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  • il y a 14 heures
DB - 08-04-2026

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00:00:02Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bonsoir.
00:00:05Nous vous présentons une nouvelle émission, le pour et le contre.
00:00:09Le pour et le contre, ce n'est ni une enquête, ni un procès.
00:00:14Non, c'est une émission qui est écrite à partir d'éléments authentiques.
00:00:20Ce sont des documents, des correspondances, des discours, des témoignages.
00:00:24C'est, nous le pensons, une forme d'expression qui est propre à la télévision.
00:00:30Son but, son sujet, c'est de choisir parmi les événements du XXe siècle,
00:00:35les hommes du XXe siècle, qui laissent place encore à la controverse
00:00:39et qui ont peut-être ou qui vont préfigurer ce que nous vivons aujourd'hui ou ce que nous vivrons
00:00:44demain.
00:00:45Nous vous présentons aujourd'hui Rudolf Hess.
00:00:48Rudolf Hess a-t-il agi de sa propre initiative ou faut-il voir derrière lui
00:00:52la grande ombre d'Adolf Hitler ?
00:00:56Le destin tragique de Hess, discrédité par les uns et par les autres, en effet,
00:01:02il a été accusé de folie aussi bien par les Anglais que par les Allemands.
00:01:07Ce destin tragique laisse-t-il maintenant la place à l'homme seul,
00:01:12laisse-t-il à l'homme seul une possibilité d'action ?
00:01:17Prenons directement le public à témoin
00:01:20et passons sans rupture de ton de l'interrogatoire
00:01:24à une scène vécue antérieurement.
00:01:28Cette émission se sert peu ou pas d'accessoires et de décors.
00:01:35Son but n'est pas de faire vrai, oh non sûrement pas.
00:01:39Son but est, par les mots, par l'ambiance,
00:01:44d'ouvrir l'imagination du spectateur.
00:01:48Eh bien, je crois que je vous ai tout dit ou presque.
00:01:53Non, toutefois.
00:01:54Le début va vous paraître lent.
00:01:58Mais attention, c'est voulu.
00:02:00Imaginez que nous sommes au théâtre derrière le rideau.
00:02:03Le rideau est fermé.
00:02:04Et vous avez pour une fois le privilège d'être derrière ce rideau.
00:02:06Les comédiens vont entrer en scène,
00:02:10seuls ou en groupe à leur gré.
00:02:12Ils ne sont plus tout à fait les comédiens,
00:02:15ils ne sont pas encore les personnages,
00:02:18mais ils vont doucement le devenir devant vous.
00:02:21Car, voyez-vous, notre souci pour cette émission,
00:02:26c'est de ne laisser aucune place,
00:02:28aucune à la tricherie.
00:02:30Voici le pour et le contre.
00:03:01Sous-titrage Société Radio-Canada
00:03:14C'est parti.
00:03:40C'est parti.
00:04:07C'est parti.
00:04:33C'est parti.
00:04:59Samedi 10 mai 1941.
00:05:04L'Europe occidentale, dans sa presque totalité,
00:05:09retentit du martèlement des bottes allemandes.
00:05:22Sur Paris, Vienne, Prague, Oslo, Amsterdam, Copenhague, Bruxelles,
00:05:33flottent les étendards à croix gammées.
00:05:38L'Urs est l'Allemagne.
00:05:41L'Amérique se tient à l'écart du conflit.
00:05:44Seul, l'Angleterre garde la tête haute.
00:06:07Écoutez, l'Amérique se tient à l'écart du conflit.
00:06:21L'Amérique se tient à l'écart du conflit.
00:06:24L'Amérique se tient à l'écart du conflit.
00:06:51L'Amérique se tient à l'écart du conflit.
00:07:14L'Amérique se tient à l'écart du conflit.
00:07:21L'Amérique se tient à l'écart du conflit.
00:07:43le match de l'ident pour vous...
00:07:44j'allais me mettre au lit.
00:07:45vous habitez seul dans la ferme ?
00:07:47non, avec ma mère et ma soeur...
00:07:50Elles étaient déjà couchées.
00:07:52est-ce le bruit a été aussi fort
00:07:55que celui que nous venons d'entendre ?
00:07:58plus fort, la vaisselle tremblait sur le buffet,
00:08:02j'ai courbé le dos, je me suis arc-bouté,
00:08:05et je crois bien que j'ai fermé les yeux.
00:08:08Comment étiez-vous habillé ?
00:08:09Comme ça, j'étais en chemise de nuit
00:08:13Lorsque le bruit s'est éloigné, j'ai compris que l'avion allait s'écraser un peu plus loin
00:08:18Oui, vous avez tout de suite pensé à un crash
00:08:20Oui, alors j'ai éteint l'électricité, j'ai tiré le rideau de défense passive
00:08:29Et j'ai regardé dehors, il y avait clair de lune
00:08:34Alors, je l'ai vu distinctement, presque tout de suite
00:08:37Vous avez vu quoi ?
00:08:39Le parachute Pardis
00:08:41Alors j'ai enfilé mon pantalon et mes chaussures
00:08:43Et j'ai été tambouriner à la cloison pour réveiller ma mère
00:08:46Et que lui avez-vous dit ?
00:08:51Un parachutiste vient de sauter tout près de chez nous
00:08:54Lève-toi, lève-toi, je crois que c'est un Allemand
00:08:58Je vais m'occuper de lui
00:09:05Vous êtes sorti seul
00:09:07Oui
00:09:07Sans arme
00:09:09J'en avais pas
00:09:10Très bien
00:09:12Pouvez-vous nous raconter le plus brièvement possible votre rencontre avec le parachutiste ?
00:09:19Devant lui ?
00:09:20Oui
00:09:23Il était à quatre pattes, il essayait de se débarrasser de son harnais
00:09:26C'est à ce moment-là que je suis arrivé
00:09:29Une saute devant a emporté le parachute
00:09:31Alors j'ai crié
00:09:33Qui êtes-vous ?
00:09:35Un Allemand ?
00:09:37Il s'était foulé le pied à l'atterrissage
00:09:40Alors il m'a tendu les mains pour que je l'aide à se relever
00:09:43Et une fois debout, il m'a dit
00:09:45Essayez de vous rappeler les phrases exactes
00:09:50Il a dit
00:09:52Oui je suis un Allemand
00:09:55Lopthmann Alfred Horn
00:09:57Je désire me rendre à Dangevelhaus
00:10:00J'apporte un message important pour le duc de Hamilton
00:10:04En quelle langue s'exprimait-il ?
00:10:05En anglais, sinon j'aurais rien compris du tout
00:10:09Merci, continuez
00:10:11C'est à ce moment-là qu'il y a eu l'explosion
00:10:15L'avion
00:10:16Il devait s'être écrasé pas bien loin
00:10:18La lueur a été fantastique
00:10:21Alors je lui ai demandé s'il y avait quelqu'un d'autre dans l'appareil
00:10:23Il m'a dit que non
00:10:24J'ai voulu voir s'il était armé
00:10:26Il a haussé les épaules
00:10:29Pas même un revolver
00:10:31Mais par acquis de conscience, je l'ai fouillé
00:10:33C'est à ce moment-là que j'ai entendu des cris derrière moi
00:10:35C'était le voisin qui arrivait à la rescousse
00:10:37Alors j'ai...
00:10:38C'est bien
00:10:40Ça suffit
00:10:55Vous vous appelez Rudolf S
00:10:59Vous avez 47 ans
00:11:02Vous êtes l'adjoint de Adolf Hitler
00:11:05Chef du Parti National Socialiste
00:11:08Ministre sans portefeuille
00:11:10Membre du Conseil secret
00:11:11Et du Conseil de la Défense nationale
00:11:15Un détail avant d'aller plus loin
00:11:19Est-il vrai que vous tutoyez Adolf Hitler ?
00:11:25Je suis le seul à le tutoyer
00:11:30Alors pourquoi avez-vous prétendu vous appeler Alfred Horn
00:11:33Et n'être qu'un simple Hoffman ?
00:11:39Vous vouliez être introduit auprès du duc de Hamilton
00:11:41Et révéler à lui seul votre identité
00:11:45Craignez-vous si vous disiez
00:11:46Je suis Rudolf S
00:11:48Qu'on ne vous croit pas ?
00:11:54C'est bien cela n'est-ce pas ?
00:11:56Vous aviez peur devant le caractère exceptionnel
00:11:59Disons presque incroyable de l'événement
00:12:03Qu'il ne se trouve personne pour en admettre l'authenticité
00:12:10Êtes-vous d'accord avec sa déposition ?
00:12:15Bon
00:12:18Madame
00:12:18Pouvez-vous nous dire en quelques mots
00:12:20Ce qui s'est passé lorsque l'Allemand est entré ?
