00:01Oui, il y a une campagne présidentielle qui démarre, ou qui peine à démarrer.
00:05Le jour où on a une vraie campagne présidentielle qui démarre, avec un vrai débat d'idées, noble, avec beaucoup
00:11de hauteur de vue,
00:12ça créera une ambiance noble, avec beaucoup d'hauteur de vue. Donc il faut qu'elle démarre.
00:18Débat ce matin introduit par le Premier ministre himself, Sébastien Lecornu, à un an de l'élection présidentielle.
00:24Le second tour se déroulera le dimanche 25 avril ou le 2 mai. La date demande encore à être fixée
00:29par décret par le gouvernement.
00:31Lundi, dans un an, on devrait quand même se réveiller en sachant l'identité du prochain président de la République.
00:36D'ici là, la campagne paraît extrêmement ouverte et incertaine, avec au centre et à droite pléthore de candidats
00:41pour prendre la succession d'Emmanuel Macron empêchés de se représenter.
00:45Une incertitude sur le candidat du côté RN et une gauche qui pourrait partir une nouvelle fois très divisée.
00:50Alors comment cette ribambelle de candidats va-t-elle dégager quelques têtes ?
00:54Quels sont les enjeux, mais aussi les thématiques qui vont structurer la campagne ?
00:58Peut-il y encore y avoir des surprises ?
01:00On en débat ce matin avec Pauline de Saint-Rémy, rédactrice en chef de Politico,
01:04et Ludovic Vigogne, journaliste politique, à la tribune dimanche.
01:12Et bonjour à tous les deux.
01:14Bonjour.
01:14Vous êtes, m'a-t-on dit, les plus informés des journalistes politiques de Paris.
01:19En tout cas, vous avez énormément de petites choses à nous livrer ce matin.
01:24J'ai envie de vous parler de cette formule.
01:26Alors, démarre, démarre pas.
01:28On annonce peut-être un vrai grand débat d'idées dans la bouche de Sébastien Lecornu.
01:32Vous y croyez ? C'est ce qui manque là ?
01:34La campagne, le début du débat d'idées.
01:37Vous êtes d'accord avec ça ?
01:38Ça n'a pas commencé, Pauline Saint-Rémy ?
01:41Je pense qu'il y a un constat partagé, relativement partagé, qui est que, pour employer une phrase qu'on
01:46entend souvent,
01:47notamment en offre dans la bouche des politiques qui veulent justifier le fait qu'ils ne soient pas complètement entrés
01:53en campagne.
01:53Je pense à Edouard Philippe, notamment, qui tarde à présenter son programme,
01:56qui est que les Français ne sont pas dedans, qu'ils ne s'y intéressent pas.
01:59Et ça peut se mesurer, notamment par les audiences de certaines émissions politiques, par exemple,
02:05qui sont un petit peu faiblardes.
02:07Ou, dans une moindre mesure, le fait que certaines campagnes qui, pour le coup, sont lancées,
02:11je pense à Bruno Retailleau, par exemple, tardent un petit peu ou peinent à décoller.
02:15Il n'y a pas d'effet dans les sondages du lancement de la campagne de Bruno Retailleau.
02:18Ça s'explique donc par le fait que les Français ne s'y intéresseraient pas beaucoup.
02:24Alors, on va rentrer dans les explications.
02:27Je pense qu'il y en a pas mal. La première, qui, à mon avis, est assez évidente,
02:31c'est parce qu'il y a une question de demande.
02:34D'abord, est-ce que les Français sont prêts à entendre des programmes,
02:37à entendre des projets manifestants des politiques ?
02:39Estiment que non. On est tous, les Français sont tous très écrasés,
02:44ahuris par l'actualité mondiale depuis des mois,
02:48et plus particulièrement depuis le début de la guerre en Iran.
02:51Et je dirais même, de façon plus générale, par l'espèce de flot ahurissant d'informations
02:56qui nous est déversée chaque matin, je m'inclus là-dedans,
03:00alors que je suis une observatrice politique,
03:02on est quelque part ahuris.
03:03Il y a un burn-out informationnel qui empêche finalement de pouvoir ouvrir une case,
03:09un espace pour la campagne.
