père
18:41j'ai commencé à prêter attention aux mots
18:43les mots décrivent des choses
18:44des pensées
18:45parfois ils signifient plus que ça
18:46faire attention aux mots
18:48j'ai travaillé dur
18:49pour donner l'impression
18:50que c'est inné le langage chez moi
18:52et ça tu le dis
18:53par rapport à ton intégration
18:54parmi les gens que tu fréquentes dans le sud
18:56mais je l'ai aussi perçu
18:58comme quelque chose
19:00que tu nous dis à nous
19:01lectrices et lecteurs
19:02pour nous dire
19:04vous avez vu au début
19:05dans les dialogues
19:06on parle comme des sauvages
19:08et maintenant je sais faire
19:09des belles phrases aussi
19:10donc raconte-nous un peu
19:11comment tu as travaillé cette langue
19:12si tu veux bien
19:13comment est-ce qu'elle est née
19:14comment est-ce que tu perçois
19:15est-ce que tu as construit des choses
19:17comme j'ai essayé de le décrire
19:18ou c'est devenu de façon
19:19complètement aléatoire
19:20je veux bien que tu nous disais
19:22d'abord je pense
19:24il y a la question des influences littéraires
19:28je pense là par exemple à John Font
19:30ou Céline ou Virginie Despentes
19:33mais c'est des auteurs et des autrices
19:34qui m'ont aidé à considérer
19:36qu'on pouvait
19:38comment dire
19:39vraiment
19:40tordre un peu dans tous les sens
19:41la grammaire, la syntaxe
19:42s'amuser en fait avec la langue
19:45et d'abord ça a été ça
19:46l'aspect un peu du plaisir d'écrire
19:48et du plaisir de faire ce que je voulais en fait
19:50avec les mots
19:51de pouvoir user comme tu l'as dit
19:53de mots vulgaires, d'argot
19:57et après ça passe beaucoup je pense
19:59par un travail de réécriture aussi
20:00parce que chaque chapitre
20:01avant même de le soumettre
20:02et de le travailler avec Mélanie
20:03je les ai beaucoup réécrit
20:05jusqu'à ce que je trouve quelque chose de juste
20:08mais pour le définir
20:10je pense que c'est un peu compliqué
20:13mais je le sens quand c'est pas là
20:14je le sens quand parfois
20:15j'essaye de trop
20:16de faire quelque chose de trop travaillé
20:18de trop virtuose dans la langue
20:20donc il y a beaucoup de
20:21j'essaie de beaucoup couper
20:22pour garder que l'essentiel
20:26et comme je le disais avant
20:28il y a quelque chose
20:30il y a un style que j'ai trouvé
20:31un peu par hasard dès le début
20:33et après j'ai essayé de m'y tenir
20:34et je pour le coup
20:36je saurais vraiment pas le définir
20:37mais je sais quand c'est pas là
20:40et c'est peut-être un peu confus
20:42mais...
20:42Non non c'est très bien
20:43et toi Mélanie
20:43quelle est ta part de travail
20:46d'éditrice
20:47c'est dans
20:48à partir du moment
20:49c'est de ça qu'on peut parler un peu
20:50qu'on tire vite aussi
20:52sur le fait que j'ai choisi ce texte
20:54c'est aussi qu'on sent
20:55même si c'est subtil
20:56et que c'est pas forcément
20:57c'est pas forcément facile
20:58de mettre des mots dessus
20:59qu'on sent qu'il y a un travail
21:00sur l'écriture
21:02c'est un... voilà moi
21:03en tant que lectrice professionnelle
21:05on sent si c'est vraiment un témoignage
21:07comme ça à vif
21:08qui peut marcher
21:09c'est quand même très très rare
21:10et là on sent qu'il y a un travail
21:12que tu as structuré
21:14qu'il se passe quelque chose
21:15mais c'est pas de l'ordre du spontané
21:18c'est un vrai boulot sur l'écriture
21:20et moi je travaille beaucoup
21:22déjà j'essaye de choisir des textes
21:23qui me plaisent beaucoup
21:24on ne va pas complètement refondre
21:27enfin voilà
21:28j'ai pas beaucoup de boulot finalement
21:31et mon travail moi c'est pour respecter
21:33au maximum l'âme et l'esprit d'un texte
21:38c'est vraiment des petites coupures
21:39des petites coupes
21:40des micro coupes
21:42parce que des fois voilà
21:43il y a des chapitres
21:44qui étaient un peu redondants
21:45ou qui n'étaient pas forcément utiles
21:47et qui étaient
21:48si tu vois là quelque chose
21:51donc voilà
21:51c'est des propositions
21:52celui-ci peut-être
21:53on peut l'enlever en fait
21:55en plus le texte est suffisamment long
21:57je veux dire
21:58c'est pas un texte très bref
22:00donc on peut se permettre
22:01il y a des choses qui sont moins bonnes
22:02on peut les couper
22:03plutôt qu'essayer
22:04d'en faire quelque chose de mieux
22:05ben voilà
22:06comme ça c'est
22:08et Pablo tu me suivis
22:09et puis après
22:10c'est aussi des micro coupes
22:11dans les dialogues
22:12où il y a un mot
22:13voilà c'est en deux échelles
22:14en fait
22:15c'est l'échelle du récit
22:16et l'échelle du paragraphe
22:18et du dialogue
22:19où on coupe un petit mot
22:20ben qui pour continuer
