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DB - 06-04-2026
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00:01Vers 1760, un jeune paysan d'Auvergne, victorien Lyotadès, a tué une bête monstrueuse qui terrorisait la région.
00:09Le comte de Réquista, pour le récompenser, l'a nommé régisseur de ses terres.
00:13Le comte a deux filles, Agnès et Aurore.
00:16Agnès se marie avec le baron du Koufour et devient à la mort du comte maîtresse du domaine.
00:21Sa soeur, Aurore, qui a 15 ans, éprouve un sentiment pour victorien qu'elle admire passionnément.
00:27La comtesse Agnès met au monde un fils.
00:30Un bal est donné au village pour fêter cette naissance.
00:32Aurore s'y rend.
00:34Dans la soirée, elle demande à victorien de la ramener au château en croupe sur son cheval.
00:37Elle lui avoue son amour.
00:39La comtesse Agnès, qui a pris le retour de sa soeur en pleine nuit avec victorien, le convoque et sèchement
00:45lui reproche sa conduite.
00:46Elle décide, d'accord avec sa mère, la comtesse Douairière, de mettre un terme aux relations de sa soeur et
00:51de victorien.
00:52La Douairière et Aurore partent pour l'Anzac, une propriété que possède la Douairière.
01:13Sous-titrage Société Radio-Canada
01:20Une semaine déjà.
01:22Le temps passe vite.
01:26Je me sens bien ici.
01:29J'y ai tant de souvenirs.
01:31Je vous comprends, madame la comtesse.
01:35Il me semble que je parcours ma vie à l'envers, tant je retrouve les traces de ma jeunesse.
01:41C'est dans cette pièce qu'un beau jour de 1745, mon père a réuni une poignée de gentils hommes
01:47pour aller rejoindre les régiments du bien-aimé.
01:51Je le vois encore, là, dans l'angle.
01:55Il était avec son ami, monsieur de Haute-Roche.
01:59Vernou Jacques, ce nom ne vous dit rien.
02:01Madame la comtesse ne me prendra pas en défaut sur l'histoire.
02:05Monsieur de Haute-Roche, l'officier des grenetiers.
02:08Lui-même, aristocrate jusqu'à la dentelle de son japon.
02:11Celui qui cria à l'ennemi, monsieur les Anglais, tirez les premiers.
02:15Les Anglais ont obéi, monsieur de Haute-Roche est tombé.
02:21Je vous montrerai des lettres que mon père a écrites après cette bataille de Fontenois.
02:27Il me serait très agréable que vous surpreniez, Aurore, en les lui montrant,
02:30ou de la manière la plus naturelle un jour au cours d'une leçon d'histoire.
03:28Oh, je m'ennuie, je m'ennuie.
03:38Ah oui, oui, cette maison était pleine de vie à l'époque.
03:42Nous étions heureux.
03:45Oh, je voulais vous dire, Bernou Jacques,
03:47j'ai invité mes amis d'entre vous à venir passer quelques jours avec nous ici à Lanzac.
03:51Je crois que c'est une bonne idée, ça distraira Aurore.
03:55Ils ont une fille qui est à peu près de son âge et deux fils.
03:58L'aîné Adolphe et le plus jeune, Gustave.
04:03Pas mal de sa personne.
04:06Et charmant.
04:09Madame la comtesse, ne se fasse pas trop d'illusie.
04:17Mes amis, laissons le salon à la jeunesse et allons dans l'autre pièce.
04:20Nous serons beaucoup plus tranquilles pour notre briste.
04:31Et voilà, on nous abandonne.
04:34C'est vrai, ce que vous nous avez dit tout à l'heure,
04:36que vous n'aimeriez pas aller à la cour.
04:38C'est la vérité, Gustave.
04:40Je ne me sens aucun coup pour les courbettes.
04:43Pourtant, Aurore, vous feriez une très jolie demoiselle d'honneur de la reine.
04:47Et puis à Paris, on a une vie très agréable.
04:49Il y a les balles, il y a le théâtre.
04:51Ou à ce propos, est-ce vrai que M. de Beaumarchais a réussi à faire jouer une pièce que le
04:54roi avait interdite ?
04:55Parfaitement exact.
04:57Le barbier de Séville.
04:58Quel triomphe, ma chère.
04:59Que raconte la pièce ?
05:01Oh, le sujet n'a rien de bien neuf, apparemment.
05:06La victoire de l'amour et de la jeunesse sur le calcul et la vieillesse, grâce aux russes d'un
05:10balai.
05:11Il n'y avait pas là de quoi fouetter un chat.
05:14Ah, il faut entendre le texte.
05:16Mais ça, c'est de l'histoire ancienne.
05:17Il y a trois ans qu'on joue le barbier.
05:19Trois ans ?
05:19On jugeait de notre retard dans nos provinces.
05:22Gustave, dis-nous le monologue de Figaro.
05:25Aurore, il s'agit là d'une nouveauté d'un genre particulier, puisque c'est une sorte de pamphlet secret.
05:31Oui, oui, secret.
05:33La nouvelle pièce de M. de Beaumarchais a pour titre Le mariage de Figaro.
05:36Elle fait suite au barbier de Séville.
05:37M. de Beaumarchais a la réputation d'un bon financier.
05:40Il exploite le succès du barbier.
05:42Rien de plus normal.
05:44Mais le piquant vient de ce qu'on ne joue pas le mariage de Figaro.
05:46On n'ose pas le jouer.
05:48Et pour cause.
05:50Figaro frotte les oreilles des journalistes, celles de l'archevêque.
05:52Il attaque la censure et l'ironie sur la Bastille.
05:55Vous excitez ma curiosité.
05:57Mais il y a une chose que je ne comprends pas.
05:59Puisque la pièce n'est pas jouée, comment pouvez-vous savoir ce qu'elle contient ?
06:03Est-elle imprimée ?
06:04Voilà bien votre innocence à vous, gens de la province.
06:07À Paris, on sait tout.
06:08Ne dis pas de mal de la province, Adolphe.
06:11Ici, tout se sait, rien ne se dit.
06:13Gustave, je voudrais que tu déclames le monologue sans éclat pour qu'on ne t'entende pas du petit salon.
06:18On t'écoute.
06:19Permets que j'explique à Aurore.
06:22Le roi et la reine se sont fait lire la pièce.
06:24Et après avoir entendu le monologue, que je vais avoir le privilège, mon ami, de vous réciter,
06:30le roi a déclaré, c'est détestable.
