- il y a 10 heures
Les prises de position de cette ancienne scientifique reconnue, notamment contre le port du masque et le vaccin anti-Covid, connaissent un véritable succès au sein de la sphère complotiste. Portrait avec Christel Brigaudeau, du service récit du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Thibault Lambert, Clara Hage - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : TMC, C8, Le Parisien, TV Libertés, CNews, “Hold-Up” (2020).
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Elle était l'une des meilleures généticiennes en France.
00:15Alexandra Henrion-Code, 51 ans, est devenue pendant la crise sanitaire l'une des figures des anti-vaccins.
00:22Sur Internet, à la télévision, elle répète que les vaccins contre le Covid sont non seulement inutiles, mais aussi dangereux.
00:29Qui est-elle ? Pourquoi est-elle aussi populaire parmi les complotistes ?
00:33Élément de réponse dans Codesources avec Christelle Brigodeau du service Récit du Parisien.
00:37Elle vient de signer un portrait d'Alexandra Henrion-Code le 30 mai dernier.
00:44Christelle Brigodeau, le point de départ de cette histoire, c'est le sujet de Confrères,
00:48un reportage télé de l'émission quotidien sur la chaîne TMC.
00:52Oui, les reporters couvrent en fait une manifestation qui se passe le 22 mai au Trocadéro
00:57où des personnes mobilisées contre le pass sanitaire se retrouvent
01:02et on voit sur les images, parmi les gens à la tribune, Alexandra Henrion-Code.
01:07Maintenant la parole, elle est en train de venir la star Alexandra Henrion-Code.
01:13Elle est comment sur scène ?
01:15Alors elle a un grand chapeau blanc, un pantalon blanc aussi, on la voit bien.
01:19Elle est super à l'aise, elle rigole beaucoup.
01:21Elle fait tout un discours sur ce pass sanitaire et elle dérive sur plusieurs sujets
01:26et parle notamment des dangers selon elle de la vaccination pour les enfants et les jeunes.
01:31Les enfants ne peuvent espérer aucun bénéfice.
01:33A-U-C-U-N, aucun, vous m'entendez, jamais, J-A-M-A-I-S, dire non, N-O
01:41-N.
01:42À un moment, l'humoriste Jean-Marie Bigard monte sur scène et prend la parole.
01:46Il accueille avec joie Jean-Marie Bigard !
01:49Oui, alors il tient un discours plus qu'outrancier, enfin même injurieux,
01:54envers plusieurs personnes, notamment les ministres, l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn,
01:58l'actuel ministre de la Santé, Olivier Véran.
02:00Clairement, il les insulte, il dépasse toutes les bornes.
02:03Quand tu commets ma nièce Buzyn qui est maintenant protégée en Suisse,
02:08quand tu penses que cette connasse, pardon, ne va pas payer ses crimes...
02:14Qu'est-ce qu'elle fait, elle, à ce moment-là ?
02:15Elle a un rire gêné, alors elle lui dit à un moment, il ne faut pas dire de gros mots.
02:20Alexandra ne me dit pas de gros mots.
02:22On sent qu'elle est un petit peu gênée, mais en même temps, elle rit quand même de bon cœur.
02:26À un autre moment de ce reportage, on voit Alexandra Henrion-Code interpeller
02:30l'équipe de Quotidien.
02:32Elle les appelle les Black Men, parce qu'ils sont vêtus de sombre et qu'ils portent le masque.
02:37Ce sont un peu les seuls dans l'Assemblée à porter un masque.
02:39Ils ont des masques noirs.
02:40Ils ont des masques noirs, tout à fait.
02:41Elle tend le micro à l'équipe de Quotidien.
02:43Je ne sais pas qui sont les Black Men.
02:46Qui êtes-vous ?
02:47Ils se présentent.
02:48Et là, elle se met à sourire en faisant un grand ou,
02:51ce qui incite en fait la foule à les huer et les traiter de collabos.
02:55Bonjour madame, nous sommes Quotidien, l'émission de Diane Barthez.
02:57Bonjour.
03:03À cette manifestation à Paris, place du Trocadéro, il y avait environ 200 personnes.
03:09Mais ce qui frappe surtout, c'est la violence des propos.
