Passer au playerPasser au contenu principal
Depuis plusieurs mois, des habitants du Tarn et des militants écologistes multiplient les actions contre ce projet de route dont ils contestent l’utilité. Ils dénoncent également la destruction de milieux naturels prévue par ce chantier.
Cet épisode de Code source est raconté par Emilie Torgemen et Aymeric Renou, journalistes du service Futurs du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France TV, France Info, AFP

#autoroute #castres #toulouse

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11La future autoroute A69, dont les travaux ont démarré au printemps 2023 dans le Tarn,
00:17fait l'objet d'une contestation de plus en plus vive ces derniers mois.
00:21Cette route, déclarée d'utilité publique depuis 2018,
00:25doit permettre de réduire le temps de trajet entre Castres et Toulouse en Haute-Garonne,
00:30deux villes éloignées d'une cinquantaine de kilomètres et qui sont aujourd'hui reliées par une route nationale.
00:36Depuis plus d'un an et demi, des opposants locaux et des militants écologistes
00:40multiplient les actions contre ce projet qu'ils trouvent inutile, nocif pour l'environnement et le climat.
00:46Ils demandent la suspension immédiate des travaux.
00:49On fait le point sur le débat autour de l'A69 dans Codesources,
00:53avec deux journalistes du service futur du Parisien, Émilie Torgemène et Émeric Renoux.
01:07Émeric Renoux, le samedi 21 octobre, vous êtes en reportage à Saïx,
01:11une commune du Tarn qui se trouve tout près de Castres.
01:14Et ce jour-là, entre 4000 et 9000 personnes mènent des actions à plusieurs endroits
01:19sur le tracé de la future autoroute A69.
01:22Qu'est-ce que vous voyez sur place ?
01:24Alors je me trouve sur un lieu dit qui s'appelle la Crémade.
01:27En fait, c'est une ancienne ferme qui se trouve sur le tracé prévu de l'A69.
01:32Cette ferme va être rasée parce qu'il y a des travaux qui vont être entrepris.
01:36Et c'est dans un champ à proximité de cette ancienne exploitation agricole
01:39que se sont installés les militants anti-autoroute A69.
01:44Donc il y a des chapiteaux, il y a des militants.
01:46Ils reviennent de la manifestation qui s'est déroulée l'après-midi
01:50et ils prévoient de veiller sur place et d'y rester pour la nuit.
01:53On est déterminés vraiment.
01:54Là, je pense qu'ils ont douté encore quand on en parlait il y a quelques temps.
01:58Je ne considérais pas notre lutte comme sérieuse.
02:00Mais là, quand même, ils se rendent bien compte qu'on est capable d'organiser les gens.
02:04Alors, vous nous raconterez la suite de ce reportage à la fin de cet épisode.
02:08Mais pour comprendre comment on en est arrivé là, on va revenir sur la jeunesse de ce projet.
02:13Emeric Renoux, d'abord, il faut savoir que l'idée de construire une autoroute entre Toulouse et Castres,
02:19c'est une très vieille idée réclamée notamment par les élus locaux depuis des décennies.
02:23Oui, c'est un projet qui a entre 30 et 40 ans.
02:26Et en fait, il faut se rendre compte de la géographie locale.
02:31Castres est à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Toulouse.
02:35Comme sa grande sœur Albi, qui se trouve un petit peu plus au nord de Castres,
02:39qui, elle, a une autoroute, la 68.
02:41Et Castres, légitimement, les élus locaux, les entrepreneurs, les chambres de commerce,
02:47réclament eux aussi la possibilité d'être reliés à Toulouse, la grande ville,
02:53pour désenclaver, disent-ils, cette ville de Castres,
02:57comme Albi l'a été il y a quelques années, grâce à la 68.
03:00Au début des années 2010, le groupe pharmaceutique Pierre Fabre,
03:03dont les laboratoires sont implantés dans le Tarn,
03:06plaide pour ce projet jusqu'au sommet de l'État. Pourquoi ça ?
03:09Pierre Fabre est un important industriel pharmaceutique.
03:13Il va même jusqu'à rencontrer les plus hautes autorités de l'État,
03:15jusqu'à François Hollande, pour plaider sa cause.
03:17C'est le coup de pouce local qui va déverrouiller un petit peu ce vieux dossier
03:21qui est dans les cartons depuis de longues années.
