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  • il y a 9 heures
Violée à plusieurs reprises par son entraîneur dès l'âge de 15 ans, elle avait révélé son calvaire dans son livre "Un si long silence". Le chemin vers la prise de conscience, le raz-de-marée médiatique de l'affaire, sa lente reconstruction... L'ancienne championne se confie au micro de Code Source.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Thibault Lambert, Mona Delahais et Ambre Rosala - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian.

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Transcription
00:02Bonjour, je suis Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Vous vous souvenez peut-être du témoignage de Sarah Habitbol il y a un peu plus d'un an.
00:17En janvier 2020, l'ancienne championne de patinage artistique racontait dans un livre avoir été violée par son entraîneur à
00:25plusieurs reprises dès l'âge de 15 ans.
00:27Son récit avait brisé le tabou des violences sexuelles au sein de sa discipline.
00:32Pour Code Source, Sarah Habitbol a accepté de se confier sur son histoire et sa vie depuis la sortie du
00:38livre.
00:39Elle répond à Claudia Prolongeau depuis Miami aux Etats-Unis.
00:55Sarah Habitbol est née en 1975.
00:58Elle commence son enfance à Nantes, entourée de son demi-frère et de ses parents.
01:03Sa mère accompagne souvent les sorties scolaires, son père, propriétaire d'une boîte de nuit, travaille beaucoup.
01:07Tous les trois adorent Sarah, une petite fille dynamique, un peu capricieuse, mais pleine d'énergie et très attachante.
01:18J'ai commencé le patinage à 5 ans.
01:20C'est la fiancée de mon cousin qui m'a emmenée pour la première fois sur la glace.
01:25Et la deuxième fois, c'est avec l'école.
01:27Là, vraiment, ça a marqué ma maman qui encadrait souvent l'école.
01:31Et il y a un entraîneur qui est venu la voir en disant
01:34« Cette petite, elle a l'air douée, elle est allée sur glace directement.
01:37Est-ce qu'elle voudrait faire partie du club et faire quelques heures par semaine ? »
01:41Ma maman a dit « Oui, c'est ma fille, donc ça tombe bien, je vais lui demander. »
01:44C'est comme ça que tout a commencé, ma passion sur la glace.
01:47Et c'est vrai que dès que j'ai mis les patins, j'ai vraiment adoré la sensation de glisse.
01:53Pourtant, ce n'est pas facile, il fait froid.
01:54Et j'ai commencé comme ça.
01:57Quand elle se blesse les pieds, Sarah les soigne à coups d'escalopes de veau et d'oignons avec du
02:01sel dans un chiffon,
02:02appliqués toute la nuit.
02:04Une recette de sa grand-mère.
02:05Au fil des heures d'entraînement, les doigts, les lèvres, les pieds de Sarah sont systématiquement gelés.
02:10Mais rien n'est trop dur pour satisfaire cette passion naissante.
02:13Les parents, eux, s'organisent autour de leur petite fille.
02:17Sa mère se lève à 5h du matin pour l'emmener à la patinoire avant l'école,
02:21rebelote à l'heure du déjeuner et à nouveau le soir, après la sortie de classe.
02:25Quelques années plus tard, Sarah est devenue le plus grand espoir de la patinoire de Nantes.
02:30Pour continuer à progresser et devenir une sportive de haut niveau,
02:34elle doit intégrer un prestigieux club parisien et rentrer en parallèle à l'école des enfants du spectacle,
02:39qui permet aux jeunes sportifs ou artistes de commencer leur carrière tout en continuant l'école en horaire aménagé.
02:48On a essayé de trouver un appartement à Paris qui n'était pas loin de la patinoire de Versy.
02:54Il fallait que je sois acceptée à l'école des enfants du spectacle par rapport à un certain niveau scolaire.
02:59Et donc un jour, je reçois le courrier de l'école des enfants du spectacle qui m'acceptait à l
03:03'école.
03:03Et là, on a tout mis en place pour pouvoir déménager et que mon père puisse venir à Paris avec
03:11ma mère et faire des allers-retours à Nantes.
03:13Donc beaucoup de sacrifices effectivement de leur part.
