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Dans une série exceptionnelle en six épisodes, Crime story revient sur l’une des affaires les plus énigmatiques de ces vingt dernières années : le meurtre incompréhensible d’une famille britannique et d’un cycliste en Haute-Savoie. Premier épisode. Le mercredi 5 septembre 2012, sur le parking d’une petite route de montagne située à quelques kilomètres de Chevaline, une fusillade éclate. Quatre personnes sont tuées : un cycliste et trois membres d’une même famille à l’intérieur d’une voiture. Une fillette gît sur le sol, elle est entre la vie et la mort. Les premiers enquêteurs arrivent sur place. Très vite, ils tentent de déterminer l’identité des victimes et se lancent à la recherche d’éventuels témoins… Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Raphaël Pueyo, Thibault Lambert, Clara-Garnier Amouroux, Clémentine Spiler, Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
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NewsTranscription
00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Avec Damien Delsenis, chef du service police-justice, nous vous racontons aujourd'hui une affaire criminelle en 6 épisodes.
00:15La tuerie de Chevaline.
00:17C'est un promeneur à vélo qui a fait la macabre découverte vers 15h50 cet après-midi.
00:22Une fusillade au fond d'une vallée de Haute-Savoie, 4 morts pour un massacre commis en plein jour, presque
00:28100 témoins, et le début d'une longue enquête aux multiples pistes.
00:33Les victimes ont été découvertes sur les hauteurs du lac d'Annecy.
00:36Bienvenue dans notre série, les fantômes de Chevaline.
00:57Le mercredi 5 septembre 2012, il est 15h45.
01:02Le téléphone sonne au service départemental d'incendie et de secours d'Annecy, dans les Alpes en Haute-Savoie.
01:07Un pompier prend l'appel.
01:09A l'autre bout du fil, un homme qui s'appelle Philippe.
01:12Il a 41 ans.
01:14Allô ? On est à Chevaline, après Doucard, et on a un monsieur qui descend en vélo.
01:19On est dans la combe d'Ire. Il vient de nous dire qu'il y a eu une voiture, avec
01:224 personnes dont 3 qui seraient mortes, et un enfant à côté.
01:28Le récit de Philippe est interrompu par une discussion qu'il semble avoir avec quelqu'un d'autre, un homme
01:33à côté de lui, qui parle avec un fort accent anglais.
01:36L'enfant, on peut le sauver ou pas ?
01:38Demande Philippe à ce cycliste.
01:40Il s'adresse ensuite au pompier au bout du fil.
01:42Oui, d'après le monsieur anglais qui est en vélo. Donc on va y aller.
01:49Philippe est guide de haute montagne et animateur à Annecy.
01:52Ce jour-là, il n'est pas seul dans sa voiture.
01:55Il est en compagnie de deux amis, avec lesquels il a prévu de faire une randonnée dans le massif des
01:59Beauges, sur ce versant qu'il ne connaît pas encore.
02:03Le massif des Beauges, à l'extrême sud du lac d'Annecy, est un parc naturel régional classé au patrimoine
02:08mondial de l'UNESCO.
02:09Il culmine à un peu plus de 2200 mètres d'altitude et attire de nombreux visiteurs, sur les chemins de
02:15randonnée l'été et sur les pistes de ski l'hiver.
02:19Philippe et ses deux amis sont partis d'Annecy vers 15h15.
02:22Dans son Citroën berlingo gris, l'atmosphère est détendue.
02:26Le groupe discute, rigole, profite de cette ambiance de vacances.
02:30Après une petite demi-heure, la voiture quitte la route principale et traverse Chevaline, un petit village qui compte à
02:36peine 200 habitants.
02:37Puis elle prend le chemin de la Grande Combe, dépasse des écuries et arrive au niveau d'une ancienne scierie,
02:43devant une intersection.
02:45Deux routes se présentent.
02:46La première, la route du Moulin repart sur la gauche, vers le village de Doucard.
