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  • il y a 17 minutes
DB - 07-04-2026

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Transcription
00:00Sous-titrage MFP.
00:30C'était mon premier vrai dimanche.
00:33L'instituteur et sa fiancée Marie-Rose m'avaient supplié de les emmener à Carmonne,
00:38à un village voisin de Tourleusanne où devait se dérouler une vente aux enchères.
00:42Ils voulaient s'acheter une table ronde et quelques chaises pour leur future maison.
00:46Quant à moi, j'étais seulement guidée par la curiosité.
00:49Je n'avais jamais assisté à une vente de village.
00:52Attention, je vais adjuger 15 000 une fois.
00:5615 000, pas de regret, 15 000 deux fois.
01:0015 000 trois fois, adjugé.
01:04Et maintenant, messieurs-là, nous allons poursuivre...
01:07Il vient de tous ces tableaux et tous ces mennes.
01:11Vous voyez le type qui est là-bas avec la pipe et le petit chopeur tyrolien ?
01:15C'est le monsieur de Villebrun, le châtelain de Carmonne.
01:18Autrefois, sa famille tenait tout le pays.
01:20Les vignes, les bois, les fermes, les bêtes et les gens.
01:25Cette fumeuse de Napoléon III, en très bon état comme vous voyez,
01:29et dont la mise à prix est de 8 000 francs.
01:31Ancien, toujours, bien entendu.
01:338 000, j'écoute.
01:35Le château de Villebrun avait sa propre chapelle
01:38et ses écuries étaient les plus belles de la région.
01:40C'était des seigneurs, quoi.
01:42Et puis tout ça, ça a été grignoté au cours des dernières années.
01:45Maintenant, il est obligé de vendre la moitié de ses meubles
01:47pour payer la réparation de la toiture du château
01:49ou tout simplement pour dîner.
01:51En tout cas, il n'a pas l'air de prendre ça très autragique.
01:54Regardez.
01:56Vous ne voulez pas qu'il perde la face devant tous les croquants ?
01:58Il les mébrine.
01:5911 000 une fois, 11 000 deux fois, 11 000 trois fois, à juger.
02:08Et maintenant, monsieur et dame, voici une très belle pièce,
02:12un très beau tableau, non signé,
02:14mais ayant très probablement appartenu à l'atelier d'Alphonse de Neuville
02:19et représentant un épisode de la guerre de 1870.
02:24Ce tableau est livré avec son cadre,
02:27son cadre doré, que vous le voyez, est en très bon état.
02:31Voilà, mise à prix, 20 000 anciens francs.
02:34Je vous écoute.
02:3521 000.
02:37On a dit 21 000 à ma gauche.
02:40Il n'est pas mal, ce tableau.
02:41Il y a du mouvement et il est joli.
02:44Je n'aime pas beaucoup les scènes de bataille,
02:46mais j'ai une lézarde sur mon mur.
02:48Peut-être que ce machin-là, la masquerait.
02:50Oh oui, achetez-le.
02:5121 000.
02:5221 500.
02:53On a dit 21 500 à ma gauche.
02:5623 000.
02:5823 000 une fois.
02:5925 000.
03:0025 000 devant moi.
03:0225 000 pour ce très beau tableau dans son cadre doré.
03:05Personne ne dit mieux.
03:0625 000 une fois.
03:0925 000 deux fois.
03:12Trois fois.
03:14À juger.
03:16Bon ben, il faut des chiffons pour ne pas abîmer le cadre.
03:19Oui, surtout que c'est déjà fait, là.
03:22Bon, je vais en chercher au café.
03:23Tu viens, Minouche ?
03:24Oui.
03:28Quand j'étais gosse, ce tableau me faisait rêver.
03:31C'est bête.
03:34Cette toile ne vaut pas un clou.
03:37Entre parenthèses, vous l'avez payée deux fois trop cher.
03:41Mais ça me fait mal de l'avoir partir.
03:44Vous permettez une dernière fois ?
03:47Bien sûr.
03:55Olivier de Villebrun.
03:58Châtelain en faillite.
04:00Cécilia Beaudoin.
04:02Je suis le nouveau médecin, le tour de Zannes.
04:04Je sais.
04:05Votre gloire locale est arrivée jusqu'à mon nid d'aigle.
