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  • il y a 14 heures
DB - 08-04-2026

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00:00:00Musique
00:00:33Nous voici à Rome le 24 juillet 1943.
00:00:40Cette salle derrière moi, c'est la salle de réunion du Grand Conseil fasciste.
00:00:4629 places.
00:00:5029 places dont la principale au centre aujourd'hui restera vide.
00:01:00C'est celle de Benito Mussolini.
00:01:05Le 24 juillet 1943, il occupait ce siège.
00:01:10Aujourd'hui, on ne le montrera pas.
00:01:14Il sera l'arlésienne de ce drame.
00:01:21Bien qu'absent, il conditionne tout.
00:01:26C'est le Duce, le conducteur.
00:01:31C'est le père.
00:01:35Les 28 autres sont ses enfants.
00:01:38Les enfants du fascisme.
00:01:41Ceux de la marche sur Rome, il y a 21 ans.
00:01:44Ceux des faisceaux des lecteurs.
00:01:49Le fascisme les a portés au pouvoir.
00:01:54Les a couverts de distinctions, de titres, d'honneurs, de postes.
00:02:05Donc, ces 28-là sont le clan.
00:02:11Ce sont les fascistes entre eux.
00:02:18Pourtant, le palais Venise, où va se tenir la réunion du Grand Conseil,
00:02:25fourmille de miliciens armés.
00:02:28La séance va se tenir sur une poudrière.
00:02:31L'homme à la serviette, c'est Dino Grandi.
00:02:34Ancien ministre des Affaires étrangères d'Italie,
00:02:37devenu ambassadeur à Londres,
00:02:38puis ministre de la Justice et président de la Chambre des Faisceaux.
00:02:42Son compagnon, c'est Giuseppe Bottaille,
00:02:44ancien secrétaire général du Parti fasciste.
00:02:47Tu as eu tort.
00:02:48Il ne fallait pas prévenir le doute.
00:02:51Regarde, on nous observe.
00:02:53On va certainement nous arrêter.
00:02:55Je me suis confessé.
00:02:57Et j'ai laissé une lettre pour ma femme et pour mes enfants.
00:03:02Attention.
00:03:06Bien le biais-t-il, il nous est pire.
00:03:12Aujourd'hui, il n'y aura ni pour ni contre.
00:03:14Nous sommes chez les Latins, dans une assemblée politique.
00:03:17C'est assez dire que chaque membre va exprimer son opinion,
00:03:20chaque tendance va chercher à s'imposer.
00:03:23De quoi s'agit-il ?
00:03:25Nous sommes au cœur du drame le plus sanglant,
00:03:27le plus cruel des temps modernes.
00:03:29En cet instant, l'Italie, complice depuis quatre ans de l'Allemagne,
00:03:33n'a plus d'autre choix que de poursuivre la guerre totale aux côtés des nazis,
00:03:37avec tous les risques que cela comporte,
00:03:39ou d'accepter la capitulation sans condition que veulent les alliés.
00:03:44Ces hommes, eux, ont déjà fait leur choix.
00:03:49Pour certains, il faut réveiller Mussolini,
00:03:54l'obliger à s'engager totalement aux côtés de l'Allemagne,
00:03:57un attelage indissoluble, jusqu'à la victoire ou la mort.
00:04:01Pour d'autres, au contraire,
00:04:03il faut rompre le pacte d'acier.
00:04:06Et pour cela, il faut tuer le père.
00:04:13Lui, c'est Galeazzo Ciano,
00:04:16l'enfant prodige du fascisme.
00:04:19Il est le fils du meilleur ami du Duce,
00:04:21et de plus, il est son gendre.
00:04:23Il a épousé Edda,
00:04:25la fille préférée de Mussolini.
00:04:27Brillant sujet, un peu en disgrâce,
00:04:30il est actuellement ambassadeur d'Italie au Vatican,
00:04:33après avoir été ministre des Affaires étrangères.
00:04:36C'est Brutus.
00:04:39Car chacun, à sa manière,
00:04:41tous ses hommes complotent.
00:04:44Pour ou contre César.
00:04:47Pour ou contre Mussolini.
00:04:51Et dans les mois qui vont suivre,
00:04:55huit d'entre eux vont mourir tragiquement.
00:05:01Mais avant de leur laisser la parole,
00:05:04rappelons la situation ce 24 juillet 1943.
00:05:10Sur le front de l'Est,
00:05:12l'armée allemande est à présent incapable
00:05:14de mettre l'armée rouge échec et mat.
00:05:34Le haut commandement de la Wehrmacht
00:05:35ne croit plus en la victoire.
00:05:37Von Manstein,
00:05:39un des meilleurs stratèges de cette guerre,
00:05:41ne se demande plus comment la gagner,
00:05:42mais comment éviter qu'elle ne se termine en catastrophe.
00:05:52Dans la nuit du 9 au 10 juillet,
00:05:54les anglo-américains ont débarqué en Sicile.
00:05:58Quinze jours plus tard,
00:05:59la grande île est pratiquement entre leurs mains.
00:06:02Manquant de munitions,
00:06:03de chars, d'artillerie,
00:06:05mais surtout de morale,
00:06:07les troupes italiennes n'opposent à l'ennemi
00:06:08qu'une résistance relative.
00:06:11Les Allemands ne vont pas tarder à réagir.
00:06:15Aidez-nous.
00:06:17Les Italiens n'ont que ce mot-là à la bouche.
00:06:20Être ambassadeur du Reich à Rome,
00:06:22c'est tenir un véritable bureau de doléance.
00:06:26Si vous les entendiez,
00:06:28ceux qui crèvent de peur,
00:06:30ceux qui se méfient de nous,
00:06:31ceux qui se proclament nos amis indéfectibles
00:06:33et jurent de gagner la guerre à nos côtés,
00:06:36ils ne songent qu'à nous réclamer des renforts,
00:06:38à mendier des armes, des munitions, des vivres.
00:06:42On les connaît, les Italiens.
00:06:43Nous ne réussissons avec eux nulle part.
00:06:46On les a vus en Syrénaïque, en Grèce.
00:06:48On vient de les voir en Tunisie.
00:06:50Ils fuient partout.
00:06:52Ils ont tout de même eu des pertes énormes à Stalingrad.
00:06:54Des pertes à Stalingrad.
00:06:56Ils n'ont pas arrêté de courir.
00:06:58Il faut chercher à les comprendre.
00:07:00C'est mon rôle.
00:07:03J'assure la liaison avec leur général en chef, Ambrosio.
00:07:06Je puis vous affirmer qu'Ambbrosio se trouve dans une situation presque sans issue.
00:07:12La Maison Royale et les officiers supérieurs
00:07:14souhaitent obtenir une plus grande indépendance à l'égard de l'Allemagne.
00:07:18Mussolini lui-même est fatigué de cette tutelle.
00:07:20De plus, les Italiens savent que leur appareil militaire se détériore
00:07:24et qu'ils doivent, sous peine de succomber,
00:07:26nous demander chaque jour de les aider davantage.
00:07:30Vous voulez mon avis ?
00:07:32Je suis convaincu que les rapports entre les deux hauts commandements vont se tendre.
00:07:37Je viens de Berlin.
00:07:40Le Führer ne cherche pas à cacher la méfiance que lui inspire le haut commandement italien.
00:07:45Hormis le Duce, il n'a plus confiance en personne dans la péninsule.
00:07:49Il a confié à Jodl.
00:07:51Avec les Italiens, c'est le désordre, l'éternelle incertitude.
00:07:55Pour lui, tout vient de la démoralisation de l'armée italienne
00:07:58à laquelle nous n'avons pas prêté suffisamment attention.
00:08:03La pensée du Führer est claire.
00:08:06S'il ne s'agissait que d'éléments dispersés,
00:08:08on pourrait faire appel au sens du devoir.
00:08:11Remettre des décorations.
00:08:13Mais c'est l'armée entière qui se débande.
00:08:16Il va falloir prendre des mesures barbares pour sauver le pays.
00:08:20Le Führer a dit « barbare ».
00:08:23C'est-à-dire un changement radical.
00:08:28Le Führer envisage l'établissement d'une sorte de directoire
00:08:32assisté d'une cour martiale
00:08:33et d'un tribunal chargé d'éliminer tous les éléments indésirables.
00:08:38Il a d'ailleurs écrit dans ce sens Oduci.
00:08:40Il a écrit.
00:08:41Prions Dieu qu'il ne soit pas trop tard.
00:09:03Maître de la Sicile,
00:09:05les alliés ne vont pas tarder à porter la guerre sur le sol italien.
00:09:08Les taux se resserrent.
00:09:20Six mois plus tôt, à Casablanca,
00:09:22Churchill et Roosevelt ont décidé et fait connaître au monde entier
00:09:25qu'il n'y aurait pas de paix séparée
00:09:27et pas d'autre issue tant pour les Italiens que pour les Allemands
00:09:31que dans la capitulation sans condition.
00:09:34Duc Pietro Aquarone ?
00:09:36Oui.
00:09:40Vous êtes ministre de la Maison Royale
00:09:43et vous jouez auprès du roi Victor Emmanuel III
00:09:47un rôle exceptionnel.
00:09:50Depuis quand occupez-vous ce poste ?
00:09:53Depuis 1939.
00:09:56Vous êtes en contact quotidien avec le roi ?
00:09:58Certainement.
00:10:00Comment expliquez-vous que pendant plus de vingt ans,
00:10:03le roi ait laissé une liberté totale à Mussolini,
00:10:06allant même jusqu'à s'effacer complètement devant lui ?
00:10:10Il faut pour essayer d'y voir clair remonter aux années 1920-1922.
00:10:14A cette époque, l'aveuglement, l'égoïsme,
00:10:17la faiblesse des gouvernements ont permis l'accès au pouvoir de Mussolini.
00:10:22Les crises ministérielles se succédaient.
00:10:25Le Ducci représentait aux yeux du roi la stabilité.
00:10:28Il était un rempart contre la montée des forces de gauche.
00:10:31La présence de Mussolini à la tête du gouvernement
00:10:35affermissait la couronne.
00:10:37Le roi le laissa donc agir à sa guise.
00:10:40A votre avis, quelle était l'opinion de Mussolini sur Victor Emmanuel III ?
00:10:47Mussolini s'était parfaitement rendu compte de l'état d'esprit du roi
00:10:50et de ce que lui-même représentait pour la couronne.
00:10:53Et si parfois il déclarait que Victor Emmanuel III
00:10:56était un trop petit bonhomme, c'était sa propre expression,
00:10:59pour une Italie sur le chemin de la grandeur,
00:11:03il n'en a pas moins toujours reconnu
00:11:04que la monarchie était un élément indispensable à l'unité nationale.
00:11:11En 1922, Mussolini prend le pouvoir et presque tout de suite, c'est la dictature.
00:11:16Suppression des autres partis politiques, restriction de la liberté de la presse,
00:11:20institution de la peine de mort en matière politique, c'est la dictature.
00:11:24Et le roi se tait.
00:11:26Il se tait quand les opposants prennent le chemin des prisons
00:11:29et sont condamnés aux travaux forcés dans les marais insalubres.
00:11:32Il se tait quand le député socialiste Giacomo Matteotti
00:11:35est assassiné par les miliciens fascistes.
00:11:37Il se tait quand les frères Carlo et Nello Rosselli,
00:11:41dirigeants du mouvement Justice et Liberté, sont assassinés en France.
00:11:44Il se tait parce que c'est lui
00:11:48qui, de l'agitateur contestataire Mussolini, a fait un homme d'état.
00:11:53Alors, reconnaissons que l'Europe n'a pas encore tout vu.
00:11:57Quand en 1933, Hitler prendra le pouvoir en Allemagne,
00:12:01Mussolini, auprès de lui, fera presque figure de libéral.
00:12:06Il est bien évident que tout n'était pas rose en Italie.
00:12:09Lui, lentement, la machine totalitaire de tourner par on.
00:12:12Le roi le savait.
00:12:15Mais il savait aussi que dans la population,
00:12:17très peu s'en prenait à Mussolini.
00:12:19Le Duce jouissait d'un prestige qui frisait l'idolâtrie.
00:12:28Pourtant, sans même parler des communistes,
00:12:31il y avait des antifascistes en Italie.
00:12:33Oui, mais il y avait très peu d'Italiens contre Mussolini.
00:12:36Le roi n'a-t-il jamais pensé à se débarrasser de Mussolini ?