22:22ton boulot finalement
22:24oui oui
22:24il faut que tu te mettes un peu
22:25dans sa peau aussi
22:26de comment est-ce qu'il a bossé
22:27pour voir que toi
22:28tes interventions chirurgicales
22:30ou plus
22:32pardon
22:32ou plus importantes
22:33elles respectent son territoire
22:35d'écriture
22:38je ne sais pas ce qu'on a
22:39je ne sais pas ce qu'on a
22:40ça va
22:40on est tranquille
22:42ok
22:44c'est peut-être le moment
22:44de parler un peu
22:45de photographie
22:47puisque tu es aussi photographe
22:48comme je l'ai mentionné au début
22:51je crois
22:51je ne sais même pas
22:52s'il y a le mot photographie
22:53dans le roman
22:53je n'ai pas
22:55je ne l'ai pas relu dans ce sens
22:56mais en tout cas
22:56ce texte ne parle pas de photographie
23:00pourtant
23:03tu diras si j'ai tort
23:06mais j'ai l'impression
23:06que sans la photographie
23:07il n'aurait peut-être pas vu le jour
23:10il est né en quelque sorte
23:11sur le sol
23:12que tu avais travaillé
23:13pour faire pousser la photographie
23:15en entrant dans ce mentorat
23:17et moi je dirais
23:18c'est peut-être exagéré
23:19tu le diras aussi
23:20tu me critiqueras aussi
23:22si c'est nécessaire
23:22mais qu'il a poussé
23:23à la place de la photographie
23:24et puis il a presque fini
23:25par l'asphyxier
23:28la photographie
23:29est-ce que donc tu pourrais
23:30nous parler un peu
23:31de la manière
23:31dont ce texte
23:33ce roman a bousculé
23:34le programme
23:35que tu t'étais fixé
23:35pendant l'année de mentorat
23:37à l'agence vue
23:38qui était d'utiliser
23:39ce langage photographique
23:41qui est le tien
23:41que tu as étudié
23:42pour faire le deuil
23:43de ton adolescence
23:45fourbacquoise
23:45et puis il y a un moment
23:47j'étais bien placé
23:48pour le savoir
23:49où tu as pris conscience
23:49qu'il y avait un véritable décalage
23:51et que tu parvenais pas
23:52à entrer dans les images
23:53à fourbac
23:54et voilà comment finalement
23:56tu es parvenu
23:56à photographier fourbac
23:57qu'est-ce que tu y as photographié
23:59et les photographies
24:00que tu nous as montré
24:01à l'exposition de septembre 2025
24:03à l'exposition de restitution
24:06de ce mentorat
24:06quels liens finalement
24:08elles entretiennent
24:09avec ce texte
24:11et avec ton adolescence encore
24:14et qu'on en a discuté
24:16avec Mélanie
24:16mais peut-être tu pourras
24:17rebondir là-dessus
24:18mais peut-être
24:19me suggérerais-tu au téléphone
24:22l'autre jour
24:23que la photographie
24:25a peut-être aussi
24:26tu as peut-être permis
24:27de consolider certains souvenirs
24:28aussi
24:29en revivant les territoires
24:30et en les photographiant
24:31voilà on peut
24:32c'est un peu beaucoup de questions à la fois
24:33mais c'est
24:34en gros c'est la photo
24:35quelle place quoi
24:37déjà je crois
24:38qu'il y a une occurrence
24:38de la photographie dans le texte
24:40c'est un moment
24:41un chapitre
24:42où on est en
24:42on est en vacances d'été
24:43on est dans un camping
24:44et on se dit qu'on va faire une photo
24:46avec un polaroïde pour immortaliser
24:48et donc on prend la photo
24:49il nous reste qu'un film
24:50et en fait on a oublié d'enlever le cache
24:51donc la photo est toute noire
24:53donc c'est vraiment la seule
24:54occurrence de la photographie
24:55dans le roman
24:58ça ne veut pas rien dire
25:00une photo noire dans le roman
25:02mais oui
25:03donc pour le travail
25:04avec le mentor à vue
25:06en effet je suis retourné à Forbac
25:09et de base je voulais
25:10je voulais photographier
25:11les gens des jeunes
25:13qui avaient mon âge
25:13à l'époque de mes souvenirs
25:16et il y a quelque chose
25:17il y a une tension en fait
25:18qui est arrivée en moi
25:19dans le sens où
25:21je pensais à mon adolescence
25:23comme si elle venait tout juste
25:24d'avoir lieu
25:24comme si c'était quelque chose
25:25encore de très frais
25:26parce que les souvenirs étaient
25:27toujours vivaces
25:29et en même temps
25:30quand je me retrouvais
25:30à passer quelques heures
25:31avec des gens de 14, 15, 16 ans
25:33je me rendais compte du gouffre
25:34qui nous séparait
25:35de moments où j'étais
25:36complètement à la ramasse
25:37sur leur manière de penser
25:38ou sur leurs activités
25:40et c'est cette double distance
25:42je pense à la fois
25:43d'une sensation de proximité
25:45d'un éloignement
25:45par les années et par l'âge
25:47qui a créé un petit malaise en moi
25:52et donc il y a même un moment
25:54où j'ai envisagé l'idée
25:56de photographier des jeunes
25:58qui reproduiraient des scènes
26:00où j'avais vécu
26:01mais là aussi c'était trop faux