06:32Cela ne sera jamais joué.
06:33Cet homme raille tout ce qu'il faut respecter dans un gouvernement.
06:37La reine était très contrariée.
06:39On ne jouera donc pas cette pièce, à-t-elle demander ?
06:42Non, certainement pas, répondit le roi.
06:43Vous pouvez en être sûr.
06:46Seulement, comme Paris est Paris, c'est-à-dire frondeur dans l'âme,
06:50il s'est trouvé des gens habiles pour prendre connaissance du texte.
06:53Monsieur de Beaumarchais s'entend à merveille pour monnayer ce genre de révélations.
06:57Et le monologue de Figaro, copié et recopié, court de main en main et se débite dans les salons à
07:02longueur de...
07:02Bien, Gustave.
07:04Félicitations pour avoir su toi aussi ta petite copie.
07:06Maintenant, tu la connais par cœur à force de l'avoir lue.
07:10On t'écoute.
07:11Un instant !
07:12Ne vous inquiétez pas, Gustave a le sens du théâtre.
07:15Il a été préparé son entrée.
07:17Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand...
07:20Je ne fais pas !
07:21Si ma mère entendait...
07:22Pourquoi ? Elle n'a pas de goût pour les philosophes ?
07:25Pas le moindre, non.
07:26Elle déteste Monsieur de Voltaire.
07:28Eh bien, j'aurais voulu qu'elle soit à Paris le jour où la foule lui a fait une ovation.
07:32J'ai vu la chose la plus inouïe qui se puisse voir.
07:35À la sortie du théâtre, on venait de couronner son buste sur la scène.
07:39Le carrosse a dû s'arrêter parce que les chevaux refusaient d'écraser la foule.
07:43Les gentils hommes, les manants, les bourgeois, tous criaient...
07:47Vive Voltaire, vive Galas, vive la République !
07:49Même les aristocrates, dites-vous ?
07:51Moi, j'en étais, ma chère, et je criais aussi fort que les autres.
07:56Bravo !
07:57Voilà comme nous sommes, nous, les entrebots.
07:58Nous transportons dans notre coffre de voyage de quoi nous faire une tête,
08:01pour que la vie soit une comédie permanente.
08:05Où est le vrai ?
08:06Du masque ou du visage ?
08:10Devinez-le, chéros.
08:13Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie.
08:17Noblesse, fortune, un grand déplace, tout cela rend si fier.
08:22Qu'avez-vous fait pour tant de bien ?
08:26Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus.
08:30Tu restes homme assez ordinaire.
08:34Tandis que moi, mort bleu, perdu dans la foule obscure,
08:37il m'a fallu déployer plus de science et de calcul pour subsister seulement.
08:40Qu'on en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes.
08:43Oh, si fort, Gustave.
08:44Mais ces choses-là ne se murmurent pas dans le creux de l'oreille.
08:46Elles traversent les murs, elles passent les frontières, elles volent.
08:49Comme on est loin de tout cela, ici.
08:51S'ils entendaient votre Figaro, nos barons lui passeraient l'épée à travers le corps.
08:56Ils auraient tort.
08:58On ne doit pas être plus royaliste que le roi.
09:02Enlève cette coiffure.
09:04Je t'aime mieux, Gustave.
09:06Je ne déteste pas Figaro.
09:09Vous comprenez pourquoi je vous disais tout à l'heure
09:11qu'il est bien hommage que vous ne veniez pas à Paris.
09:14Gustave, moi j'ai des raisons personnelles qui m'attachent à Réquista.
09:17Je ne suis pas ici de mon plein gré.
09:19Et j'espère y retourner prochainement.
09:23Savez-vous ce que vous voudriez faire quand vous repartirez de l'Anzac ?
09:26Vous voudriez vous arrêter quelques jours entre vous.
09:29Et je pourrai vous accompagner jusqu'à Réquista.
09:31Et pourquoi ne feriez-nous pas route à cheval tous les deux ?
09:33Ce sera maison, qu'en pensez-vous ?
09:35Quelle bonne idée.
09:41J'en parlerai à ma mère.
10:03Oh, pardon.
10:05Que tu es désœuvrée.
10:07Depuis le départ des entre vous, tu erres communément peine.
10:10La faute à qui si je suis en peine ?
10:11Ne sois pas insolente, Aurore.
10:13Je vais faire un tour chez les fermiers.
10:15C'est ça.
10:16Elle te changera les idées.
10:26Bonjour, madame Goulet.
10:27Oh, mademoiselle.
10:29Je passais près de la ferme, alors je me suis dit que je pouvais rentrer me dire bonjour.
10:32Mademoiselle, mais oui, bien sûr.
10:33Entrez.
10:33Oh, ne faites pas attention.
10:36Bonjour, monsieur Goulet.
10:40Ne faites pas attention, mademoiselle.
10:42C'est une breuvie que j'ai mise sur les drodons.
10:44Elle est mal née, celle-là.
10:45Elle a besoin de chaleur.
10:46Elle ne tiendrait pas sur ses pattes.
10:48Elle ne suivrait pas auprès des autres après crever.
10:50Et pour l'instant, elle tient chaud au petit.
10:53Mademoiselle, vous prendrez bien quelque chose ?
10:54Non, non, merci, Maria.
10:55Ne vous dérangez pas.
10:56Non, non, je passais juste pour voir si tout allait bien.
10:59Eh bien, depuis huit jours, on n'a pas d'eau ?
11:00Oui, le puits est presque à sec.
11:03Oh, c'est tous les ans la même chose.
11:04Pensez qu'on mène les bêtes à la rivière, la breuvoir ne donne plus.
11:08Heureusement qu'on a les gosses.
11:09Ce sont vos petits-enfants ?
11:10Oui.
11:12Dans quel âge ?
11:13Entre cinq et douze ans.
11:14Ce sont ceux de notre fille, Marguerite.
11:16Elle a la 6.
11:17Vous vivez tous ici ?
11:19Eh oui.
11:20Mademoiselle comprendra qu'il faut bien loger quelque part.
11:22Moi, j'en prends deux.
11:23Moi, un.
11:24La Marguerite, elle prend sa gamine à la soupante.
11:26Et puis les deux grands, ils couchent à l'étable.
11:28Oh, ben, c'est pas lui plus mal.
11:29L'hiver, il...
11:31Si mademoiselle pouvait dire à madame la comtesse qu'il pleut dans la maison.