00:12:40Sa Majesté pensait impossible une solution d'autorité.
00:12:43Il en craignait les conséquences.
00:12:45La guerre civile.
00:12:47Pourtant, avant même 1940,
00:12:50au sein du parti fasciste, il y avait des opposants.
00:12:53Alors, on a-t-il jamais songé à s'appuyer sur eux ?
00:12:56C'est la tâche à laquelle je me suis attelé dès mon arrivée.
00:13:00Mon but était de convaincre mon souverain
00:13:02d'éliminer Mussolini d'une façon constitutionnelle.
00:13:06Comment cela ?
00:13:07Obtenir une décision du Grand Conseil fasciste.
00:13:11Et pourquoi le Grand Conseil fasciste ?
00:13:14Parce que c'était la pierre angulaire de tout l'édifice élevé par Mussolini.
00:13:18Créé en 1923,
00:13:20son rôle était de diriger, de coordonner toutes les activités du parti.
00:13:24Il était composé d'une trentaine de personnalités
00:13:27qui représentaient l'élite du régime.
00:13:30Dès 1932,
00:13:32il était devenu la plus haute autorité de l'État.
00:13:35Son influence dépassait celle du Conseil des ministres.
00:13:39Et quand se réunissait-il ?
00:13:42Rarement, mais toujours pour prendre des décisions historiques.
00:13:44La gravité extrême de la situation n'autorise plus à pergiverser.
00:13:48Nous devons obtenir la réunion du Grand Conseil.
00:13:52Quoi qu'il en coûte,
00:13:53il faut éliminer le doce.
00:13:55Cini lui a exprimé la conviction profonde de la majorité d'entre nous.
00:13:58Il faut dissocier le destin de l'Italie de celui de l'Allemagne.
00:14:02Mais qu'a répondu le doce ?
00:14:04Qu'il n'y avait d'autre alternative que de vaincre ou de succomber.
00:14:07Et que l'honneur exigeait de rester dans le camp allemand.
00:14:09L'honneur ?
00:14:13Desmarcicots,
00:14:14toi aussi tu es intervenu.
00:14:15Dis-leur.
00:14:20J'ai dit au doce que les peuples,
00:14:21lorsqu'on leur bouche la route des deux côtés,
00:14:23ont le droit de refuser le suicide
00:14:25et de rechercher toute autre voie
00:14:27qui permette dignement
00:14:28d'y échapper.
00:14:29Sa réponse ?
00:14:30Non.
00:14:31Un nom catégorique.
00:14:35On ne peut plus lui faire entendre raison.
00:14:40Scorza.
00:14:42Ton avis.
00:14:46Je me demande si nous ne cédons pas un peu à la panique.
00:14:48La guerre est à nos portes, soit.
00:14:50Mais n'oublions pas que notre allié occupe la presque totalité de l'Europe.
00:14:53Je sais, je sais.
00:14:54Tout le monde raconte que le peuple italien ne veut pas faire la guerre.
00:14:58On prétend aussi qu'il confond volontiers la guerre qu'il exècre et le fascisme.
00:15:02Et qu'il se détache de celui-ci.
00:15:04Alors comment expliquez-vous que cette année, près de 5 millions d'hommes
00:15:07et plus de 1200 000 femmes aient renouvelé leur carte du parti ?
00:15:11Tu sais ce qu'on dit au trastégré ?
00:15:14Carte du parti égale carte de pain.
00:15:18Croyez-moi, il est temps.
00:15:20Il faut effectuer un sondage auprès des alliés en vue d'obtenir une paix séparée
00:15:24pour l'Italie, la Hongrie et la Roumanie.
00:15:27Et cela par l'intermédiaire du Vatican.
00:15:30Je n'y crois plus, Guère.
00:15:32Il y a plusieurs mois, j'ai essayé d'obtenir un contact
00:15:34avec l'ambassadeur d'Angleterre au Vatican.
00:15:36En vain.
00:15:37Pas de paix séparée.
00:15:39Capitulation sans condition.
00:15:41Voilà ce qui me fut répondu.
00:15:43Cette démarche auprès du Vatican, l'avez-vous tentée ?
00:15:46Oui, auprès du cardinal Malion.
00:15:48Son accueil y fut des plus favorables.
00:15:50Favorables ?
00:15:51Il était décidé à nous aider, mais...
00:15:54impossible de prendre contact avec les alliés
00:15:56par l'intermédiaire de l'ambassade anglaise auprès du Saint-Siège.
00:15:59Les Allemands, qui contrôlaient toutes les liaisons radios,
00:16:02possédaient la clé du code utilisé par les Britanniques.
00:16:06Alors il a fallu envoyer un émissaire à Lisbonne.
00:16:09Oui, cet émissaire, un banquier nommé Foumi,
00:16:11ne parviendra jamais à Londres.
00:16:12Pour des questions de visa, il devra attendre à Lisbonne
00:16:14et les événements se précipitant en Italie,
00:16:16sa mission deviendra sans objet.
00:16:18Mais en dehors des intéressés,
00:16:20qui était au courant de cette démarche ?
00:16:22Mes amis et le duc à Cuarone,
00:16:25chargé d'en prévenir le roi.
00:16:27J'en informais le doute chez moi-même.
00:16:29Le duc chez.
00:16:30C'était mon devoir.
00:16:33Je lui ai dit, laisse-moi faire.
00:16:35Vous ignorerez complètement mes démarches auprès des Anglo-Saxons.
00:16:39Au cas où Ribbentrop découvrirait quelque chose,
00:16:43vous pourrez toujours affirmer que vous ne saviez rien.
00:16:46Qu'y a-t-il répondu ?
00:16:49Il est resté muet.
00:16:50Il ne m'a ni encouragé à poursuivre,
00:16:52ni reproché ce que je tentais.
00:16:55Il n'y avait plus rien à faire avec lui.
00:16:57Et il fallait obtenir la réunion du Grand Conseil
00:16:59et mettre Mussolini en face de ses responsabilités.
00:17:02Comment le duc chez a-t-il accepté de réunir le Grand Conseil ?
00:17:05Le vendredi 16 juillet, en fin d'après-midi,
00:17:08Mussolini accepta de nous recevoir.
00:17:11Nous étions une vingtaine.
00:17:13Il manquait Grandi, qui était chez lui à Bologne,
00:17:16Ferdazzoni et Ciano,
00:17:17qui n'ayant pas confiance en cette démarche,
00:17:19avait préféré s'abstenir.
00:17:20Quelle fut l'attitude de Mussolini ?
00:17:24Le teint frêle semblait reposer.
00:17:26Son visage se tournait vers chacun de nous.
00:17:29Sa tête, comme s'il voulait se défendre
00:17:30et en même temps pénétrer nos intentions.
00:17:33Son sourire ressemblait à de la fausse désinvolture.
00:17:37Qui a pris la parole ?
00:17:39Farinacci, Gioriatti,
00:17:42Bastianini,
00:17:44Acherbo
00:17:44et le maréchal des Bonnots.
00:17:46Je conclue en reprenant
00:17:48tous leurs arguments.
00:17:50Visiblement ébranlé, le doute s'est dit enfin
00:17:53Eh bien, je convoquerai le Grand Conseil.
00:17:55On dira dans le camp ennemi
00:17:56qu'on l'a réuni afin de discuter de la capitulation.
00:17:59Je le convoquerai tout de même.
00:18:01Il nous congédia sans ajouter un mot.
00:18:03Et quelques jours plus tard,
00:18:05exactement le 21 juillet,
00:18:08Scorza l'appareil.
00:18:10Le doute s'est décidé de réunir le Grand Conseil
00:18:12le 24 juillet à 17h.
00:18:14Il tient à ce que nous soyons tous en uniforme.
00:18:18Comte Dino Grandi,
00:18:21quelques jours avant la réunion
00:18:22du Grand Conseil,
00:18:23vous avez rencontré le Duce.
00:18:24Oui.
00:18:26J'avais remis le texte de ma motion
00:18:28à Scorza
00:18:29pour qu'il le communique au Duce.
00:18:30Le Duce avait trouvé mon texte
00:18:33inadmissible
00:18:33et méprisable.
00:18:36Je lui demandais aussitôt une audience
00:18:37qu'il m'accorda pour le lendemain à 17h.
00:18:40Et que lui avez-vous dit ?
00:18:43Je n'étais pas un conspirateur.
00:18:45J'étais un homme politique.
00:18:47Je voulais jouer carte sur table.
00:18:49Essayer de le convaincre
00:18:50d'accepter la situation telle qu'elle était
00:18:52et de prendre les décisions qui s'imposaient.
00:18:55S'il acceptait,
00:18:57la réunion du Grand Conseil
00:18:59devenait inutile
00:18:59et nous évitions ainsi
00:19:01de diviser le fascisme
00:19:02et la nation
00:19:03en deux tendances opposées.
00:19:06Le Duce m'a laissé parler
00:19:08sans m'interrompre
00:19:09ni s'irriter.
00:19:11Il m'a dit simplement
00:19:13tu te trompes
00:19:14la guerre n'est pas perdue.
00:19:16Sache que d'ici peu de temps
00:19:17l'Allemagne disposera
00:19:18d'une arme secrète
00:19:19extrêmement puissante
00:19:21qui changera le cours des événements.
00:19:23L'Allemagne et l'Italie
00:19:24gagneront cette guerre.
00:19:26Pour le reste,
00:19:26nous en discuterons au Grand Conseil.
00:19:28Messieurs,
00:19:31salut au Duce.
00:19:32À la mort.
00:19:37La parole est au Président
00:19:39de la Chambre,
00:19:39Dino Klein.
00:19:44Ma motion,
00:19:45vous la connaissez.
00:19:47Je vous en rappellerai
00:19:48pourtant l'essentiel.
00:19:51Le Grand Conseil demande
00:19:54le rétablissement immédiat
00:19:56de toutes les fonctions
00:19:57et responsabilités
00:19:58relevant du roi,
00:20:00du Grand Conseil,
00:20:02du gouvernement,
00:20:03du Parlement
00:20:04et des corporations,
00:20:06selon les termes même
00:20:07de la Constitution.
00:20:09En outre,
00:20:11il prit le chef du gouvernement
00:20:14de demander
00:20:15à Sa Majesté le roi,
00:20:18vers lequel le cœur
00:20:20de toute la nation
00:20:20se tourne avec confiance,
00:20:23de bien vouloir,
00:20:25pour sauver le pays
00:20:26et son honneur,
00:20:28prendre le commandement effectif
00:20:30des forces armées
00:20:31sur terre,
00:20:31sur mer et dans les airs,
00:20:33selon l'article 5
00:20:35des statuts du royaume,
00:20:36ainsi que toutes les initiatives
00:20:38que nos institutions
00:20:39réclament de lui
00:20:40et qui,
00:20:41dans toute notre histoire nationale,
00:20:43ont toujours été
00:20:43l'apanage
00:20:44de l'auguste maison de Savoie.
00:20:47Le pouvoir personnel
00:20:48a duré trop longtemps.
00:20:50Il a profondément
00:20:51modifié le caractère
00:20:52du Duce
00:20:53et du même coup,
00:20:56détruit
00:20:57et tué le fascisme.
00:21:01Le véritable ennemi
00:21:02du régime,
00:21:04c'est la dictature.
00:21:07Le jour où la vieille devise
00:21:09« Liberté, patrie »,
00:21:12qui a soulevé
00:21:13l'enthousiasme
00:21:14de ma génération,
00:21:16a été remplacée
00:21:17par l'autre devise,
00:21:19tristement dictatoriale,
00:21:20celle-là,
00:21:21croire,
00:21:22obéir,
00:21:23combattre,
00:21:24le fascisme
00:21:25a cessé d'exister.
00:21:27Non,
00:21:27c'est inadmissible.
00:21:29Je ne vous suivrai pas
00:21:30sur ce terrain.
00:21:32En cette heure grave,
00:21:34chacun doit s'engager
00:21:35à la face du monde,
00:21:36à soutenir notre chef,
00:21:38à partager avec lui
00:21:40le sort commun.
00:21:41Le fascisme,
00:21:42c'est nous.
00:21:44Avec lui,
00:21:45un moment !
00:21:46Monsieur Roberto Farinacci,
00:21:48nous venons de vous écouter,
00:21:49vous vous présentez vous-même.
00:21:51comme un inconditionnel
00:21:53du fascisme,
00:21:54du musselinisme.
00:21:56Mais l'avez-vous
00:21:57toujours été ?
00:22:00Non.
