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Servane Mouton, Justine Atlan et Bastien Le Querrec sont nos invités pour évoquer l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, souhaitée par Emmanuel Macron et votée à l'Assemblée nationale. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-23-juillet-2026-1046856

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00:00L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans peut-elle être efficace ?
00:03Comment cela va se passer concrètement ?
00:06Vous vous posez sûrement la question si vous êtes parent ou d'ailleurs si vous êtes adolescent
00:09et même si vous n'êtes ni l'un ni l'autre, vous êtes forcément concerné par cette question des
00:14réseaux et des écrans
00:15qui doit tous nous faire réfléchir.
00:17Alors parlons-en ce matin avec une neurologue, coprésidente de la commission d'experts Enfants et Écrans
00:23qui a recommandé dès 2024 cette interdiction à Emmanuel Macron entre autres mesures.
00:28Servane Mouton, bonjour.
00:30Bonjour.
00:30Vous avez publié chez Gallimard, Écran, un désastre sanitaire, il est encore temps d'agir.
00:36Nous sommes aussi avec la directrice générale d'une association qui vise à protéger les enfants dans leur usage d
00:41'internet.
00:42Justine Attelan, bonjour.
00:43Cette association, c'est iEnfance38 et avec un juriste de l'association La Quadrature du Net
00:48qui défend les libertés fondamentales dans l'environnement numérique.
00:53Bastien Le Querec, bonjour à vous.
00:55Avec vous aussi, on en parle bien sûr.
00:57Vous qui nous écoutez, vous nous appelez pour réagir, pour témoigner, nous poser vos questions au 01 45 24 7000.
01:04Vous pouvez aussi nous écrire bien sûr, vous le savez, sur l'application de Radio France.
01:07Un mot d'abord.
01:09Chacun et chacune voudraient avoir votre avis sur l'objectif tout simplement de cette loi.
01:13On va parler de toutes les questions qui se posent, toutes les réserves peut-être que certains ou certaines d
01:18'entre vous ont sur cette loi.
01:20Mais sur le principe d'abord, est-ce que vous êtes d'accord avec l'objectif ?
01:23Servin de Mouton, j'imagine que oui, puisque vous ayez parti avec vos collègues de ce groupe d'experts qu
01:29'il avait proposé.
01:31Oui, l'interdiction d'accès pour les réseaux sociaux par les mineurs de moins de 15 ans était une des
01:38recommandations du rapport,
01:39sachant qu'on était en réalité plus exigeants puisqu'on ne les autorisait à partir de 15 ans que s
01:43'ils étaient éthiques.
01:44Ce qui n'est bien sûr pas le cas de ceux auxquels ils auront accès.
01:47En tout cas, c'est une mesure à laquelle je souscris, mais qui doit s'inscrire dans un panel plus
01:52large, systémique,
01:53comme on avait également insisté lors de notre rapport.
01:56Justine Attelan, vous dites-vous aussi que c'est un premier pas ?
01:59Oui, la situation en enfance existe depuis 20 ans et lutte justement pour protéger les enfants et les adolescentes
02:04dans cet environnement numérique qui n'est absolument pas conçu pour eux et qui ne respecte absolument pas leurs droits,
02:09notamment effectivement à être protégé et avoir des fonctionnalités adaptées.
02:12Donc on est évidemment favorable à la prise en compte de ces risques, enfin au niveau sociétal.
02:17Ça crée une norme sociale qui est très importante.
02:19On en parle ce matin, les auditeurs réagissent, donc on voit bien que ne serait-ce que ça, c'est
02:22extrêmement vertueux
02:23puisque ça permet à tout le monde de considérer que ce n'est pas un usage banal, loin de là.
02:27On a déjà des appels et des messages, en effet, qu'on va prendre dans un instant.
02:33Bastien Le Querec, vous vous êtes plus réservé, pourquoi ?
02:36Ça dépend de l'objectif.
02:37Si l'objectif c'est de combattre la toxicité des réseaux sociaux commerciaux,
02:41et j'insiste sur ce point, il y a des réseaux sociaux qui apportent des modèles différents
02:44et qui se retrouvent dans le même sac que ces réseaux sociaux commerciaux
02:48qui vendent de l'addiction, qui vendent du ciblage publicitaire.
