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  • il y a 2 jours
Soixante-dix. C’est le nombre de femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint depuis le mois de janvier 2019. Ces histoires, leurs histoires, on les lit sur les réseaux sociaux et dans les journaux. Et trop souvent, elles sont traitées comme des cas isolés. En réalité, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint tous les trois jours. C’était le cas de Gülcin Kaplan, assassinée à coups de couteaux par son ex-mari le 27 janvier dernier. Au cours des mois précédents, elle avait déposé cinq plaintes contre lui. Dans cet épisode de Code source, nous allons vous raconter son histoire et essayer de comprendre ce fléau, avec Nicolas Jacquart, Nelly Terrier et Louise Colcombet, journalistes au Parisien et Anne-Cécile Mailfert, présidente de l’association la fondation des femmes. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Conception et préparation : Jules Lavie et Isabelle Field - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Benoît Laur - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian.

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Transcription
00:00Bonjour, je suis Jeanne Boézek et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:13Hier soir à Domarron-Pontieux, un homme a tué sa femme avant de se suicider.
00:17Que s'est-il passé dans la tête de Marc Cécillion ?
00:20Comment l'ancien capitaine de l'équipe de France de rugby en est-il venu à tuer sa femme ?
00:2470, c'est le nombre de femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint depuis le
00:30mois de janvier 2019.
00:32Ces histoires, leurs histoires, on les lit sur les réseaux sociaux et dans les journaux.
00:36Et trop souvent, elles sont traitées comme un cas isolé.
00:40Alors qu'en fait, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint tous les
00:45trois jours.
00:46C'était le cas de Gülsine Kaplan, assassinée à coup de couteau par son ex-mari le 27 janvier dernier.
00:51Au cours des mois précédents, elle avait déposé cinq plaintes contre lui.
00:57Dans cet épisode de Codesources un peu spécial, nous allons vous raconter son histoire
01:01et essayer de comprendre ce fléau avec les journalistes de la rédaction du Parisien
01:06et Anne-Cécile Meyfer, présidente de l'association La Fondation des Femmes.
01:14Nous sommes avec Nicolas Jacquard, reporter au service police-justice aux Parisiens.
01:18Qui est Gülsine Kaplan ?
01:20Alors Gülsine, c'est une jeune femme qui avait 34 ans au moment de son décès,
01:25qui est née, qui a grandi, qui a fait ses études dans le département du Jura.
01:29Donc elle a commencé par des études dans le secteur de l'hôtel et restauration
01:32et puis elle a passé un diplôme de monitrice d'auto-école.
01:34Par la suite, elle a rencontré son futur mari, celui qui allait devenir son meurtrier.
01:39Ils se sont mariés en Allemagne et le couple est revenu s'installer à Anne-Masse,
01:43en Haute-Savoie, où il a eu ses quatre enfants.
01:46Le 27 janvier, elle est tuée par son ex-mari.
01:49Est-ce que vous pouvez nous raconter comment commencent les violences ?
01:51Alors les violences, elles commencent d'abord au sein du couple.
01:54Les amis de Gülsine qu'on a pu interviewer nous expliqueront qu'au sein même de ce couple,
01:59on avait affaire à un mari violent et à des scènes de violences conjugales telles qu'on les connaît.
02:03Et surtout, ces violences, elles vont atteindre leur paroxysme une fois que Gülsine aura manifesté sa volonté de quitter ce
02:08couple et de divorcer.
02:09Comment se passe la procédure de divorce ?
02:11Elle se passe extrêmement mal avec, là encore comme souvent, un mari qui refuse de voir sa femme la quitter,
02:19qui refuse, pourrait-on dire presque sa chose, lui échapper parce qu'on a vraiment cette notion d'emprise.