00:22:04Le 19 novembre 1942,
00:22:06vous écrivez à Mussolini,
00:22:08le climat d'inquiétude et le mécontentement actuel
00:22:11sont l'aboutissement logique
00:22:12de la fausse direction
00:22:13prise depuis des années
00:22:15par le mouvement fasciste
00:22:16et cela par votre faute.
00:22:21« Cette lettre n'est pas d'un inconditionnel,
00:22:23on pourrait la croire écrite
00:22:24par le comte Grandi. »
00:22:26« Je n'ai aucun point commun
00:22:27avec lui.
00:22:30Sorti des rangs
00:22:30de l'anarcho-syndicalisme,
00:22:32je suis un des rares militants
00:22:34ayant effectivement participé
00:22:36le 23 mars 1919
00:22:38à la fondation du Fascio de Milan.
00:22:41J'étais chef de gare
00:22:42près de Crémone.
00:22:44Cette ville était un bastion socialiste
00:22:46et j'en fis un fief modèle du fascisme. »
00:22:50« On a souvent dit de vous
00:22:51que vous étiez un renégat
00:22:52de l'extrême gauche,
00:22:53des républicains,
00:22:54des nationaux socialistes. »
00:22:56« Je le suis, national socialiste,
00:22:58je le suis depuis plus longtemps
00:23:00qu'Hitler lui-même.
00:23:02Ce que je voulais
00:23:03et veux toujours,
00:23:04c'est non seulement
00:23:05l'abolition du gouvernement parlementaire,
00:23:08mais l'abolition de l'État lui-même.
00:23:10Je veux un parti tout-puissant
00:23:12dirigé par une élite incorruptible
00:23:14qui maintiendrait de façon permanente
00:23:16l'esprit de la révolution. »
00:23:20« En février 1925,
00:23:22vous êtes nommé secrétaire général
00:23:23du parti fasciste.
00:23:25Aussitôt, vous effectuez
00:23:26des purges massives,
00:23:27brisant notamment
00:23:28la puissance des chefs régionaux
00:23:30au profit de l'organisation centrale
00:23:31installée à Rome.
00:23:33Et pourtant,
00:23:34Mussolini vous relève
00:23:35de vos fonctions.
00:23:37Pourquoi ? »
00:23:39« J'avais forgé un outil
00:23:40à sa convenance.
00:23:41Il se débarrassait de moi,
00:23:42c'était bien dans sa manière.
00:23:45Je ne devais plus jamais
00:23:46occuper de poste officiel,
00:23:48mais je restais membre
00:23:49du Grand Conseil. »
00:23:52« En juillet 1943,
00:23:53vous avez rencontré Mussolini.
00:23:55»
00:23:56« Oui.
00:23:58Je suis allé le voir
00:23:59le 21 juillet.
00:24:00J'étais porteur d'un message
00:24:02que m'avait adressé
00:24:03le général Cavallero. »
00:24:05« Cavallero était-il
00:24:05national-socialiste ? »
00:24:07« Il était pour une collaboration
00:24:09étroite
00:24:09entre l'Italie
00:24:10et l'Allemagne.
00:24:14Voici son message. »
00:24:19« Fais de plus en plus
00:24:20attention.
00:24:21Grandi et compagnie
00:24:22conspirent pour déboulonner
00:24:23Mussolini.
00:24:24Mais leur jeu sera vain
00:24:26de toute manière.
00:24:28Car la maison royale
00:24:29avec le duc Pietro
00:24:30à Coalonne
00:24:31conduit la lutte
00:24:32pour son propre compte
00:24:33et les décevra tous. »
00:24:37Quelle fut la réaction
00:24:38de Mussolini ?
00:24:40« Rassurante.
00:24:42Tranquillisse-toi,
00:24:43m'a-t-il dit.
00:24:45Sache que du côté du roi,
00:24:46je suis parfaitement
00:24:47à couvert.
00:24:49Ce matin,
00:24:49j'étais encore
00:24:50auprès de lui.
00:24:51Avec un sourire
00:24:52bienveillant,
00:24:53presque paternel,
00:24:54me donnant une tape
00:24:55sur l'épaule,
00:24:56il m'a dit
00:24:56« Mon cher Mussolini,
00:24:59ces moments sont
00:25:00d'île pour vous,
00:25:01mais je garde
00:25:02vos arrières. »
00:25:06En attendant la décision
00:25:07du Grand Conseil,
00:25:08le roi, voyez-vous,
00:25:09cherchait à endormir
00:25:10la confiance de Mussolini.
00:25:14Monsieur Farinacci,
00:25:16le matin du 23 juillet 1943
00:25:18au Palais Werdekind,
00:25:20quartier général du parti,
00:25:22vous avez rencontré
00:25:22un autre haut dignitaire
00:25:24fasciste.
00:25:25J'en ai rencontré
00:25:27plusieurs.
00:25:27Vous n'en avez rencontré
00:25:28qu'un qui vous a montré
00:25:29un document
00:25:29et demandait
00:25:30ce que vous en pensiez.
00:25:33Oui.
00:25:34Qui était-ce ?
00:25:37Grandi.
00:25:39Vous avez approuvé
00:25:40ce texte.
00:25:41Enfin, le texte
00:25:42demandant le départ
00:25:43du Duce.
00:25:44Mais faux,
00:25:44c'est archi-faux.
00:25:47Qu'en dites-vous,
00:25:48Monsieur Grandi ?
00:25:49Pour des raisons tactiques,
00:25:51mon texte ne semblait
00:25:53réclamer qu'une rénovation
00:25:54intérieure permettant
00:25:56de mieux poursuivre la guerre.
00:25:58Mais Farinacci
00:25:58n'en fut pas dupe.
00:26:00Pourtant,
00:26:00il approuva la première partie
00:26:01de ma motion.
00:26:02J'ai dit
00:26:03la première partie.
00:26:05À quoi visait-elle ?
00:26:07À l'éloignement du Duce.
00:26:08C'est seulement sur la deuxième partie
00:26:10que Farinacci
00:26:11n'était pas d'accord.
00:26:12Je souhaitais que le commandement
00:26:14des forces armées
00:26:14fût retiré à Mussolini
00:26:16pour le confier
00:26:17à des généraux
00:26:18qui partageaient nos idées
00:26:19ou au roi lui-même.
00:26:21Farinacci voulait
00:26:22qu'il fût remis
00:26:22à l'état-major allemand.
00:26:24Là.
00:26:25Mais là seulement.
00:26:27Notre désaccord
00:26:28était total.
00:26:30Le commandement
00:26:31de nos forces
00:26:32doit être remis
00:26:33à l'état-major allemand.
00:26:37Votre défiance
00:26:38envers nos alliés
00:26:39est déplorable.
00:26:42Qui s'est battu
00:26:43comme un lion
00:26:44sur les plages de Sicile
00:26:45si ce n'est
00:26:46le glorieux soldat
00:26:47de la Wehrmacht.
00:26:51Je ne suis pas d'accord
00:26:52avec les termes
00:26:53de la motion
00:26:54du comte Dino Grandi.
00:26:57C'est pourquoi
00:26:58j'en déposerai une autre.
00:27:01Je réclame
00:27:03une union plus étroite
00:27:05avec nos alliés allemands
00:27:06dans la conduite
00:27:07de la guerre.
00:27:10Je demande
00:27:12une enquête sévère
00:27:13sur le commandement
00:27:15militaire
00:27:15ainsi que sur
00:27:18l'incroyable
00:27:18débat clancicile.
00:27:21Je demande
00:27:22aussi
00:27:23une enquête
00:27:25sur le complot
00:27:25des généraux.
00:27:29Je réclame
00:27:31une fusion
00:27:32effective
00:27:32entre les états-majors
00:27:35italiens
00:27:35et allemands.
00:27:38Je réclame
00:27:39aussi
00:27:39la démission
00:27:41du général
00:27:42Ambrosio.
00:27:43et l'entrevue
00:27:44de Feltré.
00:27:46Qu'est-ce que vous en faites ?
00:27:48L'entrevue
00:27:49de Feltré
00:27:50c'est
00:27:50entre le Führer
00:27:51et le Duce
00:27:52celle de la dernière chance.
00:27:54La conférence
00:27:55prévue
00:27:56pour le 19 juillet
00:27:57se tiendra
00:27:57dans la villa
00:27:58du sénateur
00:27:59Gaggio
00:27:59près de Feltré
00:28:00dans la région
00:28:01de Trévise.
00:28:02Le Duce
00:28:03s'y rend
00:28:04accompagné
00:28:05de Bastianini
00:28:05de Dino Alfieri
00:28:06et du général
00:28:08Ambrosio.
00:28:09Depuis le désastre
00:28:10de Sicile
00:28:11le Haut Commandement
00:28:12allemand brûle
00:28:13de prendre en main
00:28:14toute l'Italie.
00:28:15Le dimanche 18 juillet
00:28:17Hitler
00:28:17se décide.
00:28:19Il veut que
00:28:20tous les pouvoirs
00:28:21soient concentrés
00:28:22dans les mains
00:28:22de Mussolini
00:28:23que cesse
00:28:24l'influence
00:28:24de la maison royale
00:28:26que des renforts
00:28:27soient envoyés
00:28:28en Italie
00:28:28et que toutes
00:28:30les forces
00:28:30dans la péninsule
00:28:31passent sous
00:28:32le contrôle
00:28:32du Haut Commandement
00:28:33allemand.
00:28:36Général Ambrosio
00:28:38dans quel état
00:28:39d'esprit
00:28:40vous êtes-vous
00:28:40rendu à Feltré ?
00:28:43Bastianini
00:28:43Alfieri
00:28:44et moi
00:28:44d'Isirion Valadou
00:28:46j'ai expliqué
00:28:47franchement au Führer
00:28:47que matériellement
00:28:48et moralement
00:28:49l'Italie
00:28:50était au bout
00:28:51de son rouleau
00:28:52et qu'il nous fallait
00:28:53sortir de la guerre.
00:28:55La rencontre
00:28:56de Feltré
00:28:57était une occasion
00:28:58unique.
00:28:59Le Duce
00:29:00a-t-il accepté
00:29:01de parler dans ce sens
00:29:02au Führer ?
00:29:04Mussolini
00:29:04est parti de rentre
00:29:05par avion
00:29:07avec son secrétaire
00:29:08particulier
00:29:08et son docteur.
00:29:10Nous fîmes
00:29:10le voyage
00:29:11en chemin de fer.
00:29:14À l'aérodrome
00:29:15de Trévise
00:29:15juste avant
00:29:16l'arrivée
00:29:16de l'avion d'Hitler
00:29:18nous avons tout juste
00:29:19réussi à échanger
00:29:20quelques mots
00:29:21avec le Duce.
00:29:22Je lui dis
00:29:23que les Allemands
00:29:23se montraient
00:29:24très inquiets
00:29:25de la situation
00:29:26en Italie.
00:29:27qu'il se préparait
00:29:28à nous imposer
00:29:29des mesures
00:29:29draconiennes
00:29:30à placer,
00:29:32si la situation
00:29:33empire,
00:29:33les armées italiennes
00:29:35sous commandement allemand.
00:29:37Quelle fut la réaction
00:29:38de Mussolini ?
00:29:40Un mécontentement
00:29:42que je jugeais
00:29:43de bonne augure.
00:29:44Je dis à Mussolini
00:29:46que je venais
00:29:46d'avoir un rapide contact
00:29:47avec les maréchaux allemands
00:29:49Keitel et Kesselring.
00:29:51À ma demande d'aide,
00:29:53Keitel avait répliqué
00:29:54que les Allemands
00:29:55étaient trop engagés
00:29:56en Russie
00:29:56pour nous apporter
00:29:57un concours efficace
00:29:58et surtout rapide.
00:30:02Mussolini ne réagit pas.
00:30:04J'ai alors insisté
00:30:05auprès de lui
00:30:06pour qu'il obtienne
00:30:07de Hitler
00:30:07la rupture
00:30:08de l'Alliance
00:30:09étant donné
00:30:10que notre partenaire
00:30:11avouait lui-même
00:30:12son impossibilité
00:30:13à en faire jouer
00:30:14les clauses
00:30:15qui nous étaient favorables.
00:30:17Qu'a répondu Mussolini ?
00:30:19Sur le moment,
00:30:20rien.
00:30:22L'avion d'Hitler
00:30:23venait d'atterrir
00:30:24et les deux hommes
00:30:24se saluaient cordialement.