02:51La deuxième longe la scierie et monte le long du torrent, jusqu'à un parking.
02:56Un panneau indique « route forestière domaniale de la Combe d'Ire ».
03:00Philippe s'engage.
03:02La route est bitumée, mais truffée de nids de poules, et étroite.
03:06Elle serpente au cœur de la forêt en suivant le torrent.
03:09« Il n'est pas évident », dit croiser un autre véhicule.
03:13Au bout de deux kilomètres, les téléphones ne captent plus.
03:16Après quelques minutes, le Citroën berlingo dépasse un homme d'une soixantaine d'années,
03:21assis sur un muret, à droite de la route, avec un vélo à côté de lui.
03:24C'est au bout d'environ deux kilomètres que Philippe et ses amis
03:28voient arriver vers eux le cycliste affolé, à l'accent anglais.
03:38Damien, cet homme leur dit tout d'abord de ne pas monter.
03:41En leur expliquant que quelques centaines de mètres plus haut,
03:45sur un parking, il y a au moins trois morts.
03:48Alors ce parking, il est situé à 3,3 km précisément du pied de la route.
03:53Après le parking, la route laisse place à des chemins de randonnée.
03:57Donc, il y a cette petite aire de stationnement en gravier
04:00qui permet à une dizaine de voitures de se garer.
04:04Les explications qui sont données par cet anglais à cet instant-là sont assez confuses.
04:08Il évoque un cycliste sans poux.
04:11Il est évidemment choqué par la scène qu'il décrit.
04:14Il a aussi une tâche de sang sur le bras droit.
04:17C'est à ce moment-là, d'ailleurs, que Philippe va composer le 112 pour alerter les secours.
04:23Après avoir raccroché, il décide de monter jusqu'au parking.
04:26Oui, donc malgré les injonctions contraires du témoin anglais,
04:29il va décider d'aller sur les lieux.
04:31Ce n'est pas très loin, environ 300 mètres.
04:33Le cycliste anglais va les suivre sur son vélo.
04:36Ils vont donc arriver en haut de cette route avec un dernier virage à droite
04:41avant qu'on puisse voir en fait ce parking.
04:43Et en effet, de loin, à cet endroit, ils aperçoivent un break rouge bordeaux
04:48à côté duquel est couchée une petite fille dont ils perçoivent qu'elle lève la tête
04:54mais qu'elle retombe aussitôt.
04:56Philippe fait un demi-tour pour être prêt à repartir rapidement.
05:00Une de ses amies s'installe au volant à sa place, sans éteindre le moteur.
05:04Et Philippe fait quelques pas vers la petite fille.
05:07Avec le cycliste anglais à ses côtés, ils vont avancer vers la petite fille
05:12qui est étendue sur le sol.
05:14A première vue, elle a environ 6 ou 7 ans.
05:16Ils sont à environ 3 mètres d'elle, 6 mètres de la voiture.
05:20Autour d'eux, tout est silencieux.
05:22La petite fille ne bouge plus.
05:24Philippe décide de ne toucher à rien, mais tape dans ses mains
05:27pour essayer de la faire réagir, de la faire reprendre conscience.
05:30La petite fille n'a aucune réaction.
05:33Pour lui, elle est morte.
05:38Philippe regarde autour de lui et remarque des impacts de balles
05:41sur la carrosserie du brake BMW.
05:43Il y a aussi un cycliste à terre et un vélo, un peu plus loin.
05:47Il y a surtout beaucoup de sang.
05:49L'homme en VTT qui l'a arrêté quelques minutes plus tôt
05:52lui avait parlé de personnes mortes,
05:53mais pas du fait qu'elles avaient été atteintes par des tirs.
05:57Le conducteur du brake rouge Bordeaux est assis à droite
05:59et l'immatriculation montre que la voiture vient d'Angleterre.
06:03Comme l'homme à VTT, si on en croit son accent.
06:06C'est une étrange coïncidence.
06:08Et si c'était lui, le tueur,
06:10et qu'il se faisait passer pour un simple témoin ?
