- il y a 9 heures
Depuis le premier juillet, 2018, sur la plupart des routes secondaires en France, la vitesse maximale a été abaissée de 90 à 80 km/h. Les Gilets Jaunes ont demandé l’abandon de cette mesure... Et au printemps, Edouard Philippe a promis d’autoriser les départements à faire marche arrière. Mais cela s’annonce tellement compliqué que beaucoup de conseils départementaux décident aujourd’hui de rester finalement aux 80 km/h. Histoire d’une mesure qui s’impose à l’usure, avec deux journalistes des services société et politique du Parisien. Aymeric Renou et Nathalie Schuck. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Garnier-Amouroux et Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : France Info, RTL, RMC, BFM TV, gouvernement.fr.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:15Depuis le 1er juillet 2018, sur la plupart des routes secondaires en France,
00:19la vitesse maximale a été abaissée de 90 à 80 km heure.
00:23Les Gilets jaunes ont demandé l'abandon de cette mesure
00:26et au printemps, Edouard Philippe a promis d'autoriser les départements à faire marche arrière.
00:31Mais cela s'annonce tellement compliqué que beaucoup de conseils départementaux
00:35décident aujourd'hui finalement de rester aux 80 km heure.
00:39Histoire d'une mesure qui s'impose à l'usure,
00:42avec deux journalistes des services société et politique du Parisien,
00:45Emmerick Renou et Nathalie Chuc.
00:53Le 9 janvier 2018 à Matignon, Edouard Philippe annonce 18 mesures
00:58à la sortie d'un comité interministériel de la sécurité routière
01:01et la mesure phare, c'est l'abaissement de la vitesse de 90 à 80 km heure
01:07sur une grande partie des nationales et des départementales.
01:09Pour préparer ce comité interministériel de la sécurité routière,
01:15je vais regarder la liste des accidents récents sur la route.
01:18On est début janvier 2018, ça patine un petit peu au niveau des chiffres,
01:21les radars automatiques font leur travail, mais ils ont atteint un peu un palier.
01:25Chaque année, 3500 personnes meurent dans un accident de la route.
01:323500 personnes qui meurent dans un accident de la route,
01:34c'est l'équivalent d'une ville comme Cabourg ou Forge-les-Eaux
01:40qui serait rayée de la carte en une année.
01:43Le comité interministériel de sécurité routière est là justement
01:45pour apporter de nouvelles idées et pour passer un nouveau cap
01:48contre l'insécurité routière.
01:51Et donc la mesure phare, c'est les 80 km heure sur une grande partie
01:54des routes secondaires, d'où lui vient cette idée ?
01:57Cette idée, elle n'est pas neuve.
01:58Elle provient des experts du Conseil national de sécurité routière.
02:02Ils ont ça dans leur baluchon depuis des années.
02:03Ils pensent que cette mesure-là peut faire encore plus
02:07baisser le nombre de morts sur les routes.
02:09Ça fait des années qu'ils la proposent.
02:11Elle n'est pas retenue parce qu'il y avait d'autres priorités
02:13à une autre époque.
02:14L'alcool, la vitesse évidemment, mais qui a été réglée
02:17plus ou moins avec les radars.
02:19Donc elle ressurgit à ce moment-là.
02:23Nathalie Chuc, pourquoi Edouard Philippe décide
02:25de prendre ce sujet à bras-le-corps à ce moment-là ?
02:27Edouard Philippe, c'est un élu local.
02:29Il a été maire, c'est quelqu'un qui a quand même
02:31les deux pieds bien plantés dans la glaise.
02:32Donc il sait ce que c'est qu'une famille
02:35qui va perdre, un des siens.
02:36Il sait ce que c'est qu'une route secondaire,
02:38son séparateur central.
02:39Il considère qu'il a une responsabilité
02:41au regard de l'histoire et au regard
02:43de la population française.
02:44C'est pour ça qu'il le fait.
02:45D'ailleurs, il le dit lui-même,
02:47il le verbalise, il dit
02:48« Moi plus tard, je pourrais me regarder dans la glace ».
02:49Il est aiguillonné aussi beaucoup
02:51par les associations de victimes
02:53d'accidents de la route.
02:54Et il se dit qu'il faut réagir,
02:56il faut faire quelque chose.
