- il y a 12 heures
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Le directeur général du constructeur a été contraint de démissionner début décembre. Retour sur la chute d’un homme fort de l'automobile. Cet épisode de Code source est raconté par Sébastien Lernould, chef du service économie du Parisien, et Victor Tassel journaliste au sein de ce service.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : France 5, INA, RTL, France 24, CNBC, France Info.
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🗞
NewsTranscription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le patron du quatrième constructeur automobile mondial mis à la porte de son propre empire.
00:17Le 1er décembre dernier, Carlos Tavares, le directeur général de Stellantis,
00:22a démissionné de ses fonctions sous la pression de son conseil d'administration
00:26en raison de son management de plus en plus contesté
00:29et alors que le groupe a vu ses ventes chuter en quelques mois.
00:33Cet ingénieur portugais de 66 ans passé chez Renault et qui a fait ses études en France
00:39s'était fait un nom en redressant un groupe aux abois au milieu des années 2010,
00:44le français PSA avec des marques comme Peugeot et Citroën.
00:48Cet épisode de CodeSource est raconté par deux journalistes du service économie du Parisien,
00:53Victor Tassel et Sébastien Lernou, le chef de ce service.
01:04C'est donc une sortie de route définitive pour le patron du groupe automobile Stellantis.
01:09Carlos Tavares démissionne, annonce faite hier lors d'un conseil d'administration.
01:17Victor Tassel, le lundi de décembre, moins de 24 heures après la démission du directeur général de Stellantis,
01:23Carlos Tavares, cette annonce sème la panique à la Bourse de Paris.
01:27Dès l'ouverture, l'action de Stellantis chute lourdement, elle passe de 12,45€ à 11,20€ à peu près,
01:35elle perd 7% dès l'ouverture de la Bourse.
01:37Sébastien Lernou, le jour même, les syndicats français du groupe réagissent dans le Parisien à ce départ brutal.
01:43Ils se montrent inquiets ?
01:44Oui, ils se montrent inquiets parce qu'évidemment, ils ont des inquiétudes sur l'emploi.
01:48Stellantis en France, c'est 5 usines, c'est 17 sites, 45 000 emplois
01:52et le marché de l'automobile ne se porte pas bien en ce moment.
01:56Les syndicats avaient obtenu une garantie quelques jours auparavant de Tavares
02:00de maintenir l'emploi en France et d'assurer pour les années à venir la production des sites.
02:05Et du coup, avec l'éviction de Carlos Tavares, il se pose la question,
02:08est-ce que ces engagements vont être maintenus ?
02:12Alors on va voir pourquoi Carlos Tavares a été poussé aussi brutalement à la démission.
02:17Lui qui était, il y a encore un an, considéré comme intouchable.
02:20Mais d'abord, on va voir comment il s'est imposé comme l'un des hommes les plus puissants de
02:24l'industrie automobile.
02:25On a choisi de commencer cet épisode en 2014, cette année-là.
02:29Le 1er avril, Carlos Tavares, 55 ans, prend la tête du groupe PSA
02:34qui regroupe les constructeurs français Peugeot et Citroën.
02:38Qu'est-ce qu'on sait de lui et de son parcours à ce moment-là, Victor Tassel ?
02:42Alors c'est un portugais, sa mère est notamment prof de français.
02:45Il va étudier au lycée français de Lisbonne et il va poursuivre ses études en France dès 18 ans
02:50avant d'intégrer une école d'ingénieurs centrale.
02:53Il débute dans les années 80 chez Renault.
02:55Il va notamment designer la Mégane 2.
02:58Et puis ensuite, il va avoir une succession de postes à responsabilité chez différents constructeurs,
03:02notamment chez Nissan, jusqu'à devenir en 2011, directeur délégué des opérations de Renault,
03:08autrement dit le numéro 2 de Carlos Ghosn.
03:10Et qui va quitter Renault en août 2013,
03:13puisqu'il n'a pas la perspective de devenir le numéro 1 à jour à la place de Carlos Ghosn.
03:18Donc il va quitter l'entreprise.
03:19Il avait provoqué, souvenez-vous, la colère de Carlos Ghosn en affichant publiquement ses ambitions.
