00:02Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Maxime Liedot.
00:087h43 sur Sud Radio, on vous explique ce matin cette question avec des éléments de réponse qu'on espère apporter.
00:13En tout cas, l'hôpital public est-il en quasi-faillite ? Bonjour Olivier Reitman.
00:17Bonjour.
00:18Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Vous êtes sénateur LR de Haute-Saône et auteur d'une proposition
00:22de loi pour lutter précisément contre les retards de paiement.
00:25Mais avant de rentrer dans le détail de ce dossier, commençons par le début du problème.
00:29Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'impayé qui semble être astronomique de la part des hôpitaux
00:33publics français ?
00:35Les retards de paiement sont une vraie calamité pour notre pays et surtout pour nos entreprises, nos TPE, nos PME.
00:42Puisque le dernier rapport de l'Observatoire des délais de paiement fait état de 17 milliards de trésoreries que les
00:49entreprises ne rentrent pas
00:50parce qu'il y a beaucoup de retards sur les délais de paiement.
00:54Et sur ces 17 milliards, 5 milliards sont imputés aux payeurs publics, dont une grande partie concernant les hôpitaux publics
01:04qui payent les entreprises avec beaucoup, beaucoup de retard.
01:10Ce qui n'est pas dû aux gestionnaires des hôpitaux qui, eux, font avec l'argent que, entre guillemets, l
01:16'État leur met sur le compte.
01:18Et la première des choses qu'ils font, c'est qu'ils payent déjà la continuité des soins.
01:22C'est une obligation.
01:24Ils payent les médecins, ils payent les agents.
01:27Et en tout dernier, viennent les entreprises qui accomplissent des prestations, qui fournissent les hôpitaux.
01:31Et puis, il y a différents témoignages.
01:34C'était un papier du journal Le Point cette semaine.
01:36Une enquête à ce propos, à savoir que le plafond normal, légal, pour payer des factures, c'est 50 jours.
01:42En moyenne, via l'hôpital public, on est à plus de 70 jours.
01:46Donc, à la fin, ce sont des TPE, des PME, souvent de taille moyenne, pour ne pas dire de petites
01:50entreprises,
01:51qui derrière se retrouvent en grande difficulté, voire qui sont obligés de mettre la clé sur la porte
01:55parce que les hôpitaux, avec la somme d'argent que cela représente, quand ils ne payent pas,
01:59forcément, ça crée des trous dans la trésorerie.
02:03Effectivement.
02:03Plus que l'absence de commandes, le manque de trésorerie est un des mots les plus importants aujourd'hui pour
02:12nos entreprises.
02:13On peut remarquer d'ailleurs que ces dernières années, le nombre de défaillances d'entreprises n'a fait qu'augmenter.
02:17On approche les 70 000 défaillances d'entreprises sur un an.
02:23Et le plus grand problème étant l'absence ou le manque de trésorerie.
02:27Et cette absence ou ce manque de trésorerie vient notamment du fait des retards de paiement.
02:32Alors, des grandes entreprises vis-à-vis des petites, mais aussi du payeur public.
02:38Il faut savoir une chose, c'est que les retards de paiement augmentent le risque de défaillance d'une entreprise,
02:44notamment une TPE ou une PME, de 25%.
02:47Et si le délai de dépassement est au-delà de 60 jours, ça augmente le risque de défaillance de plus
02:54de 40%.
02:55C'est absolument dingue.
02:56Et le plus choquant, quand on s'intéresse un peu à ce sujet, c'est qu'on s'aperçoit que
03:00certains hôpitaux,
03:01et c'est important de le dire, seulement certains, conseilleraient à leurs prestataires d'augmenter leur prix pour compenser les
03:07retards.
03:08C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est vraiment dans cette situation de détresse.
03:11Vous êtes dans cette situation presque de magouille, parce que c'est du petit ajustement budgétaire.
03:17Effectivement, certains hôpitaux, il faut bien le dire certains, dans leurs négociations avec les entreprises,
03:24moi ça m'a été dit lorsque j'ai fait des auditions pour rédiger ma proposition de loi pour essayer
03:29de régler le problème des retards de paiement,
03:31certains hôpitaux vont jusqu'à dire à certaines entreprises, mettez-moi d'office un surcoût de 20%,
03:38ça comblera le retard de paiement, puisque de toute façon, on n'aura pas les possibilités, les moyens de vous
03:43payer en temps et en heure.
03:44Vous parliez de votre proposition de loi, concrètement, qu'est-ce qu'elle peut changer aujourd'hui,
03:48si l'Assemblée va jusqu'au bout en tout cas, quand on voit cette situation qui est quand même aussi
03:53terrible pour la situation de nos hôpitaux
03:55et catastrophique pour les entreprises qui travaillent pour eux ?
03:59Alors, la proposition de loi s'attaquait à deux phénomènes de retard.
04:03Le retard des grandes entreprises sur les plus petites, c'est la plus grosse partie, c'est 12 milliards sur
04:07les 17 milliards.
04:09Là aussi, les grandes entreprises, certaines, soignent leur trésorerie en ne payant pas en temps et en heure.
04:16Et également, les retards de paiement dans le domaine public.
04:19Mais là où on peut se poser des questions et être inquiet, c'est que quand vous voulez régler,
04:23dans nos discussions et dans nos échanges avec Bercy notamment,
04:26quand vous voulez régler les problèmes de retard de paiement du privé au privé,
04:30il n'y a aucun souci, il y a une vraie volonté d'agir et de changer les choses.
04:33Mais du privé au public, ça pose problème.
04:35Par contre, quand vous commencez à vouloir toucher les retards de paiement du public vers le privé,
04:39vous sentez quand même de vraies réticences.
04:41Pourquoi ? Parce que l'État, enfin la France, est dans une situation budgétaire catastrophique.
04:48Et ne pas mettre l'argent sur le compte des hôpitaux, ça permet de préserver quelque part le budget
04:53et de ne pas trop décaisser de finances.
04:56Et c'est un maintien du budget de façon très artificielle et très dangereux.
05:01Pourquoi ? Parce qu'effectivement, on arrive, entre guillemets,
05:05parce que la situation reste quand même catastrophique,
05:07à ne pas décaisser de l'argent des comptes de l'État.
05:10Mais en même temps, on met en péril des entreprises.
05:13C'est ce que j'expliquais au ministre Aumann, c'est que c'est du court-termisme.
05:18Parce que mettre en danger des entreprises, c'est pousser des entreprises,
05:22quelque part la défaillance, donc au licenciement,
05:25augmentation des chômages, baisse des cotisations, baisse de paiement d'impôt.
05:28Et donc forcément, en plus derrière de l'argent que l'État devra ressortir,
05:32à un moment, à un autre, situation totalement ubuesque,
05:35et dont la France, par moments, semble être absolument familière.
05:38Merci beaucoup, Olivier Reitman, d'avoir été avec nous,
05:40sénateur LR de Haute-Saône, et auteur d'une proposition de loi
05:43pour lutter contre les retards de paiement,
05:45notamment quand on voit cette situation de l'hôpital public quasi en faillite
05:48et qui ne paye pas ou qui a des retards de paiement considérables
05:51vis-à-vis des entreprises avec lesquelles ils travaillent.
05:54Il est 7h48 sur Sud Radio.
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