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Privatisées depuis près de vingt ans, les autoroutes génèrent depuis quelques années des profits records. L’Etat, qui s’estime lésé, envisage aujourd’hui de taxer les sociétés qui les exploitent. Pour Code source, Matthieu Pelloli, spécialiste automobile au service économie du Parisien, et Sébastien Lernould, qui dirige ce service, racontent l’histoire de la privatisation des autoroutes en France.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Emma Jacob et Julia Paret - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Public Sénat, AFP, France 2, France 5, Europe 1.

#autoroute #profit

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12La forte rentabilité des sociétés d'autoroutes et les augmentations annuelles des tarifs des péages font régulièrement l'actualité depuis
00:20près de 20 ans.
00:21L'Autorité de régulation des transports a parlé le 21 juin d'une rentabilité manifestement excessive des sociétés d'autoroutes.
00:29La veille, Bruno Le Maire, le ministre de l'économie, avait dit étudier une nouvelle taxation des entreprises en question.
00:36Les autoroutes ont été privatisées en 2006. A l'époque, le gouvernement de Dominique de Villepin a signé des contrats
00:42avec trois grandes entreprises.
00:44Ces contrats, mal négociés, se sont avérés trop favorables à ces entreprises au détriment de l'État.
00:50CodeSource résume aujourd'hui l'histoire de la privatisation des autoroutes en France avec Mathieu Pelloli,
00:56spécialiste automobile au sein du service économie du Parisien, et Sébastien Lernou qui dirige ce service.
01:05Selon les sociétés d'autoroutes, les hausses iront de 4,5% à 5,07%.
01:11À partir du 1er février, plus 4,75%. Et sur certains tronçons, parfois, les prix explosent.
01:18Plus 6,3% pour aller d'Aix-en-Provence à l'aéroport de Nice.
01:226,8% d'augmentation entre Saint-Maximin et Villeneuve-Loubet.
01:27Sébastien Lernou, cet été, les vacanciers qui vont faire des longs trajets en autoroutes ne pourront pas échapper aux augmentations
01:33des tarifs des péages.
01:34Ils vont devoir supporter une hausse de 4,75% des prix des péages.
01:39C'est une hausse qui a été validée par le gouvernement après discussion avec les sociétés concessionnaires d'autoroutes.
01:45Ce sont des nouveaux tarifs qui ont été appliqués depuis le 1er février.
01:48Alors, on s'en rend compte surtout l'été parce que c'est à ce moment-là que les Français
01:51partent en vacances et utilisent le plus leur voiture.
01:53Et effectivement, la douloureuse va faire mal aux porte-monnaies des automobilistes.
01:57D'un mot, Mathieu Pelloli, 4,75% d'augmentation au péage, ça n'est qu'une moyenne.
02:03Oui, absolument. Ça veut dire que selon les tronçons, les niveaux d'augmentation peuvent être supérieurs.
02:07Et que d'une société d'autoroutes à l'autre, qu'on prenne celles qui sont gérées par Vinci, par
02:12FH, par Abertis,
02:13on peut appliquer des tarifs qui sont parfois très élevés sur certains tronçons à forte fréquentation.
02:18Alors, on va voir comment on en est arrivé à cette nouvelle augmentation
02:21et expliquer pourquoi les prix des péages augmentent chaque année.
02:24On a choisi de commencer ce podcast en 2001.
02:28C'est la cohabitation entre la droite et la gauche.
02:30Jacques Chirac, issu du RPR, est président.
02:33Le socialiste Lionel Jospin est Premier ministre.
02:36Et le gouvernement décide de privatiser en partie les autoroutes.
02:40Jusqu'à présent, les autoroutes étaient gérées par des sociétés d'économie mixte
02:43où il y avait avant tout l'État et les collectivités locales qui géraient ces autoroutes-là.
02:47Il y avait un tout petit peu de capital privé, mais très peu.
02:49En 2001, on est à une période où la question de la dette et du déficit public
02:54prend de plus en plus d'ampleur, qu'il y a une pression de l'Europe
02:57sur l'État et le gouvernement français pour réduire cette dette et réduire ce déficit.
03:01Et donc, on cherche à trouver des milliards où on peut.
03:03Et c'est à ce moment-là qu'on décide d'ouvrir le capital de ces autoroutes au privé.
03:09Mais l'État garde la majorité du capital encore.
03:11Sébastien Lernou, à ce moment-là, certains élus expriment leur mécontentement.
03:15Par exemple, le député de droite François Goulard.