02:52C'est leur modèle économique.
02:53Voilà, c'est leur modèle économique.
02:54Ce modèle économique, il n'est absolument pas remis en question par cette mesure,
02:56mais s'attaquer à ces réseaux sociaux commerciaux qui sont toxiques,
02:59qui sont, maintenant c'est documenté, c'est une bonne chose.
03:02En revanche, la manière de le faire, l'interdiction très autoritaire, très paternaliste des réseaux sociaux,
03:08de l'ensemble des réseaux sociaux, là, c'est une erreur fondamentale.
03:11Vous dites que c'est une injustice qui est faite aux adolescents ?
03:13Pas seulement aux adolescents, parce que vérifier l'âge des internautes,
03:16ça veut dire faire un contrôle d'identité de l'ensemble de la population.
03:21Ça veut dire que les adultes vont être concernés.
03:23Ça veut dire que les enfants qui pouvaient trouver un refuge,
03:26quand ils sont, par exemple, dans un foyer LGBT-phobe,
03:29et qui se posent des questions sur leur transition, par exemple,
03:31les réseaux sociaux peuvent être un endroit fondamental, nécessaire,
03:35qu'on est en train de leur couper.
03:37Une question, et un premier témoignage d'une auditrice de France Inter,
03:41c'est Marion qui est avec nous au Standard.
03:42Bonjour Marion.
03:44Bonjour, bonjour à tous.
03:45On vous écoute.
03:47Alors, écoutez, moi je me pose la question de pourquoi on insiste tant sur le fait
03:51que cette loi soit applicable ou non au sein des familles.
03:56Oui, parce que si on prend le parallèle avec le tabac ou avec l'alcool,
04:01qui sont prohibés pour les enfants, nous, parents, nous pouvons faire appliquer cette loi
04:05sans avoir un gendarme derrière nous, au sein des foyers.
04:10Je pense que pour les réseaux sociaux, ce sera la même chose.
04:13Et surtout, ça nous permettra, au niveau des adolescents, de leur dire,
04:16et de ne pas rentrer dans des conversations qui durent des heures,
04:18de leur dire simplement, tu vois, c'est illégal, donc c'est non.
04:21Et pour nous, parents, c'est vraiment une aide fondamentale, d'une part pour cela,
04:28et pour moi, personnellement, avec une fille ado que j'ai beaucoup sensibilisée au sujet.
04:36Elle a 11 ans, elle va rentrer au collège, elle est sensibilisée,
04:40et au courant de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, via mes réseaux.
04:44Parce que j'entendais le fait d'isoler les ados parce qu'ils ne pourraient plus avoir accès.
04:50Mais en fait, je pense qu'il faut continuer à accompagner les enfants jusqu'à leur 15 ans, c'est
04:54normal.
04:55Je fais toujours le parallèle entre ce qui est, au niveau des réseaux et des smartphones,
04:59je combats aussi un peu les smartphones, je vous avoue aussi,
05:01c'est qu'en fait, ce sont des outils qui sont utiles,
05:04mais le parent doit rester au volant des choses, comme pour la voiture.
05:08Et donc cette loi renforce votre autorité, c'est ce qu'on comprend de votre témoignage.
05:13Merci beaucoup Marion.
05:14Servan Mouton, c'est l'idée, justement, de créer, comme le disait Justine Atlan, une norme sociale.
05:21Absolument. La loi a des vertus potentielles, en tout cas sur plusieurs aspects,
05:26dont celui-ci, qui est de rendre légal ou justement illégal l'accès à certaines plateformes de réseaux sociaux
05:36ou avec des fonctionnalités réseaux sociales,
05:37qui permettront, et vraiment c'est ce que cette dame a expliqué parfaitement,
05:41qui permettront de légitimer la position des parents qui luttent aujourd'hui, au quotidien,
05:45pour empêcher leurs enfants de s'inscrire sur ces réseaux.
05:50Et de dénormaliser, finalement, le fait de ceux qui seront inscrits,
05:54comme on avait fait pour le tabac à une époque,
05:58quand le fumier a été interdit dans les lieux publics.
