00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast de Faits Divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les Faits Divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu. L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui, l'affaire Alessandrie.
00:41Qui démarre avec le meurtre d'un patron de supermarché tué dans son lit pour déboucher sur une procédure judiciaire
00:48inédite longue de plus de 20 ans.
00:53A l'été 2000, les époux Alessandrie ont tout pour être heureux.
00:57Richard, 42 ans, et sa femme Edwige, 41 ans, habitent à Perne-les-Fontaines, une petite ville du Vaucluse à
01:04côté d'Avignon.
01:05C'est une commune aisée, traversée par une rivière et avec une superbe vue sur le mont Ventoux.
01:10Le couple élève ensemble leur enfant, Brice, 12 ans, et le premier fils d'Edwige, Johan, presque 18 ans.
01:17Ils vivent tous les quatre dans un mas, une de ces anciennes fermes typiques du Midi de la France, rénovées
01:22et transformées en résidences de luxe.
01:24Le mas de la Gasquille est en effet une très belle propriété, perdue au milieu des champs et sans voisinage
01:30direct.
01:31On y accède par un sentier en terre, au bout duquel se dresse un grand portail, ouvrant sur une large
01:36maison en pierre.
01:37Au milieu de l'immense jardin, on peut profiter d'une vaste piscine, bordée de cyprès.
01:43Dans les environs, les alessandries ont acquis une petite notoriété.
01:46Richard est le directeur de l'intermarché de Perne-les-Fontaines et le vice-président de l'association des commerçants.
01:53Edwige est la PDG du supermarché qu'elle a monté avec son mari.
01:57Le dimanche 16 juillet, l'ambiance est particulièrement bonne au mas de la Gasquille.
02:01La fête du melon, que Richard et Edwige ont organisée dans leur supermarché deux jours plus tôt, a été un
02:06succès.
02:07Les compteurs du magasin ont explosé.
02:09La semaine se clôture donc a priori du mieux possible.
02:13A la fin du dîner, les enfants partent chacun de leur côté.
02:17Edwige range la cuisine avant de monter à l'étage rejoindre son mari au lit devant la télé.
02:22La suite est racontée par la mère de famille elle-même, dans l'émission de France 2, au bout de
02:26l'enquête.
02:26On finit de manger, je range tout, on monte, on regarde la télévision, et puis après nous avons une relation,
02:37on fait l'amour, Richard et moi, et on dort.
02:44Et là, il y a un coup qui part.
02:48Edwige Alessandri est réveillée en pleine nuit par ce coup de fusil.
02:51Elle entend une voix d'homme qui dit « Merde, le coup est parti, tirez-vous, tirez-vous ».
02:57Elle voit deux personnes dans sa chambre.
03:00L'une est au bout du lit, avec le fusil dans les mains.
03:03L'autre se tient debout, près de la porte.
03:07Terrorisée, Edwige se recroqueville en boule dans son lit, serrée contre son mari.
03:11Elle pense qu'elle va mourir.
03:14Très vite, les personnes qui s'étaient introduites dans la chambre quittent la pièce.
03:19Edwige et Richard sont seules.
03:21Elle sent qu'il ne bouge pas.
03:23Elle dit entendre le sang de son mari couler.
03:25Et elle se réfugie dans la salle de bain, attenante à la chambre.
03:30Le fils aîné d'Edwige, Johan, est réveillé par les cris de sa mère, provenant de la suite parentale.
03:35Elle hurle « Ils l'ont tué, ils l'ont tué ».
03:41Damien, quelques minutes plus tard, Edwige appelle les pompiers.
03:45Oui, cet appel, il est passé à 0h05, précisément, cette nuit-là.
03:50On connaît la teneur de l'appel, puisqu'il a été enregistré et retrouvé dans le cadre de l'enquête.
03:55Ça dit à peu près ça.
03:57Le SAMU décroche dit « Allô ».
03:58Elle, elle prend la parole.
03:59Elle dit « Excusez-moi ».
04:00Elle pleure.
04:01« Il y a des gens qui sont venus chez moi.
04:03Mon mari est mort.
04:04Je suis Madame Alessandri.
04:05J'habite au 99 rue de Lagasqui. »
04:07Le pompier lui demande « Quelle commune ? »
04:09Elle dit « J'ai peur, monsieur.
04:10Il y a du sang partout. »
04:12Il lui demande « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
04:13Elle dit « Je ne sais pas.
04:14Je dormais.
04:14Il est mort.
04:15Je ne peux plus regarder mon mari. »
04:17Il lui redemande son nom.
04:19Et là, elle lui dit « Envoyez quelqu'un.
04:20J'en peux plus.
04:21J'ai peur.
04:21J'ai peur comme jamais de ma vie.
04:22J'ai eu peur.
04:23Je ne peux plus voir mon mari.
04:24J'ai trop souffert.
04:25J'ai peur. »
04:26Et la conversation se termine ainsi.
04:28L'opérateur lui dit « D'accord.