26:06et oui donc l'écriture
26:08en fait l'écriture elle est venue
26:08parce que c'était un domaine
26:09que je pouvais vraiment
26:10contrôler entièrement
26:12là où la photographie
26:14avait quelque chose de
26:15je ne saurais pas là non plus
26:16comment dire
26:17mais c'est vrai que la photo
26:19c'est un peu ce qui a permis
26:20au texte d'arriver
26:21et c'était intéressant
26:23de voir un peu
26:24les limitations des médiums
26:25mais la photo elle témoignait plus
26:28de l'impossibilité de revivre dans le passé
26:32et de la distance qui s'est créée
26:34là où l'écriture
26:36puisque j'écris au présent
26:38au présent de narration
26:39où je me mets à la place de moi
26:40quand j'avais 14-15 ans
26:41où en fait c'est deux régimes différents
26:44il y en a un qui parle de l'état
26:46de mon état actuel
26:47lorsque j'ai 26 ans
26:48et que je retourne à Forbach
26:50et l'autre où je me replonge
26:51dans les souvenirs
26:51et je peux revivre un peu
26:53ce passé comme une fiction.
26:57Oui c'est bien ce qui me semble
26:58il n'y a pas de joie
26:59dans les photographies
27:00alors qu'il y en a plein
27:01des moments
27:02il y a plein de moments
27:03de déprime totale dans le roman
27:04mais il y a plein de moments
27:05d'extase, d'éclate
27:06d'exaltation
27:08de super joie
27:08et où est-ce que tu veux réagir
27:10sur la photo ?
27:11La photo de la couverture
27:11elle date de quand voilà ?
27:15de mai 2025
27:17donc c'est pendant tout
27:19Oui
27:19tout à fait
27:22Oui
27:22c'est la personne que tu voulais suivre
27:25un moment
27:25Oui oui c'est ça
27:26Peut-être que tu peux dire un mot
27:28c'est fait partie des tentatives
27:29que tu as
27:30Oui
27:32quand j'étais à Forbach
27:33j'ai suivi une fille
27:34que j'ai rencontrée
27:34quand elle avait 15 ans
27:36et j'ai suivi jusqu'à ses 18 ans
27:38et ça a été un peu
27:39à travers elle
27:40que je voyais aussi
27:41la vie des gens
27:43qui avait l'âge
27:44dont je parlais dans le roman
27:46et donc ça m'a
27:47enfin ça m'a plu
27:48ça m'a inspiré aussi
27:48pour me replonger
27:49dans certaines choses
27:50que j'avais oubliées
27:52une semaine par an
27:53à Forbach
27:54il y a la kirb
27:55c'est une sorte de foire
27:57avec plein de manèges
27:58et des choses comme ça
27:58et je l'ai accompagné
27:59pendant toute la soirée à la kirb
28:00et enfin je ne comprenais absolument rien
28:02parce que d'un coup
28:03tout le monde partait sans se parler
28:04tout le monde allait fumer un joint derrière
28:05il y avait plein de rivalités
28:07des clans qui se croisaient
28:10enfin il y avait plein de choses
28:11qui se passaient dans cette soirée
28:12et donc c'est
28:13oui c'est elle que j'ai photographié
28:15pour la couverture
28:15et voilà
28:16ça a été une personne aussi
28:18qui m'a aidé à me remémorer
28:19de ce stage là
28:22t'as envie de réagir Mélanie
28:23sur la place de la photographie
28:24ou pas ?
28:25non ok très bien
28:26je ne connais pas grand-fois
28:27non non mais pas
28:28non après tu parles beaucoup de cinéma
28:30parce que c'est trop bref à l'époque
28:32c'est le cinéma aussi
28:33quand tu es à Toulouse
28:35mais là ça c'est pas
28:36comment ?
28:37c'est pas concrétisé
28:38pas encore ?
28:41tu vas adapter qui t'efforne
28:42ouais c'est ça
28:43tout seul
28:44il y a une chose
28:45que j'ai mentionné au début
28:46qui m'a beaucoup marqué
28:47en te lisant la première fois
28:48et en relisant
28:50ces derniers jours
28:51pour préparer cette rencontre
28:54ton texte
28:54c'est le rapport
28:55que tu y entretiens à toi-même
28:57j'y vois un mélange
28:58de sincérité
28:59de lucidité
29:00de sérieux et d'ironie
29:01d'absence d'aucune complaisance
29:03ou indulgence
29:04et pourtant
29:04il n'y a aucune
29:05non plus aucune forme
29:07d'autoflagellation
29:08un peu stérile
29:10et j'ai l'impression que même si
29:12elle a été un peu foireuse
29:13par moments
29:13et parce qu'elle a été très joyeuse
29:17par d'autres moments
29:18il reste une dimension sacrée
29:21dans cette adolescence pour toi
29:24dans le texte en tout cas
29:26et je trouve
29:28tu nous maintiens
29:29à une belle place
29:31tu nous maintiens
29:32c'est ce qu'on disait
29:33pardon exactement au début
29:34c'est que
29:36tu nous obliges pas
29:37à te juger
29:38ni à trouver que c'est débile
29:39ce que tu fais
29:40ni à trouver que tu es un héros
29:41d'avoir fait telle autre chose
29:43et cet équilibre là
29:45comment est-ce que tu l'as travaillé
29:46est-ce que ça a été
29:47fait de façon très consciente
29:49ou est-ce que
29:49enfin voilà
29:49est-ce que tu as quelque chose à en dire ?