06:01Finalement, ça n'a plus été le non-fumeur, l'empêcheur de tourner en rond,
06:04mais le fumeur, et ça s'est fait très rapidement.
06:06Alors concrètement, ce que prévoit cette loi, c'est qu'à partir du 1er septembre,
06:10la création de nouveaux comptes sera interdite pour les moins de 15 ans,
06:14et pour les comptes qui existent déjà, les plateformes devront les supprimer sous 4 mois.
06:20C'est faisable, Justine Attelan ?
06:23D'abord, je pense qu'on n'est pas comptable de c'est faisable ou pas faisable,
06:27dans la mesure où oui c'est faisable, après c'est aux plateformes d'avoir cette responsabilité,
06:30elle leur incombe, c'est pas aux jeunes ou aux parents, c'est vraiment la responsabilité des plateformes,
06:34c'est à elles, effectivement, de mettre en place.
06:36Il faut se rappeler que les plateformes, de toute façon, se sont elles-mêmes autodictées une règle
06:40qui était que théoriquement, elles n'acceptent pas les moins de 13 ans.
06:42Donc de toute façon, les plateformes elles-mêmes se sont limitées à un certain âge.
06:45La difficulté, et c'est pour ça qu'on en arrive aujourd'hui à interdire aux moins de 15 ans,
06:48c'est qu'elles n'ont jamais appliqué la propre interdiction qu'elles s'étaient mises à elles-mêmes
06:51de ne pas accepter les moins de 13 ans.
06:53Et c'est pas une contrainte technique, techniquement elles peuvent le faire.
06:55C'est absolument pas une contrainte technique,
06:56je pense que mon voisin de droite parlera des contraintes qui sont évidemment des choix, en fait,
07:00de société et des priorités de droit et de hiérarchie de droit qu'on va poser en termes de liberté
07:04fondamentale.
07:05Mais en tout cas, techniquement, c'est tout à fait faisable.
07:08Donc effectivement, elles sont prêtes, très honnêtement, elles sont prêtes,
07:11parce que c'est quand même des discussions qui existent depuis des années,
07:13parce qu'on a déjà eu ce combat, et mon voisin de droite aussi l'a déjà eu,
07:18sur la non-accès des enfants à la pornographie,
07:21qui est aussi une norme qui existe depuis des années, des dizaines d'années,
07:23mais qui n'était pas appliquée sur Internet.
07:25Et on a dû effectivement trouver des systèmes de vérification de majorité, en l'occurrence,
07:29pour pouvoir effectivement exclure les mineurs, qui pour l'instant étaient très exposés.
07:33Donc là, on va retomber dans quelque chose d'un peu plus compliqué à mettre en œuvre,
07:35effectivement, parce qu'on va dépasser de « es-tu majeur aux mineurs ? »
07:38« Mais quel âge as-tu parmi les mineurs ? »
07:39Et donc les parents vont devoir aussi, effectivement, participer à ça.
07:42Et c'est ça qu'il faut, je pense, garder,
07:43c'est que les parents, de toute façon, maintenant, sont inclus là-dedans,
07:46pour effectivement participer à cela.
07:48Alors, Bastien Le Querec, justement, vous, vous faites partie d'une association,
07:51on l'a bien compris, qui défend la liberté en ligne.
07:55Et on a entendu vos réserves.
07:56Les autres critiques qui sont faites à cette loi, c'est qu'elle est floue, en fait,
08:00qu'il n'y a pas de liste noire concrète des réseaux qui seront concernés.
08:05Il n'y a pas de mécanisme précis prévu pour la vérification d'identité, notamment.
08:10C'est à Bruxelles, en fait, qu'on renvoie tout ça ?
08:12C'est au niveau européen que ça devra se faire ?
08:14Cette loi, c'est de l'affichage politique.
08:16Dans la version initiale du texte, l'ARCOM,
08:19qui est l'autorité administrative indépendante chargée de la régulation des médias,
08:23se voyait confier des pouvoirs similaires qu'elle a pour imposer la vérification d'âge
08:28sur les sites à caractère pornographique.