04:09Et je vous promets qu'à ma prochaine crise de palus,
04:13je ferai appel à vous.
04:18Si vous acceptez d'être payé à tempérament,
04:22le tempérament, c'est tout ce qui me reste à présent.
04:28C'est le cadre, Crélo.
04:29Oh là, attention.
04:33Pour ce qui est de cacher la lézarde, ça la cache.
04:36Mais pour ce qui est de faire joli, ça, c'est autre chose.
04:39Finalement, il n'est pas si mal que ça, ce tableau.
04:42Moi, je trouve que ces salles-là ont l'air de s'ennuyer prodigieusement.
04:45Il y a si longtemps qu'ils font la guerre.
04:47Oui, tellement longtemps que leur ciel est en train de s'écailler, là.
04:51Vous avez vu ?
04:52Oh, c'est le transport, ça.
04:56Oh, ça, c'est drôle.
04:58On dirait qu'il y a un autre tableau peint en dessous.
05:00Mais qu'est-ce que vous racontez ?
05:01Regardez.
05:02Eh bien, ça, par exemple.
05:04Oh non, ça, je crois que ça leur arrive assez souvent.
05:06Quand les peintres n'ont plus suffisamment d'argent pour acheter des toiles neuves,
05:10eh bien, ils utilisent des toiles anciennes ou des tableaux ratés.
05:13Oh non, non, mais ici, ce n'est pas le cas.
05:14Les craquelures du dessous ont l'air beaucoup plus anciennes.
05:17Ça, c'est bizarre.
05:19Attendez, aidez-moi, on le redescend.
05:21Sur la table ?
05:22Oui, sur la table.
05:22Attendez, attendez.
05:26Nous serions à Paris, je vous dirais, courons voir un expert.
05:30Ces gens-là, attention, attention ma veste.
05:32Ces gens-là, ils ont des tas de trucs, des appareils avec des rayons X
05:37qui permettent de voir au travers de la peinture.
05:39Mais, j'ai mon appareil de radioscopie.
05:41Mais qu'est-ce qu'on attend alors ?
05:42Vous croyez que ça marchera ?
05:44Eh bien, essayons toujours.
05:45Voilà.
05:47Oui.
05:48Voilà, comme ça.
05:51Bon, Marie-Rose, vous pouvez éteindre.
05:53Oui, s'il vous plaît.
05:56Alors ?
05:58On ne peut pas dire qu'on voit grand-chose, hein ?
06:00Non.
06:02Ah, là, c'est cette tâche-là.
06:04Où ?
06:05Là.
06:07On dirait un visage de femme.
06:09Ah, oui, si on veut.
06:12Bon, Marie-Rose, rallumez, s'il vous plaît.
06:16En tout cas, une chose est certaine, c'est qu'il y a un second tableau sur le premier.
06:19Bon, qu'est-ce qu'on fait ?
06:21Qu'est-ce qu'on fait ?
06:22Pas de problème, on gratte la couche du dessus.
06:24Allez.
06:44Magnifique.
06:47Comment a-t-on osé peindre une croûte sur une telle splendeur ?
06:52Vous savez, question vandalisme, on n'a rien à dire.
06:55Il faut être gonflé pour gratter un tableau avec des outils pareils.
06:59On n'a fait aucun dégât.
07:03Dites-moi, mais je ne vois pas de signature.
07:06Il n'y a pas de signature ?
07:08Non.
07:10Non.
07:11Assis-là, dans le coin, là.
07:14Qu'est-ce que tu lis ?
07:15Ah, ça, je ne sais pas.
07:16La première lettre est arabiscotée.
07:20Mais c'est un R.
07:23Si c'est un R, alors ça ferait roue, roue fin.
07:29Roue fin.
07:30C'est un nom de peintre, ça ?
07:32En tout cas, pas connu.
07:37Une seconde.
07:39Si la toile est très ancienne, ce ne sont pas des F, mais des S.
07:44Au XVIIe siècle, ils faisaient les S comme ça, beaucoup plus long.
07:49Très juste.
07:50Ce serait Roussin.
07:53Roussin.
07:54Roussin.
07:55Qui c'est ?
07:59Attendez une minute.
08:01La première lettre, ce n'est pas un R.
08:04On dirait plutôt deux lettres à coller, vous voyez ?