03:24Les aspirations de Carlos Tavares se réalisent.
03:27L'ancien numéro 2 de Renault rejoint la tête de PSA,
03:31portrait de ce passionné d'automobile, Camille Boudin.
03:35Carlos Tavares, 55 ans.
03:38Allure sportive, petites lunettes et un amour dévorant pour les voitures de course,
03:42voilà le futur patron de PSA.
03:46En 2014, quand il prend la tête du constructeur PSA, le groupe est au bord de la faillite.
03:51Tout va très mal depuis des années et Carlos Tavares est un peu appelé à la rescousse pour sauver le
03:57groupe.
03:57L'État français va monter au capital avec une entreprise chinoise pour sauver PSA.
04:02Et la mission de Carlos Tavares à ce moment-là, c'est de redresser rapidement le fleuron automobile français.
04:08Sébastien Lernoux, quelle est sa méthode donc pour relancer l'entreprise ?
04:11Carlos Tavares, quand il arrive chez PSA, il veut inculquer tout de suite la culture de la performance.
04:16C'est son obsession.
04:17Il faut absolument que PSA, Peugeot, Citroën redevienne rentable, ce que le groupe n'était plus depuis des années.
04:23Première chose qu'il va faire, c'est qu'il va tailler dans les coûts.
04:26Il va revoir le dimensionnement des usines.
04:27Il va renégocier tous les contrats avec les fournisseurs.
04:31Il va mettre une pression d'enfer sur ses équipes pour absolument remonter les marges.
04:36Par ailleurs, il va faire le ménage dans les modèles.
04:39Il y en avait pas loin de 45.
04:40Il va diviser le nombre par deux.
04:43Puis en plus, il va essayer de monter en gamme également pour pouvoir redimensionner.
04:46Les voitures vendues par Peugeot et Citroën sur une gamme plus premium, donc qu'on peut vendre plus cher.
04:52Et il développe auprès de ses équipes un management qu'on dit très dur, sans état d'âme, pour tendre
04:57vers une rentabilité maximale.
04:59Alors, il le dit lui-même, c'est un psychopathe de la performance.
05:02Donc, ça en dit long sur le personnage.
05:03Donc, effectivement, il met une pression d'enfer sur toutes les équipes, de l'ouvrier de base dans les usines
05:09jusqu'au top management.
05:10Il n'hésite pas à évincer les dirigeants principaux du groupe s'ils n'atteignent pas leurs objectifs.
05:17Il n'a aucun état d'âme.
05:18Et est-ce que cette méthode porte ses fruits ?
05:20En tout cas, dans les chiffres, oui.
05:21Il arrive à baisser de environ 700 euros le coût de fabrication d'une voiture.
05:26Donc, évidemment, ça a permis rapidement d'améliorer la marge.
05:29Et d'ailleurs, 12 mois après, PSA a retrouvé des résultats positifs.
05:34Dès 2015, Victor Tassel, tandis que PSA sabre dans ses dépenses et que ses résultats s'améliorent,
05:40Carlos Tavares s'octroie une généreuse rémunération.
05:42Oui, PSA retrouve les bénéfices très rapidement.
05:45Ils vont réaliser 1,2 milliard d'euros de bénéfices, alors qu'ils perdaient 500 millions d'euros l'année
05:50d'avant.
05:50C'est un retournement exceptionnel.
05:52Et Carlos Tavares va toucher 5 millions d'euros de salaire.
05:55Il double son salaire par rapport à l'année précédente.
05:58Et ça va fortement agacer l'État français, qui était monté au capital de PSA pour sauver le groupe.
06:03Et Emmanuel Macron, ministre de l'économie à l'époque, s'en émeut dans une interview aux Parisiens.
06:08Et il appelle Carlos Tavares à montrer l'exemple.
06:11En 2017, le groupe PSA s'agrandit et rachète deux marques détenues par le géant américain General Motors,
06:17le constructeur allemand Opel et le britannique Vauxhall.
06:20C'est quoi la stratégie de Carlos Tavares à ce moment-là ?
06:24Alors effectivement, il y a deux marques.
06:26La principale, c'est Opel, le constructeur allemand.