08:30Parce qu'il y avait des incompatibilités avec le droit de l'Union européenne,
08:33qui sont d'ailleurs en train de rejaillir sur cette vérification d'âge
08:37pour les sites pornographiques,
08:38au moment de la dernière étape des débats parlementaires,
08:41tous les pouvoirs de l'ARCOM ont été supprimés.
08:43Et on se retrouve avec une loi qui dit simplement
08:45les mineurs de moins de 15 ans n'ont pas le droit d'accéder aux réseaux sociaux.
08:48Et c'est tout.
08:48On n'a plus de pouvoir pour renforcer ça.
08:51Il n'y a pas de sanction non plus dans cette loi ?
08:53Il n'y a pas de sanction directement,
08:54mais ce n'est pas impossible que le gouvernement puisse utiliser
08:57des procédures qui existent déjà dans la loi.
09:00Sans rentrer dans les détails techniques,
09:01il existe une procédure judiciaire pour aller demander à la justice,
09:05en référé, c'est-à-dire sur une décision très rapide,
09:07la censure ou n'importe quelle action
09:10pour empêcher une plateforme illégale de continuer.
09:13Donc ce n'est pas impossible que, malgré tout,
09:15le gouvernement, s'il le voulait vraiment,
09:18s'attaque aux plateformes qui ne feraient pas cette vérification d'âge.
09:21Mais ça reste principalement une mesure d'affichage.
09:23Madame Catherine Morin-De Sailly, la rapporteure du texte au Sénat,
09:26disait mardi que la portée normative de ce texte est limitée.
09:31Elle-même, alors qu'elle a défendu ce texte,
09:33admet que, finalement, il ne va pas se passer grand-chose.
09:36Elle dit que c'est avant tout un texte symbolique,
09:38mais qui va peut-être inciter Justine Atlan.
09:42Bruxelles, justement,
09:43Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne,
09:45a dit qu'on présentera des mesures après l'été,
09:49très prochainement.
09:50Et il y a une quinzaine, je crois, de pays européens
09:52qui débattent en ce moment même d'une telle interdiction eux aussi.
09:56Donc, il peut y avoir, la France peut être pionnière d'un mouvement de front.
09:59Mais ce n'est pas, elle l'est, factuellement.
10:00Elle l'est, factuellement, puisque, en fait,
10:02Bruxelles n'avait pas bougé autant qu'ils n'ont bougé depuis,
10:04effectivement, qu'il y a cette menace, entre guillemets, en tout cas,
10:07que la France soit le premier pays à poser une norme de cette nature.
10:10Et, factuellement, on voit bien que, depuis ce moment-là,
10:13effectivement, l'Europe, qui était plutôt accusée d'être un peu laxiste
10:16à l'égard des plateformes, à certains moments,
10:18bien qu'elle ait mis en place le DSA parallèlement,
10:20là, quand même, le Digital Service Act est vraiment le texte de régulation,
10:24justement, des réseaux sociaux, dans lequel, justement,
10:26il y a des lignes directrices, particulièrement sur la protection des mineurs,
10:29et qui sont censées, si elles sont toutes mises en œuvre,
10:31effectivement, offrir un environnement plus sécurisé pour les mineurs.
10:34Mais ça, il faut que ça se fasse, et c'est, effectivement, extrêmement important.
10:37Mais oui, l'Europe va...
10:38Vous dites, quand même, que c'est plus que symbolique.
10:41Là, en France, en tout cas, c'est vrai que c'est...
10:43En tout cas, ne serait-ce que si ça a cette vertu de pousser l'Europe,
10:46ce qu'elle va faire, très rapidement, en septembre,
10:49a priori, ce qu'on voit, effectivement, du comité, du panel d'experts
10:52qui a sorti son rapport, de devoir poser un âge, finalement,
10:55qui va plutôt s'aligner sur celui des plateformes,
10:57on est 13 ans, mais qui permet d'harmoniser,
10:59parce que c'est ça que, finalement, les plateformes demandent l'harmonisation.
11:02On va leur donner de l'harmonisation.
11:03L'Europe va pouvoir, effectivement, harmoniser un âge
11:05où les jeunes peuvent venir tout seuls,
11:06un âge où il faut l'accord des parents,
11:08et mettre en place le DSA, ce qu'on souhaite tous, je pense,
11:11c'est que ce soit, effectivement, cohérent et applicable.