11:35Comment vous ne l'avez pas dit ?
11:36Oh, on ne veut pas avoir l'air de se plaindre.
11:38On a un toit, c'est déjà ça, non ?
11:39Mademoiselle comprendra que ce n'est pas plaisant de recevoir de l'eau sur la tête, la nuit surtout.
11:44On est douillé parce qu'on devient vieux, on se plaint toujours.
11:48Je vais en parler à ma mère tout de suite.
11:50Vous pouvez compter sur moi.
11:52Mademoiselle est trop bonne.
11:56Mademoiselle !
11:58Que mademoiselle ne répète pas ce qu'on lui a dit.
12:00Et qu'elle ne croit pas qu'on est mal ici.
12:01On s'arrangera comme on pourra.
12:03Oui, il faut bien voir les choses comme elles sont.
12:05On ne peut pas tenir bien propre à cause des gosses.
12:07Oui, Goulet, lui, il récrimine toujours.
12:09Il ne se rend pas compte.
12:10Ne crie ni rien, Marie-Age.
12:11Je n'en dirai pas plus ce qu'il n'en faut.
12:12Comptez sur moi.
12:13Et venez me voir si vous avez besoin de quelque chose pour les enfants.
12:17Merci, mademoiselle.
12:18Que Dieu vous garde !
12:33Il y a du nouveau.
12:34Votre cousin, monsieur Drockamadour, vient d'arriver.
12:37Il est en grande conversation avec madame la douairière.
12:39Mais on ne l'attendait pas.
12:42Qu'est-ce qu'il peut bien venir faire, ce mandat ?
12:45Oui, mais je me le demande aussi.
12:48J'aimerais bien avoir l'oreille contre la cloison pour entendre ce qu'il se raconte.
12:55Oui, vous avez eu raison de ne pas brusquer les événements.
13:04Aurore a un caractère peu malléable.
13:07Oh, Gaëtan, je me suis trouvée en face d'une situation aussi délicate.
13:10Oui.
13:11Vous voyez, votre mari...
13:13Pauvre Bertrand.
13:15Oui, il a été très imprudent.
13:17Mais comment aurait-il pu prévoir qu'une enfant s'éprendrait en grandissant d'un régisseur
13:20qui n'avait pour tâche que de la surveiller ?
13:23La différence d'âge n'était-elle pas une assurance que nous pouvions fort bien nous donner ?
13:27Oui, seulement vous vivez à Réquistar, en vase clos.
13:31Le cœur s'accroche à ce qu'il rencontre.
13:34Mais d'après ce que vous m'avez dit de la vaillance et du courage de ce lieu d'Hadès,
13:38il était presque fatal qu'une adolescente un peu romanesque
13:41le considéra comme un homme au-dessus de sa condition,
13:43comme un héros, un chevalier presque.
13:47Eh oui, voilà le danger.
13:48Tu le définis très justement.
13:51Victorien à l'âme noble.
13:53Il n'est pas sot, au contraire,
13:54et il a fait preuve d'une grande aptitude au commandement.
13:57Et puis, il a de la prestance.
14:00Oui, et de la prestance au prestige, le passage est vite franchi.
14:05Bertrand avait un certain faible pour lui.
14:08Aurore aussi a subi son ascendant.
14:11Ah, tout son éme mêlé, les lectures qu'elle a faites, victorien.
14:16Et surtout sa sœur.
14:18Agnès ?
14:19Je ne comprends pas pourquoi Agnès...
14:22Écoute-moi.
14:24Nous n'avons eu que deux filles.
14:26Agnès avait le droit d'Ainès, bien.
14:28Mais qu'elles viennent à disparaître,
14:29Aurore devenait la maîtresse de Réquistard jusqu'à la majorité de petit Bertrand.
14:33Tandis que, si Aurore perdait son honneur avec un rôturier...
14:39Oui, Gaétan.
14:41Agnès est jalouse d'Aurore.
14:43Aurore jouit d'une popularité qui la contrarie.
14:47Et pour tout avouer, c'est aussi l'attitude des bourgeois,
14:51des paysans, du bas-clerger et de certains nobliaux qui nous a empêchés d'agir.
14:55Oui, mais enfin, peut-être n'avez-vous pas pris assez tôt les précautions qui s'imposent.
15:00Le conseil du comté s'était prononcé pour les sanctions.
15:02Mais Mgr de Saint-Flour a insisté pour que nous évitions tout scandale.
15:06Alors, j'ai essayé de mettre un terme aux relations entre Aurore et Victorien.
15:11Et vous n'avez pas réussi?
15:14Il est presque impossible de retenir un être qui n'obéit qu'à sa passion.
15:20Et je me demande même si le remède n'a pas été pire que le mal.
15:23J'ai réussi à les séparer, mais ils correspondent.
15:26Je n'ai pas pu m'y opposer.
15:28Ça, c'est un comble. Mais comment avez-vous pu céder?
15:31Aurore était dans un tel état.
15:33Tu ne sais pas ce que c'est, Gaëtan, qu'une adolescente en proie à la passion.
15:40Et je me demande aussi si elle ne bénéficie pas de certaines complicités.
15:44Comment, quelles complicités?
15:46En fait, ou de même pas celle du père Corta?
15:48Ou de sa gouvernante?
15:51Je n'en suis pas si sûre.
15:55Cette situation ne peut pas durer.
15:58Il faut prendre des mesures énergiques.
16:01Laissez-moi y réfléchir.
16:04De toute façon, il faut éviter à tout prix la compromission d'une aristocrate avec un roturier.
16:11Quels que soient les titres qu'il peut avoir à la reconnaissance populaire.
16:15Tu es fin diplomate.
16:17Essaie de comprendre ce qu'elle a dans la tête et dans le cœur.
16:23Je vais m'y employer de mon mieux, ma cousine.
16:31La cloche, mademoiselle.
16:34Heureusement que je t'aime, ma bonne Vernie.
16:37Ce bonheur-là, on ne me l'enlèvera pas.
16:39Mais ne parlez pas si fort, le vent porte les paroles.
16:42Tu ne peux pas savoir ce que les lettres de Victoria m'aident à dire.
16:45N'ayez pas l'air d'être trop joyeuse, tout de même.
16:47Surtout quand je viens de vous apporter une lettre.
16:49Tu as raison, je vais me surveiller.
16:51Mais même quand vous lisez, je devine votre sourire.