00:12:25Ben je lui ai demandé
00:12:26Vous êtes Allemand ?
00:12:29Il m'a répondu oui
00:12:30Je suis Allemand
00:12:33Alors j'ai dit
00:12:34Mon Dieu
00:12:35Quelle drôle de vie
00:12:37C'est vrai non ?
00:12:42David l'a installé dans le living room
00:12:45Moi j'ai préparé le thé
00:12:58C'est parti
00:13:22Le Duc de Hamilton
00:13:34Le Duc n'habite pas très loin, une quinzaine de mailles à peine
00:13:38Je vous répète que c'est urgent, urgent et important
00:13:42Faut laisser faire les soldats
00:13:45Moi je ne suis qu'un civil
00:13:47Mais j'ai servi aux Englanders pendant la dernière guerre
00:13:53J'étais à Arras
00:13:56Moi aussi
00:13:56Oui, mais dans l'autre camp
00:14:11Mon fils
00:14:13Il va avoir 4 ans
00:14:16Je l'ai quitté ce matin
00:14:20Mais je ne sais pas quand je le reverrai
00:14:23Voulez-vous une tasse de thé ?
00:14:25Non merci, il est encore trop tôt pour que je boive du thé
00:14:29Mais j'accepterai volontiers un verre d'eau
00:14:31Si ça ne vous gêne pas
00:14:42Bon, vous lui avez apporté un verre d'eau
00:14:44C'est à ce moment-là que le détachement des Royal Signal est arrivé
00:14:49Conduit par le voisin dont nous avait parlé votre fils
00:14:52Madame, pourriez-vous nous dire
00:14:55Quelle impression vous a faite M. S ?
00:14:58Oh, étrange
00:15:01Il avait une combinaison
00:15:03Qu'on aurait dit moisi
00:15:05Vous voulez dire verre de gris ?
00:15:07Si vous voulez, oui
00:15:09Mais alors des bottes, fallait voir
00:15:12En cuir souple, avec de la fourrure
00:15:16Et puis une montre en or
00:15:18Et sa plaque d'identité en or, elle aussi
00:15:21Je vous remercie
00:15:30Vous êtes ingénieur
00:15:32Et le soir et pendant les week-ends
00:15:34Vous faites fonction de policier auxiliaire
00:15:36Le soir du 10 mai 1941
00:15:39Vous êtes arrivé à la ferme de Flores
00:15:41Accompagné d'un home guard
00:15:43Auriez-vous l'obligence de nous raconter la scène ?
00:15:47En fait, nous étions très excités
00:15:49Le home guard donnait des orientations dangereuses à son pistolet
00:15:54Dès l'entrée, nous lui avons demandé s'il était armé
00:15:56Mais ne passez tout cela
00:15:59Eh bien, le problème était de savoir ce qu'on allait faire du prisonnier
00:16:03Le poste de police du village n'avait pas de cellules
00:16:06Le royal signal non plus
00:16:08C'est un voisin qui a eu l'idée de l'amener au casernement de la home guard à Busby
00:16:13Comment vous appelez-vous ?
00:16:15Alfred Horn
00:16:17Votre âge ?
00:16:1847 ans
00:16:22On va vous conduire dans une caserne à Glasgow
00:16:26Mon pied ?
00:16:27On s'en occupera là-bas
00:16:29Vous serez bien soigné
00:16:37Allô ?
00:16:38Allô ?
00:16:38Allô ?
00:16:39Je suis bien chez le duc de Hamilton
00:16:41Oui ?
00:16:41Mais respect mon colonel, ici la salle des opérations
00:16:43Que se passe, il y a une attaque ?
00:16:45Des avions allemands sont signalés ?
00:16:46Non mon colonel
00:16:47Alors pourquoi diablement m'appelez-vous ?
00:16:48C'est très important
00:16:49Je crois que vous devez venir immédiatement
00:16:52Bon, je viens
00:17:02Au revoir
00:17:04Merci
00:17:30Enfin, je suis le Reich Ministre S.
00:17:35C'est possible, mais rien ne me permet de vérifier l'authenticité de cette affirmation.
00:17:46Voilà. C'est une photographie de moi. Avec mon fils.
00:17:50En effet, c'est sûrement vous.
00:17:53Mais rien ne me dit que ce soit Rudolf S. qui figure sur cette photo.
00:18:01Je n'aurais jamais pensé à cela.
00:18:04Jamais.
00:18:10Vous permettez.
00:18:14Monsieur le Duc.
00:18:16Oui.
00:18:35En allant à Busby, pensiez-vous vous trouver en face du second personnage du Reich ?
00:18:40Ah, pas le moins du monde. On m'avait simplement dit qu'un pilote allemand dont l'avion s'était
00:18:43écrasé au-dessus de l'Écosse insistait pour me voir d'urgence un certain capitaine, Alfred Horn.
00:18:50Ce nom avait-il pour vous une résonance particulière ?
00:18:53Aucune.
00:18:55Rudolf S., après s'être fait reconnaître, vous a parlé longuement. Qu'a-t-il dit ?
00:19:01Il se présentait comme un homme ayant résolu d'accomplir une mission humanitaire.
00:19:06Allant croire, Hitler ne souhaitait pas la défaite finale de la Grande-Bretagne et était disposé à faire cesser les
00:19:13combats.
00:19:15A plusieurs reprises, déjà, S. avait tenté l'aventure, mais chaque fois, les mauvaises conditions météorologiques l'avaient contraint à
00:19:21rebrousser chemin.
00:19:23Sa bonne foi vous a paru totale.
00:19:25Oui, j'écoutais. Il paraissait très exalté par ce qu'il entreprenait. Quand il a eu fini, je lui ai
00:19:34dit que personne en Angleterre ne pouvait croire en la parole des nazis.
00:19:38Trop souvent, ils avaient trompé le monde. Même si on mettait fin à cette guerre, elle reprendrait deux ans plus
00:19:44tard sous un autre prétexte.
00:19:47Aviez-vous le sentiment qu'il était mandaté par Hitler ?
00:19:52Ça, je n'en sais rien.
00:19:54Allez, continuez.
00:19:55Il m'a prié d'adresser un télégramme à un certain Rottaker, 17 Herzog-Strasse, à Zurich, pour annoncer qu
00:20:04'Alfred Horn était arrivé en bonne santé.
00:20:07Il affirmait que c'était pour rassurer sa famille.
00:20:10Il vous a demandé d'intervenir auprès du gouvernement britannique ?
00:20:13Très exactement auprès de sa majesté, dont il a réclamé la protection.
00:20:19Venu librement et sans armes, il semblait se considérer comme l'un plénipotentiaire.
00:20:27Ah, il insistait pour que son identité ne fût pas révélée à la presse.
00:20:30La conversation s'est déroulée en anglais.
00:20:32Moitié en anglais, moitié en allemand, ce qui l'a rendu assez confuse.
00:20:35J'ai dit que je reviendrai avec un interprète.
00:20:37Oui, mais en quittant le prisonnier, vous aviez acquis la certitude qu'il s'agissait bien de Rudolf S.
00:20:41Oui, à peu près, cette photographie me semblait être une preuve suffisante.
00:20:45Vous quittez donc Rudolf S.
00:20:47Vous téléphonez à Londres et obtenez une audience immédiate de Winston Churchill.
00:20:51Où vous êtes-vous rendu pour faire votre rapport ?
00:20:54À Adich-les-Parc, au quartier général du Premier ministre, à quelques kilomètres du château de Blenheim.
00:21:00Rappelez-nous votre entretien.
00:21:02J'ai demandé au Premier ministre la faveur de lui parler seul à seul.
00:21:06Il n'est resté avec lui que Sir Archibald de Saint-Clair, le ministre de l'air.
00:21:10Et tout de suite, sortant cette photographie, j'ai fait le récit de ma visite.
00:21:15Comment a réagi de Churchill ?
00:21:18Il m'a regardé comme si j'avais perdu la raison.
00:21:21Et puis il m'a dit, bon, allons voir les Marx Brothers.
00:21:51L'émotion et la fatigue auront raison du duc de Hamilton.
00:21:55Vers minuit, le film se terminera, on le réveillera, et il se trouvera de nouveau en présence du Premier ministre.
00:22:02Winston Churchill, revêtu d'une magnifique robe de chambre chinoise,
00:22:07brodée de dragons rouges et or,
00:22:09et fumant l'un de ses énormes cigares,
00:22:12interrogera le duc jusqu'à deux heures du matin.
00:22:14À la fin de l'entretien, convaincu de l'identité du prisonnier,
00:22:19il conclura,
00:22:22le verre est dans le fruit.
00:22:46L'enfer,
00:22:49300 hectares en flammes,
00:22:51et secours débordés.
00:22:54Aucune idée du nombre des victimes.