02:57Baisser la vitesse sur les routes nationales
02:59et départementales de 10 km heure,
03:01les experts lui disent
03:02« Ça permettrait de pouvoir sauver 400 vies par an ».
03:06Pour le dire de façon peut-être un peu spéciale,
03:08l'objectif, ça n'est pas d'emmerder le monde.
03:09L'objectif, c'est de faire en sorte
03:10qu'il y ait moins de morts
03:11et moins de blessés graves.
03:13Chacun en France a été confronté un jour
03:16à ces drames.
03:16Il fixe un calendrier à ce moment-là ?
03:18Il veut aller vite.
03:20Il veut que cette mesure soit mise en œuvre
03:22dans les 6 mois,
03:23à partir du 1er juillet 2018.
03:25Quelques mois auparavant, à Paris,
03:27sur le périphérique,
03:27on est passé de 80 à 70.
03:29Ça n'a pas créé de grands bouleversements,
03:31il n'y a pas eu de révolte.
03:33Donc il s'est dit que ça peut être facile à faire.
03:35Ça ne va pas se passer tout à fait
03:36de la manière dont il l'imaginait.
03:38En tout cas, dans un premier temps,
03:39il réussit à imposer cette mesure ?
03:40Il l'impose.
03:41Il dit « Voilà, c'est une décision personnelle,
03:44il la prend vraiment à bras-le-corps,
03:45il dit « Je suis fier de cette mesure »,
03:47il va le dire après,
03:48il va continuer à le dire.
03:49Il est, je pense, intimement persuadé
03:51que cette mesure va faire avancer
03:54la sécurité routière.
03:55Il prend vite la décision,
03:56mais en fait, dans l'intitulé
03:58« Comment il présente les choses »,
03:59ça commence déjà à briller.
04:00C'est-à-dire que ce n'est pas si simple, en fait.
04:03Pourquoi ?
04:04Dans le texte, on parle de routes nationales
04:06et départementales, à double sens,
04:09sans séparateur central.
04:10Ça commence à brouiller le message.
04:12C'est-à-dire que ce n'est pas les routes nationales
04:14et départementales, tout simplement ?
04:15Non, c'est beaucoup plus compliqué que ça.
04:17Alors justement, quelles sont les routes
04:18qui sont concernées par cette mesure ?
04:19Alors voilà, ce sont les routes nationales
04:21et départementales, à double sens,
04:23celles où les véhicules se croisent.
04:25Il y en a beaucoup,
04:26où il y a un séparateur central.
04:28Il y en a beaucoup qui sont des nationales
04:29et des départementales,
04:30mais qui sont à quatre voies.
04:31Il y en a d'autres qui sont à trois voies,
04:33avec une voie centrale pour permettre le dépassement.
04:36Ils pensent que ça va être simple,
04:37mais en fait, c'est reçu un petit peu
04:38de manière compliquée par le grand public.
04:40Ils disent, alors attendez,
04:40ce n'est pas toutes les routes,
04:41c'est quelles routes exactement ?
04:43Et la dénomination un peu administrative de la chose,
04:46route nationale à double sens,
04:48sans séparateur central,
04:50déjà on est perdu.
04:51Le ministre de l'Intérieur de l'époque,
04:53Gérard Collomb,
04:54est interrogé sur cette fameuse mesure
04:56des 80 km heure
04:57qui est devenue très rapidement
04:58très impopulaire.
04:59Et il répond,
05:00Joker !
05:01Et Matignon est sidéré
05:03parce que c'est un défaut de solidarité
05:04de la part d'un membre éminent du gouvernement.
05:07À ce moment-là,
05:08qui n'est pas solidaire avec Édouard Philippe ?
05:10Est-ce que ça va jusqu'à Emmanuel Macron ?
05:12Plusieurs membres du gouvernement
05:13ne sont pas solidaires avec Édouard Philippe.
05:15Dans les réunions à huis clos,
05:16on nous rapporte que Jacques Mézard,
05:18qui est à l'époque ministre à la cohésion des territoires
05:22avant d'entrer au Conseil constitutionnel,
05:24hurle contre la mesure.
05:25C'est un élu de terrain,
05:27donc il sénateur,
05:28il sait très bien à quel point
05:29ça fait hurler les Français.
