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  • il y a 2 heures
Jeudi 16 avril 2026, retrouvez Salvador Juan (Professeur émérite de Sociologie, Université de Caen Normandie) dans SOMMET DE LA MESURE D’IMPACT, une émission présentée par Antoine Morlighem et Alban Castres.

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Transcription
00:00...
00:08Salvador Juan, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Je suis ravi de vous accueillir.
00:11Vous êtes professeur émérite de sociologie.
00:13Vous étiez à l'université de Caen, Normandie.
00:15Et aujourd'hui, vous êtes à la 4e édition du sommet de la mesure d'impact.
00:19Absolument.
00:19Et vous venez nous parler d'un sujet important.
00:22Vous m'en parliez en préparant cette émission.
00:24Vous allez développer un sujet sur les maladies provoquées par l'organisation sociale.
00:30Lorsque vous observez des phénomènes dans notre société aujourd'hui liés à l'organisation sociale.
00:36Oui, tout à fait.
00:37J'avais évoqué ce problème dès les années 90 dans un livre qui s'appelait La société inhumaine.
00:44Où j'avais proposé un concept, celui de sociopathologie.
00:48Pour parallèle à celui de psychopathologie.
00:51Les sociopathologies sont des maladies qui sont provoquées par l'organisation sociale.
00:56Même si elles sont vécues personnellement dans notre chair, évidemment, de manière intime.
01:03Ce sont celles qui me semblent les plus intéressantes en dehors des dépressions dont on sait que la France détient
01:11un des records mondiaux.
01:13C'est deux autres records mondiaux que détient la France.
01:16C'est les maladies neurodégénératives et les cancers.
01:22Or, si on regarde les taux d'évolution, de multiplication plutôt de ces maladies neurodégénératives.
01:31Je pense à Alzheimer, par exemple.
01:34Ils évoluent dix fois plus vite que le vieillissement de la population.
01:38Alors que les médecins et le lobby pharmaceutique nous disent que c'est le vieillissement qui est la cause de
01:46tout ça.
01:47C'est absolument faux.
01:48Il suffit de regarder les chiffres.
01:49Il n'y a pas besoin d'être statisticien pour s'en apercevoir.
01:52Et alors les causes ?
01:53Alors, il n'y a pas qu'Alzheimer, il y a Charcot, il y a Parkinson, il y a les
01:59cancers du cerveau, etc.
02:01Et sclérose en plaques, j'avais oublié sclérose en plaques.
02:05Les causes, elles sont dans ces polluants éternels dont on parle aujourd'hui, dans le cadmium,
02:11dans les résidus de pesticides dans l'alimentation, dans la pollution de l'air liée aux voitures, mais aussi aux
02:19industries.
02:19Donc, et ce qui est le plus frappant, c'est que lorsqu'on fait des études ciblées en biologie sur
02:30les causes d'une maladie,
02:32on privilégie une substance, une cause.
02:37Et les toxicologues, comme je pense à André Sicoléla par exemple,
02:43les toxicologues aujourd'hui nous apprennent que ce n'est pas une bonne méthode
02:46et qu'en réalité, il y a un effet cocktail qui est beaucoup plus important que la cause qu'une
02:52substance peut engendrer sur un organisme.
02:55Et une enquête récente dont Le Monde s'est fait le porte-voix récemment, le journal Le Monde,
03:00une enquête récente sur 400 zones et une trentaine de substances, si je ne m'abuse, au Pérou,
03:07a démontré que cette trentaine de substances qui n'étaient aucune, qui étaient anodines, prises séparément,
03:16une trentaine qui n'étaient pas du tout pathogènes, en effet cocktail deviennent pathogènes, mais extrêmement pathogènes.
03:23C'est leur nombre et leur combinaison qui rend le phénomène plus violent.
03:29Et donc, le vieillissement n'est pas anodin, évidemment, parce que plus on vieillit et plus l'effet de cumul
03:38vient s'associer à l'effet cocktail.
03:40Et c'est la raison pour laquelle, effectivement, il y a des surproportions toujours chez les vieux.
03:44Mais on ne peut d'aucune manière expliquer tous ces cancers.
03:48Les cancers, ça double tous les 25-30 ans.