03:17Oui, parce qu'en fait, ça fait depuis plusieurs décennies que ces autoroutes ont été construites,
03:22qu'évidemment, il a fallu dépenser énormément d'argent pour les construire.
03:26Et à ce moment-là, on commençait à les rembourser.
03:29Et effectivement, il y a eu certains élus qui commençaient à dire
03:31« Oui, mais pourquoi est-ce qu'on ouvre le capital au privé ? »
03:34Alors que c'est le moment où, justement, l'État va pouvoir en tirer tous les profits.
03:38En mars 2006, un an avant la fin du second mandat de Jacques Chirac,
03:42le Premier ministre, Dominique de Villepin, privatise les autoroutes.
03:46Principalement, trois grandes entreprises rachètent les parts de l'État
03:48dans les sociétés exploitant les autoroutes.
03:51Il y a deux Françaises, Vinci et Effage, et une Espagnole, Abertis.
03:56Mathieu Pelloli, qu'est-ce que l'État est censé gagner avec cette privatisation ?
03:59Beaucoup d'argent d'abord, une rentrée financière immédiate de 15 milliards d'euros.
04:03Et ensuite, il y a aussi la perspective de faire financer par les sociétés d'autoroutes
04:07les lourds investissements qui sont nécessaires sur l'entretien du réseau,
04:10sur sa mise aux normes, sur les travaux qui sont prévus d'entretien des enrobés,
04:14des ponts, des tunnels, de toutes ces choses-là.
04:16Ce dispositif évite à l'État français, déjà lourdement endetté, on l'a dit,
04:20de s'endetter à nouveau pour financer ces choses-là avec l'argent des contribuables.
04:24Et l'idée, c'est de faire payer les automobilistes
04:26plutôt que l'ensemble des contribuables en France.
04:29Voilà, l'avantage en termes de communication politique, on va dire,
04:31c'est que cette fois, ce sont les automobilistes qui payent,
04:34et pas tous les Français, tous les contribuables,
04:35ce sont exclusivement les personnes qui empruntent l'autoroute,
04:38sachant que parmi ces personnes, il y a évidemment des Français,
04:40mais il y a aussi beaucoup d'étrangers.
04:42La France est un carrefour, elle a traversé de nombreux flux touristiques,
04:45et puis il y a aussi toute la dimension de fret routier,
04:48les camions qui vont, pareil, participer à l'entretien du réseau
04:51plutôt que tous les contribuables français.
04:54Sébastien Lernou, trois ans plus tard, en août 2009, quel est le constat ?
04:58Eh bien, le constat, c'est que non seulement les prix des péages
05:01augmentent fortement, mais qu'en plus, la rentabilité
05:03des sociétés concessionnaires d'autoroutes explose.
05:06Et c'est là qu'on se rend compte qu'en fait, le contrat,
05:08il est très avantageux pour les sociétés concessionnaires d'autoroutes.
05:11Chaque année, ils ont le droit d'augmenter les prix des péages
05:14en fonction de l'inflation et des travaux qu'ils ont à réaliser.
05:17Ce qui fait que, de fait, comme il y a toujours un peu d'inflation,
05:20les prix augmentent.
05:21Et encore mieux que ça, c'est que si même les prix baissent,
05:25les sociétés concessionnaires d'autoroutes ne sont pas obligées
05:28de le répercuter et donc de baisser leurs prix à elles.
05:30On augmente toujours, tout augmente,
05:32et puis bon, les axes, ils ne sont pas mieux entretenus que d'habitude.
05:37Ça commence à faire des sommes assez importantes quand on passe au péage.
05:40Je trouve que c'est une aberration entre l'augmentation de l'essence,
05:43l'augmentation des assurances.
05:45Tout augmente et les salaires ne suivent plus.
05:48À ce moment-là, on se rend compte également que les sociétés d'autoroutes rusent
05:51pour aller au-delà des augmentations décidées avec l'État.
05:54Il y a une technique qu'on appelle la technique du foisonnement.
05:57C'est-à-dire que les sociétés concessionnaires d'autoroutes,
05:59elles prennent les tronçons les plus empruntés par les automobilistes,
06:02là où il y a le plus de voitures.
06:04Et là, elles matraquent, clairement.
06:06Beaucoup plus que sur les petits tronçons,
06:08où peu de voitures passent.
06:10Et là, effectivement, les hausses étaient plus modérées.
06:12Mais ça leur permettait d'avoir une hausse moyenne
06:14qui était raccord avec les objectifs qu'ils avaient par rapport à l'État.
06:16Très vite, l'État a mis le haut-là.
