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  • il y a 4 minutes
Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, affirme que les deux diplomates français arrêtés dimanche dans la capitale iranienne "sont rentrés à Paris". Il assure que "toutes les options" sont actuellement évaluées pour répondre à cette "agression". Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-jeudi-23-juillet-2026-9765058

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Transcription
00:00Et notre invité, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.
00:02Bonjour Jean-Noël Barraud.
00:03Bonjour.
00:04Nous allons parler de la guerre à proprement parler entre les Etats-Unis et l'Iran
00:08et de ses conséquences qu'évoquait Béatrice il y a un instant.
00:12Mais revenons d'abord sur ce que vous avez qualifié d'actes d'intimidation extrêmement graves
00:17de la part justement des services de sécurité iraniens contre deux diplomates français.
00:22D'abord ces deux diplomates ont quitté l'Iran hier.
00:25Ils sont rentrés à Paris hier et ils sont entourés de tout le soutien nécessaire
00:29après cette agression extrêmement grave, c'est vrai, et prémédité dont ils ont été les victimes.
00:34Ils ne retourneront pas en Iran, ils ne reprendront pas leur activité là-bas ?
00:38Ils continueront d'exercer leur mission jusqu'à son terme, mais depuis Paris.
00:44C'est leur souhait ?
00:45C'est leur souhait évidemment, ils sont sous le choc après avoir été brutalement interpellés
00:52dans un lieu privé par des officiers de sécurité du régime,
00:56après avoir été détenus pendant près de quatre heures, sans accès à leurs moyens de communication,
01:02sans pouvoir contacter l'ambassade, en étant intimidés et pour l'un d'entre eux,
01:06en étant violemment pris à partie.
01:09Molestés ?
01:10Molestés.
01:10C'est le terme que vous avez employé ?
01:11C'est-à-dire brutalisé, frappés.
01:12Il a été frappé ?
01:13Absolument.
01:13Par des agents iraniens ?
01:15Absolument.
01:15Ils ont été interpellés, vous dites, dans un lieu privé.
01:17Où exactement ? Que s'est-il passé ?
01:19À Téhéran, où ils menaient leur mission.
01:22Et qu'est-ce que c'était leur mission ?
01:23C'était de développer des programmes de soutien à la société civile iranienne,
01:28des programmes de soutien aux étudiants, aux artistes,
01:31pour leur permettre soit de venir en mobilité dans des universités
01:35ou dans des résidences d'artistes,
01:37ou soit tout simplement en Iran,
01:39de pouvoir bénéficier d'un certain nombre de services
01:41que l'ambassade de France met à disposition de la population iranienne,
01:44y compris des cours de français.
01:45Et je veux, d'ailleurs, à ce sujet,
01:47souligner que la France est l'un des pays du monde
01:49qui fait le plus pour la société civile iranienne
01:53et que nous en avons payé le prix.
01:55Merci, je vous entends bien,
01:56les services iraniens n'avaient rien à leur reprocher.
01:59Absolument rien.
02:00C'est la France qui est visée, alors ?
02:01Non seulement ils n'avaient rien à leur reprocher,
02:04mais en plus, s'en prendre à des diplomates
02:06est absolument interdit et absolument condamnable.
02:10Au fond, ce que dit cette agression,
02:13c'est que ce régime tente partout malien
02:16de décourager la France,
02:18de continuer à soutenir le peuple iranien,
02:21mais évidemment, nous continuerons.
02:22Donc c'est la France qui est intimidée ?
02:24C'est l'action de la France en soutien à la société civile iranienne.
02:29Vous avez dit, cette atteinte gravissime
02:32et inadmissible à l'intégrité de nos agents
02:34ne pourra rester sans conséquences, je vous cite.
02:36Donc, on en est où ce matin ?
02:37Il est évident qu'elle ne pourra rester sans conséquences
02:40puisque d'abord, elle est illégale
02:41et qu'en plus, elle est inqualifiable.
02:44Et nous évaluons aujourd'hui toutes les options
02:46que nous avons pour y répondre.
02:48C'est-à-dire ?
02:48Je viendrai vous en donner la substance
02:52une fois que nous aurons pris nos décisions.
02:53Mais qu'est-ce que ça peut être ?
02:55Des sanctions ?
