- il y a 9 heures
Avec Nicolas Six, journaliste au Monde et Pierre Fontaine, journaliste à BFM. À retrouver sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat/le-debat-de-la-grand-matinale-du-jeudi-02-avril-2026-1379784
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00:00Nous introduisons trois produits révolutionnaires de cette classe.
00:07La première, c'est un produit révolutionnaire.
00:13Ça, c'est la voix de Steve Jobs qui parle de révolution.
00:17Débat ce matin sur un géant de la tech américaine, Apple, fondé il y a tout pile 50 ans.
00:23C'était l'anniversaire hier par Steve Jobs et Steve Wozniak dans un garage.
00:27L'entreprise pèse, tenez-vous bien, 3 700 milliards de dollars de capitalisation boursière grâce au succès, notamment de l
00:36'iPhone, dont on a vendu 3 milliards d'unités depuis 2007.
00:40Mais voilà, il est loin le temps où Steve Jobs était écouté comme un oracle.
00:45Apple révolutionne-t-elle encore notre rapport à la technologie ?
00:50Est-elle encore l'emblème du « think different », « think different », « penser différemment », c'était
00:55son célèbre slogan publicitaire.
00:57Bref, Apple est-il encore l'emblème du « cool ».
01:00France Inter, la grande matinale, Sonia de Villers.
01:05Et j'en débat ce matin avec deux éminents confrères qui suivent depuis longtemps cette entreprise américaine.
01:11Nicolas Sixx, vous êtes journaliste au Monde, bonjour.
01:13Bonjour.
01:14Et Pierre Fontaine, vous êtes journaliste à BFM, bonjour à tous les deux.
01:18Alors, fut un temps, et il faut quand même que vous nous le rappeliez, les fans d'Apple constituaient une
01:23communauté, mais vraiment une communauté.
01:26Il y avait les Mac contre les PC.
01:29Mac, c'était l'ordinateur d'Apple dans les années 80, avec une adhésion incroyable à cette marque.
01:34Ça représentait un style de vie, ça représentait une vision du monde.
01:39Les gens qui pouvaient se payer ces produits-là avaient l'impression de rentrer réellement dans une communauté.
01:46Vous pouvez nous rappeler ce temps lointain, Pierre Fontaine ?
01:50Oui, en fait, ce qui est impressionnant, c'est qu'Apple a émergé en même temps que la révolution de
01:56l'informatique personnelle.
01:57Et donc, ils ont été portés par cette vague-là, et grâce à Steve Jobs, qui est effectivement, comme vous
02:02le disiez, quelqu'un d'incroyablement charismatique, c'est vrai, il faut le dire,
02:05ils ont pris une voie très particulière où ils ont incarné cette espèce de contre-culture.
02:10Dans la Silicon Valley, il y a un côté, on a fait de l'argent, on a émergé grâce à
02:14l'armée, et on a émergé grâce à la contre-culture.
02:16Et Steve Jobs, c'était la contre-culture, clairement.
02:19Et donc, en fait, il a porté ça, et cette image du cool d'Apple, elle vient de là, indéniablement,
02:23avec des ordinateurs...
02:25Du col roulé.
02:25Du col roulé qui est venu un peu plus tard, effectivement.
02:28Si on se souvient, quand il présente le Macintosh, il n'est pas en col roulé encore, il a encore
02:33son petit papillon, sa petite veste, etc.
02:35Ah, c'est ça.
02:36Mais le col roulé vient avec la coolitude, quand il revient chez Apple à partir de 1997, il est quand
02:43même évincé d'Apple en 1985.
02:45Donc, ils font quelque chose, il en est viré pour plein de raisons, mais ça ne se passe pas très
02:50bien.
02:51Il laisse Apple aux mains d'un vendeur de soft drink.
02:55Il avait recruté John Scully chez Pepsi-Cola pour ça.
02:59Et ça se passe très, très mal.
03:01Et il revient en 1997.
03:02Et là, c'est la renaissance.
03:04Et ça va être quelque chose d'assez impressionnant.
03:05Et c'est là qu'il y aura effectivement ce thing different, cette campagne qui va redéfinir l'image d
03:10'Apple qui s'était un petit peu fourvoyée, un petit peu perdue.
03:12Mais il faut se rappeler, Nicolas Sixx, Pierre Fontaine, il faut se rappeler la sortie du Macintosh en 1984 avec
03:21un spot de pub mondialement diffusé, réalisé par Ridley Scott.
03:25Diffusé au moment du Super Bowl déjà.
03:26Au moment du Super Bowl, ça j'ignorais.
03:29Et dont le slogan est « Vous allez voir, 1984 ne sera pas 1984 ».