03:11Oui, une partie des personnes arborait une étoile jaune en comparant leur situation d'opposants au pass sanitaire aux Juifs
03:21sous le Troisième Reich.
03:22Il y a eu des insultes dans tous les sens.
03:24C'était très, très outrancié.
03:26Le passeport sanitaire, ça a été mis en place par des nazis, monsieur.
03:29Et vous, vous êtes un journaliste qui est des collabos, c'est tout.
03:33Hé, ils veulent l'Holocauste, eux !
03:34Ça met la chance qu'on ne lâche pas.
03:42Ce reportage vous donne envie de travailler sur elle.
03:44Et vous trouvez facilement plusieurs interventions d'Alexandra Henrion-Code dans les médias où elle s'oppose au vaccin.
03:50Par exemple, un débat animé par le journaliste Éric Nolot sur la chaîne C8 le 20 mars dernier.
03:56C'est un débat qui dure assez longtemps, qui est très houleux.
03:59Elle déploie des chiffres, des graphiques.
04:02Elle va même jusqu'à expliquer que se faire vacciner, c'est un peu comme remonter l'autoroute à contre
04:08-sens.
04:08Éric Nolot l'interrompt en disant qu'il ne peut absolument pas accepter un discours pareil.
04:13Il y a eu une métaphore tout à l'heure qui a été prise, ce que j'aimais bien,
04:15de dire on prend sa voiture et on monte à contre-courant sur l'autoroute.
04:19Et bien de la même façon, le vaccin peut aussi être considéré comme remonter le courant.
04:24Non, je ne peux pas vous laisser dire ça.
04:27Non, mais là, c'est inadmissible ce que vous dites. Franchement, c'est inadmissible.
04:30Mais avant ça, il y a eu plus de 15 minutes d'intervention où, clairement,
04:34elle met très, très en doute les vaccins et insinue que c'est très dangereux.
04:40Christelle Brigodeau, vous allez nous expliquer qui est Alexandra Henrion-Code
04:44et comment elle est devenue une figure des anti-vaccins.
04:48Alexandra Henrion-Code a 51 ans.
04:50Elle est née en 1969 à Warwick, au Royaume-Uni.
04:53Quelle est sa formation ?
04:55Alors, elle est généticienne.
04:56Donc, elle a fait des études de science en France.
04:58Elle est née en Angleterre, mais elle est française.
05:00Elle a un doctorat de génétique qu'elle a obtenu à l'Université Paris 7.
05:05Elle a fait son doctorat sous la direction d'Axel Kahn,
05:08donc un généticien très reconnu.
05:10Axel Kahn, pourquoi il est autant connu en France ?
05:12Il est connu parce qu'il a plusieurs casquettes.
05:14Il est à la fois généticien très reconnu.
05:16Il a été le président de l'Université Paris-Descartes,
05:19président de la Ligue contre le cancer récemment.
05:21Et puis, c'est un grand vulgarisateur.
05:23Il a fait plusieurs livres très lus, connus du grand public,
05:27sur la vulgarisation des sciences, le rapport à l'éthique,
05:30le travail sur la génétique.
05:31Et il a fait, il y a quelques années, tout un tour de France en marchant,
05:35à la rencontre des gens.
05:36Donc, il a l'étiquette de quelqu'un de très humaniste,
05:39qui réfléchit beaucoup.
05:40Et c'est une personnalité qu'on a beaucoup vue ces dernières années dans les médias.
05:44Alexandra Henrion-Code, elle devient vraiment une figure reconnue dans sa spécialité.
05:48Oui, parmi ses pairs, elle est reconnue.
05:50En tout cas, elle travaille dans des institutions très reconnues,
05:53à commencer par l'INSERM, l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale.
05:57Elle travaille pour plusieurs laboratoires parisiens.
06:01Après sa thèse et après avoir travaillé avec Axel Kahn,
06:03elle travaille par exemple à l'hôpital Trousseau.
06:05Ensuite, à Necker, à chaque fois en tant que chercheuse.
06:08Elle va par exemple travailler sur les maladies infantiles,
06:11la mucoviscidose et les micro-ARN.
