00:00Les conséquences de cette guerre pour nous en France, c'est bien sûr le prix des carburants.
00:05D'ailleurs, sur les marchés, les prix du pétrole ont à nouveau augmenté après les tensions dans le détroit d
00:13'Ormouz.
00:13Et les déclarations des distributeurs en France ne sont pas très rassurantes.
00:16On va y revenir avec Edwige Chevrillon notamment. Bonsoir Edwige.
00:19Tout d'abord, on en est où avec le baril du pétrole ?
00:23Heureusement, on est en dessous des 100, qui restent un peu la barre, vous savez, qui est vraiment la référence.
00:28On est entre 95 et 90. J'ai envie de dire, on est en fait le cours des barils de
00:34pétrole.
00:35Il est totalement au diapason avec les déclarations de Donald Trump.
00:38Donc ça fait du yo-yo ?
00:39Ça fait du yo-yo. C'est tout le problème de Bercy.
00:41Ce matin, vous savez, il y avait une réunion là-dessus, justement, pour essayer de voir si on pouvait limiter
00:46l'augmentation du prix à la pompe.
00:48Toute la difficulté. On va voir qu'on ne peut rien dire de forcément décisif avant mercredi, en fait.
00:55Le cessez-le-feu. Est-ce qu'il sera prolongé ? Qu'est-ce qui va se passer ?
00:58Eh bien, d'ici là, on a un petit yo-yo et on essaye de gérer ça.
01:02Mais ça veut dire que les prix ne baissent pas véritablement ?
01:06Non. Non. Tant qu'il n'y a pas de décision sur la guerre en Iran, sur l'issue de
01:11la guerre en Iran,
01:12on aura des phénomènes de yo-yo, avec des amplitudes plus ou moins importantes,
01:16en fonction, évidemment, s'il y a un bateau qui est arrêté.
01:23C'est vraiment le rythme de la guerre qui va imposer le rythme de l'évolution du prix du pétrole.
01:29Oui, mais moi, je suis assez inquiet, parce que quand j'entends un distributeur comme Leclerc, ce matin,
01:34Michel-Edouard Leclerc, qui pourtant nous avait dit, ça m'a baissé...
01:38Oui, parce qu'il dit que c'est très compliqué, finalement, de faire des prévisions.
01:41Mais enfin, là, il dit quand même qu'a priori pour lui, les prix des carburants ne baisseront pas de
01:46si tôt.
01:47Il table même sur au moins six mois, jusqu'à l'hiver prochain, de crise énergétique chez nous.
01:53Donc, on est parti pour de longues semaines, voire de longs mois de crise.
01:57Ah oui, et puis alors, il faudra voir quand est-ce que ça va s'arrêter, quand est-ce que
02:01le conflit va s'arrêter.
02:03Parce que supposons qu'il y ait un cessez-le-feu mercredi, OK ?
02:06À partir de là, il y a un compte à rebours qui est lancé, mais il va falloir...
02:10Le problème, c'est que les trois dormous restent bloqués, même si il y a un cessez-le-feu, il
02:12est bloqué.
02:13Il peut y avoir ça, mais supposons que dans le meilleur des scénarios possibles, soyons optimistes pour une fois,
02:19il faudra au moins cinq, six mois pour que tout revienne dans l'ordre.
02:24Parce qu'il y a des infrastructures qui ont été détruites, il va falloir que les tanqueurs retrouvent le chemin,
02:31leur route initiale.
02:33Donc, vous voyez, il y a toute une machine qui doit se faire réparer et se remettre en route.
02:38Et puis, vous voyez bien qu'il n'y a aucune chance que ce scénario optimiste arrive dans les prochains
02:42jours.
02:43Alors, je vois que notre ami Chilansky, qui est face à vous, fait le nom de la tête.
02:47Non, je fais le nom de la tête.
02:48Alors, pourquoi ?
02:48C'est bonsoir, Jean-Louis.
02:51– Le point clé, c'est d'être sûr que ça ne recommence pas.
02:56– Ah oui.
02:56– La guerre.
02:57– La guerre.