29:52oui ça a été fait de façon consciente
29:55et je dirais que
29:57c'est au parti
29:57quand j'avais une quarantaine de pages
29:59et que j'avais juste condensé
30:01le best-of de nos
30:03de nos exploits masculins
30:05et adolescents
30:07à ce moment-là
30:08déjà j'avais pas l'ambition
30:09de le publier
30:10donc c'était vraiment juste pour moi
30:11et à un moment dans la liste
30:12des chapitres que j'avais à écrire
30:14j'en ai écrit un
30:15qui a un peu
30:18modifié la manière
30:19dont j'appréhendais cet équilibre là
30:20et il s'agissait d'un chapitre
30:22où en gros
30:23avec ma bande de potes
30:24on avait créé un faux profil facebook
30:27d'une fille qui habitait à Forbach
30:29et on avait utilisé des photos de
30:31je sais pas si c'était une actrice ou
30:34voilà
30:34et on s'occupait à aller draguer des mecs
30:38sur facebook
30:38à leur donner des rencarts
30:39des choses comme ça
30:40donc je raconte un peu cette histoire
30:41et au moment où je l'ai écrite
30:43et où je l'ai mise
30:44avec le reste
30:45ça m'a vraiment gêné
30:45parce que
30:47c'est pas très glorieux
30:49et à partir de ce moment là
30:51au vu de ma réaction
30:52je me suis dit que si j'allais
30:54parler de mon adolescence
30:55il fallait pas que ce soit uniquement
30:57idéalisé
30:57mais qu'il fallait
30:59vraiment la raconter
31:00enfin essayer de créer un monde
31:01un peu de l'adolescence
31:04avec les bons côtés
31:05les mauvais côtés
31:06les bonnes actions
31:06les mauvaises actions
31:07et puis aussi
31:09j'ai essayé de commencer le livre
31:11avec un personnage
31:12dont on voit tout de suite
31:13qu'il est faillible
31:14et qu'il a beaucoup de défauts
31:16et qu'il est dans une incompréhension
31:17du monde qui l'entoure
31:18et je crois que
31:19vraiment le livre commence
31:20avec mon personnage
31:21qui se prend un râteau
31:22par une fille au collège
31:23et c'est presque
31:24un petit peu
31:25la cause
31:26de tout ce qui va arriver
31:27par la suite
31:27et donc c'était un peu pour
31:29me moquer un peu
31:30du personnage
31:31et du destin
31:32qui l'oblige
31:34à prendre des risques
31:34parfois juste
31:35pour être populaire
31:35alors que
31:36il n'y a pas besoin
31:37de faire tout ça
31:38donc à partir de ce postulat là
31:40où j'espère que le lecteur
31:41comprend
31:42un petit peu
31:45pas l'innocence
31:45mais l'ignorance du personnage
31:48j'estime que je peux aussi
31:49rentrer dans une zone
31:51plus honnête
31:52vis-à-vis de moi-même
31:53sans avoir à me sentir
31:54sans me juger moi-même quoi
31:58et après j'ai été inspiré pas mal
32:00par Bret Easton Ellis
32:03l'auteur de American Psycho notamment
32:06avec son premier roman
32:08moins que zéro
32:09qu'il a écrit quand il avait 20 ans
32:10où
32:11bon là c'est totalement autre chose
32:12parce que c'est une jeunesse
32:13qui est sur les
32:14c'est des
32:15gosses de riche
32:16sur les hauteurs
32:17de Los Angeles
32:19et on croise toute une galerie
32:20de personnages
32:21qui ont des comportements
32:23assez odieux
32:24qui
32:25on rencontre un peu
32:26des jeunes qui se prostituent
32:28qui se droguent
32:28qui sont violents
32:29et
32:31il n'y a jamais aucun jugement
32:32et vraiment c'est au lecteur aussi
32:34de se balader
32:35beaucoup plus c'est vrai
32:38mais je
32:39c'est dans le sens où c'est une lecture
32:41qui m'a aidé à
32:41à relativiser le fait que je pouvais moi aussi
32:43écrire des choses parfois violentes
32:45ou
32:45sans pour autant cautionner ou
32:47oui c'est ça
32:48c'est que les
32:49il n'y a aucun moment où
32:51il n'y a ni caution
32:52ni jugement positif
32:53ni jugement négatif
32:54je trouve assez impressionnante
32:56la manière dont
32:57tu nous accompagne en permanence
32:59et on est heureux de rester avec toi
33:01et on
33:03même quand tes copains
33:04se comportent n'importe comment
33:06même quand il y a
33:06cet accident de voiture
33:09la page se tourne
