- il y a 19 heures
Art & Marché se délocalise pour une émission spéciale au cœur de la 28e édition d’Art Paris, la grande foire d’art contemporain qui se tient chaque année sous la nef du Grand Palais. Avec 60 % d’exposants français, la foire fait une nouvelle fois la part belle aux galeries nationales et affirme plus que jamais sa volonté de soutenir, structurer et faire rayonner la scène artistique hexagonale. À cette occasion, un parcours inédit, "Babel : Art & langage en France", imaginé par Loïc Le Gall, directeur du cac Passerelle à Brest, met à l’honneur les artistes français et explore les enjeux du langage dans la création contemporaine.
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00:19Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver pour cette édition spéciale d'Art et Marché
00:24au cœur de la 28e édition d'Art Paris, la foire d'art contemporain qui se tient comme chaque année
00:30au cœur du Grand Palais.
00:32Un rendez-vous incontournable qui fait cette année encore la part belle aux galeries françaises
00:37et qui affirme plus que jamais sa volonté de défendre, faire rayonner et structurer la scène hexagonale.
00:43Et c'est précisément cette scène française que nous allons explorer aujourd'hui.
00:47Pour cette édition, un parcours singulier a été imaginé par Loïc Le Gall qui est directeur du Centre d'Art
00:53Contemporain Passerelle à Brest
00:55autour d'un thème puissant, celui du langage intitulé Babel.
01:00Nous allons tout d'abord aller à la rencontre de Guillaume Pienz qui est commissaire général d'Art Paris
01:04pour prendre le pouls de cette édition 2026 puis retrouver Loïc Le Gall au sein des allées d'Art Paris
01:09devant les œuvres du parcours Art et Marché, c'est parti.
01:18Guillaume Pienz, bonjour, vous êtes commissaire général d'Art Paris, merci beaucoup d'être avec nous.
01:22Tout d'abord, est-ce que vous pouvez rapidement nous présenter les temps forts de cette édition 2026 ?
01:28De cette 28e édition, alors on a 165 exposants d'une vingtaine de pays, deux parcours thématiques,
01:36un qui est tourné vers la scène française Babel Art et Langage en France qui est mené par Loïc Le
01:40Gall,
01:40un autre parcours qui regarde plutôt la scène internationale qui s'appelle la réparation
01:45et qui a été confié à Alexia Fabre.
01:47Il y a aussi plusieurs secteurs à découvrir, Promesse qui est effectivement sur les balcons du Grand Palais
01:53qui est un secteur dédié à la création émergente
01:56et de l'autre côté des balcons, on a ce secteur qui s'appelle French Design Art Edition
02:01qui ne présente que du design contemporain.
02:03Au sein de la foire, on a aussi 24 solo shows,
02:07il y a effectivement aussi toute une programmation avec des conférences,
02:11tout un cycle de conférences.
02:13Il y a beaucoup de choses qui se passent dans Art Paris pendant une semaine.
02:17Qu'est-ce qui fait vraiment l'identité, la différenciation d'Art Paris
02:20par rapport à toute autre foire internationale ?
02:23Pour moi, c'est une foire régionale et cosmopolite
02:26qui est orientée vers la découverte.
02:28L'idée étant quand même d'être enracinée localement,
02:32c'est-à-dire de soutenir la scène française,
02:34de valoriser l'écosystème des galeries françaises
02:38et de l'autre côté, être aussi cosmopolite,
02:40c'est-à-dire effectivement accueillir des galeries qui viennent du monde entier.
02:44Il y a des gens qui viennent de très loin cette année,
02:45il y a des gens qui viennent d'Australie, de Singapour, etc.
02:49Donc voilà, c'est ce qui fait un peu l'association d'Art Paris
02:51et puis aussi cette approche thématique qui nous caractérise.
02:55Donc chaque année, l'idée étant qu'on ait un ou une commissaire invitée
03:00qui, évidemment, regarde la scène française.
03:03Tout ça, maintenant, aujourd'hui, a dossé un prix
03:04qui est le prix BNP Paribas Banque privée,
03:06qui est un prix de 40 000 euros au niveau de la dotation
03:09et qui revient un des artistes de ce parcours.
03:11Ce soutien de la scène française, ça passe par quoi
03:14dans un marché de l'art qui est en mutation, on va dire ?
03:18Alors, ce soutien de la scène française, il est volontaire.
03:21Voilà, il est là et ce n'est pas uniquement une histoire
03:24de vendre, c'est aussi une histoire de promouvoir
03:28et de donner une visibilité.
03:29Et ça, c'est le rôle important d'une foire.
03:31Ce n'est pas juste un marketplace, comme souvent on est caricaturé.
03:35C'est aussi un endroit qui a une caisse de résonance formidable
03:38et qui permet aussi de donner cette visibilité à des artistes.
03:42Donc ils ont besoin.
03:43La visibilité, en tout cas des artistes français,
03:46elle doit être donnée en France.
03:47Et c'est comme ça que leur réputation croît
03:51et qu'ils ont une chance peut-être aussi de mieux s'exporter.
03:54Parce que la France n'a pas vraiment soutenu sa scène.
03:57Et contrairement à d'autres pays comme l'Allemagne ou l'Angleterre, etc.
04:00Et être en soutien de la scène française ne veut pas dire
04:04être franco-français.
04:06Est-ce qu'il y a une manière de caractériser justement
04:09ces collectionneurs français qui peuvent d'autant plus soutenir la scène française ?
04:14Alors en fait, contrairement aussi aux idées reçues,
04:16il y a beaucoup de collectionneurs en France.
04:17Les collectionneurs français sont des gens...
04:19D'abord, il y a un esprit de la collection.
04:21Il y a un œil critique.
04:22J'ai toujours entendu dire des marchands des galeries étrangers,
04:25ils étaient stupéfaits par la précision,
04:29la connaissance des collectionneurs français.
04:32Bon, qui sont souvent très critiques.
04:33C'est ce qu'on nous reproche aussi de l'autre côté.
04:35Mais aussi, c'est parce que c'est des gens
04:37qui finalement ont une vraie connaissance.
04:39Et sur la scène internationale,
04:41comment sont représentés les artistes français ?
04:44Je trouve que ça va un peu mieux.
04:46Il y a eu une invisibilité des artistes français pendant très longtemps.
04:48Peut-être parce qu'ils étaient trop soutenus
04:50par rapport au monde anglo-saxon par l'institution.
04:53Parce que le monde anglo-saxon voit avec beaucoup de méfiance
04:55les artistes officiels.
04:56Donc c'est vrai qu'on a connu les années de langue
04:59et tout un développement qui était quand même très assis
05:02sur une forme de bureaucratie culturelle,
05:06de subvention, de frac, de drag, etc.
05:09Et aujourd'hui, je pense qu'il y a un regard différent
05:12sur les artistes français.
05:13D'abord parce qu'eux-mêmes, les artistes français
05:16voyagent plus, font des résidences à l'étranger,
05:19par l'anglais.
05:20C'est bête, mais c'est quelque chose d'important.
05:23Et en tout cas, je trouve qu'il y a une meilleure réception
05:25d'artistes français.
05:26Aujourd'hui, des gens comme Claire Tabouret,
05:28Tatiana Trouvé, Théo Mercier,
05:30on commence à voir beaucoup plus d'artistes français
05:33dans des viennales, etc.
05:34Alors qu'il y avait vraiment,
05:37surtout les années 2000, début des années 2000,
05:39une invisibilité des artistes français.
05:41C'était le fameux rapport commun qui avait fait beaucoup de bruit.
05:44Et malgré tout l'argent qui était dépensé par l'État français,
05:47en fait, il n'y a pas eu ce résultat
05:49de pouvoir exporter bien les artistes français.
05:51Et donc là, la thématique a été choisie,
05:53c'est le thème Babel.
05:54C'est révélateur d'une certaine tendance
05:57de la scène française qu'on observe aujourd'hui ?
05:59Je trouve que le balayage, effectivement,
06:01qui a été fait par Loïc Le Gall est très intéressant
06:04parce que ça fait, en fait, moi, l'intérêt de cette thématique,
06:06c'est que ça fait ressortir différents types d'artistes
06:09qu'on ne connaît pas forcément ou qu'on a oubliés.
06:11Par exemple, dans la partie plus historique de son Focus,
06:15il y a Isidore Izu, qui est le fondateur du lettrisme
06:17et qui est un mouvement des années 60.
06:20Voilà, et en fait, c'est des œuvres formidables.
06:22Il y a, par exemple, la Galerie Bocquet
06:24qui montre les œuvres de Marcel Jean,
06:25donc un surréaliste des années 30
06:26et qui avait fait cette collaboration avec ce poète Henri Pastoureau
06:30sur ces questions de frottage, etc.