16:54On peut très bien croire que ce sont les mots que je lis qui me font rire.
16:57Ne vous y fiez pas, madame. Votre mère est fine.
17:13Et maintenant, écoutons mon cousin Gaëtan, qui nous apporte des nouvelles de Versailles.
17:17Oh, non, non, non. Les nouvelles sont pour vous, mademoiselle.
17:19Vous m'étonnez. Je ne connais personne à la cour.
17:22Et toi, Vernou ?
17:24Moquez-vous de moi, moquez-vous de moi.
17:25Les détails que je vais vous donner intéresseraient toutes les femmes de la Terre.
17:28Alors, elles m'intéressent aussi.
17:30Si je comprends bien, je suis de trop.
17:33Non, il n'est pas interdit aux abbés de connaître les mœurs de la cour, voyons.
17:37Non, sachez que la mode est aux cheveux poudrés de roux.
17:40Mais cette teinte donne à la peau sa meilleure blancheur.
17:43Après cela, il suffit de mettre le rouge.
17:45Mais attention, le pot coûte plus d'un louis.
17:47Ça n'est rien, surtout si la dame a gagné au jeu.
17:50Voyons, on joue gros jeu, à la cour.
17:53Nous sommes plus implètes, nous.
17:55Nous devons compter sur le vent qui fouette nos joues et nous décoiffe.
18:09Sous-titrage Société Radio-Canada
18:35Tu me fais de la peine, Victorien.
18:37Tu n'es pas ici, tu n'es plus lui-même.
18:45Tu ne vas même plus à la chasse.
18:47Comprends-moi, maman, je suis malheur.
18:50Mais c'est une folie, mon fils.
18:52Tu dois bien te rendre compte l'amour que tu as pour mademoiselle.
18:55Jamais, jamais, ça ne s'est jamais vu.
18:58Mais je sais qu'elle m'aime.
18:59Caprice de noble.
19:00Maman, tu te trompes, je sais qu'elle m'aime qu'elle n'aime que moi.
19:04Il ne manque pourtant pas de filles qui t'ont crouille après dans le pays.
19:08Quel besoin as-tu eu d'aller t'amouracher de la demoiselle du château ?
19:16Tout régisseur que tu es, tu oublies que tu n'es qu'un paysan.
19:20Si tu continues, tu vas te mettre tout le monde à dos, aussi bien les nôtres que les nobles.
19:25Et tu finiras par être seul.
19:27Tout seul.
19:29Je suis seul, maintenant.
19:33Et je ne le saurais peut-être pas toujours.
19:38Oh, Guiton, tu ne vas pas tout me lâcher.
19:40J'en ai bien peur, ma cousine.
19:42Monsieur Drogamadour, j'ai l'impression que vous jetez la consternation dans le clan des dames.
19:46Pas de ouiste sans vous, monsieur Drogamadour.
19:48Non, il fait très beau.
19:49Vous allez me promener, nous nous jouerons ce soir.
19:51Je ne te comprends pas.
19:52Mais ne compte pas sur moi pour la promenade.
19:54Ni sur moi.
19:55Ici, je me sens envoie à la méditation.
19:58Vous avez raison, mon cousin.
19:59Rien ne vaut une bonne promenade solitaire.
20:01Oh, ma chère cousine, je m'étais flatté que vous me feriez le très grand plaisir de m'accompagner.
20:05Mais c'est que vous ne m'avez pas invité.
20:06Et si Vyrnou veut bien...
20:07Oh, vous ne m'en lèverez pas, Vyrnou, Jacques.
20:09Mon invitation serait-elle acceptée ?
20:11On ne résiste pas à un galant chevalier ?
20:14Eh bien, si la petite maîtresse de ces lieux d'aille me montrer le chemin.
20:23Son cheval, madame.
20:34Petite maîtresse, il ne se doute pas qu'il employait la seule expression qui lui est interdite.
20:39Réservée à Victoria.
20:40Si ce cher Gaëtan veut jouer les séducteurs, il en sera pour ses frais.
20:50Mon père, ils s'en vont comme deux tourtereaux.
20:52Si Dieu pouvait inspirer ces deux cœurs, cela arrangerait bien vos affaires.
20:56Gaëtan désire surtout attirer Aurore à la cour.
20:59Il prétend qu'une jeune fille, pourvu des grâces de l'esprit et du corps, ne laisserait pas indifférent certains
21:04de ses amis bien en place.
21:05Nous devons cependant compter que mademoiselle Aurore n'est que votre cadette.
21:09Gaëtan connaît son monde.
21:11Et il estime que le charme féminin vaut la plus belle des terres.
21:32Peut-être aurais-je dû vous demander une audience ?
21:34C'est ce que vous auriez dû faire, en effet.
21:36Vous l'auriez vous accordé ?
21:38Mais bien sûr, voyons.
21:40Pourquoi voulez-vous que je refuse un rendez-vous que ma mère vous a certainement permis de solliciter ?
21:44Oh, je n'ai pas fait plus tôt de crainte d'orfus.
21:46Alors j'ai pris un biais.
21:48Oh, c'était superflu. Je ne suis pas une sauvage.
21:51Mais je me rends compte agréablement, ma jolie cousine.
21:54J'en suis ravi d'ailleurs, parce que j'ai quelque chose à vous confier.
21:56Mais parlez, mon cousin.
21:58Pas par là ?
22:00Sivez-moi.
22:12N'y a-t-il pas quelque part un banc ou un tronc d'arbre où on puisse s'asseoir
22:15?
22:15J'en ai assez de me débattre au milieu de ces feuilles.
22:16Un banc ? Revoici un.
22:19Oh, bien la douarière laisse la végétation envahir la propriété.
22:24C'est quand même couvert de mousse.
22:25Vous pouvez quand même vous asseoir.
22:31Ma cousine, telle que vous me voyez, je suis chargé d'une mission.
22:35On dit que c'est votre métier.
22:37Oui, joli costume pour un ambassadeur, me direz-vous.
22:40Enfin, je pense que vous m'excuserez.
22:41Vous êtes tout excusé, mon cousin.
22:43Nous sommes ici en pleine nature et je suis la seule à vous voir.
22:47Je suis habituée aux vêtements des paysans, toujours en piteux état.
22:52Enfin, Aurore, vous connaissez mes liens avec Réquista.
22:55Et c'est pour cela que je suis venu en ambassade auprès de madame votre mère.
22:58Quelle est au juste votre mission ?
