00:00...
00:08Salvador Juan, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Je suis ravi de vous accueillir.
00:11Vous êtes professeur émérite de sociologie.
00:13Vous étiez à l'université de Caen, Normandie.
00:15Et aujourd'hui, vous êtes à la 4e édition du sommet de la mesure d'impact.
00:19Absolument.
00:19Et vous venez nous parler d'un sujet important.
00:22Vous m'en parliez en préparant cette émission.
00:24Vous allez développer un sujet sur les maladies provoquées par l'organisation sociale.
00:30Lorsque vous observez des phénomènes dans notre société aujourd'hui liés à l'organisation sociale.
00:36Oui, tout à fait.
00:37J'avais évoqué ce problème dès les années 90 dans un livre qui s'appelait La société inhumaine.
00:44Où j'avais proposé un concept, celui de sociopathologie.
00:48Pour parallèle à celui de psychopathologie.
00:51Les sociopathologies sont des maladies qui sont provoquées par l'organisation sociale.
00:56Même si elles sont vécues personnellement dans notre chair, évidemment, de manière intime.
01:03Ce sont celles qui me semblent les plus intéressantes en dehors des dépressions dont on sait que la France détient
01:11un des records mondiaux.
01:13C'est deux autres records mondiaux que détient la France.
01:16C'est les maladies neurodégénératives et les cancers.
01:22Or, si on regarde les taux d'évolution, de multiplication plutôt de ces maladies neurodégénératives.
01:31Je pense à Alzheimer, par exemple.
01:34Ils évoluent dix fois plus vite que le vieillissement de la population.
01:38Alors que les médecins et le lobby pharmaceutique nous disent que c'est le vieillissement qui est la cause de
01:46tout ça.
01:47C'est absolument faux.
01:48Il suffit de regarder les chiffres.
01:49Il n'y a pas besoin d'être statisticien pour s'en apercevoir.
01:52Et alors les causes ?
01:53Alors, il n'y a pas qu'Alzheimer, il y a Charcot, il y a Parkinson, il y a les
01:59cancers du cerveau, etc.
02:01Et sclérose en plaques, j'avais oublié sclérose en plaques.
02:05Les causes, elles sont dans ces polluants éternels dont on parle aujourd'hui, dans le cadmium,
02:11dans les résidus de pesticides dans l'alimentation, dans la pollution de l'air liée aux voitures, mais aussi aux
02:19industries.
02:19Donc, et ce qui est le plus frappant, c'est que lorsqu'on fait des études ciblées en biologie sur
02:30les causes d'une maladie,
02:32on privilégie une substance, une cause.
02:37Et les toxicologues, comme je pense à André Sicoléla par exemple,
02:43les toxicologues aujourd'hui nous apprennent que ce n'est pas une bonne méthode
02:46et qu'en réalité, il y a un effet cocktail qui est beaucoup plus important que la cause qu'une
02:52substance peut engendrer sur un organisme.
02:55Et une enquête récente dont Le Monde s'est fait le porte-voix récemment, le journal Le Monde,
03:00une enquête récente sur 400 zones et une trentaine de substances, si je ne m'abuse, au Pérou,
03:07a démontré que cette trentaine de substances qui n'étaient aucune, qui étaient anodines, prises séparément,
03:16une trentaine qui n'étaient pas du tout pathogènes, en effet cocktail deviennent pathogènes, mais extrêmement pathogènes.
03:23C'est leur nombre et leur combinaison qui rend le phénomène plus violent.
03:29Et donc, le vieillissement n'est pas anodin, évidemment, parce que plus on vieillit et plus l'effet de cumul
03:38vient s'associer à l'effet cocktail.
03:40Et c'est la raison pour laquelle, effectivement, il y a des surproportions toujours chez les vieux.
03:44Mais on ne peut d'aucune manière expliquer tous ces cancers.
03:48Les cancers, ça double tous les 25-30 ans.
03:51Donc, ça a quadruplé depuis les années 60.
03:54Et chez les plus jeunes, c'est de plus en plus frappant.