06:19Et officiellement, un peu avant 2010,
06:20cette technique est interdite
06:22et les sociétés assurent qu'elles arrêtent.
06:24Mais sauf qu'en fait, c'est impossible de vérifier.
06:26D'un mot, quand on dit que les sociétés d'autoroutes
06:28ont une rentabilité très forte, ça veut dire quoi ?
06:31Ça veut dire que lors de la privatisation,
06:33l'État avait décidé que les sociétés concessionnaires d'autoroutes
06:36auraient environ 7% de rentabilité.
06:39On s'est rendu compte assez vite
06:41que cette rentabilité tournait plutôt autour de 11-12%.
06:45Généralement, ce qu'on dit, c'est que ce sont des taux de rentabilité
06:47qu'on ne retrouve que dans le secteur du luxe, par exemple.
06:50Il faut dire aussi qu'au moment des négociations de 2005-2006,
06:53on pensait que les taux d'emprunt,
06:55que le prix des crédits allait être beaucoup plus élevé
06:58que ce que l'on a constaté finalement dans les années qui ont suivi.
07:01Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans un secteur comme celui-ci,
07:04on parle de milliards, milliards et de milliards d'euros d'investissement.
07:07Et que forcément, tous ces investissements passent par de l'emprunt,
07:11donc de la dette.
07:12Et que dans le calcul de rentabilité effectué en 2006,
07:15au moment de la privatisation,
07:17l'État et les sociétés concessionnaires d'autoroutes
07:19avaient bâti toutes leurs prévisions sur un taux d'intérêt
07:22qui, in fine, s'est trouvé beaucoup plus bas que le calcul initial.
07:26Et donc, ça a été tout bénéfique pour les sociétés concessionnaires d'autoroutes
07:29qui ont pu emprunter à taux bas
07:31et en même temps profiter d'une grande rentabilité.
07:35En 2013, Mathieu Pelloli, un rapport de la Cour des comptes,
07:38dénonce les augmentations des prix des péages qu'elle juge excessives.
07:42Absolument.
07:43Le gendarme des comptes publics, la Cour des comptes,
07:45met son nez dans les contrats et dans les résultats des entreprises.
07:48Et effectivement, elle juge que ces hausses de tarifs sont contestables
07:53parce qu'il y a une surrentabilité des entreprises
07:56par rapport aux contrats initiaux.
07:59Deuxième point très important,
08:00la Cour remarque que dans les contrats,
08:03les entreprises s'engagent sur un certain nombre d'investissements
08:06pour maintenir l'état du réseau et l'améliorer.
08:09Le ministère des Transports, plusieurs fois,
08:12pointe du doigt des entreprises
08:13au motif que les ponts, les tunnels,
08:17représentent des dangers pour les automobilistes
08:19qui circulent parce que les investissements promis
08:21n'ont pas été au rendez-vous.
08:22D'autant plus que ces sociétés d'autoroutes,
08:25dans le même temps, ont effectivement fait des investissements
08:27mais qui visaient davantage à renforcer leur rentabilité à elles.
08:32En l'occurrence, là, je pense à Coffee Road, filiale de Vinci,
08:34qui a installé pour 39 millions d'euros des télé-péages
08:37qui permettent d'améliorer le service
08:39puisqu'ils fluidifient le nombre d'automobilistes
08:41qui peuvent passer sur une heure.
08:43Et donc, ça peut convaincre des gens
08:44de davantage prendre l'autoroute
08:45puisqu'ils savent qu'ils n'auront pas à patienter aux barrières.
08:48Donc, un dispositif directement destiné
08:50à améliorer la rentabilité de l'entreprise
08:52au détriment des investissements promis
08:54en matière de sécurité et d'entretien du réseau,
08:57des enrobés, etc.
08:58L'année suivante, en 2014,
09:00c'est l'autorité de la concurrence
09:01qui publie un rapport sur ce sujet.
09:03Que dit ce rapport en résumé ?
09:04Il est question pour l'année 2013,
09:06l'année précédente, celle qui est étudiée,
09:08d'une rentabilité globale des sociétés d'autoroutes
09:10à 21,9%.
09:11Donc là, c'est juste colossal.
09:13C'est deux fois la rentabilité des entreprises du luxe,
09:16c'est quatre fois la rentabilité des entreprises du BTP
09:19dont toutes les sociétés, pour ainsi dire, d'autoroutes
09:22sont des filiales, puisqu'il s'agit de Vinci,
09:23puisqu'il s'agit d'Effage.