06:14Terrorisé, sentant sa présence dans son dos,
06:17Philippe prend une inspiration et se retourne d'un coup
06:19pour tenter de neutraliser l'homme en lui mettant un coup de poing.
06:22Comprenant la méprise, ce dernier l'esquive et lui crie
06:25« Non, non, c'est pas moi ! »
06:27La tension redescend un peu.
06:29Mais l'un et l'autre ont très peur.
06:32Autour d'eux, tout est calme.
06:33Le tueur n'est peut-être pas loin.
06:36C'est la fin de l'été, la végétation est encore dense.
06:39De part et d'autre du parking,
06:41il y a la forêt, de grands arbres,
06:43mais aussi des bosquets fournis.
06:45Ils pourraient être cachés tout près.
06:49Environ deux minutes après être arrivés sur le parking,
06:52les deux hommes décident de repartir.
06:54Philippe monte dans sa voiture
06:56et son ami enclenche la première.
06:58Le cycliste anglais les suit toujours à vélo.
07:04Damien, le berlingot gris de Philippe
07:07s'arrête à la hauteur de la seule personne
07:09qu'ils ont croisée en montant la route.
07:11Oui, cet homme d'une soixantaine d'années
07:13qui semblait faire une pause,
07:15assis sur un petit muret,
07:17sur un pont, avec son vélo à côté de lui.
07:19Il est toujours là lorsque Philippe redescend avec sa voiture,
07:23dans le berlingot,
07:24mais cette fois-ci, il est accompagné d'un autre homme,
07:26avec un chien.
07:27L'ami de Philippe, qui conduit désormais la voiture,
07:30les prévient, les alerte et leur dit
07:32de ne pas monter plus haut.
07:34Tout le monde redescend jusqu'au niveau de la Syrie,
07:36à l'entrée de la route de la Combedire.
07:39Et c'est là que Philippe va rappeler les secours.
07:41Cette conversation, elle va durer une minute trente.
07:44Il veut préciser aux pompiers
07:46que les gens morts en haut
07:48ont été tués par arme à feu.
07:50Il est alors 15h57.
07:53Quelques minutes plus tard,
07:54trois pompiers vont arriver dans ce qu'on appelle
07:56un véhicule de secours et d'assistance aux victimes.
07:59On appelle ça un VSAB.
08:01C'est un petit camion médicalisé,
08:03une ambulance traditionnelle des pompiers.
08:05Ce sont les premiers secours
08:07qui vont arriver sur place.
08:10Ces pompiers sont des volontaires,
08:12envoyés depuis Saint-Jauriau,
08:13une petite commune qui borde le lac d'Annecy
08:15à 15 minutes de Chevaline.
08:18Les pompiers ont pour seules informations
08:20décès,
08:21trois morts dans un véhicule,
08:22un enfant de 10 ans inconscient.
08:25Et comme indication géographique,
08:27tout au fond de la Combedire,
08:28à Chevaline.
08:30En bas de la route,
08:31Philippe, qui les attend,
08:33leur précise qu'il y a eu des tirs d'arme à feu
08:34et qu'ils doivent faire attention.
08:37Ils enregistrent cette information
08:38et empruntent à leur tour
08:40la route de la Combedire.
08:42Les pompiers parcourent en voiture
08:44les trois kilomètres
08:44qui les séparent du parking du Martinet,
08:46d'où partent les randonneurs.
08:48Arrivé au panneau qui indique
08:50« parking à 100 mètres »,
08:51ils aperçoivent au loin
08:52un vélo couché sur le côté droit de la route,
08:55puis le brake BMW Bordeaux.
08:57Sur le sol,
08:58il y a le corps d'une petite fille
09:00à plat ventre,
09:01le véhicule de secours se gare.
09:03En sortant,
09:04les pompiers constatent
09:05qu'un cycliste
09:06est aussi allongé,
09:07sur le dos,
09:08au niveau de l'avant gauche
09:09de la voiture.