00:22:57Sœur, sauf faute respect,
00:22:59ces salepards de hains sont devenus complètement fous.
00:23:04900 tonnes de bombes en moins de 12 heures.
00:23:091500 morts.
00:23:11Et cela va continuer,
00:23:13nuit après nuit.
00:23:14Liverpool,
00:23:16Coventry,
00:23:16Londres.
00:23:19L'Angleterre sera pilonnée sans relâche.
00:23:22Elle sera enflammée.
00:23:25Entre le 10 avril 1940
00:23:27et le 17 mars 1941,
00:23:31les sous-marins allemands ont coulé
00:23:322 314 000 tonnes
00:23:35de bateaux marchands britanniques.
00:23:38Et Churchill regarde les Marx Brothers.
00:23:43Ruines inutiles,
00:23:44deuils inutiles,
00:23:47morts inutiles.
00:23:48La guerre tue, nous le savons.
00:23:50Et l'Angleterre fait la guerre.
00:23:52A une délégation de parlementaires américains
00:23:55qui s'émerveillait de la résistance du peuple anglais
00:23:57au bombardement,
00:23:58Churchill déclare,
00:24:00je cite,
00:24:02il faudra bien qu'on s'y habitue.
00:24:04Les anguilles s'habituent bien à perdre leur peau.
00:24:08Le pire est à venir.
00:24:11Jour après jour,
00:24:12l'arsenal allemand va s'enrichir d'armes nouvelles
00:24:15au pouvoir de destruction inimaginable.
00:24:18Les V1,
00:24:19les V2,
00:24:20les Messerschmitt 262
00:24:22à réaction.
00:24:24Pourquoi Churchill,
00:24:26seul dans son île,
00:24:28s'obstine-t-il contre toute raison
00:24:29a fermé les yeux
00:24:31et les oreilles
00:24:32à la paix ?
00:24:38Pourquoi refuse-t-il ?
00:24:39Sinon, la négociation,
00:24:42du moins d'entendre
00:24:43ce que Rudolf Hess
00:24:44est venu lui dire
00:24:45au péril de sa vie.
00:24:46Précisément parce qu'il est seul.
00:24:49Tous les combattants
00:24:50ont mis bas les armes.
00:24:51On ne peut rien comprendre à ce drame
00:24:53si on oublie
00:24:54ce fait capital.
00:24:56La nuit nazie
00:24:57s'étend sur l'Europe continentale.
00:25:00La Russie s'attend au pire.
00:25:02L'Amérique hésite.
00:25:04Seule l'Angleterre
00:25:06continue la lutte.
00:25:08Rassemblée derrière Churchill,
00:25:09le peuple tient.
00:25:11Les consignes de Churchill sont claires.
00:25:14Aucun contact avec les Allemands
00:25:15de quelque nature qu'ils soient
00:25:16tant que les nazis
00:25:18n'auront pas demandé grâce.
00:25:20Entre l'idéologie nazie
00:25:22et l'espérance du monde libre,
00:25:23l'Angleterre est le verrou.
00:25:26Voilà pourquoi Churchill
00:25:27ferme la porte au nez du voleur.
00:25:36Je demande à voir
00:25:37le duc de Hamilton.
00:25:48Allô ?
00:25:49Ici Alexander Callaghan.
00:25:50Je vous appelle
00:25:51de la part de Anthony Eden.
00:25:53Croyez-vous pouvoir reconnaître
00:25:55Rudolf Hess
00:25:56si vous vous trouviez devant lui ?
00:25:58Oui.
00:25:59Pourquoi ?
00:26:00Venez.
00:26:05Cet homme s'appelle
00:26:06Ivan Kirkpatrick.
00:26:09Il est directeur
00:26:10des services européens
00:26:11de la BBC.
00:26:12Ce n'est pas un personnage négligeable.
00:26:15Il a été dans la diplomatie.
00:26:17Sa qualité personnelle
00:26:18n'est pas en cause.
00:26:24Mais Hess
00:26:26a pris un avion
00:26:28et en pleine guerre
00:26:30il s'est jeté en parachute
00:26:31dans un pays ennemi
00:26:33pour proposer la paix.
00:26:37Rudolf Hess
00:26:38est parmi les premiers
00:26:40dans la hiérarchie allemande.
00:26:42Il veut entrer en contact
00:26:44avec les hauts dirigeants
00:26:45du royaume,
00:26:46pas avec un responsable
00:26:47de la radio.
00:26:50De plus,
00:26:51les deux hommes,
00:26:51le duc de Hamilton
00:26:52et Kirkpatrick
00:26:53n'arriveront à Buckingham Castle
00:26:55où Hess
00:26:56a été enfermé
00:26:57qu'à minuit passé,
00:27:00plus de 26 heures
00:27:01après le parachutage.
00:27:03L'explication est simple.
00:27:05L'Angleterre fait la guerre
00:27:07totalement.
00:27:17Comment voulez-vous
00:27:18vous repérer ?
00:27:19À cause de ces maudits allemands,
00:27:20toutes les inscriptions
00:27:21ont été effacées.
00:27:26Quant aux fermiers,
00:27:28ils refusent
00:27:29de vous renseigner.
00:27:31tout étranger
00:27:31à leur village
00:27:32est un agent de l'ennemi.
00:27:34Voyons.
00:27:36Buckingham Castle.
00:27:40Près de minuit.
00:27:41Ça va faire 6 heures
00:27:42qu'on a quitté Londres.
00:27:43Ah, ça y est.
00:27:45Buckingham Castle.
00:27:55Nous y voilà.
00:28:25Ah, c'est beau.
00:28:29Qui est-ce ?
00:28:30Ivan Kerkpatrick.
00:28:32Il a été
00:28:33à notre ambassade
00:28:33à Berlin.
00:28:35Kerkpatrick.
00:28:36Comment allez-vous ?
00:28:45Hitler est le plus grand homme
00:28:46de tous les temps.
00:28:51Dites-nous d'abord
00:28:52pourquoi vous avez choisi
00:28:53ce moyen étonnant
00:28:54et théâtral
00:28:55de vous rendre en Angleterre
00:28:57et dans quelle intention ?
00:28:59Faire la paix.
00:29:00Faire comprendre
00:29:01à la Grande-Bretagne
00:29:02qu'elle n'a aucune chance
00:29:04de gagner la guerre.
00:29:18Hitler compte-t-il
00:29:19toujours envahir
00:29:19la Grande-Bretagne ?
00:29:21Je n'en sais rien.
00:29:29Vous savez que je hais
00:29:30cet homme par-dessus tout.
00:29:32Quel homme ?
00:29:39Hitler.
00:29:41Vous avez tort.
00:29:43Hitler a toujours nourri
00:29:44le plus grand respect
00:29:45pour la Grande-Bretagne
00:29:46et son empire.
00:29:48Il est disposé
00:29:49à conclure avec elle
00:29:49une paix magnanime.
00:29:51Un magnanime ?
00:29:52Oui.
00:29:53Magnanime ?
00:29:54Et peut-on en connaître
00:29:56les conditions ?
00:29:58Le Führer est partisan
00:30:00d'une double hégémonie.
00:30:01L'Allemagne,
00:30:03rentrant en possession
00:30:03de ses anciennes colonies,
00:30:05devient maîtresse
00:30:05du continent.
00:30:07La Grande-Bretagne
00:30:08conserve son empire intact
00:30:09et l'Allemagne est même disposée
00:30:12à le lui garantir
00:30:13contre quiconque.
00:30:26C'est mon fils.
00:30:32Et vous êtes mandaté par M. Hitler
00:30:34pour nous faire ses propositions ?
00:30:36Non.
00:30:38J'ai agi de ma propre initiative.
00:30:43Bon.
00:30:45Je vais transmettre tout cela
00:30:47au Premier ministre.
00:30:48Non.
00:30:48Non.
00:30:50Le Führer n'acceptera pas
00:30:51d'entreprendre des négociations
00:30:52avec M. Churchill.
00:30:54J'en suis sûr.
00:30:56La Grande-Bretagne devra désigner
00:30:57un autre Premier ministre.
00:31:02Eh bien,
00:31:03je vais faire part
00:31:05de cela aussi
00:31:06à Winston Churchill.
00:31:08Je vous demande
00:31:09de libérer
00:31:09un prisonnier de guerre allemand
00:31:11qui puisse me servir
00:31:12de secrétaire.
00:31:13Je le conserverai ensuite
00:31:14pour la Conférence de la Paix.
00:31:16pour la Conférence de la Paix.
00:31:46pour la Conférence de la Paix.
00:32:16pour la Conférence de la Paix.
00:32:34pour la Conférence de la Paix.
00:32:35Halt !
00:32:38Oui,
00:32:39je suis l'aide de camp
00:32:41du Reichsminister
00:32:42Rudolf Hess.