09:25Et effectivement, Bruno Lasserre,
09:27le président de l'autorité de la concurrence,
09:28est extrêmement habile
09:29puisqu'il met sur le devant de la scène
09:30un nouvel élément
09:31qui, jusqu'à présent, n'était pas connu du grand public.
09:33Il explique que non seulement
09:35la dette des sociétés d'autoroutes
09:37n'est pas du tout aussi risquée qu'elles le prétendent,
09:39et qu'en plus,
09:40elle leur permet de bénéficier d'un avantage fiscal
09:42puisque leurs intérêts d'emprunt
09:43sont déduits des impôts.
09:45Nous ne pouvons pas laisser augmenter
09:48déraisonnablement les péages
09:49qui impactent fortement
09:51le pouvoir d'achat des ménages
09:52dans un contexte économique
09:54déjà très difficile.
09:56Sébastien Lernou, en décembre 2014,
09:58une mission d'information parlementaire
09:59recommande à l'État
10:01de rompre les contrats de concession des autoroutes.
10:03Alors oui, effectivement,
10:04la pression monte à ce moment-là.
10:06On parle de rente,
10:07on parle de surprofit,
10:08et effectivement,
10:09après le rapport de l'autorité de la concurrence
10:10et le rapport de la Cour des comptes,
10:12le gouvernement est un peu obligé
10:13de prendre le sujet à bras-le-corps,
10:14d'autant plus que la pression
10:15de l'opinie publique est très forte.
10:17Il y a une mission parlementaire
10:18qui est mise en place
10:19avec notamment la possibilité
10:21peut-être de résilier
10:22ces fameux contrats très vite.
10:24On se rend compte
10:25que l'administration
10:26ne veut pas entendre parler
10:27de résiliation.
10:28Elle estime que les profits
10:30sont dans la norme
10:31et que donc cette piste
10:32en fait est assez vite écartée.
10:34Toujours en décembre 2014,
10:35le 16 décembre,
10:36Ségolène Royal,
10:37qui est à ce moment-là
10:38ministre de l'écologie
10:39et des transports,
10:41annonce un gel
10:42des tarifs des péages
10:43l'année suivante.
10:44La question fait débat
10:45de longues semaines.
10:46Depuis plusieurs semaines,
10:47les membres du gouvernement,
10:48les parlementaires
10:49parlent de ce sujet-là
10:50et d'ailleurs,
10:51un mercredi,
10:52lors des questions
10:52au gouvernement,
10:53un certain Emmanuel Macron,
10:54à l'époque ministre
10:55de l'économie,
10:56reconnaît publiquement
10:57que sur la question
10:58des autoroutes,
10:59l'État a fait,
11:00je le cite,
11:00ouvrez les guillemets,
11:01une mauvaise affaire.
11:02Il promet que le gouvernement
11:03va s'intéresser à tout ça
11:04et effectivement,
11:06un peu plus tard,
11:07Ségolène Royal,
11:08ministre de l'écologie
11:09mais en charge
11:10aussi des transports,
11:11annonce que les tarifs
11:12seront gelés.
11:12Mathieu Pelloli,
11:13comment réagissent
11:14les sociétés d'autoroutes ?
11:15Les sociétés d'autoroutes,
11:16dès le départ,
11:17expliquent que nous sommes
11:18dans un État de droit,
11:19l'État ne peut pas faire
11:20ce qu'il veut,
11:20déchirer un contrat
11:22unilatéralement
11:22et que si un gel
11:24est mis en place
11:24en 2015,
11:25il devra être rattrapé
11:27dans les années
11:27qui suivront.
11:28Et c'est effectivement
11:29ce qui va se passer.
11:30Les tarifs sont gelés
11:32pour l'année 2015
11:33mais au 1er février 2016,
11:36les tarifs augmentent
11:37selon l'augmentation prévue
11:38cette année-là
11:39dans les contrats,
11:40doublés d'une surfacturation
11:42on va dire
11:42qui prend en charge
11:43le gel
11:44pour l'année 2015.
11:48Sébastien Lernou,
11:49toujours en 2015,
11:50les concessions accordées
11:51aux entreprises privées
11:52sont prolongées
11:53de quelques années
11:54jusqu'à,
11:55en fonction des cas,
11:56entre 2031
11:57et 2036.
11:58Oui,
11:59elles sont prolongées
11:59parce qu'en fait
12:00l'État à ce moment-là
12:01veut faire un grand plan
12:02de relance autoroutier,
12:04relancer l'investissement,
12:05doper le BTP
12:06et donc ça passe
12:07par des grands travaux
12:07sur le réseau autoroutier.