02:25Et très rapidement, alors que Gülsine veut partir, qu'elle part, qu'elle va réussir à trouver un appartement dans
02:32un petit village voisin d'Annemas,
02:35son mari ne la laissera jamais tranquille et va tout faire pour la suivre et essayer de la rencontrer pour
02:41l'agresser autant de fois qu'il le pourra.
02:43Donc son ex-mari ne va jamais changer de comportement après le divorce ?
02:46Alors non seulement il ne change pas de comportement, mais on a vraiment le sentiment qu'en fait les violences,
02:52qu'elles soient physiques ou psychologiques, vont vraiment aller crescendo au fur et à mesure qu'il prend conscience
02:58qu'il n'y aura pas de marche arrière et que Gülsine est en train de lui échapper.
03:01Et ces violences, elles vont vraiment augmenter à la fin de l'année 2018, surtout dans le courant du mois
03:06de janvier 2019.
03:08On sait que Gülsine sera tué le 27 et quand on regarde avec le recul, en fait, ces quatre semaines
03:13de début 2019,
03:14on se dit que la violence a atteint à tel point qu'effectivement, comme elle, elle le signale à ce
03:19moment-là,
03:19en disant à ses amis, je sais que ce sera lui ou moi, on sait que malheureusement, avec le recul,
03:24l'issue sera fatale.
03:26Comment se passe leur rencontre, notamment celle pour la garde des enfants ?
03:29C'est là un des gros points noirs de ce drame, c'est qu'en pareil cas, quand on a
03:34une femme qui est violentée,
03:35qu'il le signale à l'autorité judiciaire, à la police, en général, à minima, quand il y a une
03:41audience de non-conciliation,
03:43c'est-à-dire que c'est un juge qui va être saisi pour administrer la garde des enfants et
03:47dire lequel des deux parents a cette garde-là,
03:50souvent, ce qu'on essaye de faire, ce que les juges aux affaires familiales essayent de faire,
03:53c'est de mettre ces rencontres-là dans ce qu'on appelle un lieu médiatisé, c'est-à-dire un
03:57lieu neutre,
03:58en présence de tierces personnes, d'éducateurs, où les parents vont se rencontrer, vont pouvoir voir les enfants.
04:03Là, dans le cas de Gülsine, ce n'est pas ce qui a été décidé, c'est-à-dire que
04:06Gülsine, tout en ayant la garde de ses enfants,
04:08toutes les deux semaines, va devoir les emmener à son ex-mari, ou alors recevoir chez elle cet ex-mari
04:14qui lui ramènera les enfants,
04:15même s'il n'ouvre pas sa porte, il est là, il sait où elle habite, il est présent.
04:19Quelle mesure Gülsine Kaplan a-t-elle prise pour tenter de se protéger ?
04:22Alors Gülsine, tout au long de ces semaines où elle était menacée, où elle était suivie,
04:27elle va essayer de se protéger autant que possible. Ce qu'elle va faire, c'est d'abord, quand elle
04:33va se rendre à son domicile,
04:34à lui pour emmener les enfants, c'est y aller systématiquement avec une tierce personne.
04:40Elle a déposé plainte plusieurs fois, comment ça se passe quand elle va voir les autorités ?
04:44Les amis de Gülsine nous disent qu'elle était au commissariat plusieurs fois par semaine,
04:49et en tout cas, on a le sentiment qu'à ce moment-là, ni la police, ni la justice n
04:54'ont pris la mesure
04:55de ces violences, de cette pression qui pesait sur les épaules de Gülsine et qu'elle n'avait de cesse
05:01de dénoncer.
05:01On sait que Gülsine, elle s'est tournée vers une association qui défend les femmes
05:05et qui prend en charge les femmes victimes de violences, donc au niveau local,
05:08qui s'appelle l'Espace Femme, dans la commune voisine d'Anemas, qui s'appelle La Roche-sur-Foron.
