Passer au playerPasser au contenu principal
(Première partie) À l’été 2000, le patron d’un supermarché, Richard Alessandri, dort à son domicile près d’Avignon, lorsqu’il reçoit deux tirs mortels dans son sommeil. Sa femme Edwige, présente à côté de lui dans le lit, appelle les secours qui la retrouvent qui la retrouvent sous le choc et couverte de sang. Elle raconte s’être réveillée avec le bruit des coups de feu, et avoir vu dans la pièce deux personnes qui ont pris la fuite. Avec son témoignage, une des premières pistes envisagées est celle d’un cambriolage qui a mal tourné.

Mais une semaine après le meurtre, le parquet ouvre une information judiciaire pour homicide volontaire. Après avoir interrogé les proches du couple, les enquêteurs repèrent des incohérences dans les déclarations d’Edwige et de ses fils. La famille Alessandri se retrouve alors au début d’une procédure judiciaire qui va durer plus de vingt ans.

Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network

Archives : INA

#crime #crimestory #edwigealessandri

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast de Faits Divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les Faits Divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu. L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui, l'affaire Alessandrie.
00:41Qui démarre avec le meurtre d'un patron de supermarché tué dans son lit pour déboucher sur une procédure judiciaire
00:48inédite longue de plus de 20 ans.
00:53A l'été 2000, les époux Alessandrie ont tout pour être heureux.
00:57Richard, 42 ans, et sa femme Edwige, 41 ans, habitent à Perne-les-Fontaines, une petite ville du Vaucluse à
01:04côté d'Avignon.
01:05C'est une commune aisée, traversée par une rivière et avec une superbe vue sur le mont Ventoux.
01:10Le couple élève ensemble leur enfant, Brice, 12 ans, et le premier fils d'Edwige, Johan, presque 18 ans.
01:17Ils vivent tous les quatre dans un mas, une de ces anciennes fermes typiques du Midi de la France, rénovées
01:22et transformées en résidences de luxe.
01:24Le mas de la Gasquille est en effet une très belle propriété, perdue au milieu des champs et sans voisinage
01:30direct.
01:31On y accède par un sentier en terre, au bout duquel se dresse un grand portail, ouvrant sur une large
01:36maison en pierre.
01:37Au milieu de l'immense jardin, on peut profiter d'une vaste piscine, bordée de cyprès.
01:43Dans les environs, les alessandries ont acquis une petite notoriété.
01:46Richard est le directeur de l'intermarché de Perne-les-Fontaines et le vice-président de l'association des commerçants.
01:53Edwige est la PDG du supermarché qu'elle a monté avec son mari.
01:57Le dimanche 16 juillet, l'ambiance est particulièrement bonne au mas de la Gasquille.
02:01La fête du melon, que Richard et Edwige ont organisée dans leur supermarché deux jours plus tôt, a été un
02:06succès.
02:07Les compteurs du magasin ont explosé.
02:09La semaine se clôture donc a priori du mieux possible.
02:13A la fin du dîner, les enfants partent chacun de leur côté.
02:17Edwige range la cuisine avant de monter à l'étage rejoindre son mari au lit devant la télé.
02:22La suite est racontée par la mère de famille elle-même, dans l'émission de France 2, au bout de
02:26l'enquête.
02:26On finit de manger, je range tout, on monte, on regarde la télévision, et puis après nous avons une relation,
02:37on fait l'amour, Richard et moi, et on dort.
02:44Et là, il y a un coup qui part.
02:48Edwige Alessandri est réveillée en pleine nuit par ce coup de fusil.
02:51Elle entend une voix d'homme qui dit « Merde, le coup est parti, tirez-vous, tirez-vous ».
02:57Elle voit deux personnes dans sa chambre.
03:00L'une est au bout du lit, avec le fusil dans les mains.
03:03L'autre se tient debout, près de la porte.
03:07Terrorisée, Edwige se recroqueville en boule dans son lit, serrée contre son mari.
03:11Elle pense qu'elle va mourir.