00:30:27C'est seulement
00:30:28en entrant dans la villa
00:30:29du sénateur Gaggio
00:30:30que le Dutsch
00:30:31m'a dit
00:30:32cette phrase étrange.
00:30:36Il faudrait
00:30:37nous dégager à l'Est.
00:30:39Il faudrait faire
00:30:40la paix en Russie.
00:30:43Mais Dutsch,
00:30:45il est question
00:30:45de l'Italie.
00:30:47Les Anglo-Américains
00:30:48sont en Sicile.
00:30:49Nous allons
00:30:50à la catastrophe,
00:30:51lui-même répondu.
00:30:54Il m'a promis
00:30:55de demander à Hitler
00:30:56de laisser mettre fin
00:30:57à la guerre en Italie.
00:30:59Et la séance
00:31:00a commencé.
00:31:02Que s'est-il passé,
00:31:03alors ?
00:31:04Pendant deux heures,
00:31:06Hitler a monologué,
00:31:08annonçant un nouveau
00:31:09tournant dans la guerre
00:31:09sous-marine
00:31:11et l'usage très prochain
00:31:12contre les Britanniques
00:31:13de deux armes secrètes,
00:31:14terrifiantes,
00:31:16apocalyptiques.
00:31:17Il réaffirma
00:31:18sa volonté
00:31:19de poursuivre
00:31:19la guerre totale.
00:31:21Il nous fit
00:31:21nettement comprendre
00:31:22qu'il n'était pas
00:31:23disposé à nous aider
00:31:24si nous ne voulions
00:31:25pas nous battre.
00:31:27Ses propos
00:31:28étaient insultants.
00:31:30Le Duce ne répondit
00:31:31rien ?
00:31:32Comme on dit
00:31:33dans les milieux
00:31:33de la boxe,
00:31:34le Duce était
00:31:34au tapis.
00:31:35De temps à autre,
00:31:37il poussait
00:31:37un gros soupir,
00:31:39regardant avec
00:31:40une expression
00:31:40lasse et résignée,
00:31:41le fureur,
00:31:43qui,
00:31:43d'une voix
00:31:43de plus en plus
00:31:44stridente,
00:31:45continuait à déverser
00:31:46des flots de reproches
00:31:47et de récriminations.
00:31:50Mousseline
00:31:50était si bouleversé
00:31:51qu'il était incapable
00:31:52de suivre ce que disait
00:31:53Claire.
00:31:54Il luttait pour
00:31:55dissimuler sa détresse.
00:31:57Son calvaire
00:31:57prit fin quand son secrétaire
00:31:59entra pour lui apporter
00:32:00un message.
00:32:01Il l'a lu,
00:32:03à Pali,
00:32:04et l'a traduit en allemand
00:32:06pour le fureur.
00:32:12Attaque aérienne
00:32:13contre Rome,
00:32:14porteresse volante
00:32:15et libérateur.
00:32:16Première bombe lâchée
00:32:17à 11h05.
00:32:19Bras ferré.
00:32:21Quartier ouvrier
00:32:21de San Lorenzo
00:32:22di Portino
00:32:23à Biolatino.
00:32:25Aéroport de Littorio
00:32:26et Ciampino.
00:32:2814 cents morts,
00:32:306 000 blessés.
00:32:32On a alors annoncé
00:32:33que le déjeuner
00:32:34était servi.
00:32:35Mais avant que le fureur
00:32:37et le ducé
00:32:37passent à table,
00:32:38en tête à tête,
00:32:40nous avons pu parler
00:32:41quelques instants
00:32:42avec notre chef,
00:32:44entre italiens.
00:32:46Nous étions furieux.
00:32:49Le ducé n'écoutait pas.
00:32:51Il pensait à Rome
00:32:52bombardée.
00:32:54Il avait honte
00:32:55de se savoir à l'abri
00:32:56au moment où la population
00:32:58de Rome
00:32:58était exposée
00:32:59au pire danger.
00:33:02Ambrosio
00:33:03s'est mis en colère.
00:33:06Il a posé
00:33:07à Mussolini
00:33:07un véritable ultimatum.
00:33:09Je lui ai dit
00:33:11que les Allemands
00:33:12sont engagés
00:33:13à fond en Russie.
00:33:15Jamais Hitler
00:33:15ne négociera
00:33:16avec Staline.
00:33:17C'est une question
00:33:18d'idéologie.
00:33:20Plus jamais
00:33:20les Allemands
00:33:21ne seront en mesure
00:33:21de nous aider.
00:33:23Par la force,
00:33:24nous allons devenir
00:33:25les bastions de défense
00:33:26de la fortress
00:33:27Allemagne.
00:33:28avant quinze jours.
00:33:30Vous m'entendez,
00:33:31Dutch ?
00:33:31Je dis bien
00:33:32quinze jours.
00:33:34Nous devons nous être
00:33:35retirés du conflit.
00:33:37Le Dutch a surmonté
00:33:38un moment d'irritation
00:33:39puis,
00:33:40d'une voix lasse,
00:33:42il nous a répondu
00:33:42que c'était là
00:33:43une hypothèse irréalisable.
00:33:45Bon,
00:33:46a-t-il dit.
00:33:47Admettons qu'on envoie
00:33:48un message radiophonique
00:33:48à l'ennemi.
00:33:49Qu'en résulterait-il ?
00:33:51Sommes-nous décidés
00:33:52à liquider
00:33:53d'un seul coup
00:33:54un régime
00:33:55qui a duré
00:33:55vingt ans
00:33:57et à renoncer
00:33:58aux résultats
00:33:58obtenus pour notre pays
00:33:59après de longs
00:34:00et durs efforts ?
00:34:02Sommes-nous disposés
00:34:03à disparaître
00:34:06de la scène mondiale ?
00:34:07L'échec de Feltre
00:34:10est dû au pessimisme
00:34:11des militaires
00:34:13et il risque
00:34:14d'en être de même ici.
00:34:16Non, absolument pas.
00:34:17Je suis convaincu
00:34:18qu'on pourrait compter
00:34:19sur les doigts de la main
00:34:20ceux qui sont prêts
00:34:21à suivre le doigts
00:34:22et jusqu'au bout.
00:34:24Nous savons tous
00:34:25que notre cause est juste.
00:34:28Tous !
00:34:30Y compris le camarade
00:34:32grandit
00:34:32qui, il y a quelques mois,
00:34:33pensait comme nous.
00:34:35Doigts,
00:34:37pendant les quinze ans
00:34:38où l'armée a dépendu de toi,
00:34:40qu'as-tu fait d'elle ?
00:34:41Tu n'as pas su lui forger
00:34:43une âme
00:34:44ni un corps.
00:34:49Doigts,
00:34:51il n'est jamais trop tard
00:34:52pour remplir son devoir
00:34:53envers son roi
00:34:54et envers la patrie.
00:34:58La parole est à l'ambassadeur
00:35:00d'Italie au Vatican,
00:35:01Galeazzo Conte-Ciab.
00:35:05Un moment !
00:35:07Ambassadeur d'Italie au Vatican,
00:35:09après avoir été ministre
00:35:10des Affaires étrangères,
00:35:12gendre du Duce,
00:35:14ne croyez-vous pas
00:35:15contre que nous ferions bien
00:35:16de reprendre toute l'affaire
00:35:17par le commencement ?
00:35:19Quand avez-vous quitté
00:35:21votre poste
00:35:22de ministre des Affaires étrangères ?
00:35:25Le 5 février 1943,
00:35:27date à laquelle Mussolini,
00:35:29devant le mécontentement grandissant
00:35:31de son équipe ministérielle,
00:35:33a procédé à un changement total
00:35:34de gouvernement.
00:35:36Pourquoi ce changement ?
00:35:37Pour affirmer et développer
00:35:39l'alliance avec l'Allemagne.
00:35:41Cette alliance qu'à présent
00:35:43vous jugez funeste,
00:35:45c'est vous qui l'avez signée
00:35:46à Berlin le 22 mai 1939.
00:35:48Oui.
00:35:50On lui a donné un nom.
00:35:52Lequel ?
00:35:54Le pacte d'acier.
00:35:55Qui a trouvé ce nom ?
00:35:57Moi.
00:35:59Mais 3 mois plus tard,
00:36:00quand j'ai constaté
00:36:01la fourberie des Allemands,
00:36:02j'ai dit pacte d'acier,
00:36:04pacte de sang.
00:36:08Comte Galeazzo Tiano,
00:36:09vous appartenez à une riche
00:36:10famille d'armateurs de Livourne.
00:36:12Votre père,
00:36:13Costanzo Tiano,
00:36:14officier de marine,
00:36:16s'est illustré
00:36:16pendant la Première Guerre mondiale
00:36:17par un exploit très hardi
00:36:19sur la côte autrichienne
00:36:20de l'Adriatique.
00:36:21Rallié très tôt au fascisme,
00:36:23il a été l'un des premiers
00:36:24compagnons de Mussolini.
00:36:26Ayant échappé à un attentat
00:36:28à Bologne,
00:36:28le Duce remet à votre père,
00:36:30Costanzo Tiano,
00:36:31en 1926,
00:36:32un document,
00:36:34le désignant,
00:36:35en cas de disparition subite,
00:36:37comme son successeur.
00:36:38Votre famille possède à Livourne
00:36:40le quotidien Il Télégrafo.
00:36:42Après des études de droit,
00:36:44vous vous destinez
00:36:45au journalisme
00:36:45et à la littérature.
00:36:47Mais c'est Rome
00:36:48qui vous tente.
00:36:50Fils du successeur
00:36:51désigné du Duce,
00:36:52vous y êtes reçu
00:36:53à 20 ans
00:36:53comme un enfant prodige,
00:36:55fêté par la haute société,
00:36:57choyé par les éditorialistes,
00:36:58les écrivains,
00:36:59les critiques,
00:37:00vous volez de succès
00:37:02en succès
00:37:02dans les bras des femmes.
00:37:05En 1929 se situe un événement
00:37:07qui va changer
00:37:07le cours de votre carrière.
00:37:09Vous rencontrez
00:37:09Edda Mussolini,
00:37:11la fille aînée du Duce.
00:37:13Dans quelles circonstances ?
00:37:16Ma sœur m'a présenté
00:37:18à Edda.
00:37:19Coup de foudre réciproque.
00:37:22Notre mariage
00:37:23a eu lieu
00:37:23le 24 avril 1930.
00:37:26Mais dès lors,
00:37:27votre carrière est faite.
00:37:28Vous ne connaissez pas
00:37:29le Duce.
00:37:31Il était avare
00:37:32de confiance.
00:37:34C'est seulement
00:37:35après la mort
00:37:36de son frère Arnaldo
00:37:37qu'il m'a appelé
00:37:37auprès de lui.
00:37:39J'ai d'abord présidé
00:37:40la commission d'enquête
00:37:41de la Société des Nations
00:37:42sur le conflit
00:37:43entre la Chine
00:37:44et le Japon.
00:37:45Puis, en 1933,
00:37:48j'ai été nommé
00:37:48chef du bureau de presse
00:37:49du Duce,
00:37:50puis sous-secrétaire
00:37:52et enfin ministre
00:37:53de la presse
00:37:54et de la propagande.
00:37:56Ceux qui me donnaient
00:37:57le droit de siéger
00:37:58au Grand Conseil fasciste.
00:38:01Le 9 juin 1936,
00:38:04je venais d'avoir 33 ans,
00:38:07Dino Grandi
00:38:08étant nommé ambassadeur
00:38:09à Londres,
00:38:10je devenais ministre
00:38:11des Affaires étrangères.
00:38:13N'oubliez-vous rien.
00:38:17Vous êtes aviateur,
00:38:18n'est-ce pas ?
00:38:19Oui.
00:38:21Le 3 octobre 1935,
00:38:23l'Italie s'attaque
00:38:24à l'Ethiopie.
00:38:25Parmi les aviateurs
00:38:26qui bombardent
00:38:27les femmes et les enfants,
00:38:28le Negus a déposé plainte
00:38:30auprès de la Société des Nations.
00:38:32Figurent les fils
00:38:33de Mussolini,
00:38:35Alessandro Pavolini
00:38:36que nous retrouverons plus tard
00:38:37et le comte
00:38:38Galeazzo Ciano,
00:38:39commandant l'escadrille
00:38:40d'Isperata
00:38:41dont l'emblème
00:38:42est une tête de mort.
00:38:57Pourquoi ces images ?