03:23Le laboratoire Pierre Fabre, installé à Castres,
03:26c'est une grosse puissance économique locale, avec beaucoup d'emplois.
03:29Et Pierre Fabre milite, logiquement, pour l'arrivée de cette autoroute à 69,
03:34qui lui permettrait d'avoir un accès plus rapide à Toulouse
03:38et à une infrastructure routière qui ferait baisser ses coûts de transport,
03:44mais aussi les améliorerait largement.
03:46Ce projet, celui d'une autoroute pour relier Toulouse et Castres,
03:50est déclaré d'utilité publique en 2018.
03:52Et quatre ans plus tard, en avril 2022, le Premier ministre, Jean Castex,
03:57signe le décret pour la concession des travaux et l'exploitation de l'autoroute.
04:01Émilie Torgemene, que prévoit ce chantier en détail ?
04:04C'est le chantier qui doit, en fait, construire une autoroute deux fois deux voies
04:09sur un peu plus de 50 kilomètres, 53 kilomètres.
04:12Alors, c'est pas très long, mais ça fait tout de même plus de 300 hectares.
04:17En tout, ce sont une vingtaine de communes qui sont traversées.
04:20Émeric Renou, quelques semaines plus tard, le 8 mai,
04:23un collectif local baptisé La Voix est Libre,
04:26créé depuis plusieurs mois pour s'opposer à l'A69,
04:29organise un petit rassemblement dans la commune de Thelat, dans le Tarn.
04:33Que dénonce ce collectif ?
04:35Alors, le collectif, il réagit parce qu'administrativement, ça s'emballe.
04:39Il dénonce cette emprise de 300 hectares.
04:42On va prendre des terres agricoles.
04:44On va occuper de l'espace qui, logiquement, est utilisé aujourd'hui pour l'agriculture.
04:49C'est ça ce qu'il dénonce.
04:50Il dénonce aussi cette course à la bitumisation de l'espace.
04:55Les opposants s'inquiètent également de la sauvegarde de zones humides
04:59qui doivent être traversées par l'autoroute,
05:00et également de la coupe de nombreux arbres sur ce tracé.
05:05Selon eux, le projet est même inutile.
05:07Alors oui, ils font leur calcul.
05:08Ils estiment qu'avec seulement 7000 véhicules par jour,
05:11le chantier est complètement inutile.
05:137000 véhicules, c'est à peu près le minimum qui circule aujourd'hui sur la RN 126,
05:18ce qui relie aujourd'hui la ville de Toulouse et celle de Castres.
05:21RN 126, que le tracé de l'autoroute va suivre.
05:25Et ensuite, ils disent que le coût du péage de l'autoroute va être exorbitant,
05:30entre 17 et 20 euros, ce qui exclut les plus pauvres de cet usage.
05:33Et enfin, ils trouvent que le gain de temps avec cette autoroute n'est pas si important que ça.
05:391h20 aujourd'hui via la nationale, contre 1h sur l'autoroute demain.
05:43Est-ce qu'une alternative à ce projet est possible, selon eux ?
05:47Alors oui, ils ont même présenté une autre voie possible,
05:50avec le développement d'une véloroute,
05:53l'aménagement de la fameuse RN 126 qui existe aujourd'hui.
05:57Ils pensent qu'il est possible, pour un budget d'environ 100 millions,
06:00de l'aménager, contre un budget de 400 à 500 millions pour l'autoroute.
06:04Et puis, ils proposent aussi d'améliorer la desserte ferroviaire
06:08entre Toulouse et Castres, qui existe déjà,
06:11mais dont la fréquence est trop faible à leurs yeux aujourd'hui.
06:18Ils ont commencé à arriver.
06:20Les opposants à ce projet d'autoroute espèrent que cette journée sera décisive.
06:24On fait un saut dans le temps.
06:25Un an plus tard, le samedi 22 avril 2023,
06:28une grande manifestation organisée dans le Tarn
06:30rassemble entre 4 000 et 8 000 personnes opposées au projet.
06:35Aymeric Renou, cette fois-ci,
06:36des organisations écologistes d'ampleur nationale
06:39se sont jointes à cette cause.
06:41Oui, là on change d'ampleur.
06:42Là, le dossier devient national.
06:44Pourquoi ?
06:45Parce qu'il y a des précédents,
06:47il y a une urgence climatique,
06:49il y a des mouvements nationaux écologistes
06:51qui se mettent dans le dossier.