04:30On va vous envoyer quelqu'un. »
04:31C'est ce qui se passe.
04:32Ils arrivent quelques minutes plus tard.
04:33Ils notent d'ailleurs qu'au bout de cette allée qui mène au masque,
04:37il y a le fils aîné, Johan, qui leur fait des signes depuis la fenêtre,
04:40un petit peu pour leur signaler où ils se trouvent.
04:41C'est lui qui va ouvrir la porte, qui les fait monter au premier étage.
04:45Et là, les secouristes y découvrent Edwige sous le choc,
04:48qui est prostrée dans la salle de bain.
04:50Elle est encore couverte de sang.
04:53Les pompiers vont d'ailleurs lui proposer...
04:55Elle crie.
04:56Elle est vraiment dans un état de crise de nerfs absolue.
04:58Les pompiers vont d'ailleurs lui proposer de prendre une douche
05:01pour qu'elle essaie de se calmer.
05:02Ils pensent que ça peut lui faire du bien.
05:04Et pendant qu'elle prend cette douche,
05:06les pompiers, eux, s'approchent du corps de Richard.
05:08Le corps de Richard Alessandri, il est donc sur le lit conjugal ?
05:12Il est couché sur le dos.
05:15Alors, il baigne dans son sang.
05:16Il a perdu énormément de sang.
05:17Et tout de suite, les pompiers s'aperçoivent qu'il a reçu deux balles,
05:21deux projectiles.
05:22Une balle qui lui a traversé l'épaule
05:23et l'autre qui lui a quasiment emporté le visage.
05:27Il est mort.
05:28Il n'y a plus rien à faire.
05:29Il n'y a plus de gestes de réanimation à faire.
05:31Et donc, ce sont les gendarmes qui vont arriver assez vite après les pompiers
05:34qui, eux, vont geler ce qui est maintenant une scène de crime
05:37pour essayer de recueillir tous les éléments qu'ils peuvent recueillir.
05:40Les gendarmes interrogent Edwige Alessandri
05:42puisqu'elle est la seule témoin de ce meurtre.
05:45Comment est-ce qu'elle décrit exactement la scène à laquelle elle a assisté ?
05:49C'est évidemment un peu confus parce qu'on est dans une période
05:51qui est très proche de ce qui vient de se produire.
05:53Et on l'a dit, Edwige, elle est très choquée
05:55parce qu'elle a vu et entendu.
05:57Elle explique simplement qu'elle dormait,
05:59qu'elle a été réveillée par ce coup de feu,
06:01qu'elle a entendu ce cambrioleur dire
06:02« Merde, il faut qu'on parte ».
06:05Voilà.
06:05Et qu'elle se dit que c'est des personnes qui ont fait intrusion dans la chambre.
06:10Elle valide donc une première hypothèse
06:11qui serait celle d'un cambriolage nocturne,
06:13d'une agression nocturne à domicile qui aurait mal tourné.
06:17Les heures qui suivent l'appel d'Edwige Alessandri aux pompiers,
06:20les enquêteurs de la brigade de recherche de la gendarmerie de Carpentras
06:23ne disposent pas de grand-chose.
06:25Ils ont le témoignage de la mère de famille,
06:28ceux des deux enfants,
06:29et c'est à peu près tout.
06:31Les premières constatations balistiques
06:33semblent indiquer que le directeur du magasin
06:35a été tué par un seul coup de fusil.
06:37Une arme de chasse ou un fusil à canoncier
06:40que les gendarmes vont évidemment tenter de retrouver.
06:43En faisant le tour de la maison,
06:45avec Edwige Alessandri,
06:46les enquêteurs constatent que la baie coulissante de la cuisine est ouverte.
06:50Elle était justement déjà un peu cassée.
06:52Edwige est convaincue que c'est par là que les cambrioleurs sont entrés.
06:56Il n'y a donc pas de traces d'effraction.
06:58Avec son fils aîné Johan,
07:00elle montre aux gendarmes toutes les traces que les intrus ont laissées selon eux.
07:03Quelques traces de terre notamment,
07:05dont un peu dans le lit conjugal,
07:07et des pots de géraniums posés devant la baie vitrée
07:10qui ont été déplacés jusqu'au pied du mur de la terrasse.
07:13Par contre, on ne relève aucune empreinte de pas
07:16et aucun ADN extérieur.
07:18À ce stade, cela ne veut pas dire grand-chose
07:21et le magistrat chargé de l'enquête n'exclut aucune hypothèse.
07:24Dans la chambre parentale,
07:26les enquêteurs retrouvent un préservatif usagé
07:28et une douille de calibre 12.
07:30Mais dans la maison, dans le jardin
07:32ou dans les champs alentours,
07:34pas de traces de l'arme du crime.
07:36Comme le veut la procédure dans ce genre de cas,
07:38l'enquête s'oriente vers les proches du couple.
07:41La famille, les relations amicales,
07:43les relations professionnelles
07:44sont passées au crible.
07:46On cherche à savoir si quelqu'un n'avait pas une raison d'en vouloir
07:49à Richard Alessandri.