33:10l'accident est terminé
33:10on ne connaîtra pas la suite
33:11et puis on
33:13on juge pas
33:15alors que
33:16on pourrait
33:17tu pourrais nous obliger à
33:21à vous trouver con
33:22ou alors tout à coup
33:23à vous trouver super
33:26super héroïque
33:27d'avoir fait telle ou telle bêtise
33:28mais c'est
33:29c'est pas le cas
33:32j'avais
33:34sur ces termes que j'ai
33:35que j'ai évoqué
33:36de sérieux
33:37de lucidité
33:38d'ironie
33:38j'avais
33:40sélectionné quelques extraits
33:41je vais vous en lire un ou deux
33:44ou tu veux les lire
33:48il y en a que j'aime bien
33:49sur l'absence d'indulgence
33:51ou l'autodérision
33:52c'est tardif
33:53c'est vers la page 200 du livre
33:57j'ai 17 ans
33:57j'ai 17 ans
33:58et j'ai rendez-vous
33:59avec une conseillère d'orientation
34:01dans un vieux bâtiment
34:02comment ça se passe
34:02juste à côté de l'église
34:03salle d'attente
34:04silence
34:04lumière façon hosto
34:05qui pendouille du plafond
34:06clic de clavier d'ordi
34:08derrière la porte jaune pisse
34:09en fait moi j'aime bien les films
34:10le cinéma quoi
34:11c'est une passion un peu
34:12et depuis que je suis petit
34:13alors j'aimerais plutôt travailler
34:15j'aimerais plutôt ça travailler
34:16dans le cinéma plus tard je dis
34:17j'ose pas dire que je voudrais
34:18être réalisateur
34:20et faire des films
34:20genre le parrain
34:21ou un truc à la Scorsese
34:22ah caméraman pour la télé
34:23qu'elle dit
34:24avec ses grosses lunettes roses
34:25qui pendent sous son nez
34:26oui voilà
34:28caméraman pour la télé
34:28il faut faire un bts audiovisuel
34:30pour ça
34:31mais il faut être calé en science
34:32alors toi comme tu es en L
34:33ça va être compliqué
34:34pour aller en bts
34:35je baisse les yeux
34:36je ravale mon rêve
34:37à cause de quand j'avais
34:3814 piges
34:39et qu'on m'a dit
34:40que j'étais littéraire
34:40comme garçon
34:41et que je devais aller en L
34:42littéraire et garçon
34:43ça va pas ensemble
34:44voilà c'est un passage
34:45d'autodérision
34:47que j'aime beaucoup
34:52il y en a d'autres
34:53il y a des passages
34:54sur l'ennui
34:55il y en a énormément
34:56qui sont très forts
34:56et qui sont plus calmes
34:57vendredi 15h pétante
34:59même merde
35:00même pluie
35:00trois semaines qu'elle tombe
35:01et jusqu'à ce que le sol
35:03en soit tout gelé
35:04qu'elle se fracasse
35:05contre le béton
35:05tous les week-ends
35:06c'est la même
35:07et nous là dedans
35:08on commence à connaître la chanson
35:09ça commence toujours
35:10par la même question
35:11mais ça commence surtout
35:12à bien faire
35:14voilà
35:17je peux vous en lire beaucoup plus
35:18vous les direz vous-même
35:19il y a
35:21oui oui exactement
35:22voilà c'est juste pour vous donner envie
35:25peut-être que vous aurez des questions aussi
35:26on va y passer bientôt
35:27mais j'ai redécouvert
35:31parce que je l'avais
35:32ça m'avait pas autant frappé
35:34la première fois que j'avais lu
35:35la première version
35:36mais la fin du texte
35:37et la
35:38petit à petit on va vers la
35:40vers ton départ de Forbach
35:42on va vers la fin de
35:43il y a d'abord un très très beau passage
35:45où tu décris
35:48à postériori
35:49tu le décris quand tu as
35:50bon tu l'écris quand tu as 26 ans
35:51mais tu le décris de ton point de vue
35:53de 17 ans je crois
35:54sur la fin de l'enfance à 12 ans
35:55qui est absolument magnifique
35:57ça c'est un passage superbe
35:58et puis
36:01voilà
36:01ces 40 ou 50 dernières pages du livre
36:04la fête s'arrête petit à petit
36:07et pourtant tu dis
36:08il faut jamais qu'elle s'arrête
36:09la fête
36:09est-ce que ça finira un jour
36:10la nuit hurle que non
36:11et c'est la gueule de bois
36:12qui rapplique pour nous apprendre
36:13que si tout s'arrête un jour
36:15et la nostalgie prend de plus en plus de place
36:18et
36:19je me dis
36:22comment
36:23d'abord comment ça
36:24tu as fait pour
36:28te replonger dans cette
36:30ces derniers moments