03:16Beaucoup de temps passé et aussi beaucoup d'argent dépensé dans ce sport.
03:20Les débuts à Paris sont formidables pour Sarah.
03:22Elle s'entend à merveille avec Jean-Christophe, son entraîneur, et progresse toujours davantage.
03:26Puis Jean-Christophe est envoyé à Nice.
03:29Et son entraîneur devient Monsieur Haut, un homme dur, violent avec les patineuses quand elles ne réussissent pas,
03:34et qui se colle à elles pour forcer leurs étirements.
03:37Elle travaille d'arrache-pied, enchaîne les stages à la Roche-sur-Yon, mais peu à peu, Sarah perd confiance.
03:43Au lieu de continuer à progresser avec les triples sauts que je faisais,
03:46je sortais de compétition solo en faisant trois chutes par programme, les bras ballants.
03:51J'avais plus l'envie, j'avais plus le cœur à patiner.
03:55Et je n'arrivais pas à comprendre pourquoi, en fait.
03:58Donc je me suis dit, bon ben voilà, pourquoi pas essayer le couple ?
04:01Puisque les entraîneurs à l'époque m'avaient dit qu'effectivement j'étais petite, gracieuse, très tonique,
04:08que je sautais très haut, que j'avais peur de rien, avec une très bonne technique.
04:11Donc je me suis dit, puisque sur la glace en solo, ça ne va plus,
04:15et que je ne retrouve plus du tout l'amour et la passion que j'ai pour ce sport, le
04:19patinage,
04:20je vais essayer le couple artistique.
04:21Et j'ai essayé le couple effectivement à 17 ans, avec Stéphane Bernadis, qui en avait 18.
04:26Et on est tombé amoureux de la glace du couple, et ensuite amoureux dans la vie quelques temps plus tard.
04:32Et on a effectivement eu une très belle carrière ensemble durant plus de 10 ans.
04:39Sarah ne va pas très bien.
04:41Elle est angoissée, a peur d'être seule, ne veut pas traverser le parking de la patinoire sans Stéphane,
04:46doit prendre des calmants pour monter dans un avion.
04:48Pourtant avec Stéphane, elle rafle presque tout.
04:51Ils sont parfaitement coordonnés, amoureux, et tous les ans, ils sont sur les podiums européens et mondiaux.
04:57Ils sont même 6e aux Jeux Olympiques en 98, et 10 fois consécutives,
05:021er au championnat de France entre 94 et 2003.
05:08Je crois que le plus beau souvenir, c'est la première médaille au championnat d'Europe à Sofia.
05:13On était 5e du programme court, et puis le programme libre, on fait un programme libre super,
05:18avec tous les sauts, tous les portés, tous les sauts lancés qui passent,
05:21et on monte sur le podium des championnats d'Europe à Sofia, donc médaille de bronze.
05:25Ça n'est pas arrivé depuis André Joly-Brunet 1932.
05:30Et là, mon père, il descend, il saute des gradins, il passe tous les barrages pour nous embrasser,
05:35nous dire « je le savais, je savais qu'un jour tu réussirais, que vous réussiriez ».
05:39Et là, on se dit « ça y est, c'est le démarrage d'une carrière internationale ».
05:42Et quoi qu'il arrive, quand on a déjà un titre européen, on se dit « on a déjà réussi
05:46notre carrière ».
05:47En 2002, alors que Stéphane et Sarah se préparent depuis des mois pour les Jeux olympiques,
05:52et qu'ils sont les seuls au monde à maîtriser un saut extrêmement difficile,
05:56le triple Axel, son tendon d'Achille se rompt.
05:58Mon corps a parlé en premier, je pense que mon corps s'est arrêté,
06:01et c'est là où j'ai la mémoire traumatique des choses qui me reviennent un peu bizarres,
06:05et que je n'arrive pas à comprendre ce qui m'arrive.
06:07Et c'est à ce moment-là aussi que je dis à Stéphane « j'arrête la compétition, faisons l
06:11'idée en ice ».
06:11Et c'est à ce moment-là que je me dis aussi « ça ne va plus entre nous, on
06:14est trop comme frères et sœurs, on se connaît trop ».