07:51Très vite,
07:52la possibilité d'une tentative d'enlèvement
07:54est sur la table.
07:55Peut-être que les agresseurs
07:57avaient prévu une prise d'otage du patron de l'intermarché
08:00afin de lui faire ouvrir le coffre du magasin
08:02situé à seulement 2 km du masque de Lagasqui.
08:05Mais cette hypothèse est vite mise à mal.
08:08Car sur les portes du magasin,
08:10des affichettes indiquent de manière très visible
08:12et très claire
08:13que la grande surface est équipée
08:14d'une surveillance vidéo sophistiquée,
08:16y compris au-dessus du coffre.
08:19Une semaine après le meurtre,
08:20le lundi 24 juillet,
08:22le parquet ouvre une information judiciaire
08:24pour homicide volontaire.
08:37Damien, finalement,
08:38à ce stade,
08:39l'élément qui permet d'avoir le plus d'indications
08:41sur ce qui a pu se passer,
08:43c'est l'arme avec laquelle Richard Alessandri a été tué.
08:46Alors, ce choix de l'arme,
08:47il écarte a priori la thèse
08:49d'un règlement de compte classique
08:50dans lequel on a plutôt l'habitude
08:52d'utiliser des armes de poing,
08:54des revolvers ou des pistolets.
08:56Ça accrédite effectivement plus celle
08:57d'un cambriolage,
08:59d'une séquestration à domicile,
09:00dans lequel souvent sont utilisées
09:02des armes plus longues
09:03et, par exemple,
09:04des armes de chasse
09:05comme celle qui a apparemment
09:06été utilisée ce soir-là.
09:08Alors, on peut faire des scénarios.
09:10On imagine que les cambrioleurs
09:11ont voulu réveiller Richard Alessandri
09:14ou, en tout cas,
09:15le menacer avec le canon de cette arme
09:16pour qu'il les conduise peut-être
09:17au coffre du supermarché,
09:19soit pour qu'il leur livre
09:20les codes confidentiels
09:21de ses cartes de crédit,
09:22comme ça arrive dans ces cas-là,
09:23et qu'ils ont pu laisser partir
09:25un coup de feu accidentel
09:26en secouant la victime
09:28avec le canon du fusil.
09:29Il faut se rappeler quand même
09:30qu'on est en pleine nuit,
09:30on est dans l'obscurité.
09:31Donc, voilà,
09:32ce genre de manipulations
09:33peuvent être envisageables.
09:35La deuxième possibilité,
09:36c'est qu'il y a un peu de panique
09:37chez ces agresseurs,
09:38chez ces cambrioleurs
09:39et que le coup, effectivement,
09:40part tout seul
09:40en appuyant sur la gâchette.
09:41Mais pour corroborer tout ça,
09:43il faudrait déjà commencer
09:44par retrouver l'arme.
09:45Il y a une subtilité.
09:47Les enquêteurs établissent
09:49que, contrairement à ce qu'ils croyaient
09:50au départ,
09:51le coup de fusil a été tiré
09:53à bout touchant
09:54et non pas à bout portant.
09:56Alors, bout touchant,
09:57c'est une expression, finalement,
09:58assez claire.
09:59Ça signifie vraiment
10:00que le canon de l'arme
10:01est en contact direct
10:03avec le corps de la victime
10:04au moment du coup de feu.
10:06Bout portant,
10:07ça implique une distance
10:08qui reste très proche
10:09de la victime
10:10mais qui est un peu plus importante.
10:12Les experts,
10:12ils arrivent facilement
10:13à déterminer ces distances-là
10:15parce qu'un tir à bout touchant
10:16comme celui
10:17qui a été fait sur M. Alessandri,
10:19ça laisse toujours
10:20des traces de brûlure
10:21sur la peau
10:22au niveau des blessures.
10:24Officiellement,
10:24l'enquête n'avance pas
10:26jusqu'à un coup de théâtre
10:27fin novembre 2000,
10:29quatre mois après le crime.
10:30Nous sommes le 28 novembre précisément,
10:33il est 6h30 du matin
10:34et les gendarmes frappent
10:36à la porte du masque
10:37de la gasquille.
10:38C'est Edwige Alessandri
10:39qui leur ouvre la porte
10:40et immédiatement,
10:41elle va leur demander
10:41« ça y est,
10:42vous avez trouvé l'assassin »
10:44et un enquêteur lui répond
10:45« oui, c'est vous ».
10:50Vous venez d'écouter
10:51le premier épisode
10:52de Crime Story,
10:53l'étrange meurtre
10:54de Richard Alessandri.
10:56Suite et fin de ce podcast
10:57dans le deuxième épisode,
10:59déjà disponible
10:59sur leparisien.fr
11:01et sur toutes les plateformes d'écoute.
11:03Crime Story
11:03est le podcast
11:04fait divers du Parisien.
11:20Sous-titrage Société Radio-Canada
11:44Sous-titrage Société Radio-Canada
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