06:14Les micro-ARN dont on parle beaucoup, bien sûr,
06:16avec les vaccins contre le Covid nouvelle génération qui utilisent l'ARN messager.
06:21C'est aussi ce qui lui donne une espèce de légitimité quand les gens l'entendent.
06:26On se dit, c'est quelqu'un qui sait de quoi elle parle.
06:28Les ARN, elle travaillait dessus avant qu'on en parle, donc il faut l'écouter.
06:32Alexandra Henrion-Code est aussi depuis toujours croyante.
06:35Elle est catholique pratiquante.
06:37Elle se dit catholique, elle le revendique.
06:39Elle explique qu'elle n'a jamais caché d'ailleurs ses convictions.
06:41Et elle a donné plusieurs fois des interviews à des journaux,
06:45des publications estampillées, catholiques, conservatrices, voire intégristes
06:50pour ce qui concerne Civitas, qui lui a donné la parole une fois.
06:53Certains de ses anciens collègues estiment qu'elle commence à basculer en 2013.
06:57Qu'est-ce qui leur fait dire ça ?
06:59En 2013, il se passe une chose dans sa carrière qui est qu'elle postule à un prix qui s
07:04'appelle
07:04l'Eisenhower Fellow, qui est une fondation américaine qui œuvre pour rapprocher, disons,
07:10des personnes reconnues dans leur spécialité, qu'elles travaillent dans le monde de la science
07:14ou pas, dans différents pays et créer une sorte de club de jeunes futurs leaders.
07:19Donc elle part de moi aux États-Unis pour faire une sorte de tour des États-Unis auprès
07:23de gens importants, de laboratoires, etc.
07:26Et Stanislas Yoné, qui travaillait à l'époque avec elle à Necker,
07:30dit qu'après cette période-là, ils l'ont finalement moins vue dans le laboratoire.
07:35Elle dit qu'elle a continué de travailler à l'Inserm comme d'habitude,
07:37mais parmi ses collègues, elle était comme un peu sortie des radars.
07:41Et ensuite, d'autres personnes ont pu parler avec elle
07:44et ont constaté qu'elle avait de gros doutes sur la science,
07:46sur ce qu'elle devait faire, sur le sens de ce qu'elle faisait.
07:48Elle était en quête de sens.
07:50C'est ce que dit Catherine Bourguin, qui est une ancienne généticienne
07:53qui désormais travaille comme chercheuse en sciences sociales,
07:56qui avait co-signé une tribune avec elle en 2017
07:58et m'a expliqué qu'elle avait senti quelqu'un qui se posait plein de questions,
08:02ce qui en soi n'est pas mal, mais qu'elle ne sentait pas assez armée
08:06pour affronter justement ses doutes et les transformer en une matière scientifique.
08:11PMA, GPA, on n'en veut pas !
08:14Quelques années plus tard, elle participe au mouvement contre la PMA
08:17qui a pour toutes la procréation médicalement assistée,
08:20pour toutes les femmes, y compris les couples de lesbiennes et les femmes seules,
08:23une promesse de campagne d'Emmanuel Macron en 2017.
08:27Elle veut dénoncer les manipulations du génome humain
08:30qui, selon elle, ne sont pas éthiques.
08:32Et elle considère que la PMA, c'est la porte ouverte à des manipulations très graves.
08:38Elle compare avec Bienvenue à Gattaca.
08:40Pour elle, la PMA, c'est le cheval de Troie de l'eugénisme quelque part.
08:45En 2018, elle s'installe à l'île Maurice, dans l'océan Indien.
08:49Son mari, qui est entrepreneur, fait des affaires dans ce coin-là.
08:53Il décide de s'installer pour de bon avec leurs quatre enfants.
08:56Et elle fonde un laboratoire qui s'appelle Simplicima,
09:00qui est financé uniquement par des fonds privés
09:02et qui se veut un laboratoire de recherche qui s'inspire des médecines traditionnelles.
09:07Quand l'épidémie de Covid-19 arrive, fin 2019, début 2020,
09:12elle va développer un discours anti-masque et anti-vaccin.
09:15Et elle va notamment se faire remarquer au mois de juillet
09:17avec une longue interview accordée à un site internet.
09:21Ce site, ce n'est pas n'importe quel site.