06:28Alors, ce n'est pas la première fois qu'on parlait d'une fusion entre PSA et Opel.
06:31Il y avait déjà eu un projet au début des années 2010, mais PSA était dans une situation tellement catastrophique
06:37que le projet n'avait pas été amené à bien.
06:39Là, l'idée, effectivement, c'était de refusionner.
06:41Pourquoi ? Parce que c'était une question de taille, en fait.
06:43C'est qu'on avait des constructeurs qui n'étaient pas assez forts face à d'autres concurrents beaucoup plus
06:48importants qu'eux.
06:49Et donc, voilà, l'union fait la force.
06:51Ces deux entités franco-allemandes se sont regroupées.
06:54Pour PSA, l'intérêt, c'était notamment d'aller pénétrer des marchés dans lesquels il était assez peu présent.
06:58L'Europe du Nord, notamment.
07:00Et deux ans plus tard, PSA fusionne avec le groupe automobile Fiat Chrysler.
07:04Le mariage des deux sociétés donne naissance à Stellantis en 2021.
07:08Le patron de Fiat Chrysler, John Elkan, devient le président du groupe.
07:12Et Carlos Tavares, le directeur général.
07:15Stellantis devient alors un géant de l'automobile, très présent en France, en Italie et aux Etats-Unis,
07:20avec une quinzaine de marques.
07:21Est-ce que vous pouvez nous en citer quelques-unes ?
07:24Alors, ce sont des marques historiques françaises.
07:26On l'a dit, Peugeot, Citroën, DS.
07:28Des marques historiques italiennes.
07:31Fiat, évidemment, mais Maserati, Lancia, Alfa Romeo.
07:34Des marques américaines, Chrysler, Jeep.
07:37Et ça a été aussi le tour de force de Carlos Tavares.
07:39C'est de réussir à unifier trois cultures vraiment très différentes.
07:44Culture italienne, française, américaine.
07:46Qui n'avait pas du tout la même manière d'aborder le marché de l'automobile.
07:49À ce moment-là, au moment où il devient Stellantis, le groupe doit affronter la pandémie de Covid-19.
07:54Comment ça se passe ?
07:55Alors, effectivement, c'était pas évident.
07:57Parce que c'est pile le moment où le monde est à l'arrêt.
07:59Les usines ne fonctionnent plus.
08:01Et paradoxalement, les chiffres de vente sont bons.
08:05Stellantis tient le choc.
08:07Stellantis, comme le reste de l'industrie automobile, en revanche, a été confronté à la pénurie des semi-conducteurs.
08:12C'est ces petites pièces qu'on retrouve dans toutes les automobiles qui servent, par exemple, de manière automatique à
08:19monter ou baisser les visites.
08:19Enfin, voilà.
08:20Et en fait, il y avait une vraie pénurie de la production asiatique.
08:23Et donc, il a fallu quand même changer de manière de faire.
08:26Peut-être en enlever un peu.
08:27Et pour le coup, Stellantis a été assez habile et a réussi à vendre malgré cette pénurie.
08:31Sébastien Lernou, le secteur de l'automobile sort de la crise du Covid-19 avec devant lui de nombreux défis
08:37à surmonter.
08:38Expliquez-nous ça.
08:38Alors, le défi majeur à ce moment-là, c'est le défi électrique.
08:43En plus, on arrive au moment où l'Union européenne décide d'interdire la vente des véhicules thermiques.
08:49Donc, c'est les véhicules moteurs, essence et diesel en 2035.
08:53Et donc, ça veut dire que c'est une course contre la monde pour les constructeurs européens
08:56qui sont vraiment en retard par rapport aux constructeurs asiatiques et américains
09:00qui ont quasiment 10 ans d'avance sur la technologie de la batterie électrique.
09:03Et donc, c'est vraiment ça.
09:05C'est d'un coup, il faut, et notamment Stellantis, en fait, changer complètement de paradigme,
09:10changer de modèle de fabrication pour aller à fond vers l'électrique.
09:13Et Carlos Tavares, à la tête de cet immense groupe, continue de chasser les coups ?
