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  • il y a 2 mois
Les eaux de l'océan Austral autrefois isolées sont aujourd'hui fréquentées par des chalutiers géants venant de Norvège, de la Chine, du Chili, de l'Ukraine et de la Corée du Sud, tous à la recherche de krill pour l'industrie de l'aquaculture et extraire l'huile pour les compléments alimentaires.

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Transcription
00:08Musique
00:18Aujourd'hui, la guerre du Krill en Antarctique, racontée par...
00:22Sarah Labrousse, chargée de recherche au CNRS.
00:35Il ne mesure que quelques centimètres, il pèse à peine un gramme et pourtant, sans lui, l'an s'effondre.
00:41Le Krill Euphosia superba, une petite crevette translucide rosée qui dérive dans les eaux glacées de l'océan Austral en
00:49essence et dense jusqu'à 20 000 individus par mètre cube.
00:52Qu'il colore la mer en rouge, 100 sur des kilomètres.
00:55Une biomasse colossale, fondement discret de toute une vie sauvage.
00:59Les baleines en avalent des tonnes en une seule gorgée.
01:02Les manchots empereurs en nourrissent leurs poussins lorsque les phoques léopards le traquent sous la banquise.
01:07Mais le Krill aujourd'hui est devenu bien plus qu'une affaire d'écologie, c'est une affaire d'état.
01:12Parce qu'on a découvert qu'il était très lucratif.
01:14Réduit en farine, il fait grossir les saumons d'élevage et leur donne cette belle couleur orange qu'on aime
01:19dans nos assiettes.
01:20Transformé en gélules, il inonde le marché mondial des compléments en oméga-3.
01:25Alors les flottes de pêche sont arrivées de plus en plus grandes, de plus en plus voraces, norvégiennes, chinoises ou
01:30coréennes.
01:31Et pour la première fois depuis les années 80, la quantité de Krill pêchés dans les ans antarctiques vient de
01:36franchir un seuil que les scientifiques jugeaient impensable à dépasser.
01:39Au même moment, en Crimée occupée, un biologiste ukrainien de 70 ans est arrêté par la Russie pour haute trahison.
01:46Son crime, avoir plaidé dans une conférence internationale pour limiter la pêche au Krill.
01:50La Russie estime que ses recherches nuisent à ses intérêts économiques.
01:54Ce petit crustacé anodin en apparence est donc devenu un enjeu géopolitique.
01:59Alors qui défend le Krill et que se passe-t-il vraiment là-bas au bout du monde lorsque personne
02:04ne regarde vraiment ?
02:05C'est cette histoire que nous allons vous raconter.
02:13C'est la petite bête qui monte, qui monte, qui monte.
02:16Car en effet, les scientifiques, les politiciens, les économistes se passionnent pour cet animal
02:21qui pourrait devenir dans l'avenir l'une des ressources alimentaires les plus importantes de notre planète.
02:28La voix d'Alain Bougrain-Dubourg, Terre des bêtes en 1984.
02:32Bonjour Sarah Labrousse.
02:33Bonjour.
02:34Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui.
02:36Avant d'entrer dans le vif du sujet, est-ce que vous pourriez nous dire comment vous en êtes arrivée
02:40à étudier le Krill ?
02:41Vous qui avez un parcours assez atypique entre les Jeux Olympiques de natation artistique et la recherche en écologie polaire.
02:48Oui, aujourd'hui on va se concentrer sur les pôles.
02:52J'ai commencé en écologie polaire à travailler sur des espèces antarctiques qui sont des phoques.
02:58Et ces phoques, notamment, consomment une grande quantité de krill.
03:02Donc j'ai commencé à m'intéresser à ces petites proies qui sont en fait un maillon clé de l
03:07'écosystème antarctique
03:08puisque à la fois les grands prédateurs, donc les baleines, les manchots, les phoques,
03:11mais aussi un grand nombre de poissons et d'organismes bintiques comme des étoiles de mer s'alimentent sur cette
03:17petite espèce.
03:19Donc vous êtes intéressé au krill en Antarctique en particulier ?
03:22Oui.
03:23Et il n'y en a pas que dans cette partie-là de la planète ?
03:26Il y en a absolument partout dans tous les océans ?
03:27Oui, il y en a dans tous les océans, mais c'est vrai qu'en Antarctique elle est très très
03:30abondante.
03:32C'est presque 400 à 1 million de tonnes.
03:34C'est peut-être l'organisme multicellulaire le plus abondant sur la planète.
03:38Et c'est vraiment un maillon clé de l'ensemble de l'écosystème.
03:41Donc c'est vraiment très important.
03:43N'importe quelle espèce mange du krill ou mange une espèce qui mange du krill.
03:46C'est ça. Et alors donc, on peut les repérer comment dans l'océan ?
03:49Ce sont vraiment ces nappes oranges comme je le décrivais tout à l'heure ?
03:52On peut les voir, mais après ça dépend de leur profondeur.
03:54Mais en effet, ce qui est très particulier avec le krill, c'est qu'il se distribue en essaims.
03:58Avec des essaims qui peuvent être sur des dizaines de kilomètres horizontalement et aussi en profondeur.
04:04Et donc ils vont être très particuliers et très difficiles aussi à savoir où ils se trouvent.
04:10Et ils ont un comportement aussi très particulier au sein de ces essaims qui est complexe,
04:15où ils utilisent l'hydrodynamisme des autres congénères pour se mouvoir verticalement
04:21et se laisser dériver passivement avec les courants, mais aussi activement.
04:25Et pour ça, vous faites régulièrement des campagnes en Antarctique pour aller les observer, les étudier ?
04:31Alors oui, on fait des campagnes, mais moi je travaille sur les phoques,
04:34donc j'équipe ces phoques qui vont observer à ma place,
04:37parce que je ne peux pas aller dans ces zones particulières sous la banquise en Antarctique.
04:41Le problème, c'est que beaucoup de bateaux et d'instruments ne peuvent pas aller sous la banquise en Antarctique.
04:47Donc on utilise les phoques comme des sentinelles de cette espèce.
04:51Et donc vous faites comment ? Vous leur posez des petites caméras ?
04:54Il y a plein d'instruments différents, ce qu'on appelle la biotélémétrie.
04:58Oui, on peut leur poser des caméras, on peut leur poser des enregistreurs de plongée,
05:03qui mesurent aussi leur activité alimentaire, leur effort de nage.
05:07Et ces données, elles sont soit transmises par satellite,
05:09soit on doit recapturer l'animal et récupérer la balise.
05:12Et ce n'est pas trop invasif pour ces animaux ?