03:35Et donc, c'est une image dystopique façon George Orwell où la coulitude d'Apple vient briser une représentation de
03:43la technologie qui est très grise, qui est très autoritaire, qui est très froide.
03:47Donc, l'arrivée d'Apple là-dedans, c'est de la vie, de la liberté, de l'émancipation ?
03:51Non, tout à fait. Parce qu'en 1980, au tout début des années 80, l'ordinateur, c'est la centralité,
03:55c'est le pouvoir qui commande aux périphéries.
03:58C'est une machine noire avec des caractères, on doit taper des lignes de code dedans pour le diriger.
04:04C'est vraiment encore quelque chose d'assez obscur.
04:07Et on arrive tout à coup avec un ordinateur, enfin Apple arrive avec un ordinateur qui a une interface graphique,
04:11donc qui est intuitif.
04:13C'est quelque chose de tout à fait nouveau.
04:15Donc, effectivement, je pense qu'à l'époque, Apple peut se prévaloir d'avoir quelque chose qui soit infiniment plus
04:19accessible.
04:21Et peut-être le ferment de quelque chose qui va révolutionner un petit peu nos foyers, ce qui était difficile
04:26à imaginer à cette époque-là.
04:28Effectivement, mais en même temps, quand on entend le slogan « Think different », on a l'impression que c
04:34'est une entreprise qui n'est que créativité, que soutien de Monsieur Tout-le-Monde, etc.
04:39Mais il faut voir aussi quand même qu'il y a quelque chose de paradoxal là-dedans.
04:42C'est-à-dire que Steve Jobs avait une idée très précise de la façon dont on devait utiliser les
04:45ordinateurs, qui ont toujours été très verrouillés.
04:48D'ailleurs, il était un petit peu en combat et en débat avec son cofondateur, Steve Wozniak, qui était au
04:54contraire, qui voulait avoir des ordinateurs qui soient le plus ouverts possible.
04:56Donc Apple, c'est à la fois effectivement une forme de créativité et puis aussi, d'un autre côté, un
05:02contrôle.
05:04Des produits extrêmement chers. Dès le départ, c'est des produits haut de gamme ?
05:08Oui, ça a toujours été des produits haut de gamme.
05:10Des produits haut de gamme et un système complètement fermé qui oblige le consommateur à se renouveler à l'intérieur
05:17des gammes Apple et à s'équiper à l'intérieur des gammes Apple.
05:21Donc en fait, ça a toujours été à la fois une forme de contre-culture et de vision et puis
05:25un contrôle étroit quand même de la façon dont on utilise ces machines.
05:28Oui. Steve Jobs est mort très prématurément d'un cancer, c'est ça ?
05:33Du pancréas.
05:33D'un cancer du pancréas. Il a longtemps été quand même écouté comme un oracle, comme un gourou.
05:40Est-ce que vous vous souvenez de la fascination des journalistes, par exemple, de la presse, y compris en France,
05:44pour les keynotes, c'est-à-dire les grandes conférences données par...
05:50Pour avoir assisté à quelques-unes de ces keynotes, effectivement, il avait un savoir-faire, il avait...
05:54Vous étiez dans la salle ?
05:55Oui, ça m'arrive, dans la salle, oui. Il avait un savoir-faire, il avait, pour tenir une salle un
06:03peu en haleine, son fameux « one more thing », c'était donc on raconte toute l'histoire, on présente
06:08ses produits.
06:08Parce qu'Apple, une de ses forces, et c'est pour ça qu'il y a aussi cette image de
06:12coolitude, c'est qu'il sait transformer cette vision, cette conception du produit en histoire, derrière.
06:19En 1984, la publicité dont on parlait tout à l'heure, c'est une histoire qu'on raconte.
06:23Nous, regardez, on est cool et on va casser les codes du méchant Big Brother qui est IBM.
06:27Ah, c'était IBM !
06:29Et on est toujours en opposition, en train de se redéfinir.
06:33Et donc, quand Steve Jobs monte sur scène, effectivement, il y a toujours des membres du staff d'Apple qui
06:38font un peu la claque, qui applaudissent.
06:39Il y a aussi, évidemment, des fans.
06:40Quand il y a des développeurs dans la salle, c'est des développeurs qui développent pour l'univers Apple, donc
06:45forcément, ils sont aussi acquis à la cause.
06:47Oui, c'est ça.
06:48Et puis, il y a vraiment ce côté « grand-messe » qui est assez fascinant, oui.
06:55Nicolas Six, il y a eu l'ordinateur de bureau Macintosh.
06:582001, il y a eu la création de l'iPod.
07:00Vous voulez bien nous rappeler ce que c'était qu'un iPod ?