02:56Une demande d'excuses ?
02:58Il y a beaucoup d'instruments, je dirais, de réponses
03:02lorsque les intérêts de la France
03:05et en particulier la sécurité de nos agences sont atteints.
03:11C'est ce à quoi nous sommes en train de réfléchir
03:15pour définir la bonne réponse à apporter.
03:17D'ici là, nous avons évidemment vivement protesté.
03:21Je l'ai fait à mon niveau auprès du ministre des Affaires étrangères iranien.
03:24Et nous avons convoqué le chargé d'affaires iranien au Quai d'Orsay.
03:26Qu'est-ce que vous lui avez dit ?
03:27Que tous ces actes étaient inqualifiables
03:30et qu'il ne resteraient pas sans conséquences.
03:31Ça vous a rappelé sans doute un autre incident diplomatique.
03:35Vous étiez aux premières loges pour, non pas y assister,
03:38mais en tout cas protester déjà à l'époque, novembre 2024 à Jérusalem.
03:42Dans un lieu, vous étiez en déplacement à Jérusalem à ce moment-là,
03:46dans un site qui appartient à la France, sur le Mont des Oliviers.
03:49La police israélienne intervient,
03:51entre sur ce site sans autorisation et interpelle deux gendarmes français.
03:56Scène qui avait été filmée,
03:57provoquée un grave incident diplomatique déjà à l'époque.
04:01Vous aviez donc vivement protesté.
04:04Et ensuite, qu'est-ce qui s'était passé ?
04:05Un grave incident qui n'est pas comparable
04:07à celui que nos deux agents ont vécu dimanche soir.
04:12Un grave incident qui nous a conduit à obtenir des garanties
04:15de la part des autorités israéliennes
04:17que les lieux qui sont placés sous la protection de la France,
04:20comme le domaine de l'Eléona,
04:21ne feraient plus l'objet d'incursions,
04:24comme ça a été le cas par des gendarmes israéliens.
04:25Mais dans le cas d'Espèce,
04:27ce sont bien des agents diplomatiques,
04:29et en particulier notre conseiller culturel,
04:32qui ont été brutalement pris à partie,
04:34frappés, agressés,
04:36par des officiers du régime,
04:37parce qu'ils conduisaient leur mission de soutien à la société.
04:39Si je vous pose la question,
04:40et si je fais le parallèle avec cet autre incident,
04:42c'est qu'à l'époque,
04:43la diplomatie française avait dit attendre des excuses.
04:47Je n'en ai pas trouvé trace.
04:49Nous avons obtenu des excuses
04:51de la part des autorités israéliennes
04:54et des garanties que cela ne se reproduirait plus.
04:56Il n'y avait pas eu d'excuses du gouvernement israélien à l'époque.
04:58C'est parce que souvent,
05:00les protestations sont vives
05:02et derrière, il ne se passe pas grand-chose.
05:03Vous savez, on hésite assez rarement
05:05à prendre des sanctions
05:07à l'encontre de ceux qui portent atteinte à l'image de la France.
05:10Et s'agissant du régime iranien,
05:12depuis que j'ai pris mes fonctions il y a deux ans,
05:14et singulièrement l'année dernière,
05:16nous avons pris à de nombreuses reprises
05:18des sanctions très lourdes
05:19à l'encontre du régime et de ses responsables.
05:21Donc des sanctions font partie de l'éventail des possibilités.
05:24On le comprend bien.
05:25Venons-en donc à la guerre,
05:27proprement dite au Moyen-Orient.
05:29Ces frappes américaines et iraniennes
05:30qui ont repris depuis une douzaine de jours.
05:34Donald Trump, il y a quelques heures,
05:35a menacé de détruire des infrastructures
05:38civiles, des ponts, des centrales électriques
05:40dès que l'Iran, a dit le président américain,
05:42tirera sur un navire dans le détroit d'Hormuz.
05:44Évidemment, c'est contraire au droit international.
05:46Est-ce que vous condamnez ces propos ce matin ?
05:48Ce que je dis, c'est que tout doit être fait
05:51pour mettre fin à cette escalade dangereuse
05:52qui est en train de créer un risque majeur
05:57pour l'économie mondiale et pour notre pouvoir d'achat.