11:13Bastien Le Querec.
11:14Oui, ce n'est pas seulement un texte symbolique.
11:16Je ne veux quand même pas laisser penser
11:18que la Cour de la Rature du Net penserait que c'est un texte symbolique.
11:20C'est un texte qui porte énormément de dangers en lui-même.
11:23Mais on voit, effectivement, qu'il y a une direction commune
11:27entre la Commission européenne et la France
11:29pour aller dans cette direction de la vérification d'âge.
11:31La Commission européenne, il y a quelques semaines,
11:33a présenté une application de vérification d'âge.
11:35Concrètement, c'est une application pour faire un contrôle d'identité.
11:38Et on est en train de se diriger vers cette direction
11:41où on aurait un contrôle d'identité obligatoire
11:44avant de pouvoir s'exprimer en ligne sur un réseau social
11:47partout dans l'Union européenne.
11:48C'est quoi votre crainte très concrètement ?
11:49La crainte, c'est non seulement la fuite de données.
11:53Par exemple, au Royaume-Uni, il y a une loi similaire qui existe.
11:57Reddit, un réseau social assez populaire,
12:00a eu son prestataire de vérification d'âge
12:03qui a eu une faille de sécurité.
12:05C'est 60 000 personnes qui ont vu leur papier d'identité
12:08partir dans la nature.
12:09Le problème, c'est que quand vous vous savez surveiller
12:11parce que vous avez dû donner votre identité à un intermédiaire,
12:14pas forcément la plateforme elle-même, ça peut être un intermédiaire,
12:18vous allez modifier votre comportement.
12:20C'est en sociologie ce qui s'appelle le chilling effect.
12:21Pour une démocratie, c'est un problème insurmontable.
12:26C'est-à-dire qu'il va y avoir de l'autocensure.
12:30On ne pourra plus s'exprimer librement
12:31si on sait que demain, son identité pourra être divulguée
12:35à un patron, à un conjoint, à un pouvoir politique
12:38qui ne nous aimerait pas.
12:39C'est un danger pour la démocratie.
12:41Justine, attend très brièvement et on revient à la question.
12:44de la santé quand même pour les jeunes.
12:45Oui, absolument qui est fondamental et c'est pourquoi on débat ce matin.
12:48Sur la vérification d'âge, normalement,
12:50ce n'est pas une vérification d'identité.
12:52C'est une partie de l'identité qui est l'âge, c'est tout.
12:54On n'a pas besoin de savoir autre chose.
12:55Donc ne partons pas dans ce fantasme de la vérification citée,
12:58de l'État contre l'identité.
13:00Bien sûr qu'il y a des fuites de données, on le sait,
13:02mais ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas aller à...
13:03Deuxième chose, effectivement, il y a plein d'actes
13:05dans la vie courante qu'on fait où il faut montrer
13:07son âge pour aller acheter un paquet de cigarettes,
13:09pour aller acheter l'alcool, pour rentrer dans un casino.
13:11Donc effectivement, sur Internet, dès lors qu'il y a
13:13toutes ces activités aussi qui sont proposées,
13:14y compris la pornographie, y compris maintenant des réseaux sociaux
13:17dont il sait qu'ils sont dangereux pour effectivement
13:19le développement des jeunes, oui, il va falloir
13:21effectivement montrer pas de planche.
13:22Mais c'est là où je vous dis qu'on a une opposition fondamentale
13:24qu'on a depuis très longtemps, parce que ça date de l'Obsi
13:26et de ce nombre de lois, c'est qu'effectivement,
13:28pour l'instant, ce qu'on a privilégié dans le monde dans lequel on vit,
13:30c'est justement la vie privée et la protection
13:32des données personnelles et tous les adultes.
13:34Absolument pas la protection des mineurs
13:35qui consultent de la pornographie tous les jours,
13:37qui sont exposés à des réseaux sociaux délétères
13:38qui ont un vrai impact sur leur santé mentale.
13:41Donc maintenant, il est temps, à mon avis,
13:42de ne pas du tout prioriser plus l'un que l'autre,
13:44de trouver un équilibre entre les deux
13:45où l'un ne soit pas une menace pour l'autre.