05:16Ça peut l'être, et donc on fait beaucoup d'études sur le bien-être animal,
05:19et moi je fais partie de comités notamment qui prennent en compte ça,
05:22pour pouvoir améliorer justement toute cette instrumentation de ces animaux
05:28et faire que l'impact soit le plus minimal possible.
05:31Donc ces phoques, c'est quelle espèce exactement ?
05:32Alors moi j'étudie les phoques crabiers et aussi le phoque de Védel.
05:35Le phoque de Védel a un régime alimentaire très généraliste,
05:37donc il va manger tout un tas de proies différentes.
05:40Par contre le phoque crabier va manger 90 à 95% de krill.
05:44Ah oui, donc c'est étonnant, c'est vraiment quasiment tout son régime alimentaire.
05:48On l'explique comment d'ailleurs, qu'il soit si spécialisé dans ce qu'il mange ?
05:51C'est au cours de l'évolution, il y a différentes diversifications du régime alimentaire.
05:57Et en fait, ils ont une particularité, les phoques crabiers,
05:59c'est qu'ils ont des dents un petit peu en forme de sapin,
06:01qui permettent de prendre des bouchées de krill et de relarguer l'eau à travers ces petits crans.
06:06Donc je vous invite à aller voir les dents, la dentition des phoques crabiers.
06:10Absolument, on va aller sur un moteur de recherche tout de suite.
06:13Est-ce que vous pouvez quand même nous expliquer, nous rappeler ce qu'est exactement le krill,
06:16parce que c'est vraiment un animal très très peu connu ?
06:19Oui, en fait, il y a beaucoup de choses qu'on connaît, il y a beaucoup de choses qu'on
06:23ne connaît pas.
06:24Le krill, c'est ce que vous avez dit, c'est une petite crevette qui mesure entre 4 et 7
06:27cm,
06:28qui est extrêmement abondante, qui se distribue en essaim.
06:31Mais en effet, on a très peu d'informations sur son cycle de vie qui est associé à la banquise
06:37en Antarctique,
06:37et ça c'est un problème majeur.
06:38Il y a eu énormément de publications qui ont montré qu'il est dépendant de la banquise pour son alimentation,
06:44en phase larvaire, et aussi pour éviter les prédateurs ou le cannibalisme,
06:48par les formes adultes du krill.
06:52Mais il y a des études qui remettent en question ce rôle de cette banquise,
06:55et vu qu'on est face à une diminution très importante de la banquise en Antarctique,
07:00dans certaines régions, c'est très régionalement contrasté,
07:02en fait on ne sait pas l'impact que ça peut avoir sur ce krill,
07:06donc ça c'est vraiment très important,
07:07et du coup on ne sait pas l'impact sur tout l'ensemble de l'écosystème qui dépend de cette
07:12petite espèce.
07:13Donc c'est un poids plume, c'est ça ?
07:15Oui, après ça va varier en termes de grammes, suivant les stades,
07:18suivant les adultes, etc.
07:20Mais c'est très léger, autour d'un ou deux grammes, c'est ça, maximum.
07:25On arrive à estimer sa biomasse ou pas ?
07:27Alors, le problème majeur, il y a des estimations de biomasse qui ont été faites,
07:31donc la dernière qui date des années 99-2000, c'est 60,3 millions de tonnes,
07:38mais ces estimations de biomasse peuvent être extrêmement biaisées.
07:41Mais ça c'est que pour l'Antarctique ou c'est pour l'ensemble de la planète ?
07:44Non, non, ça c'est que pour l'Antarctique, c'est que pour l'océan austral.
07:47Mais ces estimations de biomasse peuvent être extrêmement biaisées,
07:49et c'est ça qui est très important à comprendre,
07:51c'est que même par rapport à la pêche,
07:53c'est qu'on ne sait pas combien exactement il y a de krill dans cet océan austral,
07:57parce que ces estimations de biomasse sont très compliquées,
07:59puisque, je vous ai expliqué, ils se distribuent en essaim.
08:02Donc en fait, quand on va faire des mesures avec des instruments acoustiques
08:05pour mesurer combien il y en a,
08:07on peut tomber sur des essaims de krill comme on ne peut pas tomber,
08:09donc il y a beaucoup d'estimations.
08:12Et aussi, il est capable de se mouvoir verticalement et horizontalement,
08:15et en fonction de son horloge interne,
08:17de son contenu en lipides,
08:19de la présence de prédateurs,
08:21de plein plein de facteurs en fait.
08:22Donc c'est très compliqué de prévoir son cycle journalier
08:25dans l'océan, verticalement et horizontalement.
08:28Donc il n'est pas très coopérant pour les scientifiques, en fait, le krill ?
08:31Non. Sans parler du fait qu'il y a beaucoup de zones
08:33qui sont bien sûr couvertes de laisse,
08:35et on ne sait pas la distribution.
08:37Donc c'est pour ça que nous, on est très intéressés
08:39pour aller travailler avec ces phoques craviers,
08:41pour voir si on peut arriver à avoir une information
08:43sur la distribution du krill sous la banquise.
08:45Mais comment vous le repérez, alors, ce krill ?
08:47Vous avez quels instruments pour vous dire
08:48« c'est là qu'il faut aller absolument ? »
08:51En fait, c'est des transects très simples,
08:53c'est-à-dire qu'on va quadriller une zone,
08:55et puis, en fait, ils vont faire des études acoustiques
08:57avec des éco-sondeurs pour mesurer, en fait,
08:59ça se voit très bien sur un éco-sondeur
09:01comment on peut voir de krill.
09:03Et on va essayer de quantifier à la fin le nombre de krill.
09:08Après, il peut y avoir aussi des campagnes par bateau,
09:10on va faire des chaluts,
09:11donc on va prélever cette quantité de krill
09:14et on va faire des estimations, du coup,
09:16sur cette zone, en recoupant spécialement.
09:18Et c'est un animal qui se déplace beaucoup, alors, ou pas ?
09:21Oui, quand même, à une échelle locale, bien sûr,
09:23mais qui se déplace énormément.
09:24Alors, déjà, il y a les courants marins
09:26qui vont jouer un rôle d'advection,
09:28donc ils vont se déplacer passivement,
09:29mais aussi activement.
09:31L'advection, c'est quoi ?
09:32C'est la dérive avec les courants de cette espèce
09:36qui va se laisser passivement dériver, en fait,
09:38dans ces courants-là.
09:39Mais il peut aussi aller à contre-courant
09:41et vraiment se mouvoir activement.
09:45Mais on peut dire, on peut parler d'une migration du krill ou pas ?