02:58À partir du moment…
02:59– C'est le feu, ce n'est pas la fin des vignes d'un conflit.
03:01– Ce n'est pas la fin de la guerre.
03:02À partir du moment…
03:03Parce que les industriels ne vont pas réinvestir en se disant « on va nous retaper dessus ».
03:07Et donc, c'est cette certitude-là qui est le point clé.
03:11Et l'ouverture du Détroit d'Hormuz.
03:13À partir du moment où on a une confiance dans le fait qu'il ne va pas y avoir de
03:19nouvelles frappes
03:20et que le Détroit est ouvert, alors là, je ne suis pas tout à fait d'accord.
03:24Ça peut aller très vite.
03:26Parce qu'en matière de…
03:27– Oui, ça peut aller très vite, sauf que là, les deux conditions, pour l'instant,
03:30elles ne peuvent pas être remplies.
03:31– Sauf qu'il y a des propres pétroliers qui ont été détruits, qu'il y a des tentateurs qui…
03:34– Lorsque ces deux conditions seront remplies, ça peut effectivement aller très vite.
03:38Parce que le pétrole, il est en stock, en quelque sorte, il ne sort pas.
03:43Mais si c'est sûr, il sortira très rapidement.
03:47Ce n'est pas le cas du gaz liquéfié.
03:49– D'accord, mais est-ce que les prix vont remonter ?
03:51Parce que c'est ça la vraie question.
03:53On nous avait promis une baisse ces derniers jours.
03:56Avec ce qui s'est passé ce week-end, est-ce que les prix peuvent remonter ?
03:59En attendant peut-être la prolongation du cessez-le-feu.
04:01– Ah non, mais là, je pense qu'on n'est pas parti pour une baisse, encore une fois.
04:04Sauf si mercredi, il y a un cessez-le-feu.
04:06On verra ensuite sur l'étroit d'Hormuz.
04:08C'est là ce que j'appelle mon scénario rose, si vous voulez.
04:11À partir de là, il y a quand même une question qui est de savoir…
04:15Parce que vous disiez, les stocks sont là.
04:17Certains stocks sont là.
04:18Il y a les stocks stratégiques qui sont là.
04:20Il n'y a pas de pénurie, il n'y a pas de problème de volume.
04:23Le problème, c'est le prix et la volatilité, comme on dit dans le jargon financier.
04:28– Et les conséquences pour l'économie française ?
04:30– Ça, c'est un deuxième…
04:31– Beaucoup de transmissions sont touchées ?
04:33– Oui, bien sûr.
04:34Il y a beaucoup de…
04:35Ben oui, il y a énormément.
04:36Et on en a au début, là.
04:38C'est-à-dire que là, on voit bien les agriculteurs, les pêcheurs, les infirmières.
04:43Là, on voit ceux qui ont besoin de pétrole tous les jours pour leur activité.
04:47Je dis pétrole parce que ça englobe tout.
04:49Mais la difficulté, c'est qu'ensuite, il y a un phénomène un peu insidieux d'inflation
04:55qui commence déjà…
04:57– Vous avez vu des déclarations, notamment du géant laitier lactaliste.
05:00– Notamment sur l'alimentaire, voilà.
05:01– Sur l'alimentaire, ça commence à rentrer un peu dans les coûts.
05:04– Donc ça veut dire que la crise est même devant nous ?
05:06– Ah oui, la crise sur l'inflation, elle est devant nous.
05:09– Sur la hausse des prix de l'alimentation.
05:11– Les compagnies aériennes, elles ont vu le prix du carrosène qui a augmenté de 24% à 45%.
05:15Aujourd'hui, c'est 45% de leurs dépenses.
05:18Donc vous voyez bien que si elles veulent payer leurs salariés…
05:20Enfin bon bref, vous voyez bien tout ce qui se passe derrière.
05:22Les billets, ils vont augmenter cet été.
05:25Ils comptent peut-être déjà pour les vacances de Pâques,
05:28même si on n'en est plutôt à la fin.
05:29Donc là, de ce point de vue-là, on est en train de rentrer dans ce qu'on a.