03:51Donc, ça a quadruplé depuis les années 60.
03:54Et chez les plus jeunes, c'est de plus en plus frappant.
03:58Et ça s'accélère et c'est des cancers virulents.
04:02Donc, il est manifeste que ce n'est pas des causes mises en avant généralement,
04:07le tabagisme, la génétique ou le vieillissement,
04:10qui sont les causes fondamentales de cette multiplication si rapide.
04:17Est-ce qu'on a un message d'espoir ou un message de solution que vous venez délivrer par rapport
04:23à cette thématique de santé publique ?
04:26Alors, l'espoir, je serais tenté de citer Ulrich Beck,
04:29qui avait écrit un très beau livre sur la société du risque dans les années 80, un Allemand,
04:34qui disait « Il n'y a rien de plus démocratique que les grands risques ».
04:38Et je pourrais dire que presque... Et ce n'est pas une boutade.
04:42Il n'y a rien de plus démocratique aujourd'hui que le cancer ou que les maladies neurodégénératives.
04:45Nous connaissons tous, directement ou indirectement, des gens qui sont atteints et à tous les âges.
04:51Et donc, l'espoir, ça serait qu'on tienne compte de cette multiplication dans un organisme notamment comme celui-ci,
04:59le Conseil économique, social et environnemental,
05:02qu'on tienne compte de cette multiplication pour mettre en place des mesures épidémiologiques,
05:09des mesures au sens scientifique du terme.
05:12Comment mesurer ? C'est-à-dire des registres nationaux du cancer, qui n'existent pas en France,
05:18qui nous permettraient de dégager les variables départements communes, âges, catégories socioprofessionnelles,
05:25de manière fine, dans toute la France...
05:27Pour identifier des foyers de cause ?
05:28Dans toute la France, pour prévenir.
05:30Parce qu'aujourd'hui, c'est la grande victime, en quelque sorte, en matière d'épidémiologie, c'est la prévention.
05:38On est très fort en thérapie, on soigne de mieux en mieux, non pas les maladies dégénératives malheureusement, mais les
05:43cancers.
05:44On les soigne de mieux en mieux, mais il y en a de plus en plus et il vaut mieux,
05:48me semble-t-il, prévenir que guérir.
05:51Tout à fait. Un dernier mot peut-être, parce qu'on a dépassé le temps qui nous était imparti.
05:55Mais aujourd'hui, le thème, c'est ce qui compte vraiment.
05:57Le thème de toute cette quatrième édition du Sommet de la mesure d'impact.
06:02Vous, Salvador, personnellement, qu'est-ce qui compte pour vous par rapport à vos thèmes, par rapport à votre vision
06:08du monde ?
06:09Vous qui êtes aujourd'hui professeur émérite, qu'est-ce qui compte pour vous ?
06:14Ce qui compterait le plus pour moi, ce serait de mettre en place un système scientifique
06:23qui permet d'évaluer de manière rigoureuse toutes ces pathologies, ce que j'appelle des sociopathologies.
06:32Et pour ce faire, il ne suffit pas d'avoir que des registres du cancer et des maladies neurodégénératives.
06:37Il faut aussi que la science, notamment les sciences de la nature et de la vie, la biologie notamment,
06:46évolue vers l'analyse des causes multifactorielles.
06:53Car les protocoles de recherche en biologie sont très centrés sur une cause, un effet.
06:57Or, en sciences humaines, nous autres, de manière générale en sciences humaines,
07:01on sait que les faits sont « impurs », c'est-à-dire qu'ils sont multifactoriels.
07:05Les causes des faits sont multifactorielles.
07:08Il serait souhaitable, il serait même crucial, que les sciences de la nature et de la vie
07:13apprennent des sciences humaines, si je puis dire.
07:15C'est l'analyse multivariée pour que l'épidémiologie et la connaissance scientifique des maladies
07:22qui nous atteignent tous soient de plus en plus rigoureuses.
07:26Merci infiniment, donc Salvador Juhand, professeur émérite de sociologie.
07:30Vous étiez à l'Université de Normandie-Camp.
07:31Merci à vous.
07:32Merci beaucoup, très bonne journée.
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