05:30Et puis ce qu'on va découvrir assez rapidement,
05:32et ça, moi je m'en rends compte
05:34avec une conversation que j'ai
05:36avec une de mes sources très proches
05:38du chef de l'État,
05:39très précisément le 5 mars 2018,
05:42qui me dit, à ma grande surprise,
05:45et bien figurez-vous qu'Emmanuel Macron
05:46n'était pas chaud
05:47pour cette mesure au départ ?
05:48Ah bon ?
05:49Première nouvelle ?
05:50Pour moi, c'est une petite bombe politique.
05:51Il me dit, mais vous savez,
05:52de toute façon,
05:53cette mesure,
05:53elle peut être aménagée,
05:54le débat n'est pas clos,
05:56tout ça peut encore bouger.
05:57Et il ajoute une formule là,
05:59qui est pour moi assez édifiante,
06:01il dit, vous savez ce que dit le président
06:02au sujet de cette mesure en ce moment ?
06:03Comme disait mon prédécesseur,
06:05Georges Pompidou,
06:06il ne faut pas emmerder les Français.
06:07Donc là, pour moi,
06:08les choses sont claires,
06:09l'Élysée est en train
06:10de se désolidariser de la mesure,
06:12ils sont en train de renvoyer
06:13la patate chaude à Matignon.
06:14Et ce qui est extrêmement frappant,
06:16c'est que c'est le premier couac
06:18entre l'Élysée et Matignon
06:19qui est étalé sur la place publique.
06:23J'en rencontre dès le lendemain
06:24dans Parisien en disant,
06:26le gouvernement va-t-il faire
06:27marche arrière,
06:28sans mauvais jeu de mots,
06:29sur les 80 km heure ?
06:30Et on expose tout de suite
06:31le fait que l'Élysée
06:32est en train de se désolidariser
06:34de Matignon dans cette affaire.
06:35Pourquoi ?
06:36Parce que depuis l'annonce
06:37de la mesure,
06:38la cote de popularité
06:39du président de la République
06:40s'est mise à plonger brutalement.
06:42Et le paradoxe,
06:44c'est qu'elle chute
06:44beaucoup plus que celle
06:45du Premier ministre.
06:46Donc ça agace au plus haut point
06:47les macronistes qui se disent
06:48« Mais attendez,
06:49c'est Édouard Philippe
06:49qui tenait à cette mesure,
06:50nous on n'en voulait pas.
06:51Elle n'était pas dans
06:52le programme présidentiel
06:52et qui paye l'addition,
06:53c'est Macron. »
06:54Comment réagit Édouard Philippe ?
06:56Édouard Philippe,
06:57il est en bon jupéiste,
06:58droit dans ses bottes.
06:59Et il dit,
07:01vous savez,
07:01moi je suis persuadée
07:03que cette mesure
07:03va produire des résultats
07:04et le moment venu,
07:05je pourrais me regarder
07:06dans la glace.
07:07Et il ajoute,
07:07c'est une question
07:08de courage politique.
07:121er juillet 2018,
07:13c'est parti.
07:14Les départements
07:15ont déjà mis en place
07:16pour la plupart
07:17les nouveaux panneaux.
07:19Donc visuellement,
07:19c'est important.
07:20Mais aussi,
07:21c'est un choc psychologique.
07:22C'est-à-dire que
07:22tous les automobilistes
07:23comprennent que ça y est,
07:25c'est réel.
07:25Ça concerne combien
07:26de kilomètres de route ?
07:27En tout,
07:28400 000 kilomètres
07:29sur le réseau national métropolitain.
07:31Et dans un premier temps,
07:32il s'agit d'une mesure provisoire.
07:34Édouard Philippe,
07:35il est malin.
07:35Il se prépare
07:36une voie de sortie.
07:37Il se dit,
07:37bon,
07:38je ne vais pas choquer tout le monde.
07:40Il se donne deux ans.
07:41Il dit,
07:41voilà,
07:41c'est une mesure.
07:421er juillet 2018,
07:43on la met en place.
07:441er juillet 2020,
07:46on fera un bilan.
07:48Si ça marche,
07:48on conserve.
07:49Si ça ne marche pas,
07:50on prendra nos responsabilités.
07:51Comment cette mesure
07:52est reçue par les automobilistes ?