03:14Très vite, les personnes qui s'étaient introduites dans la chambre quittent la pièce.
03:19Edwige et Richard sont seules.
03:21Elle sent qu'il ne bouge pas.
03:23Elle dit entendre le sang de son mari couler.
03:25Et elle se réfugie dans la salle de bain, attenante à la chambre.
03:30Le fils aîné d'Edwige, Johan, est réveillé par les cris de sa mère, provenant de la suite parentale.
03:35Elle hurle « Ils l'ont tué, ils l'ont tué ».
03:41Damien, quelques minutes plus tard, Edwige appelle les pompiers.
03:45Oui, cet appel, il est passé à 0h05, précisément, cette nuit-là.
03:50On connaît la teneur de l'appel, puisqu'il a été enregistré et retrouvé dans le cadre de l'enquête.
03:55Ça dit à peu près ça.
03:57Le SAMU décroche dit « Allô ».
03:58Elle, elle prend la parole.
03:59Elle dit « Excusez-moi ».
04:00Elle pleure.
04:01« Il y a des gens qui sont venus chez moi.
04:03Mon mari est mort.
04:04Je suis Madame Alessandri.
04:05J'habite au 99 rue de Lagasqui. »
04:07Le pompier lui demande « Quelle commune ? »
04:09Elle dit « J'ai peur, monsieur.
04:10Il y a du sang partout. »
04:12Il lui demande « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
04:13Elle dit « Je ne sais pas.
04:14Je dormais.
04:14Il est mort.
04:15Je ne peux plus regarder mon mari. »
04:17Il lui redemande son nom.
04:19Et là, elle lui dit « Envoyez quelqu'un.
04:20J'en peux plus.
04:21J'ai peur.
04:21J'ai peur comme jamais de ma vie.
04:22J'ai eu peur.
04:23Je ne peux plus voir mon mari.
04:24J'ai trop souffert.
04:25J'ai peur. »
04:26Et la conversation se termine ainsi.
04:28L'opérateur lui dit « D'accord.
04:30On va vous envoyer quelqu'un. »
04:31C'est ce qui se passe.
04:32Ils arrivent quelques minutes plus tard.
04:33Ils notent d'ailleurs qu'au bout de cette allée qui mène au masque,
04:37il y a le fils aîné, Johan, qui leur fait des signes depuis la fenêtre,
04:40un petit peu pour leur signaler où ils se trouvent.
04:41C'est lui qui va ouvrir la porte, qui les fait monter au premier étage.
04:45Et là, les secouristes y découvrent Edwige sous le choc,
04:48qui est prostrée dans la salle de bain.
04:50Elle est encore couverte de sang.
04:53Les pompiers vont d'ailleurs lui proposer...
04:55Elle crie.
04:56Elle est vraiment dans un état de crise de nerfs absolue.
04:58Les pompiers vont d'ailleurs lui proposer de prendre une douche
05:01pour qu'elle essaie de se calmer.
05:02Ils pensent que ça peut lui faire du bien.
05:04Et pendant qu'elle prend cette douche,
05:06les pompiers, eux, s'approchent du corps de Richard.
05:08Le corps de Richard Alessandri, il est donc sur le lit conjugal ?
05:12Il est couché sur le dos.
05:15Alors, il baigne dans son sang.
05:16Il a perdu énormément de sang.
05:17Et tout de suite, les pompiers s'aperçoivent qu'il a reçu deux balles,
05:21deux projectiles.
05:22Une balle qui lui a traversé l'épaule
05:23et l'autre qui lui a quasiment emporté le visage.
05:27Il est mort.
05:28Il n'y a plus rien à faire.
05:29Il n'y a plus de gestes de réanimation à faire.
05:31Et donc, ce sont les gendarmes qui vont arriver assez vite après les pompiers
05:34qui, eux, vont geler ce qui est maintenant une scène de crime
05:37pour essayer de recueillir tous les éléments qu'ils peuvent recueillir.
05:40Les gendarmes interrogent Edwige Alessandri
05:42puisqu'elle est la seule témoin de ce meurtre.