05:12Et les gens de l'Espace Femme qu'on a pu avoir nous disent, voilà, on a presque le sentiment
05:17que Gülsine n'avait peut-être pas le profil, pourrait-on dire, de manière caricaturale,
05:22de la victime idéale, c'est-à-dire qu'elle était très en colère, en fait,
05:26parce qu'elle sentait, elle pressentait ce qui allait se passer,
05:30elle savait qu'elle était menacée, elle voulait protéger à tout prix également ses enfants.
05:34Et cette colère-là, peut-être, la faisait paraître de manière un petit peu vindicative
05:39pour les autorités. On a le sentiment que peut-être, faute de moyens humains
05:43ou tout simplement de volonté, la police au niveau local,
05:46Alors, à l'Anemas, on est dans une petite ville, finalement, on avait presque marre
05:49de voir cette femme qui n'avait de cesse de venir les voir,
05:52de les appeler pour qu'ils interviennent, pour qu'ils prennent en charge ce mari violent.
05:57Et les gens de l'Espace Femme disaient peut-être que les autorités ont simplement cru
06:01à un banal divorce qui se passait mal, mais avec, voilà, deux parents
06:06qui se disputent la guerre de ses enfants, mais pas avec, voilà, ce rapport
06:10vraiment de bourreau, de poursuivant que mettait en œuvre l'ex-mari
06:13contre Gülsine, qui elle-même était la victime.
06:16Où en est-on de la procédure judiciaire, aujourd'hui, pour cette affaire ?
06:19Là, l'instruction est menée en Haute-Savoie.
06:22Le meurtrier de Gülsine, donc son ex-mari, est logiquement incarcéré,
06:26placé en détention provisoire.
06:27Donc on a une instruction qui suit son cours, sur laquelle peu de choses ont filtré,
06:30parce qu'on a quand même très clairement le sentiment que,
06:33au niveau local, il y a quand même un vrai malaise avec ce dossier-là.
06:36Donc ça, c'est une première chose.
06:37Et puis, à l'époque aussi, la famille de Gülsine, son frère notamment,
06:40qui réside toujours dans le Jura, avait annoncé sa volonté de porter plainte
06:43contre les services de l'État, pour leur inaction et pour leur incapacité
06:46à protéger Gülsine.
06:47Et aujourd'hui, la famille ne souhaite plus s'exprimer, nous dit-elle,
06:51du fait de l'instruction en cours, mais sans qu'on sache si cette instruction
06:54est celle que je vous décrivais, donc qui concerne les faits eux-mêmes,
06:56ou sans qu'on sache également si une seconde instruction a été ouverte,
07:00justement, dans le cadre d'une éventuelle plainte pour l'inaction des services
07:04de l'État, à moins éventuellement aussi que ces deux procédures
07:07aient été jointes, ce qui est aussi une possibilité technique.
07:10Est-ce que les différentes autorités ont fait un mea culpa, ont réagi ?
07:14Alors, à notre connaissance, il n'y a eu absolument aucun mea culpa
07:17d'aucune autorité que ce soit, en tout cas au niveau local.
07:20On nous dit, toujours au niveau local, que quand même, il y a eu une forme
07:24d'avant et d'après le 27 janvier à Anne Masque, et ça, ce sont les gens
07:28de l'espace femmes qui le disent, que désormais, quand une femme dépose plainte
07:31au niveau du parquet local, elles ont le sentiment que les choses sont mieux
07:36suivies, que les maris violents sont plus régulièrement poursuivis
07:39devant le tribunal correctionnel. On a envie de dire, c'est quand même
07:42la moindre des choses quand on voit effectivement ce qui s'est passé,
07:44ce drame terrible, cette chronique d'un drame annoncé qui a touché Gülsine.
07:48Et on imagine qu'effectivement, l'affaire de Gülsine puisse être une de celles
07:54qui fasse l'objet d'une enquête de l'Inspection Générale de la Justice,
07:57même si on n'en a aujourd'hui absolument aucune certitude.