09:10Il semble mort.
09:12L'arrière de la voiture
09:14est bloqué contre un talus.
09:16En examinant les traces au sol,
09:17ils comprennent que les roues ont patiné.
09:19La vitre avant gauche
09:21présente plusieurs impacts de balles.
09:23Dans le brake rouge Bordeaux,
09:25il y a trois morts,
09:26un homme à l'avant
09:27et deux femmes à l'arrière.
09:29À 1,50 m de la voiture environ,
09:31la petite fille allongée par terre
09:33bouge et tente de se relever
09:34en disant quelques mots en anglais.
09:36Les pompiers la prennent en charge.
09:39À 16h22,
09:40d'autres pompiers arrivent en renfort.
09:42Trois hommes,
09:43avec un camion,
09:44envoyés depuis la caserne de Faverges,
09:46à 10 km de Chevaline.
09:48Quelques minutes plus tard,
09:50les gendarmes arrivent à leur tour.
09:51Ils délimitent la scène de crime
09:53avec un ruban rouge
09:54qui fait le tour du parking
09:55et inclut une portion
09:57de la route de la Combedire.
09:59En attendant,
10:00les experts de l'IRCGN,
10:01l'Institut de recherche criminelle
10:03de la Gendarmerie nationale,
10:04basée en région parisienne,
10:06les hommes déjà sur place
10:07ne touchent plus à rien.
10:09Ils s'occupent seulement
10:10de la petite victime
10:11à laquelle ils sont en train
10:12de donner les premiers soins
10:14dans un camion.
10:1520 minutes plus tard,
10:16vers 16h40,
10:18des médecins du SMUR
10:18sont dépêchés en hélicoptère
10:20pour s'occuper d'elle.
10:21Son état clinique est grave.
10:23Elle a reçu une balle dans l'épaule
10:24et souffre d'un important
10:26traumatisme crânien.
10:27Elle a besoin d'être sédatée
10:29et placée sous ventilation assistée.
10:31Sous haute protection,
10:32la petite fille est transférée
10:34au CHU de Grenoble
10:35et admise en réanimation.
10:37Compte tenu du caractère
10:38extraordinaire de la situation,
10:40le procureur de la République d'Annecy,
10:42Éric Maillot,
10:43se déplace en personne
10:44sur les lieux de la tuerie.
10:46En fin d'après-midi,
10:48il donne la toute première
10:49conférence de presse
10:50en bas de la route de la Comte d'Ire,
10:52à côté de la Syrie.
10:53Les journalistes sont arrivés
10:54et ils sont déjà nombreux.
10:56Pour l'instant,
10:57on a relativement peu d'éléments,
10:58si ce n'est que ce sont
10:59des éléments effectivement dramatiques,
11:02puisqu'on a sur site là-haut
11:03la découverte de quatre corps,
11:06deux personnes de sexe masculin,
11:08deux personnes de sexe féminin,
11:10dans un véhicule brake BMW
11:12immatriculé en Grande-Bretagne.
11:14L'un des hommes est un cycliste,
11:15en tenue de cycliste,
11:16il y a le vélo à proximité.
11:18Le deuxième homme est au volant
11:20de son véhicule
11:21et les deux femmes sont à l'arrière
11:22du véhicule.
11:24Et a priori,
11:25mais pour l'instant,
11:26on ne peut pas approcher des corps
11:27pour des raisons bien évidemment
11:28que vous imaginez aisément
11:30de qualité de l'enquête.
11:31On ne peut pas approcher des corps,
11:32mais a priori,
11:33victime de tir par arme à feu,
11:35il y a un certain nombre,
11:36un grand nombre de douilles
11:37sur la scène de crime.
11:41Damien, il faut t'expliquer
11:43pourquoi les enquêteurs
11:45sont si précautionneux.
11:46La première raison,
11:47c'est le nombre de morts.
11:49Quatre.
11:50Immédiatement,
11:50les premiers gendarmes intervenants
11:51savent aussi
11:52qu'ils font face
11:53à une scène de crime
11:55très complexe.