08:06Regardez la barre qui remonte comme ça.
08:07Ah, oui, oui.
08:09Non, c'est un N.
08:13Oui, un N et puis après un P.
08:19Poussin ?
08:20M. Poussin ?
08:21Nicolas Poussin ?
08:23Oh, non, ce n'est pas possible.
08:25Écoutez, c'est facile à vérifier.
08:27Dans le dictionnaire, on donne la reproduction des signatures de peintre.
08:30Vous jugerez vous-même.
08:32Mais Nicolas Poussin, si c'est vrai, ça vaut des fortunes, ce machin-là.
08:37Des millions.
08:38Tels que je la connais, Cécilia le vendra pour faire construire un dispenseur.
08:42Poussin.
08:43Voilà.
08:43Voilà la signature de Nicolas Poussin.
09:07Poussin.
09:07Il y a une chose à faire.
09:09Demain, vous prenez le train pour Lyon et vous allez voir un expert.
09:13Oh, non.
09:14Non.
09:16Mais comment non ?
09:17Non, non.
09:18C'est un M. de Villebrun qui c'est de tâcher un courbe.
09:21M. de Villebrun ? Mais qu'est-ce qu'il vient de faire dans cette histoire ?
09:24Mais enfin, ce Nicolas Poussin, vrai ou faux, vient du château, non ? C'est sa propriété.
09:29C'est à lui de se débrouiller.
09:31Mais ce n'est plus sa propriété puisque vous l'avez acheté ce matin.
09:35Ah, pardon ? Ce matin, j'ai acheté une scène militaire représentant des soldats de 1870.
09:41J'ai payé sa valeur, soit 250 francs, mais 250 francs, mais ce n'est loin d'être le prix
09:47d'un Nicolas Poussin.
09:49Eh bien, disons que tu vous as fait une bonne affaire, voilà tout.
09:52Ce serait complètement idiot de reporter cette toit à ce vieux fou.
09:56Après tout, s'il a dormi pendant des années à côté de ce chef-d'oeuvre, ce n'est pas
10:00votre faute.
10:02Non, Marie-Rose, je crois que Cécilia a raison.
10:07Oh là là ! C'est que vous pouvez être poire tous les deux.
10:12J'irai demain au château et je rapporterai la toile.
10:40Ah, je vois.
10:43Réflexion faite.
10:45Les scènes de guerre ne présentent pas pour vous beaucoup d'intérêt.
10:50Malheureusement, ici on n'accepte pas les rendus faute de pouvoir les rembourser.
10:54Non, non, non, il ne s'agit pas d'un rendu ordinaire.
10:57Attention, c'est très très précieux.
11:00Oh, n'exagérons rien.
11:01Les oeuvres de ce brave Alphonse n'ont jamais dépassé la cote des croûtes les plus banales.
11:05Alphonse de Neuville ?
11:06Ah non, Alphonse de Villebrun.
11:09Oui, je ne vous ai pas dit hier, mais l'auteur de cette scène de bravoure est Feu, mon grand
11:14-père, qui était juge à Aix.
11:15Alors de là, à s'adonner à la peinture...
11:18Bien sûr, voilà.
11:20Mais... qu'est-ce que c'est que ça ?
11:22Votre grand-père, puisque grand-père il y a, a peint sa scène de bataille sur cette toile.
11:29Oh, remarquez, je m'en suis aperçue tout à fait par hasard.
11:31Alors j'ai... j'ai gratté un peu.
11:34Ma parole, mais...
11:36Mais c'est un poussin.
11:38Oui, Alphonse a toujours eu du goût pour la plaisanterie.
11:40Celle-ci est assez réussie, ma foi.
11:42Il en a peut-être acheté d'autres, qu'il a ensuite recouvert.
11:45Oh, c'est fort possible.
11:46Mais où sont-ils maintenant ?
11:49Dispersés au feu des enchères, comme on dit.
11:50En tout cas, merci, mademoiselle, de m'avoir montré ce poussin.
11:56Et qu'est-ce que vous faites ?
11:57Eh bien, je vous l'enveloppe.
11:58Ah, mais il n'en est pas question.
11:59Je n'ai pas du tout l'intention de le reprendre.
12:01Mais moi, je n'ai pas du tout l'intention de le garder.