09:17Oui, il va continuer dans son obsession de la performance, comme au tout début chez PSA.
09:22Il va tout revoir, encore une fois, tous les process industriels.
09:25Il va souhaiter que toutes les productions se réalisent dans des pays à bas coût,
09:28que ce soit Brésil, Maroc, Turquie.
09:31Il va même demander aux salariés de faire des efforts.
09:34À la direction, il va surveiller les notes de frais.
09:37C'est dans toutes les strates de l'entreprise.
09:39Il va chercher à baisser les coûts pour maximiser la marge.
09:43Sébastien Lernou, comment ça se passe avec ses collaborateurs ?
09:45Difficilement, il n'hésite pas à évancer ses top dirigeants s'il le faut.
09:50Il centralise tout également, tout passe par lui.
09:52C'est vraiment très pyramidal.
09:54Cette chasse aux coûts perpétuelle fatigue les équipes.
09:57Ça fatigue aussi les fournisseurs, qui sont sans cesse obligés de baisser leurs prix.
10:02Ça fatigue également les gouvernements,
10:03parce qu'à chaque fois, Stellantis fait un peu de chantage à l'emploi
10:07et demande des aides aussi pour maintenir les sites de production.
10:10À partir de 2022, en Italie, la leader d'extrême droite, Giorgia Meloni,
10:14prend la tête du gouvernement.
10:15Et la relation se détériore entre Stellantis,
10:19qui possède la marque italienne phare Fiat,
10:21et le pouvoir italien.
10:22Parce qu'en fait, Giorgia Meloni estime que
10:25Carlos Tavares privilégie la France au détriment de l'Italie.
10:29L'industrie automobile italienne est dans une mauvaise passe.
10:32Elle a perdu 25% de ses effectifs en 10 ans.
10:36Et donc voilà, elle est persuadée que
10:37Tavares maintient l'emploi en France au détriment de l'emploi italien.
10:41Et elle dit, à juste titre, c'est qu'au conseil d'administration de Stellantis,
10:46il y a un représentant de l'État français,
10:48mais en revanche, il n'y a pas de représentant de l'État italien.
10:50La même année, Victor Tassel, Carlos Tavares s'attribue une rémunération record.
10:55Oui, son salaire atteint 19,2 millions d'euros.
10:58Alors évidemment, il est lié aussi au très bon résultat de Stellantis,
11:01qui va réaliser cette année-là 16,8 milliards d'euros de bénéfices nets,
11:05en hausse de 26% par rapport à l'année précédente.
11:08Pour autant, Emmanuel Macron, le président de la République lui-même,
11:11va trouver la rémunération de Carlos Tavares choquante.
11:14Est-ce que le chiffre vous choque ?
11:15Évidemment, je pense qu'on est tous dans la même situation.
11:17Soit on se dit, pourquoi pas moi ?
11:19Soit on se dit, c'est inadmissible.
11:20Et c'est choquant, c'est excessif.
11:23Pour rappel, il avait déjà rappelé à l'Ordre en 2016,
11:26lorsqu'il avait eu une rémunération de 100 millions d'euros chez PSA.
11:32Et pourtant, quand vous le rencontrez pour des interviews,
11:35Sébastien Lernou, Carlos Tavares a l'air d'avoir un style de vie
11:38plutôt sobre au regard de sa fortune.
11:40C'est vrai que quand on le rencontre, on dirait un peu monsieur tout le monde.
11:44Il a des costumes qui ne sont pas particulièrement bien taillés.
11:48Il porte des lunettes bon marché,
11:51des chaussures de moyenne gamme.
11:53Enfin voilà, on ne se dit pas, on a en face de nous un grand patron.
11:57Et il joue un peu le personnage.
12:00Effectivement, je suis un grand patron, mais j'ai aussi une vie à côté.
12:03Un jour, on l'avait interviewé, on avait fait une interview croisée
12:05avec lui et Lucas Demeo, le patron de Renault.
12:08Et à la fin de l'interview, au moment où on discute un peu en débrief,
12:12il arrête tout de suite en disant, excusez-moi, je vous laisse,
12:14mais j'ai l'anniversaire de mariage à fêter avec ma femme.