23:01Obtenir de ma cousine qu'elle vous laisse venir à la cour en qualité de demoiselle d'honneur de la
23:06princesse de Lambal.
23:07Gaëtan vous plaisantait, j'espère.
23:08Pas le moins du monde.
23:10Il ne tient qu'à vous de dire oui.
23:12Et si je dis non ?
23:14Oh, là vous me désobligeriez.
23:17Ainsi que les aimables personnes qui se sont entremises.
23:20De plus, je crois pouvoir dire que vous causeriez une grande peine à votre mère si vous refusiez.
23:27Vous me prenez vraiment au dépourvu, monsieur l'ambassadeur.
23:30Enfin, Aurore, il arrive à un âge où on doit quitter sa famille.
23:33Réquista est une maîtresse.
23:35Moi, je n'ignore pas.
23:36Comme je n'ignore pas non plus que j'y suis la cinquième rue du chat.
23:39Pas même, disons, la septième ou la dixième.
23:42Aurore.
23:44Aurore, une personne aussi raffinée que vous ne doit pas se résigner à vivre dans l'ombre d'une sœur
23:47brillante.
23:49Et si je m'y résignais ?
23:52Écoutez-moi.
23:54J'ai quinze ans de plus que vous.
23:56Je puis donc vous parler raison.
23:59Votre place est à Paris.
24:00Parmi nous.
24:02Ce n'est pas mon sentiment.
24:04Mais on vous y attend.
24:05Enfin, avez-vous quelque chose contre madame de Lambal ?
24:07Trouf pas du nom.
24:09Vous savez qu'elle devient un personnage très important.
24:12Grand bien lui fasse.
24:13Elle court sur la trentaine.
24:15Son avance en âge lui donne de l'influence sur la reine qui n'a que cinquante plus que vous.
24:19Vous la verrez d'ailleurs.
24:20La reine ?
24:21Oh, que l'en a.
24:22Dont je me sens bien indigne.
24:24D'ailleurs, j'aurais dû dire, vous les verrez.
24:27La reine et la princesse sont inséparables.
24:30La princesse vous aimera, j'en suis certain.
24:32Vous vous avancez, mon cousin.
24:34Mais qui pourrait résister à votre charme ?
24:36Mais vous me déclarez votre flamme, ma parole.
24:39Oh, si c'était la différence d'âge, j'aurais jeté sur vous des regards passionnés.
24:44Aurore.
24:45Aurore, regardez-moi.
24:48Je plaisante.
24:53Eh bien, mon cousin, pardon, Excellence, je dois dire que vous n'êtes pas du tout si mal conservée.
24:59Votre âge ne me déplaît point.
25:02Mais soyons sérieux.
25:03En quoi consiste la position de demoiselle d'honneur ?
25:06Demoiselle d'honneur ?
25:07Mais enfin, voyons.
25:08Ben oui, est-ce une situation honorable ?
25:10Aurore.
25:12Pardonnez-moi, je vous prie, si je m'exprime un peu souhaitement.
25:14Je ne suis qu'une provinciale un peu idiote.
25:17Enfin, vous savez quelles sont les principales fonctions d'une demoiselle d'honneur.
25:20Mais enfin, peut-être pas exactement, quand il s'agit de les exercer auprès d'une princesse du plus haut
25:25rang.
25:26Justement.
25:26Bon, alors écoutez-moi.
25:28Vous serez auprès de Madame de Lambal d'abord dans les emplois modestes.
25:31Oui, on vous mettra à l'épreuve, en quelque sorte.
25:34Ensuite, on vous confiera des charges simples, porter un billet, par exemple.
25:38Seulement après, vous assisterez au petit lever.
25:40Vous choisirez les toilettes qui vous paraîtront le mieux convenir pour la journée.
25:43Vous accompagnerez votre dame au spectacle le soir, l'après-midi, à la promenade.
25:47On pourra avoir besoin de vous d'un instant à l'autre.
25:50Demoiselle d'honneur n'est pas un rouage inutile, croyez-moi.
25:56Mon cousin, vous avez très bien présenté votre cause.
25:59Hélas, votre discours se trompe d'adresse.
26:02Nous autres provinciaux nous sentons tellement étrangers aux affaîteries du monde.
26:06Passe encore pour ma sœur, qui aime le faste, qui se plaît à dominer.
26:10Je le dis sans aigreur, et plutôt même à son éloge, puisqu'elle remplit une charge.
26:14Moi, j'avoue n'avoir aucun goût pour les révérences,
26:17ni nos désirs d'ailleurs qu'on m'en fasse.
26:20J'irai même plus loin, Gaëtan.
26:23J'ai une fâcheuse tendance à préférer les paysans, les rustres.
26:28On a tort de penser que leur rudesse n'est que grossièreté.
26:31Ils sont pauvres, miséreux, mal élevés souvent, c'est exact.
26:36Mais ils sont sensibles, pleins d'une bonté naturelle.
26:39Mais enfin, Aurore, il semble que le sujet ne soit pas là.
26:42Mais si !
26:42Mais non, mais pas du tout. Dans le cas présent, il s'agit de vous.
26:46Et de votre avenir.
26:48En vous indiquant mes préférences, Gaëtan, je vous parlais de moi.
26:53Ici, à Lanzac, comme à Réquista d'ailleurs,
26:55au moins, j'ai la liberté d'aimer qui je veux.
26:59Certes, je ne suis la demoiselle d'honneur de personne,
27:01mais ne suis-je pas la princesse d'un petit peuple
27:03qui me rend au centuple l'amour que je lui porte ?
27:07Finalement, je vous le dis tout net, Gaëtan.
27:10C'est cela qui fait mon bonheur.
27:12Je n'en désire pas d'autres.
27:16Et oui, mon cousin,
27:17voilà ce que je pense, ce que je ressens.
27:21J'aime les paysans plus que les nobles.
27:23J'éprouve pour eux une immense pitié.
27:27Ce sont eux les vrais aristocrates.
27:29La noblesse ne vient-elle pas des sentiments plus que de la naissance ?
27:32Bon, assez de sottises, voulez-vous ?
27:34Votre lieu-tadès vous a complètement tourné la tête, ma parole.
27:36Mais enfin, quel moment vous allez éclater ?
27:37Ah, maintenant, je commence à comprendre pourquoi votre mère et votre sœur
27:39attachez tant d'importance à un état de choses que je prenais moi à la légère.