00:39:00Pour vous connaître mieux.
00:39:03Quand plus tard
00:39:03il s'agira de l'Albanie,
00:39:04puis de la France
00:39:05et enfin de la Grèce,
00:39:07vous agirez exactement
00:39:08de la même façon.
00:39:10Disons que vous n'avez manqué
00:39:11aucune occasion.
00:39:13On s'est servi de moi
00:39:15comme d'un bouc émissaire.
00:39:17Tout.
00:39:18Et tout le monde.
00:39:20Les Allemands d'abord.
00:39:22Et puis les chefs fascistes
00:39:24eux-mêmes.
00:39:25Ils m'étaient hostiles
00:39:27parce que je n'appartenais pas
00:39:28à la génération
00:39:28de la marche sur Rome.
00:39:30C'est le doute chez Seul
00:39:33qui prenait
00:39:33les décisions politiques.
00:39:36Je ne pouvais rien faire.
00:39:38Si.
00:39:40Le 22 mai 1939,
00:39:41vous pouvez signer
00:39:42le pacte d'acier.
00:39:44Et aussi tout après
00:39:45l'avoir fait déclarer
00:39:45autour de vous,
00:39:46je n'ai jamais lu
00:39:47un pacte semblable.
00:39:48C'est de la véritable
00:39:49dynamite exacte.
00:39:50J'ai dit cela.
00:39:52Les événements
00:39:53n'ont pas tardé
00:39:54à me donner raison.
00:39:58Ce pacte vous fait peur
00:39:59et pourtant vous le signez.
00:40:01Comment l'expliquez-vous ?
00:40:04Soyez ministre
00:40:05des affaires étrangères
00:40:06du Duce
00:40:07quand Hitler domine l'Europe
00:40:10et vous vous habiturez
00:40:11au paradoxe.
00:40:13J'affirme
00:40:15de la manière
00:40:16la plus formelle
00:40:17que dès 1939
00:40:18et d'une façon permanente
00:40:21je n'ai jamais cessé
00:40:23de lutter pour empêcher
00:40:24ou limiter
00:40:25l'application
00:40:26de ce pacte.
00:40:27Le 25 août 1939,
00:40:29j'ai obtenu
00:40:30que l'Italie
00:40:31n'entre pas en guerre
00:40:31aux côtés de l'Allemagne.
00:40:33Oui, c'est exact.
00:40:34L'ambassadeur d'Angleterre
00:40:35à Rome a raconté
00:40:36comment dans une entrevue
00:40:37pathétique
00:40:38vous lui aviez reproché
00:40:40de ne pas avoir compris
00:40:41que l'initiative
00:40:42d'une guerre
00:40:42contre l'Angleterre
00:40:43ou la France
00:40:43ne viendrait jamais
00:40:44de votre pays.
00:40:45Et pourtant,
00:40:46le 10 juin 1940,
00:40:47vous revêtez une nouvelle fois
00:40:48votre uniforme d'aviateur.
00:40:50C'est pour recevoir
00:40:51l'ambassadeur de France,
00:40:52André-François Poncet,
00:40:54et lui annoncer
00:40:55l'entrée en guerre
00:40:56de votre pays.
00:40:58Mussolini m'avait dit
00:41:01les Allemands
00:41:01vont tout rafler,
00:41:03y compris Nice.
00:41:05Si nous voulons
00:41:05récupérer la Savoie,
00:41:07le comté de Nice,
00:41:08la Corse
00:41:09et Djibouti,
00:41:10il nous faut entrer
00:41:11en guerre immédiatement.
00:41:13Et l'Italie,
00:41:14pour trouver sa place
00:41:15à la table de la paix
00:41:17aux côtés de l'Allemagne
00:41:18victorieuse,
00:41:20bombarde les colonnes
00:41:21de réfugiés français.
00:41:23En attaquant la France
00:41:24en 1940,
00:41:26nous nous sommes jetés
00:41:27dans les bras de Hitler.
00:41:30Lorsque j'ai signé à Berlin
00:41:31le pacte d'acier
00:41:32le 22 mai 1939,
00:41:35Ribbentrop m'a dit
00:41:36que l'Allemagne
00:41:37avait besoin
00:41:37d'une période de paix
00:41:38de trois ans,
00:41:40qu'il ne saurait être
00:41:41question de guerre
00:41:42avant cette date.
00:41:44En fait,
00:41:46dès le 3 avril
00:41:47de la même année,
00:41:47le plan blanc
00:41:48d'attaque contre la Pologne
00:41:49était entré en application.
00:41:51Hitler
00:41:53avait donné mission
00:41:54au Maréchal Kettel
00:41:54d'effectuer les préparatifs
00:41:56pour être prêt
00:41:57à déclencher l'opération
00:41:58à n'importe quelle date
00:41:59à partir du 1er septembre 1939.
00:42:04Cela,
00:42:06je ne le savais pas alors.
00:42:09Je l'ai appris
00:42:10le 11 août 1939
00:42:12de la bouche même
00:42:13de Ribbentrop.
00:42:16Ce jour-là,
00:42:17je lui ai dit
00:42:17« Eh bien, Ribbentrop,
00:42:21que voulez-vous ?
00:42:22Danzig
00:42:24ou le corridor ? »
00:42:27Il m'a fixé droit
00:42:28dans les yeux
00:42:28et m'a dit
00:42:29« Nous voulons la guerre. »
00:42:34Brusquement mis en face
00:42:35des réalités,
00:42:36je compris que l'Italie,
00:42:37le Duce et moi
00:42:38avions été bernés
00:42:39et que la situation
00:42:40était irréversible.
00:42:42Nous étions pris au piège,
00:42:46nous le sommes toujours.
00:42:52Je demande la parole.
00:42:56Duce,
00:42:58il nous faut choisir
00:43:00entre la paix
00:43:02et la guerre,
00:43:04c'est-à-dire
00:43:04entre un armistice honorable
00:43:05et une capitulation
00:43:08sans condition.
00:43:09Je suis d'accord
00:43:11avec les camarades
00:43:12grandis et débonnaux
00:43:13pour que le roi
00:43:15et la maison royale
00:43:16entrent en lice
00:43:17et partagent les honneurs
00:43:19et le fardeau
00:43:19de cette guerre
00:43:21qui, si elle est victorieuse,
00:43:24fera de la maison
00:43:25de Savoie
00:43:25une des plus glorieuses
00:43:26maisons d'Europe.
00:43:29Mais
00:43:31je voudrais
00:43:32qu'il soit dit
00:43:33brutalement
00:43:35et franchement
00:43:36aux souverains
00:43:39pour le bien
00:43:40de la nation.
00:43:42Nous, fascistes,
00:43:43nous remettons
00:43:44à votre majesté
00:43:45les pouvoirs
00:43:47et les prérogatives
00:43:48qui vous appartiennent.
00:43:50au terme
00:43:51de la Constitution
00:43:53et ce,
00:43:54uniquement
00:43:55parce que vous luttez
00:43:57à nos côtés
00:43:57pour la grandeur
00:43:59de l'Italie fasciste.
00:44:00Nous ne nous arrêtons pas
00:44:01des subtilités.
00:44:02Ce ne sont pas
00:44:03des subtilités.
00:44:05Vous avez voulu
00:44:07la crise du régime
00:44:08au moment où l'ennemi
00:44:10envahit le sol national.
00:44:12Je ne vous laisserai pas
00:44:13poursuivre contre nous
00:44:14cette guerre souterraine
00:44:15et cannibale.
00:44:17Seul le doute,
00:44:18Duce et le parti fasciste
00:44:21de Benito Mussolini
00:44:22peuvent assumer
00:44:23la responsabilité
00:44:24du Front Intérieur.
00:44:25Mais nous ne pouvons pas
00:44:26le faire.
00:44:27Messieurs,
00:44:28messieurs,
00:44:29messieurs,
00:44:30il est près de minuit.
00:44:32Je propose
00:44:33avec l'accord du Duce
00:44:34un ajournement
00:44:35de la séance
00:44:36jusqu'à demain.
00:44:36Je m'y oppose.
00:44:38Nous ne sortirons
00:44:39de cette salle
00:44:39qu'après avoir
00:44:40pris une décision,
00:44:41même si nous devons
00:44:42y rester une semaine entière.
00:44:43Enfin,
00:44:44tandis que nous discuterons
00:44:44des soldats italiens
00:44:45meurent en combattant.
00:44:48Je demande
00:44:49que ma motion
00:44:49soit mise au voie.
00:44:51Oui,
00:44:51oui,
00:44:51oui,
00:44:52oui,
00:44:53messieurs,
00:44:55messieurs,
00:44:56vous êtes d'accord ?
00:44:57Oui,
00:44:57oui,
00:44:58oui,
00:44:58oui,
00:44:58oui.
00:44:59Dans ce cas,
00:45:00la séance est suspendue
00:45:01pendant 20 minutes.
00:45:02Elle reprendra
00:45:03à minuit un quart.
00:45:10Calbiati,
00:45:11tu es le chef
00:45:11d'état-major
00:45:11de la milice.
00:45:12Arrête-les tous.
00:45:13C'est un complot.
00:45:14Tu n'auras pas besoin
00:45:15d'en incarcérer
00:45:15plus de 20.
00:45:18Et à l'extérieur ?
00:45:19Il suffira
00:45:20de ramasser
00:45:20Battoglio
00:45:21et une douzaine d'autres.
00:45:23Bon,
00:45:24j'ai parlé au Duce,
00:45:24il m'a dit
00:45:25conservez votre calme
00:45:26et attendez ma décision.
00:45:32Non, laisse.
00:45:34Nous sommes reconnaissants
00:45:35de ton adhésion
00:45:35et de l'aide
00:45:36que tu nous as portée
00:45:37jusqu'ici,
00:45:37mais ne te mets pas
00:45:38dans une position
00:45:38trop grave.
00:45:40Personne ne t'en voudra
00:45:40si tu t'abstiens de signer.
00:45:42Je te parle en amie.
00:45:44Non,
00:45:45j'ai pris certaines décisions
00:45:46et j'ai mesuré
00:45:47toutes les conséquences
00:45:48qu'elles entraînent.
00:45:49Je n'oublie pas non plus
00:45:50que je me suis signé
00:45:51devant la madone
00:45:52en lui promettant
00:45:52de ne pas changer d'avis.
00:45:54Je signerai.
00:46:16Je n'ai pas pu suivre
00:46:17très exactement
00:46:18tous les détails
00:46:19de la discussion.
00:46:20Je suis très dur d'oreille.
00:46:21Qu'est-ce que vous...
00:46:22La motion grandit.
00:46:23Qui dit quoi ?
00:46:25Qu'il faut sauver la patrie
00:46:27et que le Duce
00:46:28doit aller voir le roi
00:46:29pour sauvegarder
00:46:30notre puissance militaire.
00:46:32Ah bon ?
00:46:33Si c'est pour sauver la patrie,
00:46:35je signe aussi.
00:46:39Que se passe-t-il ?
00:46:40Je viens de voir le Duce.
00:46:43Rien à faire.
00:46:46Il m'a raboué.
00:46:48Comment c'est vous,
00:46:49ambassadeur à Berlin
00:46:49qui parlait ainsi ?
00:46:50Allez-vous-en,
00:46:50vous n'êtes qu'un défaitiste,
00:46:51un capitulat.
00:46:55Je signe tes mentions.
00:46:58Tu es le vingtième.
00:47:10Messieurs,
00:47:12la science reprend.
00:47:23La parole est au général
00:47:24Enzo Galbiati,
00:47:25chef de la milice.
00:47:30Je n'ai pas signé
00:47:32et je ne signerai pas
00:47:33la motion de Grandi.
00:47:37Vous avez parlé de rupture
00:47:38entre la nation
00:47:39et le parti.
00:47:40C'est faux.
00:47:42S'il y a rupture,
00:47:45c'est entre le fascisme
00:47:46et certains membres du parti.
00:47:50Vous parlez de constitution.
00:47:53Alors, il faut choisir.
00:47:54On est pour la constitution
00:47:56ou pour la révolution ?
00:47:59Mussolini,
00:48:00c'est la révolution
00:48:01qui n'est pas avec lui
00:48:03trahie la révolution.
00:48:07J'invite le Grand Conseil
00:48:10à bien peser sa décision.
00:48:19Messieurs,
00:48:22demain,
00:48:24le Duce rapportera au roi
00:48:25ce qui s'est passé ici
00:48:26cette nuit.