13:47Il y a un débat aussi entre nos auditeurs
13:48sur l'application Radio France, et c'est ça qui est intéressant.
13:51Marie qui dit, par exemple,
13:52je ne comprends pas pourquoi cette loi posait problème.
13:54On vérifie bien l'âge des jeunes à l'achat d'alcool.
13:58Ce sera pareil pour les réseaux sociaux.
14:00Et Camille qui dit,
14:02cette loi est une catastrophe pour l'anonymat,
14:04la surveillance de masse.
14:05est la prochaine étape.
14:06Donc voilà pour ce débat.
14:07Venons-en à la santé,
14:08parce que c'est quand même le sujet central,
14:10et c'est votre spécialité,
14:11vous qui êtes neurologue, Servane Mouton.
14:14Il y a un consensus scientifique
14:16pour dire que les réseaux sociaux
14:18et les écrans en général
14:19ont des effets néfastes sur les jeunes aujourd'hui.
14:23Ça, c'est clair.
14:25Le consensus existe sur les effets sur la santé physique,
14:27quel que soit le contenu qui est proposé par l'écran,
14:31en termes de sédentarité,
14:33avec le risque sur la santé métabolique et cardiovasculaire,
14:36les impacts sur le sommeil,
14:37avec les conséquences en cascade sur la santé,
14:39et puis sur la vision, avec le risque de myopie.
14:42Et les effets, enfin, les usages excessifs
14:45sont essentiellement en lien
14:48avec les structures qui utilisent l'économie de l'attention.
14:52Donc, ils vont utiliser des processus addictif-like,
14:56addictogènes, en tout cas,
14:57de captation de l'attention
14:58pour nous faire rester en ligne le plus longtemps possible
15:00et nous y faire venir le plus souvent possible,
15:02ce qui est la base du modèle économique
15:04des grandes plateformes de réseaux sociaux,
15:05mais aussi de jeux vidéo en ligne,
15:06de différents styles commerciaux, etc.
15:08On l'a dit, il suscite, il crée l'addiction.
15:11On l'a dit au début,
15:12c'est le modèle économique de ces plateformes.
15:14En tout cas, des comportements de type addictif
15:16ou compulsif ou addictif-like,
15:18même s'il n'y a pas de consensus
15:18sur le diagnostic d'addiction aux réseaux sociaux aujourd'hui.
15:21Et puis ensuite, il y a le problème des contenus
15:23que Mme Atlan a largement détaillé,
15:25l'accès au porno, le cyberharcèlement,
15:27la cyberpédocriminalité,
15:30les contenus hyper-violents.
15:31Enfin voilà, on peut faire une liste à l'après-verre
15:32assez dramatique,
15:34mais il y a aussi tous ces risques en ligne
15:35qui ne sont pas contrôlés aujourd'hui
15:37et qui peut-être vont l'être un petit peu plus
15:40avec cette loi.
15:41Et j'insiste sur une chose,
15:42on n'a pas abordé là,
15:43mais il a été aussi retoquise par rapport à cette loi,
15:46le fait que c'était une prévation de liberté
15:47pour les mineurs de moins de 15 ans.
15:49À partir du moment où on parle de contenus
15:52qui sont de type addictif,
15:54c'est-à-dire qui vont manipuler le comportement en ligne
15:58des usagers en utilisant le fonctionnement normal
16:01de leur cerveau,
16:03donc pour aboutir à des comportements de type addictif,
16:06on ne les prive pas de la liberté,
16:07on leur remet la liberté,
16:08puisqu'une des définitions de l'addiction,
16:09c'est que la personne perd son autonomie,
16:11perd sa liberté.
16:13Donc c'est une mesure de protection,
16:14et c'est une mesure d'urgence,
16:15de protection des mineurs,
16:16qui doit s'inscrire dans un panel plus large,
16:18avec bien sûr une exigence qui devait être extrêmement forte
16:20pour que les plateformes soient éthiques,
16:23en règle, avec la réglementation européenne,
16:25DSA, et peut-être plus tard le Digital Fairness Act,
16:29mais j'avoue que j'ai une certaine appréhension,
16:32en tout cas j'ai peu de confiance,
16:34sur le fait que les plateformes
16:35qui ont basé leur modèle économique
16:36sur la captation de l'attention,
16:37changent radicalement,
16:38et deviennent tout d'un coup,
16:39avec un humanisme formidable,
16:42et qui respectera l'usager.