09:47Oui, des sortes de migrations.
09:49En fait, il y a des zones de ponte, il y a des zones de rétention,
09:51donc où il va être concentré.
09:53Il y a des zones, on appelle d'advection,
09:54où il va se mouvoir via des courants.
09:57Et en fait, c'est très compliqué,
09:58parce que régionalement, en Antarctique,
09:59il y a un certain nombre de courants et de complexités
10:02qui jouent aussi avec les fonds marins
10:04qui vont aussi influencer ces mouvements.
10:06Il y a une seule espèce de krill ?
10:08En Antarctique, il y a plusieurs espèces de krill.
10:10Il y a le krill des glaces,
10:12Euphosia cristalrophias,
10:13qui est plus sur le plateau antarctique.
10:16Et Euphosia superba, sauf en péninsule,
10:19il va être plutôt en dehors du plateau antarctique.
10:21Est-ce que ces animaux, ces crustacés,
10:23on rappelle qu'on parle vraiment d'une petite crevette,
10:25est-ce qu'ils sont indispensables pour la vie même,
10:26d'ailleurs, en Antarctique ?
10:27Ça fait partie vraiment de l'écosystème austral ?
10:30Oui, ça fait partie de l'écosystème austral.
10:32Donc, il y a tout un tas de prédateurs
10:33qui vont essentiellement s'alimenter sur cette petite crevette.
10:37Donc, ce qu'on a dit, énormément de baleines.
10:39Donc, par exemple, une baleine,
10:40ça va être à peu près 600 kg par jour de krill.
10:45Chaque baleine !
10:46Oui, oui, oui, chaque baleine, bien sûr.
10:48Donc, c'est énorme.
10:49Il va y avoir les manchots,
10:51il va y avoir des phoques.
10:53Vos phoques, par exemple, crabillers,
10:54ils en mangent combien par jour ?
10:56Ils vont en manger entre 1 à 4 kg par jour, à peu près.
11:00Ça dépend de la taille des animaux, en fait,
11:01et de leur volume.
11:02Mais typiquement, c'est des choses
11:04qu'on n'a pas encore une idée précise,
11:06parce que, par exemple, les phoques crabillers,
11:08on a des estimations d'abondance
11:09qui sont entre 7 et 30 millions d'individus.
11:11Oui, donc c'est large.
11:12Vous imaginez ?
11:13Ah oui.
11:13Donc, on ne sait pas,
11:14on a vraiment beaucoup de mal, déjà,
11:15à quantifier l'abondance de ces prédateurs
11:18en Antarctique.
11:19Et aussi, combien ils consomment de krill.
11:21Parce qu'il y a des espèces
11:22qui ont un régime diversifié,
11:23c'est-à-dire qu'ils vont alterner,
11:26comme le manchot empereur ou le manchot délit,
11:28ils vont avoir quand même une alternance
11:29dans leur régime alimentaire
11:30en fonction de la saison.
11:31Oui, mais ça fait quand même
11:31des bons millions de tonnes de krill par an, ça.
11:33Oui, oui.
11:34Rien que pour l'espèce de phoque-crabillers.
11:36Oui, oui, oui.
11:37Et puis aussi, ce qu'il faut se rappeler,
11:39c'est qu'il y a eu une exploitation intensive
11:41à la fin du 18e siècle
11:43sur les baleines et les phoques
11:45qui ont entraîné l'effondrement
11:47de ces populations.
11:48Ensuite, il y a eu cet arrêt,
11:51c'est devenu de moins en moins attractif
11:53et puis une approche aussi conservationniste.
11:55Donc, il y a eu,
11:56c'était de moins en moins attractif
11:57d'utiliser l'huile
11:58issue de ces baleines et de ces phoques.
12:00Donc, il y a eu, entre guillemets,
12:02les populations ont pu commencer
12:04à se rétablir.
12:05Mais par exemple, chez les baleines...
12:06Vous parlez des populations de krill ou de baleines ?
12:08Des populations de baleines,
12:09de phoques qui ont été éteintes.
12:11Donc, ces populations de baleines,
12:12elles ont réussi à commencer à se rétablir.
12:15Mais il y a encore des populations
12:16comme la baleine bleue
12:16qui est largement appauvrie.
12:19Par exemple, le rocal commun,
12:20on n'est toujours pas arrivé
12:21à un état initial avant la pêche à la baleine.
12:24Et donc, on ne sait pas non plus
12:26combien on a de baleines
12:27exactement dans ces zones-là,
12:29sur certaines espèces,
12:30et combien elles vont avoir besoin de krill.
12:32Et le krill, lui, se nourrit de quoi ?
12:34Parce qu'on en mange beaucoup,
12:35il y a aussi besoin de se nourrir.
12:37Alors, le krill, oui,
12:38il va se nourrir de phytoplanctons
12:39ou des petites algues phytoplanctoniques de glace.
12:44Donc, ça va permettre, en fait,
12:46justement de consommer de la matière organique.
12:48Et donc, le krill,
12:49il va jouer aussi un rôle très important
12:51parce qu'il va permettre l'export
12:53de cette matière organique dans l'océan,
12:55qui est donc du carbone.
12:57Et alors, attention,
12:58parce que ce carbone,
13:02il va être disponible
13:03pour la chaîne alimentaire,
13:04mais on ne peut pas faire d'association
13:06avec un lien direct pour notre climat.
13:07C'est-à-dire qu'on ne peut pas dire
13:09que le krill participe
13:10au stockage du carbone dans les océans ?
13:12Voilà.
13:13Il va participer à l'export de carbone
13:15et sa mise à disposition
13:16pour toute la chaîne alimentaire,
13:17ce qui est absolument important.
13:19Ensuite, ce carbone, en fait,
13:20qui va être transformé en carbone inorganique,
13:23va être reminéralisé par la chaîne alimentaire
13:25et va être ensuite rééjecté,
13:28en fait, réinjecté dans l'atmosphère.
13:31Et donc, c'est un cycle, entre guillemets, fermé.
13:35Et donc, ça, c'est ce qu'on appelle
13:36la pompe biologique.
13:37Donc, la pompe biologique,
13:38elle joue un rôle énorme
13:39dans cet export de carbone
13:41pour la mise à disposition
13:42de la chaîne alimentaire.
13:43Mais par rapport à la séquestration
13:45du carbone d'origine anthropique,
13:47la pompe biologique, c'est 0 à 5 %, à peu près.
13:49Donc, il n'a pas un impact significatif
13:51sur le climat, en fait, c'est ça.