07:02Alors, je préférais vous plutôt parler de 2007, de l'iPhone, parce qu'en fait, l'iPod, effectivement, c'est
07:07quelque chose qui était relativement révolutionnaire, mais qui était très cher et qui, par ailleurs, n'a pas vraiment eu
07:12de descendance.
07:13Mais si on prend l'iPhone, en revanche, c'est vraiment un produit absolument clé.
07:16C'est les deux grands moments d'innovation d'Apple.
07:1884-2007.
07:19Voilà, si la marque n'avait pas été là, je pense que l'informatique aurait avancé beaucoup moins rapidement.
07:23Peut-être même, elle n'aurait pas avancé aussi loin qu'elle n'avançait en termes d'ergonomie, d'agrément
07:30pour le grand public.
07:32Donc, en fait, on a des marques énormes comme Nokia qui essaie depuis 10 ans, en 2007, depuis 1997, Nokia
07:37essaie de créer une petite machine qui soit une espèce de mini-ordinateur et qui n'y arrive pas.
07:42On a déjà des téléphones avec un grand écran tactile et c'est très peu utilisable.
07:48Ça fait une part de marché de 1 ou 2% peut-être des téléphones mobiles.
07:52Ça n'intéresse personne.
07:53Et tout à coup, Apple arrive et crée une interface.
07:57C'est vraiment surtout logiciel, en fait.
07:59Une interface qui est incroyablement agréable à utiliser et facile à utiliser et qui, tout à coup, fait rentrer, quelque
08:04part, l'informatique dans le téléphone.
08:06C'est tout à fait révolutionnaire.
08:08Et je dirais que l'excitation, à cette époque-là, autour de l'iPhone, elle est légitime.
08:12Elle est légitime.
08:13Il n'y a pas seulement une question de marketing absolument génial, parce que Pierre Fontaine sait aussi l'histoire
08:18d'un marketing absolument génial,
08:19et d'un design, d'un design révolutionnaire, parce que les produits sont beaux, sont simples, sont très épurés, sont
08:27sexy.
08:28Oui, en fait, le sexy naît dès l'Apple 2, en fait.
08:33C'est une espèce de passion de Steve Jobs.
08:38Il aimait les belles choses, il aimait les choses faciles à utiliser, les choses épurées.
08:41Il était un grand fan de la culture asiatique, etc.
08:44Et donc, en fait, ça se voit dans ses produits.
08:46Et effectivement, l'iPhone va apporter, pour la première fois, les smartphones existaient déjà, mais c'était effectivement inutilisable ou
08:54peu pratique,
08:55et il va en fait fusionner cette ergonomie facile utilisée, ce produit bien pensé, bien fini, c'est aussi très
09:02important,
09:03et qui va créer un moment de rupture.
09:05Alors justement, on est 50 ans après les débuts d'Apple.
09:09En 2007, on est presque 20 ans après ce moment de rupture de l'iPhone.
09:13Est-ce qu'Apple est aujourd'hui considérée comme un emblème du cool ?
09:17C'est-à-dire, est-ce qu'il y a toujours la même adhésion des consommateurs ?
09:21Est-ce qu'il y a la même fascination des journalistes ?
09:24On est dans un moment quand même où les géants de la tech ont prêté allégeance à Donald Trump.
09:29On peut peut-être en parler, ça aussi, ça peut modifier.
09:31Vous parliez quand même d'une période où la Silicon Valley était un emblème de la contre-culture.
09:36Elle ne l'est plus ?
09:36En partie, parce qu'il y a toujours eu le côté « je prends de l'argent à l'armée
09:41» et le côté « je prends de l'argent à l'armée ».
09:42Et aujourd'hui ?
09:43Là, maintenant, c'est très difficile de dire oui.
09:45Néanmoins, dans cette espèce de grand changement où Google, tous, ont un peu mis un genou en terre
09:53et étaient présents quand Donald Trump a repris le pouvoir,
09:57ils avaient payé leur place à un million, ils étaient derrière, etc.
09:59On a vu d'ailleurs Tim Cook aussi, qui est le patron d'Apple, derrière Donald Trump.
10:04C'est une réalité, il fallait être là d'une certaine manière.
10:07Mais Apple, en revanche, n'a pas arrêté ses politiques de diversité, contrairement à d'autres.
10:15Alors que Donald Trump a encore dit il y a 15 jours qu'il allait durcir ses toutes commandes gouvernementales
10:22ou étatiques
10:23auprès des compagnies qui maintenaient des politiques d'inclusion, de diversité, etc.
10:29Donc il y a un côté un peu bastion, même si la Silicon Valley n'est plus ce qu'elle
10:36était,
10:37on va dire d'un point de vue du côté qui fait un peu rêver, on veut améliorer l'humanité.
