00:00Qu'est-ce que le maillon agricole travaille, s'occupe des cheptels, des bêtes, du végétal, H24 ?
00:30Le distributeur va recevoir les produits 2-3 jours dans ses magasins. Ce qui pose problème, effectivement, c'est que
00:36des centrales d'achat, six super centrales d'achat en France, des centrales d'achat européennes, on en parlera peut
00:42-être après, elles constituent finalement une gare de triage dans laquelle ils vont trier des produits et exiger d'avoir
00:50ces produits dans les volumes qu'ils souhaitent et dans les prix qu'ils souhaitent.
00:54Et ça pose un problème parce que 325 000 agriculteurs sont confrontés à ce problème. 325 000 agriculteurs qui vendent
01:03à 2300 coopératives et 18 000 entreprises de l'agroalimentaire.
01:07Une soixantaine de multinationales. Mais au bout, il n'y a que six centrales d'achat de la grande distribution
01:12qui eux-mêmes vendent à 68 millions de kilos.
01:15Les comptes sont vite faits. C'est-à-dire que celui qui tient la place du milieu, là où est
01:21le goulet d'étranglement du sablier, il vend à 68 millions, il a des milliers d'acheteurs.
01:26On appelle ça, nous, un oligopole bilatéral à France non concurrentielle. C'est la meilleure place pour être sur le
01:32marché.
01:32C'est-à-dire que vous pouvez faire des marges à l'achat, vous pouvez faire des marges à la
01:36vente. Vous pouvez déporter vos marges comme vous le voulez. Mais au bout du compte, vous serez toujours le vainqueur.
01:42Mais les chiffres sont très clairs. C'est que dans ce pays, on vit dans un pays où le consommateur
01:48doit savoir que pour 100 euros alimentaires dépensés, il n'y a que 8 euros qui reviennent à l'agriculture.
01:53Et d'un côté, on va demander aux agriculteurs d'être toujours plus verts, d'encaisser toujours plus de normes,
01:59alors même que seuls 8 euros sur 100 dépensés par le consommateur arrivent finalement dans les exploitations agricoles.
02:06Et donc aujourd'hui, il n'y a pas assez d'euros dans les cours de ferme pour garantir notre
02:10sécurité, notre souveraineté alimentaire.
02:13Et notre souveraineté alimentaire, elle ne peut pas tenir quand le socle agricole est en train de mettre un genou
02:19à terre.
02:19Et un genou à terre, ça veut dire qu'en 10 ans, on a perdu plus de 100 000 agriculteurs.
02:25Aujourd'hui, 325 000 agriculteurs actifs. Jusqu'où ?
02:29Et on voit très bien que nos productions de volaille aujourd'hui, notre filière avicole, on voit bien que notre
02:35filière aujourd'hui en poule pondeuse,
02:36on voit bien en bovins, on voit bien en porcs, que nos niveaux de production ont du mal à augmenter.
02:42Pour beaucoup de raisons, c'est polyfactoriel.
02:44Mais il y a une raison en particulier qui fait que les agriculteurs ont mal au cœur,
02:48c'est qu'aujourd'hui, on peut tout ramener à un problème de revenu.
02:52Et aujourd'hui, ils n'ont pas la valeur ajoutée qu'ils méritent.
02:55Pourquoi ? Parce que dans le fond, la loi aussi est mal faite.
02:58Mais il n'y a pas que la loi.
03:00Il y a aussi un rapport de force insupportable qui se joue lors de ces 8 semaines
03:05dans lesquelles, en fait, industriels et distributeurs vont discuter.
03:09Et au bout du compte, le distributeur, qu'est-ce qu'il va faire ?
03:12Il ne va pas accepter le plan tarifaire.
03:14Les négociations commerciales de 2026, qui se sont terminées au 1er mars,
03:19ont été catastrophiques, catastrophiques pour les coopératives agricoles
03:22qui s'en reviennent, expliquaient aux agriculteurs
03:25qu'elles n'ont pas eu les augmentations tarifaires qu'elles souhaitaient.
03:29Alors évidemment, c'est le désarroi.
03:31Et on n'est pas sans savoir que depuis 2023, 2024, 2025,
03:37le monde agricole sort des fermes pour exprimer sa colère.
03:41Et dans sa colère, aujourd'hui, il y a une question au-delà des normes,
03:46au-delà de l'application des normes, qui est celle du revenu.
03:49Et quand on regarde aujourd'hui ce revenu agricole,
03:52d'une manière ou d'une autre, nous consommateurs, on en est responsable.
03:57Parce qu'au-delà des 100 euros alimentaires,
03:59il y a 8 euros qui reviennent à l'agriculteur.
04:01Les industries agroalimentaires, c'est 15 euros.
04:04Ça signifie que ceux qui travaillent, ceux qui prennent les risques,
04:08ont moins d'un quart de la valeur ajoutée.
04:11Ça veut dire que 75% de la valeur ajoutée est résolue en aval,
04:16est touchée en aval.
04:17Par qui ?
04:18Déjà par nos importations.
04:20Il faut payer les importations.
04:22Donc les importations, c'est 35 points.
04:24Ces 35 points sont derrière les services et le commerce, 40%.
04:28Donc c'est l'aval qui gagne aujourd'hui sur ceux qui travaillent.
04:32Et on peut se poser la question de notre sécurité alimentaire
04:36quand moins d'un quart de la valeur ajoutée est touchée par ceux qui travaillent,
04:42c'est-à-dire les agriculteurs et les industries agroalimentaires,
04:44petites ou grandes.
04:46– Oui.
04:46À la fin, c'est toujours une question d'argent.
04:48– Et rappelez-vous, en 1949,
04:51les premiers pas d'Edouard Leclerc à Londernot,
04:53c'était cette logique d'acheter moins cher pour essayer de vendre pas cher.
04:58Sauf que les Français se trompent aujourd'hui.
05:00Les distributeurs, ils achètent moins cher et ils vendent plus cher.
05:03Ce n'est plus la promesse initiale.
05:06C'est-à-dire que…
05:06– C'est sourcé ça ?
05:07– Mais bien entendu que c'est sourcé parce que,
05:09avec mes étudiants au sein de mon master,
05:12j'adore effectivement les amener dans les magasins.
05:15Elorni, vous achetez votre viande hachée.
05:17Les jeunes adorent les burgers, adorent ça.
05:19Donc résultat, la viande hachée chez les jeunes,
05:21dans la génération Z, moins de 35 ans, ils adorent ça.
05:25Mais au bout du compte, derrière, qu'est-ce qu'il se passe ?
05:27Il se passe que, quand on fait des relevés en Bretagne aujourd'hui,
05:30on s'aperçoit que le steak haché est en gros entre 18 et 19,50 euros du kilo,
05:36quand chez les artisans bouchers, nos commerçants…
05:38– Combien de matières grasses dans le steak haché à ce prix-là ?
05:41– Eh bien généralement, 15%.
05:44Et au bout du compte, derrière,
05:45on s'aperçoit que chez les bouchers artisans,
05:47le steak haché est de 3 euros moins cher.
05:50Vérifiez encore, là, sur le bassin d'Arcachon.
05:53Et donc, en fait, les Français ont une image qui est mauvaise.
05:56Parce que, chez moi, je dis toujours,
05:59c'est le coco de Paimpol qui finance le coca d'Atlanta.
06:03C'est le chou-fleur de Saint-Paul qui finance le coca d'Atlanta.
06:06Ça veut dire quoi ?
06:06– Par rapport aux pensions de retraite ?
06:09– Non, mais simplement par rapport à une chose qui est toute simple.
06:13C'est qu'aujourd'hui, le distributeur, sa part de marché est définie par son image-prix.
06:19Et donc, le fait d'avoir une image-prix,
06:22et cette image-prix qui soit aussi pertinente,
06:25il la travaille à travers ses budgets comme ses centaines de millions déversés.
06:28Mais la permanence de son image-prix lui permet d'avoir une part de marché qui augmente.
06:33Et donc, aujourd'hui, trois enseignes ont particulièrement réussi
06:37à faire passer cette image de discanteur.
06:40Mais quand on y regarde de plus près,
06:42aujourd'hui, on vend du coca à ce qu'on appelle
06:45au seuil de revente à perte plus 10%, c'est la loi.
06:48– Du colas.
06:49– Du colas.
06:50Du colas à SRP plus 10%.
06:53Mais au bout du compte, derrière, pour gagner leur vie,
06:56les distributeurs ont besoin de bien plus de 10% de marge.
06:59Ils ont besoin de 35 à 40 points.
07:02Et donc, ils vont trouver d'autres produits,
07:04les produits de nos terroirs,
07:06ceux qui construisent finalement notre socle aussi d'emploi en région.
07:10Et c'est ces produits qui vont supporter des coefficients incroyables.
07:15On peut donner un exemple.
07:17Un chou-fleur aujourd'hui.
07:18Un chou-fleur cet hiver.
07:20Un chou-fleur qui était vendu au marché au cadran,
07:2430 centimes plus les coûts logistiques, 50 centimes.
07:27Mais qui se retrouve à 3,50, voire à 4 euros à Paris.
07:32Mais quel est le sens économique à cela ?
07:34Ça veut dire que le producteur, lui, il ne gagnerait sa vie à 80 centimes.
07:38Un euro, le chou-fleur, il gagne sa vie.
07:41On lui refuse ce prix.
07:43Par contre, d'autres utilisent des multiplicateurs,
07:45fois 4, fois 5, fois 6, pour gagner leur vie sur ce chou-fleur.
07:49Et c'est la même chose sur des eaux bio.
07:50J'expliquais dernièrement que des eaux bio vendues à 45 centimes,
07:55mais que le producteur n'en touche que 15 ou 16.
07:57Mais que derrière, effectivement, il n'y a pas beaucoup de transformation dans un oeuf bio.
08:02Mais quelque part, certains s'arrangent pour effectivement prendre les multiplicateurs
08:06qui ne prennent pas sur le cola.
08:09Quand on achète un prix, il y a trois possibilités.
08:12Soit vous négociez avec le cola.
08:15Soit vous négociez le cola.
08:16Et dans ces cas-là, que vous soyez Carrefour, que vous soyez Intermarché, U ou Leclerc,
08:21vous pesez à peine 0,6, 0,8% de la part de marché mondiale chez cola.
08:28À partir de là, qu'est-ce qui se passe ?
08:30Il se passe que là, d'un côté, il y a un rapport de force qui s'équilibre.
08:34Mais dès qu'il s'agit d'entreprises plus petites et qu'on quitte les multinationales
08:38pour venir sur les coopératives agricoles ou pour venir sur des ETI,
08:43des entreprises de taille intermédiaire, à partir de là, effectivement, c'est beaucoup plus violent.
08:48C'est-à-dire que...
08:49J'aimerais comprendre, beaucoup plus violent dans quel sens ?
08:53Beaucoup violent.
08:54Plus de négociations ?
08:56Vous arrivez pour vendre un produit et vous dites ce produit, je le vends à 5 euros.
09:00Les distributeurs chercheront toujours à l'avoir le moins cher possible.
09:04Pourquoi ? Parce que c'est indispensable pour eux que de pouvoir avoir cette image des prix bas.
09:09Et cette image des prix bas, derrière, elle crée la part de marché.
09:14Et s'il n'y a pas de part de marché, les actionnaires ne suivent pas.
09:17Et on ne rentre pas l'argent en grande distribution.
09:19C'est le volume qui fait derrière, effectivement, l'argent.
09:22Parce qu'on y viendra peut-être aussi.
09:24Dans le fond, derrière, ce système est mis en place pour rémunérer.
09:29Pour rémunérer ceux qui sont propriétaires de ces enseignes.
09:33C'est le volume qui est mis en place pour rémunérer ceux qui sont propriétaires de ces enseignes.
10:03C'est le volume qui fait pour rémunérer ceux qui sont propriétaires de ces enseignes.
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