11:56Décision est donc prise
11:57de geler les lieux,
11:59comme on dit,
11:59c'est-à-dire
11:59de les rendre hermétiques
12:01à toute intervention extérieure.
12:04On le sait maintenant,
12:05la présence de témoins,
12:06de secouristes,
12:07augmente les risques
12:08de pollution
12:09de la scène de crime.
12:10On va bouger les corps,
12:11on va laisser des empreintes,
12:12tout ça peut avoir
12:13des conséquences
12:14très lourdes
12:15pour la suite de l'enquête.
12:16La police technique
12:18et scientifique en France
12:19a fondé son développement
12:20sur les énormes ratages
12:22de l'affaire Grégory
12:23au milieu des années 80.
12:25La scène de crime
12:26avait été piétinée
12:27par des dizaines de personnes,
12:29des badauds,
12:30des journalistes également,
12:31ce qui avait rendu
12:32les constatations
12:33et leur exploitation future
12:35quasi inopérantes.
12:37Donc,
12:38en 2012,
12:39on sait qu'une des premières
12:40choses à faire,
12:40c'est de geler la scène
12:42et de ne pas s'approcher
12:43trop près,
12:44notamment,
12:44des corps des victimes.
12:45C'est exactement ça.
12:46On ne touche pas au corps,
12:48on ne déplace rien,
12:49on voit que les personnes
12:50sont mortes,
12:51qu'on ne peut rien faire
12:52pour elles,
12:52donc on attend
12:53ceux et celles
12:55qui doivent procéder
12:55à la levée des corps
12:57pour les autopier ensuite.
12:59Donc,
12:59en attendant,
13:00ceux qui sont sur place,
13:01les premiers intervenants,
13:02commencent leurs investigations
13:03autour du lieu du crime.
13:05Ils font notamment
13:06une topographie du relief.
13:08Pourquoi est-ce qu'on décide
13:09d'attendre l'IRCGN
13:10alors qu'ils sont si loin
13:12du lieu de la tuerie,
13:13à plus de 600 kilomètres ?
13:15Alors,
13:15parce que dans le cas
13:16d'une scène de crime complexe,
13:18il y a un protocole
13:19à respecter.
13:20Les techniciens locaux
13:21ne disposent pas forcément
13:22du même matériel,
13:24de la même expérience.
13:25L'IRCGN,
13:26c'est une unité de pointe,
13:27donc on peut estimer
13:28que le temps perdu
13:29en raison de leur éloignement
13:31géographique
13:31et du temps de transport
13:33sera du temps de gagner ensuite
13:35sur l'analyse
13:36de la scène de crime.
13:37Et l'attente dure longtemps ?
13:38Oui,
13:39parce que l'IRCGN
13:40est basée en région parisienne.
13:42A l'époque,
13:42c'est à Renis-sous-Bois,
13:43en Seine-Saint-Denis.
13:45Une première équipe légère
13:46va se déplacer en hélicoptère,
13:48donc ça va être relativement rapide,
13:49mais une autre
13:50va arriver par la route
13:52parce qu'elle transporte
13:53du matériel lourd
13:54et il faut couvrir
13:55ses 600 kilomètres.
13:56C'est long,
13:57mais c'est l'option
13:58qui est choisie,
13:58même si on sait alors
14:00que ses premières constatations,
14:01elles vont se faire forcément
14:02à la nuit tombée.
14:06A bonne distance,
14:07les gendarmes font tout de même
14:08de premières constatations
14:09sur cette scène de crime.
14:11La voiture est une BMW 530D Touring
14:14Rouge Bordeaux.
14:15Son volant est placé du côté droit
14:17et elle est immatriculée en Angleterre.
14:19Elle est stationnée contre le talus,
14:21moteur éteint,
14:22mais marche arrière enclenchée.
14:24Elle présente plusieurs impacts de balles.