05:34Alors le mot spirale est un peu fort, mais quand même dans une spirale inflationniste.
05:37– Alors avant de voir ce que compte faire le gouvernement,
05:40accusé d'être dans l'immobilisme, d'être trop prudent avec Alexis Cuvillier,
05:44un dernier mot sur ça, sur ce que dit Edwige ?
05:47Vous y rajoutez quelque chose, Jean-Louis ?
05:48– Non, je voulais dire simplement que le jour où les Iraniens,
05:52vendredi, ont déclaré que le détroit d'Hormuz était ouvert,
05:56le pétrole est tombé à 85 dollars.
06:00Et donc c'est très sensible à cette nouvelle absolument fondamentale.
06:05Ils l'ont refermée, c'est remonté à 95.
06:08– Donc si cette semaine, mercredi, ils disent finalement on rouvre le détroit d'Hormuz…
06:13– Le pétrole va baisser tout de suite.
06:14– Oui, mais ça ne baisse pas aussi vite que c'est à la pompe, pardon.
06:16– Alors ça c'est un autre débat, parce qu'il y a une chaîne,
06:21mais ça baissera à la pompe, ça baissera à la pompe.
06:23– Là il y a plusieurs crises qu'il faut bien empiler malheureusement,
06:28pour certaines professions, notamment je pense aux agriculteurs.
06:30Les agriculteurs par exemple sont touchés à la fois par l'augmentation des carburants,
06:34et sont touchés aussi par l'augmentation des prix des fertilisants,
06:38qui sont eux-mêmes liés à la réfaction de la production de fertilisants issus d'hydrocarbures.
06:43Donc si vous voulez, double effet qui se coule comme on dit.
06:46Après pour ce qui est de l'aérien, on va retrouver…
06:48– Très effet parce qu'il y a l'engrais aussi, oui.
06:49– Oui, c'est effectivement l'engrais que j'évoquais.
06:52Le deuxième enjeu par rapport à l'aérien, on le voit déjà,
06:55avec des surcharges forfaitaires dans un certain nombre de compagnies,
06:58de 50 euros ou de 100 euros par billet.
07:01On voit d'autres difficultés encore, avec des annulations pure et simple de vol.
07:04Là on l'a vu notamment chez KLM, au pays, Groupe Air France-KLM.
07:07On voit également aussi qu'il y a un autre sujet qui est la compétition entre les États
07:11pour importer les stocks de pétrole restants.
07:14Parce que quand on a une destruction de la production,
07:17comme c'est le cas actuellement sur Hormuz,
07:18on se retrouve dans une situation où il y a beaucoup de pays
07:22qui effectivement cherchent à avoir les stocks qui commencent à arriver,
07:25ou les nouvelles productions.
07:27– La bataille des stocks.
07:27– La bataille bien sûr.
07:28Quand vous êtes au Sri Lanka par exemple et que vous avez un baril de pétrole physique
07:33importé sur le territoire qui s'achète 287 dollars le baril,
07:38là c'est du physique, c'est autre chose que ce qu'on est en train de s'évoquer là,
07:42entre 95 et 100 dollars par exemple.
07:43– Il faut rappeler que ce sont les pays asiatiques qui sont les plus touchés
07:45parce qu'ils sont dans les droits d'Ormuz.
07:47– Le Vietnam, le Bangladesh.
07:48– Le Bangladesh, je ne sais pas si vous avez vu,
07:50Internet va être coupé, problème d'alimentation,
07:52parce qu'il dépend à 95% du pétrole.
07:55– Un mot parce que les bourses d'Europe viennent de finir,
07:58de terminer leur journée, elles sont toutes en repli.
08:01– Léger repli, oui, léger repli, ce n'est pas non plus…
08:04– Pas très optimiste.
08:05Alexis Cuvillier, la réponse politique.
08:08Les transporteurs routiers sont aidés depuis hier,
08:10c'est une annonce du gouvernement,
08:12mais déjà ils jugent que c'est trop timide.
08:14Et d'une manière générale, on reproche à Sébastien Lecornu
08:16d'être toujours un petit peu en retard,
08:17dans les aides, même les aides ciblées.