10:41Là, on voit bien qu'il y a eu un retournement un peu de veste et que les big tech
10:45sont là aussi
10:46pour faire de l'argent sur tout et pour de donner si possible.
10:48Alors justement, pour faire de l'argent, Nicolas Six, j'ai lu dans le Figaro,
10:52de l'innovation sans limite à la machine à cash.
10:54À 50 ans, Apple est-il encore capable de surprendre ?
10:57Je vous pose la question, est-ce que ça n'est plus qu'une machine à cash aujourd'hui ?
11:01Non, je ne pense pas.
11:03Il faut quand même bien imaginer qu'il y a des milliers d'ingénieurs dans cette entreprise
11:08qui travaillent derrière des portes qui sont bien fermées
11:10et il y a tout un tas d'innovations qui sont en cours de développement.
11:14L'argent sert en partie à financer de la recherche
11:17qui pourra peut-être un jour se matérialiser dans un nouveau produit.
11:20C'est difficile à dire. Est-ce que ça fait du cash ?
11:22Ça fait énormément de cash. Est-ce que ça fait trop de cash ?
11:24Si on regarde les marges des fabricants de téléphones mobiles,
11:27Apple a des marges qui sont délirantes.
11:29Délirantes ?
11:29Oui, qui sont délirantes.
11:30Délirantes.
11:31Oui, tout à fait.
11:31C'est quoi les marges d'Apple, par exemple ?
11:33Je ne sais pas, mais il y a quelques années, je crois qu'ils représentaient
11:36une grande majorité des bénéfices dégagés par les fabricants de téléphones mobiles.
11:42À eux tous seuls.
11:43À eux tous seuls, oui.
11:44Et donc, est-ce que c'est légitime, alors que ça fait quand même plusieurs années
11:47qu'ils n'ont pas introdit d'innovation clé sur ce produit-là ?
11:52Je ne sais pas. Est-ce que c'est la fin de l'histoire ?
11:54C'est difficile à dire.
11:55C'est-à-dire que le principe, c'est qu'on l'a bien vu tout à l'heure,
11:57il n'y a pas une innovation clé tout le temps.
11:59Il y en a eu une en 1984, il y en a eu une en 2007.
12:02La prochaine, ce sera peut-être autour de l'intelligence artificielle.
12:06Ah bah justement, ils sont où en matière d'intelligence artificielle, Pierre Fontaine ?
12:10En matière d'intelligence artificielle, ils sont un peu à la traîne, il faut le dire.
12:16C'est pour ça d'ailleurs qu'ils ont passé des accords avec Google
12:18pour utiliser l'IA de Google dans les téléphones très bientôt, cette année en fait.
12:24Et effectivement, ils sont à la traîne pour plein de raisons.
12:26Parce qu'ils ont fait des choix technologiques à un moment qui n'étaient pas les bons.
12:33Ils ont aussi fait le choix à un moment de ne pas puiser dans les données de leurs utilisateurs
12:39pour entraîner leurs algorithmes.
12:40Et on sait qu'en matière d'IA, il faut beaucoup, beaucoup de données.
12:43Et donc ça, c'est aussi un frein.
12:44Et puis aussi, la force d'Apple, c'est l'intégration.
12:48Et eux disent, nous on fait des produits, du logiciel.
12:52L'IA est une couche qui se rajoute à ça.
12:54Mais pour l'instant, ils ne sont pas encore allés aussi fort que les autres.
12:57Peut-être qu'ils vont, s'il y a l'éclatement d'une bulle spéculative liée à l'IA,
13:02peut-être que ça va les en protéger.
13:03La conclusion, Nicolas ?
13:04Là, pour le coup, il y a une enquête de Bloomberg qui est toujours très bien informée,
13:08Marc Gourman de Bloomberg, qui décrit un petit peu le management d'Apple
13:13comme complètement perdu par rapport à l'arrivée de l'intelligence artificielle
13:17qu'ils n'avaient pas senti venir.
13:19Enfin, pas perdu, mais en tout cas, non seulement ils n'ont pas senti venir,
13:22mais en plus, ils ont mis du temps à embarquer.
13:24Et par ailleurs, ça fait deux ans qu'ils nous vendent un logiciel iOS pour Apple
13:30avec de l'intelligence artificielle dedans et qui tarde énormément à arriver.
13:33Donc, il y a clairement eu un raté, mais ce n'est pas terminé.
13:35Ce n'est pas terminé.
13:36Bon, vous reviendrez, on en reparlera dans 50 ans.
13:40Merci Pierre Fontaine de BFM TV.
13:43Merci Nicolas Six du Monde.
13:45Vous restez avec nous, juste après le choix musical de la grande matinale,
13:48Charline Vannonecker, Daphné Burki.