12:03Ah, mais je m'y refuse.
12:04Bon.
12:05Bon, alors laissez-le-moi, après tout.
12:07Permettez, pardon.
12:10Ça me fera du pouvoir.
12:39Eh bien, Théolinde, allez voir ce que c'est, on sonne.
12:47Aïe.
12:49Bonjour, bonjour.
12:50J'ai profité de l'heure du déjeuner pour venir en Nouvelle.
12:53Ah.
12:54Ah, eh.
12:56Vous l'avez ramené, finalement.
12:58Ah oui, mais de force.
12:59Il voulait le jeter dans le feu.
13:01Vous vous rendez compte ?
13:01Mais il est fou.
13:02Non, c'est le goût du beau geste, le panache.
13:06Passez-moi l'affichage.
13:07Oui, je connais ce genre de bonhomme.
13:10En temps de guerre, ça fait de bons officiers, mais...
13:13Dans le civil, c'est pas terrible, hein ?
13:16Enfin, à présent, vous voilà à la tête d'un joli magot, hein ?
13:20Mais il n'est pas question que je garde ce tableau.
13:22Non, je voulais l'accrocher là, provisoirement.
13:25Cet homme est aux abois, il n'a pas le sou.
13:28Vous voudriez que je garde cette toile qui lui revient de droit ?
13:31Et qui, en plus, lui redonnerait tout ce qui lui manque.
13:34Non, mais de droit, de droit, une histoire comme ça se plaiderait,
13:37et je crois que vous auriez gagné de cause.
13:40Eh bien, c'est tout plaidé.
13:43Ce tableau revient à M. de Villebrun.
13:53Oui ?
13:54Non, je ne quitte pas.
13:57Allô ?
13:58Oh, bonjour, M. de Villebrun.
14:01C'est lui, justement.
14:03Oui ? Comment allez-vous ?
14:05Vous avez réfléchi ?
14:08Ah bon ?
14:10Et c'est grave ?
14:14Écoutez...
14:15Non, prenez deux cachets d'aspirine en attendant, ça vous calmera.
14:18Oui, je viens.
14:21D'ici une demi-heure, à peu près.
14:23Entendu.
14:24Au revoir.
14:27Qu'est-ce qu'il a ? Il est malade ?
14:29Je ne sais pas, je n'ai pas bien compris ce qu'il m'a dit.
14:30Il est tombé, il s'est blessé.
14:32En tout cas, il souffre.
15:00C'est bon, docteur.
15:03Où êtes-vous ?
15:04Avancez, avancez.
15:09Un déplacement imprévu de mon centre de gravité.
15:13J'ai fait un vol plané, une vrille, et voilà le résultat.
15:19Heureusement que j'ai eu le bon goût, primo, de me casser la gueule à deux pas de téléphone.
15:25Et, secondo, et surtout, surtout, d'avoir acquitté ma dernière quittance au PTT.
15:30Sinon, je crevais ici comme une bête féroce prise au piège.
15:36C'est manin.
15:38N'est-ce pas ?
15:39Vous souffrez beaucoup ?
15:42Oh, je ne sais pas.
15:44Tout à l'heure, vous m'aviez conseillé de prendre deux comprimés d'aspirine,
15:48mais sincèrement, je ne vois pas comment j'aurais fait pour aller les chercher à l'office.
15:53Non, j'avais un autre analgésique sous la main, alors j'en ai usé.
15:59Je dirais même abusé.
16:03Bon, laisse-moi voir cette jambe.
16:08Oh, vous me faites souffrir, vous savez.
16:10Vous me faites mal.
16:11Oh, ça ne fait rien.
16:12Continue, continue.
16:14La souffrance me ramène à moi.
16:17Je me rencontre toujours dans l'inconfort.
16:22Essayez de bouger un petit peu le pied.
16:24C'est facile à dire.
16:28Oui, c'est une fracture du tibia.
16:30C'est bien, c'est complet.
16:34Comment avez-vous fait votre compte ?
16:36Non, un compte à dormir debout.
16:39Et je rêvais de fortune.
16:41C'est bête, hein ?
16:43Je me disais que peut-être derrière ces quelques tableaux qui me restent,
16:47se dissimuler l'oeuvre d'un grand maître, alors...
16:51Je les ai grattés avec un couteau de cuisine.