06:53Un mois auparavant, à Sainte-Seline,
06:55l'endroit symbolique de lutte contre les méga-bassines
06:59qui se trouve dans les Deux-Sèvres.
07:01Les opposants à la 69 tiennent un stand
07:03et ils font la promotion de leur lutte.
07:06Et cela fonctionne.
07:07Les soulèvements de la terre rejoignent ce mouvement
07:09qui, jusqu'à ce moment-là,
07:11était purement local, voire régional,
07:14et font monter la sauce.
07:16Ils réussissent à mobiliser plusieurs milliers de personnes
07:19en ce mois d'avril.
07:20La manifestation est énorme,
07:22elle reste très familiale,
07:24il n'y a pas de violence entre les forces de l'ordre
07:26et les opposants.
07:27Et ça, ça va marquer un tournant
07:28dans la lutte contre cette autoroute à 69
07:31aux yeux des militants.
07:37Parmi les opposants qui ont fait le déplacement ce week-end-là,
07:40il y a un militant
07:41que vous aviez déjà rencontré par le passé,
07:43Militore Gemène.
07:45Il s'appelle Thomas Braille, 48 ans.
07:47Qui est-il ?
07:48Thomas Braille est un arboriste grimpeur,
07:51originaire du Tarn.
07:52Alors un arboriste grimpeur, qu'est-ce que c'est ?
07:53Ce sont en fait ces gens
07:54qui élaguent les arbres et qui montent très haut
07:57avec des engins dangereux,
07:58donc qui ont une vraie compétence pour grimper dans les arbres.
08:00Et c'est un militant qui est devenu connu.
08:03Il s'est fait connaître en 2019
08:04quand il avait découvert que la commune de Mazamé,
08:07donc c'est une commune du Tarn où il avait travaillé,
08:10avait décidé d'abattre 200 platanes centenaires
08:13et ça l'avait rendu furieux.
08:15Et de professionnels des arbres,
08:16il est devenu un militant.
08:18Et un militant qui a vraiment marqué
08:21en fait les mouvements écologistes français.
08:23Il a créé un groupe qui s'appelle
08:25le groupe national de surveillance des arbres.
08:27Il est un vrai amoureux des arbres.
08:29Il a écrit un livre sur son combat
08:31qui s'appelle L'homme qui sauvait les arbres.
08:32Et c'est un militant vraiment dévoué à sa cause.
08:35Et donc lui, quel est son moyen d'action ?
08:37Eh bien en fait, il utilise sa compétence professionnelle.
08:41Il sait grimper dans les arbres,
08:42il sait s'y maintenir avec des baudriers.
08:44Et son moyen d'action,
08:45c'est d'occuper les arbres.
08:46Il s'installe, il monte dans son baudrier
08:48et il s'installe des jours durant.
08:50Alors il l'avait fait pour Mazamé en 2019.
08:53Il l'a fait ensuite pour une petite ville
08:55qui s'appelle Condon
08:56où les arbres malheureusement
08:57n'avaient pas été sauvés pour le coup.
08:59Il s'était par exemple installé
09:01dans un platane
09:02en face du ministère de l'écologie
09:04pendant trois jours
09:05pour manifester contre la coupe des arbres à Condon.
09:08Émilie Torgemène,
09:09pendant le week-end de mobilisation
09:10entre les communes de Castres et de Verfeuille,
09:13vous interrogez de votre côté
09:14le patron d'Atosca,
09:16l'entreprise chargée de construire
09:18et d'exploiter à l'avenir l'autoroute.
09:20D'abord, qu'est-ce qu'il répond aux critiques
09:22sur l'impact environnemental du projet ?
09:25Ce qu'il explique tout au long de l'interview,
09:27c'est que, d'abord,
09:28il respecte les règles environnementales,
09:31il est vraiment dans la loi,
09:32dans le respect de la loi.
09:33Et puis, dit-il,
09:36en fait, cette autoroute répond
09:37aux besoins d'une population enclavée,
09:40donc il s'appuie vraiment sur le soutien
09:41des élus et d'une partie de la population.
09:44Et, selon lui,
09:45l'impact environnemental est en fait très faible.
09:48Que rétorque les opposants à cet argument ?
09:50Eh bien, en fait, il y a deux types d'arguments.
09:52Il y a l'aspect construction.