08:02Encore un drame de la séparation. A Metz, un gendarme a tué sa femme avant de se suicider.
08:06Une mère de famille battue à mort à Montpellier.
08:09Ce ne sont pas des cas isolés, ce ne sont pas des accidents.
08:13Mettons un terme à ces cris machistes, reconnaissons le féminicide.
08:17Nous sommes avec Nelly Terrier, chef de service aux informations générales aux Parisiens.
08:21La première question qu'on se pose, c'est qu'est-ce qu'un féminicide ?
08:24Un féminicide, c'est le fait de tuer une femme pour la raison qu'elle est une femme.
08:29C'est un terme qui a été mis au goût du jour, si on peut dire, par une sociologue américaine
08:33dans les années 70.
08:35Il est forgé sur le mot de homicide, paricide, infanticide.
08:40Et donc féminicide, c'est l'alliance du terme cide qui vient du latin tuer et femme qu'on met
08:47avant.
08:48On parle encore trop régulièrement de crimes passionnels, de drames conjugaux.
08:53Pourquoi est-ce que ce ne sont pas les bons termes ?
08:55Parce que c'est une manière de minimiser les faits eux-mêmes.
08:58Le féminicide est entré dans le Robert en 2015.
09:01Il figure sous le terme de meurtre sur conjoint, c'est-à-dire un meurtre qui est commis par le
09:06conjoint, le concubin ou le partenaire de la victime.
09:09Mais le mot féminicide lui-même n'existe pas dans le code pénal, contrairement à certains pays d'Amérique latine
09:15qui eux l'ont introduit.
09:16Quelles sont les causes récurrentes des féminicides ?
09:18La cause numéro un, c'est le passage à l'acte qui survient lors d'une dispute, mais dans le
09:24cadre d'un couple dans lequel il y a déjà des violences conjugales.
09:28La deuxième cause, c'est la séparation.
09:31La femme veut partir et l'homme s'y oppose et il s'y oppose si bien qu'elle ne
09:35peut en effet plus partir du tout.
09:37Ensuite, il y a d'autres causes, la jalousie qui vient quand même en troisième position, puis la maladie ou
09:44la vieillesse de la victime.
09:45Je précise à ce sujet qu'il y a un certain nombre de féminicides qui sont commis dans le cadre
09:50de couples très âgés, c'est-à-dire au-delà de 70 ans ou de 80 ans.
09:54Ce n'est pas du tout une exception, c'est quelque chose qu'on voit régulièrement advenir.
09:58Ça, ce sont les causes qui sont répertoriées et qui sont connues.
10:01Quels sont les chiffres officiels ?
10:03On sait que 130 femmes ont été tuées en 2017 par leur conjoint.
10:08Puis, on peut noter aussi que 21 hommes ont été tués par leur compagne.
10:14Il faut aussitôt préciser que dans les 21 femmes qui ont tué leur compagnon, en fait, une large partie d
10:19'entre elles étaient victimes de violences conjugales.
10:22Donc, c'est une sorte de conséquence des violences conjugales.
10:25Et c'est ce qu'on a très bien vu d'ailleurs il y a quelques années avec l'affaire
10:28Jacqueline Sauvage,
10:29qui représente tout à fait bien ce phénomène.
10:33Il faut savoir aussi que sur ces 151 crimes en tout, donc on a compris 130 femmes tuées et 21
10:40hommes tués,
10:41étaient suivis 59 fois par le suicide de l'auteur.
10:44C'est-à-dire qu'on est dans un cadre meurtrier qui est souvent suivi par le suicide de la
10:50personne qui est passée à l'acte.
10:51Il y a aussi un décompte effectué sur une page Facebook, féminicide par compagnon ou ex.
10:56Il y a une différence entre ces chiffres officiels et ces chiffres-là. Est-ce que vous pouvez nous en
11:01parler ?