05:59Mais est-ce que vous dites que ce que dit Donald Trump,
06:02frapper des infrastructures civiles,
06:03encore une fois, c'est illégal.
06:05Est-ce que vous dites que ce n'est pas acceptable ?
06:07Vous savez, je ne suis pas là pour commenter,
06:09d'ailleurs j'ai perdu l'habitude de le faire,
06:12les déclarations de tel ou tel responsable étranger.
06:18La question qui est posée,
06:20c'est d'abord de qualifier la gravité des choses.
06:24Je le redis, tout doit être fait
06:26pour éviter que cette escalade ne dégénère plus encore.
06:29Tout doit être fait pour que les termes de l'accord
06:32qui a été trouvé entre les États-Unis et l'Iran
06:34il y a un mois soient respectées.
06:36Personne n'a à gagner à la poursuite de cette guerre
06:40qui soulève des risques majeurs pour la région
06:43et qui emporte des conséquences dramatiques
06:46pour l'économie mondiale et donc pour notre économie,
06:48pour le pouvoir d'achat des Français.
06:49Est-ce que c'est commenter ou est-ce que c'est simplement
06:51défendre un principe essentiel que de dire
06:54on ne doit pas, les États-Unis en l'occurrence,
06:57ne doivent pas et n'importe quelle autre France
06:58frapper des infrastructures civiles ?
07:00Nous l'avons toujours dit, d'ailleurs,
07:03les ministres des Affaires étrangères du G7
07:05que j'ai réunis au mois de mars
07:07ont pris ensemble une déclaration
07:08appelant à préserver les civils et les infrastructures civiles.
07:11Cette guerre, nous l'avons réprouvée
07:13dès le premier jour,
07:14parce qu'elle était conduite à l'écart du droit international
07:17et parce qu'elle n'avait pas de but précisément défini.
07:20Donc, ne comptez pas sur nous,
07:23ne comptez pas sur la France
07:24pour pouvoir distribuer les bons points.
07:26Ce qui est clair, c'est que le détroit d'Hormuz
07:28qui est aujourd'hui bloqué délibérément par l'Iran
07:32doit réouvrir pour que le trafic maritime puisse reprendre
07:35et que la pression sur les prix,
07:37notamment des hydrocarbures, puisse baisser.
07:39On en parlait.
07:40Parce que les conséquences sont majeures
07:41pour le pouvoir d'achat des Français.
07:42Et en attendant,
07:43parce que nous sommes l'un des rares pays
07:45à pouvoir parler aux deux parties à ce conflit,
07:48à leur passer des messages au calme.
07:49Mais nous ne nous contentons pas de passer des messages.
07:52Vous vous souvenez que dès les premiers jours de cette guerre,
07:54nous avons déployé des capacités militaires sans précédent
07:57pour protéger nos partenaires
07:58et que depuis des semaines,
07:59nous nous tenons prêts,
08:00c'est la volonté du président de la République,
08:02à déployer des capacités dans le détroit d'Hormuz
08:05pour participer à des actions de déminage
08:07ou éventuellement d'escorte.
08:09La France se tient prête.
08:10Est-ce qu'elle va le faire ?
08:11Elle le fera si les conditions le permettent.
08:13Mais vous voyez bien que le niveau de tension
08:14et d'hostilité dans le détroit aujourd'hui ne le permet pas.
08:17Par ailleurs,
08:18et je veux le dire,
08:19nous devrions passer un peu moins de temps
08:21à commenter la situation dans le détroit d'Hormuz
08:23et beaucoup plus à en tirer les leçons pour notre avenir.
08:26Et quelles sont les leçons ?
08:27Eh bien c'est que nous devons impérativement
08:29et le plus rapidement possible
08:30nous défaire de toutes les dépendances,
08:32de toutes les servitudes
08:33qui tiennent à notre consommation d'hydrocarbures,
08:37ouvrir de nouveaux corridors,
08:38et de nouvelles routes commerciales
08:40et c'est ce à quoi nous travaillons avec nos partenaires.
08:41Ça va prendre un peu de temps.
08:42En attendant, est-ce que vous appelez l'Iran
08:44à rouvrir dans l'immédiat le détroit d'Hormuz ?
08:47Est-ce que les conditions sont réunies ?