13:52Par contre, c'est la pompe physique de l'océan,
13:55et ça, on pourra en parler plus en détail,
13:56qui a un impact très important
13:57sur notre climat,
13:58puisque l'océan va capter
14:00à peu près 25% des émissions de CO2
14:03d'origine anthropique.
14:04Chers amis de la Terre au Carré,
14:05nous parlons du krill cet après-midi.
14:07J'imagine que, comme moi,
14:07vous n'en avez pas beaucoup entendu parler auparavant.
14:10On s'intéresse donc à cette crevette
14:11absolument majeure
14:12dans la chaîne alimentaire,
14:14à tel point, d'ailleurs, aussi
14:15que la pêche industrielle
14:17cible abondamment le krill.
14:19Et nous allons en discuter,
14:20parce qu'évidemment,
14:21il y a des effets sur ces animaux.
14:22Et puis, nous attendons vos questions
14:24et vos messages
14:25sur la page de la Terre au Carré
14:26et nos réseaux sociaux.
14:56Sous-titrage Société Radio-Canada
15:23Sous-titrage Société Radio-Canada
15:37Sous-titrage Société Radio-Canada
15:51Sous-titrage Société Radio-Canada
15:54Sous-titrage Société Radio-Canada
16:11Sous-titrage Société Radio-Canada
17:13Sous-titrage Société Radio-Canada
17:14Sous-titrage Société Radio-Canada
17:49Sous-titrage Société Radio-Canada
17:53Sous-titrage Société Radio-Canada
18:45Sous-titrage Société Radio-Canada
18:47Sous-titrage Société Radio-Canada
18:50Sous-titrage Société Radio-Canada
19:05Sous-titrage Société Radio-Canada
19:08Sous-titrage Société Radio-Canada
19:09Sous-titrage Société Radio-Canada
19:10Sous-titrage Société Radio-Canada
19:11Sous-titrage Société Radio-Canada
19:13Sous-titrage Société Radio-Canada
19:14Sous-titrage Société Radio-Canada
19:17Sous-titrage Société Radio-Canada
19:18Sous-titrage Société Radio-Canada
19:20Sous-titrage Société Radio-Canada
19:20Sous-titrage Société Radio-Canada
19:21Sous-titrage Société Radio-Canada
19:21Sous-titrage Société Radio-Canada
19:22Sous-titrage Société Radio-Canada
19:23Sous-titrage Société Radio-Canada
19:25Sous-titrage Société Radio-Canada
19:30et aux effets que ça pourrait avoir sur les écosystèmes.
19:33Et donc, de là a été créée la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marine
19:38de l'Antarctique en 1980,
19:40qui est rentrée en vigueur en 82, pour justement une gestion de l'ensemble de l'écosystème antarctique.
19:46On verra si ça a été efficace ou pas.
19:48Avant cela, à quoi sert tout ce cril une fois pêché ? Est-ce que ça finit dans nos assiettes
19:53?
19:53Alors non, pas à proprement en parler.
19:56Ça finit en complément alimentaire, par exemple.
19:59Donc des huiles, par exemple, en nourriture pour animaux domestiques et surtout pour alimenter les fermes de saumon en Norvège,
20:09notamment.
20:09C'est ce qui donne la couleur aussi au saumon ?
20:11Oui, en partie, bien sûr.
20:15C'est vraiment très particulier.
20:19Et c'est un marché qui est... Ils essayent de créer un marché autour de cette espèce.
20:25Donc ça veut dire qu'on en trouve dans les croquettes pour chiens et chats ?
20:28Potentiellement, oui, oui.
20:29Et en fait, ce qui est aussi très difficile à savoir, c'est que souvent, c'est marqué huile de
20:34poisson, en fait.
20:35Et ce n'est pas marqué que c'est du cril à proprement parler.
20:38Et dans tous nos compléments alimentaires, on peut regarder que des fois, c'est marqué huile de poisson et on
20:41ne sait pas si c'est du cril ou pas.
20:43On va écouter l'activiste Camille Etienne.
20:45C'était en 2026.
20:47C'était cette année.
20:48Il y a quelques jours à peine autour de Under the Pole sur Instagram.
20:51On rappelle donc que pour des pilules vendues sur Instagram pour avoir une peau plus tendue, une couleur de poisson
20:56et du pâté pour chat,
20:57on est en train de pêcher une espèce à la base de toute la chaîne alimentaire de l'Antarctique.
21:01On est peut-être en train de s'incager un des fondements de l'écosystème de l'Antarctique.
21:05Alors, ce n'est pas une pêche comme on l'imagine.
21:07C'est littéralement des aspirateurs acryl qui sont ensuite transformés sur des bateaux-usines.
21:12Rien d'artisanal.
21:13Et une seule entreprise, responsable de près de 60% de la pêche.
21:17Elle est norvégienne et elle s'appelle Hacker.
21:20La voix de Camille Etienne.
21:22Sarah, la brousse des aspirateurs donc carrément géants ?
21:24Oui, il y a deux types de bateaux.
21:26Il y a des filets de pêche entre guillemets normaux.
21:31Et puis après, il y a des filets de pêche avec un aspirateur au bout qui permet de pomper le
21:34krill et de le traiter à bord.
21:36En effet, il y a deux types de bateaux.
21:38Et c'est des bateaux qui vont aller jusqu'à plus de 130 mètres.
21:40Donc c'est vraiment des bateaux très importants.
21:43Cette commission pour la conservation de la faune et de la flore marine de l'Antarctique, vous l'avez dit,
21:47a été créée en 1980, entrée en vigueur en 82.
21:50Quel est son rôle vraiment dans la régulation de la pêche ? Est-ce que ça a été efficace ?
21:54Il y a un travail énorme.
21:55En fait, c'est une commission qui est basée sur un travail scientifique.
21:59Donc il y a des groupes de travail scientifique qui font des recommandations à une commission scientifique
22:02qui ensuite fait des recommandations à une commission qui est gérée par des politiques.
22:06Et le problème, c'est qu'il faut qu'il y ait un consensus pour que les choses soient acceptées.
22:10Donc il y a un travail énorme de la communauté scientifique pour faire avancer les choses
22:14et produire justement des règles par rapport à cette pêcherie, mais aussi pour tout l'écosystème.
22:20En fait, la camalard ne gère pas que la pêche.
22:24Elle gère aussi les espèces non exploitées.
22:26Donc ça, c'est important quand même de le rappeler.
22:28Et il y a eu tout un tas de mesures qui ont été mises en place depuis les années 90,
22:32etc.
22:33dans la gestion de la pêche qui sont assez intéressantes dans le détail.
22:36Je ne pense pas qu'on rentrera dans le détail.