27:43Elles ont fort bien mesuré le péril où vous risquez de sombrer.
27:46Laissez-leur donc le soin de veiller sur moi, monsieur.
27:49Je n'ai que faire de votre secours.
27:50C'est ce que je ferais, croyez-moi, si le scandale ne débordait pas Réquistard.
27:53Tiens, tiens.
27:54On s'occupe de moi au-delà de notre domaine, maintenant.
27:57Première nouvelle.
27:58Le scandale de votre liaison a volé jusqu'à Paris, en passant par Clermont.
28:03Et madame de Lambal m'accepterait malgré tout comme demoiselle d'honneur.
28:06Non, pas d'ironie, je vous en prie.
28:11Aurore.
28:15Aurore.
28:17Je veux vous sauver.
28:20Et vous rejimber.
28:23Faut-il vraiment que vous soyez atteinte ?
28:25Pour une personne blessée, je ne me porte pas trop mal, reconnaissez-le.
28:29Pourtant, je ne veux pas croire que vous résisterez à ce que je vais vous dire maintenant.
28:35Si vous n'émettiez pas autant de gentille douceur, Gaëtan, je ne vous écouterai pas.
28:41Cher, chère petite cousine,
28:44L'abîme, où on vous a entraîné, est un gouffre grand ouvert.
28:49Vous n'êtes pas la seule à vous y être précipité, d'ailleurs.
28:54Je ne sais pas quel est ce vertige qui tourne la tête à tous nos seigneurs.
28:58Il y a comme une... comme une contagion.
29:03C'est que l'exemple vient du plus haut.
29:06Notre Louis XV n'épousait pas les returières, non.
29:09Il en faisait des savori...
29:10Maîtresse du roi est un titranvier, n'est-ce pas ?
29:12Et vous-même auriez servi avec zèle la politique d'une poisson ou d'une bécue ?
29:16Oh, pardon, je veux dire d'une marquise de Pompadour ou d'une duchesse du Barry ?
29:20Eh bien, à la bonne heure.
29:23Votre gouvernante vous a enseigné l'histoire de la façon la plus élégante.
29:27Mais fausse.
29:29Ni madame de Pompadour, ni madame du Barry n'ont tenu les rênes de la politique.
29:32Ah oui, je vois.
29:34Elle n'était en somme que de simples dames d'honneur au service de sa majesté.
29:37Comme moi, j'aurais été demoiselle d'honneur de la princesse.
29:40De domestique supérieur, en quelque sorte.
29:42Oh, vraiment, alors, Aurore, je ne vous comprends pas.
29:44C'est vrai, à la différence de ces returières qui cherchent par tous les moyens à s'élever,
29:48vous, au contraire, vous cherchez à vous encanailler.
29:50Pour un peu, vous renieriez votre noblesse.
29:55Vous êtes contaminée, vous dis-je.
29:57Non.
29:58Je ne risque pas d'être contaminée, puisque je ne me considère plus comme une aristocrate.
30:08Si une requista persiste dans cette attitude, c'est un signe très fâcheux.
30:15Nous sommes perdus.
30:18Ne souriez pas.
30:20Je généralise.
30:22Là, vous avez tort.
30:23Oh, non.
30:24Non, parce que je sais de quoi je parle.
30:27Cette faiblesse pour la rôture est contagieuse.
30:31Et vous avez attrapé la maladie.
30:33Alors, chassez-moi et vous en m'emmenez à Paris.
30:36Vous n'êtes pas la seule, d'ailleurs.
30:38Ça me consolerait plus tôt.
30:41Il y a à la cour des gens qui pensent comme vous.
30:43Qui ont vos idées, vos sentiments.
30:47Ils pensent qu'en rognant sur nos privilèges, sur nos principes, sur nos droits, même,
30:50pour nous rapprocher des rustres,
30:53nous réduirons à néant le travail de sable des philosophes.
30:58Le roi lui-même, d'ailleurs, n'est pas loin de penser la même chose.
31:03Seulement, voyez-vous, si vous vous imaginez qu'un jour,
31:05un victorien prendra la direction des affaires, alors là, vous vous trompez complètement.
31:10Ou avez-vous pris, Gaëtan, que victorien ait une telle prétention ?
31:14Aurore.
31:16J'essaye de vous mettre en garde.
31:18Il y a à Rion de très solides prisons,
31:20qui sont justement faites pour les gens de cette sorte.
31:24On enferme les gens bien vite, je le sais.
31:27Encore faut-il qu'ils aient commis une faute.
31:29Et quelle faute aurait donc commise victorien Eliotadès ?
31:32Une faute de lèse-noblesse, d'abord.
31:38Une faute de séducteur, ensuite.
31:43Alors, pardonnez-moi.
31:45Ne dirait-on pas que je vous fais une querelle d'amour ?
31:47Vous ne vous y prenez pas si mal, après tout.
31:50On sait que vous troubleriez le cœur le plus ferme.
31:53Il était guère dans mes intentions de vous troubler, monsieur l'ambassadeur.
32:00Bon, restons-en là, ma cousine, voulez-vous ?
32:02Ce serait préférable, en effet.
32:27Eh bien, vous, vous réfléchirez à la proposition que je vous ai faite.
32:32Je vais quitter l'Anzac demain.
32:33Déjà ? Vous allez priver la compagnie ?
32:35Vous m'écrirez à Réquistan.
32:37J'ai l'intention de m'y arrêter sur le chemin du retour.
32:40Votre sœur m'y a invité.
32:41Et puis, vous devez rendre compte de votre mission.
32:45Je ne veux pas considérer qu'elle a échoué.
32:48Pas encore.
32:51Eh bien, mon cousin, vous voici arrivé au bout de vos petits ennuis.
32:54Oui, oui, mais dans un piteux état, comme vous le voyez.
32:58Vous êtes sur le bon chemin, maintenant.
33:00Moi, je vais flâner seule encore un peu.
33:02Je dois réfléchir à tout ce que vous m'avez dit.
33:05Car vous m'en avez dit des choses.
33:07Vous pouvez vous moquer.
33:09Ce qui est dit est dit.
33:10Je ne le regrette pas.
33:13C'était mon devoir.
33:17N'oubliez pas de me donner des nouvelles de votre cœur,
33:21ma jolie cousine.
33:23Ne craignez rien pour mon cœur, Gaëtan.
33:25Il est aussi solide que la Bastille.
33:32– Sous-titrage MFP.