03:09Je pense que c'est une des choses qui paralyse certainement beaucoup de candidats.
03:14On pourrait aussi mentionner, sans parler de guerre,
03:16sans parler des dingueries quotidiennes de Donald Trump,
03:19de la question de l'intelligence artificielle,
03:21avec toutes les questions très importantes qu'elle pose pour notre société.
03:25et je n'entends pas à ce jour un seul candidat ou candidat putatif commencer à y répondre.
03:30Alors, de Vic Vigogne, est-ce qu'on peut avoir une focale historique un peu plus large ?
03:34Est-ce que c'est inédit qu'on se retrouve dans ce climat comme ça, d'attente ?
03:41On ne sait pas ce qui va se passer ?
03:43Il y a peut-être un trombinostop explosif de candidats potentiels ?
03:46Alors, qu'on ne sache pas ce qui va se passer, c'est normal.
03:48C'est dans un an, il va y avoir beaucoup de choses,
03:51il va y avoir plein de rebondissements,
03:53il y a des personnages secondaires qui vont devenir des premiers rôles,
03:55des premiers rôles qui vont devenir des personnages secondaires.
03:58Il va y avoir des dynamiques à la baisse pour certains,
03:59des dynamiques à la hausse pour d'autres.
04:02C'est normal, on est vraiment là à un an d'une élection très ouverte.
04:07C'est une campagne où le président...
04:09Donc, jusqu'ici, rien d'inédit ?
04:10Non, c'est une campagne où le président sortant ne peut pas se représenter.
04:13Donc, c'est une campagne qui a des spécificités particulières.
04:16D'abord, généralement, c'est une campagne qui, quand même, dure assez longtemps.
04:19C'est une campagne où il y a plus de candidats parce que, par définition,
04:22dans le camp du président, quand il peut se représenter,
04:26aucune ambition ne s'affirme.
04:28Là, Emmanuel Macron ne peut pas se représenter.
04:30Donc, à la droite et au centre, il y a beaucoup d'ambitions qui se font jour.
04:34Donc, c'est normal qu'il y ait comme ça, pléthore de candidatures.
04:38Ensuite, qu'il n'y ait pas encore tout à fait de...
04:42Que les Français ne soient pas encore attentifs.
04:43Là aussi, Pauline le disait très bien.
04:46Il y a beaucoup de sujets qui expliquent ça.
04:47Après, je peux trouver aussi qu'on est peut-être un peu sévère
04:50parce qu'il y a quand même quelques idées qui commencent à circuler dans la campagne.
04:53Prenez, par exemple, le concept de démarchandisation
04:55qu'a introduit la semaine dernière dans le débat Boris Vallaud.
04:58Certes, ça ne parle pas au grand public,
05:00mais c'est une idée assez intéressante.
05:02Ça pourrait être une thématique de campagne.
05:04Ça peut en être une...
05:04Vous nous résumez ce qu'est la démarchandisation ?
05:06Le livre de Boris Vallaud,
05:07donc le président des députés socialistes à l'Assemblée nationale,
05:10c'est d'extraire du marché tout ce qui est essentiel à la vie.
05:14C'est-à-dire de sortir de la concurrence
05:18la naissance, l'eau, l'énergie, le décès.
05:21Ça nourrit quand même un peu de débat.
05:24On voit par exemple que Jean-Luc Mélenchon a proposé
05:26un débat à Boris Vallaud sur ce thème.
05:28Autre exemple, le livre de Bruno Le Maire
05:30qui est sorti la semaine dernière,
05:31Le temps d'une décision, n'est pas un livre médiocre.
05:34C'est un livre qui montre bien les enjeux pour demain.
05:37Certes, Bruno Le Maire n'est pas encore un candidat déclaré,
05:39mais je pense que c'est un livre qui peut un peu éclairer le débat.
05:43Alors, on va poser le trombinoscope,
05:45dont je parle tout à l'heure,
05:46qui est totalement exponentiel.
05:48Quelques noms, et ce ne sera pas exhaustif.