22:38Mais ça veut dire quoi ? Il y a des quotas de pêche très particuliers ?
22:40Il y a un plafond pour les captures de krill ?
22:42Oui, alors voilà.
22:43Il y a la biomasse totale de krill.
22:44À partir de ça, ils ont déduit un taux qu'on peut pêcher.
22:49Et pour avoir un effet précautionneux sur les écosystèmes,
22:54ils ont déterminé ce qu'on appelle un seuil de déclenchement.
22:56C'est-à-dire qu'on a un quota, par exemple, qui a 5,60 millions de tonnes.
22:59Mais le seuil de déclenchement est bien en dessous.
23:01C'est 620 000 tonnes pour éviter d'avoir un effet sur ces espèces.
23:08Donc ce seuil de déclenchement a été mis en place il y a des années.
23:15Et en fait, tant qu'il n'y avait pas de répartition spatiale,
23:18ils n'ont pas voulu changer ce seuil de déclenchement.
23:20En 2009, il y a une répartition spatiale de ces captures.
23:23C'est la mesure 5107 qui est très importante.
23:26Cette mesure, elle a été proroguée plusieurs fois jusqu'en 2021.
23:29À partir de 2021, elle a été proroguée.
23:32Et ensuite, en 2024, elle n'a pas été proroguée.
23:34Et donc, à partir de ce moment-là, c'est ça qui est très important à comprendre,
23:37c'est que la répartition des captures dans l'océan Austral se fait en un point.
23:41Ça veut dire quoi ?
23:42C'est-à-dire qu'on peut pêcher en un point, c'est 620 000 tonnes.
23:47Ce qui est bien, c'est que pour l'instant, les limites de capture n'ont pas augmenté.
23:51Et ce seuil de déclenchement qui est bien en dessous de la limite de capture n'a pas augmenté.
23:55Mais par contre, on n'a pas de répartition spatiale des captures.
23:58Donc là, au sein des groupes de travail scientifiques,
24:02on essaye de voir comment on pourrait refaire une répartition spatiale de ces captures.
24:08Et une approche de révision, ça serait d'augmenter les limites de capture,
24:12mais d'avoir une répartition spatiale.
24:14Et en fait, nous, en tant que scientifiques, il y aura moins d'effet d'augmenter les captures,
24:18mais de mieux les répartir spécialement que de tout pêcher en un point.
24:22Et alors, ce qui est aussi important de comprendre, c'est que par rapport à la biomasse totale de krill,
24:25qui est de 60 millions de tonnes, c'est ce que défendent les compagnies de pêche,
24:29pour l'instant, ils ne pêchent que 1%.
24:31C'est l'argument qui est avancé.
24:32Voilà, c'est l'argument qui est avancé.
24:33C'est-à-dire que la pêche ne capture que 1% de la biomasse totale du krill.
24:37C'est un argument valable pour vous, ça ou pas ?
24:41Non, dans le sens où il n'y a eu que deux estimations de biomasse en 19 ans.
24:45Et en plus, ces estimations de biomasse, comme je vous l'expliquais,
24:48suite à la biologie du krill, de son comportement,
24:51elles peuvent être extrêmement biaisées.
24:53Et ce qui est aussi très important à comprendre,
24:54c'est qu'on ne sait pas combien on a besoin de krill pour tout l'écosystème.
24:58Les prises alimentaires de ces espèces,
25:01donc ces baleines qui sont en train de se rétablir,
25:03vont peut-être aussi être limitées par ça.
25:06Donc avoir une pêcherie où on augmente des captures,
25:09où on pêche tout en un point,
25:12sans avoir vraiment une réelle idée de ces estimations de biomasse,
25:16un peu plus précisément,
25:17et de la prise alimentaire par les prédateurs, c'est problématique.
25:20On aurait besoin de savoir de combien l'écosystème a besoin de krill
25:25pour être vraiment efficace sur les estimations et les quotas de pêche.
25:29Oui, exactement.
25:30Et alors, la Camalard, depuis 2019,
25:32ils essayent de mettre en place une approche révisée.
25:34Donc cette commission, c'est le nom de la commission.
25:35Voilà, cette commission de conservation de la faune et de la flore.
25:38Depuis 2019, ils essayent de mettre en place,
25:40en fait, une approche de révision de cette pêcherie,
25:42qui permettrait de prendre en compte la superposition avec les prédateurs,
25:47de faire des projections des populations de krill
25:49et de faire des estimations de biomasse plus régulières.
25:51Et ça, ça implique qu'on aurait une répartition spatiale
25:54et qu'on aurait une augmentation des quotas
25:56s'il n'y a pas d'impact sur l'écosystème
25:58et si les estimations de biomasse sont vérifiées.
26:00Donc ce que vous nous dites, là, si on veut résumer un petit peu,
26:03c'est qu'on pêche un peu à l'aveugle en ce moment ?
26:06Alors, on ne pêche pas à l'aveugle
26:07parce que c'est une des pêcheries, on va dire,
26:09les mieux gérées au monde.
26:10mais en fait, on pêche sur des stocks qu'on ne connaît très peu
26:18et aussi avec des effets sur les populations qu'on ne connaît pas.
26:23Donc oui, en effet, pour l'instant,
26:25il aurait fallu aller dans l'autre sens, en fait.
26:27La Chine et la Russie sont assez bloquées
26:29sur les avances en matière de protection
26:31pour des enjeux économiques, tout simplement ?
26:34Alors, je ne vais pas rentrer dans quel pays s'oppose.
26:36Il y a de nombreuses négociations avec de nombreux enjeux,
26:40pas qu'au niveau de la Chine et de la Russie.
26:43En fait, il y a des oppositions différentes.
26:45Il y a des pays qui veulent augmenter les captures.
26:48Il y a des pays qui veulent une répartition géographique
26:50et augmenter les captures.
26:51Il y a des pays qui s'en fichent d'avoir une répartition géographique.
26:54Il y a des pays qui poussent pour avoir aussi
26:55une aire marine protégée dans la même zone.
26:58Donc là, on parle bien de la péninsule antarctique.
27:01Donc, il y a plein d'enjeux différents
27:02et chacun, en fait, va amener ses arguments
27:05et le but, c'est d'arriver à un consensus.
27:07Donc ça, c'est compliqué.
27:09Et la France, elle joue quel rôle ?
27:11Elle siège justement dans cette commission.
27:14Elle joue quel rôle dans ses négociations internationales ?
27:17La France, elle joue un rôle important
27:18parce qu'elle produit de la science
27:19qui va permettre d'alimenter les discussions,
27:22les rapports qui vont pousser jusqu'à la commission
27:24à des décisions politiques.