09:54En fait, construire une autoroute,
09:55ça consomme notamment beaucoup d'eau,
09:57ça pollue.
09:58Il y avait au début du projet
10:00l'idée d'ouvrir des carrières locales,
10:03donc ce qui peut aussi provoquer
10:05des problèmes de pollution,
10:07ce qui a finalement été abandonné
10:08par le concessionnaire.
10:09Et puis, de manière un peu plus philosophique,
10:12en tout cas au plus long terme,
10:14construire une autoroute,
10:15c'est parier encore sur le tout voiture
10:17et c'est faire en sorte
10:19que les voitures roulent plus vite.
10:21Et donc, qui dit voiture qui roule plus vite,
10:23dit plus d'émissions de gaz à effet de serre.
10:25Et donc, les opposants disent
10:27que la construction de cette autoroute
10:28va en fait à l'encontre du sens de l'histoire
10:31à un moment où on est dans une urgence climatique.
10:33Et ce patron, Martin Kerlinger,
10:35il vous dit que l'entreprise a prévu
10:37de compenser les destructions.
10:38Qu'est-ce que ça veut dire ?
10:39Eh bien, sa phrase choque un peu,
10:41c'est pour chaque arbre coupé,
10:43nous en planterons cinq.
10:45Pareil pour les arbustes.
10:46Et il parle spécifiquement
10:47des arbres dits patrimoniaux.
10:49Ce sont en fait des platanes très anciens
10:51pour certains centenaires
10:53et qui comptent dans le paysage.
10:55Alors, pourquoi ces compensations
10:56peinent à convaincre les opposants au projet ?
10:59Alors, la compensation en droit français,
11:01en droit de l'environnement,
11:02c'est vraiment la dernière des solutions.
11:04Normalement, on évite de détruire.
11:05Ensuite, éventuellement, on répare.
11:09Et au pire du pire, on compense.
11:11Compenser, c'est très incertain,
11:13puisqu'on n'est pas sûr
11:14que les arbres qui vont être plantés
11:16vont prospérer.
11:18On est quand même aussi
11:19dans un moment de changement climatique.
11:21Est-ce que ces arbres
11:22vont bien pouvoir s'installer ?
11:24Et puis, peut-être de manière plus immédiate,
11:27couper des arbres centenaires
11:28pour planter des petits arbres,
11:30eh bien, forcément,
11:31sur le paysage,
11:32sur l'empreinte émotionnelle,
11:34ça n'a rien à voir.
11:35Et même sur la captation de CO2,
11:37eh bien, il faudra attendre des années
11:39avant que ces arbres aient la même performance.
11:42Émeric Renoux, de son côté,
11:43quelle est la position du gouvernement
11:45quand toutes ces critiques
11:46se font entendre au printemps
11:48sur ce projet d'A69 ?
11:50Le gouvernement est un peu embêté.
11:51C'est Clément Beaune qui est à la manœuvre,
11:53le ministre des Transports.
11:55Et Clément Beaune,
11:55il essaie de jouer la carte de l'apaisement
11:57en disant
11:58« Tous les projets d'autoroute
11:59ne seront pas achevés
12:01comme ils sont prévus,
12:02mais dans le même temps,
12:04l'A69 se fera, dit-il. »
12:06Et il invite les différentes parties,
12:08les opposants et les pros,
12:10à se rencontrer sous son égide
12:12afin de trouver des solutions
12:13pour que le chantier se fasse.
12:15Le collectif La Voix est Libre
12:17ainsi qu'une quinzaine d'associations
12:19multiplient de leur côté
12:20les recours en justice.
12:22Début août,
12:23le tribunal administratif de Toulouse
12:25refuse de suspendre les travaux.
12:27Émeric Renoux,
12:28qu'est-ce qui se passe ensuite ?
12:29On se rend compte que les travaux
12:31ont bien repris.
12:32On voit que le chantier se prépare.
12:34Et puis, dans la nuit du 31 août
12:37au vendredi 1er septembre,
12:38il se passe quelque chose
12:39d'assez symbolique.
12:40Une coupe d'arbre à Vendine
12:41est organisée la nuit,
12:44après minuit,
12:45parce que l'entreprise
12:46qui gère les travaux
12:47ne veut pas attirer l'attention
12:49et susciter la mobilisation
12:51des opposants.