00:32:58Comme le Reichsminister n'est sans doute pas disposé
00:33:00à établir pour nous une courte biographie,
00:33:06je vous prie de vous substituer à lui.
00:33:09Ne dites que ce qui vous paraît nécessaire.
00:33:13Rudolf Hess est né en Égypte.
00:33:16Il a 48 ans et non 47,
00:33:19comme il a choisi de le dire
00:33:20lorsqu'il s'est présenté sous le nom de Horn.
00:33:24Il a fait ses études pendant six ans
00:33:26au collège allemand d'Alexandrie.
00:33:28Puis il les a poursuivis en Allemagne.
00:33:31Et c'est la première guerre mondiale
00:33:33qui l'a empêché de les achever à Oxford.
00:33:37Pendant la guerre,
00:33:38il a d'abord servi à la première compagnie
00:33:41du 16e régiment d'infanterie bavaroise,
00:33:44comme Adolf Hitler.
00:33:47Mais ils ne se sont jamais rencontrés.
00:33:49Blessé au poumon,
00:33:51Hess a été muté dans l'aviation.
00:33:54Il a été pilote.
00:33:56Oui, pilote.
00:33:59Quand Rudolf Hess a-t-il entendu parler
00:34:03d'Adolf Hitler pour la première fois ?
00:34:06Ce doit être en 1920.
00:34:10À ce moment-là,
00:34:11Hess avait fait la connaissance
00:34:12du professeur Karl Haushofer.
00:34:15Et sous son influence,
00:34:17il avait écrit un essai intitulé
00:34:19« L'homme qui sauvera notre pays ».
00:34:24Peu de temps après,
00:34:26il avait assisté à une réunion publique
00:34:28tenue par Hitler lui-même.
00:34:31Et là, tout de suite,
00:34:32il avait compris
00:34:34que ce sauveur,
00:34:36il l'avait trouvé.
00:34:40Alors, il s'est inscrit
00:34:41au Parti National Socialiste
00:34:43et on lui a délivré
00:34:44la carte numéro 16.
00:34:46« Tring, tring, brûle la reine, tring,
00:34:50la stock qui s'angène sur place.
00:34:53Tring, tring, brûle la reine, tring,
00:34:56si la vie est sur place. »
00:35:11Ce n'est pas le moment !
00:35:13Rudolf Hess a adhéré au Parti.
00:35:18« D'abord,
00:35:19son admiration
00:35:20pour Adolf Hitler.
00:35:23Il disait de lui
00:35:24« Cet homme redonnera à l'Allemagne
00:35:27une grande place parmi les nations. »
00:35:31« Et à part cette admiration ? »
00:35:33« Son anticommunisme.
00:35:35Il était passionnément anticommuniste.
00:35:38En 1919, à Munich,
00:35:41il militait dans un petit groupe
00:35:43anti-bolchevique.
00:35:44Un jour,
00:35:45qu'il se rendait au siège
00:35:46de son parti,
00:35:48il vit devant la porte
00:35:49un camion
00:35:51dans lequel des gardes rouges
00:35:52embarquaient ses camarades.
00:35:55C'est au juste
00:35:56s'il eut le temps de fuir.
00:35:59Tous ses camarades
00:36:00ont été fusillés. »
00:36:04« Colonel Pinch,
00:36:06vous avez beaucoup de sympathie
00:36:08et de respect
00:36:09pour Rudolf Hess, n'est-ce pas ? »
00:36:12« Oui.
00:36:13C'est l'homme le plus généreux
00:36:16que j'ai rencontré. »
00:36:22Là où toute autorité
00:36:23s'est évanouie,
00:36:25seul un homme
00:36:26venu du peuple
00:36:27peut la rétablir.
00:36:29Plus profond est l'enracinement
00:36:31du dictateur
00:36:31dans les vastes masses populaires,
00:36:34mieux il sait
00:36:35les traitements psychologiques
00:36:36à leur appliquer.
00:36:37Moins les travailleurs
00:36:39se méfieront de lui.
00:36:41Lui-même,
00:36:42il n'a rien de commun
00:36:43avec la masse.
00:36:44Comme tous les grands hommes,
00:36:45il est d'abord une personnalité.
00:36:48Si la nécessité
00:36:49l'ordonne,
00:36:50il ne recule pas
00:36:51devant les fusions
00:36:52de sang.
00:36:54Les grandes questions
00:36:55sont toujours réglées
00:36:56par le sang
00:36:56et par le fer.
00:36:58Afin d'atteindre
00:36:59ses buts,
00:37:00il est prêt
00:37:01à marcher
00:37:01sur les corps
00:37:02de ses meilleurs amis.
00:37:04Celui qui fait la loi
00:37:06procède
00:37:06avec une implacabilité
00:37:08terrible.
00:37:10S'il en est besoin,
00:37:12il piétinera
00:37:13les gens
00:37:14avec ses bottes
00:37:15de grenadiers.
00:37:18Colonel Pinch,
00:37:20vous connaissez
00:37:21ce texte ?
00:37:22Oui.
00:37:24D'où est-il exprès ?
00:37:26De l'essai intitulé
00:37:27« L'homme
00:37:28qui s'ouvre
00:37:29à notre pays ».
00:37:30L'auteur ?
00:37:31Rudolf S.
00:37:34Jusqu'en 1933,
00:37:36Rudolf S.
00:37:38est l'adjoint
00:37:38d'Adolf Hitler.
00:37:40Il est chargé
00:37:41de propagande
00:37:42auprès des universités
00:37:43et collèges
00:37:43et des organisations
00:37:44religieuses.
00:37:45Exact ?
00:37:46Oui.
00:37:48Dès 1934,
00:37:50Hitler annonce
00:37:51que S.
00:37:52est chargé
00:37:52aussi bien
00:37:53des affaires
00:37:53gouvernementales
00:37:54que de celles
00:37:55du parti.
00:37:56La date est importante.
00:37:58À partir de là,
00:38:01S. participe
00:38:01directement au pouvoir.
00:38:03Exact ?
00:38:04Oui.
00:38:06C'est en 1934
00:38:08que sont pris,
00:38:09parmi d'autres,
00:38:10les décrets
00:38:12organisant
00:38:13la législation
00:38:14anti-juive
00:38:14dont l'application
00:38:16conduira
00:38:16aux atrocités
00:38:18que l'on sait.
00:38:19Rudolf S.
00:38:20les a signés
00:38:23en 1938.
00:38:25Il est membre
00:38:26du cabinet secret
00:38:27et,
00:38:28dès la déclaration
00:38:29de guerre,
00:38:30il est un des six membres
00:38:31du comité de défense
00:38:32du Reich.
00:38:34S'il vous plaît,
00:38:37excusez-moi,
00:38:38je voudrais dire
00:38:38quelque chose.
00:38:40M. le professeur,
00:38:41j'allais justement
00:38:41vous interroger.
00:38:42Voulez-vous vous asseoir ?
00:38:44Non.
00:38:46Allons à côté
00:38:47de Rudolf.
00:39:00Je suis le professeur
00:39:02Karl Aushofer,
00:39:03ancien général
00:39:05de l'armée impériale.
00:39:06Je suis professeur
00:39:07de géopolitique
00:39:08à l'université de Munich,
00:39:10président intérimaire
00:39:11de l'académie allemande.
00:39:13La géopolitique
00:39:14dont vous êtes l'inventaire
00:39:16est une conception
00:39:17selon laquelle
00:39:17la situation géographique
00:39:19d'une contrée,
00:39:20la nature de son sol,
00:39:21son climat,
00:39:23influence
00:39:24et détermine
00:39:25jusqu'à un certain point
00:39:26les réactions politiques
00:39:27des peuples
00:39:28qui y habitent.
00:39:29C'est bien cela,
00:39:30n'est-ce pas ?
00:39:31Si l'on veut.
00:39:32Mais je préférerais dire
00:39:34que mon idée générale
00:39:35est que les dirigeants
00:39:36des peuples
00:39:37de l'univers
00:39:38doivent s'appliquer
00:39:39à faire cesser
00:39:41l'inégalité géographique
00:39:42entre ceux qui possèdent
00:39:44et ceux qui ne possèdent pas.
00:39:46Vous voulez dire
00:39:47ceux qui possèdent
00:39:48de l'espace
00:39:49par rapport à ceux
00:39:51qui, surpeuplés,
00:39:52n'en possèdent pas assez.
00:39:54Votre idée première
00:39:55débouchait sur la théorie
00:39:56du Lebensraum
00:39:57ou espace vital.
00:40:00Nieriez-vous
00:40:01que le Lebensraum
00:40:02ait inspiré
00:40:02à Hitler
00:40:03et à son entourage
00:40:03leur rêve d'hégémonie ?