36:31juste avant le départ
36:32et pour créer quelque chose
36:33qui est très différent du reste
36:34de l'énergie du roman
36:36comment est-ce que tu as travaillé ça
36:38et puis
36:40et puis
36:40et puis peut-être
36:41qui va avec
36:43mais tu en as déjà un peu parlé dans la photographie
36:45mais
36:46comment c'est passé
36:46est-ce qu'il y a une partie de ça que tu as écrit pendant
36:48ton retour à Fort-Bac par exemple
36:50est-ce que c'est à ces moments-là que tu as pu mettre des mots
36:52dans cette année qui a été dure
36:53puisqu'il y a une année où tu n'as pas pu
36:54enfin tu ne parvenais pas à photographier
36:56il y avait quand même pas mal de déprime
36:57de ne pas savoir ce que tu voulais faire
36:59est-ce que c'est à ces moments-là que tu as pu
37:01commencer à écrire cette partie-là
37:03ouais c'est à ce moment-là que j'ai
37:04que j'ai écrit aussi cette partie-là
37:06et après je pense que
37:09en fait j'avais peur que ce soit répétitif
37:11parce qu'on tourne quand même
37:13il y a quand même l'idée de routine
37:14et on passe de soirée à une autre soirée
37:16d'errance à d'autres errance
37:17et ça me semblait intéressant d'avoir quelque chose
37:20qui progresse lentement
37:21mais où l'extase et l'intensité des premières fois
37:24quand ça devient quelque chose de routinier
37:26d'habituel
37:27il y a une certaine tristesse qui en émane
37:30et c'est un peu ça que j'ai essayé de mettre en place
37:33d'où
37:35après moi c'est vrai que
37:37parfois j'ai l'impression d'avoir une nostalgie
37:39un peu en avance
37:40d'être nostalgique de quelque chose
37:41qui est en train d'arriver
37:42en pensant déjà à plus tard
37:43quand je serais en train d'y penser
37:45donc ça je l'avais aussi à Forbach
37:47quand j'allais sur mes 18-19 ans
37:51et voilà ouais c'était assez douloureux
37:53à ce moment-là de voir qu'en fait
37:54on s'amusait de moins en moins
37:55à faire les trucs qui nous occupaient
37:57depuis qu'on était ado
37:58et ouais je me suis inspiré un peu de ça
38:01notamment en retournant à Forbach
38:03et en étant tout seul avec mes souvenirs
38:05là à 26 ans
38:06en train de repenser à tous ces moments-là
38:07il y a un passage aussi
38:09qui est vraiment lucide
38:10où tu perçois déjà la cruauté de la maturité
38:13de l'âge et de l'âge
38:14où tu vois ces hommes qui boivent au bistrot
38:42c'est que quand on était au lycée
38:44oui il y a une certaine légèreté de faire tout ça
38:48mais moi c'est des prises de conscience
38:50qui me sont venues aussi après le lycée
38:51une année par exemple
38:52où la moitié de notre groupe était déscolarisée
38:54donc il n'y avait plus de repères temporaires
38:58on n'avait plus rien à faire
38:58à part traîner le soir sur des parkings
39:01il y avait moins d'amusement
39:02ça devenait des automatismes
39:04donc oui
39:07et j'aime bien tout à la fin du livre
39:09il y a cette phrase toujours sur cette même question
39:11dans tout ça il n'y a pas un jour qui passe
39:13sans que je pense à Forbach et aux autres
39:15je me redis que j'ai bien fait de partir
39:17même si j'en suis plus si sûr
39:19et voilà ce doute il est là en permanence
39:22et du coup ça me fait me demander
39:25si cet adolescence
39:27enfin si ce roman il a permis de faire ce deuil
39:29ou si t'as pu passer à autre chose
39:34mais peut-être que c'est trop tôt pour y répondre
39:38je sais pas mais en vrai je me sens mieux
39:39depuis que c'est écrit
39:46le deuil enfin non je pense pas que ça serve à ça
39:49mais peut-être qu'on le fait pas en fait
39:51mais bon c'est un objet dans lequel il y a ça
39:53et je sais que je peux m'y replonger
39:56et l'ouvrir si je veux ressentir à nouveau certaines choses
40:01on peut peut-être vous donner la parole
40:02si vous avez des questions sur ce texte
40:05que vous avez peut-être déjà en partie lu ou pas encore
40:09j'ai une question en fait je trouve ça vachement
40:12je peux te plier ?