11:01Ce qui est très intéressant dans ce collectif de recensement qu'on peut trouver sur Facebook,
11:06c'est que là on a des militantes qui recensent jour après jour les actes dont elles peuvent avoir connaissance.
11:13Elles font une veille extrêmement précise sur Internet, elles vérifient un maximum d'informations, etc.
11:17Alors ce qui est intéressant dans le recensement qu'elles font, c'est qu'elles ont permis de rendre visible
11:23ce phénomène.
11:24Et leur travail permet aujourd'hui à tout le monde de s'y intéresser.
11:29Ça favorise la prise de conscience quand même collective autour de ce phénomène.
11:34Quels sont les moyens mis en place par l'État ?
11:36Il y a des lois, on va en parler, il y a des mesures qui sont prises, mais il suffit
11:40de demander aux professionnels,
11:42et ils disent tous que déjà il faudrait commencer par appliquer les lois et que certaines lois mériteraient d'être
11:47améliorées.
11:48Alors ce qui est intéressant, c'est que le 9 mai dernier, Nicole Belloubet, la garde des Sceaux,
11:52a envoyé une circulaire à tous les procureurs de France,
11:56circulaire relative à l'amélioration du traitement des violences conjugales et à la protection des victimes.
12:01Donc ça veut dire qu'il y a un début de conscience au ministère de la Justice que la loi
12:06n'est peut-être pas suffisamment appliquée.
12:07Je vois là le travail des associations qui ont dû faire pression un peu sur le ministère de la Justice
12:13pour obtenir cette circulaire.
12:14Donc il y est rappelé qu'il faut améliorer l'accueil des victimes, qu'il fallait favoriser le dépôt de
12:19plainte,
12:20qu'il était mieux de commencer par une audience sur PV sans parler de la plainte.
12:24C'est-à-dire qu'on prend la déposition de la personne, de la femme qui vient, on la laisse
12:29parler, on note ce qu'elle dit,
12:31et c'est seulement à l'issue de ce qu'elle a dit qu'on lui propose de porter plainte.
12:36Ce qui peut aussi favoriser les plaintes et qui peut mettre une victime à l'aise.
12:41Ensuite, il y est rappelé également qu'il fallait assurer l'effectivité de l'éviction du conjoint violent.
12:47Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que quand il y a un conjoint violent, des mesures peuvent être
12:51prises et on peut l'éloigner.
12:53Et quand on dit l'effectivité, ça veut dire qu'il faut s'assurer que les choses sont véritablement faites.
12:59Ensuite, on parle du téléphone grave danger.
13:02C'est un téléphone qu'on donne aux femmes et dès que le conjoint, qui par exemple n'a pas
13:05le droit de s'approcher d'elle, vient,
13:08elles peuvent téléphoner tout de suite et la police est prévenue.
13:10Ce dispositif qui avait été testé pendant très longtemps a été ensuite étendu à tout le territoire.
13:16Donc il existe aujourd'hui 800 téléphones graves dangers.
13:20Cependant, note la circulaire, il y en a encore beaucoup trop qui ne sont pas du tout attribués.
13:26Ce qui veut donc dire qu'on a 800 téléphones graves dangers qui attendent tranquillement dans un tiroir qu'on
13:31les leur donne.
13:33En creux, cette circulaire fait la critique de tout ce qui existe mais qui n'est pas assez utilisé.
13:39Oui, on peut le dire comme ça.
13:41En tous les cas, ça rappelle le panel dont disposent les magistrats et ça les encourage à l'utiliser.
13:47Et enfin, il y a encore une chose très importante, c'est ce qu'on appelle l'ordonnance de protection
13:52qui existe depuis 2010 et qui n'est pas encore assez utilisée.
13:57La circulaire parle de 3300 ordonnances de protection.
14:01Quand l'Espagne en prend 23 000 par année, nous on en prend 3000 par année.