08:20Certains disent qu'il faut élargir les aides
08:22et aujourd'hui en Europe, ce n'est pas normal que la France
08:24et finalement le carburant quasiment le plus cher d'Europe.
08:27– Il y a une réalité, c'est que le gouvernement
08:29et le Premier ministre veulent tenir cette ligne de prudence
08:33sur la situation.
08:34On l'a entendu à plusieurs reprises,
08:35dans les mots par exemple de Maude Bréjon,
08:37la porte-parole du gouvernement chargée des énergies.
08:39– Donc on ne change pas de stratégie.
08:40– Pointait la grande volatilité de la situation
08:43pour dire qu'à ce stade, il ne peut pas y avoir
08:45de changement complet de stratégie.
08:47Et l'évolution toute récente des événements,
08:50notamment en fin de semaine dernière,
08:52semblait parfois donner un peu raison,
08:54même s'ils n'ont pas de boule de cristal,
08:56à la ligne du gouvernement,
08:57qui pouvait parfois miser sur une amélioration
09:01à plus court terme de la situation.
09:02Et c'est sur ce point qu'il y a une forme d'agacement,
09:05notamment du côté de l'entourage du Premier ministre,
09:09qui estime, c'est une observation que beaucoup de Français partagent,
09:12elle n'est pas très compliquée à observer
09:13lorsque l'on va faire son plein,
09:15qui estime que les prix sont montés très vite,
09:17mais que lorsqu'il y a des évolutions positives
09:19de la situation boursière, le cours du pétrole,
09:22cette amélioration, elle ne se voit pas
09:25dans les stations essence.
09:27Et ça, c'est un sujet qui agace le Premier ministre,
09:32Sébastien Lecornu,
09:33qui a visé la question des marges des distributeurs.
09:36C'est sur ce point qu'il y a cette menace,
09:38vous savez, de décret de plafonnement des marges,
09:40c'est un peu technique,
09:41pour tenter d'appuyer et d'influer
09:44sur les décisions des distributeurs
09:46pour qu'ils fassent baisser leur prix le plus vite possible.
09:48Les distributeurs qui proposent plutôt
09:50la suspension des certificats d'économie d'énergie,
09:53Michel-Edouard Leclerc, l'a redit ce matin,
09:55ça permettrait de diminuer le prix de l'essence
09:57de l'ordre de 15 à 17 centimes,
09:59dès demain, si on prenait cette mesure.
10:01Mais a priori, le gouvernement, pour l'instant, ne veut pas.
10:03Je crois que le décret, je crois que Bercy a compris
10:05que c'est une usine à gaz,
10:06donc on n'avait pas besoin en ce moment.
10:07En revanche, ils veulent comprendre
10:08ce qu'ils appellent le mécanisme caché
10:11entre le prix du baril
10:13et puis le prix à l'arrivée.
10:14Et pourquoi, quand ça monte ?
10:16Eh bien, tout d'un coup, ça monte vite.
10:18Mais quand ça baisse,
10:19donc il y a la réponse, ça sera jeudi matin.
10:21C'est un jour où on a la réponse.
10:23C'est un jour !
10:24Ça fait des années qu'on attend cette réponse.
10:26Pardon, Olivier, mais on a un début de réponse.
10:28On a un début très très vite, promis.
10:30C'est qu'on voit sur les marchés, tout simplement,
10:32qu'il y a une différence,
10:33c'est-à-dire qu'il y a en fait un différentiel
10:35entre les titres qui sont échangés
10:37de pétrole à moyen terme,
10:39ce que je veux dire, c'est au-delà de 30 jours,
10:41par rapport aux titres plutôt physiques
10:44qui sont échangés pour des livraisons
10:45à 10 à 30 jours.
10:47Et de fait, plus vous avez ce différentiel
10:49qui augmente,
10:50plus vous avez une volatilité
10:51qui est différentielle
10:52entre ce baril physique
10:55et le baril, on va dire, titrisé,
10:58eh bien, effectivement,
10:58vous avez des mécanismes de formation de prix
11:00qui sont de plus en plus compliqués.
11:01Merci à tous.
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