06:32Donc, c'est des œuvres que les gens vont redécouvrir.
06:34Donc, j'ai trouvé intéressant que, voilà,
06:36cette question du langage, on l'aborde d'une manière historique.
06:40Et puis, au niveau contemporain, on sait que, par exemple,
06:43Tanya Mouraud a fait une pièce spécifique pour la foire.
06:46Donc, l'avantage de cette thématique,
06:47c'est qu'elle donne un axe de lecture pour les visiteurs.
06:50Elle donne aussi un axe par rapport à la programmation des galeries
06:54et elle génère aussi des productions spécifiques.
06:58Et pour moi, c'est un signe de santé pour la foire.
07:00C'est-à-dire que quand on voit que la foire,
07:02les gens se mobilisent pour réserver des œuvres
07:05ou les produire, c'est un très bon signe.
07:08Merci beaucoup, Guillaume Quince.
07:09On va tout de suite aller retrouver Loïc Legal, justement,
07:11pour parler de ce parcours.
07:15Moi, d'origine, je suis un archéologue.
07:17Donc, c'est par extension que je suis devenu l'histoire de l'art, plutôt.
07:20Et j'ai toujours été fasciné par ce lien qu'il y avait
07:24dans l'origine de l'humanité entre le langage et, on va dire, l'art.
07:28Même si on ne sait pas vraiment si c'est de l'art.
07:29notamment dans les peintures pariétales, dans les grottes.
07:35Et justement, une des œuvres qui m'a intéressé particulièrement,
07:39c'est l'œuvre de Juliette Agniel, qui est juste ici.
07:42Donc, c'est une grotte où on voit,
07:44alors pas précisément sur ces images-là,
07:46mais on voit en fait des mains positives et des mains négatives.
07:50Et c'est pour moi les prémices de l'art et les prémices du langage.
07:52Je trouve que c'est un sujet qui est transhistorique, transsociologique
07:58et qui permet d'aborder l'art sur un champ le plus commun possible,
08:03qui est celui de notre parler, celui du langage.
08:05Et qui en plus a inspiré quand même énormément d'artistes
08:07à travers toute l'histoire de l'art.
08:09Exactement. En fait, déjà, il y a plusieurs choses.
08:12On commence par peindre sur les murs, initialement,
08:14sur les murs des grottes.
08:15On a peint après sur les plafonds à l'époque de la Renaissance.
08:19On a peint sur des fresques à Pompéi.
08:22Le mur a toujours été un support assez fascinant.
08:25Par la suite, après, on a pu avoir des gens comme Picasso
08:28qui vont reprendre des formes primitives.
08:32Et après, tout le XXe siècle est marqué justement
08:34par une histoire de l'art à rebours, en fait.
08:36Qui va revenir regarder des formes anciennes,
08:40primitives, ancestrales, traditionnelles.
08:42Pourquoi est-ce que vous vous êtes dit
08:43que ça allait être quelque chose de révélateur
08:46à appliquer la scène française ?
08:47Mais ce qui m'intéresse, c'est qu'on a l'ère de l'IA,
08:50on a l'ère du digital, du numérique.
08:52Et en fait, le langage s'est réinventé.
08:54Et le langage se réinvente en permanence.
08:59Puisque, aujourd'hui, ce qui se passe,
09:01c'est que c'est des machines qui vont communiquer à notre place.
09:04C'est une manière de parler qui est différente,
09:07une manière d'écrire.
09:09Et justement, l'art contemporain va s'en faire les cours, en fait, aussi.
09:14Et donc, là, on va aller voir une autre artiste
09:15qui fait un peu le lien avec ce que je disais
09:17sur la tradition et sur le savoir-faire.
09:20C'est Sarah Ouadou.
09:21Sarah Ouadou, c'est une artiste française
09:24qui a des origines marocaines
09:25qui s'est intéressée à la transmission de la langue.
09:28Elle va représenter à travers le dessin
09:31des langues qui n'ont pas d'écrit.
09:33Des langues qui sont juste transmises
09:36de manière orale.
09:38Et la beauté de son travail,
09:40qui est extrêmement poétique,
09:41c'est justement de venir
09:44faire un peu comme du dessin automatique,
09:48représenter le discours.
