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Un “Grenelle” consacré à la lutte contre les violences conjugales va s’ouvrir la semaine prochaine à Paris. Depuis quelques mois, la société et le gouvernement semblent vouloir lutter contre ce phénomène de société. Et le mot féminicide s’est imposé dans les médias pour décrire les meurtres de femmes par leur conjoint ou leur ex-conjoint. Nous avions parlé des féminicides le 4 juillet dans un précédent épisode de Code source. Et nous avons voulu y revenir aujourd’hui avec le témoignage de Laura. Elle a subi des violences conjugales pendant 5 ans… Un jour, son ancien compagnon a essayé de la tuer. Clawdia Prolongeau l’a rencontrée. Si vous êtes victime de violences conjugales, vous pouvez appeler le 3919. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Jeanne Boezec et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Benoît Gillon et Adel Ittel - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian.
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NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Un grenelle consacré à la lutte contre les violences conjugales va s'ouvrir la semaine prochaine à Paris.
00:17Depuis quelques mois, la société, le gouvernement, semble prendre conscience que ce fléau ne devrait pas être une fatalité.
00:24Et le mot féminicide s'est imposé dans les médias pour décrire les meurtres de femmes par leur conjoint ou
00:30leur ex-conjoint.
00:31Ces drames à répétition, nous en avions parlé le 4 juillet dans un précédent épisode de CodeSource.
00:35Et nous voulons y revenir aujourd'hui avec un témoignage, celui de Laura.
00:40Elle a subi des violences conjugales pendant 5 ans.
00:42Un jour, son ancien compagnon a essayé de la tuer.
00:45Claudia Prolongeot l'a rencontrée.
00:47Il m'a dit je vais te tuer, calmement.
00:49Puis là, il m'a frappé, il m'a pris ma tête, il a frappé sur le mur, je suis
00:52tombée par terre.
00:53Et là, je me suis dit je vais mourir.
00:58Pendant plusieurs jours, j'ai contacté des associations d'aide aux femmes battues.
01:05Bonjour Virginie, c'est Claudia.
01:07Je voulais savoir si je pouvais en rencontrer une et qu'elle me raconte ce qu'elle avait vécu.
01:12On m'a répondu que des femmes prêtes à témoigner, il n'y en avait pas beaucoup.
01:15La présidente d'une association m'a même précisé qu'elle leur déconseillerait de le faire.
01:20Que ces femmes restaient en danger, que même avec un nouveau nom, une perruque et une adresse à l'autre
01:25bout de la France,
01:26les hommes qui les avaient maltraités étaient capables de les retrouver.
01:30C'est finalement sur Twitter que j'ai trouvé ce que je cherchais.
01:33Des femmes qui, face à l'inertie de la police ou de la justice,
01:37se sont dit que c'était peut-être les réseaux sociaux qui les protégeraient le mieux.
01:41C'est comme ça que je suis rentrée en contact avec Laura,
01:44une femme brune aux grands yeux verts qui vit en Ile-de-France avec sa fille de 4 ans.
01:48Leur appartement est bien entretenu, lumineux et le salon envahi par les jouets.
01:53Je m'appelle Laura, j'ai 31 ans et j'ai été victime de violences conjugales pendant 5 ans
02:00et d'une tentative d'assassinat en avril 2018 par mon conjoint qui est également le père de ma fille.
02:10Je l'ai rencontrée en février 2013.
02:14Je venais d'être diplômée d'une école de commerce et je commençais dans le monde du travail.
02:19Donc c'est comme ça que je l'ai rencontrée sur le lieu de travail.
02:22C'est lui qui m'a formée et en fait il y a eu un coup de foudre.
02:27Un coup de foudre quand je l'ai eu, on s'est mis rapidement ensemble.
02:32Pour moi c'était le prince charmant.
02:34Il était parfait.
02:36Tout de suite on a emménagé ensemble.
02:39Je ne pouvais plus me passer de lui.
02:42Et les premiers mois c'était idyllique.
02:44On faisait des week-ends à Deauville.
02:47On sortait quasiment tous les soirs.
02:49Enfin c'était vraiment le rêve bleu.
02:53Donc les 4-5 premiers mois, tout se passait bien.
02:57Après j'ai commencé à avoir des petits comportements chez lui qui étaient un petit peu bizarres.
03:02C'est vrai qu'il buvait beaucoup d'alcool.
03:04Il n'était plus lui-même quand il buvait de l'alcool.
03:07Ouais c'était à ça je crois au bout de 5 mois.
03:09Il avait commencé une fois il était rentré ivre-mort chez moi.
03:11Il m'avait bousculé, il avait cassé des objets, la lampe, la table de chevet.
03:15Il était très énervé.
03:17Il m'avait bousculé violemment.
03:19Donc ça m'avait un peu choquée.
03:21Mais le lendemain il y avait des excuses.
03:23Je me suis dit c'est la faute de l'alcool.
03:25Il n'était pas bien.
03:27Puis il m'avait raconté aussi son enfance difficile.
03:29Donc je me suis dit bon c'est un petit peu normal que parfois il soit un peu dans l
03:32'excès niveau alcool.
03:33Parce qu'il doit avoir des problèmes psychologiques.
03:35Puis après ça devenait un petit peu plus récurrent.
03:41Parfois aussi il y avait eu les insultes qui étaient sans raison.
03:46Il était très jaloux, très possessif.
03:48Enfin même quand j'étais avec mes copines, des femmes.
03:52Il m'isolait un petit peu de tout le monde.
03:54Je ne pouvais pas faire tout ce que je voulais.
03:58Vous le rassuriez ?
03:59Ah bah oui moi je disais qu'il ne se passait rien.
04:01Enfin il pouvait regarder mon téléphone portable.
04:03Enfin moi je n'avais pas de code sur mon téléphone.
04:05Il pouvait tout regarder.
04:06Je le rassurais.
04:07Mais c'était de la jalousie.
04:09Très jaloux, très possessif.
04:12On est parti en vacances.
04:14Alors que c'était un petit peu tendu avant de partir.
04:16Et là c'était des vacances idylliques.
04:19Il m'a fait une demande de fiançailles.
04:22C'était le rêve.
04:23Deux mois après, là ça s'est dégradé.
04:26J'ai eu un changement de comportement.
04:28Donc il a commencé à être de plus en plus violent.
04:30J'avais eu de plus en plus de coups.
04:33Puis il trouvait toujours des excuses.
04:34C'est ta faute.
04:35On a des problèmes d'argent.
04:37Tu ne ramènes pas assez.
04:40Il avait changé de travail.
04:42Donc du coup ça n'allait pas.
04:44Oui, il pensait à son père qui était décédé il y a dix ans.
04:47Enfin il y avait toujours des excuses.
04:49Et je culpabilisais.
04:51Et à chaque fois je pardonnais.
04:54Parce que je l'aimais.
04:58Au printemps 2014, il m'a frappée.
05:02C'est les voisins qui ont appelé la police.
05:03Lui il est parti.
05:05Les policiers m'ont suggéré de quitter ce monsieur.
05:08Voilà, ils ont pris ma carte d'identité, la sienne et s'en est restée là.
05:13Donc je m'étais confiée à quelques-uns de mes amis qui me disaient de le quitter.
05:17Mais j'avais peur.
05:18J'avais peur.
05:19Je ne savais pas quoi faire.
05:20J'étais perdue.
05:22Et puis il y avait la violence psychologique où il m'humuliait beaucoup.
05:25Il me rabaissait.
05:26Donc j'avais cette impression aussi d'être plus rien.
05:31Et jusqu'au jour où c'est en septembre 2014.
05:33Où un matin pareil, il y a eu une engueulade.
05:35Et il m'a mis deux gifles tellement fortes.
05:37Je suis tombée par terre.
05:39Et là je me suis dit j'en peux plus, je vais partir.
05:41Du coup j'ai réussi à le quitter.
05:43Donc j'ai mon amie qui m'a hébergée pendant trois mois.
05:45C'est très paradoxal.
05:47J'étais malheureuse.
05:47Je ne mettais pas le mot violence conjugale sur tout ce qui se passait.
05:53Je savais qu'il me frappait, qu'il m'humiliait, que ce n'était pas normal.
05:56Mais j'aimais encore cet homme.
05:57D'ailleurs quand j'ai annoncé que je quittais, il a pleuré.
06:02Il m'a dit que voilà encore une fois il avait tout gâché.
06:05Que c'était de sa faute.
06:06Qu'il comprenait que je partais.
06:08Juste avant Noël, donc trois, quatre mois après, il est revenu me voir.
06:11Il a fait la grande déclaration d'amour.
06:13Comme quoi j'étais la femme de sa vie, qu'il était désolé pour son comportement, qu'il ne me
06:17toucherait plus.
06:19Voilà, qu'il avait compris la leçon, qu'il voulait que ça marche cette fois.
06:22Il savait qu'il avait un problème dans son comportement.
06:25Donc moi je l'aimais encore et du coup je suis retournée avec lui.
06:30Donc les premiers mois, pareil, c'était idyllique.
06:33Je suis tombée enceinte.
06:35Il avait l'air d'être heureux.
06:37Il était, enfin son visage était radieux.
06:41Donc je me suis dit bon, tout se passe bien.
06:44On est même partis en vacances à Bali.
06:48C'était idyllique, c'était merveilleux.
06:50Et après quand on est rentrée, je crois au bout de cinq mois de grossesse, il m'a retapée dessus
06:57alors que j'étais enceinte.
07:00De se faire frapper alors qu'on est enceinte, c'est très difficile.
07:05Parce que vous n'avez plus peur pour vous, vous avez peur pour l'enfant que vous portez.
07:11Et puis en plus je disais à tout le monde que tout se passait bien, qu'il avait changé.
07:14Mes amis me disaient bon, allez on peut tous changer si tu le dis, mais fais attention.
07:18Donc en fait je me suis enfermée dans une sorte de bulle et j'ai tout gardé pour moi, dans
07:25une sorte de déni.
07:26Et après quand j'ai accouché, la violence elle est encore montée d'un cran.
07:37Il y a eu une autre intervention de la police en mars 2017.
07:41Et les policiers sont arrivés, ils m'ont dit vous venez tout de suite au commissariat.
07:45Et en fait je ne savais pas, j'avais mal, je souffrais, j'avais honte, j'avais peur aussi.
07:53Je n'ai pas déposé plainte et je suis retournée chez moi.
07:56Le lendemain j'étais au travail, on m'a fait des réflexions.
07:59Donc moi j'ai dit que j'étais tombée et après je me suis replongée dans mon travail.
08:03Il y a eu encore la troisième intervention de police en novembre 2017 à notre domicile dans les Hauts-de
08:08-Seine.
08:08Donc là pareil, cette nuit-là il rentre de soirée, ivre mort.
08:13J'ai appelé mes parents pour qu'ils viennent, mais j'ai pas eu le temps de composer le numéro
08:16qui m'a repris mon téléphone.
08:18Là il est parti chercher son club de golf et il me dit je vais te tuer.
08:22Et j'avais ma fille qui hurlait dans les bras et là je me suis mis à genoux et je
08:25l'ai supplié de ne pas me mettre un coup de club de golf.
08:28Et là il s'est mis à rigoler, j'ai dû le supplier à genoux avec ma fille de ne
08:33pas me frapper, son club de golf collé à ma joue.
08:37C'était horrible et là il m'a dit tiens je me demande si je vais tuer ta mère ou
08:42ton père.
08:43Et je savais que mes parents avaient des clés de l'appartement qui risquaient de rentrer sans sonner, sans frapper.
08:48Je savais pas s'il allait mettre à exécution et mettre un coup de club de golf à mon père
08:53ou à ma mère.
08:54Donc c'était psychologiquement, vous avez votre enfant, vos parents qui arrivent.
09:00Enfin il y a les personnes que vous aimez le plus dans ce monde mais vous pouvez rien faire.
09:06Alors finalement mes parents sont rentrés, ce qu'ils savaient pas c'est qu'ils avaient appelé la police entre
09:11temps.
09:12Alors là il a changé de comportement finalement.
09:14Il a dit oui c'est votre fille comme d'habitude, elle est hystérique, je lui ai rien fait, elle
09:19a crié un peu trop fort.
09:20Et il y a la police qui est arrivée après.
09:21Et là j'ai eu un déclic, je leur ai demandé si je porte plainte, il aura quoi ?
09:28Il m'a dit que c'est de la maltraitance mais c'est pas des gros coups de poing, c
09:31'est pas un coup de couteau, c'est pas des étranglements.
09:33Donc il aura pas grand chose.
09:35Voilà, c'est le problème c'est que la justice fera pas grand chose avec ça.
09:38Les menaces de mort, vu que c'était en privé, ça va être votre parole contre la sienne.
09:45Donc on pourra dire que vous mentez.
09:47Donc en gros tant que je serai pas rouée de coups partout, la justice fera rien.
09:50Donc j'ai pas déposé plainte, je me suis dit si je dépose plainte, ça va encore augmenter sa violence
09:55et pour moi il y avait un risque qui passe à l'acte.
09:57Et jusqu'à où il y a cette nuit là, où il a essayé de me tuer dans la nuit
10:03du 16 au 17 avril 2018 à notre domicile devant notre fille.
10:13Je l'avais rejoint à une soirée dans un bar, donc il avait bu beaucoup d'alcool.
10:18Moi je suis rentrée avant lui parce que j'avais ma fille de deux ans et demi qui était fatiguée.
10:23Donc c'était normal que je rentre, il était plus de 22 heures.
10:27Donc c'est parti en engueulade, je me suis levée, il m'a bousculée, je lui ai demandé de quitter
10:31le domicile et il a pas voulu.
10:33Je me suis dit bon ça sert à rien, je vais aller dormir dans l'île de ma fille.
10:35Je me suis allongée et puis là il est arrivé et puis il m'a dit je vais te tuer.
10:38Puis il m'a saisie et puis il m'a étranglée à plusieurs reprises.
10:41Donc là ma fille ça l'a réveillée, je le suffoquée, je l'ai suppliée d'arrêter mais il avait
10:47plus d'autres propos.
10:48Le regard était noir, il était déterminé.
10:51Et là quand j'ai réussi à le faire tomber et à me dire il faut que je sorte de
10:55cet appartement parce que je vais mourir.
10:57Quand je suis arrivé devant la porte d'entrée, il avait fermé la porte à clé, j'avais pu mes
11:01clés sur la porte.
11:02Je me suis dit je vais sauter par la fenêtre mais trop tard il est revenu dans le couloir et
11:06puis il m'a dit je vais te tuer calmement.
11:08Puis là il m'a frappé, il m'a pris ma tête, il a frappé sur le mur, je suis
11:11tombé par terre et là je me suis dit je vais mourir.
11:13Et là il y a les voisins qui ont frappé à la porte et ça a stoppé le processus.
11:20Les voisins étaient déjà en contact avec la police et qu'elle a mis un peu de temps à arriver.
11:26Alors lui s'est enfui entre temps avant que la police arrive.
11:30Bon ils l'ont rattrapé rapidement, une demi-heure après, ça a été je crois assez rapide.
11:34Donc après j'ai la police qui est venue, les pompiers, les voisins ont pris mon téléphone, ils ont appelé
11:38mes parents.
11:39Moi je suis partie à l'hôpital et après quand je suis sortie de l'hôpital j'ai déposé plainte
11:43contre lui.
11:44C'était la première fois que je déposais plainte.
11:47Donc lui il a été arrêté, il a fait ses 48 heures de garde à vue, il a été déféré
11:52à Nanterre et il a été mis en détention provisoire pour tentative de meurtre.
11:59En quelques semaines, Laura déménage et change de département.
12:04Alors qu'elle tente de reprendre le dessus, elle apprend le 14 février 2019 que son ex-compagnon vient d
12:10'être libéré.
12:11Donc lui il avait un contrôle judiciaire, interdiction de rentrer en contact avec moi, avec notre fille, en dehors de
12:17visites médiatisées.
12:18Il était censé séjourner dans le Loiret, dans sa résidence secondaire, pas en Ile-de-France.
12:25Obligation de pointer une fois par semaine au commissariat, obligation de soins.
12:28Mais en fait, tous ces contrôles, ces bidons, c'est pas vérifié.
12:32Déjà la résidence secondaire, j'avais déjà dit qu'il était en région parisienne, puisque cette maison, en fait c
12:37'est une vieille bâtisse, elle est pas habitable.
12:38Y'a pas d'électricité, y'a pas de courant, j'y étais déjà allée, je la connais.
12:42L'avocate, elle m'a dit, fallait des preuves.
12:44Voilà, notre parole suffisait pas aux celles de nos proches.
12:47Donc j'ai même engagé un détective privé qui a fait un rapport comme quoi il vivait pas là-bas,
12:51que la maison elle était pas habitable.
12:53Ça a été envoyé à l'âge d'instruction, qui n'a jamais répondu à ce rapport.
12:56J'avais même appelé la greffière, qui m'avait envoyé balader.
12:59Moi je me suis retrouvée nez à nez avec lui le dimanche de Pâques, devant chez mes parents.
13:04Donc heureusement que mon père, pour une fois, m'avait raccompagnée à ma voiture.
13:07Donc il s'est arrêté en face de mon voiture, j'ai hurlé, il s'est enfui.
13:11Je vais au commissariat, je peux déposer que mon incourante le dimanche, pas de brigade spécialisée, on me dit de
13:16revenir le mardi.
13:17Moi c'était un enfer, je dis à ma mère de ne pas sortir de chez elle, parce qu'en
13:21plus il a l'adresse de mes parents, il a le code de mes parents.
13:23Donc c'était horrible, je me suis dit, il doit savoir où j'habite.
13:27Je vois les jours qui passent, il se passe rien, cet homme n'est pas arrêté, et la juge d
13:32'instruction ne répond toujours pas à mon avocate.
13:35Et du coup j'étais désespérée, donc je me suis dit, je vais lancer des petites bouteilles de SOS sur
13:41Twitter.
13:41Du coup j'ai lancé mes petites bouteilles de SOS le 14 mai, sans en avertir mon avocate.
13:47C'était mon dernier cri d'appel, ma dernière solution pour ne pas mourir.
13:52Et je ne m'attendais pas à un tel élan de solidarité, quand j'ai vu même les premières minutes,
13:57tous ces tweets, ces retweets,
13:59et puis tous ces messages de la société civile, ça n'arrêtait pas, ça n'arrêtait pas.
14:04Vous pouvez nous montrer votre compte Twitter ? Vous l'avez créé spécialement pour ça, du coup vous n'en
14:09aviez pas avant.
14:10Non, je n'en avais pas avant, je ne savais pas comment ça marchait.
14:16Alors, ça c'est le message.
14:19Alors j'ai marqué Alette, Tweed a déroulé, j'ai mis une photo de moi, des marques de strangulation.
14:25Donc j'ai mis, rescapé d'une tentative d'assassinat, arrêté et placé en détention provisoire depuis avril 2018.
14:32Mon tortionnaire a fait plusieurs demandes de mise en liberté qui ont toutes été refusées.
14:36Mais contre toute attente, il a été libéré le jour de la Saint-Valentin.
14:39Je vis dans la terreur, je ne sais pas si je vais mourir demain.
14:42Je suis une victime, je ne veux pas rallonger la longue liste des féminicides 2019.
14:46La justice sourde me livre en pâture à cet homme, aidez-moi.
14:49Ça a été retweeté ?
14:52Ça s'est retweeté 13 500 fois.
14:575 000 j'aime.
14:58Il a été vu plus de presque 1,4 million de vues.
15:04D'accord.
15:05Et donc en fait, vous avez fini par obtenir grâce à ce tweet ce que vous attendiez en fait ?
15:09Grâce à ce tweet, tous les médias m'ont contacté.
15:11Donc ils ont vu, enfin là c'était une urgence absolue.
15:14Du coup, une semaine après, le mardi 21 mai, il a été convoqué à Nanterre sous ordre du procureur.
15:23Il a été remis en détention provisoire.
15:25Et donc là aujourd'hui, il est toujours en détention ?
15:27Il est toujours en détention.
15:29Et la juge d'instruction, fidèle à elle-même, a requalifié les faits de tentative d'assassinat en violence aggravée.
15:34Donc mon avocate, elle a fait appel de la décision.
15:37Et serait-ce qu'il est rare, le procureur a fait appel de la décision en disant que son verdict,
15:40il n'était pas conforme à la réalité.
15:43Et du coup, là on vient d'apprendre il y a quelques jours que les magistrats de Versailles demandent le
15:47renvoi devant une cour d'assises pour tentative d'assassinat.
15:55Depuis mon appel sur Twitter, les témoignages, ça arrive de partout.
16:00Donc aujourd'hui, la classe politique doit nous entendre, doit entendre les victimes.
16:04Ça, c'est vraiment important.
16:06Il y a justement, il y a le grenelle sur les violences conjugales qui est prévu pour le 3 septembre
16:11prochain.
16:12Vous pensez que vous pouvez attendre quelque chose de ça ? Qu'est-ce qui peut se passer selon vous
16:15?
16:15On peut noter que ce grenelle, c'est historique. Il n'y en a jamais eu dans notre pays.
16:20On peut dire ça en positif.
16:23Après, oui, j'attends quand même beaucoup de ce grenelle.
16:26J'espère que ce ne sera pas une énième campagne de communication.
16:29Je trouve ça un peu dommage. Je ne comprends pas pourquoi des victimes n'ont pas déjà été convoquées par
16:34le cabinet de Mme Belloubet, Marlène Schiappa, même par le président de la République.
16:39Pourquoi on n'a pas mis en place une cellule d'urgence pour sauver celles qui sont encore vivantes ?
16:43On voit que ça n'arrête pas.
16:44Et vous pensez que ça, ça peut changer dans les mois qui viennent ?
16:46Il se passe quand même quelque chose. Je sens qu'on voit qu'il y a quand même une prise
16:49de conscience.
16:50Si aujourd'hui, je me dis que ça ne change pas, s'ils ne prennent pas les mesures, là, je
16:53pense que la situation, elle est dramatique quand même.
16:56On arrive à un point de non-retour parce que ce qu'il faut aussi être honnête, c'est que
17:00si aujourd'hui, le gouvernement décide de prendre des mesures, ça va prendre du temps.
17:05Je pense qu'on est la justice aussi à la bout de souffle.
17:07Donc, il faudrait embaucher des greffiers, embaucher des juges.
17:10Donc, je pense que le coût, il y a un coût financier, un budget qui est extrêmement important.
17:15Il faudrait créer des foyers pour les hommes violents.
17:17Il faut des unités psychiatriques pour soigner ces criminels.
17:20Donc, le budget, il est colossal. Il faut de l'argent.
17:29Claudia, son ancien conjoint ne va donc pas être jugé en correctionnel pour des violences, mais bien aux assises pour
17:35une tentative de meurtre.
17:36C'est bien ça ?
17:37Oui, c'est exactement ça.
17:38Ce n'était pas gagné puisque, comme Laura l'expliquait, la juge d'instruction avait dans un premier temps qualifié
17:43les faits de violences aggravées.
17:45Là, c'est requalifié en tentative de meurtre sur conjoint.
17:48Ça veut dire que, sans doute, la condamnation va être plus lourde.
17:51Et surtout, ça veut aussi dire pour elle qu'on la reconnaît comme une victime d'une tentative de meurtre
17:55et pas juste une victime de violences.
17:57Donc, c'est aussi très important pour elle.
17:59Est-ce qu'il y a d'autres cas où les réseaux sociaux ont aidé des femmes victimes à se
18:02protéger ?
18:02Il y en a quelques-uns, sans doute pas beaucoup, parce que la plupart des femmes qui ont été battues,
18:07elles continuent à se cacher de leur ex-compagnon.
18:09Mais il y en a une que j'ai eue au téléphone.
18:11Elle s'appelle Fanny.
18:11Elle, elle a carrément fait plusieurs centaines de kilomètres.
18:14Elle a déménagé vraiment très loin pour pouvoir échapper à son compagnon.
18:18Il continuait de lui écrire, de lui laisser des messages où il l'insultait, où il lui disait qu'il
18:23allait la retrouver et qu'il allait la tuer.
18:25Elle, elle avait dénoncé ça sur Twitter.
18:27Il y a eu ensuite plusieurs reportages qui ont été faits sur elle.
18:29Il y a même eu un sujet de journal télévisé.
18:32Et donc, elle constate depuis que son ex a arrêté de lui téléphoner.
18:35Ça veut évidemment sans doute pas dire qu'elle n'est plus en danger.
18:38Et d'ailleurs, elle pense qu'elle l'est toujours, mais ça veut quand même dire que ça a eu
18:41un impact sur lui.
18:42Est-ce que les associations sont optimistes avant ce Grenelle consacré à la lutte contre les violences conjugales qui va
18:47débuter la semaine prochaine ?
18:48Globalement, non, elles ne le sont pas.
18:51Ce Grenelle, il a été décidé comme ça en juillet après une énième manifestation pour dénoncer les féminicides.
18:57Pourtant, on savait déjà qu'il y en avait eu beaucoup depuis le début de l'année.
19:00Donc, elles ont quand même généralement l'impression que c'est un peu un coup de com'.
19:03Alors après, ça va quand même être piloté par Edouard Philippe.
19:06Ça va se passer à Matignon, mais les associations ne sont quand même pas très optimistes parce qu'il n
19:10'y a vraiment aucune certitude qu'à la fin de ça, il y ait de réelles mesures qui sortent.
19:13Merci Claudia Prolongeau et merci à Laura et Fanny qui ont accepté de témoigner.
19:26Codesources et le podcast d'actualité du Parisien, production Jeanne Boézek et Clara Garnier-Amourou, réalisation Benoît Gilon et Adèle
19:34Itel.
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20:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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