07:53Il y a la fronde habituelle.
07:55Dès qu'on change,
07:55ne serait-ce que d'un iota,
07:57la vie des automobilistes,
07:58ça concerne plein de monde.
07:59Et forcément,
08:00il y a du mécontentement.
08:01Je trouve ça totalement idiot
08:04et infosable.
08:06Édouard Philippe,
08:07ce n'est pas parce qu'il est
08:08Premier ministre
08:09qu'il a la science infuse
08:11et qu'il serait peut-être bon
08:12quand même
08:13qu'il descende
08:13de son piédestal.
08:14Et le mécontentement,
08:15comme d'habitude,
08:16il est,
08:17je dirais peut-être,
08:18un peu orchestré
08:18par une association
08:19qui s'appelle
08:1940 millions d'automobilistes.
08:21C'est un lobby,
08:22il l'assume,
08:23qui part à la guerre
08:25contre cette mesure
08:26en disant que
08:27le chiffre de 400
08:28vies sauvées
08:29est bien trop important.
08:30Il n'y croit pas.
08:31En disant que
08:32ça va embêter tout le monde,
08:34ça va embêter
08:35ceux qui travaillent
08:36sur la route,
08:37ceux qui ont besoin
08:38de leur voiture
08:39pour travailler.
08:39Pour eux,
08:4010 km heure de moins,
08:41c'est des minutes
08:42et des minutes
08:43et des minutes
08:43de perdu sur la route
08:44pour des artisans,
08:45pour des petits commerçants.
08:47En gros,
08:47c'est quoi leur sentiment ?
08:48C'est on nous embête,
08:50on nous empêche de rouler,
08:51on nous empêche de vivre ?
08:51On ne peut plus rien faire.
08:52Est-ce qu'il y a des couacs
08:53dans la mise en place
08:54de cette mesure
08:55sur le terrain ?
08:56Aucun problème majeur.
08:57Sur le terrain,
08:58qu'est-ce qui se passe ?
08:58Les gens chargés
08:59de l'entretien des routes
09:01changent les panneaux.
09:02Tout simplement,
09:02on passe de 90 à 80.
09:08Quatre mois plus tard,
09:09en novembre 2018,
09:10le mouvement des Gilets jaunes
09:12prend de l'ampleur
09:13un peu partout en France
09:14et l'une des revendications,
09:16c'est le retour
09:17aux 80 km heure.
09:18Elle fait partie
09:18des premières revendications.
09:20Il ne faut pas oublier
09:20une chose,
09:21c'est que le Gilet jaune,
09:22c'est le vêtement
09:23de rassemblement
09:24des automobilistes.
09:25C'est le vêtement
09:26que tout automobiliste
09:27doit avoir dans son habitacle.
09:28Le mouvement de colère
09:29commence avec le prix
09:31du gasoil
09:31et de l'essence,
09:33mais aussi
09:33sur ces 80 km heure
09:35qui embêtent tout le monde,
09:36entre guillemets,
09:37tout le monde,
09:37tous ces automobilistes-là.
09:39Et du coup,
09:39la fronte s'organise
09:40à la fois sur le terrain
09:42avec les Gilets jaunes,
09:43mais aussi chez beaucoup d'élus.
09:44Ce qui se passe,
09:45c'est que dans l'ensemble
09:46des revendications
09:47des Gilets jaunes
09:47apparaissent ces 80 km heure.
09:49Il fait juste partie
09:50des nombreuses revendications.
09:52Ce qui se passe,
09:52c'est que les élus de terrain,
09:54principalement les députés
09:55qui retournent
09:56dans leur circonscription
09:57chaque week-end,
09:58commencent à se dire
09:59qu'on n'est plus audibles.
10:00On essaye de faire passer
10:01les réformes
10:02ou la voix du gouvernement,
10:04mais on n'est plus entendus
10:04parce que ce qu'on nous répète
10:05sur le terrain,
10:06c'est prix de l'essence,
10:0780 km heure,
10:08les radars,
10:09on n'en peut plus.
10:10La colère,
10:10le mécontentement
10:11des personnes de la ruralité,
10:13ça a été les 80 à l'heure.
10:1580 km heure ?
10:1580 km heure.