00:40:06Une Europe
00:40:07dominée par l'Allemagne
00:40:08et s'étendant
00:40:09de l'Atlantique
00:40:10à l'Oural ?
00:40:11Disons que votre démonstration
00:40:13est un peu
00:40:14simplificatrice.
00:40:15C'est un peu
00:40:16comme si on reprochait
00:40:17à Einstein
00:40:18les hécatombes
00:40:19d'Hiroshima
00:40:20et de Nagasaki.
00:40:22N'étiez-vous pas
00:40:23membre du parti nazi ?
00:40:25Si.
00:40:26Je suis un vieux
00:40:27monarchiste bavarois
00:40:29qui s'est rallié
00:40:30à Hitler
00:40:30pour le bien
00:40:32du peuple allemand.
00:40:34Pouvez-vous nous indiquer
00:40:35le numéro
00:40:36de votre carte
00:40:37du parti ?
00:40:39Le numéro 12.
00:40:41Je vous remercie.
00:40:44Monsieur le professeur.
00:40:46Oui.
00:41:06En 1938,
00:41:08n'avez-vous pas personnellement
00:41:10suggéré à Adolf Hitler
00:41:11de conclure l'accord de Munich ?
00:41:14Votre fils Albrecht
00:41:17affirme que c'est vous
00:41:18qui avez imposé
00:41:19cet accord au Führer.
00:41:21L'expression
00:41:22est un peu forte.
00:41:23Ce dont je me souviens,
00:41:25c'est qu'une fois
00:41:26le traité signé,
00:41:27j'ai déclaré
00:41:29à ma famille
00:41:30sur l'accord de Munich,
00:41:32nous pouvons bâtir
00:41:33la politique étrangère
00:41:35de l'Allemagne
00:41:35pour les dix années
00:41:37à venir.
00:41:38Dans les mois
00:41:38qui suivirent,
00:41:39vous avez obtenu
00:41:40un nouveau rendez-vous
00:41:41du Führer.
00:41:42Les mois
00:41:43qui suivirent.
00:41:46Ces mois-là
00:41:46oscillèrent pour moi
00:41:48entre l'espoir
00:41:50d'une entente
00:41:50avec l'Angleterre
00:41:52et la crainte
00:41:53d'un conflit armé.
00:41:56Oui,
00:41:57j'ai revu Hitler
00:41:59au retour
00:41:59d'un congrès
00:42:00international scientifique
00:42:02qui s'était tenu
00:42:03à Rome
00:42:03et où j'avais eu
00:42:05l'occasion
00:42:05de m'entretenir
00:42:06avec des collègues
00:42:07français et britanniques.
00:42:09J'en avais retiré
00:42:11la certitude
00:42:12qu'un arrangement
00:42:13plus complet,
00:42:15plus définitif
00:42:16pouvait être trouvé
00:42:18garantissant
00:42:19la paix
00:42:20à l'Ouest.
00:42:22J'ai conseillé
00:42:23au Führer
00:42:24de faire une visite
00:42:26en Angleterre
00:42:27puisque
00:42:28M. Chamberlain
00:42:30était venu
00:42:30à Munich.
00:42:32Qu'a répondu
00:42:33le Führer ?
00:42:35Il s'est levé.
00:42:37Il a quitté
00:42:38la pièce
00:42:39sans même
00:42:40me dire au revoir.
00:42:43Munich n'aura été
00:42:44qu'un rayon de soleil.
00:42:46À qui vous étiez-vous
00:42:47ouvert de ce projet
00:42:48et aviez-vous demandé
00:42:50de vous obtenir
00:42:50une audience
00:42:51du Führer ?
00:42:52à Rudolf S.
00:42:55M. le professeur ?
00:42:57Oui ?
00:42:58Voulez-vous vous approcher,
00:42:59s'il vous plaît ?
00:43:11Regardez, là,
00:43:12à la naissance des cheveux
00:43:13sur la gauche.
00:43:13Ne voyez-vous rien ?
00:43:15C'est une longue cicatrice.
00:43:17Je vous remercie.
00:43:19Cette cicatrice
00:43:20date de 1921,
00:43:22plus précisément
00:43:23de novembre 1921.
00:43:26Ce jour-là...
00:43:28Tring, tring,
00:43:29brûler,
00:43:30tring,
00:43:31lass doch
00:43:32die Sorgen
00:43:33zuhause.
00:43:34Tring, tring,
00:43:36brûler,
00:43:37tring,
00:43:37zieh
00:43:38de ne
00:43:38sterile
00:43:39sur
00:43:39faus.
00:43:41malgré les gros morts,
00:43:42malgré les piètes.
00:44:01C'était à Munich.
00:44:04J'étais assis juste à côté
00:44:05de Rudolf S.
00:44:07Faut dire que je faisais partie
00:44:08de la protection rapprochée.
00:44:10Trois mètres à peine
00:44:11d'Adolf Hitler.
00:44:13En plein en dessous
00:44:14de l'étendard à croix gammée.
00:44:16Mon travail,
00:44:18c'était de vider les intrus.
00:44:20Avec ça.
00:44:22Et pour avoir le coup de main,
00:44:23j'avais le coup de main.
00:44:25Au beau milieu
00:44:26du discours du Führer,
00:44:27voilà qu'il s'amène.
00:44:28Une bonne centaine.
00:44:30Braillant des cochonneries
00:44:31communistes.
00:44:31Le point levé
00:44:33des sous-hommes.
00:44:35Ça n'a pas traîné.
00:44:37Fallait voir
00:44:37comment S. s'est levé.
00:44:39Lui en tête,
00:44:40on a chargé par meute de huit
00:44:41les bolchevilles
00:44:42qu'on les écrasait
00:44:43contre les murs
00:44:43à coup de chope.
00:44:45Et lorsqu'il n'y avait pas de mur,
00:44:46on les basculait
00:44:47par les fenêtres.
00:44:48Ça gueulait,
00:44:49ça voltigeait,
00:44:50les bancs,
00:44:51les tables.
00:44:53on en avait presque terminé
00:44:55lorsqu'un dernier pot de bière
00:44:56destiné au Führer
00:44:57atterrit sur le crâne de S.
00:44:59Il a à peine bronché.
00:45:01Et pourtant,
00:45:01il pissait le sang.
00:45:03Il a grimacé,
00:45:04marqué le coup.
00:45:06Mais il est resté debout.
00:45:09La camaraderie à cette époque,
00:45:10c'était quelque chose.
00:45:13Vous étiez membre du SA,
00:45:16des sections d'assaut.
00:45:17Oui.
00:45:19Comment s'appelait votre chef ?
00:45:20Rome.
00:45:24C'était le camarade de toujours.
00:45:27Hitler l'avait surnommé
00:45:30Bertreuil,
00:45:31le fidèle.
00:45:33Un jour,
00:45:33quelqu'un mit sous les yeux
00:45:34du Führer un dossier
00:45:36établi par Martin Bormann
00:45:37et qui concluait
00:45:39à la trahison de Rome.
00:45:41Ce dossier a déclenché
00:45:42le massacre de la nuit
00:45:44des longs couteaux
00:45:46qui conduisit
00:45:47à l'assassinat de Rome.
00:45:49L'homme qui avait mis
00:45:50ce dossier sous les yeux
00:45:51du Führer,
00:45:54c'est Rudolf S.
00:46:01S.
00:46:03Vous avez dit tout à l'heure
00:46:04que vous étiez le seul
00:46:05à tutoyer Adolf Hitler.
00:46:08Il n'y en avait qu'il pas un autre.
00:46:11Si.
00:46:12Comment s'appelait-il ?
00:46:15Rome.
00:46:16Monsieur le professeur.
00:46:18Oui.
00:46:34Quand, selon vous,
00:46:35Rudolf S.
00:46:36a-t-il manifesté
00:46:37pour la première fois
00:46:37son intention
00:46:38de se rendre en Grande-Bretagne ?
00:46:40L'affaire n'a pas commencé comme ça.
00:46:43Tout est parti d'une promenade
00:46:45que nous avons faite,
00:46:46Rudolf et moi,
00:46:47dans la forêt de Grunwald
00:46:49le 3 septembre 1940.
00:46:52Que vous a-t-il dit ?
00:46:54Il m'a demandé
00:46:55si je ne voyais aucune possibilité
00:46:58de discuter dans un endroit neutre
00:47:01avec un intermédiaire anglais
00:47:03qui pourrait être le duc de Hamilton.
00:47:13Colonel Pitch.
00:47:15Oui.
00:47:16Pourquoi Rudolf S.
00:47:18a-t-il cité le nom de Hamilton ?
00:47:22Le Reich ministre
00:47:23m'avait dit l'avoir rencontré
00:47:25une fois,
00:47:27en 1936,
00:47:28aux Jeux Olympiques de Berlin.