27:25Et après, la France, associée à l'Union européenne,
27:29va aussi se positionner
27:30et s'associer sur certaines décisions.
27:33Et donc, la France, elle est favorable
27:35à une gestion et une protection des écosystèmes marins.
27:39Les scientifiques, le message, ce serait quoi ?
27:41Ce serait d'interdire purement et simplement la pêche ou pas ?
27:45Si personnellement, on me demandait...
27:47Je vous le demande, personnellement !
27:49À titre personnel, oui.
27:50Ça arrête à brousseler.
27:52Oui, en effet, en fait,
27:54il faut se dire,
27:55on est dans un contexte de changement climatique grave.
27:57D'aller à l'autre du bout du monde
27:59pour pêcher une espèce
28:01dont on ne connaît pas très bien
28:03son comportement, son écologie
28:05et sa biomasse.
28:06Et qui est absolument essentielle dans la chaîne alimentaire, on le rappelle.
28:09Et on ne connaît pas non plus les effets
28:10sur justement toute cette chaîne alimentaire
28:13pour ensuite aller alimenter
28:16une alimentation qui n'est absolument pas indispensable
28:18à la survie humaine.
28:20Pour moi, c'est une aberration
28:21dans le contexte dans lequel on est, en effet.
28:23Mais après, dans un contexte de la Commission pour la conservation,
28:27on doit arriver à un consensus
28:28et donc on doit arriver à aller vers des mesures
28:32qui sont moins impactantes pour l'écosystème.
28:34Donc, dans ces groupes de travail,
28:36il y en a un auxquels où je fais partie,
28:38on essaie de pousser pour qu'il y ait le moins d'impact
28:40sur les écosystèmes.
28:41Donc, par exemple, si on me demande maintenant
28:42qu'est-ce qu'il faudrait faire
28:43pour faire avancer cette chose-là,
28:46à mon sens, il faudrait potentiellement peut-être
28:48augmenter les captures pour avoir une répartition géographique.
28:51Parce que pour l'instant, l'enjeu,
28:52c'est de pouvoir avoir cette répartition géographique
28:54pour éviter de tout pêcher au même endroit.
28:56Sarah Labrousse, on va évoquer justement dans un instant
28:59les effets du changement climatique
29:00qui viennent aussi se superposer
29:02aux pressions de la pêche sur le krill et ses prédateurs.
29:05Et puis, vous allez répondre aux messages, aux questions
29:08sur la page de la Terre au carré.
29:09Et puis, vos messages vocaux, comme d'habitude,
29:11vous pouvez consulter l'application Radio France
29:13pour vous entendre directement sur l'antenne.
29:15On se retrouve après Solane et Parfois.
29:18Je me pose la question de temps en temps
29:21sans prétention ni agenda
29:24Est-ce que tu penses à moi souvent ?
29:28Est-ce que tu penses à moi parfois ?
29:30Tu es où te vis loin de mes ennuis ?
29:34Belle dimension bien à l'abri
29:37Est-ce que dans ta tête je suis là ?
29:40Est-ce que tu me rêves dans tes bras
29:43Parfois ?
29:51Parfois ?
29:54Parfois ?
30:05Parfois ?
30:25Parfois ?
30:31Parfois ?
30:32Parfois ?
30:32Parfois ?
30:34Parfois ?
31:04Et si l'aumône des gens heureux
31:05Parfois ?
31:11Parfois ?
31:17Parfois ?
31:20Parfois ?
31:31Parfois ?
31:32Parfois ?
31:32Parfois ?
31:53Sous-titrage Société Radio-Canada
32:03Mathieu Vidard sur France Inter
32:11Aujourd'hui, vous pouvez entrer dans une pharmacie et trouver des pilules d'Oméga-3 de Krill.
32:18Mais combien de gens savent d'où vient ce Krill ?
32:21Ce qu'il signifie pour l'écosystème ?
32:24Sont-ils au courant des défis qu'ils attendent ?
32:28Il semble que les effectifs du Krill ont énormément diminué.
32:32Il y a eu un déclin des populations de Krill depuis 30 ans.
32:36La tendance générale est au déclin.
32:38Un fort déclin.
32:39Un énorme déclin.
32:42Extrait d'un documentaire d'Arte, Krill, le secret de la banquise, c'était en 2015.
32:48Sarah Labrousse, vous êtes chargée de recherche au CNRS au sein du laboratoire d'océanographie et du climat.
32:53Et donc, on parle avec vous spécifiquement du Krill de l'Antarctique.
32:56Même si vous nous le disiez, il en existe dans tous les océans du monde.
32:59On est vraiment sur des baisses de population, comme le disait, sur un ton assez dramatique, cet extrait de documentaire
33:07?
33:07Oui, pour la péninsule antarctique, c'est une partie de l'Antarctique, il y a un consensus qui a été
33:13mis en évidence que depuis les années 1970,
33:18il y a eu une diminution dans la zone de l'Atlantique sud-nord-ouest.
33:22Donc ça, c'est très localisé ?
33:24Oui, c'est très localisé.
33:25Est-ce qu'on peut généraliser l'observation ou pas ?
33:28Non, parce que justement, c'est très compliqué de faire ces estimations de biomasse.
33:32Et déjà, d'arriver à ce consensus, c'était très important au niveau des études scientifiques qui ont été faites.
33:36Le changement climatique, est-ce qu'il affecte déjà le Krill dans cette région du monde que vous étudiez ?
33:41Et quels sont les signes, vous, que vous observez là sur le terrain ?
33:44Alors, il y a de nombreux facteurs sur l'effet du changement climatique dans ces zones,
33:48et notamment sur le Krill, mais sur l'ensemble de l'écosystème.
33:52Il y a une perte d'habitat, parce qu'il y a une diminution de la banquise dans ces zones
33:56-là,
33:57qui peut être l'habitat de phoques, par exemple, de manchots.
34:02Et en plus, c'est des relations qui sont un peu compliquées,
34:04c'est-à-dire que trop de banquises ou peu de banquises va avoir un effet négatif sur l'écosystème
34:08et sur le Krill, puisque sa phase l'air vert en dépend.
34:11Il y a aussi un effet avec le réchauffement des eaux,
34:15qui peuvent avoir un effet sur le métabolisme,
34:16enfin, qui vont avoir un effet sur leur survie, leur reproduction, leur alimentation.
34:20Il y a aussi l'acidification, la désoxygénation des eaux,
34:24enfin, il y a beaucoup de facteurs dans cette zone-là.