10:16Alors on a entendu
10:17tout le temps,
10:18les 80 km heure,
10:19on le présente toujours
10:20pour une sécurité
10:21pour sauver les gens
10:22et les morts.
10:23Oui, c'est vrai.
10:24Simplement,
10:24il faut voir ce que ça engendre derrière.
10:26Et malgré ça,
10:27Edouard Philippe tient bon.
10:28Il y tient coûte que coûte,
10:29il trouve que c'est une bonne mesure
10:31et il espère
10:32en récolter les fruits
10:33sur le terrain rapidement.
10:35Et est-ce qu'elle marche cette mesure ?
10:36Pas tout de suite.
10:37Et c'est ça le hic.
10:38En août 2018,
10:40c'est-à-dire un mois,
10:41deux mois après la mise en place
10:42de la mesure,
10:43le nombre de morts sur les routes
10:44augmente de près de 19%.
10:46C'est énorme.
10:47Par rapport au même mois d'août,
10:48l'année précédente.
10:49Et en septembre,
10:50recatastrophe.
10:51Plus 9% ou presque.
10:52Ce sont des arguments terribles
10:54pour les anti-80 km heure.
10:56La grogne s'amplifie
10:58et en janvier,
10:59le grand débat arrive
11:00et on pose directement la question
11:02au président de la République
11:03et les 80 km heure.
11:05Il n'y a pas un président
11:05de conseil départemental
11:06qui n'a pas pris ses responsabilités
11:08sur la vitesse
11:09quand il voyait une route
11:09qui avait un problème.
11:10Je crois que c'est la deuxième question
11:12qu'il lui est posée par la salle
11:13sur les 80 km heure.
11:14Et là,
11:15pour la première fois,
11:16il se désolidarise publiquement
11:18de son Premier ministre
11:18en disant qu'il peut y avoir
11:19des aménagements sur cette mesure.
11:21Donc ça, ça fait partie du débat aussi.
11:23Faites-moi des propositions
11:24concrètes sur ce sujet.
11:25Il a une phrase d'ailleurs
11:26qui est assez humiliante
11:27pour Edouard Philippe
11:28qu'on a assez peur pérée sur le moment.
11:30Est-ce qu'on peut faire quelque chose
11:31qui soit mieux accepté,
11:32plus intelligent ?
11:32Sans doute oui.
11:34Et à ce moment-là,
11:34les chiffres de la sécurité routière
11:36ne sont pas bons non plus.
11:37Toujours pas.
11:38Il y a eu une petite amélioration
11:39heureusement en fin d'année 2018
11:41mais là, en janvier,
11:42ça repart.
11:43Plus 4% de morts en janvier
11:45par rapport à janvier 2018
11:46et plus 17% en février.
11:49C'est la catastrophe.
11:50Pour les opposants,
11:50c'est la preuve que ça ne marche pas.
11:51C'est l'argument rêvé.
11:53Sauf qu'ils oublient une chose.
11:54C'est-à-dire que le mouvement
11:55des gilets jaunes en même temps
11:56est très revendicatif
11:57contre les radars.
11:59Jusqu'à 60% des radars
12:00sont mis hors service,
12:01sont dégradés,
12:02sont peinturlurés,
12:03sont masqués.
12:04En gros,
12:04ils ne font pas leur travail.
12:06Donc ça veut dire
12:06que la mesure des 80 km heure
12:07n'est pas réellement appliquée
12:08sur le terrain à ce moment-là.
12:09Exactement.
12:10Quelques mois plus tard,
12:10en mai 2019,
12:12Edouard Philippe
12:13finit par céder.
12:14Qu'est-ce qu'il dit à ce moment-là ?
12:16Alors, est-ce qu'il cède ?
12:16C'est une bonne question.
12:17Je ne suis pas sûre qu'il cède.
12:18Il donne l'impression de lâcher
12:20mais en vérité,
12:21il a trouvé une formule
12:22politique assez habile,
12:24celle de renvoyer
12:25la patate chaude
12:25au président de conseil départementaux
12:27à qui il dit
12:28« ce sera à vous de décider ».
12:29Il dit « d'accord,
12:30je vais lâcher du lest,
12:31je vais laisser la possibilité
12:32au président de conseil départementaux,
12:35mais associé au préfet toujours,
12:37de décider si,
12:38oui ou non,
12:39certains tronçons sur leur territoire
12:41peuvent ou pas
12:42rester à 80
12:43ou passer à 90 km heure ».