16:44J'ai du mal à y croire.
16:45Petite précision d'un mot,
16:46Servan Mouton,
16:47combien de moins de 15 ans,
16:48puisque ces deux qu'on parle,
16:51ont aujourd'hui au moins un compte
16:52sur les réseaux sociaux,
16:53et on a ce chiffre ?
16:55C'est difficile de savoir précisément,
16:57parce que c'est du déclaratif,
16:58puisque les plateformes elles-mêmes
16:59disent qu'aucun mineur de moins de 13 ans
17:01n'est sur les plateformes,
17:02et puis qu'entre 13 et 15,
17:04on ne sait pas trop,
17:05puisqu'il n'y a pas de vérification de l'âge,
17:06ça n'est que déclaratif.
17:08En tout cas,
17:09les moins de 18 ans,
17:10enfin les 15-18,
17:11c'est quasiment 100%.
17:12Peut-être que Mme Atlan
17:13a des chiffres plus récents,
17:14parce qu'ils font régulièrement
17:16des entêtes.
17:16On avait en tout cas 67%
17:19des 8-10 ans.
17:20Des 8-10 ans ?
17:21Qui étaient déjà inscrits
17:21sur un réseau social.
17:22Deux tiers des 8-10 ans.
17:23Donc en fait,
17:24il faut savoir que c'est très démocratisé,
17:26mais encore souvent,
17:27parce que les parents
17:28n'ont pas forcément conscience du risque,
17:29et c'est à ça qu'il faut travailler,
17:30il faut se servir,
17:31encore une fois,
17:32de cette loi,
17:32et des discussions qu'on a,
17:33pour sensibiliser les parents.
17:34Léo est avec nous.
17:36Bonjour Léo.
17:37Bonjour.
17:38On vous écoute.
17:40Oui, voilà,
17:40j'avais juste une remarque
17:41qui fait bien le lien
17:42avec ce qui vient d'être dit.
17:44Donc moi,
17:45je suis pédopsychiatre,
17:46et c'est vrai que
17:47je m'alerte beaucoup quand même
17:49sur les mises en danger
17:50des jeunes sur les réseaux sociaux.
17:52Il faut voir quand même
17:53que les réseaux sociaux,
17:55tout est anonyme,
17:56c'est un véritable terrain
17:57de prédation
17:57pour les personnes
18:00avec des intentions
18:02pédocriminelles,
18:02et que ça va très très vite
18:05en fait,
18:06d'embrigader des enfants
18:08de 12-13 ans
18:09à donner des photos
18:10d'eux dénudés.
18:12Et donc,
18:13moi,
18:14j'avoue que je suis très favorable
18:15à une surveillance
18:17beaucoup plus accrue
18:19sur les réseaux sociaux
18:21des moins de 15 ans
18:22parce que c'est une réalité,
18:24ça peut arriver
18:24à n'importe quel jeune ado,
18:27etc.
18:27et ce n'est pas une question
18:29d'éducation,
18:30parce que vraiment,
18:32c'est en une conversation,
18:34en trois jours,
18:35la photo,
18:35elle est envoyée
18:36et ils s'en mordent
18:36les doigts terriblement
18:37et ça peut durer
18:38pendant des mois,
18:40ces histoires-là.
18:41Merci beaucoup,
18:42Léo.
18:43Pédopsychiatre,
18:44donc,
18:44merci pour ce témoignage.
18:45Bastien Le Querec,
18:46est-ce que,
18:47voilà,
18:48vous dites,
18:48il y a aussi
18:49un rapport bénéfice-risque ?
18:51C'est une erreur de penser ça.
18:53Les mineurs vont contourner
18:54cette interdiction.
18:56En Australie,
18:57où il y a déjà
18:57une loi similaire,
18:59d'après le régulateur
19:00australien lui-même,
19:01ce sont les deux tiers
19:02des mineurs
19:02qui ne devraient plus
19:03avoir accès
19:04à ces plateformes
19:05qui continuent d'y accéder.