09:23C'est une web télé d'extrême droite qui s'appelle TV Liberté.
09:27Son interview dure presque une heure,
09:29avec un titre forcément choc qui dit
09:31« Une généticienne vous dit tout ».
09:33Donc on se dit qu'on va apprendre plein de choses sur le Covid,
09:37les vaccins, l'épidémie.
09:39Sauf qu'elle déploie tout un discours qui n'a rien de neutre
09:42et qui met en doute à la fois l'origine du virus,
09:46des masques, la recherche à l'époque sur le vaccin.
09:49C'est très anxiogène.
09:50Si on arrive à l'extrémité de ce qui est en train de se passer visiblement en Italie,
09:55c'est-à-dire du traitement obligatoire,
09:57on a eu le service de travail obligatoire,
09:59c'est des sombreuses heures quand même.
10:00Et visiblement, on serait en train de discuter
10:03et même d'implémenter l'idée d'un traitement obligatoire.
10:08Et qu'on comprenne bien, le traitement, c'est le vaccin.
10:11C'est le vaccin.
10:11Si vous n'êtes pas vacciné,
10:13vous n'aurez plus le droit de probablement voyager,
10:16voter, je ne sais pas jusqu'où ils vont aller.
10:19Il y a tout cet aspect-là.
10:20Et puis la néantisation complète
10:23de ce qu'est l'espèce humaine.
10:25C'est très vu.
10:26Il y a plus d'un million de personnes qui voient cette vidéo,
10:28y compris des gens qui ne sont pas du tout dans la sphère complotiste
10:30et qui se posent beaucoup de questions après avoir écouté ce qu'elle dit.
10:33Au mois de novembre, elle est l'une des personnalités interrogées
10:36dans le documentaire complotiste Hold Up,
10:38documentaire auquel on a déjà consacré un épisode de Code Source.
10:42Dans ce long-métrage, il y a quelque chose vrai
10:44et beaucoup de choses fausses.
10:46Elle, elle dit quoi dans ce documentaire ?
10:48Elle parle essentiellement des masques
10:50en expliquant qu'ils ont finalement pas mal de défauts.
10:54Le port du masque par des personnes en bonne santé
10:57peut notamment présenter les désavantages suivants.
11:01Risques potentiellement accrus d'autocontamination,
11:05maux de tête et ou difficultés respiratoires possibles
11:08selon le type de masque utilisé.
11:10Autre point, lésions cutanées faciales
11:13avec des dermites irritatives.
11:15C'est un discours un petit peu inquiétant
11:16sur ce qui à l'époque est l'arme pour lutter contre le virus,
11:20à savoir les masques.
11:21Après la sortie du film, est-ce qu'elle confirme ses propos ?
11:23Est-ce qu'elle dit qu'elle a été mal montée par exemple ?
11:25Alors elle explique que ses propos dans la version courte de Hold Up
11:28ont été un peu tronqués,
11:30mais elle ne se désolidarise pas vraiment du documentaire.
11:37Quelques semaines avant la sortie de Hold Up,
11:39en octobre, LCI consacre déjà un article sur son site
11:42à la généticienne.
11:44Et dans cet article, Axel Kahn, son formateur,
11:47se désole de ce qu'elle dit depuis le début de la crise du Covid.
11:50Il se désole de ce que dit son ancien élève,
11:53il s'en désolidarise évidemment complètement.
11:55Il expose sa théorie, c'est que son ancien élève
11:58est tombé dans une sorte de dérive sectaire.
12:01Quelques semaines après la publication de cet article,
12:03Alexandra Henrion-Code attaque Axel Kahn et LCI en diffamation.
12:08On fait un saut dans le temps de quelques mois
12:10et on revient au début de cet épisode de Code Source,
12:12la manifestation anti-pass sanitaire du 22 mai
12:16à Paris au Trocadéro.
12:17Quelques jours plus tard, le 26 mai,
12:19Alexandra Henrion-Code est sur le plateau
12:21de Jean-Marc Morandini sur CNews.
12:23Et elle, qui d'habitude préfère poser des questions
12:26sur une éventuelle dangerosité des vaccins anti-Covid,
12:29se montre ce jour-là beaucoup plus catégorique.
