- il y a 15 heures
Absentéisme, désengagement ou désenchantement face à l'entreprise... Si nos parents plaçaient le travail au cœur de leur existence, ce n'est plus le choix d'une majorité d'actifs en 2026 ? On se demande pourquoi notre rapport au travail a changé si profondément.
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00:00...
00:07Absentéisme, désengagement, désenchantement face à son entreprise.
00:11Nos parents placer le travail au cœur de leur vie,
00:14ce n'est plus forcément le cas pour la majorité des actifs en 2026.
00:17On va se poser la question, on va se demander pourquoi le travail n'est plus forcément une priorité.
00:24Pour en parler, mes invités, Romane Berges, bonjour.
00:26Alors, cofondatrice CEO, donc présidente, c'est ça, de Will Society.
00:31Will Society, c'est quoi ? C'est une sorte de collectif, de communauté que vous créez autour du contact
00:37entre l'entreprise et les jeunes générations, c'est ça ?
00:39C'est ça, c'est le premier écosystème intergénérationnel en France,
00:42où on fait de l'intergénérationnel un vecteur de performance durable.
00:46Donc ça mélange à la fois des dirigeants, des jeunes talents,
00:48toujours au service des problématiques d'attractivité, d'engagement des nouvelles générations.
00:53Ce n'est pas que à destination des jeunes générations, mais aussi des, on va dire, ce qu'on appelle
00:58les seniors ou travailleurs expérimentés,
01:00et même entre les deux.
01:01Exactement, c'est transversal comme réseau.
01:04De, à nos côtés, Anne Ricou, bonjour.
01:07Head of Learning and Development, on le dit en anglais, parce que l'entreprise, c'est Disney Université en France,
01:14mais Disney University à l'international.
01:15En quelques mots, votre job consiste en quoi ?
01:20Alors, mon job consiste à proposer des parcours de développement au cadre de l'organisation.
01:28Donc je suis spécialiste en leadership, management, soft skills aussi.
01:33Et puis j'ai un petit axe culture et héritage.
01:36Oui, parce qu'il y a une entreprise américaine avec des salariés de différents pays,
01:41et donc il y a toujours une adaptation à faire, c'est ça, un mariage presque à faire au niveau
01:46culturel,
01:47entre les cultures de l'entreprise d'origine et locale, c'est ça ?
01:50Alors effectivement, je dirais que la connexion que l'on fait avec la culture d'origine,
01:55oui, est davantage l'histoire de Walt Disney et comment cette culture a été créée.
02:00Ensuite, on a quand même une présence locale et une indépendance locale forte.
02:06C'est prendre le meilleur du local.
02:07Tout à fait.
02:08À nos côtés également, Katia Birag, bonjour.
02:11Bonjour Nicolas.
02:11Directrice Axel Performance.
02:13Alors expliquez-nous, Axel Performance, c'est du conseil, c'est ça ?
02:16C'est du conseil, c'est un organisme de formation également.
02:19C'est une entreprise que j'ai créée il y a une quinzaine d'années.
02:22Et la particularité, c'est que nous amenons en France des outils qui nous viennent des États-Unis,
02:28d'une société qui s'appelle Crucial Learning,
02:29d'où sommes le représentant exclusif sur le territoire français.
02:33Spécialiste en leadership, management, des sujets dont Anne parlait tout à l'heure.
02:37Et là, on ne va peut-être pas parler que des leaders, des dirigeants,
02:40puisque quand on parle de désengagement ou du travail qui n'est plus au centre de la vie,
02:44on parle aussi des gens qui seraient en première ligne, on pourrait appeler ça.
02:48Et souvent, on a peut-être le biais cognitif de se dire,
02:51c'est les jeunes qui ne s'intéressent plus au travail ou qui n'en font plus une priorité.
02:55Romane, vous qui connaissez justement ces jeunes générations,
02:58le problème de désengagement qu'on ressent,
03:01est-ce que c'est vraiment un problème générationnel ou dans quelle mesure c'est un sujet générationnel ?
03:08Ça serait plus simple si c'était seulement générationnel.
03:11On va dire que c'est un problème systémique à la fois,
03:13un problème qui vient du rupture du pacte social aujourd'hui.
03:17On a mené une grande enquête intergénérationnelle auprès de plus de 800 dirigeants et jeunes talents,
03:22avec des camélières dans la prospective du futur du travail.
03:24Et la data intéressante qui ressort, c'est que 83% de ces jeunes générations rejettent les modèles de leadership
03:30actuels.
03:31Donc les modèles, pas le travail qui est rejeté.
03:34Les jeunes aujourd'hui refusent de travailler au détriment de leur sens, de leur valeur.