00:48:28Que lui dira
00:48:29Sa Majesté ?
00:48:31Certainement,
00:48:33Duce,
00:48:34les vôtres
00:48:35vous ont abandonné.
00:48:38Mais le roi
00:48:38qui a toujours été
00:48:39à vos côtés
00:48:41demeure auprès de vous.
00:48:44Quelle sera alors
00:48:45votre position ?
00:48:47Qu'adviendra-t-il demain
00:48:48de ceux qui,
00:48:49cette nuit,
00:48:50se seront opposés
00:48:52au Duce ?
00:48:55Je vous invite
00:48:56à repousser
00:48:58catégoriquement
00:48:58la motion Grande.
00:49:00Et voici la mienne.
00:49:05Poursuite de la guerre
00:49:06sans défaillance.
00:49:09Concentration de tous les pouvoirs
00:49:10dans le parti.
00:49:12fidélité
00:49:13à l'Alliance allemande.
00:49:15Réforme
00:49:16dans le gouvernement
00:49:16comme dans le haut commandement.
00:49:23Non,
00:49:24Duce,
00:49:25vous n'avez pas été
00:49:26assez dictateur.
00:49:29Vous avez été,
00:49:30vous l'avez dit vous-même,
00:49:31l'homme le plus désobéi
00:49:33du siècle.
00:49:37Je réclame
00:49:38la proclamation
00:49:39de la loi martiale
00:49:41et la concentration
00:49:42de tous les pouvoirs
00:49:44dans le parti.
00:49:46Je retire mon adhésion
00:49:48à la motion
00:49:49Grandi.
00:49:50Je m'abstiendrai.
00:49:55On pourrait
00:49:56refondre
00:49:57les trois textes.
00:49:59Grandi,
00:50:01Scorza,
00:50:01Farinacci
00:50:03et réaliser
00:50:05une motion
00:50:05acceptable
00:50:06par le Duce.
00:50:08Je rejette
00:50:08toute convergence
00:50:09entre des motions
00:50:10qui sont en contradiction
00:50:11manifeste.
00:50:12Chacun de nous
00:50:13doit être placé,
00:50:14quoi qu'il advienne,
00:50:16devant ses responsabilités.
00:50:19Je demande
00:50:19un appel nominal
00:50:20sur ma motion
00:50:22conformément
00:50:22à la pratique
00:50:23de toutes les assemblées politiques.
00:50:25Si elle est repoussée,
00:50:27cela signifiera
00:50:28que la majorité
00:50:29du Grand Conseil
00:50:29a voté
00:50:30pour la dictature
00:50:32et nous aurons perdu.
00:50:35Mais si elle est acceptée,
00:50:37nous saurons tous ici
00:50:38que la dictature
00:50:40a été désavouée.
00:50:46Les trois motions
00:50:48ont été présentées
00:50:48à l'Assemblée.
00:50:50Celles de Grams
00:50:51ayant la priorité,
00:50:53le Duce me charge
00:50:54de la mettre
00:50:55aux voix
00:50:56nominalement.
00:50:59Je vote
00:51:00contre.
00:51:05Maréchal Desbonnes.
00:51:07Oui.
00:51:09Compte des vectes.
00:51:10Oui.
00:51:11Grande.
00:51:12Oui.
00:51:13Paresque.
00:51:14Oui.
00:51:15Polveret.
00:51:16Non.
00:51:17Galbiad.
00:51:18Non.
00:51:19Tcham.
00:51:20Oui.
00:51:21Farinac.
00:51:22Je vote
00:51:23pour ma motion.
00:51:24Albine.
00:51:25Oui.
00:51:26Roussot.
00:51:27Oui.
00:51:29Frattard.
00:51:30Non.
00:51:31Vignard.
00:51:32Oui.
00:51:33Mariners.
00:51:34Oui.
00:51:36Bouffari.
00:51:37Non.
00:51:38Alfier.
00:51:39Oui.
00:51:39De Stéphane.
00:51:42Oui.
00:51:43Bottas.
00:51:44Oui.
00:51:45Tringali Casano.
00:51:46Non.
00:51:48Bastiani.
00:51:49Oui.
00:51:49Tchannette.
00:51:51Oui.
00:51:52Oui.
00:51:53Marcico.
00:51:54Oui.
00:51:55Contre.
00:51:56Soir.
00:51:57Je m'abstiens.
00:52:04pour la motion.
00:52:05de la motion.
00:52:05Grange.
00:52:0819 voix.
00:52:12Contre.
00:52:14Sept.
00:52:16Abstention.
00:52:18Une.
00:52:21qui portera cette motion au roi.
00:52:26Le doute chez lui-même.
00:52:29Vous avez provoqué la crise du régime.
00:52:33Messieurs.
00:52:34La séance est levée.
00:52:54Jeune homme, tu paieras de ton sang ton action d'aujourd'hui.
00:53:12Et qui attendez-vous ?
00:53:15Vous n'allez pas trouver le ducé.
00:53:18Cet homme qui est votre chef, à qui vous devez tout, qui depuis vingt ans porte l'Italie à bout
00:53:21de bras.
00:53:21Vous n'allez pas lui dire tout est perdu, il faut partir si l'on veut sauver ce qui peut
00:53:25encore être sauvé.
00:53:26Vous n'y allez pas.
00:53:29A quoi bon ?
00:53:32Il est impossible de lui parler, de lui faire entendre le moindre avis.
00:53:40Depuis six mois, je n'ai pu obtenir un entretien particulier.
00:53:44Votre calme n'est pas celui des autres.
00:53:47C'est votre beau-père.
00:53:54Personne.
00:53:56Ne peut avoir prise sur lui.
00:54:00Il est devenu amorphe.
00:54:03Va-t-il donc tant changer ?
00:54:06Il a perdu tout son dynamisme.
00:54:10Autrefois, il répétait souvent
00:54:13Mieux vaut vivre une journée comme un lion
00:54:17Que s'entend comme un mouton.
00:54:19C'était un bulldozer.
00:54:21Agir, tel était son crédo.
00:54:24Il avait la magie des actes comme celle des formules.
00:54:27Croire, obéir, combattre.
00:54:30Est-ce qu'il avait une doctrine ?
00:54:32Peut-être avant tout un pragmatique.
00:54:35Il disait, hier était hier, aujourd'hui est un autre jour.
00:54:40Il disait aussi
00:54:43Gouverner les Italiens, c'est facile
00:54:47Mais inutile.
00:54:51On se fait de Mussolini une certaine image, celle d'une vedette capricieuse, impérieuse.
00:54:56On l'a vu pilotant un avion, participant torse-nue aux moissons, plongeant dans une piscine, jouant du violon, brandissant
00:55:03le sabre de l'islam.
00:55:06Quel homme était-il réellement ?
00:55:08Le contraire de ce qu'il paraissait.
00:55:11C'est-à-dire ?
00:55:12Mon beau-père possède un incroyable mélange de qualités et de défauts.
00:55:16Derrière son arrogance se cache un homme singulièrement indécis, en proie aux doutes.
00:55:21Et selon vous, à quoi peut-il solution ?
00:55:23Aux défaites militaires successives ?
00:55:25C'est le psychisme qui est atteint.
00:55:28Sa brutale amitié avec Hitler a été pour le Duce une catastrophe.
00:55:32Jusqu'à la conférence de Munich, tout alla relativement bien.
00:55:35Le Duce dominait le Führer.
00:55:38Au printemps 1939, tout a changé.
00:55:42Mussolini se sent irrésistiblement attiré vers une guerre pour laquelle il sait que l'Italie n'est pas prête.
00:55:47En juin 1940, de plus en plus subjugué par Hitler, il saute le pas.
00:55:53Depuis, ses sentiments envers le Führer sont devenus un mélange d'admiration et de haine.
00:55:58De haine ?
00:55:58Le mot n'est pas trop fort.
00:56:00Et pourquoi alors ne s'est-il pas dégagé du pacte d'acier ?
00:56:03Pourquoi n'être-lui pas rompu avec l'Allemagne ?
00:56:05Depuis 1941, le Duce n'est plus qu'une caricature de lui-même.
00:56:09Son ulcère à l'estomac provoque chez lui de brutales dépressions.
00:56:13Sa fidélité à Hitler, au nom de la parole donnée, limite ses moyens d'action.
00:56:18Et puis il y a la mort de son fils Bruno.
00:56:21Son fils préféré, tué en août 1941 dans un accident d'avion.
00:56:26Cette mort, il l'a cruellement ressenti.
00:56:28Elle a brisé toute son énergie.
00:56:31Depuis, il n'a cessé de se plaindre de sa santé et de maigrir.
00:56:34Il est à bout de nerfs. Il dort mal.
00:56:37En décembre 1942, il est tombé très gravement malade.
00:56:40On l'a cru perdu.
00:56:43Intellectuellement, il a de nombreux passages à vide.
00:56:46Une sorte d'aboulier aigu.
00:56:48Cela explique-t-il pour vous son absence de réaction aux attaques de Dino Grande, dit la nuit du Grand
00:56:53Conseil ?
00:56:53Certainement.
00:56:55Sans quoi il nous aurait fait arrêter immédiatement par Galbiati.
00:57:00Qui sait ?
00:57:03Peut-être demain serons-nous tous en prison.
00:57:08Le lendemain, c'est le 25 juillet 1940.
00:57:13Entre 17h et 17h20, le roi Victor Emmanuel III reçoit Mussolini pour lui demander sa démission de chef de gouvernement.
00:57:20Il a attendu que le Grand Conseil fasciste ait désavoué le Duce pour agir.
00:57:31Mussolini sera transféré dans l'île de Ponza, puis dans celle de la Maddalena, et enfin au Grand Sassou.
00:57:39Le complot royal était admirablement monté.
00:57:43Le maréchal Badoglio, chargé par le roi de former le nouveau gouvernement, déclare que la guerre continue.
00:57:54Et pourtant, dans les rues, le peuple italien soulagé crie sa vie.
00:58:00Le pacte d'acier est brisé.
00:58:03La Wehrmacht envahit l'Italie.
00:58:06Leur allemande va sonner.
00:58:18Messieurs !
00:58:20Heidt Hitler !
00:58:21Heidt Hitler !
00:58:22La disparition du Duce bouleverse les projets du Führer.
00:58:26Il passe à l'action et envoie sept divisions sur le sol italien.
00:58:31S'il contrôle le Nord pour être en mesure de s'opposer à une éventuelle trahison de Badoglio,
00:58:37il hésite encore à intervenir à Rome, où il lui faudrait rétablir le fascisme sans Mussolini.
00:58:43Où est le Duce ?
00:58:44Le Führer donne l'ordre formel de le retrouver et de le délivrer à tout prix.
00:58:49Entre les deux hommes, le lien de sang va jouer à fond.
00:58:52Le 8 septembre 1943, sans avoir prévenu les Allemands,
00:58:58Badoglio signe l'armistice avec les alliés.
00:59:00Et à l'aube du neuf, il s'envole de Rome avec le roi
00:59:03pour rejoindre les anglo-américains à Brindisi.
00:59:06Trois jours plus tard, c'est le coup d'éclat.
00:59:09Otto Scorzeny, l'homme des miracles et des actions réputées irréalisables,
00:59:13enlève Mussolini des griffes de ses geôliers.
00:59:15Il le conduit jusqu'à un aérodrome d'où le Duce repart pour le grand quartier général du Führer.
00:59:21Amaigri, les yeux brûlant dans leurs orbites,
00:59:24le chapeau enfoncé sur la tête, le col de son manteau noir relevé jusqu'au visage,
00:59:28le Duce longuement serre les mains de vie.
00:59:35Monsieur Vittorio Mussolini, vous êtes le fils du Duce.
00:59:39Vous étiez auprès de Hitler à Rastenburg lorsqu'a atterri l'avion qui ramenait votre père libéré.
00:59:46Vous avez assisté au retrouvaille des deux hommes.
00:59:48Oui.
00:59:50Lorsque vous vous êtes retrouvé seul, Duce et vous, dans la voiture qui vous ramenait à votre résidence allemande,
00:59:57avez-vous parlé du Ciano ?
00:59:59Non.
01:00:00Et pourtant, vous étiez très lié avec votre beau-frère.
01:00:03Vous aviez servi ensemble dans l'aviation de bombardement.
01:00:07Le nom de Galeazzo n'est venu dans la conversation que le soir à table, au dîner.