12:32Première question, très simple, très claire.
12:34Est-ce que pour vous, le vaccin est dangereux ?
12:38Très clairement, le vaccin montre non seulement son danger,
12:44son absence de nécessité et son absence d'efficacité.
12:47Vous, Christelle Brigodeau, vous essayez de la rencontrer
12:49pour le Parisien.
12:50Comment vous faites concrètement ?
12:52Je vais essayer de la contacter via les réseaux sociaux,
12:54via aussi son laboratoire de recherche, Simplicima.
12:57Elle me répond par mail dans un premier temps,
13:00puis on s'appelle.
13:02On a une longue discussion parce qu'elle essaye de savoir
13:05un petit peu ce que je veux raconter dans mon article.
13:07Si je suis pour ou contre elle,
13:08je lui explique que ce n'est pas la manière dont on fonctionne
13:11quand on est journaliste, on n'est pas pour ou contre,
13:13on essaie de vérifier les choses.
13:14Donc on vient finalement de se voir le lendemain
13:18pour boire un café à proximité du journal.
13:20Et donc vous la voyez à Paris, à la terrasse d'un café
13:23dans le 15e arrondissement, le vendredi 28 mai.
13:26Elle est comment ?
13:26Elle est très à l'aise, elle arrive sur sa petite moto,
13:30très citadine, très sympathique au premier abord.
13:34La discussion dure assez longtemps,
13:36on parle plus d'une heure, presque une heure et demie.
13:38Elle est très soucieuse de convaincre
13:40et de montrer qu'elle est légitime sur son sujet.
13:42Et vous constatez assez vite
13:44qu'elle est connue par une partie des gens ?
13:47Oui, il y a deux personnes qui viennent la voir,
13:49la serveuse et puis un client qui est attablé
13:52avec une autre personne.
13:53Et ils la félicitent, ils sont visiblement heureux de la voir
13:57et de lui manifester un soutien.
13:58Sur quoi vous l'interrogez ?
14:00Je l'interroge surtout sur son parcours,
14:01parce que moi j'ai des choses à vérifier sur qui elle est,
14:05pourquoi elle prend les positions qu'elle prend.
14:07Mon objectif, ce n'est pas de la confronter
14:10aux opinions qu'elle peut répandre ailleurs,
14:12ce n'est pas l'objet de l'article,
14:13c'est d'expliquer qui est cette personne.
14:15Elle me parle de ses théories,
14:17elle a très à cœur d'expliquer qu'elle n'est pas seule,
14:19qu'il y a d'autres médecins qui pensent comme elle.
14:22Je lui oppose que les grandes autorités scientifiques
14:25quand même mettent en cause
14:26et réfutent complètement ses arguments.
14:29C'est un fait qu'elle est exclue
14:31de la majorité de la communauté scientifique,
14:33mais elle le nie complètement.
14:34Elle explique, oui, mais d'autres médecins à l'étranger
14:37ou d'autres collectifs
14:39qui n'ont pas du tout la même légitimité,
14:41soit dit en passant, me soutiennent.
14:42Est-ce que vous lui demandez si quelque chose
14:45s'est passé dans sa vie
14:46qui pourrait expliquer son basculement
14:49vers des thèses complotistes ?
14:51Oui, j'essaye de lui poser la question,
14:54de savoir, mais on sent qu'elle ne veut pas répondre là-dessus.
14:58Elle, elle dit que sa carrière est complètement linéaire.
15:01Elle refuse en fait le fait d'admettre
15:04qu'il y a eu un basculement et un changement.
15:06Christelle Brigodeau, après cette interview,
15:08Alexandra Henrion-Code est méfiante
15:10sur ce que vous allez écrire dans Le Parisien.
15:13Oui, alors déjà, elle demande à pouvoir relire
15:15les citations que je vais utiliser d'elle
15:17dans l'article, donc ce qui se fait.
15:19Donc, je lui envoie uniquement ses citations.
15:22Elle en conclut, juste à la lecture de ses citations,
15:25que l'article ne va pas lui être favorable.
15:28Elle extrapole un petit peu.