00:47:32Il le tenait en très grande estime
00:47:34parce qu'il était pilote comme lui.
00:47:35et parce qu'il avait été le premier
00:47:37à survoler l'Everest.
00:47:39Je vous remercie.
00:47:48À cette époque,
00:47:50Rudolf S. veut à tout prix
00:47:51favoriser une entente
00:47:53entre son pays et l'Angleterre.
00:47:55Oui.
00:47:56Dites-nous pourquoi.
00:47:59Dès le mois de juillet 1940,
00:48:03Hitler a pris la décision
00:48:05d'envahir la Russie.
00:48:08Depuis cette date,
00:48:10nous sommes quelques-uns en Allemagne
00:48:12à être hantés par une idée fixe.
00:48:17Ne pas faire la guerre sur deux fronts.
00:48:21Ne pas risquer
00:48:22de détruire cette Allemagne admirable
00:48:24que le Führer a construite.
00:48:28Rudolf S. partage nos sentiments.
00:48:33L'Angleterre n'a jamais été notre ennemi,
00:48:37me dit-il.
00:48:39Il faut absolument arrêter
00:48:41cette guerre stupide
00:48:42et concentrer toutes nos forces
00:48:44contre notre ennemi véritable,
00:48:48la Russie soviétique.
00:48:50Soit.
00:48:51Que décidez-vous, alors ?
00:48:53Nous cherchons à établir
00:48:55des contacts avec l'Angleterre
00:48:57par l'intermédiaire
00:48:59de pays neutres
00:48:59et nous échangeons
00:49:01à ce sujet
00:49:02une longue correspondance,
00:49:04Rudolf et moi.
00:49:05Non, mais pardon, pardon.
00:49:06Nous sommes en pleine guerre.
00:49:08Lors de votre dernière entrevue,
00:49:09le Führer,
00:49:10nous avez vous dit,
00:49:12a opposé une fin
00:49:13de non recevoir catégorique
00:49:14à vos suggestions pacifiques.
00:49:16Alors pourquoi agissez-vous ainsi ?
00:49:18Mais parce que le Führer
00:49:19avait depuis
00:49:20une toute autre vision
00:49:22de ses rapports
00:49:23avec la Grande-Bretagne.
00:49:24Mais comment pouvez-vous le savoir ?
00:49:26Vous ne l'avez pas revu
00:49:27dans l'intervalle.
00:49:28Soyons sérieux.
00:49:30L'attitude de l'Allemagne
00:49:31dès la chute de la France
00:49:34témoigne de la façon
00:49:35la plus claire
00:49:36de son désir
00:49:38de traiter avec l'Angleterre.
00:49:42Ribbentrop,
00:49:43fin juin 1940.
00:49:46annonce au comte Tchiano
00:49:48que des contacts
00:49:50ont été établis
00:49:52avec l'Angleterre
00:49:53par l'intermédiaire
00:49:55de l'ambassadeur de Suède.
00:49:58Ces contacts
00:49:59ont rencontré
00:50:01un accueil favorable
00:50:02auprès de certaines
00:50:04personnalités britanniques
00:50:07désireuses
00:50:08de faire la paix
00:50:09avec l'Allemagne.
00:50:12un peu plus tard
00:50:13une tentative
00:50:15du même ordre
00:50:16sera faite
00:50:17par l'intermédiaire
00:50:19du Vatican.
00:50:20Alors, vous pensez
00:50:21qu'Adolf Hitler
00:50:22personnellement
00:50:23approuvait ses démarches ?
00:50:25Monsieur,
00:50:26à cette époque,
00:50:28nul dans le Reich
00:50:29ne respirait,
00:50:30n'agissait,
00:50:31ne pensait
00:50:32que selon
00:50:33la volonté
00:50:33du Führer.
00:50:34Monsieur Tchotchill,
00:50:36je dois meurtre
00:50:36d'aussi en auprès
00:50:38de l'Origan
00:50:39que je suis un professe
00:50:41de la guerre
00:50:42de l'Origan.
00:50:42Il va être
00:50:43un grand
00:50:44pays
00:50:45de l'Origan
00:50:45un pays
00:50:47de l'Origan
00:50:48qui ne se nourrit
00:50:49pas.
00:50:50Je suis
00:50:51à l'inclare
00:50:52que la progression
00:50:53de l'Origan
00:50:54de l'Origan
00:50:55va être
00:50:55à la résistance
00:50:56de l'Origan
00:50:57des deux
00:50:57de l'Origan
00:50:58se endent.
00:50:59Monsieur Tchotchill,
00:51:00je dois meurtre
00:51:02d'en
00:51:23En cette semaine, je me suis mérité,
00:51:26pour moi, encore un appel à l'internité,
00:51:30pour l'internité.
00:51:31« Extrait du discours prononcé par Adolf Hitler, le 19 juillet 1940. »
00:51:46Auriez-vous l'obligence de nous traduire, s'il vous plaît ?
00:51:49« Monsieur Churchill devrait me croire. Je parle en prophète.
00:51:55Je suis persuadé que la poursuite de cette guerre entraînera la destruction totale d'un des deux adversaires.
00:52:06Monsieur Churchill est persuadé que ce sera l'Allemagne, et je sais, moi, que ce sera l'Angleterre.
00:52:15En cet instant, je me crois tenu devant ma conscience de faire appel au bon sens de la Grande-Bretagne.
00:52:25Je peux d'autant mieux le faire que je ne suis pas un vaincu. Je ne réclame rien.
00:52:32Je suis le vainqueur parlant au nom de la raison. »
00:52:37« S'il en est ainsi, pourquoi est-ce ne s'est-il pas ouvert directement à Hitler de son
00:52:41projet ? »
00:52:42« Qui vous dit qu'il ne l'a pas fait ? »
00:52:45« S'il y a eu des pourparlers, ils n'ont pas abouti. Pourquoi ? Dites-nous pourquoi. »
00:52:51« Churchill. »
00:52:55« Sans Churchill, cette guerre absurde ne se serait pas poursuivie. »
00:53:04« Revenons à votre promenade en forêt. Est-ce qu'il vous dit qu'il désire rencontrer le duc de
00:53:09Hamilton ? »
00:53:11« Vous le connaissez ? »
00:53:12« Non, mon fils Albrecht le connaissait d'avant-guerre. »
00:53:16« Que fait alors votre fils ? »
00:53:17« Il écrit au duc de Hamilton le 23 septembre 1940 pour lui proposer une rencontre à Lisbonne. »
00:53:25« Le duc de Hamilton ne reçoit pas cette lettre. »
00:53:41« Monsieur le duc, voulez-vous nous raconter ce qui s'est passé au sujet de cette lettre ? »
00:53:48« J'ai été convoqué dans la première quinzaine de mars 1941 par les services de renseignement de la RAF,
00:53:55auxquels la censure avait remis la lettre d'Albrecht Haassoff. »
00:53:59« Après l'avoir intercepté, on m'a fait comprendre que, dans un but d'information,
00:54:04on souhaitait m'y voir répondre favorablement. »
00:54:09« J'ai accepté le principe d'une rencontre à Lisbonne à trois conditions. »
00:54:15« Premièrement, qu'on me donna l'ordre de le faire. »
00:54:19« Deuxièmement, qu'on me donna d'avance la possibilité de rencontrer le chef du foragne-office. »
00:54:26« Et troisièmement, enfin, qu'on me permit libre accès auprès de l'ambassadeur britannique à Lisbonne. »
00:54:34« Le 10 mai 1941, ayant reçu des apaisements demandés,
00:54:39j'ai répondu, comme convenu, favorablement, à la lettre d'Albrecht Haassoffer. »
00:54:47« J'ignore ensuite à quelle date et de quelle façon ma lettre a été acheminée. »
00:54:52« Mais jusqu'à l'arrivée de S en Angleterre, il me était impossible de faire le moindre rapprochement entre
00:55:00cette lettre et Rodolphe S. »
00:55:04« 23 septembre 1940. »
00:55:07« 10 mai 1941. »
00:55:11« La lettre d'Albrecht Haassoffer sera donc restée huit mois sans réponse. »
00:55:23« Colonel Pitch, vous saviez depuis longtemps que le Reich-Minister avait l'intention de gagner la Grande-Bretagne à
00:55:31bord d'un avion. »
00:55:32« Oui. »
00:55:34« Depuis quand ? »
00:55:36« Depuis le mois de janvier 1941. »
00:55:43« Ce jour-là, le Reich-Minister arrive à l'aérodrome Messerschmitt à Augsbourg, où il m'a fixé rendez
00:55:58-vous. »
00:55:59« Il me tend deux lettres cachetées. »
00:56:03« Et me dit, réglez votre montre sur la mienne. »
00:56:08« Si dans quatre heures, je ne suis pas de retour, ouvrez l'enveloppe qui vous est destinée. »
00:56:13« Vous y trouverez des instructions. »
00:56:16« Et portez l'autre, personnellement, au Führer. »
00:56:23« S. décolle. »
00:56:26« Quatre heures, quinze minutes plus tard, il n'est pas revenu. »
00:56:30« Pitch ouvre l'enveloppe. »
00:56:40« Bon Dieu. »
00:56:41« Eh bien, qu'est-ce qui vous prend ? Vous êtes souffrant. »
00:56:44« Le Reich-Minister. »
00:56:45« Oui, eh bien ? »
00:56:46« Il est parti pour l'Angleterre. »
00:56:48« Pour essayer de faire la paix. »
00:56:51« Contre-moi ça. »
00:56:53« Cet homme n'est pas seulement le chauffeur de Rudolf S. »
00:56:56« C'est aussi un policier. »
00:56:58« Notez-le bien. »
00:57:01« Continuez. »
00:57:08« Quelques minutes plus tard, l'avion atterrissait. »
00:57:13« Le Reich-Minister est directement venu à moi. »
00:57:17« Vous voyez, Pitch, je suis rentré plutôt que je ne le prévoyais. »
00:57:22« Il m'a regardé, a lu le désarroi dans mes yeux. »
00:57:26« Il a compris que j'avais ouvert la lettre. »
00:57:29« Il faut arrêter tout de suite cette guerre, m'a-t-il dit. »
00:57:33« Sinon l'Allemagne construite par le Führer risque de disparaître dans le choc. »
00:57:38« À présent, notre ennemi ne se trouve plus à l'ouest, Pitch, mais à l'est. »
00:57:45« J'ai dit, la Russie. »
00:57:48« Si nous continuons la lutte contre la Grande-Bretagne, nous risquons d'avoir à combattre le reste du monde.