40:13ouais ouais
40:14attention
40:16j'aimerais s'intéresser parce que Forbach
40:18moi la seule question que je connaissais parce que c'est la ville de Patricia Casse
40:20donc
40:23Forbach c'est ça
40:25et je trouvais ça vachement plus touchant
40:27parce qu'on a écrit ça quand t'es partie
40:29que t'étais à Toulouse
40:31et en même temps quand t'as voulu photographier pour te dire
40:33voilà je vais retrouver un peu ce que c'est
40:36que t'y arrives pas parce que t'as plus le même âge
40:38et que tu te rends compte que tu dis
40:40quand t'es ado bah les soirées les gens plus adultes s'animent
40:43ils font rien ou tu traînes et tout ça
40:45et quand t'es pas arrivé là en photographie
40:49est-ce que t'as pas eu peur du fond moment d'écrire le texte
40:52et de te dire attends est-ce que je vais retrouver ça
40:54est-ce que ça va pas sonner faux
40:55parce que Mélanie disait quand elle l'a lu elle a tout de suite senti que l'écriture était hyper
40:59juste
41:01et voilà de se dire d'écrire pour te revoir à 14 ans
41:04mais est-ce que c'est pas se réaliser de retrouver
41:06comme tu dis de retrouver un patois que ça fasse pas too much
41:09que de vouloir faire jeune entre guillemets
41:12et est-ce que toi ça t'est venu quand même
41:13t'étais assez sûre dans l'écriture en avançant
41:16et de dire si c'est vraiment ça que j'ai ressenti
41:20voilà et tout en étant bloqué en photo un peu
41:24enfin ça a pas dû être facile
41:27voilà c'est assez intéressant et
41:30là avec le recul j'ai envie de dire que c'était
41:34que c'était assez facile de trouver ça mais je pense que en vérité
41:38non il y a eu pas mal de nuits sans dormir
41:40et c'était un boulot assez condensé dans le temps quand même
41:44je crois que la majorité du livre a été écrit en deux mois je crois
41:48mais c'est deux mois où du matin au soir je pense qu'à ça
41:51et je me réveille parfois à 4 heures du matin parce que j'ai une idée où il y a
41:53un mot que je veux changer
41:55et non non il y a eu beaucoup de doutes à un moment
41:57je crois qu'il y avait une première version enfin une des premières versions qui faisait 150 pages
42:02et j'étais à une version ultérieure qui en faisait 200
42:06et par la peur que la version de 150 pages soit meilleure je me suis mis à comparer toutes les
42:09pages une à une
42:10parce que j'avais déplacé des virgules et des trucs comme ça et là c'était assez chaotique quand même
42:14parce que je me retrouvais vraiment à lire les mêmes phrases avec un changement de ponctuation quoi et à me
42:19dire
42:20donc non il y a eu quand même un côté assez compliqué mais
42:23après c'est aussi la présence de Mélanie et le fait qu'il y a une portée
42:27une publication à venir qui m'a aidé à me canaliser dans l'idée que
42:31je pense que s'il n'y avait pas eu ça je me serais relu
42:35éternellement
42:36ouais
42:38mais oui donc ça a été compliqué mais là avec le recul j'ai l'impression que
42:41d'avoir oublié un peu tous ces trucs là
42:44pendant deux mois c'est que tu étais vraiment
42:46ouais mais il y avait enfin il n'y avait que ça c'était vraiment important pour moi donc
42:49je ne me concentrais que sur ça
42:54est-ce que les formats quoi de l'assemblée ont des questions
42:59j'ai peut-être une question
43:03quand est-ce que ça a été le déclic
43:05quand est-ce que tu as envisagé que tous tes formats étaient possibles
43:09le livre ou
43:10le geste
43:11le geste
43:12le geste
43:13le geste
43:13oui c'est ça sent des questions
43:14euh
43:20je ne sais plus attendre je suis réfléchi
43:24ça sent la question piège quand même
43:27je
43:29je
43:29non non
43:31non je crois que c'est juste après une énième soirée pendant le mois d'août
43:35et avec l'arrivée
43:36l'arrivée du mois de septembre et de
43:38une année où tous les voeux parcoursup avaient été refusés
43:40à dire qu'est-ce que je fais l'année prochaine
43:43et comme je venais déjà de passer une année avec
43:45j'allais au code pour passer mon permis
43:47c'est la seule activité que j'avais
43:48c'est un beau passage
43:49une fois par jour
43:51donc euh non je sais pas c'est un mélange d'ennuis
43:55ouais
43:57non enfin de volonté aussi de
43:59de faire autre chose quoi et de
44:01de savoir que je peux aller à Toulouse et que je peux
44:04je peux potentiellement essayer de m'épanouir dans un autre domaine
44:07que celui que j'avais choisi à la base
44:36c'est sur des blagues un peu beauf parfois
44:39merci
44:40je l'ai dit
44:44je voulais te poser aussi
44:45c'est vrai que c'est un peu très masculin
44:47c'est un peu un boys club
44:49oui
44:50est-ce qu'il y a quelque chose qui s'est joué sur ces questions-là ?