12:45Mais avec beaucoup de guillemets,
12:46beaucoup de réserves.
12:46Il y a beaucoup de réserves.
12:47Un amendement est pris
12:48dans le cadre de la loi
12:50d'orientation sur les mobilités,
12:51mais c'est une dérogation.
12:53C'est-à-dire que la règle,
12:54c'est les 80 km heure
12:56et à certains endroits
12:57et sous certaines conditions,
12:59on pourra déroger à cette règle.
13:00Comment les présidents
13:01de conseils départementaux
13:03réagissent à ce moment-là ?
13:04Beaucoup disent « on a gagné,
13:05on a fait fléchir le gouvernement ».
13:07Mais les mois qui vont suivre
13:09vont peut-être leur donner tort.
13:11Pourquoi ?
13:11Edouard Philippe, il est malin.
13:13Il pose des conditions,
13:14oralement.
13:14On n'y prête pas
13:15tout à fait attention au départ.
13:17Et après,
13:17quand on rentre dans le détail,
13:18on se rend compte
13:19que ces conditions
13:21sont drastiques.
13:22Lui, il parle de recommandations.
13:23Et il va charger
13:24le Conseil national
13:25de sécurité routière
13:26et ses experts
13:27d'éditer
13:28une sorte de liste
13:30de recommandations,
13:31mais qui sont en fait
13:31des obligations,
13:32auxquelles
13:33les présidents
13:34de conseils départementaux
13:35devront se soumettre
13:36pour pouvoir déroger
13:37à cette règle
13:38des 80 km heure.
13:43Alors, il y a quoi
13:44comme condition, par exemple ?
13:45Il faut faire un audit,
13:46tout simplement.
13:46Par exemple,
13:47ça commence par là.
13:48Vous êtes président
13:48d'un département,
13:50vous avez décidé
13:50qu'entre telle commune
13:51et telle commune,
13:52vous voulez repasser
13:53à 90 km heure,
13:54il va falloir faire un audit
13:55sur l'accidentologie.
13:57Ça prend des mois,
13:58ça prend des semaines
13:59et ça se paye,
14:00ça coûte des sous.
14:01Il y a aussi des conditions
14:02très pratiques.
14:04Il faut que les tronçons
14:05fassent 10 km de long.
14:06Il faut qu'il n'y ait
14:07pas de riverains
14:08sur cette route.
14:09Il faut qu'il n'y ait
14:09pas d'engin agricole
14:10qui puisse circuler
14:11sur cette route.
14:12Plein de conditions
14:13comme ça qui, en fait,
14:14font qu'il est quasiment
14:15impossible ou très rare
14:17de trouver des tronçons
14:18sur lesquels on va pouvoir
14:20repasser à 90 km heure.
14:22Et ça, les présidents
14:22de conseils départementaux,
14:23ils s'en rendent compte
14:24un petit peu plus tard.
14:26Ces dérogations
14:26sous conditions
14:27aux 80 km heure,
14:29quand est-ce qu'elles seront
14:30impliquées ?
14:30Ce n'est pas le cas aujourd'hui.
14:31Quand est-ce qu'elles seront
14:32impliquées ?
14:32Eh bien, on ne sait pas.
14:33Dans quelques mois,
14:34ça c'est presque sûr.
14:36En fait, tout dépend
14:36du vote définitif
14:38de la loi LOM,
14:39loi d'orientation
14:40des mobilités.
14:41L'amendement
14:42qui prévoit cette dérogation
14:44est dans la loi,
14:44qui est déjà passé
14:45une première fois
14:46à l'Assemblée nationale,
14:47qui doit repasser
14:47devant le Sénat
14:48dans les semaines qui viennent,
14:50mais qui n'est pas
14:50à l'agenda du Sénat,
14:51pour revenir encore une fois
14:53à l'Assemblée nationale.
14:54Bref, cette loi
14:55qui devait être définitivement
14:56adoptée en septembre
14:58de cette année,
14:58ne le sera peut-être
15:00qu'en début d'année prochaine,
15:01entre janvier et mars 2020.