05:49À droite, Xavier Bertrand, Brune Rotaillot, Laurent Wauquiez,
05:53au centre, Édouard Filly, Gabriel Attal, Gérald Darmanin,
05:56à l'extrême droite, Marie de Le Pen ou Jordan Bardella.
05:58Peut-être Sarah Knaffo, Éric Zemmour.
06:00À gauche, Jean-Luc Mélenchon, mais aussi Marie-Dondelier,
06:03Raphaël Glucksmann, François Hollande, François Riffin,
06:05Bernard Cazeneuve et tant d'autres.
06:08Pour que les Français sont un peu lassés.
06:10Voilà.
06:10Qu'est-ce que ça révèle, Pauline Saint-Rémis ?
06:13Est-ce qu'il y a peut-être une hyper-personnalisation du pouvoir ?
06:18Je vais répondre indirectement à votre question.
06:20Je voudrais revenir sur la question que vous posiez à Ludovic.
06:23Est-ce qu'il y a quelque chose d'inédit, malgré tout ?
06:25Il y a quand même quelque chose...
06:26Ça me frappe beaucoup, d'ailleurs, qu'on oublie de le dire.
06:29S'il y a quelque chose d'inédit,
06:31c'est le niveau de Jordan Bardella et de Marine Le Pen,
06:34on va dire du Rassemblement National,
06:35dans les sondages un an avant.
06:36Que ce soit l'un ou l'autre, d'ailleurs.
06:38On a le sentiment presque qu'on s'est habitué,
06:40en fin de compte, à ce que le RN soit systématiquement qualifié
06:42au second tour de la présidentielle,
06:44là où, évidemment, en 2002,
06:45la qualification de Jean-Marie Le Pen avait été un séisme.
06:48Non seulement, Jordan Bardella...
06:50Alors, on saura le 7 juillet,
06:51ça sera peut-être d'ailleurs le vrai coup d'envoi de la présidentielle,
06:55on saura le 7 juillet si Marine Le Pen est en capacité de se présenter,
06:59parce que le tribunal rendra sa décision dans l'affaire
07:01en appel des assistants parlementaires du Front National.
07:04Parenthèse refermée.
07:0834 à 38% d'intention de vote.
07:11C'est la fourchette dans laquelle se situe Jordan Bardella.
07:13Marine Le Pen est un petit peu en dessous.
07:14C'est absolument inédit.
07:16Sans parler même du Rassemblement National.
07:19J'entendais un sondeur l'autre jour dire
07:20Nicolas Sarkozy, en 2006, un an avant son élection triomphale,
07:24n'est pas à ce niveau-là dans les intentions de vote.
07:27Et je trouve assez frappant qu'on ne le commente pas.
07:29C'est évidemment aussi ça,
07:30c'est là où je réponds à votre autre question,
07:32qui aiguise les appétits.
07:33Parce qu'aujourd'hui, la question de savoir,
07:35la question en clair pour tous les autres candidats,
07:37tous les autres partis politiques,
07:38c'est de savoir qui sera au second tour
07:41face au candidat du ERN
07:42qui a 99% de chances d'être...
07:45Et ça crée cet effet de personnalisation.
07:49À gauche, la France Hollande qui se déclare de plus en plus,
07:52on dit que c'est une sorte de primaire amicale en fait.
07:54Celui qui a le plus de chances de l'emporter.
07:58Ça aiguise les appétits,
07:59mais pour le...
07:59Pardon, je vais laisser Ludovic parler,
08:01mais ça aiguise évidemment les appétits.
08:02Il y a le sentiment que,
08:03quel que soit le candidat qui se qualifiera,
08:06il a de bonnes chances.
08:07En clair, c'est évidemment risqué de le dire comme ça,
08:09mais de bonnes chances de l'emporter au second tour
08:12face au Rassemblement national.
08:14Le petit risque, à mon sens,
08:15c'est qu'aujourd'hui, si on regarde les choses de loin,
08:17si on se met à la place de n'importe quel Français
08:19qui n'est pas passionné par la politique,
08:21on a le sentiment qu'il y a deux offres très, très claires.