14:06Et alors l'ordonnance de protection est très intéressante parce que ça permet à une femme victime de violences conjugales
14:12de saisir directement le juge aux affaires familiales sans avoir à passer par la plainte.
14:18Et celui-ci peut prendre immédiatement des mesures et des mesures importantes, des mesures d'éloignement du conjoint violent par
14:24exemple.
14:25Donc la circulaire encourage vivement les magistrats à utiliser cette ordonnance.
14:34Louise Colcombé, vous êtes journaliste au service Police Justice du Parisien.
14:38Vous avez assisté à un stage pour Marie Violent organisé par l'Association pour le contrôle judiciaire Essonne.
14:44En quoi ça consiste ?
14:46Alors l'idée pour ces personnes, ces auteurs de violences conjugales, c'est de les sensibiliser à leurs actions pour
14:52éviter en fait qu'on rentre dans un cycle de la violence
14:55et que ça s'installe dans le couple parce qu'il est connu qu'en fait plus on devient violent,
15:01plus il y a aussi une tolérance de la victime.
15:03Et en fait tout ça va crescendo pour arriver ensuite sur des violences très graves, voire aboutir à des décès.
15:09L'idée c'est de casser ce cycle à la racine.
15:11Alors moi c'est un stage de sensibilisation, ce sont sur des infractions, ce qu'ils appellent de basse intensité.
15:16Ça peut être des bousculades, des menaces, des injures.
15:20Là c'était 12 hommes qui étaient là pour 3 heures.
15:24Ils ont déboursé 65 euros, c'est à leur charge.
15:27C'est une alternative à une autre sanction.
15:29Et on leur explique comment ça fonctionne déjà juridiquement.
15:32Et ensuite on les sensibilise aux dégâts que ça peut engendrer sur leur couple.
15:35On leur explique à quel point les enfants sont des éponges et peuvent être traumatisés par des violences entre leurs
15:41parents.
15:41On leur explique aussi que certaines choses ne sont pas acceptables.
15:44Comment mieux gérer leurs émotions, leur colère.
15:48Si vous êtes dans une dispute, frapper c'est pas la solution, vous pouvez fuir.
15:52Discutez aussi, si votre femme vous dit quelque chose qui vous blesse, elle le fait intentionnellement.
15:56Dites-lui que ça vous blesse et pourquoi.
15:58C'est plein de petites choses de réflexion de bon sens, mais qui parfois on voit une petite lumière qui
16:03s'allume dans les yeux des participants.
16:05Et en fait on comprend qu'il y a beaucoup de choses qui paraissent du bon sens, qui n'est
16:10pas toujours tant que ça n'a pas été exprimé.
16:13Est-ce que ces stages sont efficaces ?
16:15Alors l'association pour le contrôle judiciaire en Essonne a fait quelques sondages.
16:20Ce qui est sûr c'est qu'il y a très peu de récidives.
16:24Donc maintenant ils n'ont pas des données complètes parce qu'il peut y avoir une récidive qui soit invisible
16:29s'il n'y a pas eu de plainte ou si la personne a déménagé et n'est plus dans
16:32ce département.
16:33Mais globalement c'est une réussite.
16:35En tout cas pénalement ils voient très peu d'hommes revenir.
16:38Et c'est aussi une réussite parce qu'ils ont fait des retours écrits.
16:41Ils demandent à leurs anciens participants de dire ce qu'ils en ont pensé.
16:45Les réponses sont assez satisfaisantes.
16:467 sur 10 disent avoir opéré une prise de conscience à titre personnel.
16:5040% disent avoir été confrontés de nouveau à des situations conflictuelles.
16:57Et dans ces 40%, 80% au moins disent avoir réussi à gérer la situation sans en arriver à des
17:03coups ou à des choses violentes.
17:04Est-ce qu'on va généraliser ces stages en France ?
17:07Il n'y a pas de politique nationale sur ces questions-là.
17:11Ça relève de la volonté et de la politique pénale de chaque parquet.