12:09Les sociétés concessionnaires
12:10d'autoroutes disent
12:11OK,
12:12mais par contre,
12:13en contrepartie,
12:14nous on veut
12:14un allongement
12:15de la durée
12:15de nos concessions.
12:16Donc l'État
12:17et les sociétés concessionnaires
12:19signent des avenants
12:20au contrat
12:21et moyennant investissement,
12:23les sociétés d'autoroutes
12:24obtiennent un allongement
12:25de la durée
12:25des concessions.
12:26En 2019,
12:27en avril,
12:28la Cour des comptes
12:29publie un document
12:30dans lequel elle affirme
12:31que suite aux prolongations
12:32décidées en 2015,
12:34les sociétés concessionnaires
12:35ont augmenté leurs tarifs
12:37sous prétexte de travaux
12:39qui auraient déjà dû
12:40être effectués.
12:41Et oui,
12:41parce que dans les contrats
12:42initiaux
12:43entre l'État
12:43et les sociétés
12:44concessionnaires d'autoroutes,
12:45des travaux sont prévus,
12:46des travaux d'entretien.
12:48Dans ces prolongations
12:50de contrats,
12:50il devait y avoir
12:50de nouveaux travaux.
12:52Mais on s'est rendu compte
12:53que certaines sociétés
12:54concessionnaires d'autoroutes
12:55avaient mis des travaux
12:56qu'elles auraient dû réaliser
12:57de base
12:58dans ces avenants au contrat.
13:00Et donc,
13:01ils ont été payés deux fois.
13:02En juillet 2020,
13:03une commission d'enquête
13:04sur les concessions d'autoroutes
13:05est mise en place
13:06au Sénat.
13:07De nombreux responsables
13:08politiques viennent témoigner.
13:09Ils sont interrogés
13:10par les sénateurs
13:11tour à tour.
13:11Monsieur le Président,
13:12je suis très heureux
13:13d'être devant
13:14votre commission d'enquête
13:15sur un sujet...
13:16Sébastien Lernou,
13:16que dit Dominique de Villepin,
13:18l'ancien Premier ministre
13:19qui a mené
13:20la privatisation de 2006
13:21quand il est interrogé
13:22le 9 juillet ?
13:23Alors,
13:24il se défend bec et ongle.
13:25Pour lui,
13:26il a pris la bonne décision.
13:27Il le dit,
13:28mon gouvernement
13:28n'a pas bradé
13:29les bijoux de famille.
13:30Comme vous le voyez,
13:31mon gouvernement
13:32n'a pas bradé
13:33les bijoux de famille,
13:34pas plus qu'il n'a tué
13:35la poule aux oeufs d'or,
13:37bien au contraire.
13:38Donc,
13:38pour lui,
13:39il n'y a pas de sujet.
13:40Que dit Ségolène Royal
13:41devant les sénateurs
13:42de la commission d'enquête ?
13:43Monsieur le rapporteur,
13:44mesdames et messieurs
13:45les sénateurs.
13:46Ségolène Royal,
13:47elle est interrogée
13:48sur la prolongation
13:48des contrats
13:49avec les sociétés
13:50concessionnaires d'autoroutes
13:51et aussi sur le gel
13:52des tarifs
13:53qui a été compensé
13:54dans les années suivantes.
13:55Et on s'est rendu compte
13:56que ces avenants
13:57au contrat
13:57qui étaient plutôt
13:58à l'avantage
13:59des sociétés
13:59concessionnaires d'autoroutes
14:00ont été signés
14:01notamment par Ségolène Royal.
14:03Mais sauf que Ségolène Royal
14:04dit,
14:05oui,
14:05mais moi,
14:05vous savez,
14:06à l'époque,
14:06j'étais sur d'autres dossiers,
14:07j'avais la préparation
14:08de la conférence de Paris
14:10sur le climat.
14:11Je ne m'occupais pas vraiment
14:12de ce sujet-là.
14:12J'ai signé à la fin
14:13parce qu'on m'a dit
14:14que ça avait été négocié
14:15mais je ne suis pas
14:16allé plus loin que ça.
14:16Je n'ai pas vraiment suivi
14:17parce que d'abord,
14:19en début de l'année,
14:21il y avait la préparation
14:21de la conférence de Paris
14:22sur le climat
14:23parce que c'est un ministère
14:23extrêmement lourd.
14:25Il y avait la loi
14:25de transition énergétique
14:27à faire voter.
14:27Il y a un travail colossal.