15:29Et du coup, elle m'envoie un mail
15:31avec copie à son avocat en expliquant
15:33qu'elle ne souhaite plus du tout être citée
15:35ni apparaître de quelconque manière
15:37dans l'article.
15:38Qu'est-ce que vous faites ?
15:39J'enlève les citations, puisque je m'étais engagée
15:41à lui faire relire et qu'elle ne les assume plus,
15:43même si la conversation a été enregistrée.
15:45Mais je respecte cette partie.
15:47Ensuite, je ne vais pas faire semblant
15:48de ne pas l'avoir rencontrée.
15:50Évidemment, je continue de faire mon travail,
15:51normalement.
15:53Christelle Brigodeau, pour votre article,
15:55vous allez aussi parler avec Axel Kahn.
15:58Mais le généticien est atteint d'un cancer.
16:01Et il sait qu'il lui reste peu de temps à vivre.
16:03Au moment où je l'appelle,
16:05il vient d'expliquer au public,
16:07à tout le monde,
16:08qu'il lui reste peu de temps à vivre,
16:09que c'est ses dernières interventions
16:11dans les médias,
16:13parce que le cancer le rattrape.
16:15Et Axel Kahn accepte, malgré tout,
16:17de vous parler.
16:17Oui, alors je passe par l'intermédiaire
16:19de son assistante.
16:20Et sur ce sujet-là,
16:22il accepte de parler,
16:23parce que c'est important pour lui.
16:24Il a d'ailleurs expliqué sur les réseaux sociaux,
16:27sur Twitter,
16:27que ce combat-là, pour la vérité,
16:30contre son ancien élève,
16:31quelque part,
16:32Alexandra Orion-Code,
16:33c'est un peu sa dernière bataille.
16:35Il décide de porter encore ce combat-là,
16:37même s'il sait que ses jours sont comptés.
16:39Il est comment au téléphone ?
16:41Presque comme d'habitude,
16:42en tout cas très enjoué.
16:45Il parle sans problème.
16:46Il est dans sa chambre d'hôpital
16:47au moment où on se parle.
16:48Et il prend le temps qu'il faut
16:50pour expliquer vraiment.
16:51Il a à cœur de dire les choses.
16:52Est-ce qu'il est bienveillant
16:53avec son ancien élève ?
16:55Oui, je trouve qu'il y a
16:56un grand respect finalement
16:58vis-à-vis d'elle.
17:00Tout comme elle, d'ailleurs,
17:01garde du respect
17:02vis-à-vis de lui.
17:03On sent qu'ils se sont
17:04beaucoup appréciés
17:05d'un point de vue intellectuel,
17:07scientifique.
17:08Il explique que c'était
17:09une généticienne brillante.
17:11Et ça le désole d'autant plus
17:12de voir comment les choses ont tourné.
17:14Justement, qu'est-ce qu'il ressent
17:15aujourd'hui vis-à-vis d'elle ?
17:17Il théorise les choses.
17:18Il a une explication.
17:20Il se dit qu'elle articule
17:21en fait la vérité autour
17:22de sa propre vérité spirituelle
17:24comme un phénomène sectaire.
17:26Donc il réitère ce terme
17:27de phénomène sectaire.
17:28Pour lui, c'est évident
17:29que c'est ça.
17:30Donc il considère
17:31que son ancienne élève
17:33a vraiment dérivé,
17:34n'est plus une scientifique
17:35puisqu'elle ne raisonne plus
17:36en scientifique.
17:37Il est déçu ?
17:38Je dirais qu'il est un peu triste
17:39de la manière
17:41dont les choses se passent
17:42et triste de voir ça.
17:43Il me dit,
17:44c'est une phrase quand même
17:45très forte,
17:45c'est un de mes enfants
17:46qui est tombé.
17:47Donc on voit quand même
17:47à quel point il la tenait
17:49en estime
17:49et à quel point,
17:51oui, d'une certaine mesure,
17:52il est déçu.
18:02Merci à Christelle Brigodeau.
18:05Cet épisode a été produit
18:06par Thibaut Lambert
18:07et Clara Hage.
18:08Réalisation,
18:09Julien Moucouquiol.
18:10Code Source est le podcast
18:11d'actualité du Parisien
18:13disponible chaque soir
18:14du lundi au vendredi.
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