14:27Autour des roues arrières,
14:28il y a des traînées de terre
14:29et le pneu droit a explosé.
14:31Ces deux éléments,
14:32déjà observés par les pompiers,
14:34permettent de formuler une hypothèse.
14:36La roue a probablement tourné
14:38en marche arrière
14:39pendant plusieurs minutes
14:40avant que le moteur ne s'arrête.
14:42Les vitres des portières,
14:44avant-droite,
14:45avant-gauche
14:45et arrière-gauche
14:46sont cassées.
14:48Chacune des victimes
14:49a été la cible de tir d'arme à feu
14:50au niveau de la tête.
14:52Dans la voiture,
14:53à l'avant,
14:54l'homme a environ 50 ans.
14:55La femme assise derrière lui
14:57semble être du même âge.
14:58Celle de l'autre côté de la banquette
15:00paraît plus âgée.
15:02À ce moment-là,
15:03les enquêteurs
15:03n'ont aucun moyen
15:04de connaître leurs identités.
15:06À proximité de la voiture,
15:08l'homme en tenue de cycliste
15:10a aussi reçu des balles
15:11au visage
15:12et au thorax.
15:13Juste à côté de lui,
15:15par terre,
15:16il y a une pompe à vélo
15:17et une paire de lunettes
15:18de sport cassées.
15:20À la tombée de la nuit,
15:21l'IRCGN arrive enfin.
15:22Le travail des experts
15:24se poursuit
15:24et s'intensifie.
15:26Vers le fond du parking,
15:27il remarque des traces
15:28de pneus
15:29qui sont relevées
15:30et photographiées.
15:31Des mégots de cigarettes,
15:33des excréments,
15:34des mouchoirs
15:34et des lingettes
15:35sont prélevés.
15:37En haut de la route,
15:38à l'endroit où elle débouche
15:39sur le parking,
15:40il y a un vélo
15:41plutôt haut de gamme,
15:42noir,
15:42de la marque Look.
15:44Il est en bon état,
15:45sauf au niveau du pédalier.
15:47La chaîne a sauté
15:48des plateaux avant,
15:49ça peut être
15:49la conséquence d'un choc.
15:54Damien,
15:55pour identifier le cycliste,
15:56les enquêteurs
15:57attrapent le téléphone portable
15:59qui dépasse
16:00d'une poche de son maillot.
16:01C'est la poche dorsale
16:02comme il y en a
16:03à l'arrière
16:04de quasiment
16:04tous les maillots
16:05de cyclistes.
16:06Ils vont constater
16:07en examinant
16:08rapidement le téléphone
16:10qu'un message
16:11a été laissé
16:11sur le répondeur.
16:12Ils vont l'écouter.
16:14Ce message vocal,
16:14il vient de la brigade
16:16de gendarmerie
16:17d'Ugine
16:17qui cherche
16:18à contacter
16:19un certain
16:20Sylvain Mollier
16:21après que son frère
16:23est venu signaler
16:23qu'il n'était pas rentré
16:25de sa sortie
16:25à vélo.
16:26Ils en déduisent donc
16:28que Sylvain Mollier
16:29est le nom
16:29du cycliste mort.
16:31Cet homme est donc
16:31la première victime
16:33identifiée
16:34de la tuerie
16:34de Chevaline.
16:35Exactement.
16:36Sylvain Mollier
16:37est né en 1967.
16:38Il a donc
16:3945 ans.
16:41Il habite à Ugine
16:41à une vingtaine
16:43de kilomètres
16:43de l'endroit
16:44où on se trouve
16:44de la scène de crime
16:45de Chevaline.
16:46Alors,
16:46concernant les personnes
16:48qui sont
16:48dans le break BMW,
16:50les enquêteurs
16:50n'ont aucun moyen
16:52de savoir
16:52à ce stade
16:53qui elles sont.