14:29Et à partir du moment
14:29où Matignon avait délégué,
14:31il n'y a pas eu de raison
14:32de ne pas faire confiance
14:33à ceux qui étaient chargés
14:35de négocier.
14:37Parmi les responsables politiques
14:38entendus par les sénateurs,
14:40il y a Elisabeth Borne,
14:41la ministre du Travail.
14:42À ce moment-là,
14:43elle était directrice
14:44de cabinet de Ségolène Royal
14:46en 2014 et en 2015
14:47quand le gel
14:48des tarifs des péages
14:49a été annoncé.
14:49Quand elle est auditionnée,
14:51Elisabeth Borne,
14:51elle lâche les coups
14:52contre Ségolène Royal.
14:53Elle le dit,
14:54ce gel a un effet boomerang
14:56pour l'usager
14:56qu'il a payé
14:57par des augmentations ultérieures.
14:59Je continue à penser
15:00que de vouloir prendre
15:02des décisions unilatérales
15:04si elles peuvent
15:04à un moment donné
15:07apparaître valorisantes,
15:09c'est contre-productif
15:10dans la durée.
15:11Et oui,
15:12parce qu'à ce moment-là,
15:13Ségolène Royal,
15:14quand elle a annoncé le gel,
15:15elle s'est fait mousser
15:16politiquement.
15:16C'était quelque chose
15:17qui était plutôt bien vu
15:18par l'opinion publique.
15:19Sauf que derrière,
15:21quand il a fallu négocier
15:22avec les sociétés
15:23concessionnaires d'autoroutes,
15:24l'État a été piaisé
15:25point lié.
15:26Il n'y a pas le choix,
15:26il faut augmenter
15:27chaque année
15:28les tarifs des autoroutes.
15:30Donc à partir du moment
15:30où il y a une année,
15:31on décide de geler,
15:32forcément,
15:33il faut compenser.
15:37On en revient au début
15:38de cet épisode de Codesources.
15:39Le 1er février 2023,
15:41les tarifs des péages
15:43augmentent en moyenne
15:44de 4,75%.
15:46Et cela fait une nouvelle fois
15:48parler de ce problème,
15:49Sébastien Lernou.
15:50D'un mot,
15:51là,
15:51ça fait près de 20 ans
15:52qu'on en parle
15:53et rien n'a évolué.
15:54Non,
15:55rien n'a évolué.
15:55Mais par contre,
15:56depuis 20 ans,
15:56effectivement,
15:57la colère gronde
15:58contre l'augmentation
15:59des tarifs des péages.
16:00Lorsqu'il y a eu
16:00le mouvement des Gilets jaunes,
16:02l'une des raisons
16:03de ce mouvement social,
16:04c'était les hausses
16:05de tarifs des péages.
16:07C'est un sujet
16:07qui revient régulièrement
16:08dans le débat,
16:08notamment lors de la dernière
16:09campagne présidentielle.
16:11Plusieurs candidats
16:11avaient émis
16:12la possibilité
16:13de renationaliser
16:15les autoroutes,
16:16notamment Arnaud Montebourg,
16:17Marine Le Pen.
16:19Mais après,
16:19voilà,
16:19renationaliser,
16:20ça veut dire aussi
16:21mettre beaucoup d'argent
16:22sur la table.
16:23On estime qu'il faut
16:23entre 20 et 50 milliards d'euros
16:25à trouver pour renationaliser.
16:27Beaucoup de responsables politiques
16:28en poste actuellement
16:29sont gênés
16:30sur ce dossier
16:31parce qu'ils ou elles étaient
16:32dans les discussions
16:33au moment de la privatisation
16:34en 2006.
16:35Ben oui,
16:36l'actuel ministre de l'économie,
16:37Bruno Le Maire,
16:38était le directeur de cabinet
16:39de Dominique de Villepin,
16:41le premier ministre
16:41au moment de la privatisation.
16:43C'est lui qui a négocié
16:44avec les sociétés
16:44concessionnaires d'autoroutes.
16:46Elisabeth Borne,
16:47l'actuelle première ministre,
16:49était la directrice
16:50de cabinet de Ségolène Royal
16:51quand elle était
16:52au ministère
16:52de l'Environnement
16:53et des Transports
16:53au moment où il a fallu
16:55renégocier les contrats
16:56pour allonger
16:57la durée des concessions.
16:59Alexis Collère,
17:00qui est l'actuel secrétaire
17:01général de l'Élysée,
17:02le bras droit
17:03d'Emmanuel Macron,
17:04qui était-il à l'époque ?