17:15Donc c'est le procureur qui est à la manœuvre avec ce type d'association.
17:19Et donc ça se met en place un petit peu partout.
17:21Mais il y a d'énormes disparités sur l'hexagone.
17:25Je m'appelle Alice.
17:26J'ai 38 ans.
17:27Je suis victime de violences conjugales.
17:29J'ai besoin d'aide.
17:31Avec nous Anne-Cécile Maïfer, présidente de la Fondation des femmes.
17:35Vous appelez à manifester ce samedi 6 juillet à Paris.
17:38Quel est le mot d'ordre ?
17:39Le mot d'ordre c'est protégez-les.
17:41C'est le mot d'ordre qui a été choisi par les familles et proches des victimes de féminicides.
17:45Et c'est un appel à la police, à la justice, au gouvernement et plus généralement la société.
17:51Pour dire protégez-les pour ne pas qu'elles soient tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint.
17:56Par une de plus ! Par une de plus !
17:59Stop les missiles !
18:01Comment expliquez-vous que les plaintes de femmes victimes de violences par leur conjoint ou ex-conjoints soient si souvent
18:08sous-estimées, voire ignorées ?
18:10Alors les femmes victimes de violences conjugales, déjà ce qu'il faut savoir c'est que quand elles franchissent la
18:15porte du commissariat, elles font un effort immense.
18:18Dans de trop nombreux cas, leurs plaintes ne sont pas prises en compte.
18:21Donc ça peut être soit « revenez demain madame parce que ça n'est pas l'heure ».
18:24Ça peut être aussi « on ne va pas prendre votre plainte parce que ce n'est pas suffisamment grave,
18:29donc on va juste faire une main courante, tout c'est la première fois ».
18:32Donc vous savez quand même une plainte, il peut aller en prison, est-ce que vraiment vous voulez que le
18:34part de vos enfants est en prison ?
18:35C'est aussi parfois des politiques de chiffres dans les commissariats. Plus il y a de plaintes quelque part, plus
18:40on va donner l'impression que cet endroit est dangereux.
18:42Et donc on encourage plutôt, avec la politique du chiffre, les commissariats ne pas forcément prendre toutes les plaintes pour
18:47montrer que d'année en année, ils ont sécurisé la zone, alors qu'en fait, ils n'ont juste pas
18:51pris un certain nombre de plaintes.
18:52Est-ce que c'est aussi un problème de sexisme en fait ?
18:55Oui, un problème de sexisme exactement, c'est un manque de considération par la société et par les policiers, mais
18:59qui sont des êtres humains, qui vivent dans cette société-là,
19:03donc qui sont aussi imbibés de ce sexisme, que les violences faites aux femmes, c'est pas si grave, que
19:08les femmes parfois elles se plaignent pour rien,
19:11qu'elles font toute une histoire, qu'il y en a qui sont des menteuses, qu'il y en a
19:14qui sont des trécheuses, que peut-être qu'elles font ça pour la procédure de divorce,
19:17peut-être qu'elles font ça pour garder les enfants, donc toutes ces idées reçues qu'on peut entendre couramment,
19:23en fait ça va aussi faire qu'on va s'aveugler,
19:26et donc ça nous empêche d'agir et de réagir, et ça nous empêche de les protéger.
19:30Si on ne fait pas ce qu'il faut maintenant, quand une femme vient porter plainte, elle est en danger
19:34de mort.
19:37Merci à Nicolas Jacquard, Nelly Terrier, Louise Colcombé et Anne-Cécile Meyfer.
19:54C'est un podcast d'actualité quotidien, vous pouvez retrouver tous nos épisodes sur le site du Parisien,
20:04mais aussi sur les plateformes habituelles de podcasts.
20:06Si vous voulez échanger avec nous sur un épisode, c'est sur Twitter ou à codesource at leparisien.fr.
20:13Sous-titrage Société Radio-Canada

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