16:54Ils ne trouvent
16:55aucun papier
16:56d'identité
16:57à l'intérieur
16:57du véhicule
16:58et la plaque
16:59minéralogique
17:00on l'a dit
17:00est anglaise
17:01donc ils ne peuvent
17:02pas l'identifier
17:03dans l'immédiat
17:03puisqu'ils n'ont pas
17:04accès aux fichiers
17:05des immatriculations
17:07anglaises.
17:07Ils ont juste
17:08de quoi évidemment
17:09supposer
17:10que ces victimes
17:11sont sans doute
17:12de nationalité anglaise.
17:16Alors que l'information
17:17selon laquelle
17:17une tuerie
17:18a eu lieu
17:18dans les Alpes
17:19commence à circuler
17:20dans les médias,
17:21des gendarmes
17:21sont déployés
17:22pour faire la tournée
17:23des hôtels
17:23et des résidences
17:24de tourisme
17:24du secteur.
17:26L'objectif
17:27est de déterminer
17:28si des clients
17:28manquent à l'appel.
17:30Ils ciblent en particulier
17:31le village de Doucars
17:32très prisé
17:33par les britanniques.
17:34Ils aimeraient bien
17:35trouver l'identité
17:36des victimes
17:36dans la voiture
17:37et si un lien
17:38existe entre elles
17:39et Sylvain Mollier.
17:40Le patron des gendarmes
17:42de Haute-Savoie
17:42confie
17:43« Nous ne savons pas
17:44si le cycliste abattu
17:45était de passage
17:46au moment de la tuerie
17:47et s'il est une victime
17:48collatérale. »
17:50Ce qui laisse entendre
17:51que la cible de l'attaque
17:52serait
17:53la famille dans la voiture.
17:55Vers 23h,
17:56alors que les équipes
17:57de secours
17:57et d'enquêteurs
17:58sont sur place
17:59depuis 7h,
17:59les gendarmes
18:00reçoivent
18:00une nouvelle information
18:01décisive.
18:02Le gérant
18:03d'un camping
18:04de Saint-Jouriau
18:04les contacte.
18:05Il a vu
18:06aux informations
18:07que 4 personnes
18:08avaient été tuées
18:09et qu'une petite fille
18:10était rescapée.
18:11Le signalement
18:12donné des victimes
18:13correspond à peu près
18:15à des clients
18:15qui sont partis
18:16de son camping
18:17le matin même
18:17avec leur voiture,
18:19un break BMW
18:20Rouge Bordeaux.
18:22Et il vient
18:23d'aller vérifier.
18:24Leur caravane
18:24est toujours sur place
18:25mais les clients
18:26ne sont pas revenus
18:27au camping.
18:28Ça pourrait être eux.
18:29Un élément
18:30en revanche
18:30ne colle pas.
18:31Le gérant du camping
18:33est formel.
18:34Dans cette famille,
18:35il n'y avait pas
18:36une petite fille
18:36mais deux.
18:43Damien,
18:44ce témoignage
18:45change absolument
18:46tout
18:47pour les enquêteurs.
18:48Absolument tout,
18:49oui,
18:49puisque depuis le départ,
18:51ils sont sur une scène
18:52de crime
18:52où tout le monde
18:53est mort
18:54à l'exception
18:55d'une petite fille.
18:57En quelque sorte,
18:58la scène de crime
18:59elle était figée
19:00selon eux.
19:01Mais s'il y a
19:02un deuxième enfant,
19:03il faut le retrouver
19:04et vite.
19:05Peut-être que cette
19:06deuxième petite fille,
19:07elle a été enlevée
19:08par le ou les tueurs
19:09et qu'elle est sûrement
19:10en danger.
19:11Les enquêteurs
19:12accélèrent alors
19:13le mouvement.
19:14Oui,
19:14alors les techniciens
19:15de la gendarmerie
19:15ont pour habitude
19:16d'employer la technique
19:18dite de l'escargot.
19:19En clair,
19:20ils commencent
19:20leur prélèvement
19:21et leur constatation
19:21le plus loin du cœur
19:23de la scène de crime
19:24et se rapprochent
19:25petit à petit.