03:58Et ça s'accélère et c'est des cancers virulents.
04:02Donc, il est manifeste que ce n'est pas des causes mises en avant généralement,
04:07le tabagisme, la génétique ou le vieillissement,
04:10qui sont les causes fondamentales de cette multiplication si rapide.
04:17Est-ce qu'on a un message d'espoir ou un message de solution que vous venez délivrer par rapport
04:23à cette thématique de santé publique ?
04:26Alors, l'espoir, je serais tenté de citer Ulrich Beck,
04:29qui avait écrit un très beau livre sur la société du risque dans les années 80, un Allemand,
04:34qui disait « Il n'y a rien de plus démocratique que les grands risques ».
04:38Et je pourrais dire que presque... Et ce n'est pas une boutade.
04:42Il n'y a rien de plus démocratique aujourd'hui que le cancer ou que les maladies neurodégénératives.
04:45Nous connaissons tous, directement ou indirectement, des gens qui sont atteints et à tous les âges.
04:51Et donc, l'espoir, ça serait qu'on tienne compte de cette multiplication dans un organisme notamment comme celui-ci,
04:59le Conseil économique, social et environnemental,
05:02qu'on tienne compte de cette multiplication pour mettre en place des mesures épidémiologiques,
05:09des mesures au sens scientifique du terme.
05:12Comment mesurer ? C'est-à-dire des registres nationaux du cancer, qui n'existent pas en France,
05:18qui nous permettraient de dégager les variables départements communes, âges, catégories socioprofessionnelles,
05:25de manière fine, dans toute la France...
05:27Pour identifier des foyers de cause ?
05:28Dans toute la France, pour prévenir.
05:30Parce qu'aujourd'hui, c'est la grande victime, en quelque sorte, en matière d'épidémiologie, c'est la prévention.
05:38On est très fort en thérapie, on soigne de mieux en mieux, non pas les maladies dégénératives malheureusement, mais les
05:43cancers.
05:44On les soigne de mieux en mieux, mais il y en a de plus en plus et il vaut mieux,
05:48me semble-t-il, prévenir que guérir.
05:51Tout à fait. Un dernier mot peut-être, parce qu'on a dépassé le temps qui nous était imparti.
05:55Mais aujourd'hui, le thème, c'est ce qui compte vraiment.
05:57Le thème de toute cette quatrième édition du Sommet de la mesure d'impact.
06:02Vous, Salvador, personnellement, qu'est-ce qui compte pour vous par rapport à vos thèmes, par rapport à votre vision
06:08du monde ?
06:09Vous qui êtes aujourd'hui professeur émérite, qu'est-ce qui compte pour vous ?
06:14Ce qui compterait le plus pour moi, ce serait de mettre en place un système scientifique
06:23qui permet d'évaluer de manière rigoureuse toutes ces pathologies, ce que j'appelle des sociopathologies.
06:32Et pour ce faire, il ne suffit pas d'avoir que des registres du cancer et des maladies neurodégénératives.
06:37Il faut aussi que la science, notamment les sciences de la nature et de la vie, la biologie notamment,
06:46évolue vers l'analyse des causes multifactorielles.
06:53Car les protocoles de recherche en biologie sont très centrés sur une cause, un effet.
06:57Or, en sciences humaines, nous autres, de manière générale en sciences humaines,
07:01on sait que les faits sont « impurs », c'est-à-dire qu'ils sont multifactoriels.
07:05Les causes des faits sont multifactorielles.
07:08Il serait souhaitable, il serait même crucial, que les sciences de la nature et de la vie
07:13apprennent des sciences humaines, si je puis dire.
07:15C'est l'analyse multivariée pour que l'épidémiologie et la connaissance scientifique des maladies
07:22qui nous atteignent tous soient de plus en plus rigoureuses.
07:26Merci infiniment, donc Salvador Juhand, professeur émérite de sociologie.
07:30Vous étiez à l'Université de Normandie-Camp.
07:31Merci à vous.
07:32Merci beaucoup, très bonne journée.
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