00:00Raphaël, on va revenir sur les questions d'impôts de production avec vous.
00:03L'Institut Montaigne publie avec le cabinet Forvis-Mazar son cinquième baromètre sur les impôts de production avec des résultats
00:09en trompe-l'œil.
00:10Oui, alors j'ai une bonne nouvelle ce matin, j'ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle.
00:14J'ai une bonne, une mauvaise et une très mauvaise nouvelle.
00:17Ça s'aggrave au fur et à mesure.
00:18Alors on va commencer par la bonne quand même.
00:20La bonne c'est que les impôts de production baissent en Europe et même en France.
00:24Pourquoi c'est une bonne nouvelle ?
00:25Parce que les impôts de production, c'est ce qu'il y a, il faut l'expliquer,
00:28de plus nocif pour les entreprises.
00:31C'est les taxes que les entreprises payent avant même qu'elles aient réalisé le premier euro.
00:37Deux bénéfices, c'est la taxe sur les salaires, c'est les impôts fonciers.
00:40Ça augmente les risques de faillite en temps de crise
00:44et ces impôts empêchent les TPE et les PME de grandir en augmentant leur point de rentabilité.
00:51Voilà, tout ça est largement documenté par les études économiques.
00:55Et donc, en Europe, ces impôts de production, selon le baromètre de l'Institut Montaigne,
01:00ils sont passés de 2,4 à 2% du PIB.
01:04C'est une première bonne nouvelle.
01:06En moyenne, bien sûr.
01:07En France, ils sont passés de 3,8 à 3,6.
01:10Donc c'est une petite baisse.
01:11C'est toujours ça de prix.
01:12Sauf que, sauf que, explique l'Institut Montaigne,
01:15c'est que c'est une baisse en trompe-l'œil.
01:17Une baisse qui n'est due qu'à la fin de certaines taxes exceptionnelles
01:22qu'on avait eues sur l'énergie, les taxes de crise.
01:25Tiens, tiens, tiens, on en reparle aujourd'hui.
01:27Et notamment, en fait, à l'arrêt des contributions bancaires
01:33au fonds de résolution unique.
01:36Donc, ce n'est pas véritablement une baisse structurelle.
01:38On n'a pas allégé les impôts de production sur les entreprises.
01:43Et d'ailleurs, on a eu le débat lors du dernier PLF.
01:46On sait que les entreprises attendent toujours une nouvelle baisse de la CVE qui n'arrive pas.
01:50Alors, la mauvaise nouvelle, mais bon, on ne va pas tomber de sa chaise,
01:53c'est que la France est toujours le mauvais élève.
01:55Et oui, effectivement, la France reste une anomalie dans le paysage européen.
02:01On a beau, Emmanuel Macron a beau avoir promis 10 milliards d'euros de baisse en 2020,
02:05on est toujours le deuxième pays européen le plus taxé en matière d'impôts de production.
02:11On est derrière la Suède.
02:12Sauf qu'en Suède, c'est un modèle très particulier.
02:14Ils payent leur modèle social.
02:17Les allocations sociales sont payées par les impôts de production,
02:20alors que nous, on a à la fois les impôts de production les plus élevés
02:25et en plus les cotisations sociales les plus élevées d'Europe.
02:29C'est un peu la double peine.
02:31Donc, on reste le deuxième pays le plus taxé.
02:33Et de loin, en France, c'est trois fois la médiane européenne.
02:37La médiane européenne, c'est 1,2 point de PIB pour les impôts de production.
02:40On est à 3,6.
02:43C'est 104 milliards d'euros de prélèvement.
02:47Quand l'Italie, par exemple, qui a à peu près le même PIB par tête que la France,
02:50c'est 60 milliards seulement.
02:53L'Allemagne, avec un PIB qui est une fois et demie celui de la France,
02:58c'est quatre fois moins d'impôts de production.
03:02Il ne faut pas s'étonner dans ce cas-là qu'on ait un véritable problème de compétitivité
03:06avec notre voisin allemand.
03:08Ils ont baissé quand même les impôts de production ?
03:10Oui, c'est vrai qu'on a réduit un peu la CVAE.
03:12C'est très bien.
03:12Mais de l'autre côté, on a augmenté tous les impôts, les impôts locaux,
03:15les taxes sur la masse salariale, les contributions pour financer les retraites.
03:21Aujourd'hui, les impôts de production, c'est 135 taxes différentes.
03:27C'est évidemment ce qui explique les quarts d'imposition,
03:30notamment entre la France et l'Allemagne.
03:3210 points de PIB d'impôts sur les entreprises en Allemagne.
03:3515 en France, c'est absolument colossal, c'est 50% de plus.
03:40Et tant qu'on n'aura pas réduit les dépenses qui vont avec ces impôts,
03:46ces impôts, ils financent les collectivités locales, les transports, les retraites,
03:51les dépenses sociales, je vous rappelle que c'est 60% de la hausse des dépenses publiques
03:54l'année prochaine, on n'y arrivera pas à réduire ces impôts de production
03:58avec une conséquence très concrète, c'est que les décisions d'investissement
04:02se feront ailleurs. C'est ça la très mauvaise nouvelle.
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