16:56Mais ça n'a pas marché.
16:59Ça n'a pas marché du tout.
17:03Mais regardez.
17:04La galerie des ancêtres est foutue maintenant.
17:09Et ma jambe cassée paye les erreurs de ma main sacrilège.
17:15Rien ne se perd ici-bas.
17:23C'est en voulant décrocher cette toile que vous êtes tombé ?
17:26Bon, même les bêtises, je ne suis jamais arrivé à les mener à bien.
17:31Ma vie sera un perpétuel faux pas.
17:36J'ai toujours essayé de décrocher la lune.
17:39Et je suis tombé du tabouret.
17:42Régulièrement.
17:43Bon, maintenant, ne parlez plus.
17:45Restez calme.
17:46Et surtout, ne bougez plus.
17:53Je vous ai fait mal ?
17:54Ah non, pas du tout.
17:56Je ne sais même pas pourquoi j'ai crié.
17:58Excusez-moi.
18:00Voilà.
18:02Maintenant, je vais immobiliser votre jambe.
18:05Vous serez quand même mieux pour le transport.
18:08Pour le transport ?
18:09À l'hôpital ?
18:11D'accord.
18:11Ah ben, pas question, je ne veux pas quitter cette chambre.
18:13Débrouillez-vous comme vous voudrez.
18:15Je ne vois pourtant pas d'autre solution.
18:17Je ne vais pas trouver en une parce que j'ai horreur de l'hôpital et je préfère encore crever
18:21ici, tout seul dans ma tanière.
18:23Allons, ne dites pas de sottise.
18:25Tenez, appelez donc plutôt le 6 à Casse d'Arde.
18:28Le docteur Villebrun Lacour, c'est mon cousin.
18:31Nous sommes fâchés depuis 20 ans.
18:34Mais il sera enchanté d'accourir le ventre en avant.
18:38Que fera-t-il, votre cousin ?
18:40Les fractures, c'est sa spécialité.
18:42Ne croyez tout de même pas que les gens d'ici soient transportés à l'hôpital chaque fois qu'ils
18:46se cassent une jambe.
18:48Ça ne m'étonne plus qu'il y ait tellement de boiteux sur les chemins.
18:50Le docteur Villebrun Lacour réduit tout.
18:54Il arrive avec ses petits sacs de plâtre, ses petites gouttières.
18:58Et hop là !
19:00En trois coups de cuillère à pot, il vous arrange tout ça.
19:02Allez, le 6 à Casse d'Arde.
19:13Et pour l'anesthésie ?
19:15Hein ?
19:17Comment faisait-on autrefois, Villebrun ?
19:19Enfin, soyez complètement esclaves du progrès, petit docteur.
19:24Allez, le 6 à Casse d'Arde.
19:29Deux fois trois.
19:59Voilà, ça y est.
20:01Vous pouvez lui faire un seul camp, François.
20:04Il est tombé dans les pauvres.
20:08Demain matin, j'irai prendre de ses nouvelles.
20:11Profitez-en pour lui ramener cette vieillerie.
20:13Tiens, c'est une idée.
20:15Et je crois que cette fois-ci, il ne me refusera pas.
20:17Faites pas.
20:19Parce que je ne peux pas l'avoir en peinture, cette peinture.
20:21Pouillez, Gaelen.
20:23Vous me direz ce que vous voudrez, mais les soldats, ça faisait quand même plus gai.
20:35Vous savez que je ne dors pas.
20:39Comment vous sentez-vous ce matin ?
20:42Assoiffé.
21:01Vous êtes trop bonne, merci.
21:03Ah !
21:04Mais je m'aperçois que vous avez profité de mon sommeil pour apporter ce tableau.
21:09Vous êtes têtue, n'est-ce pas ?
21:11Oui.
21:12Très.
21:13Mais cette fois, j'ai pas l'intention de le remporter.
21:15C'est bon.
21:16Je le garderai.
21:17Je dis, je le garderai.
21:19Vous me comprenez bien.
21:20C'est-à-dire que je ne m'en désaisirai jamais.
21:23Quoi qu'il arrive, je prendrai tout.
21:25La cour, le terrain, les pierres, le domaine.
21:28Mais je garderai ce tableau jusqu'à ma mort.