12:17L'année suivante, l'année 2023, s'achève sur des résultats excellents pour le constructeur.
12:22Cette année-là, le groupe enregistre des bénéfices records de 18,6 milliards d'euros
12:27en hausse de 11% par rapport à l'année précédente.
12:30Et son point mort, c'est-à-dire le moment où l'entreprise devient rentable,
12:33est extrêmement bas.
12:35Et Carlos Tavares dit lui-même que l'entreprise peut vendre 30% de véhicules en moins
12:39l'année suivante, qu'ils seront toujours rentables.
12:42Même la marge du groupe est exceptionnelle, elle atteint 14%.
12:45C'est du jamais vu dans l'automobile grand public.
12:49Normalement, ces taux de marge-là, ce sont plutôt Porsche, Ferrari qui les font.
12:53Mais quelques mois plus tard, à l'été 2024, Sébastien Lernou,
12:56les résultats de Stellantis pour le premier semestre de l'année sont tout à coup très alarmants.
13:01En fait, c'est là qu'on se rend compte que la machine Tavares commence à se gripper.
13:06C'est en Amérique du Nord, le marché de l'Amérique du Nord qui est le plus rentable
13:08pour le groupe Stellantis, on s'est rendu compte qu'il commençait à y avoir un problème,
13:12c'est que les voitures se vendent de moins en moins,
13:15elles s'accumulent sur les parkings.
13:16Et en fait, c'est la stratégie de Tavares qui commence à être mise en question.
13:20Ils chassaient les coûts, mais également ils maintenaient des prix élevés.
13:24On appelle ça le pricing power, c'est-à-dire que l'entreprise impose ses prix au client
13:28et quel que soit ce prix-là, le client l'achète.
13:30Mais en Amérique du Nord, à ce moment-là, on a commencé à s'apercevoir
13:33qu'il y avait un retournement de tendance.
13:34C'est que les clients n'acceptaient plus de suivre les prix de Stellantis,
13:38d'autant que la qualité des modèles ne suivait pas particulièrement.
13:42Et du coup, les clients américains se sont détournés vers les concurrents du groupe Stellantis.
13:47Et le marché de l'Amérique du Nord, qui était le plus rentable, a commencé à s'écrouler.
13:50Les problèmes n'arrivent jamais seuls.
13:52En Europe et en France particulièrement,
13:54Carlos Tavares doit gérer le problème des airbags Takata défectueux
13:59qui ont équipé bon nombre de ces véhicules.
14:02PSA Stellantis n'était pas responsable,
14:03car c'était vraiment un fournisseur japonais d'airbags qui était responsable.
14:08Mais en tout cas, ça a nuit en France et en Europe à l'image de Stellantis.
14:15Victor Tassel, au mois d'octobre,
14:17le conseil d'administration de Stellantis émet un avertissement sur résultats.
14:21Qu'est-ce que ça veut dire ?
14:22Ça veut dire que les résultats seront moins bons que prévus.
14:25Stellantis annonce que sa marge va être comprise entre 5,5 et 7%,
14:29alors qu'il l'avait prévue à 10%
14:31et que l'année d'avant, elle était aux alentours de 13%.
14:35Immédiatement, l'action va perdre de la valeur à la Bourse de Paris
14:37et va continuer sa chute.
14:39En l'espace de 6 mois, elle va perdre quasiment 40% de sa valeur.
14:42Mais à ce moment-là, le conseil d'administration a toujours confiance en Carlos Tavares ?
14:46Oui, tous les membres le soutiennent unanimement.
14:49Pour autant, Carlos Tavares doit partir à la retraite un an plus tard,
14:52le 1er janvier 2026,
14:54et le conseil d'administration prévient qu'il commence à chercher
14:57un successeur à Carlos Tavares en vue de sa retraite.
15:00Victor Tassel, on en vient au dimanche 1er décembre.
15:03Dans la soirée, le groupe Stellantis publie
15:05« Incommuniqué, surprise, que discommuniqué ? »
15:09Et bien que le conseil d'administration vient d'accepter la démission de Carlos Tavares,
15:13démission surprise auxquelles personne ne s'attendait,
15:15le communiqué explique que cette décision a été prise pour divergence de vue,
15:19sans plus de précision.