17:05Il était le directeur
17:05de cabinet d'Emmanuel Macron
17:07quand il était
17:08au ministère de l'économie
17:09et c'est lui également
17:10qui avait négocié
17:10avec Elisabeth Borne.
17:12Tout le monde reconnaît
17:13que l'État
17:13s'est fait avoir
17:14au moment de la négociation
17:16mais c'est très difficile
17:17de le lire publiquement
17:18et de l'assumer poétiquement.
17:19Sébastien Lernou,
17:20Mathieu Pelloli,
17:21le 14 mars,
17:22vous interrogez
17:23Pierre Copé,
17:23le président de Vinci Autoroute
17:25et vous lui posez
17:26toutes les questions
17:27qui fâchent
17:28sur les niveaux de rentabilité,
17:29les augmentations
17:30des tarifs des péages.
17:31Qu'est-ce qu'il répond ?
17:32Alors,
17:33la ligne de défense
17:34des sociétés concessionnaires
17:35d'autoroutes
17:36depuis le début,
17:36c'est de dire
17:37ne regardez pas
17:38notre rentabilité
17:39sur une année
17:39mais regardez la rentabilité
17:41sur toute la durée
17:42de la concession.
17:42Parce que eux,
17:43ce qu'ils disent,
17:44c'est nous au début,
17:45on est obligés
17:45de faire des investissements
17:47colossaux
17:47où la rentabilité
17:48elle est faible
17:49et en revanche,
17:50on compense
17:51ces investissements
17:52de départ
17:52vers la fin
17:53de la durée
17:53des concessions
17:54où là,
17:54effectivement,
17:55notre rentabilité
17:56est importante
17:57et en ce moment,
17:58la rentabilité
17:59en 2022-2023
18:00explose
18:00parce qu'ils disent
18:01oui mais c'est normal,
18:02on arrive à la fin
18:03de la durée
18:03des concessions
18:03donc c'est juste
18:04pour compenser
18:05nos investissements
18:06initiaux.
18:06Monsieur le président
18:08Coquerel,
18:08Monsieur le président
18:10Julesy,
18:10Mesdames et Messieurs
18:11les députés,
18:13Mathieu Pelloli,
18:13le mercredi 22 mars,
18:15le ministre de l'économie
18:16Bruno Le Maire
18:17la commission des finances
18:18et du développement durable
18:19de l'Assemblée nationale,
18:21il reconnaît
18:22que les calculs
18:24faits à l'époque
18:24de la privatisation,
18:26c'est-à-dire en 2006,
18:27n'ont pas été bons
18:28et il dit vouloir
18:30raccourcir
18:30la durée des concessions.
18:32Effectivement,
18:33devant les députés,
18:34Bruno Le Maire
18:34emploie l'expression
18:35« nous nous sommes trompés ».
18:36Nous nous sommes trompés
18:38et nous avons
18:39sous-évalué
18:40l'avantage financier
18:42que pouvait
18:43en tirer
18:43la société concessionnaire.
18:46Et de ce point de vue-là,
18:47voulant éviter toute rente,
18:48il envisage
18:49de raccourcir
18:49la durée des concessions
18:50de quelques années.
18:51Il explique que c'est
18:52un, la voie
18:53qui est juridiquement
18:54la plus fiable
18:55et économiquement
18:56du point de vue de l'État,
18:57celle qui est sans doute
18:58la plus avantageuse.
18:59C'est la raison pour laquelle
19:00il a demandé
19:00au Conseil d'État
19:01de savoir
19:02de quelle manière
19:02il serait possible
19:03de raccourcir
19:04la durée des concessions.
19:05Actuellement,
19:06on attend la réponse
19:06du Conseil d'État.
19:08Sébastien Lernou,
19:08l'autre piste évoquée
19:10ces dernières semaines
19:11par le gouvernement,
19:12c'est celle de taxer plus
19:13les sociétés d'autoroutes.
19:14Oui, effectivement,
19:15le gouvernement a sollicité
19:16le Conseil d'État
19:17pour savoir
19:18si c'était possible.
19:19Le Conseil d'État
19:20vient de rendre son avis.
19:22Effectivement,
19:23l'État peut décider
19:24de taxer davantage
19:25les sociétés
19:26concessionnaires d'autoroutes,
19:27mais à une condition,
19:28qu'elle taxe
19:29de la même manière
19:30les autres concessions.
19:31Parce qu'il n'y a pas
19:32que les autoroutes
19:32qui sont sous forme de concessions.
19:33Aéroport de Paris
19:34qui gère Orly
19:35et Roissy-Charles-de-Gaulle,
19:36par exemple,
19:37est une concession.