01:00:12Les douleurs d'estomac de mon père, provoquées par son ulcère,
01:00:15s'étaient aggravées à un point tel qu'il a à peine touché ce qu'on lui présentait.
01:00:20Il m'a demandé pourquoi Ciano, ma sœur Eda et ses enfants, s'étaient réfugiés en Allemagne.
01:00:25Il craignait pour eux les représailles.
01:00:27Après l'attitude prise par Galeazzo au Grand Conseil fasciste, j'ai répondu que c'était Eda qui en avait
01:00:33pris l'initiative.
01:00:35Elle avait peur, en restant à Rome, de livrer son mari à la clique de Badoglio, qui s'en serait
01:00:41servi comme otage.
01:00:41Le Duce avait raison. Il est curieux que les Allemands ne se soient pas étonnés, indignés même, de voir l
01:00:47'un des conjurés du Grand Conseil réclamer l'asile en Allemagne.
01:00:52Ils ignoraient les détails de cette fameuse nuit.
01:00:55Pour eux, Ciano demeurait le signataire du pacte d'acier.
01:00:59En tout cas, Hitler a donné son accord.
01:01:01Il a déclaré qu'il faut à tout prix sauver pour l'avenir le sang de Mussolini dans les enfants
01:01:06de Ciano.
01:01:07Docteur Ernst Kaltenbrunner, vous êtes général à la SS, vous êtes le successeur de Heidrich à la tête de la
01:01:13Gestapo et du SD, le service secret.
01:01:15Vous êtes le bras droit du Reichsführer SS Heinrich Himmler.
01:01:19Pouvez-vous nous dire ce que vous savez sur Ciano ?
01:01:22Ce que je sais m'a été communiqué par le Reichsführer, qui le tenait dans son envoyé à Rome, Eugène
01:01:29Dollmann.
01:01:30A partir du moment où les Cianos se sont mis sous la protection de l'Allemagne, j'ai chargé le
01:01:34capitaine Wilhelm Meutel,
01:01:36chef du SD dans tous les Balkans, et spécialisé depuis peu dans les affaires italiennes, de leur tenir compagnie et
01:01:42d'assurer leur sécurité.
01:01:43Capitaine Wilhelm Meutel, au cours de votre séjour dans la villa de Ciano, près de Munich, vous avez eu de
01:01:49nombreuses occasions de vous entretenir avec eux.
01:01:51De quoi parlait-il ?
01:01:53La comtesse ne cachait rien de l'action entreprise par son mari pour éloigner le doute chez lui-pouvoir.
01:01:59Elle énumérait avec tristesse les erreurs politiques commises par son père, et tout cela s'en bat, cesse, en l
01:02:06'aideur.
01:02:06C'était une femme fascinante.
01:02:09Et lui ?
01:02:10En aucun moment au cours de nos conversations, il n'a essayé de me cacher son antipathie très vive à
01:02:15l'égard de l'Allemagne nationale-socialiste.
01:02:18Lui est-il arrivé de vous parler de Von Ribbentrop ?
01:02:21Oui.
01:02:22Il disait que c'était une calamité publique.
01:02:26Pardon ?
01:02:27Oui.
01:02:28Il avait dû deviner que je pensais exactement la même chose.
01:02:34Vous a-t-il fait part de son désir de quitter l'Europe ?
01:02:37Oui.
01:02:38Le comte désirait se rendre d'abord en Espagne ou au Portugal, et de là en Amérique du Sud.
01:02:44Comment cela aurait-il été imaginable en pleine guerre ?
01:02:47Le journal.
01:02:49Comment ?
01:02:50Son journal.
01:02:53Celui dans lequel le comte, chaque soir depuis 1936, notait tous les détails de son action diplomatique.
01:02:59Il y avait, paraît-il, là-dedans de quoi démissionner, enfin, Von Ribbentrop de son poste de ministre des Affaires
01:03:05étrangères.
01:03:05J'ai donc négocié en accord avec Himmler l'acquisition de ce journal contre des passeports argentins au nom de
01:03:13monsieur et madame Santos.
01:03:14Et pourquoi l'opération a été échouée ?
01:03:16Parce qu'en fin de compte, Hitler s'est opposé à leur départ.
01:03:20Quand avez-vous revu votre serrette d'art ?
01:03:21À Munich, où résidait mon père et ma mère.
01:03:24Elle était méconnaissable, maigre à faire peur, les yeux fiévreux, le visage décharné, la voix tremblante.
01:03:30Mon père l'adorait.
01:03:32C'était sans doute la seule personne au monde dont il tolérait parfois un conseil.
01:03:36Il l'écouta plaider la cause de son mari et accepta de revoir Galeazzo.
01:03:41Et comment le duche a-t-il accueilli, Tialon ?
01:03:43Assez froidement au début.
01:03:45Puis il oublia au point même de proposer à Galeazzo le ministère des affaires étrangères du nouveau gouvernement de la
01:03:51République sociale italienne qu'il était en train de constituer.
01:03:54Et il y a annoncé ?
01:03:55S'il n'avait tenu qu'à lui.
01:03:57Mais les Allemands s'y opposaient et les autres ministres fascistes, ceux qui étaient demeurés fidèles au duche aussi.
01:04:02Pavolini en particulier ne voulait pas entendre parler de Ciano.
01:04:06Ciano était-il conscient de la haine qu'il avait suscité autour de lui ?
01:04:09Je ne pense pas.
01:04:11Il m'a dit un jour, je ne puis rester ici en Allemagne dans une sinecure surveillée.
01:04:16Je vais retourner en Italie, reprendre mon poste au combat dans l'aviation.
01:04:20Que lui avez-vous répondu ?
01:04:22Que s'il rentrait en Italie, il n'échapperait pas au procès à la prison.
01:04:26Il s'en est tiré par une boutade.
01:04:29A tout prendre, une prison italienne est plus sûre qu'une villa allemande.
01:04:34Le 23 septembre 1943, Mussolini quitte l'Allemagne pour retourner dans son pays.
01:04:41Fatigué, il ne veut plus se battre.
01:04:43Il songe à se retirer définitivement de la vie politique.
01:04:47Mais Hitler et les ultra-fascistes lui forcent la main.
01:04:51Il accepte de fonder la République sociale italienne.
01:05:02Capitaine Heutel, c'est vous qui avez été chargé de convoyer Chiano de Munich à Véronne.
01:05:09Dites-nous dans quelles circonstances.
01:05:11Le 17 octobre, j'en ai reçu l'ordre de mon chef.
01:05:16C'est exact.
01:05:18Ribbentrop avait appris que les ultra-fascistes avaient décidé de traduire en jugement
01:05:22les membres du Grand Conseil qui avaient voté contre Mussolini.
01:05:26Ribbentrop, qui jusqu'alors intriguait auprès de Hitler pour garder Chiano en Allemagne,
01:05:31change d'avis.
01:05:33Aider du docteur Goebbels pousse à son départ, l'envoyant ainsi à la mort.
01:05:38Le 19 octobre, vous atterrissez à Véronne.
01:05:41Qui trouvez-vous ?
01:05:43Un comité d'accueil, composé de soldats en armes de la police fédérale italienne
01:05:48et des inspecteurs de la sûreté.
01:05:51Ils arrêtent Chiano et l'incarcèrent à l'ancien couvent des Carmes des Chaussées,
01:05:56devenu prison militaire.
01:05:57Que faites-vous alors ?
01:06:00Je reprends l'avion pour Berlin pour en rendre compte au général Kaltenbrunner.
01:06:06Ribbentrop ne voulait pas que le journal de Chiano tombe entre nos mains.
01:06:09C'était pour nous la preuve de son importance.
01:06:13Le Reichsführer et ses Simmler, mon chef, décida donc d'échanger la sécurité physique de Chiano et sa liberté contre
01:06:20la livraison du document.
01:06:22Etel retourna à Véronne avec pour mission de proposer à Chiano de le faire évader
01:06:27et de le mettre à l'abri chez des nobles Hongrois de ses amis
01:06:31qui acceptaient de l'héberger dans leur propriété de Transylvanie.
01:06:35Et qui a été chargé de transmettre cette proposition à Chiano ?
01:06:39Frau Betz, ma secrétaire de Rome.
01:06:41Je vous préviens, Frau Hildegard Betz, alias Felicitas du SD, est morte pour toujours et son passé est mort avec
01:06:52elle.
01:06:53Depuis, je me suis mariée à deux reprises.
01:06:56Je ne répondrai donc qu'aux questions qui ne seront pas indiscrètes,
01:06:59qui n'auront pas trait à ma vie privée
01:07:01et qui portent exclusivement sur mon activité dans le service secret à l'époque qui vous intéresse.
01:07:07Soit.
01:07:08Madame Betz, vous étiez la seule personne autorisée à visiter le compte de Chiano dans sa cellule.
01:07:14Oui.
01:07:15N'étiez-vous pas pour lui une sorte de dame de compagnie ?
01:07:21Si vous voulez.
01:07:23Le matin, je préparais son déjeuner.
01:07:26Je mettais de l'ordre, nous bavardions.
01:07:30L'après-midi, je revenais pour servir le thé,
01:07:33pour jouer aux dames ou aux échecs.
01:07:36Parfois, je revenais le soir
01:07:38et je restais jusqu'à l'extinction des feux.
01:07:42Quel âge aviez-vous à l'époque ?
01:07:4623 ans.
01:07:49Madame Betz, nous savons maintenant que ce rôle n'était pour vous qu'une couverture.
01:07:54En réalité, quelle était votre mission ?
01:07:56Essayer d'obtenir du compte de Chiano des précisions quant à l'endroit où se trouvait son journal.
01:08:02Étiez-vous chargée d'une transaction ?
01:08:04Oui.
01:08:06En quoi consistait-elle ?
01:08:08En un traité, en bonne et due forme,
01:08:12signé d'une part par le général Kelton Brunner,
01:08:15d'autre part par le compte de Chiano.
01:08:18Celui-ci s'engageait à nous livrer ses carnets et son journal.
01:08:22En contrepartie, le service secret SS se faisait fort de le faire évader.
01:08:26Ah oui ? Comment cela ?
01:08:27Opération classique.
01:08:29Occupation des locaux de la prison par un détachement de la Gestapo qui, sous prétexte de s'opposer à toute
01:08:35tentative d'évasion, aurait enlevé le prisonnier.
01:08:37Et qui a fait échouer l'opération ?
01:08:42Ribbentrop, il a appris ce que nous préparions, il s'est précipité chez le Führer et lui a tout révélé.
01:08:47Mais, Himmler et moi avons été convoqués sur le champ.
01:08:51Une colère fantastique, colossale.
01:08:56Himmler est resté seul avec Hitler.
01:08:58En ressortant, il m'a appris que l'opération était interdite.
01:09:02Et que de sévères sanctions seraient prises à l'encontre de quiconque voudrait se mêler de tirer Chiano de sa
01:09:07prison de Véronne.
01:09:08Vous vous rappelez la date ?
01:09:10Oui.
01:09:10Le 6 janvier 1944.
01:09:15Madame Bates, c'est vous qui avez été chargée d'annoncer la mauvaise nouvelle aux prisonniers.
01:09:23Quelle a été sa réaction ?
01:09:26J'étais profondément bouleversée.
01:09:30J'avais de la peine à retenir mes larmes.
01:09:34Il m'a consolée.
01:09:38Puis il a écrit une lettre d'adieu à sa femme.
01:09:42Vous vous souvenez-vous de cette lettre ?
01:09:45Les premiers mots seulement.
01:09:49Mon Hedda.
01:09:52Tandis que tu vivras dans l'illusion bénie
01:09:55que je serai bientôt libre
01:09:59et que nous serons de nouveau réunis.
01:10:03Pour moi,
01:10:05l'agonie aura commencé.
01:10:08M. Alessandro Pavolini.
01:10:20Vous êtes le secrétaire général du Nouveau Parti fasciste.
01:10:23Oui.
01:10:25Vous êtes né à Florence le 27 septembre 1903.
01:10:28Après des études classiques,
01:10:30vous entrez à l'université où vous réussissez brillamment.
01:10:33De 1923 à 1924,
01:10:35vous faites votre service militaire.
01:10:37Dans les Bersallieri.
01:10:38Quand vous êtes-vous inscrit au Parti fasciste ?
01:10:41En octobre 1920,
01:10:43j'avais 17 ans.
01:10:45Vous vouliez faire une carrière politique ?
01:10:47Je voulais surtout devenir écrivain.
01:10:50J'écrivais des nouvelles,
01:10:51j'ébauchais des romans.