34:26Et donc, la perte d'habitat via la banquise serait un facteur majeur
34:31de la diminution du Krill dans cette zone-là, notamment.
34:33On peut lire certains chiffres estimant que les scientifiques parlent
34:38d'une baisse, d'une chute de la population de Krill de 80% ces 30 dernières années.
34:43Mais ça vous paraît fiable, ça, comme chiffre ou pas ?
34:46Alors, je ne sais pas au niveau de 80%,
34:47parce que justement, il y a eu des études qui ont été,
34:49ce chiffre a pas mal bougé entre différentes études.
34:52Mais en effet, il y a un consensus qu'il y a une diminution.
34:54Alors après, le pourcentage, il varie.
34:57Et en fait, il y a aussi une contraction au niveau des latitudes,
35:02parce que les eaux se réchauffent, en fait.
35:04Et donc, ça se contracte vers le continent antarctique, en fait.
35:08Et les facteurs climatiques les plus préoccupants, justement,
35:10pour cet océan austral et ces écosystèmes, c'est quoi alors exactement ?
35:14C'est par exemple la banquise.
35:17Donc, pour donner des exemples, une diminution très importante de la banquise
35:22pour, par exemple, des colonies de manchots, etc.,
35:25vont faire qu'il va y avoir moins d'éléments nutritifs dans l'océan
35:30qui vont entraîner des conséquences sur les poissons dont ils consomment, etc.
35:33S'il y a trop de banquise, ça va entraîner des trajets beaucoup plus importants
35:38pour les colonies de manchots, pour accéder à l'océan, etc.
35:41Et c'est pareil pour le krill.
35:42Il a toute sa phase larvère où il va s'alimenter et se cacher des prédateurs sous cette banquise.
35:46C'est vraiment synchronisé avec son cycle de vie.
35:48Et donc, si on n'a pas de banquise ou une banquise trop tôt,
35:53ça va avoir des effets très négatifs.
35:55Il n'y a plus de protection, en fait.
35:56Ça fait office de cachette, c'est ça ?
35:57Oui, exactement.
35:58Et en fait, ce qu'on observe en Antarctique, c'est qu'à l'échelle globale de l'Antarctique,
36:02il y a une diminution de l'extension de banquise assez importante.
36:05Mais surtout, on a des variations très régionales et contrastées.
36:08Donc, il y a des zones où on va avoir une augmentation de la banquise
36:10et des zones où on va avoir une diminution.
36:11Et ça, c'est dû au changement climatique,
36:12parce qu'il y a un changement du régime des vents
36:14qui va faire qu'il va y avoir aussi un changement des courants
36:17qui va influencer la banquise.
36:18Par endroit, on peut avoir un réchauffement en profondeur,
36:21parfois un refroidissement.
36:22Donc, tout ça, c'est très contrasté.
36:24Oui, oui, oui.
36:25Mais en fait, tout ce qui sort de l'optimum des espèces,
36:29qui vont avoir chacune leur niche et leur optimum
36:32dans lequel elles peuvent survivre, etc.,
36:35va entraîner un déséquilibre qui va être problématique.
36:39Et par exemple, il y a eu des études qui sont sorties récemment.
36:44Le taux de gestation, donc le fait que les baleines soient gestantes,
36:48il est totalement corrélé à la disponibilité de krill,
36:51qui est corrélé à l'état de la banquise l'année d'avant.
36:55Donc, ils ont montré qu'il y avait des fluctuations
36:58entre 30 et 90 % de ces taux de gestation
37:03en fonction de la variabilité de la banquise,
37:05mais potentiellement du krill.
37:07Et donc, le problème, c'est que, en fait,
37:10quand on met tous les effets ensemble,
37:12c'est-à-dire, il va y avoir de la prise de krill par la pêche,
37:15il va y avoir des effets sur le krill du changement climatique,
37:18il va y avoir des effets du changement climatique
37:20sur les espèces qui consomment le krill.
37:22Il y a aussi l'impact du tourisme en Antarctique
37:24et notamment en péninsule, qui est en croissance exponentielle.
37:28Et donc, tous ces effets cumulés,
37:30les pollutions, les maladies infectieuses,
37:33parce que là, il y a eu quand même une grosse contamination
37:35avec la grippe aviaire récemment,
37:37qui font que tout ça se superpose sur les espèces
37:39et entraîne vraiment des effets cumulés
37:42qu'on n'arrive pas encore à mesurer.
37:44Et c'est très compliqué, notamment au sein, par exemple,
37:47de la Commission de la conservation pour la faune
37:48et de la flore en marine de l'Antarctique,
37:49de distinguer les effets de la pêche
37:52des effets du changement climatique.
37:54C'est tellement multifactoriel, en fait,
37:55que ça pose une complexité.
37:57Et donc, les nations qui poussent pour pêcher plus
38:02vont jouer là-dessus, parce qu'en fait,
38:03on n'arrive pas à prouver scientifiquement
38:05les effets de la pêche,
38:07des effets du changement climatique.
38:08Quelles sont les pistes concrètes
38:09pour mieux protéger le krill et l'écosystème antarctique ?
38:12Sarah Labrousse, il y a des projets en cours sur ces questions ?
38:14Alors oui, en effet,
38:17il y a, donc par exemple,
38:18pour parler des aspects au niveau français,
38:21la France a poussé depuis 2012
38:23pour la mise en place d'une marine protégée
38:26en Antarctique de l'Est.
38:29et dans une zone où, pour l'instant,
38:30il n'y a quasiment pas de pêche, en fait.
38:33Et ça permettrait, en fait,
38:35cet outil permet une gestion vraiment complète,
38:38donc ce qu'on appelle holistique de l'écosystème.
38:40Donc, on va pouvoir faire des suivis pluriannuels
38:43des effets sur les organismes bintiques,
38:46les organismes pélagiques, tous les prédateurs.
38:49Et en même temps, on va pouvoir aussi mettre des zones
38:51où il n'y a pas de capture de krill, etc.
38:54Le GIEC s'est exprimé sur la question du krill,
38:56sur la durabilité de cette pêche ?
38:59Alors, le GIEC, pour la biodiversité,
39:02c'est l'IPBFS.
39:05Et je n'ai pas le rapport en tête dernièrement,
39:08mais je pense qu'il...
39:12Et c'est très difficile,
39:13parce qu'en fait,
39:14on a ces estimations de masse qui sont très hautes,
39:16donc on part du principe qu'on ne pêche pas beaucoup.
39:18Mais en ayant une approche précautionneuse,
39:20en fait, il vaut mieux ne pas pêcher ou pêcher moins.
39:23Petit principe de précaution.