00:57:56»
00:57:56« Et pour finir... »
00:57:58« Pitch, me prenez-vous toujours pour un traître ? »
00:58:05« Voilà la question qu'il m'a posée. »
00:58:18« Heil Hitler ! »
00:58:24« Colonel Pitch, que venez-vous faire ici ? »
00:58:27« J'apporte au Führer une lettre cachetée de mon chef. »
00:58:31« Comment va-t-il ? Il vole toujours ? »
00:58:34« Oui, il vole toujours. »
00:58:36« Mais pourquoi êtes-vous si pressé de voir le Führer ? »
00:58:38« Il a une journée très chargée. »
00:58:40« Je regrette de ne pouvoir vous le dire. »
00:58:42« Je n'en ai pas le droit. »
00:58:43« Mais je vous assure que c'est urgent. »
00:58:46« Bon, je vais voir ce que je peux faire. »
00:59:08« Comment cela s'est-il passé ? »
00:59:12« Le docteur Thoth, qui avait rendez-vous à 11 heures, a accepté de céder à Pitch son tour d
00:59:21'audience. »
00:59:22« Pitch a remis la lettre au Führer, qui l'a lue, et s'est borné à dire, ce pourrait
00:59:30être une escapade bien dangereuse en ce moment de la guerre. »
00:59:34« Puis Eva Braun est entrée pour lui dire que le repas allait être servi. »
00:59:38« Qui y assistait ? »
00:59:40« Le Führer, Eva Braun, Martin Bormann, von Ribbentrop, le général d'aviation Ernst Houdet et Pitch. »
00:59:54« Le Reichmarschall Goering est arrivé un peu plus tard. »
00:59:59« On a servi de la soupe, un plat de viande et des fruits. »
01:00:03« Le Führer a mangé des tomates et des champignons, suivi d'un yogourt préparé par sa cuisinière viennoise. »
01:00:12« Puis il a bu un verre d'eau minérale, s'est levé, a baisé la main d'Eva Braun
01:00:18et sorti. »
01:00:21« Martin Bormann l'a suivi. »
01:00:23« Pourquoi ? »
01:00:26« Il avait des ordres à donner. »
01:00:34« Karl Heinz Pitch, vous êtes en état d'arrestation. »
01:00:38« Vous prendrez les arrêts à l'Aubert Salzberg jusqu'à ce que votre rôle soit éclairci dans les événements
01:00:42d'aujourd'hui. »
01:00:44« Arrêté à 16h30, le 11 mai 1941. »
01:00:50« Il sera libéré en 1944 pour aller combattre sur le front de l'Est. »
01:00:55« Fait prisonnier par les Russes, on le torturera inlassablement, les doigts cassés, un à un, sans obtenir de lui
01:01:03le moindre renseignement. »
01:01:08« Un moment, Colonel Pitch. »
01:01:17« À la déclaration de guerre, Hitler n'avait-il pas interdit aux dignitaires du régime de piloter un avion
01:01:23? »
01:01:24« Si. »
01:01:26« Cet ordre n'était-il pas valable pour Rudolf Hess ? »
01:01:30« Le Reich-Minister avait obtenu du Führer que cette interdiction fut limitée à un an. »
01:01:37« Aussi, en septembre 1940, alors que rien ne semblait plus s'y opposer, Hess prit ses dispositions pour se
01:01:44procurer un appareil. »
01:01:47« Il le demanda d'abord au général Houdet, qui, en l'absence d'une autorisation express du Führer, se
01:01:54récusa. »
01:01:57« Puis au professeur Messerschmitt, qui accepta. »
01:02:02« Et quelle sorte d'avion confia-t-il à Hess ? »
01:02:05« D'abord, un appareil permettant d'effectuer de petits vols dans la région de Augsburg. »
01:02:11« Puis, sur les instances du Reich-Minister, un Messerschmitt 110. »
01:02:17« Parlez-nous de cet avion. »
01:02:19« Non. Mon chef avait obtenu du professeur Messerschmitt qu'on y apporta certaines modifications. »
01:02:35« Lesquelles, par exemple ? »
01:02:37« Le Messerschmitt 110 était un bi-place. On le transforma en monoplace. »
01:02:43« Face à cet allègement, on pu fixer sous l'habitacle un réservoir supplémentaire largable de 700 litres. »
01:02:51« Ce qui augmentait très sensiblement son rayon d'action. »
01:02:54« Sans cette transformation, l'avion aurait-il pu atteindre l'Ecosse ? »
01:03:00« Non. »
01:03:02« N'avait-il pas fait monter sur l'avion un autre poste radio ? »
01:03:07« Si. D'un modèle plus perfectionné et d'une sensibilité exceptionnelle. »
01:03:15« N'avait-il pas une caractéristique particulière ? »
01:03:19« Il permettait de capter les signaux directeurs sur certains itinéraires de bombardement. »
01:03:25« Cela veut-il dire qu'il permettait aux pilotes d'établir un itinéraire précis, traversant notamment les zones de
01:03:32combat ? »
01:03:33« Oui. »
01:03:35« Ces zones de combat ne sont-elles pas interdites au vol à tout avion ne faisant pas partie de
01:03:39la mission ? »
01:03:40« Et ne font-elles pas l'objet d'une carte ultra-secrète et qui varie fréquemment ? »
01:03:48« Si. »
01:03:51« Rudolf S. possédait-il cette carte et les moyens de la mettre à jour ? »
01:03:56« Oui. »
01:03:58« Qui la lui avait remise ? »
01:04:02« Le général Baour. »
01:04:06« Voulez-vous nous rappeler la fonction du général Baour ? »
01:04:10« Il est le pilote personnel du Führer. »
01:04:14« Nantit du seul Messer Schmitt 110, capable de le transporter là où il désire se rendre. »
01:04:20« Doté de la carte et de la radio nécessaires à son entreprise. »
01:04:24« S. s'envolera plus de 30 fois de l'aérodrome d'Augsbourg, sans se cacher de personne. »
01:04:29« Ses vols n'excèderont pas deux heures, sauf celui de janvier 41, qui, parce qu'il dure 4h15, amènera
01:04:35Pinch à ouvrir l'enveloppe et à apprendre les intentions de S. »
01:04:39« Non seulement Pinch, mais aussi le chauffeur, qui est de la police. »
01:04:45« Dans toute vraisemblance, cet homme fait un rapport assez supérieur. »
01:04:49« Et pourtant, c'est lui qui vous conduit, S. et vous, à l'aérodrome d'Augsbourg, le 10 mai
01:04:551941, jour du départ définitif. »
01:04:59« Personnel Pinch, ce soir-là, avant de partir pour Berchtesgaden, n'avez-vous pas passé un coup de téléphone
01:05:07très important ? »
01:05:13« J'ai appelé un numéro secret à Berlin, celui où s'adressent les commandants de groupes de bombardement pour
01:05:20obtenir des faisceaux directionnels. »
01:05:23« Et qu'avez-vous demandé ? »
01:05:25« Un faisceau directionnel allant de Augsbourg à un point situé à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de
01:05:31Glasgow, en Écosse. »
01:05:33« Un point appelé Denguevel Hill. »
01:05:37« Voilà. Et malgré tout cela, vous pourriez affirmer qu'Adolf Hitler n'était pas au courant de ce projet.