12:52Sauf que les opposants,
12:54Thomas Braille en tête
12:55avec ses écureuils,
12:56comme il s'appelle,
12:57occupent ces platanes
12:58et donc ils se font déloger
13:00et l'entreprise coupe ses arbres.
13:03Et là, symboliquement,
13:04on se rend compte
13:04que c'est le vrai début des travaux
13:06et des vraies conséquences écologiques
13:08de cette autoroute à 69.
13:15Émilie Torgemène,
13:16le militant Thomas Braille,
13:18décide, dans les heures qui suivent,
13:19de démarrer une grève de la faim.
13:21Oui, lui, il va s'installer à Paris.
13:23Il remonte dans le même arbre
13:25en face du ministère
13:26de la transition écologique
13:28sur lequel il était déjà monté
13:29quelques années précédemment.
13:31Sur le tracé de l'autoroute,
13:32d'autres militants
13:33entament eux aussi
13:34une grève de la faim.
13:35Dans le détail,
13:36en fait,
13:36ils ne s'alimentent plus,
13:38ils ne mangent plus du tout
13:39d'aliments solides,
13:40ils ne boivent plus que des bouillons.
13:41On va être vraiment fatigués,
13:43là,
13:43rester assis sur la branche.
13:46S'il vous plaît,
13:46M. Beaune,
13:47faites en sorte que la justice
13:48fasse son travail
13:49encore dans un état de droit.
13:51Et c'est nous encore pensé
13:52que dans ce pays,
13:53la justice fasse son travail,
13:54elle le fait correctement.
13:56Voilà,
13:58je vous remercie
13:59et puis
14:00je vous souhaite une bonne journée.
14:02Merci, au revoir.
14:03Le jeudi 19 septembre,
14:05le ministre des Transports,
14:06Clément Beaune,
14:07accepte de recevoir
14:08Thomas Braille.
14:09Qu'est-ce que ça donne ?
14:10Eh bien,
14:10à ce moment-là,
14:11Thomas Braille
14:12est en grève de la faim
14:13depuis 19 jours déjà.
14:15Il va dans le bureau
14:16du ministre des Transports
14:18avec lequel il parle une heure
14:21et il remonte immédiatement
14:23dans son platane.
14:24Le message est clair,
14:25il n'a pas du tout été satisfait
14:27des réponses données
14:28par le gouvernement
14:29et il reprend sa grève de la faim.
14:30Émeric Renou,
14:31le mercredi 4 octobre,
14:33l'hebdomadaire Lops
14:34publie une lettre
14:35adressée au président de la République
14:37signée par 1500 scientifiques.
14:39Que dit cette lettre
14:40et qui en sont les signataires ?
14:41Il y a des auteurs du GIEC,
14:44il y a des membres
14:44de l'Académie des sciences,
14:46il y a des membres
14:47du Haut Conseil pour le climat.
14:49Donc ce sont des scientifiques
14:50reconnus pour leurs travaux.
14:52Qu'est-ce qu'ils disent ?
14:53Ils disent que le projet
14:54de l'A69
14:55est incompatible
14:56aujourd'hui
14:57avec l'urgence climatique.
14:58Thomas Braille,
14:59qui était en grève
15:00de la faim depuis 38 jours,
15:02décide alors d'entrer
15:03en grève de la soif
15:04le lundi 9 octobre.
15:05Il est victime d'un malaise
15:07le lendemain
15:08et est hospitalisé.
15:09Le ministre des Transports,
15:10Clément Beaune,
15:11réagit alors
15:12en ordonnant
15:12la suspension des travaux,
15:14le temps de se concerter
15:15avec tous les acteurs
15:16du projet
15:17et les opposants.
15:18Mais le lundi 16 octobre,
15:20Émeric Renou,
15:20il change de ton.
15:21Oui, la réunion a eu lieu
15:22trois jours avant
15:23mais n'a rien donné.
15:24Et là,
15:25Clément Beaune annonce
15:26que l'A69
15:27se fera
15:28quoi qu'il arrive.
15:30Les opposants à ce projet
15:31et les collectifs écologistes
15:32appellent donc
15:33à une mobilisation
15:34d'ampleur
15:35le week-end suivant,
15:36celui du 21 octobre.
15:37Que redoute
15:38le gouvernement
15:39à ce moment-là ?