19:06On va avoir
19:07des mineurs
19:08qui vont continuer
19:08à y accéder,
19:09qui vont contourner,
19:10qui vont utiliser
19:10des outils,
19:11par exemple des VPN,
19:12qui peuvent poser problème
19:13pour leur vie privée.
19:13VPN,
19:14c'est un logiciel
19:15qui sait croire
19:15qu'on est à l'étranger,
19:16dans un autre pays,
19:17où le réseau social
19:19serait autorisé.
19:20Exactement.
19:20Et en un clic,
19:21on peut installer un VPN.
19:22Le problème,
19:22c'est que beaucoup
19:23de VPN gratuits,
19:24c'est des études maintenant
19:24qui commencent à le montrer,
19:26parce qu'un mineur
19:26ne va pas acheter
19:27avec son argent de poche
19:28un abonnement payant.
19:29Les VPN gratuits
19:30fonctionnent aussi
19:31parce qu'ils vont
19:32siphonner la communication
19:33et donc c'est en plus
19:34pousser les mineurs
19:36dans des outils
19:36qui sont un problème
19:37pour leur vie privée.
19:38Et se dire qu'on va
19:39les protéger
19:40alors qu'il n'y a rien
19:41sur la cyberdélinquance,
19:42il n'y a rien
19:42pour accompagner les victimes,
19:44il n'y a rien
19:44sur l'éducation
19:45à la vie sexuelle
19:45et affective.
19:46C'est une erreur
19:47de penser que c'est une loi
19:48qui va les protéger.
19:49Ça a été dit en effet
19:50au début par vous,
19:51notamment Justine Atlan,
19:52ça doit s'accompagner
19:53d'autres mesures,
19:54notamment d'éducation
19:55et aussi peut-être
19:58d'une révision
19:58de nos propres comportements
20:00à nous, adultes,
20:01parce qu'on est
20:01tous aussi accros en fait.
20:03Oui, je pense que
20:04si ce débat aujourd'hui
20:05peut avoir lieu dans la société,
20:06c'est qu'en fait
20:06les adultes eux-mêmes
20:07ont enfin l'imperception aussi
20:08d'être totalement dépassé
20:10par ces usages.
20:10Il y a une forme de mal-être
20:11je pense très partagée
20:12par toute la société
20:13et les adultes aussi,
20:15de cette incapacité
20:15à maîtriser ces outils
20:17et donc enfin effectivement
20:18on s'intéresse aux jeunes
20:19qui eux sont dans ce malaise
20:20depuis bien longtemps,
20:21ils n'y arrivent pas.
20:22Ce qui a été dit
20:23par l'auditrice
20:23au tout début,
20:24la première et qui est important,
20:25c'est de concevoir
20:26ce sujet avec le smartphone.
20:27Sa femme est loin
20:28d'être adjoint dans l'histoire.
20:29Si on ne consultait
20:30les réseaux sociaux
20:30que sur des ordinateurs fixes
20:32dans nos maisons,
20:33on n'en serait pas là
20:33donc il ne faut pas lâcher
20:34le smartphone.
20:35Effectivement,
20:35il est interdit dans les lycées
20:37avec cette loi
20:38qui a sorti cette interdiction-là.
20:39On peut en penser
20:40ce qu'on veut
20:40et son applicabilité
20:41mais c'est aussi
20:41un signe très fort.
20:42Mais il va falloir quand même
20:43qu'on se penche
20:43sur cette question du smartphone aussi
20:45qui en est loin d'être
20:46anodine dans cette histoire.
20:47Et une question d'éducation
20:48pour les enfants
20:49et pour les adultes.
20:51Une question de société
20:52au sens large.
20:53On l'a bien compris.
20:54Merci beaucoup à tous les trois.
20:55Justine Atlan
20:56de l'association
20:56E-Enfance 3018.
20:59Bastien Le Querec
20:59de l'association
21:00La Quadrature du Net
21:01et vous servez
21:03un mouton neurologue
21:04et je rappelle le titre
21:05de votre livre
21:06chez Gallimard
21:06Écran, un désastre sanitaire.
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