39:25Voilà, exactement.
39:26Ce n'est plus tellement à la mode,
39:26mais il faut quand même toujours s'en inspirer de temps en temps.
39:29Allez, on passe aux questions, Sarah Labrosse.
39:35Florence nous dit,
39:36vous avez dit que le krill faisait entre 4 et 7 cm.
39:39Ça me paraît énorme, dit-elle.
39:40Je pensais que c'était en millimètres plutôt.
39:42Au Japon, on mange des mini-crevettes en condiment avec des algues.
39:45Elles font 2 mm peut-être.
39:47Est-ce du krill ou une autre espèce ?
39:49Non, il s'agit d'une autre espèce, oui.
39:51Parce que le krill est vraiment dans cette taille de 4 à 7 cm.
39:54Donc, ce n'est pas si petit que ça.
39:56En tout cas, ce n'est pas microscopique.
39:57Non, pas du tout.
39:58Olivia demande,
39:59est-ce qu'on dispose aujourd'hui d'études et de chiffres
40:00sur le pourcentage de krill pêchés
40:02utilisés ensuite pour l'industrie de la pêche
40:04et ceux utilisés pour les compléments alimentaires
40:06à l'échelle mondiale ?
40:07Est-ce que tout ça est bien réparti ?
40:09Je pense que ça doit se trouver.
40:12Alors moi, à mon échelle de scientifique,
40:13je ne suis pas au courant après ensuite de la répartition.
40:16On va écouter un message vocal de Daniel
40:18qui vient de nous appeler sur l'application Radio France.
40:21Daniel Strasbourg,
40:23n'écoutez pas les publicités
40:25concernant la beauté de votre peau grâce au krill.
40:29N'écoutez pas les publicités
40:31pour faciliter l'amélioration du cartilage grâce au krill.
40:36Il y a énormément de produits
40:38qui peuvent remplacer le krill.
40:40Merci beaucoup.
40:41Au revoir.
40:42Merci beaucoup pour votre appel.
40:43Un commentaire, Sarah Labrousse, là-dessus,
40:45sur le rôle de la publicité aussi,
40:46qui évidemment nous en fume beaucoup
40:48et a des effets catastrophiques
40:50sur ces populations animales.
40:52Oui, sur les ressources vivantes,
40:54d'une manière générale,
40:55c'est très important de se renseigner
40:56sur ce qu'on mange et ce qu'on consomme.
41:00Après, en effet,
41:01le citoyen peut agir sur ça.
41:03Mais en effet, il faut aussi voter au niveau politique
41:08pour pouvoir aussi avoir une meilleure gestion
41:10de ses ressources marines
41:11parce qu'en fait, on exploite les océans
41:12pas qu'en Antarctique,
41:13mais partout dans le monde
41:15de façon déraisonnée.
41:18Et en fait, on est en train de détruire
41:21toute la vie sur Terre.
41:23Et puis là encore,
41:24on parle vraiment de maillons essentiels
41:26dans la chaîne alimentaire.
41:27Ce ne sont pas des petits sujets, en fait.
41:28Il faut bien se rendre compte
41:29qu'en fait, ces petites crevettes
41:31au fin fond des océans,
41:33elles ont un rôle aussi pour nous sur Terre ?
41:35Oui.
41:36Après, ça fait partie de l'écosystème
41:38et de la chaîne alimentaire.
41:40C'est absolument essentiel
41:41de vivre dans un monde
41:42où il y a d'autres organismes vivants
41:44et d'autres espèces.
41:45Et là, il faut se poser des questions
41:47sur la hiérarchie du vivant
41:48qu'on a instaurée en tant qu'espèce humaine
41:50et de quel droit aussi
41:52on a le droit d'aller effondrer
41:54des populations d'animaux
41:57ou d'organismes multiples et variés.
41:59J'ai le demande
42:00si une pêche durable du krill
42:01peut vraiment exister.
42:02Et si oui, sous quelle forme ?
42:04S'il fallait résumer un peu
42:05la discussion qu'on avait.
42:08Je renverrai vers une autre question.
42:09Est-ce bien raisonnable,
42:12peu importe la gestion
42:13de cette pêche au krill,
42:14d'aller pêcher
42:15à l'autre bout du monde
42:16pour alimenter des fermes de saumon ?
42:18Est-ce que c'est vraiment nécessaire ?
42:20C'est la question.
42:21On va écouter un message vocal de Marie.
42:24Bonjour, très intéressant
42:25cette émission sur le krill
42:28que je connaissais
42:30grâce à M. Cousteau
42:33et ses recherches sous-marines.
42:36Merci Marie.
42:37Il a dû y avoir certainement
42:38un épisode du Monde du silence
42:40sur le krill.
42:41Sarah Labrouge,
42:41je ne sais pas si vous l'avez en tête.
42:42Non, je ne l'ai pas en tête,
42:44mais on en parle de plus en plus
42:46dans tous les cas.
42:47Je pense que c'est très intéressant
42:49de parler de l'exploitation
42:51des ressources vivantes,
42:52que ce soit en Antarctique
42:53ou ailleurs.
42:54Ça pose énormément de questions
42:56et je reviens sur le fait
42:58que l'espèce humaine
43:00fait partie d'un écosystème.
43:02Pas sûr que du temps de Cousteau,
43:04il y avait déjà ces enjeux-là
43:06dans ces documentaires.
43:07Non, il y avait une approche
43:08assez coloniale.
43:10Jeanne, ce sera la dernière
43:12question.
43:12Quel est l'impact
43:13de la présence
43:13des chalutiers géants
43:14sur les espèces antarctiques ?
43:15Y a-t-il beaucoup de collisions
43:17avec les mammifères marins ?
43:18Est-ce que les industriels
43:19travaillent sur ces sujets ?
43:20Et vous avez 30 secondes
43:21pour répondre.
43:22En 30 secondes, oui,
43:23il y a un impact énorme
43:24parce qu'il y a des prises accessoires
43:25ou des prises accidentelles
43:26dans ces filets.
43:27Je n'en ai pas du tout parlé,
43:28mais les prises accessoires,
43:29ça représente énormément
43:29de biomasse,
43:30même de petits organismes.
43:32Et donc, ça a aussi un effet.
43:34Merci beaucoup Sarah Labrouge
43:35d'être venue à ce micro
43:36pour nous sensibiliser
43:38à cette question du krill.
43:42Lucas Lecoustre à la technique,
43:44Jérôme Boulet pour la réalisation
43:45et Lucie Sarfati
43:47qui coordonne bien sûr
43:48la programmation
43:49de la Terre au Carré.
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