09:50On arrive justement à avoir
09:51plusieurs degrés de compréhension de l'œuvre d'art,
09:53à la fois de manière très immédiate
09:55sur la transmission de quelque chose,
09:57jusqu'à une pièce qui devient
10:02l'interprétation d'un artisan.
10:03Aujourd'hui, les artistes,
10:06il y a beaucoup de réflexions
10:07autour de la question du langage,
10:09en France notamment,
10:10parce qu'il y a aussi beaucoup de migration,
10:12il y a beaucoup de langues qui cohabitent.
10:15Et en fait, la question de la langue
10:16et de la création sont intimement liées
10:17sur la scène française,
10:18parce qu'on a beaucoup d'artistes
10:20qui viennent de mon entier.
10:21Actuellement, on a beaucoup d'artistes ukrainiens,
10:23palestiniens, qui travaillent en France.
10:26Et je disais, il y a plusieurs thématiques
10:28au sein de la thématique de Babel,
10:29mais la thématique de la langue étrangère,
10:32de la langue de la personne
10:33qui n'est pas native.
10:34Je trouve aussi que c'est primordial
10:36et que ça crée une dynamique
10:39en France qui est assez particulière.
10:43Et ça crée une force,
10:44une vraie poésie
10:44dans ce qui peut se passer en France.
10:46Chez Yvon Lambert,
10:47il y a un artiste s'appelle Luca Resta.
10:48En fait, il crée des espèces d'artefacts
10:50qu'on pourrait penser historiques,
10:52mais en fait,
10:53qui sont non contemporains
10:54et qui parlent de sujets contemporains.
10:56Et ça, typiquement,
10:57je pense que c'est des pièces
10:58que les collectionneurs aiment beaucoup,
11:00parce qu'il y a vraiment ce rapport
11:01à la fois à l'objet,
11:02très bien fait, physique,
11:06et à la fois un art conceptuel
11:07qui est assez facile aussi,
11:09d'une certaine manière,
11:10qui est assez lisible.
11:12C'est une thématique particulière
11:13qui peut trouver un écho
11:16chez les collectionneurs.
11:17Après, on peut avoir d'autres œuvres,
11:19par exemple, de Laure Provost.
11:21Et Laure Provost, pour moi,
11:23c'est une des artistes majeurs
11:24aujourd'hui de la scène française.
11:25Et ce qui est fascinant,
11:27c'est qu'elle a déjà été connue
11:29dans un pays étranger,
11:30qui était l'Angleterre.
11:31Elle a eu le Turner Prize.
11:32Donc déjà, la question du langage,
11:34il était engagé à travers
11:36une langue étrangère.
11:37Et moi, ce qui m'intéresse beaucoup,
11:38c'est sa relation,
11:39la traduction et au jeu
11:41entre les différentes langues.
11:42c'est qu'il y a volontairement
11:44des erreurs entre le français
11:45et l'anglais.
11:46Il y a volontairement
11:49de la poésie,
11:52parfois humoristique,
11:53qu'on peut capter.
11:55Et pour le coup,
11:55c'est une artiste
11:56qui est vraiment aussi collectionnée,
11:57je pense, par ce biais-là.
11:59Par la question du parler,
12:01la question de la transmission.
12:04D'ailleurs, la sélection,
12:04elle essaie de montrer
12:05des artistes qui sont multiples.
12:07On a des photographes,
12:08on a des peintres,
12:09on a des sculpteurs,
12:10on a des personnes
12:10qui vont travailler sur le textile.
12:11C'est à la fois
12:12avec différents niveaux d'émergence,
12:14à partir de jeunes artistes
12:15qu'on ne connaît pas
12:15et des artistes
12:16qu'on recommence à aimer
12:19ou à redécouvrir,
12:20comme Tania Mouraud,
12:20par exemple,
12:21qui a, je pense,
12:22été un moment délaissé
12:23dans sa carrière
12:24et qui a aujourd'hui
12:25une très belle visibilité.
12:26Entre propositions artistiques
12:28et enjeux de marché,
12:29cette édition d'Art Paris
12:30donne un aperçu
12:31des évolutions
12:31d'une scène contemporaine
12:32de plus en plus structurée
12:34et affirmée.
12:35Nul doute possible,
12:36Paris s'impose plus que jamais
12:38comme une place forte
12:39du marché de l'art mondial.
12:42Sous-titrage Société Radio-Canada
12:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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