03:39Si on ne donne pas un cadre clair et un cap engageant, en effet, on peut voir ce désengagement.
03:44Et si on regarde un peu les faits historiques de 2008 à aujourd'hui,
03:47on voit qu'ils ont rencontré austérité, attentat, crise financière, guerre même en Europe, l'accélération de l'IA.
03:57Donc c'est beaucoup d'instabilité qui crée une hyper-adaptabilité
04:02qui est souvent reliée à de la désinvolture ou du désengagement, mais qui n'en est pas en réalité.
04:08Et avant, on avait la loyauté qui était plus une évidence, parce qu'on avait un seul repère traditionnel.
04:13On pouvait rester toute sa vie presque dans la même entreprise, c'était normal.
04:16Exactement, c'était normal. Or aujourd'hui, on a une multitude de choix, de possibilités.
04:20On peut même partir travailler à l'international sans changer de travail.
04:24Donc on a une mobilité.
04:26Et on peut changer de travail dans le cours de sa vie aussi.
04:28Exactement.
04:29Je me tente vers vous, Katia, parce que quand on parle du sujet,
04:32on pourrait se dire que c'est de la faute des salariés, c'est eux qui sont désengagés.
04:35Mais est-ce que le problème, là on parlait de génération,
04:38mais est-ce que c'est aussi que le problème des salariés ou parfois aussi de la structure
04:41qui, comme vous le disiez, le contrat social n'est pas forcément respecté ?
04:45Est-ce que les entreprises aussi créent ce désenchantement ?
04:48Et donc c'est normal aussi que certains salariés se disent
04:51« je ne vais pas tout donner à une entreprise qui ne va peut-être pas tout me rendre en
04:55retour ».
04:56Alors le sujet est vaste.
04:58En effet, il est vrai que, comme le disait Romane,
05:01c'est un ensemble de raisons qui expliquent un petit peu la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui.
05:07le monde est complexe et la première des choses, je dirais qu'il faut résister à la tentation
05:13de penser qu'on peut généraliser et mettre les gens dans des boîtes,
05:17ne pas simplifier à l'extrême, ne pas avoir des biais immédiats en disant
05:22« c'est les jeunes, c'est les vieux, c'est plus comme avant, c'est les salariés, c'est
05:26les patrons ».
05:26Tous ces trucs-là, on va essayer de, soyons factuels, revenons-en aux faits, soyons précis,
05:31chaque cas est différent et je pense que c'est un vrai travail sur soi, toujours,
05:36pour justement, bien que ce soit humain et que naturellement, on ait envie d'aller sur ce genre de terrain,
05:42de toujours remettre les choses en perspective et de ne pas mettre la responsabilité sur une partie ou sur une
05:48autre.
05:48Les responsabilités sont toujours partagées.
05:51L'environnement a changé et on a, je dirais, des nouveaux codes à définir pour trouver comment on va réengager
06:01parce qu'après, les éléments vont rester toujours les mêmes.
06:05Je veux dire, il y a des facteurs de sens, il y a des facteurs de relation avec l'autre,
06:10avec l'entreprise.
06:11Il y a beaucoup d'éléments, mais voilà.
06:13Anne Ricou, j'imagine que, alors je ne sais pas si ça se voit de manière concrète sur le terrain,
06:18mais il y a encore 10-15 ans, quand on rentre chez Disney, on se dit « waouh, c'est
06:22génial, je rentre dans une énorme entreprise »
06:24et donc les gens peut-être s'imaginent rentrer et rester très longtemps.
06:27Est-ce qu'aujourd'hui, les gens qui rentrent, notamment pour des postes à responsabilité,
06:32se projettent sur le long terme ou vous sentez que les gens ne viennent pas forcément pour un projet de
06:38plus de 3, 4, 5 ans ?
06:40Est-ce que vous sentez ce désengagement vous-même dans une entreprise comme la vôtre qui a pourtant une aura
06:45importante ?
06:46Alors, pas forcément. Moi, j'ai beaucoup de chance parce que je travaille pour Disney et j'ai le poids
06:51de la marque.
06:52On est fiers de travailler pour Disney, c'est une belle entreprise.
06:56Non, je ne parlerai pas de désengagement. Par contre, oui, rebondir sur le sens.
06:59Je pense qu'on sent qu'il y a aujourd'hui une quête du sens qui est différente avec toutes
07:06les transformations,
07:07tout ce qui se passe. On a vécu une période Covid aussi et le post-Covid a été vraiment un
07:11moment
07:11où la quête de sens a pris toute son ampleur. Et c'est là où le leader a un rôle
07:18énorme à jouer,
07:19justement, dans cette quête de sens, redonner du sens pour relancer l'engagement des salariés
07:24et leur responsabilisation.