15:40Le gouvernement se rend compte
15:41que les opposants
15:42durcissent le ton
15:44et que cette manifestation
15:46qui va se dérouler
15:47sur trois jours,
15:49vendredi,
15:49samedi et dimanche,
15:51se fait un peu
15:51sur le même temps
15:53que ce qui avait été organisé
15:54pour Sainte-Solines
15:55contre les méga-bassines.
15:56Et ils craignent
15:57l'installation d'une ZAD,
15:58d'une zone à défendre,
16:00c'est-à-dire d'un lieu
16:01défendu par des militants
16:02et interdit aux forces de l'ordre
16:03comme celle qui avait été installée
16:05sur le projet d'aéroport
16:07à Notre-Dame-des-Landes,
16:08en Loire-Atlantique,
16:09abandonnée depuis.
16:13On en revient
16:14au début de cet épisode.
16:15Émeric Renou,
16:16vous vous rendez sur place
16:17le samedi 21 octobre.
16:18Que disent les manifestants
16:20que vous rencontrez ?
16:21Les manifestants,
16:22ils sont de plusieurs types.
16:24Il y a les locaux,
16:25les historiques locaux.
16:26Donc c'est beaucoup de familles
16:27qui sont inquiètes
16:28de voir l'arrivée
16:29de cette autoroute.
16:30Il y a les militants
16:31écologistes locaux,
16:32les paysans locaux
16:34qui sont très présents.
16:35Et puis,
16:36tous ces militants écologistes
16:37qui viennent d'un peu partout
16:38en France,
16:38non pas de l'étranger,
16:39mais surtout en France.
16:40Il y a ceux de Sainte-Solines
16:41qui sont là.
16:42Et ils disent,
16:42on ne va rien lâcher,
16:43même si administrativement
16:45les choses sont mises en place,
16:46même si le chantier
16:47commence vraiment,
16:48on ne va rien lâcher,
16:49on va occuper le terrain
16:50et on va empêcher
16:52le chantier de continuer.
16:53Comment se passent
16:54les heures qui suivent ?
16:55Alors en fait,
16:56ils sont installés
16:56sur un énorme champ
16:57prêté par un ancien agriculteur
17:00dont le corps de ferme
17:02a été préempté,
17:03qui se trouve juste à côté.
17:04Cette ferme
17:05qui s'appelle la Crémade,
17:06l'ancien agriculteur
17:07leur ouvre les portes
17:08de cet ancien corps de ferme,
17:10ainsi que deux pavillons
17:11d'habitation juste à côté
17:12qui sont inoccupés
17:13et les militants
17:15s'installent
17:16tout simplement
17:16dans la soirée.
17:18Ils font une sorte
17:18d'état des lieux,
17:19c'est assez rigolo d'ailleurs
17:20parce que les militants
17:20s'installent un peu
17:21dans toutes les pièces,
17:22regardent ce qu'il y a,
17:23ils découvrent
17:24des vieilles bouteilles de vin,
17:26des vieux journaux
17:26et ils commencent
17:27à organiser
17:28les tours de garde
17:29parce qu'en fait,
17:30on installe une ZAD.
17:31Donc les tours de garde,
17:32on voit si on peut monter
17:33sur les toits
17:34pour surveiller les alentours,
17:36on organise des tournées
17:37pour manger,
17:38pour l'hygiène,
17:39pour dormir,
17:40qui fait quoi ?
17:41Donc c'est vraiment
17:42une organisation
17:42qui s'installe
17:43et le but du jeu,
17:44c'est de rester
17:45le plus longtemps possible.
17:46Il y a encore
17:46un bon millier de personnes
17:47sur place,
17:48dont 200 à 300
17:50qui sont résolument
17:51décidées à rester sur place
17:53dans ce qui s'appelle
17:53la Crème ZAD
17:54parce que le lieu dit
17:56s'appelle la Crémade
17:56et donc ça va s'appeler
17:57la Crème ZAD.
17:58Qu'est-ce qu'il se passe
17:59le lendemain matin ?
18:00Les militants ont passé
18:01leur première nuit
18:02dans cet endroit,
18:03ils ont un peu organisé,
18:04ils ont essayé
18:05d'éloigner le lisier
18:06que l'opérateur avait répandu
18:07un peu partout
18:08pour éviter toute installation.
18:10ils se sont un peu organisés,
18:11ils commencent à construire
18:12des structures en bois
18:13et là, à midi,
18:15les forces de l'ordre arrivent.