34:11Vous avez des nouvelles de Rocamadour ?
34:13Il devrait arriver aujourd'hui.
34:14Dans son dernier courrier, ma belle-mère nous disait que le cousin devait s'arrêter entre nous.
34:19Ah, c'est vrai qu'il y a aussi une petite intrigue de ce côté-là.
34:23On se met en frais pour la cadette ?
34:24Beaucoup trop, à mon avis.
34:26C'est tout de même extravagant qu'une perronnelle tienne la noblesse du comté en échec.
34:30Elle se sera peut-être laissée tentée par le tabouret de la princesse.
34:33Ça m'étonnerait.
34:34Elle est bien trop accrochée au basque de son régisseur.
34:37Ah, quelle époque !
34:39Quel âge stupide aussi.
34:4017 ans.
34:41L'amour, la passion.
34:43On joue les Héloïses.
34:45Ah, c'est au lieu de lire Rousseau.
34:46Aurore pratiquait notre chant fort.
34:49Vous connaissez sa définition de l'amour ?
34:51Non, mais je la devine.
34:53Un peu de fiel, délayé lors du vinaigre.
34:55Tout juste.
34:56L'amour n'est que l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes.
35:00Je la retiendrai.
35:01Non, c'est Rocamadour qu'il aurait fallu lui donner comme mari.
35:04Et qui vous dit qu'il n'a pas tenté sa chance ?
35:06Non, c'est bien capable.
35:08Ne serait-ce que pour faire sa cour à la douairière.
35:11On dit qu'elle l'a couché sur son testament.
35:13Ah ?
35:14Oui.
35:14Elle lui réserve l'anzac.
35:18Mais j'y pense, l'espinence.
35:20Vous qui êtes célibataire.
35:22Oh.
35:23Vous nous voyez dans nos réjouissances libertines ?
35:26Vous, le mari de la comtesse Agnès.
35:28Moi, celui de sa soeur.
35:30Les dames de Réquistan ne seraient pas gâtées.
35:33Non, je ne me marie pas.
35:34Les célibataires constituent le bouclier moral de la société.
35:38Je lis.
35:40Allez.
35:46Oui, entrez.
35:49Monsieur de Rocamadour demande si madame la comtesse veut bien le recevoir.
35:53Atromisez, monsieur de Rocamadour, je vous prie.
35:58Ah, Gaëtan, vous voici enfin.
36:00Bon voyage.
36:01Oui, bien que l'état déroule dans votre région, laisse un peu à désirer.
36:04Asseyez-vous.
36:05Vous devez avoir beaucoup de choses à me raconter.
36:07Oui, à vrai dire, non.
36:09Non, je ne suis pas très satisfait de ma mission.
36:12Aurore, c'est rebiffé.
36:13Pas exactement.
36:14Enfin, elle a accueilli ma démarche sur le ton de l'ironie.
36:17J'ai eu beau lui faire méroiter les avantages de la vie à Paris,
36:20lui dire que madame de Lambal était une femme charmante,
36:23qu'elle était entourée des plus brillants gentils hommes,
36:25enfin que c'était là pour elle un avenir plein de promesses.
36:27Non, je...
36:28Je me suis heurté à un entêtement.
36:29Que je connais fort bien.
36:32Je ne vous cacherai pas, mon cousin, que je m'attendais à un refus.
36:35Enfin, voyons la situation bien en face.
36:37Notre plan a échoué.
36:38Que pouvons-nous faire?
36:41Que devons-nous faire?
36:47Il est évident que ni votre mère, ni votre soeur
36:51ne resteront éternellement à l'Anzac.
36:53Donc, si Aurore refuse de partir pour Paris,
36:56c'est Lyotadès qu'il faut éliminer.
37:00Voilà bien où est la difficulté, mon cousin.
37:03Par qui vais-je le remplacer?
37:05La direction du comté n'est pas une petite affaire.
37:08Et je dois dire honnêtement que Lyotadès remplit admirablement sa tâche.
37:13De ce côté, je n'ai vraiment rien à lui reprocher.
37:18Après tout, votre mari pourrait prendre les rênes.
37:22Clodomir, il ne saurait tant être question.
37:26Pour bien des raisons qu'il serait trop long de vous énumérer.
37:30Non, ce n'est pas possible.
37:32Ma chère Agnès, dans la vie, on a rarement le choix entre les avantages.
37:38Mais le plus souvent, on doit trancher entre les inconvénients.
37:41Enfin, voyons les choses en face.
37:43D'un côté, vous avez la difficulté de remplacer un régisseur.
37:47Et de l'autre, une affaire de famille
37:48qui risque d'amener la gangrène dans tout le pays.
37:52À mon avis, il n'y a pas à hésiter.
37:55Admettons que je me rende à vos raisons, Gaëtan.
37:57Comment faire partir Lyotadès?
37:59Sous quel prétexte?
38:02Abonnez-vous, pendant mon bref séjour à l'Anzac
38:04et au cours de mon voyage, j'ai pensé à plusieurs solutions possibles.
38:08En voici une, qui me paraît être la meilleure.
38:11Il faudrait acheter un brevet de sous-lieutenant à Lyotadès.
38:15Un brevet de sous-lieutenant?
38:17Vous n'y pensez pas, à quel titre?
38:19Oh, bien sûr, il ne s'agit pas d'envoyer aux gardes du roi.
38:21Non, mais tout bonnement aux 500 000 diables.
38:25En Amérique.
38:27Oui, pour ce qui est du recrutement,
38:29ce monsieur de Lafayette n'est pas très regardant.
38:31Et justement, il a besoin d'hommes comme votre Lyotadès.
38:34Si vous pensez que c'est possible.
38:36Après tout, pourquoi pas?
38:38Ça ne paraît pas impossible du tout.
38:40D'ailleurs, je me charge de régler cette affaire à Paris.
38:43Seulement vous, ne tergiversez pas.
38:45Voyez-lui l'état d'Aïs dès maintenant
38:47et jouez franc-jou avec lui.
39:01Asseyez-vous.
39:03Où en sommes-nous du procès des détournements d'eau?
39:06Il y a une convocation au tribunal de Saint-Flour
39:09pour les départs du mois prochain.
39:11Et toute cette paperasse?
39:13Les affaires courantes.
39:16Des rentrées d'impôts,
39:18les foires du comté,
39:19tout se passe normalement, tout va bien.
39:22Il y a une chose qui ne va pas bien, Lyotadès.