19:26Là,
19:27au lieu de continuer
19:28à investiguer
19:29minutieusement
19:29la scène de crime,
19:31ils décident
19:31de tout fouiller.
19:32Ils engagent
19:33une caméra thermique
19:34par hélicoptère
19:35et ils passent
19:35au-dessus
19:36de la scène de crime.
19:37On voit bien
19:38les halos dessinés
19:39par les corps
19:40des victimes.
19:41Trois halos
19:41dans la voiture,
19:43un au niveau
19:43de Sylvain Mollier
19:44qui est lui
19:45à côté de la voiture.
19:46Alors,
19:46les corps mettent
19:47toujours du temps
19:48à refroidir
19:49donc c'est normal,
19:50rien de plus.
19:51Pendant ce temps,
19:52d'autres gendarmes
19:52sont déployés en forêt,
19:54se disent que peut-être
19:55la petite fille s'est enfuie
19:56ou s'est cachée
19:57parce qu'elle a eu peur.
19:58Ils passent alors
19:59la caméra
20:00également au-dessus
20:01de la forêt
20:01mais ce survol
20:02ne donne rien.
20:03Alors que les recherches
20:05continuent autour,
20:06un des gendarmes
20:07de l'IRCGN,
20:08l'identification criminelle,
20:09s'approche
20:10de la partie gauche
20:11de la voiture.
20:13Jusqu'à maintenant,
20:14aucun enquêteur
20:14ne s'est vraiment
20:15approché du véhicule
20:17depuis que le médecin légiste
20:18a confirmé
20:20que tous les occupants
20:21étaient morts.
20:21Il est environ
20:22à ce moment-là
20:23minuit et demi.
20:25Il faut imaginer
20:27cette scène.
20:28Il fait nuit,
20:29seuls quelques projecteurs
20:31apportés par les gendarmes
20:32éclairent les lieux.
20:33Il n'y a plus de bruit,
20:35juste celui du torrent
20:36en contrebas de la route.
20:37Un gendarme
20:38en combinaison blanche
20:40des pieds à la tête
20:41va ouvrir doucement
20:43la porte arrière gauche
20:44de la BMW.
20:45Il distingue
20:47une petite forme
20:48cachée
20:48entre la banquette arrière
20:50et les sièges avant,
20:51entre les pieds
20:52de deux cadavres
20:53de femmes.
20:54Cette petite forme,
20:55c'est une petite fille
20:57vivante
20:58et ça fait donc
20:59huit heures
20:59qu'elle est cachée
21:00à cette heure.
21:02Il est minuit hier soir.
21:04À l'intérieur du break BMW,
21:06les enquêteurs
21:07découvrent une fillette
21:09recroquevillée
21:09sous les jambes
21:10de sa mère
21:10tuée par balle.
21:11Elle est saine et sauve.
21:13On a découvert
21:14une toute petite fille
21:15environ 4 ans
21:17que personne n'avait vue
21:18parce que depuis
21:194 heures de l'après-midi
21:20elle ne bougeait pas.
21:21Sans doute terrorisée,
21:23complètement dissimulée,
21:24complètement immobile
21:25au milieu des corps.
21:37Vous venez d'écouter
21:39le premier épisode
21:40sur 6
21:40de notre série
21:41Les fantômes
21:42de la tuerie
21:43de Chevaline.
21:44Un épisode produit
21:45par Clara Garni-Amourou,
21:47Pénélope Gualquierotti,
21:49Thibaut Lambert,
21:50Raphaël Pueyo
21:50et Clémentine Spiller.
21:52Réalisation et mixage
21:54Julien Moncouquiol
21:55Rédacteur en chef
21:56Jules Lavi
21:57Vous pouvez retrouver
21:59sur notre site internet
22:00les documents
22:01que nous avons cités
22:01et écouter la suite
22:03de ce podcast
22:03dans le deuxième épisode
22:05déjà disponible
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22:08les plateformes d'écoute.
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