15:21Et cette annonce, elle surprend ?
15:22Bien qu'on savait que la situation chez Stellantis se dégradait,
15:25que Carlos Tavares n'était plus forcément en odeur de sainteté,
15:28rien ne laissait à penser qu'il pouvait partir aussi brutalement,
15:32et tout le monde pensait qu'il allait aller jusqu'à la fin de son mandat,
15:35et donc jusqu'à sa retraite au 1er janvier 2026.
15:38Sébastien Lernou, en coulisses, qu'est-ce qui est reproché à Carlos Tavares ?
15:42Qu'est-ce qui a accéléré son départ ?
15:43Ce qu'on reproche à Carlos Tavares, déjà, c'est d'avoir un peu tardé à réagir sur les problèmes
15:47en Amérique du Nord,
15:49qui est un peu la conséquence aussi de ses relations en interne.
15:52C'est que Carlos Tavares faisait tellement peur à ses équipes,
15:55qu'en fait, les problèmes ne remontaient plus,
15:57tellement les gens avaient peur d'être virés du jour au lendemain.
16:00Et effectivement, il a tardé à réagir sur les problèmes en Amérique du Nord,
16:03il a tardé à baisser les prix pour écouler les stocks,
16:06et derrière, il a voulu garder, malgré ses problèmes,
16:10des objectifs de performance très importants,
16:13au point même d'effrayer le groupe,
16:15qui se disait, pour des résultats de court terme,
16:18Carlos Tavares était prêt à hypothéquer Stellantis sur le long terme.
16:28Est-ce qu'on sait comment Carlos Tavares a réagi à son éviction ?
16:31Alors, je ne suis pas dans le secret des dieux,
16:33mais c'est sûr que Carlos Tavares est quelqu'un avec un orgueil assez important,
16:39et il est certain qu'il aurait préféré choisir sa fin,
16:43et la date de sa fin, plutôt qu'elle lui soit imposée.
16:46C'est la chute d'un des hommes forts de l'industrie automobile.
16:49Il était à un niveau de chef d'État, quasiment,
16:53à parler d'égal à égal avec les différents présidents.
16:57Donc c'est sûr, maintenant, comme il le dit lui-même,
16:59il va retourner au Portugal, s'occuper de ses vignes et de ses oliviers.
17:05Sébastien Lernoux, Stellantis, doit désormais trouver un successeur,
17:09et la tâche ne s'annonce pas simple.
17:11On cherche un peu un mouton à cinq pattes, un spécialiste de l'automobile,
17:14quelqu'un aussi qui est capable de relever le défi de l'électrique également.
17:18Et puis il faut aussi, effectivement, trouver quelqu'un qui va revoir l'organisation des Stellantis,
17:22qui a vraiment été mise en place autour de Carlos Tavares.
17:27On l'a dit, c'était une organisation hyper centralisée.
17:30Alors il y a plusieurs noms en interne qui circulent.
17:34Il y a un Français, Maxime Picca, qui est aujourd'hui le responsable des achats du groupe.
17:38Il y a un nom qui revient, c'est Luca Maestri, un Americano-Italien, directeur financier d'Apple,
17:45qui a travaillé chez General Motors par le passé.
17:47Donc lui, il a un profil intéressant parce qu'il est dans les nouvelles technologies chez Apple,
17:51mais en même temps il connaît bien l'industrie d'automobile.
17:53Alors pour l'instant, son nom circule.
17:55Stellantis ne dit rien, mais on verra bien.
18:08Merci à Sébastien Lernou et Victor Tassel.
18:10Cet épisode de Codesource a été produit par Clara Garnier-Amourou et Raphaël Pueyo.
18:16Réalisation Julien Moncouquiole.
18:18Si vous aimez ce podcast, parlez-en autour de vous.
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18:24ou bien sur la chaîne YouTube du Parisien.
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18:29Ne ratez pas non plus notre podcast Crime Story.
18:32Chaque samedi, la journaliste Claudia Prolongeau raconte une nouvelle affaire criminelle
18:36avec le chef du service police-justice du Parisien, Damien Delceni.