39:26Ce sont vos rapports avec ma sœur.
39:30Ils ont créé une situation difficile à Riquista.
39:33La noblesse du comté est mécontente.
39:36Je ne vois pas en quoi mes relations avec Mlle Aurore
39:39regardent les gens du comté.
39:41Personne n'a rien à me reprocher sur quelque plan que ce soit.
39:43Vous vous trompez.
39:45Il est normal que les nobles soient choqués
39:47par les sentiments qu'Aurore a manifestés à votre égard.
39:49Les sentiments de Mlle Aurore n'en regardent qu'elles.
39:53Mais vous y répondez.
39:55Vous oubliez qu'Aurore est ma sœur.
39:58S'il m'arrivait quelque chose de fâcheux à moi et à mon fils,
40:01c'est elle qui deviendrait la maîtresse du comté.
40:07Madame la comtesse se porte bien
40:11et la santé du jeune vicomte Bertrand de Riquista
40:13ne donne aucun souci.
40:15En tout cas, d'ores et déjà, je vous le dis,
40:19il est inconcevable qu'une Riquista épouse un roturier.
40:23Mais pour l'instant, là n'est pas la question.
40:26Il est devenu impossible que vous restiez ici
40:28lorsque ma mère et ma sœur reviendront.
40:37Depuis la mort de M. le comte, quelque chose a bien changé.
40:40Par votre faute, Victorien.
40:43Cette raison ne me paraît pas suffisante
40:44pour qu'on me dépouille de ma charge.
40:47Nous faisons en sorte que vous ne perdiez rien au change.
40:55Alors, que veut-on faire de moi ?
40:57Mon cousin Rocamadour et M. de l'Espinasse
40:59cherchent une solution
41:01qui ne pourrait être qu'avantageuse pour vous.
41:04Avec tout le respect que je vous dois, madame,
41:07je dois vous dire que je ne suis pas disposé
41:09à me laisser manœuvrer comme un pion sur un échiquier.
41:12De toute manière, on vous laissera le temps de réfléchir.
41:29de l'Espinasse
42:06Qu'est-ce que tu as dit au château ?
42:15Ma pauvre maman, tu avais raison.
42:20On peut m'éloigner de Riquista.
42:22Tu vas partir ?
42:29Sans doute.
42:32Dis-moi, qu'est-ce que je vais devenir ?
42:33Tu resteras ici.
42:35La maison est à nous, M. le comte nous l'avait donnée.
42:37On ne va pas nous la reprendre.
42:39Mais sans toi, je n'ai que toi au monde.
42:43Où que je sois,
42:44je ne te laisserai manquer de rien.
42:48Je deviens vieille.
42:50Et si je n'allais plus te revoir ?
42:55Je savais bien que tout ça finirait mal.
43:22Qu'est-ce que tu en penses, Bernou ?
43:23Tu trouves que c'est ressemblant ?
43:30Je ne suis pas tellement content, M. le comte.
43:32Je vais en refaire à tout.
43:33Non, non, non, non, non.
43:34Pas de découragement, je vous en prie.
43:36Mais enfin, tu vois bien que je n'y arrive pas.
43:40Oui, c'est ce trait-là qui ne va pas.
43:50Ah, oui, c'est vrai, c'est beaucoup mieux comme ça.
43:54Fais-le, toi, mon portrait.
43:56Non, non, non, non.
43:57Ce serait faussé votre cadeau à Victoria.
43:59Vous ne pourriez plus dire que le portrait est de votre main.
44:01Mais on ne dira pas, Victoria, qui a fait le portrait.
44:04Et on mentira.
44:05C'est très mal, Mme.
44:06Mais non, par omission, simplement.
44:08Par omission, comme dirait le Père Corta.
44:11Allez, oh, oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui.
44:13Là, là, là, ne bougez plus.
44:26Je ne vais pas garantir le résultat.
44:29Les jolis visages sont très difficiles à saisir.
44:32Allez, reprenez la pause, comme ça.
44:41Ne bougez pas.
44:50La proposition de Gaëtan me semble excellente.
44:53Achetons ce brevet de sous-lieutenant Aliotades.
44:55Vous lui en avez parlé ?
44:57Je ne lui ai parlé de rien de précis.
44:58Je l'ai simplement préparé à un éloignement
45:00lorsque ma mère et ma sœur reviendront ici.
45:02Il en a accepté le principe ?
45:04J'espère.
45:04Comment vous espérez ?
45:06Cela signifie que vous avez quelques doutes.
45:08Effarant à quel point notre autorité est battue en brèche.
45:10Tu vous dis qu'il se laissera embarquer.
45:12Est-ce qu'il aura envie d'aller se battre en Amérique ?
45:15L'Espinas a raison.
45:16Le régisseur est plus porté aux aventures galantes
45:19qu'aux exploits guerriers.
45:20Ne confondez pas, je vous prie,
45:22Lyotades avec quelques-uns de nos barons.
45:25La façon dont il s'est jeté à vingt ans sur la bête
45:27prouve qu'il est courageux.
45:29Vous avez raison, ma cousine.
45:30Lyotades est un homme courageux
45:32et dur à la souffrance.
45:33Je le soupçonne même d'avoir de la fierté à revendre.
45:36Mais alors, comment procéder pour qu'il accepte ?
45:38On ne va tout de même pas se laisser manœuvrer
45:40comme des pions sur un échiquier.
45:41Du calme, Clodoméen.
45:43Sachez que Lyotades a justement employé
45:45la même expression que vous.
45:47Il entend ne pas être manœuvré
45:48comme un pion sur un échiquier.
45:49Mais voilà un signe.
45:51La confusion des classes de la société
45:52s'annonce le plus souvent
45:53par une transfusion du langage.
45:55Je vais écrire à ma mère
45:56pour lui dire la décision que nous avons prise.
45:57Je pense qu'il serait préférable
45:59de ne pas mêler votre mère à cette affaire.
46:02Laissez-la donc bien tranquillement
46:03dans son lanzac.
46:04Non, Clodoméen.
46:06Je ne veux pas que ma mère
46:07ait quoi que ce soit à me reprocher.
46:09Il est normal qu'elle soit tenue au courant.
46:11Oui, ma cousine a raison, Clodoméen.
46:13La loirière sera très satisfaite
46:15du tour que prennent les choses.
46:16Quant à moi, je vais filer sans tarder sur Paris
46:18et préparer le départ de ce lieu Thadès.
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