08:24Encore, ça serait à nuancer pour le Rassemblement national,
08:27mais l'ERN,
08:28celle de Jean-Luc Mélenchon de l'autre côté,
08:30et qu'au milieu,
08:31je vais être un peu dure pour résumer et pour terminer,
08:33mais il y a une sorte de gloubi-boulga
08:35de candidats qui sont dans une offre modérée
08:37qui, certes, est balbutiante.
08:39Vous avez donné l'exemple de Boris Vallaud,
08:40mais qui n'ose pas encore beaucoup s'avancer.
08:43Ludovic Vigogne, alors gloubi-boulga,
08:45est-ce que vous êtes d'accord ?
08:46Oui, bien sûr.
08:47Et deuxièmement,
08:48est-ce qu'il n'y a pas un effet des sondages aussi
08:49dans cette hyper-personnalisation ?
08:51Ils ont joué un très grand rôle, c'est sûr.
08:53Après, ce qui rend les choses très compliquées aujourd'hui,
08:55c'est qu'il n'y a pas de méthode de départage,
08:58aussi bien à gauche, hors Jean-Luc Mélenchon,
09:01et au centre et à droite,
09:04pour distinguer les différents candidats
09:06et choisir celui qui représentera chacun de ces camps.
09:09C'est ça aussi qui rend la période très particulière.
09:11Le problème, c'est que ces dernières élections présidentielles,
09:15il y a pu y avoir des primaires
09:17pour choisir le leader de chaque camp.
09:19Or, cette fois-ci, les favoris de chaque camp
09:22ne veulent pas de ce procédé-là,
09:25de cette méthode.
09:26Et donc, c'est les sondages qui font la primaire sauvage.
09:28Pour l'instant, ce sont les sondages qui vont départager.
09:30Et puis aussi, le fait que tenir un parti,
09:33par exemple, être président de parti,
09:34ça vous donne quand même un avantage
09:35pour vous imposer comme le candidat.
09:37Par exemple, c'est ce qui vous permet plus facilement
09:39d'avoir un prêt des banques pour financer votre campagne.
09:42Alors, dans les thématiques,
09:43vous parlez de la démarchandisation.
09:44Est-ce que l'international va peser particulièrement
09:47dans cette campagne ?
09:48Et puis, on voit que l'étiquette amie de Trump,
09:50ce n'est pas très payant.
09:52Ça, on voit bien quand même
09:53que l'actualité internationale va peser sur le débat.
09:56Et que ce sera un des critères
09:58à partir desquels les Français pourraient juger
10:00les différents protagonistes sur la ligne de départ.
10:03Tout le monde voit bien ça.
10:05Pour le coup, c'est nouveau ?
10:06Oui, c'est un peu nouveau, tout à fait.
10:09On l'avait vu en 2022,
10:10avec la guerre en Ukraine,
10:11qui avait incontestablement avantagé Emmanuel Macron.
10:14Mais là, on voit bien à nouveau
10:15que les candidats seront interrogés
10:19sur la manière dont ils se comporteront
10:21face à Trump, face à Poutine, face à Xi Jinping.
10:24On leur demandera des choses très concrètes.
10:26S'ils parlent anglais, par exemple,
10:27ça va être un critère de sélection.
10:29Parce qu'Emmanuel Macron parlait anglais,
10:32ça l'a quand même sans doute aidé.
10:34For sure !
10:34Évidemment, mais ça a sans doute
10:36inscrit des moments importants
10:37dans l'esprit des Français.
10:38Et c'est des questions sur lesquelles
10:40les Français vont attendre des réponses.
10:41Alors finalement, on est très excités
10:43par cette campagne qui est presque démarrée.
10:45On est très excités parce qu'elle est très ouverte.
10:47Dans chaque camp, on ne sait pas
10:48qui sera le candidat.
10:49Et on ne sait pas du tout
10:50qui sera le vainqueur.
10:51La suite au prochain épisode,
10:52c'est bien, vous avez encore donné envie.
10:54Pauline de Saint-Rémy,
10:55rédactrice en chef de Politico,
10:57était à vos côtés.
10:58Et Ludovic Vigogne, journaliste politique,
11:00à la tribune dimanche.
11:01Merci beaucoup à tous les deux.
11:03Merci.
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