08:49En bloquant le détroit d'Hormuz,
08:51l'Iran viole à la fois ses propres engagements,
08:53les engagements pris il y a un mois
08:55dans cet accord signé avec les Etats-Unis,
08:56et viole le droit international
08:58puisque un détroit ça n'appartient à personne
09:00ou plus précisément ça appartient à tout le monde.
09:02C'est un bien commun de l'humanité,
09:04c'est considéré comme les eaux internationales
09:06et ça ne peut naître en aucun cas entravé
09:08et soumis à aucun chantage ni aucun péage.
09:10On constate que le seul objectif de Donald Trump
09:12aujourd'hui dans cette guerre
09:14semble être de rouvrir précisément le détroit d'Hormuz
09:17qui était ouvert avant la guerre.
09:19Il ne parle plus des autres objectifs affichés au départ,
09:23le renversement du régime
09:24ou la libération du peuple iranien.
09:27Est-ce que vous comprenez, vous,
09:28l'objectif de Donald Trump aujourd'hui ?
09:29Ce que je peux dire en tout cas,
09:31c'est que le calme, la sécurité et la paix
09:34ne pourront pas revenir dans cette région
09:37tant qu'une solution politique n'aura pas émergé
09:40qui permette d'encadrer strictement
09:42le programme nucléaire iranien,
09:43qui permette à l'Iran de vivre pacifiquement
09:46dans son environnement régional
09:47et qui permette au peuple iranien
09:49de construire librement son avenir.
09:50Tant que ces conditions ne seront pas réunies,
09:53nous verrons de l'instabilité dans cette région.
09:54Est-ce qu'il y a un objectif aujourd'hui
09:56à cette guerre, oui ou non ?
09:59S'il y a un objectif,
10:00comme nous le disons depuis le début,
10:02il est imprécisément défini.
10:04Ce qui nous semble,
10:05c'est qu'il est impératif
10:07de pouvoir d'une part encadrer strictement
10:09ce programme nucléaire
10:10comme nous avons réussi à le faire il y a dix ans,
10:13qu'il faut amener l'Iran à renoncer
10:15à ses actions de déstabilisation
10:17de sa région, de son voisinage,
10:18par le développement de programmes de missiles,
10:20par le soutien à des groupes terroristes
10:22et qu'il faut que le peuple iranien
10:24puisse être respecté dans ses droits
10:26et ses libertés fondamentales.
10:27Un tout dernier mot, Jean-Noël Barraud,
10:28nous parlions de l'incident diplomatique
10:31avec l'Iran.
10:32Il y a dix jours,
10:32vous aviez annoncé aussi
10:34votre volonté de convoquer,
10:35séance tenante,
10:36l'ambassadeur de Russie en France
10:39après une vaste campagne cyber,
10:41aviez-vous dit,
10:42orchestrée par les services secrets russes.
10:43Est-ce que vous l'avez fait ?
10:44Absolument.
10:45Et nous prendrons dans quelques heures,
10:46je l'espère,
10:47des sanctions à l'encontre des acteurs
10:50responsables de cette déstabilisation,
10:52des sanctions européennes,
10:53puisque ce que nous avons fait
10:54le 13 juillet dernier,
10:56avec l'ensemble des pays de l'Union Européenne,
10:58c'est de dénoncer publiquement
11:00une vaste campagne d'attaque
11:01menée par le FSB russe,
11:02le Bureau de la Sécurité fédérale,
11:04à l'encontre d'une dizaine de pays européens,
11:06dont la France,
11:07où des ministères,
11:09des ambassades ont été ciblées,
11:10mais aussi la Pologne,
11:11où là, ce sont des infrastructures
11:12de transport qui ont été visées
11:14délibérément par la Russie
11:16pour nous déstabiliser,
11:17pour nous fragiliser,
11:18pour affaiblir notre soutien à l'Ukraine,
11:20mais vous le voyez,
11:21notre soutien à l'Ukraine
11:22n'a fait que redoubler.
11:23Donc sanctions imminentes
11:24contre la Russie au niveau européen.
11:26Merci beaucoup.
11:26Merci à vous.
11:27Jean-Noël Barraud,
11:27ministre de l'Europe
11:28et des Affaires étrangères.
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