19:38Donc, ce que dit
19:38le Conseil d'État,
19:39c'est dit OK,
19:40mais par contre,
19:40il faut que tout le monde
19:41soit logé à la même enseigne.
19:43Et là, Bruno Le Maire,
19:44le ministre de l'Économie,
19:45vient de le dire le 20 juin
19:46qu'il allait regarder
19:47quel allait être
19:47l'impact sur les autres
19:49sociétés concessionnaires
19:50en sachant que, voilà,
19:51l'idée, c'était quand même
19:51de viser les autoroutes,
19:52pas les aéroports.
19:54Donc là, ça rend quand même
19:55le projet un peu délicat
19:57à mettre en œuvre.
19:58D'autant plus qu'il y a aussi
19:59un autre problème,
19:59c'est que dans les contrats
20:01qui ont été signés en 2006,
20:02il y a une clause
20:03qui prévoit que toute modification
20:05de la fiscalité
20:06peut être répercutée
20:07sur le prix des péages.
20:08Donc ça voudrait dire
20:08que si l'État décide
20:09d'augmenter les impôts
20:10des sociétés concessionnaires
20:11d'autoroutes,
20:12tout ce que ça va impliquer,
20:13c'est une augmentation
20:14des prix des péages.
20:15Les entreprises concernées
20:16savent qu'elles sont
20:17dans le collimateur
20:18d'une grande partie
20:19de l'opinion publique
20:20et du gouvernement
20:20et à l'approche de l'été,
20:22elles essaient de faire des gestes.
20:24Oui, effectivement,
20:25toutes les sociétés
20:25concessionnaires d'autoroutes
20:27ont annoncé mi-juin
20:28qu'elles allaient faire un geste
20:29pour certains automobilistes,
20:31notamment ceux qui payent
20:32en chèque vacances
20:33et qui utilisent
20:34les badges de télé-péages
20:35auront entre 10, 15, 20%
20:37de remise sur leur trajet.
20:39Ce n'est pas la première année
20:40qu'elles le font.
20:40Déjà l'année dernière,
20:42elles avaient mis en place
20:42de telles opérations
20:44promotionnelles.
20:45Elles se rendent bien compte
20:46aujourd'hui que de toute façon,
20:47elles sont obligées
20:48de faire un geste
20:49pour faire passer
20:50la pilule des hausses générales
20:52des prix des péages.
20:53Surtout que tout le monde
20:54a bien compris
20:54que dans cette affaire-là,
20:56ce sont les sociétés
20:57concessionnaires d'autoroutes
20:58qui sont très largement gagnantes.
21:00Sébastien Lernou,
21:00cette question est aussi
21:01de plus en plus d'actualités
21:02parce que les concessions
21:04vont bientôt arriver
21:05à leur terme,
21:05on l'a dit,
21:06entre 2031 et 2036.
21:08Oui, effectivement.
21:09Et à l'échelle de projets
21:10comme les autoroutes,
21:102031, 2036, c'est demain.
21:12Donc la vraie question,
21:13c'est qu'est-ce qu'on fait
21:14à ce moment-là des autoroutes ?
21:15Est-ce qu'on repart
21:16sur un système de concession ?
21:18Mais alors là,
21:19sous quelle forme
21:20et comment est-ce que
21:20les contrats vont être rédigés ?
21:22Est-ce qu'on va mettre en place
21:23des clauses de revoyure
21:24qu'il n'y a pas eu
21:25dans les premiers ?
21:26Ou est-ce que l'État
21:27récupère la gestion
21:31pour ça qu'il y a autant
21:32de discussions sur le sujet ?
21:47Merci à Sébastien Lernou
21:49et Mathieu Pelloli.
21:50Code Source est le podcast
21:51quotidien d'Actualité du Parisien.
21:53Nous publions un nouvel épisode
21:54chaque soir de la semaine.
21:56Abonnez-vous sur n'importe
21:57quelle application audio
21:58pour nous retrouver facilement.
22:00Cet épisode de Code Source
22:01a été produit par
22:02Julia Paré,
22:03Raphaël Pueyo
22:04et Clara Garnier-Amouroux.
22:06Réalisation,
22:06Julien Moncouquiol.
22:09Réalisation, Julien Moncouquiol.
22:10Réalisation, Julien Moncouquiol.
22:17Réalisation, Julien Moncouquiol.
22:25Réalisation, Julien Moncouquiol.
22:25Réalisation, Julien Moncouquiol.
22:26Réalisation, Julien Moncouquiol.

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