05:45Comment est-ce qu'elle décrit exactement la scène à laquelle elle a assisté ?
05:49C'est évidemment un peu confus parce qu'on est dans une période
05:51qui est très proche de ce qui vient de se produire.
05:53Et on l'a dit, Edwige, elle est très choquée
05:55parce qu'elle a vu et entendu.
05:57Elle explique simplement qu'elle dormait,
05:59qu'elle a été réveillée par ce coup de feu,
06:01qu'elle a entendu ce cambrioleur dire
06:02« Merde, il faut qu'on parte ».
06:05Voilà.
06:05Et qu'elle se dit que c'est des personnes qui ont fait intrusion dans la chambre.
06:10Elle valide donc une première hypothèse
06:11qui serait celle d'un cambriolage nocturne,
06:13d'une agression nocturne à domicile qui aurait mal tourné.
06:17Les heures qui suivent l'appel d'Edwige Alessandri aux pompiers,
06:20les enquêteurs de la brigade de recherche de la gendarmerie de Carpentras
06:23ne disposent pas de grand-chose.
06:25Ils ont le témoignage de la mère de famille,
06:28ceux des deux enfants,
06:29et c'est à peu près tout.
06:31Les premières constatations balistiques
06:33semblent indiquer que le directeur du magasin
06:35a été tué par un seul coup de fusil.
06:37Une arme de chasse ou un fusil à canoncier
06:40que les gendarmes vont évidemment tenter de retrouver.
06:43En faisant le tour de la maison,
06:45avec Edwige Alessandri,
06:46les enquêteurs constatent que la baie coulissante de la cuisine est ouverte.
06:50Elle était justement déjà un peu cassée.
06:52Edwige est convaincue que c'est par là que les cambrioleurs sont entrés.
06:56Il n'y a donc pas de traces d'effraction.
06:58Avec son fils aîné Johan,
07:00elle montre aux gendarmes toutes les traces que les intrus ont laissées selon eux.
07:03Quelques traces de terre notamment,
07:05dont un peu dans le lit conjugal,
07:07et des pots de géraniums posés devant la baie vitrée
07:10qui ont été déplacés jusqu'au pied du mur de la terrasse.
07:13Par contre, on ne relève aucune empreinte de pas
07:16et aucun ADN extérieur.
07:18À ce stade, cela ne veut pas dire grand-chose
07:21et le magistrat chargé de l'enquête n'exclut aucune hypothèse.
07:24Dans la chambre parentale,
07:26les enquêteurs retrouvent un préservatif usagé
07:28et une douille de calibre 12.
07:30Mais dans la maison, dans le jardin
07:32ou dans les champs alentours,
07:34pas de traces de l'arme du crime.
07:36Comme le veut la procédure dans ce genre de cas,
07:38l'enquête s'oriente vers les proches du couple.
07:41La famille, les relations amicales,
07:43les relations professionnelles
07:44sont passées au crible.
07:46On cherche à savoir si quelqu'un n'avait pas une raison d'en vouloir
07:49à Richard Alessandri.
07:51Très vite,
07:52la possibilité d'une tentative d'enlèvement
07:54est sur la table.
07:55Peut-être que les agresseurs
07:57avaient prévu une prise d'otage du patron de l'intermarché
08:00afin de lui faire ouvrir le coffre du magasin
08:02situé à seulement 2 km du masque de Lagasqui.
08:05Mais cette hypothèse est vite mise à mal.
08:08Car sur les portes du magasin,
08:10des affichettes indiquent de manière très visible
08:12et très claire
08:13que la grande surface est équipée
08:14d'une surveillance vidéo sophistiquée,
08:16y compris au-dessus du coffre.
08:19Une semaine après le meurtre,
08:20le lundi 24 juillet,
08:22le parquet ouvre une information judiciaire
08:24pour homicide volontaire.
08:37Damien, finalement,
08:38à ce stade,
08:39l'élément qui permet d'avoir le plus d'indications
08:41sur ce qui a pu se passer,
08:43c'est l'arme avec laquelle Richard Alessandri a été tué.