07:26Est-ce que dans tout ça, on parle du leader, mais il y a aussi les outils qui ont beaucoup
07:30changé,
07:31notamment la digitalisation. On pourrait la citer, mais on va parler directement de l'IA
07:35parce que c'est le gros phénomène aujourd'hui dans la digitalisation.
07:40Ça, ça a quel impact sur la relation qu'on a avec notre travail, nos jobs, nos contrats de travail
07:47?
07:47Est-ce que les gens se sentent menacés et donc moins engagés à cause de ça ?
07:53Encore une fois, il n'y a pas de réponse pour tout le monde.
07:56Ça va dépendre de notre rapport.
07:57Ça va dépendre de notre rapport à l'IA. Ça va dépendre aussi de l'exposition qu'on a eue
08:02à l'IA.
08:03Et surtout, ça va dépendre aussi de notre appétence à vouloir continuer à nous développer
08:08et à voir les opportunités plutôt que les menaces.
08:11Ça en revient finalement à un état d'esprit qu'il va falloir développer.
08:15Maintenant, est-ce que l'IA complique tout ça ?
08:20L'IA va nous aider sur plein de choses. Elle augmente beaucoup de choses,
08:23mais elle va amplifier le meilleur comme le pire.
08:25Et quelque part, on ne connaît pas encore les codes.
08:28Il va falloir qu'on apprend à travailler avec.
08:31Elle conforte aussi les écarts entre ceux qui savent s'en servir
08:34et ceux qui ne savent pas prendre le train en marche.
08:35C'est ça aussi le problème.
08:36C'est vrai.
08:37De votre côté, Romane, parce que les jeunes générations,
08:41on a souvent dit que c'est les jeunes générations qui vont le mieux se servir de l'IA.
08:44Et les dernières études qu'on a pu voir passer ne disent pas forcément ça.
08:47Ils nous disent qu'au contraire, c'est les employés les moins qualifiés qui vont le plus souffrir.
08:52Et souvent, les moins qualifiés, c'est les nouveaux entrants sur le marché du travail
08:56quel impact vous voyez dans ce que vous voyez du rapport de ces jeunes générations qui arrivent ?
09:01Est-ce qu'elles se sentent justement particulièrement menacées par ces nouveaux outils ?
09:06C'est sûr qu'il y a de la peur que je vois dans les yeux de ces nouvelles générations
09:10qui voient leur poste d'entrée se faire supprimer, tous les postes de stagiaires alternants.
09:15Mais ce qu'on voit aussi, c'est qu'une fois dans l'entreprise,
09:16ils se sentent un peu abandonnés aussi,
09:19parce qu'il y a cette pression qui est mise sur le middle management
09:22et les managers de proximité,
09:23où on voit qu'il y a une dissonance temporelle entre le temps court,
09:27donc toutes les missions d'exécution opérationnelle,
09:29les urgences tous les jours, l'opérationnel du quotidien,
09:32alors que les rituels de transmission pour créer un collectif du lien,
09:36du sens, donner ce sens aux nouvelles générations,
09:38ça nécessite un temps long et ça nécessite de se projeter
09:41et de libérer l'opérationnel du quotidien qui n'est pas forcément facile.
09:45Donc c'est plus la question de se dire
09:47est-ce que les entreprises donnent aujourd'hui assez de place et de temps
09:50à ces managers pour le donner après à leurs équipes,
09:53que le manager puisse donner ce sens aux jeunes
09:55et ça impacte forcément les accompagner dans sa courbe d'évolution et d'apprentissage.
10:00Enrico, comment on utilise l'IA à Disney University ?
10:05Ça sert à quoi ?
10:06On commence à tester l'IA, à comprendre les bénéfices
10:11et là aussi c'est l'histoire qu'on raconte autour de l'IA.
10:15L'idée est de plutôt développer l'appétence, développer la curiosité,
10:20c'est ce qu'on est en train de faire, être curieux autour de l'IA
10:23et puis explorer, on aime explorer, nous sommes des créatifs
10:26et donc on voit l'IA plutôt comme une opportunité exploratoire,
10:31une opportunité d'aller plus loin dans ce que l'on fait
10:34et surtout redonner la place au collectif.
10:36Tu en parlais Romane, c'est-à-dire l'IA va être une manière finalement
10:41de couvrir les tâches qui n'ont pas vraiment de valeur ajoutée
10:46pour laisser justement une place à l'interaction humaine,
10:48à la créativité, à l'ouverture.
10:51Donc on le voit quand même d'un bon oeil.
10:53Mais on va peut-être finir là-dessus, c'est sur le rôle des dirigeants,
10:57managers donc intermédiaires, mais aussi ceux qui sont au sommet de la pyramide.
11:01Parfois la tentation c'est de se dire, l'IA ça rend plus productif,
11:04donc on va demander plus de résultats, plus de volume de travail aux équipes.
11:09Ça comment on fait pour éviter de rentrer dans ce travers-là ?
11:12Parce que comme vous l'avez dit, on découvre l'IA,
11:14donc pouvoir déterminer le vrai bénéfice en termes de productivité,
11:18ce n'est pas gagné.
11:19Vous, comment vous faites pour que vos managers ne rentrent pas dans ces travers
11:23et ensuite s'imaginent demander trop aux gens en dessous ?
11:27Justement, vous le dites, la direction est clé.
11:29On a justement, nous, une direction, un comex qui a le bon discours,
11:36qui justement rassure et qui démontre, parce que ce n'est pas juste dire,
11:40mais qui démontre par les faits que l'IA est juste un outil qui va nous aider à aller plus
11:46loin
11:46et pas une économie d'échelle à moyen, à long terme.
11:49Pas un remplacement de l'être humain ?
11:50Non, et encore une fois, c'est l'histoire qu'on raconte autour qui est très importante.
11:54Et donc l'histoire, si vous la définissiez en une phrase, ce serait quoi ?
11:57C'est que malgré tout, c'est des humains qui ont fait Disney
11:59et c'est demain pareil, c'est des humains qui continueront de la faire grandir ?
12:02C'est des humains, simplement, ils auront un super pouvoir, on aime bien les super héros,
12:06donc voilà, tout plein de super héros avec des super pouvoirs.
12:10Vous, Katia, c'est quoi le conseil que vous donneriez,
12:13notamment en formation, à des dirigeants par rapport à l'IA
12:16qui s'imagineraient, par exemple, exploser leur productivité grâce à l'outil ?
12:20Est-ce que vous leur dites de faire attention et plutôt de rester raisonnable
12:24dans ce qu'ils demandent et peut-être clair dans les objectifs qu'ils fixent ?
12:28Alors mon conseil, ce serait certainement de toujours se poser la question
12:32qui est le pilote et qui est le copilote ?
12:34Et en tant qu'être humain, on se doit de rester le pilote
12:38et d'utiliser à bon escient tous ces copilotes que nous pouvons avoir à côté de nous.
12:43Surtout que la responsabilité légale restera chez l'ouin et pas chez l'IA.
12:47Absolument, absolument.
12:49Et Romane, pour les jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail,
12:53vous, quel conseil vous leur donneriez pour se préparer à ça ?
12:56Parce que comme vous le disiez, alors vous parliez des rôles de stagiaires,
12:59c'est souvent les tâches, on dit, qui disparaissent grâce ou à cause de l'IA.
13:02Quel conseil vous leur donnez par rapport à leur entrée sur le marché du travail
13:07et à cette IA qui peut poser problème ?
13:10D'être très proactif dans la démarche et de vouloir sans cesse apprendre,
13:14créer du lien, faire des rencontres et apprendre de l'expérience vécue des autres.
13:18Et justement, le lien intergénérationnel, en ce sens-là, a énormément de valeur
13:22pour le développement professionnel de ces nouvelles générations
13:25qui peuvent s'inspirer des pratiques de nos seniors dans les entreprises.
13:29Et il y a de vrais ponts à créer et des histoires aussi à raconter pour les entreprises.
13:33Si on prend le cas de Disney, Disney reste Disney parce qu'il y a des histoires,
13:37il y a une histoire immense, il y a de l'émotion, il y a du lien,
13:39il y a des interactions et de la transmission de génération en génération.
13:43Et c'est ça qui fera la différence pour les entreprises de demain aujourd'hui.
13:47C'est une partie importante d'ailleurs, je crois, des cursus à Disney University
13:50d'apprendre l'histoire de la, je ne vais pas dire la marque, de l'entité.
13:54Oui, effectivement, la première journée en tout cas est dédiée à ça,
13:57à comprendre pourquoi Disney, c'est quoi son histoire et surtout quelles sont nos valeurs
14:02et la place de l'humain qui est importante et les histoires que l'on crée.
14:06Il y a la magie derrière.
14:07On va rester sur ce mot de la fin, la magie.
14:10Romane Bergesco, fondatrice et CEO de Will Society.
14:13Merci beaucoup, Anne-Ricou, Head of Learning and Development, Disney University
14:17et Katia Birac, directrice de Axel Performance.
14:21Merci.
14:21C'est fini pour cette émission spéciale.
14:23On se retrouve très vite sur Bsmart.
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