21:31Et au-delà même, je l'emporterai avec moi dans la taube.
21:35Mais enfin voyons, je...
21:36N'insistez pas, vous me le donnez.
21:39Je me le rends.
21:41Vous me le rendez.
21:42Soit.
21:44Mais...
21:45Je ne le vendrai jamais.
21:48Sa présence près de moi,
21:51qui sera un tout petit peu la vôtre,
21:55vaudra bien davantage que tout l'argent que je pourrais en tirer.
22:01C'est un point de vue.
22:03Oui.
22:04C'est un point de vue que vous ne pouvez pas comprendre.
22:07Si.
22:09Enfin...
22:09Je crois.
22:13Mais...
22:14Vos créanciers...
22:15Oh, je vous en prie, laissez ces gens-là tranquilles.
22:19Et...
22:20Moi aussi.
22:21Laissez-moi tranquille.
22:23J'ai sommeil.
22:36Tu vois pas un petit écran dans le ciel?
22:43Viens.
22:45J'ai eu des petits écrasés.
22:46Avoua.
22:48Je vois pas des écranes.
22:49Si ceux qui sont en train de se faire adorant,
22:50Je vois pas des écranes.
22:50Tu vois?
22:51Je vois pas des écranes.
22:52Le trésor est parti ?
22:54Oui. Monsieur de Villebrun a accepté que je lui rende.
22:58Eh ben, il n'en est pas plus riche pour autant.
23:02Pourquoi ?
23:03Mademoiselle, j'apporte des verres, hein ?
23:05Oui, oui.
23:07Ce matin, j'ai téléphoné à Lyon, au conservateur du musée des Beaux-Arts.
23:12Il a été charmant et très clair.
23:16On connaît tous les Nicolas Poussin existants au monde.
23:18Ils sont fichés, répertoriés, catalogués.
23:22Et d'ailleurs, Nicolas Poussin ne signait pas ses toiles au recto, mais au verso.
23:27Alors ?
23:28Alors, notre tableau n'est qu'une copie.
23:31Sans aucun doute.
23:32Pauvre Monsieur Villebrun.
23:34Il va en faire une drôle de tête quand il va vouloir vendre le tableau ?
23:37Non, puisqu'il ne le vendra pas.
23:39Qu'est-ce que vous dites ?
23:40Non, il veut le garder, quoi qu'il arrive.
23:43Mais, pourquoi ?
23:45Je ne sais pas.
23:46Vraiment ?
23:48Vraiment ?
23:50Ça n'a pas de sens.
23:52Moi, si j'étais dans la dèche et si j'avais un Nicolas Poussin, la première chose que je ferais,
23:57ce serait de le vendre.
23:58Oui, mais toi, tu n'es pas sentimentale pour un sou alors ?
24:00Non, sentimentale.
24:04Tenez, Marie-Rose.
24:05Merci.
24:05Oh, pardon.
24:07Merci.
24:07Non, je crois que c'est bien comme ça.
24:11Si Monsieur Villebrun n'était pas sentimentale, comme dit Marie-Rose, eh bien, il vendrait effectivement son tableau.
24:19Et qu'est-ce qui se passerait ? Dites-le moi.
24:23Ben, il s'apercevrait que son tableau ne vaut pas un clou et il serait aussi pauvre qu'avant.
24:30Non.
24:33Plus pauvre encore.
24:35Puisqu'il n'aurait même plus l'illusion de posséder un trésor.
24:43Bon, eh bien, c'est pas tout ça, mais il faut rentrer.
24:46Tu viens, mon Poussin ?
24:48Mon Poussin, tu ne peux pas m'appeler autrement, non ?
24:50Est-ce que j'ai l'air d'un vieux tableau ou quoi ?
24:52Ah, en attendant, la lézarde, elle est toujours là.
25:02Alors, qu'est-ce que vous comptez faire ?
25:04Demain, je... je téléphonerai aux maçons.
25:11Si vous aviez commencé par là, ça nous aurait épargné bien des émotions.
25:20Épargné des émotions ?
25:24Décidément, je crois que Marie-Rose a raison.
25:27Vous n'êtes pas sentimentale.
25:30Pas du tout, monsieur l'instituteur.
25:36Pas du tout, monsieur l'instituent.
25:37Pas du tout, monsieur l'instituent.
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