18:17En 20 minutes,
18:18les forces de l'ordre
18:19atteignent leur objectif.
18:20Ils encerclent eux-mêmes
18:21la ZAD
18:22et occupent le terrain.
18:23Ils en font leur lieu.
18:25Ils mettent eux-mêmes
18:25des barricades
18:26pour empêcher les militants
18:27de reprénétrer
18:28dans cette zone-là
18:30et ça signe la fin
18:31de l'éphémère ZAD
18:32qui n'aura duré
18:33qu'une nuit
18:33et qu'une matinée.
18:34Vers 13h,
18:35les forces de l'ordre
18:36ont investi la ZAD
18:37occupée illégalement
18:39par les opposants
18:39à l'autoroute Toulouse-Castres.
18:41Sur place,
18:42plusieurs centaines de militants
18:43étaient en train
18:44d'installer le camp.
18:45Le face-à-face est tendu.
18:47Sur ces images
18:47fournies par la police,
18:49les opposants
18:49jettent des pierres.
18:50Les forces de l'ordre
18:52répliquent
18:52avec des gaz lacrymogènes.
18:54Personne ne recule,
18:55chacun campe
18:56sur ses positions.
18:58Ambiance surréaliste
18:59quand les opposants
19:00se mettent à danser.
19:03Emmerick Renou,
19:03où est-ce qu'on en est maintenant ?
19:04L'autoroute va bel et bien se faire ?
19:06Personne ne sait
19:07si l'autoroute va se faire ou pas
19:08parce que d'un côté,
19:10les opposants
19:11restent très très déterminés.
19:12D'un autre côté,
19:14administrativement,
19:14rien ne s'oppose
19:15à ce que cette autoroute
19:16se construise.
19:17Il reste l'opposition
19:18locale et nationale.
19:19Est-ce qu'elle sera assez forte
19:20pour faire plier
19:21le gouvernement
19:22et les autorités locales
19:23pour mener à bien ce projet ?
19:25On le saura certainement
19:26dans les mois qui viennent.
19:28Émilie Torgemène,
19:29pour l'heure,
19:29c'est l'A69
19:30qui attire l'attention
19:31des militants
19:32et des médias.
19:33Mais est-ce qu'il y a
19:34d'autres projets contestés
19:35comme celui-ci en France ?
19:37Oui, en fait,
19:37il y a une dizaine
19:38de projets d'autoroutes.
19:40Alors, j'entends
19:40des tronçons d'autoroutes,
19:42des petits morceaux d'autoroutes
19:43qui sont en cours.
19:44Parmi ces projets,
19:46un certain nombre
19:46sont contestés
19:47et sont plutôt bien partis.
19:49C'est le cas en Ile-de-France.
19:50L'A104, en fait,
19:52dans le nord-est de Paris,
19:53devrait se faire.
19:55Pareil, du côté de Nancy-Messe,
19:58on a l'A31-Bis,
19:59qui est vraiment...
19:59Les travaux sont très bien engagés.
20:01Il y a de la contestation,
20:02mais globalement,
20:03ça ne mobilise pas
20:05au niveau national.
20:06En revanche,
20:07d'autres projets
20:08qui sont sur la sellette
20:09et presque déjà abandonnés.
20:11Et c'est le cas, par exemple,
20:13de l'A147.
20:14Donc, c'est entre Limoges et Poitiers.
20:16Même le ministre des Transports
20:17a déjà dit
20:18que c'était un mauvais projet.
20:20Donc, on imagine
20:21que celui-ci,
20:22comme d'autres,
20:22pourrait être abandonné
20:23au nom de la planification écologique.
20:44Merci à Émilie Torgemène
20:46et Émeric Renoux.
20:47Cet épisode a été produit
20:48par Barbara Gouy
20:49et réalisé par Julien Moncouquiole.
20:52Si vous aimez Codesource,
20:53parlez-en autour de vous.
20:54Abonnez-vous sur votre plateforme
20:56d'écoute préférée.
20:56Laissez-nous un commentaire
20:58et des petites étoiles.
20:59Vous pouvez aussi
21:00nous écrire à cette adresse
21:01codesource.leparisien.fr
21:04Et ne manquez pas non plus
21:05Crime Story,
21:06le podcast fait divers du Parisien,
21:08disponible également
21:09sur toutes les plateformes
21:10avec une nouvelle affaire
21:12chaque samedi.
Commentaires

Recommandations