44:55des questions de vocabulaire
44:56des mots en jolieux
44:59qui étaient pas nécessaires
45:00enfin peu hein vraiment
45:02je peux dire que j'ai ça
45:03il en reste pas mal, il en reste beaucoup
45:06il en reste parce que voilà c'est pas beau
45:08c'est pas mon texte à moi
45:09je vais pas le faire
45:10j'ai pas le faire écrire comme moi j'écrivais
45:12ça n'a aucun sens
45:13mais des fois c'est gratuit
45:16c'est tout d'accord
45:17et puis c'est vraiment peu ou pas
45:19c'est ce que Mathias demande
45:21donc en tant que femme
45:23oui il y a peut-être des choses qui m'a choquent plus
45:25on en a parlé cette après-midi
45:29mais voilà après politique non après
45:33ce roman il a son identité aussi
45:35ton écriture elle est
45:37elle a été travaillée
45:38tu sais où tu vas
45:41et oui la black beau
45:42qu'on a supprimé
45:44je dis Pablo tu t'es emballé là
45:47parce que voilà des fois au fil de la plume je pense
45:50l'éditeur il est là aussi
45:51enfin l'éditrice elle est là aussi
45:53pour dire bon bah là en fait
45:55ça sert à rien
45:55c'est ça la coupe c'est
45:58oui peut-être que
46:00t'as l'impression que tu
46:02tu flots un peu un paragraphe
46:03mais des fois il y a pas besoin de
46:05de pleurs en fait
46:05il se termine très bien comme ça tout seul
46:09donc voilà des petits zélons
46:13mais euh
46:14non mais je le répète le texte était déjà très abouti quand je l'ai reçu
46:19et pour un auteur aussi jeune et pour un premier texte c'était
46:23voilà c'est pour ça que j'ai pas hésité non plus
46:25et puis il faut rappeler qu'on est on est trois dans le comité de lecture
46:29des impressions nouvelles donc il y a Benoît Peters et Yann Battens qui sont les fondateurs de la maison
46:35qui ont presque 70 ans maintenant
46:39et qui n'ont pas du tout la même culture que moi
46:42qui sont des hommes
46:44et qui ont aussi été super emballés
46:47enfin je veux dire ça a été unanime
46:49enfin d'ailleurs on t'a répondu assez vite par exemple
46:54donc voilà tout était là déjà
46:58moi j'aurais une question Pablo
47:00alors j'espère qu'elle va pas paraître trop intrusive
47:03mais il y a un truc qui me rend hyper curieux c'est qu'est-ce qui t'a amené
47:07ouais plus intérieurement à revisiter autant cette période de ta vie que ce soit avec ce livre ou avec ton
47:12projet photo
47:18je pense que c'est la période que je considère la plus forte dans ma vie en termes d'émotion
47:23et de découverte et d'intensité
47:27et je pourrais pas vraiment l'expliquer mais je pense que si jamais je devais écrire qu'un seul livre
47:32dans ma vie ce serait celui-là quoi
47:33c'est cette histoire qui me tient à coeur parce qu'elle est au fondement de beaucoup de choses de
47:40ma vie actuelle
47:42et ouais je pense que ouais c'était cette histoire et pas une autre que j'avais envie de raconter
47:47ouais je sais pas si j'ai bien répondu
47:51ça m'amène à la question suivante que moi en tant qu'éditrice je vais te poser
47:55c'est quoi le prochain
47:56c'est quoi l'aspect ?
47:57c'était ma dernière question aussi
48:01ben je suis pas sûr mais enfin je sais que j'ai envie de continuer à écrire et
48:05mais là le geste ce qui a motivé le premier c'est quelque chose de tellement fort et puissant que
48:12que ouais là j'ai commencé beaucoup de second romans
48:18puis je les ai arrêtés en cours de route parce qu'en fait il y avait pas l'envie d
48:21'en faire quelque chose de plus
48:24mais non j'ai envie de continuer à écrire et là j'ai commencé à écrire
48:28qui peut-être sera le deuxième mais j'ai pas assez de pages donc
48:32donc voilà pour l'instant c'est ça
48:35ouais
48:37voilà
48:39est-ce qu'il y a d'autres questions ?
48:43j'en prends encore une petite
48:45j'ai eu un petit bout du livre
48:48mais je me demandais la place des adultes en fait dans le livre
48:51est-ce qu'il y a une place ?
48:53quel rapport des adolescents, des adultes ?
48:57au début quand j'étais un peu dans mon entreprise de restituer tout un monde
49:01je me suis vite rendu compte que les adultes étaient très peu présents
49:03et donc je me suis dit d'abord peut-être qu'il faudrait que j'en parle un peu
49:07et au final ils sont très peu présents parce que je trouve ça plutôt beau
49:11parce que nous on sortait souvent et la plupart des parents ne se posaient pas trop la question
49:15d'où est-ce qu'on était, est-ce qu'on faisait ?
49:17il suffisait de mentir un petit peu
49:19juste et de dire bon je vais chez un tel et en fait on partait pour des aventures
49:22pas possible
49:25voilà et je trouvais ça joli en fait que ce soit un peu
49:29ce territoire et l'adolescence comme un lieu où on n'est pas sous surveillance
49:33et les adultes souvent ils sont seulement mentionnés un petit peu comme
49:37des comportements à ne pas reproduire des figures d'autorité
49:42de par le milieu professionnel ou le personnel de la scolarité, les professeurs, des choses comme ça
49:51mais après il y a quand même un motif qui est là
49:53c'est que quand les figures parentales sont nommées
49:57surtout celles de certains amis
49:59c'est toujours dans une forme de violence
50:01et avec certains amis dont on sait qu'ils ont des comportements violents
50:05parce que leurs parents sont violents avec eux
50:07et donc il y a cette question un petit peu en filigrane
50:10de l'héritage un peu très masculin
50:13et du fonctionnement des familles dans ces coins là
50:21il y a une éducation qui se fait autrement en fait
50:24il n'a pas vraiment les satisfaites
50:26oui
50:35et bien merci
50:36merci
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