08:46Alors, ce choix de l'arme,
08:47il écarte a priori la thèse
08:49d'un règlement de compte classique
08:50dans lequel on a plutôt l'habitude
08:52d'utiliser des armes de poing,
08:54des revolvers ou des pistolets.
08:56Ça accrédite effectivement plus celle
08:57d'un cambriolage,
08:59d'une séquestration à domicile,
09:00dans lequel souvent sont utilisées
09:02des armes plus longues
09:03et, par exemple,
09:04des armes de chasse
09:05comme celle qui a apparemment
09:06été utilisée ce soir-là.
09:08Alors, on peut faire des scénarios.
09:10On imagine que les cambrioleurs
09:11ont voulu réveiller Richard Alessandri
09:14ou, en tout cas,
09:15le menacer avec le canon de cette arme
09:16pour qu'il les conduise peut-être
09:17au coffre du supermarché,
09:19soit pour qu'il leur livre
09:20les codes confidentiels
09:21de ses cartes de crédit,
09:22comme ça arrive dans ces cas-là,
09:23et qu'ils ont pu laisser partir
09:25un coup de feu accidentel
09:26en secouant la victime
09:28avec le canon du fusil.
09:29Il faut se rappeler quand même
09:30qu'on est en pleine nuit,
09:30on est dans l'obscurité.
09:31Donc, voilà,
09:32ce genre de manipulations
09:33peuvent être envisageables.
09:35La deuxième possibilité,
09:36c'est qu'il y a un peu de panique
09:37chez ces agresseurs,
09:38chez ces cambrioleurs
09:39et que le coup, effectivement,
09:40part tout seul
09:40en appuyant sur la gâchette.
09:41Mais pour corroborer tout ça,
09:43il faudrait déjà commencer
09:44par retrouver l'arme.
09:45Il y a une subtilité.
09:47Les enquêteurs établissent
09:49que, contrairement à ce qu'ils croyaient
09:50au départ,
09:51le coup de fusil a été tiré
09:53à bout touchant
09:54et non pas à bout portant.
09:56Alors, bout touchant,
09:57c'est une expression, finalement,
09:58assez claire.
09:59Ça signifie vraiment
10:00que le canon de l'arme
10:01est en contact direct
10:03avec le corps de la victime
10:04au moment du coup de feu.
10:06Bout portant,
10:07ça implique une distance
10:08qui reste très proche
10:09de la victime
10:10mais qui est un peu plus importante.
10:12Les experts,
10:12ils arrivent facilement
10:13à déterminer ces distances-là
10:15parce qu'un tir à bout touchant
10:16comme celui
10:17qui a été fait sur M. Alessandri,
10:19ça laisse toujours
10:20des traces de brûlure
10:21sur la peau
10:22au niveau des blessures.
10:24Officiellement,
10:24l'enquête n'avance pas
10:26jusqu'à un coup de théâtre
10:27fin novembre 2000,
10:29quatre mois après le crime.
10:30Nous sommes le 28 novembre précisément,
10:33il est 6h30 du matin
10:34et les gendarmes frappent
10:36à la porte du masque
10:37de la gasquille.
10:38C'est Edwige Alessandri
10:39qui leur ouvre la porte
10:40et immédiatement,
10:41elle va leur demander
10:41« ça y est,
10:42vous avez trouvé l'assassin »
10:44et un enquêteur lui répond
10:45« oui, c'est vous ».
10:50Vous venez d'écouter
10:51le premier épisode
10:52de Crime Story,
10:53l'étrange meurtre
10:54de Richard Alessandri.
10:56Suite et fin de ce podcast
10:57dans le deuxième épisode,
10:59déjà disponible
10:59sur leparisien.fr
11:01et sur toutes les plateformes d'écoute.
11:03Crime Story
11:03est le podcast
11:04fait divers du Parisien.
11:20Sous-titrage Société Radio-Canada
11:44Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations