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C’est un mouvement jeune, né il y a un an et demi, au Royaume Uni, et qui grandit très rapidement. En France, Extinction Rebellion a fait l’actualité début octobre. Ses militants ont occupé pendant plusieurs jours la place du Châtelet, à Paris, ce qui a provoqué des embouteillages importants. Code source a cherché à mieux connaître ce mouvement. La reporter Clawdia Prolongeau a écouté longuement l’un de ses activistes sur sa propre histoire, son vécu, son ressenti et ses espoirs. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Garnier-Amouroux et Stéphane Geneste - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : BFMTV, Extinction Rebellion France, YouTube: Lionel Simon.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'est un mouvement jeune, né il y a un an et demi au Royaume-Uni et qui grandit très
00:16rapidement.
00:17En France, Extinction Rebellion a fait l'actualité début octobre.
00:20Ses militants ont occupé pendant plusieurs jours la place du Châtelet à Paris,
00:24ce qui a provoqué des embouteillages importants.
00:28Codesource a cherché à mieux connaître ce mouvement.
00:31La reporter Claudia Prolongeau a écouté longuement l'un de ses activistes sur sa propre histoire,
00:37son vécu, son ressenti et ses espoirs.
00:48Je retrouve Antoine à Saint-Denis un jour férié dans le seul bar tabac qu'on a trouvé ouvert.
00:52C'est un jeune homme brun aux cheveux coupés très courts, il a lait très fin et porte une veste
00:56couleur bleue de travail.
00:59Moi j'ai grandi donc dans la Marne, à côté d'Épernay, dans un milieu du coup plutôt viticole et
01:04agricole.
01:06J'ai un frère et une soeur, ma mère était professeure des écoles et mon père a monté une entreprise
01:13de communication pour le champagne.
01:15Chez Extinction Rebellion, souvent abrégée en XR, il n'y a pas de porte-parole.
01:20Antoine est seulement un militant qui a bien voulu me parler de lui.
01:23Je suis arrivé à Paris après le bac pour faire des études de design.
01:27Et en fait j'ai commencé à m'intéresser, je venais d'un milieu plutôt conservateur,
01:33donc j'ai un peu évolué de ce côté-là aussi vers une culture, on va dire, plus de gauche.
01:38Et j'ai vu, je voyais en fait, cette espèce de culture politique m'a amené de plus en plus
01:43à une forme de me renseigner sur des problèmes sociaux, écologiques,
01:48mais de regarder ça toujours avec une forme de distance et une forme qui est devenue après presque une forme
01:52de cynisme.
01:53Il y avait quelque chose vraiment qui me rongeait en fait d'être spectateur de ça et de me sentir
01:58un peu impuissant par rapport à ça.
01:59Le 8 décembre 2018, pour la première fois, 130 000 citoyens marchent pour le climat dans 120 villes de France.
02:05Antoine est dans le cortège parisien, quand soudainement, le côté dramatique de la situation lui apparaît.
02:10En fait j'ai eu une impression très très bizarre de se dire qu'on pourrait en faire 300 comme
02:14celle-ci et qu'il ne se passerait rien,
02:16parce que tout le monde était là, mais on avait l'impression que les gens ne savaient pas vraiment pourquoi.
02:19Enfin moi j'avais cette impression-là, je voyais beaucoup de blagues sur les panneaux en carton, beaucoup de choses
02:24un peu drôles.
02:28J'avais l'impression que tout ça était complètement dépolitisé, comme si on était dans une posture où il suffisait
02:34de rappeler au bon sens
02:35nos dirigeants ou les gouvernements ou les pouvoirs économiques pour que tout ça change de soi-même, alors que ce
02:40n'est pas du tout le cas.
02:41Et ça ne représentait pas du tout ce pourquoi moi je m'engageais et ce pourquoi moi j'allais à
02:44cet endroit-là.
02:45Et en fait ce jour-là j'ai rencontré quelqu'un qui est devenu un ami et qui en fait
02:50m'a parlé d'XR.
02:51Donc j'y suis rentré un peu sans même trop savoir de quoi il s'agissait, justement pour exprimer ce
02:56besoin de radicalité.
02:57Intrigué par ce mouvement naissant, Antoine se renseigne et assez vite s'inscrit sur la base, le site d'Extinction
03:03Rébellion,
03:04qui permet aux membres de communiquer et d'organiser les actions en utilisant des outils cryptés.
03:08J'ai été en observation, mais en fait j'ai commencé à participer sur le forum au bout de 2
03:13-3 semaines, à participer aux discussions.
03:15Donc moi je me suis inscrit avec un pseudo, du coup peut-être je ne vais pas vous dire les
03:19deux, je ne vais pas vous dire et mon prénom et mon pseudo.
03:21On nous demande un pseudonyme en s'inscrivant, mais en fait comme n'importe quel site internet, parce qu'on
03:25ne peut pas mettre de nom de famille.
03:28Et donc je me suis inscrit et j'ai découvert en arrivant dans la réunion physique que le pseudo était
03:34en fait la façon dont on allait s'appeler en tant qu'activiste.
03:38Et en fait c'est quelque chose d'assez drôle, c'est devenu, du coup toutes les personnes que je
03:43côtoie au Saint-Dixère m'appellent pas mon pseudo.
03:45Et au fur et à mesure on commence à trouver sa place, l'endroit où on se sent le plus
03:49utile, ou même les personnes avec lesquelles on est le plus en affinité.
03:53Chacun vient aussi avec ses compétences, il y a des gens qui ont des compétences juridiques, il y a des
03:56gens qui ont des compétences, moi j'avais plutôt des compétences artistiques entre guillemets.
04:00Donc j'avais commencé par poser un peu cette question là au Saint-Dixère en faisant les premiers ateliers pour
04:07fabriquer des drapeaux, en utilisant justement ce pouvoir du signe là avec le rond dans le sablier, d'utiliser ce
04:13pouvoir visuel.
04:14La première chose concrète que j'ai faite pour aider le mouvement, c'était l'organisation de cet atelier de
04:19fabrication de drapeaux.
04:22Ça c'était quelque chose qui avait pas mal plu, et il y avait un activiste qui avait dit quelque
04:27chose qui m'avait marqué à la première réunion, c'est que tout le monde peut se sentir légitime d
04:30'agir.
04:30Il s'agit pas d'être pur, il s'agit pas d'être hyper expérimenté ou hyper formé.
04:35Je crois que tout le monde a sa légitimité et on essaye de garder ce cadre d'accueil pour que
04:40tout le monde puisse se mettre à l'action.
04:42Ça c'est propre aussi à notre organisation.
04:47Le 24 mars 2019, Antoine participe à la première action organisée par XR en France.
04:5360 activistes de 5 à 90 ans s'allongent par terre au muséum d'histoire naturelle de Paris pour attirer
04:59l'attention sur l'extinction des espèces.
05:01Aujourd'hui, rejoignez la déclaration de rébellion.
05:05Vous êtes invité à interrompre temporairement votre visite et à venir nous rejoindre.
05:13C'était une action symbolique qui était la première et qui cherchait en parallèle de la déclaration de rébellion à
05:20mettre en image justement cette idée d'effondrement du vivant.
05:24Donc on s'est introduit à une cinquantaine de personnes au sein du muséum d'histoire naturelle pour faire ce
05:30qu'on appelle un daïn,
05:30c'est-à-dire pour simuler la mort au milieu de ces animaux empaillés, pour appuyer ce discours en disant
05:35« Voilà, aujourd'hui, si on continue à agir de la sorte à l'échelle économique et politique, on fonce
05:42dans le mur et on finira à empailler dans un musée comme toutes les espèces qu'on peut voir ici.
05:47»
06:17On a eu beaucoup de soutien des gens qui étaient venus, notamment une femme qui est venue avec son enfant
06:22dans les bras en pleurant,
06:23qui disait « Moi je ne comprends pas pourquoi vous les empêchez de faire ça, je viens avec mes enfants
06:29ici »
06:30en ayant déjà les larmes aux yeux, en disant que ces espèces, ils ne les verront plus qu'à la
06:34télévision, ils ne les verront plus, c'est déjà du passé.
06:38Comme tous les membres d'Extinction Rébellion, Antoine se forme à la désobéissance civile en suivant des formations, souvent dispensées
06:45le soir.
06:45On y apprend notamment à faire le poids mort et à s'accrocher à ses camarades dans le but d
06:50'être plus difficile à déloger.
06:51« La désobéissance civile, ça ne vient pas de nulle part, ça a une histoire, donc les figures les plus
06:55connues, c'est Martin Luther King ou alors Gandhi,
06:59mais c'est des choses qui ont été beaucoup répétées, mais l'idée c'est d'agir en tant que
07:04citoyen, de désobéir sciemment à la loi sous le principe de...
07:09En fait, aujourd'hui, l'État rompt le contrat social puisqu'il ne protège plus ses citoyens à court terme
07:15et à long terme,
07:17notamment face à ces enjeux écologiques et climatiques.
07:20La désobéissance civile et l'action au sein d'Extinction Rébellion, elle s'appuie sur le constat d'un échec
07:25qui est celui des différentes mobilisations précédentes.
07:28On n'est pas du tout dans une posture en disant « notre solution, c'est celle-là et c
07:32'est la meilleure »,
07:32mais en tout cas, il y a plein de choses qui peuvent être faites, mais par exemple, on parle beaucoup
07:36des éco-gestes et tout,
07:37mais ça, il faut être très clair là-dessus, c'est pas du tout suffisant, c'est pas du tout
07:40quelque chose qui suffira
07:42si on veut changer les choses à l'échelle systémique.
07:45C'est le principe de la désobéissance civile et en fait, justement, vous avez tendance à prendre beaucoup plus au
07:50sérieux
07:50quelqu'un qui prend beaucoup plus de son temps, qui désobéit à la loi au service d'une cause
07:55plutôt que quelqu'un qui fait une marche pour le climat le samedi après-midi.
07:59On n'est pas simplement sur du discours théorique, quelque chose d'assez distant, c'est vraiment, c'est quelque
08:04chose qu'on vit au quotidien.
08:12Et ça, ça donne beaucoup plus de légitimité et beaucoup plus de pouvoir de sensibilisation en fait.
08:18On essaie d'occuper ce lieu pacifiquement, sans violence.
08:22On puisse quand même vivre dans un monde meilleur demain et je trouvais ça normal de venir à une action
08:27de rébellion comme ce que fait Extinction Rebellion.
08:29Le 28 juin, Extinction Rebellion bloque le pont de Sully à Paris. Une fois encore, Antoine est là.
08:35Je crois qu'on était autour de 400, 300, 400 activistes inscrits. On n'annonce pas les lieux à l
08:42'avance de ce type d'action,
08:43donc les gens se regroupent. Il y a des briefings qui se font en amont et on se regroupe par
08:48petits groupes pour avancer de façon assez discrète vers les lieux.
08:52Et pour mettre en place de manière très rapide un blocage de la circulation.
08:55Donc là, le blocage s'est fait sur le pont de Sully.
09:00Et en fait, ce qui s'est passé à ce moment-là, c'est qu'il y a une réaction
09:03très violente des forces de l'ordre qui a été assez rapide.
09:06En fait, des militants qui étaient assis au sol, qui étaient complètement inoffensifs, en fait, se sont fait violemment gazer
09:19par les forces de l'ordre.
09:22J'étais du coup plutôt sur la partie centrale, je n'étais pas là en tant que bloqueur.
09:27Et j'ai pu voir justement un peu de loin comment tout ça avait pu se passer. C'était assez
09:32impressionnant.
09:39La quantité de... Il y a eu des analyses qui ont été faites a posteriori.
09:42Les quantités de gaz qui ont été relâchées à cet endroit-là sont complètement...
09:45Dépasse complètement toutes les logiques et ce qui avait été vu, quoi.
09:50C'est-à-dire que c'est du gaz poivre qui avait été projeté directement sur le visage, très proche
09:54des militants.
09:56Alors que normalement, la réponse des forces de l'ordre, elle doit être proportionnelle à leur mise en danger.
09:59Donc là, il y avait un contraste saisissant, en fait, entre le fait que les membres d'Extinction Rebellion soient
10:05complètement inoffensifs pour les forces de l'ordre
10:08et la violence avec laquelle elles ont répondu, elles.
10:12« Dégage ! On bouge ! »
10:14« Arrêtez ! J'en ai bien l'ESPL ! »
10:16« Eh bien, bougez ! »
10:19En quelques heures, les images de ces manifestants gazés au sol font le tour des médias et du monde.
10:24Le parquet ordonne le jour même l'ouverture d'une enquête préliminaire pour violences volontaires par personnes dépositaires de l
10:30'autorité publique.
10:32Quinze jours après, Mediapart publie un extrait d'un compte-rendu rédigé par les policiers présents sur place.
10:37Il y est écrit que l'usage de gaz lacrymogènes y était tel que le commandant lui-même a fait
10:42un malaise
10:42et a dû être remplacé temporairement par un lieutenant.
10:46Paradoxalement, cette violence sert le mouvement.
10:50Je crois que stratégiquement, la désobéissance civile, c'est intéressant parce qu'on met les gouvernements face à leurs propres
10:55contradictions
10:56et face à leur violence aussi en agissant de cette manière-là.
11:00On les met face à des choix cornéliens en disant « là, on porte un message qui est légitime, qui
11:04est juste.
11:05Notre action, elle est légitime. La façon dont on agit est légitime. On le fait de manière non-violente.
11:10Et en fait, si vous nous délogez, vous allez perdre. On va gagner puisque cela va créer aussi beaucoup d
11:17'attention vis-à-vis de notre mouvement.
11:19Et en fait, vous allez détruire complètement votre communication de cette manière-là.
11:22Et si vous nous laissez sur place, nous allons gagner aussi parce qu'on va être en capacité de faire
11:28vivre nos messages,
11:29de toucher, de sensibiliser, de faire vivre nos revendications.
11:33Je vois la marge de progression énorme qui a eu lieu depuis le début du mouvement.
11:38Évidemment, c'est pareil, j'avais vu un message de quelqu'un sur la base récemment qui disait
11:42« je me souviens au mois de décembre où on était dix à coller des stickers pendant les marches pour
11:48le climat.
11:48Aujourd'hui, on est plus de 15 000 inscrits sur la base. »
11:51En fait, il y a une croissance du mouvement qui est absolument phénoménale.
11:55Je crois que le discours aussi médiatique et le ton médiatique sur ces questions a aussi fortement évolué.
12:01On est beaucoup moins dans un rapport d'espoir et de bonnes nouvelles par rapport à ce qui va se
12:07passer.
12:08Je crois que tout le monde comprend aujourd'hui à quel point la situation est grave et à quel point,
12:11d'une certaine manière,
12:12il est déjà très tard parce qu'on a perdu déjà beaucoup de choses.
12:15Il y a des choses qu'on a perdues qu'on ne pourra pas retrouver en termes de biodiversité, en
12:19termes d'équilibre climatique à plein d'endroits.
12:23Et donc, cette notion d'urgence, elle arrive, en fait.
12:27Et donc, il y a cette marge de progression qui, pour l'instant, se fait aussi en interne, en fait,
12:32parce qu'on est beaucoup plus nombreux, parce qu'on est plus « compétents », entre guillemets,
12:35qu'on arrive à développer des choses de plus en plus fortes.
12:38Je crois qu'après, des résultats du gouvernement, on n'en a pas eu pour l'instant, mais ça ne
12:42me paraît pas surprenant.
12:44Je crois qu'on est face à un pouvoir qui est très, très autoritaire sur ce point de vue-là
12:48et on n'est pas encore suffisamment fort, ou le rapport de force n'est pas encore suffisamment important entre
12:54ces deux points,
12:55mais je crois qu'on travaille activement à le construire et qu'on est sur la bonne voie.
12:58Dernière action en date, le 7 octobre.
13:01Des militants envahissent la place du Châtelet, y installent leur tente
13:04et organisent des distributions de nourriture récupérées.
13:07Cette fois-ci, ils restent en place cinq jours,
13:09pendant lesquels ils bloquent le plus gros point de circulation parisien
13:12et finissent par repartir de leur plein gré sans l'intervention des forces de l'ordre.
13:25Ne nous regardez pas, rejoignez-nous !
13:29Vous pensez rester bloqué ici combien de temps, là, comme ça, dans cette position ?
13:32Le temps qu'il faut, jusqu'à ce qu'on est franc et parmi nous.
13:36Jusqu'à ce qu'il y ait des gens responsables qui fassent leur boulot.
13:39On voulait faire vivre nos revendications à destination du public et des individus.
13:44Je crois que c'était vraiment important de le dire, cette idée de soustraire un espace à la circulation
13:50pour en faire un espace, justement, de sensibilisation, de formation et de vie du message d'urgence écologique et climatique,
13:58qui soit aussi un espace de rencontre.
13:59Et donc, on a travaillé au blocage de cette place,
14:04qui est un nœud central de circulation dans Paris.
14:09Et donc, sous la forme de six points de blocage, on a verrouillé chacun des axes principaux
14:14pour faire une sorte d'espace libéré, en fait, et de petit village dans lequel on s'est installé pour
14:19plusieurs jours.
14:20On est resté cinq jours sur la place du Châtelet à vivre, à faire vivre le lieu, à rencontrer des
14:26gens.
14:26Je crois qu'il y avait des gens discutés encore hier.
14:28Il y a plein de gens de milieux très différents qui se sont côtoyés,
14:33avec lesquels il y a eu des débuts de rencontres, des militants écolos,
14:37des gens issus du milieu de la nuit, queers, des gilets jaunes, des autonomistes anarchistes.
14:44Et en fait, le fait que toutes ces personnes, avec des bagages politiques et culturels très différents,
14:49soient sur le même endroit pour discuter d'un sujet commun, c'était assez fort, en fait.
14:55Et en fait, ça nous a aussi... Je pense que Extinction Rebellion s'est aussi fait dépasser en bien,
15:01enfin, aussi par ça, quoi, c'est-à-dire que, en fait, le lieu a commencé à vivre aussi
15:04par plein d'autres personnes qui n'étaient pas des militants issus d'XR.
15:08On en a marre des paroles, on en a marre des discours creux, voilà, et il faut agir,
15:13il faut agir et il faut trouver une solution, parce qu'en 2050, ce sera trop tard, voilà.
15:18Même émotionnellement, je crois que le fait de rentrer dans XR m'a aussi complètement transformé,
15:22c'est-à-dire que, ce que je disais tout à l'heure sur le fatalisme et sur le cynisme,
15:26là, j'y vois, je me sens beaucoup mieux, il y a des questions d'espoir qui arrivent,
15:30parce que j'ai l'impression qu'on est en train de monter quelque chose qui nous dépasse,
15:34et c'est absolument hyper satisfaisant, mais plus que ça, en fait.
15:40C'est assez fort, quoi.
15:41Je crois que, justement, avant, une des réponses que je pouvais apporter, c'était de dire
15:45« je ne vois pas l'intérêt, en fait, d'avoir des enfants pour les faire grandir dans un monde
15:48comme celui-ci. »
15:50Et en fait, en y réfléchissant, je trouve que c'est un formidable aveu d'échec personnel et collectif
15:55de raisonner de cette manière-là, en disant « là, on est en train d'être dans la négation de
16:00la vie elle-même,
16:01en se disant que c'est plus facile de négliger la vie humaine,
16:06plutôt que de changer nos façons de vivre et nos organisations. »
16:11C'est ce que je trouve, en fait, qui est absolument scandaleux quand on y réfléchit cinq minutes, quoi.
16:16Donc, moi, je me posais cette question en disant « peut-être que je ne devrais pas avoir d'enfant.
16:20»
16:20Je crois que la question, elle n'est plus là.
16:22Aujourd'hui, j'ai envie d'avoir des enfants, et j'ai envie d'avoir des enfants dans un monde
16:26que je participe à construire dès aujourd'hui, quoi.
16:33Claudia, ce mouvement grandit très vite ?
16:36Oui, on l'a dit, c'est un mouvement très jeune.
16:38Il a été fondé au Royaume-Uni en mai 2018, avant d'être lancé officiellement,
16:42notamment en France, au mois d'octobre.
16:44Et quand Antoine s'est inscrit, il me disait qu'il n'était que quelques dizaines.
16:49Aujourd'hui, XR regrouperait 8 000 activistes en France,
16:52et plus de 100 000 répartis dans 70 pays dans le monde.
16:55Et il y a une particularité avec ces militants, c'est que pour beaucoup d'entre eux,
16:58ils n'étaient pas habitués à manifester.
17:00Tout à fait. La plupart sont même des primo-manifestants.
17:03Antoine le disait, il n'était pas particulièrement engagé avant.
17:06Il a même grandi dans un milieu plutôt conservateur et assez classique.
17:09Et c'est finalement ce sentiment qu'il y a urgence à agir qui l'a fait basculer,
17:13jusqu'à un engagement très fort, puisqu'on l'a vu,
17:16aujourd'hui, il veut même que son métier de graphiste soit mis au moins en partie au service de cette
17:20cause-là.
17:21Merci Claudia Prolongeau.
17:28Codesource est le podcast d'actualité du Parisien,
17:31production Clara Garnier-Amourou et Stéphane Jeuneste,
17:35réalisation Julien Moncouquiol.
17:38Si vous aimez Codesource, n'hésitez pas à en parler sur les réseaux sociaux.
17:42Nous sommes disponibles sur leparisien.fr,
17:44toutes les applications de podcast, mais aussi Deezer et Spotify.
17:47Et vous pouvez nous écrire codesource at leparisien.fr.