01:05:45»
01:05:45« Le Parti National Socialiste annonce officiellement le camarade Rudolf Hess, atteint par une maladie depuis quelques années,
01:05:53et à qui il avait été formellement défendu de voler, a pu, contrairement à cette interdiction, entrer en possession d
01:06:00'un avion. »
01:06:02« Samedi 10 mai, Rudolf Hess a décollé d'Arsbourg pour un vol dont il n'est pas revenu. »
01:06:09« Une lettre laissée par lui montre des signes caractéristiques de désordre mental, et l'on craint qu'il n
01:06:14'ait été victime d'hallucinations. »
01:06:17« Führer a immédiatement fait arrêter les aides de camp du camarade Hess, qui avaient connaissance de ces vols, et
01:06:23qui, contrairement aux ordres du Führer, dont ils étaient instruits, n'ont pas empêché ni signalé cette sortie. »
01:06:32« Général Bodenschatz. »
01:06:44« Quand fut rédigé ce communiqué ? »
01:06:47« Le dimanche 11 mai. »
01:06:50« Vous étiez à Berchtesgaden, lorsque Hitler a pris le départ de Rudolf Hess. »
01:06:55« Oui. »
01:06:56« Quelle a été la première réaction du Führer ? »
01:07:00« À mon avis, Hess devait prévenir de son arrivée par un message. »
01:07:05« Comme rien ne venait, Hitler comprit que quelque chose avait cloché. »
01:07:10« Il interrogea Goering. »
01:07:12« Est-il en Écosse ? Peut-il réussir ? »
01:07:16« Il a une chance 50-50, a répondu Goering. »
01:07:19« Et Hitler s'est récrié. »
01:07:21« Quoi ? Vous parlez déjà anglais ? »
01:07:25« Pourtant, selon d'autres témoins, à l'annonce du départ de Hess, Hitler aurait eu une attitude tout à
01:07:31fait différente. »
01:07:32« Le Führer joue suprêmement bien la consternation et la surprise. »
01:07:36« Qui a eu l'idée du communiqué ? »
01:07:38« Goering. »
01:07:39« Il a dit, il faut devancer les Anglais. »
01:07:42« Et qui l'a rédigé ? »
01:07:43« Je l'ai écrit sous la dictée du Führer. »
01:07:46« Goering et Ribbentrop y ont apporté des modifications. »
01:07:51« Hitler insistait pour que le texte demeura très vague, afin qu'il pût, le cas échéant, être rétracté. »
01:07:59« On fit sept brouillons, qui tous ont été détruits. »
01:08:03« Quand avez-vous quitté le Berghof ? »
01:08:06« Un peu avant l'aube du lundi. »
01:08:09« J'accompagnais Goering. »
01:08:11« Quand nous avons été seuls, Hermann m'a fait un clin d'œil. »
01:08:16« Il a dit, le Führer a fait fiasco. »
01:08:21« Quel sens attribuez-vous à cette phrase ? »
01:08:25« Je connais bien Goering. »
01:08:27« Nous faisions tous les deux partie de l'escadrille von Riethofen pendant la Première Guerre mondiale. »
01:08:32« Hermann voulait dire que Hitler avait, une fois de plus, laissé dans l'ignorance son entourage immédiat pour tramer
01:08:39un complot avec Hess, son plus proche associé. »
01:08:42« Si Hess parvenait à convaincre les Britanniques que l'Allemagne allait attaquer la Russie, alors la paix pouvait être
01:08:50obtenue à l'Ouest. »
01:08:53« Et il réussirait là où Hermann avait échoué avec la Luftwaffe. »
01:08:59« Malheureusement, pour des raisons qu'on ignorait, il semblait que le plan avait échoué. »
01:09:05« Ce qui explique la consternation qui régnait à Berchtesgaden. »
01:09:09« C'est votre opinion. »
01:09:12« Dites-moi, Général, le dimanche 11 mai à Berchtesgaden, le Führer ne vous a-t-il pas fait part
01:09:19d'une lettre qu'il venait de recevoir ? »
01:09:22« Si. Il nous a lu une lettre que lui avait remise Pinch, de la part de Rudolf Hess. »
01:09:31« Dans cette lettre, vous vous êtes bien gardé de la cité. Elle est pourtant significative. »
01:09:41« Si ce projet, qui, je l'avoue, n'a qu'une très faible chance de réussir, aboutit à un
01:10:03échec, et que le sort se prononce contre moi,
01:10:08il ne peut en résulter de graves conséquences ni pour vous, ni pour l'Allemagne. »
01:10:15« Il vous sera toujours possible de dégager entièrement votre responsabilité et de dire que je suis fou. »
01:10:27« Rudolf Hess n'a pas été manipulé par Hitler. »
01:10:34« Il a agi de sa propre initiative. »
01:10:45« Ni le professeur Haushofer, ni le professeur Messerschmitt, ni Mme Hess ne sont arrêtés, interrogés seulement. »
01:10:56« Mieux, Mme Hess a le plaisir, hors formel du Führer, de recevoir une lettre que son mari a réussi
01:11:05à lui faire parvenir d'Angleterre et qui a été interceptée. »
01:11:09« Quelques temps après, elle reçoit une autre lettre, d'Eva Braun, cette fois. »
01:11:15« Je vous aime beaucoup, vous et votre mari. »
01:11:19« Si les choses devenaient intolérables, prévenez-moi, je puis parler au Führer à l'insu de Bormann. »
01:11:27« Merdez-vous,
01:11:37Sous-titrage MFP.
01:12:07Hitler déclenche l'opération Barbarossa. Il déchire le pacte germano-soviétique et envahit son allié de la veille.
01:12:16Voilà pourquoi, six semaines plus tôt, Hitler, soucieux de ne pas compromettre le gigantesque effort militaire réclamé par la préparation
01:12:24de Barbarossa,
01:12:25et désireux de ne pas inquiéter ses alliés italiens et japonais, prend prétexte de la lettre de Hess et décide
01:12:37de le faire passer pour fou.
01:12:40Quelques mois plus tard, c'est Pearl Harbor. L'Amérique entre à son tour dans la guerre.
01:12:48Churchill voit enfin le triomphe de sa politique.
01:12:51Mais en mai 1941, la présence de Rudolf Hess sur son territoire fait peser sur la Grande-Bretagne la menace
01:13:00du désarroi.
01:13:02Et sur l'Amérique, un doute quant à la volonté britannique de ne jamais capituler.
01:13:09Churchill n'a pas le choix. Il lui faut discréditer Hess et ramener sa visite de paix aux dimensions d
01:13:17'un acte dérisoire et dépourvu de toute portée.
01:13:21À son tour, en le livrant au psychiatre, il le fait passer pour fou.
01:13:27Et cette légende, forgée par les deux hommes d'État pour des raisons politiques, va durer cinq ans.
01:13:41Ma mémoire est de nouveau en ordre.
01:13:45Si j'ai simulé l'avoir perdu, ce fut pour des raisons tactiques.
01:13:52Deux jours après cette déclaration de Rudolf Hess au tribunal, j'ai eu l'occasion de l'examiner.
01:13:59Je lui ai demandé s'il était au courant de l'accusation de dérangement mental lancé par Hitler à l
01:14:05'annonce de son départ.
01:14:07Il m'a répondu sèchement.
01:14:10J'ignore ce qu'il a dit et ne désire pas le savoir.
01:14:15Professeur G. M. Gilbert, psychiatre.
01:14:19Le 1er octobre 1946, à Nuremberg, Rudolf Hess est condamné à la détention à vie, privé de tout contact avec
01:14:33le monde extérieur.
01:14:36Il est le seul des prisonniers de Spandau à être encore détenu.
01:14:43Quel sens donnerait-il aujourd'hui à son acte ?
01:14:49La réponse lui appartient.
01:15:02Pinch, savez-vous comment on obtient l'ordre autrichien de Marie-Thérèse ?
01:15:09Non.
01:15:11Il faut avoir accompli, sous sa propre responsabilité, un acte directement contraire aux ordres donnés par les supérieurs.
01:15:22La décoration est décernée en cas de succès.
01:15:27Et en cas d'échec ?
01:15:31On fusille le coupable.
01:15:34Son acte est officiellement désavoué.
01:15:36Une très belle décoration.
01:15:41Pinch.
01:15:44Propos tenus au retour de l'expédition manquée de janvier 1941.
01:15:50Sous-titrage Société Radio-Canada.
01:15:55Sous-titrage Société Radio-Canada.
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