15:10Donc, le retour
15:12aux 90 km heure
15:13sur certaines portions
15:15du réseau secondaire
15:16sera possible
15:17d'ici quelques mois.
15:18Est-ce qu'on sait
15:19ce que vont faire
15:20à ce moment-là
15:20les présidents
15:21de conseils départementaux ?
15:22Beaucoup ne le savent pas.
15:23Beaucoup attendent justement
15:24le détail de cette loi
15:25pour pouvoir se prononcer.
15:27Mais il y en a quand même
15:28qui ont des idées,
15:29qui se positionnent.
15:30Donc, on a dressé la liste,
15:31nous, aux Parisiens,
15:32on a fait l'ensemble
15:33de la liste des départements
15:34pour voir où on en était.
15:36Ce qui est intéressant,
15:37c'est de voir que,
15:38en juillet dernier,
15:39il y avait sept départements
15:40qui, pour diverses raisons,
15:41mais aussi politiques
15:42et idéologiques,
15:43disaient
15:43« Nous, on va rester
15:44aux 80 km heure. »
15:45Ok.
15:45Et là, en octobre,
15:48c'est-à-dire trois mois après,
15:49ils sont 22 départements
15:51à dire
15:51« Eh bien, on va rester
15:52aux 80 km heure. »
15:54Parce qu'il y a des risques
15:55pour eux à prendre.
15:56Revenir aux 90 km heure,
15:58ça coûte cher.
15:58Il faut réinstaller des panneaux.
16:00Il faut faire des audits.
16:01Et puis, il y a une notion
16:02de responsabilité pénale
16:04qui leur pend au nez.
16:06Si jamais il y a
16:07des accidents mortels
16:08qui interviennent
16:09dans les semaines
16:10qui suivent
16:11un éventuel retour aux 90,
16:12ils seront responsables.
16:14Et donc, il y en a
16:14beaucoup qui reculent.
16:15Et en fait,
16:16le travail, entre guillemets,
16:17de sable du gouvernement
16:18est en train de fonctionner
16:19parce que de plus en plus
16:20de départements reculent
16:21et se résignent
16:22à rester à la règle des 80.
16:24Ça veut dire
16:24qu'Edouard Philippe
16:25est en train de remporter
16:26une victoire sur ce terrain-là ?
16:27Il n'a pas encore
16:28la victoire au chaos,
16:29mais il est en train
16:30de la gagner au point.
16:31C'est-à-dire que petit à petit,
16:33il réussit
16:33à faire vriller
16:35la décision
16:36de certains présidents
16:38de conseils départementaux
16:39et petit à petit,
16:40il est en train de gagner,
16:40effectivement.
16:41Il est en train
16:41de les avoir à l'usure ?
16:42Oui.
16:43Je ne sais pas
16:43si c'était son objectif,
16:45mais en tout cas,
16:46dans la réalité,
16:47il y en a beaucoup
16:47qui lâchent l'affaire.
16:48Les relations
16:49entre Edouard Philippe
16:49et Emmanuel Macron,
16:50elles sont plutôt bonnes.
16:51Ça a créé un point
16:52de crispation,
16:53ça a été le premier point
16:54de crispation,
16:54il y en a eu d'autres,
16:55mais au fond,
16:56ils ont trouvé
16:57ce point d'atterrissage
16:58qui permet aussi
16:59de donner le sentiment
17:00que le président
17:01a entendu les Français,
17:02donc c'est un peu
17:03gagnant-gagnant.
17:05Merci à Aymeric Renou
17:06et Nathalie Chuc.
17:08Dossier conçu
17:08et préparé par Marion Bottorel.
17:15Codesource est le podcast
17:16d'actualité du Parisien,
17:17production Jeanne Boézek
17:19et Clara Garnier-Amourou,
17:21réalisation Alexandre Ferreira.
17:23Si vous aimez Codesource,
17:24n'oubliez pas de vous abonner
17:25sur votre application
17:26de podcast préférée.
17:28Nous sommes aussi disponibles
17:29sur Deezer et Spotify.
17:31Vous pouvez dialoguer
17:32avec nous par Twitter
17:33ou à l'adresse
17:34codesource
17:35at leparisien.fr
17:37Sous-titrage Société Radio-Canada
17:44Sous-titrage Société Radio-Canada
17:46Sous-titrage Société Radio-Canada