01:10:53Vous en avez publié plusieurs,
01:10:55dont un sur le cyclisme intitulé
01:10:57Le Tour d'Italie.
01:10:58Élu député en 1934,
01:11:00vous faites partie de l'entourage du comte Ciano,
01:11:02dont vous êtes l'ami.
01:11:03Et lorsque Mussolini attaque l'Ethiopie,
01:11:06vous faites la guerre avec son jambre.
01:11:08J'étais observateur à la 15e escadrille de bombardement,
01:11:11la Disperata.
01:11:13Galeazzo y était mon capitaine pilote.
01:11:16Nommé secrétaire général du Parti fasciste,
01:11:18vous n'avez de cesse que vos anciens amis du Grand Conseil,
01:11:21dont Ciano,
01:11:22ne passent en jugement devant ce tribunal.
01:11:25Le tribunal spécial de Véron.
01:11:27Le verdict connu avant même l'ouverture du procès
01:11:31fut rendu le 10 janvier 1944.
01:11:36Voulez-vous nous dire quel fut ce verdict ?
01:12:03Ciano et Marinelli furent condamnés à mort.
01:12:07Tullio Cianetti bénéficia de circonstances atténuantes,
01:12:1030 ans de réclusion.
01:12:12Les accusés en fuite,
01:12:13une douzaine,
01:12:15furent condamnés à mort par compte humasse.
01:12:18Pavolini,
01:12:19vous allez jouer dans l'exécution de la sentence
01:12:22un rôle capital.
01:12:25Mais vous ne serez pas le seul.
01:12:27Quels vont être les autres ?
01:12:30Général Piatti,
01:12:32commandant territorial de la Vénécie.
01:12:35Major Furlotti,
01:12:37qui commandera le peloton d'exécution.
01:12:40Le ministre de la Justice,
01:12:43Piero Pisenti.
01:12:45Giovanni Dolphine,
01:12:47secrétaire de Mussolini.
01:12:49Et Vincenzo Cierro-Cimo,
01:12:52j'ai été chargé par le ministre de la Justice,
01:12:54Piero Pisenti,
01:12:55d'assurer l'instruction du procès.
01:12:58Général Piatti,
01:13:01en son nom,
01:13:02puis-je vous demander
01:13:03pourquoi vous refusez
01:13:04soit de transmettre
01:13:05les dossiers de recours en grâce
01:13:06des cinq condamnés à mort
01:13:07au pouvoir civil,
01:13:09c'est-à-dire au ministre Pisenti,
01:13:11soit de fixer la date
01:13:12et le lieu de l'exécution.
01:13:14Tout simplement parce que
01:13:15je ne suis pas qualifié pour le faire.
01:13:16Vous en avez parfaitement le droit.
01:13:18Voyons, pourquoi ne pas consulter
01:13:19Piero Pisenti ?
01:13:20Il réside à Brescia,
01:13:21nous n'en sommes qu'à 65 kilomètres.
01:13:23Je suis prêt à recevoir
01:13:25les recours en grâce
01:13:25et à les transmettre.
01:13:27À qui ?
01:13:28Au Ducci.
01:13:30À Cardone.
01:13:31C'est mon devoir
01:13:32de ministre de la Justice.
01:13:33Il faut en finir.
01:13:36Nous faisons la guerre,
01:13:37nous sommes des militants révolutionnaires.
01:13:43Le Ducci est accablé de soucis.
01:13:46Nous devons lui épargner
01:13:47d'avoir un statué
01:13:47sur un sujet déjà pénible pour lui.
01:13:53C'est au parti,
01:13:55instigateur de ce procès,
01:13:56de le terminer,
01:13:57d'en assumer la responsabilité
01:13:59jusqu'au bout.
01:14:03Je fais mon affaire
01:14:04des recours en grâce.
01:14:06Je vous ferai remarquer
01:14:08que c'est à moi
01:14:09qu'il appartient
01:14:09de faire tenir
01:14:10les documents au Ducci.
01:14:11Jamais !
01:14:12Ils sont montés en voiture,
01:14:14il était un peu plus de minuit.
01:14:16Pavolini décide alors
01:14:17de pousser jusqu'à Maderno,
01:14:18à 30 kilomètres de là
01:14:19où se trouve
01:14:19le ministre de l'Intérieur,
01:14:20Bouffarini.
01:14:22Bouffarini,
01:14:23appuyant les thèses
01:14:23de Pavolini,
01:14:25conseille de faire rejeter
01:14:26les demandes de recours en grâce
01:14:27par la plus haute autorité militaire
01:14:28de Véronne,
01:14:29le consul Italo-Vianini.
01:14:31Le groupe repart donc
01:14:32pour Véronne.
01:14:34Là, Pavolini met 4 heures
01:14:36pour convaincre Viannini.
01:14:39À 8h15,
01:14:40enfin,
01:14:40celui-ci cède
01:14:41et signe le rejet
01:14:43des demandes
01:14:44de recours en grâce.
01:14:45Il ne reste plus
01:14:46qu'à désigner
01:14:47un peloton d'exécution.
01:14:49C'est le Major Fourlotti
01:14:50qui en est chargé.
01:14:55Major Nicolas Fourlotti,
01:14:58vous considérez-vous
01:14:59comme un simple exécuteur d'ordre
01:15:01ou comme quelque chose de plus ?
01:15:03Quelque chose de plus.
01:15:05Vous haïssiez Tchiano ?
01:15:07De toutes mes forces.
01:15:10Comment avez-vous appris
01:15:11que Tchiano avait trahi ?
01:15:13Par les journaux.
01:15:15Par les journaux ?
01:15:16Et c'est tout ?
01:15:16Oui.
01:15:18Qui étiez-vous pour haïr
01:15:20au point de désirer
01:15:20de tuer Tchiano et les autres ?
01:15:22Un fasciste de la première heure.
01:15:25Avant le début du procès,
01:15:28étiez-vous sûr
01:15:29que Tchiano serait condamné à mort ?
01:15:33J'étais sûr
01:15:35qu'il allait mourir.
01:15:38Oui, comment cela ?
01:15:41Même si Tchiano
01:15:42avait été condamné
01:15:43aux travaux forcés
01:15:43au lieu d'être condamné à mort,
01:15:46il serait mort tout de même.
01:15:49Tué au cours du transfert
01:15:50entre la salle
01:15:51où se déroulait le procès
01:15:52et la prison.
01:15:55Tué par vous ?
01:15:56C'était décidé.
01:15:59Vous aviez un plan pour cela ?
01:16:01Oui.
01:16:02Vous n'aviez pas peur ?
01:16:04Peur ?
01:16:05Peur de qui ?
01:16:07De Mussolini.
01:16:08Le Doce.
01:16:10Ce serait jamais mêlé
01:16:11de cette affaire.
01:16:13Donc, avant même
01:16:14le début du procès,
01:16:15vous étiez sûr
01:16:15que Tchiano serait condamné à mort ?
01:16:18Ce que vous nous dites,
01:16:19Major Fourlotti,
01:16:20est absolument inédit
01:16:21dans l'histoire du procès de Véron.
01:16:23Vous en rendez-vous compte ?
01:16:24Mais Pavolini lui-même
01:16:27avait déclaré
01:16:28bien avant le procès
01:16:29que pour des gens comme Tchiano,
01:16:31la seule peine possible
01:16:32était la mort.
01:16:34Tchiano devait mourir,
01:16:37comme tous les traîtres,
01:16:38comme tous ces comploteurs
01:16:40qui ne sont ni antifascistes,
01:16:42ni démocrates,
01:16:44ni même des politiciens égarés.
01:16:47Tous les conjurés
01:16:48du 25 juillet
01:16:50appartiennent à l'extrême droite fasciste
01:16:52et leurs noms
01:16:53sont étroitement liés
01:16:54à ceux des grands capitalistes
01:16:55de l'Italie septentrionale.
01:16:57Le 25 juillet 1943,
01:17:01la débâcle est proche.
01:17:02Le capitalisme italien
01:17:04ne songe qu'à survivre.
01:17:06Voilà pourquoi
01:17:07il veut évincer le douche
01:17:09et s'en approprier la gloire
01:17:11en s'appuyant
01:17:12sur les forces conservatrices,
01:17:14épouvantées par les désastres
01:17:15de la guerre
01:17:16et par la montée
01:17:17de l'agitation ouvrière.
01:17:18Voilà pourquoi le complot,
01:17:20pourquoi le désir bien tardif
01:17:22de traiter avec les anglo-américains.
01:17:25Chiano a échoué.
01:17:28C'est de cela qu'il meurt.
01:17:30Il meurt d'échec
01:17:31et de rien d'autre.
01:17:33Qui vous dit
01:17:34s'il était resté au pouvoir
01:17:36en janvier 1944 ?
01:17:38Oui, qui vous dit
01:17:39qu'il ne nous aurait pas fait
01:17:41traduire en jugement ?
01:17:43Nous, les fascistes,
01:17:45fidèles aux douches.
01:17:48M. Giovanni Dolphine,
01:17:51revenons à cette nuit tragique
01:17:53du 10 au 11 janvier 1944.
01:17:56Cette nuit-là,
01:17:56vous avez remis au douches
01:17:58une lettre des Daciano
01:18:00qui vous avait été transmise
01:18:01par le général Karl Wolf,
01:18:02représentant de Himmler en Italie.
01:18:05Quelle heure était-il ?
01:18:07Une heure du matin.
01:18:10Le douches ne dormait pas.
01:18:11Il a les yeux fixes
01:18:12et il a reponté son bureau.
01:18:14Il a pris la lettre
01:18:15sans dire un mot
01:18:15et d'un geste me congédia
01:18:17avant de l'ouvrir.
01:18:18Nous connaissons le texte
01:18:20de cette lettre
01:18:22d'Utche.
01:18:25J'ai attendu jusqu'à ce jour
01:18:26le plus petit signe d'humanité
01:18:27ou d'affection de votre part.
01:18:30Cela suffit maintenant.
01:18:32Si Gary Hudson
01:18:33n'est pas en Suisse
01:18:33dans trois jours,
01:18:34selon les conditions
01:18:35que j'ai stipulées aux Allemands,
01:18:37je ferai usage
01:18:38de tout ce que je sais
01:18:39et dont j'ai l'épreuve palpable.
01:18:42Si au contraire,
01:18:43on nous laisse en paix
01:18:44et en sécurité
01:18:45depuis la phtisie
01:18:46jusqu'à l'accident de voiture,
01:18:47vous n'entendrez plus jamais
01:18:49parler de nous.
01:18:51Et d'Aciano.
01:18:55Étrange lettre, non ?
01:18:56Curieuse relation de famille.
01:19:00Continuez.
01:19:01À cinq heures du matin,
01:19:03le Dutche téléphone
01:19:04au général SS Karl Wolf.
01:19:06Il a besoin d'un conseil.
01:19:08Il veut savoir
01:19:09si le fait de gracier son gendre
01:19:10diminuera son prestige
01:19:11aux yeux du Führer.
01:19:13Il considérera certainement
01:19:15ce fait comme un acte
01:19:15de faiblesse de votre part,
01:19:17répond le général.
01:19:18Alors que me conseillez-vous,
01:19:20demande Mussolini,
01:19:20de soldat à soldat.
01:19:22Et Wolf répond,
01:19:24Excellence,
01:19:25vous connaissez
01:19:25ma position personnelle.
01:19:26Je suis contre tout sacrifice
01:19:28qui peut être évité.
01:19:30Vous seul pouvez décider.
01:19:33Et que fait le Dutche ?
01:19:36Rien.
01:19:40Quelques jours après,
01:19:41il m'a dit,
01:19:42en parlant de cette nuit,
01:19:45chaque fois que j'allumais la lumière,
01:19:46je me sentais irrésistiblement attiré
01:19:49par le revolver
01:19:50posé sur la table de nuit.
01:19:56Peut-être aurait-il pardonné
01:19:57si Pavolini avait permis
01:19:59que les recours en grâce
01:20:00lui puissent transmis ?
01:20:25Que Dieu me pardonne
01:20:27d'avoir maudit mon beau-père.
01:20:32Je meurs sans haine
01:20:34pour personne.
01:20:38Nous sombrons tous
01:20:40dans le même naufrage.
01:20:43L'heure de Mussolini
01:20:46viendra bientôt.
01:20:50La violence
01:20:52se retourne toujours
01:20:54contre elle-même.
01:21:01dans le même naufrage.
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