06:16Donc effectivement, en 2003 ou 2004, on se sépare au niveau du couple sentimental,
06:23mais on ne se sépare pas sur glace, puisque nous sommes vedettes d'Olide en ice à ce moment-là,
06:27en Allemagne et en France, c'est une tournée européenne.
06:30Sarah rencontre un autre homme, Olivier.
06:33Il se voit tout le temps, discute beaucoup, tombe amoureux.
06:36Malgré sa réussite, Olivier trouve Sarah triste et renfermée.
06:40Il ne comprend pas, s'inquiète pour elle, et un jour, il lui pose la question.
06:45Il voyait mon mal-être, bien sûr.
06:47Et un jour, il a compris, il a compris intimement aussi, je pense, qu'il se passait des choses.
06:53Et c'est vrai qu'il a mis la main sur mon épaule et qu'il m'a dit «
06:56Sarah, il faut que tu me parles, Sarah ».
06:58Il s'est passé quelque chose, c'est sûr, dans ton enfance, il faut que tu me parles, il y
07:02a quelque chose.
07:03J'écoute ce qu'il me dit, en plus je suis recroquevillée sur moi-même comme un petit fœtus.
07:09Et c'est là où j'ai le flash de mon entraîneur qui est assis sur mon lit et c
07:13'est là où me reviennent les premières agressions.
07:18Cet entraîneur, c'est Monsieur O, celui qui jetait les filles contre le plexiglas de la patinoire quand il estimait
07:23qu'elles étaient capricieuses,
07:25celui qui insistait pour que Sarah vienne en stage à la Roche-sur-Yon et qui un jour, quand elle
07:29avait 15 ans,
07:30la réveillait à la lampe-torche, assis sur son lit et lui a demandé « Tu ne trouves pas bizarre
07:34que je sois là ? »
07:37Puis c'est lui qui l'a violée. De retour à Paris, il insistait auprès des parents de Sarah pour
07:41la garder plus tard le soir, à la patinoire.
07:44Il la ramènerait en voiture après. Ça a duré deux ans, puis Sarah a rencontré Stéphane, ne l'a plus
07:50quittée.
07:51Les viols ont cessé et Sarah a oublié.
07:58Je tombe dans l'amnésie traumatique très rapidement après les faits,
08:03donc c'est le cerveau qui se protège de choses horribles qui nous arrivent.
08:08Et puis le cerveau met ça de côté, en fait, jusqu'au jour où il y a quelque chose qui
08:12déclenche.
08:13Mais je le vois, mon agresseur, je le vois, je lui dis bonjour.
08:15Bon, il ne s'occupe plus du tout de moi, il fait des simples plannings, donc on le croise à
08:19la patinoire,
08:20mais il ne s'occupe pas vraiment de ma carrière.
08:21Parfois, il vient en compétition, championnat d'Europe et du monde,
08:25parce qu'il fait partie de la Fédération et de l'équipe de France.
08:28Mais j'oublie, effectivement, j'oublie.
08:30C'est dans une partie de mon cerveau, voilà, c'est oublié.
08:34En le racontant à Olivier, Sarah prend conscience de ce qu'elle a vécu.
08:38Elle ne prononce pas le mot « viol », il lui faudra encore des années,
08:41et la sortie de son livre pour réussir à le faire.
08:44Mais elle dit qu'elle a été abusée.
08:46Olivier la supplie d'en parler à ses parents.
08:48Ils tombent des nues.
08:49Ils avaient tellement confiance en M. O.
08:52On est alors en 2004, MeToo n'est pas passé par là.
08:55Sarah ne veut pas porter plainte, ses parents respectent cela et n'insistent pas.
08:59Ils prennent malgré tout rendez-vous avec M. O, pour lui dire ce qu'ils pensent de lui.
09:03Lui demande pardon, l'échange est vif, mais on en reste là.
09:11Après avoir parlé, Sarah essaye de remonter la pente.
09:14Elle continue à tracer sa vie professionnelle, de façon à éviter le plus possible M. O.
09:19Elle monte sa troupe de spectacles d'hiver, rêve de glace,
09:22s'entraîne dans des patinoires de moins bonne qualité pour ne pas devoir aller dans celle de M. O.
09:27Elle se sépare d'Olivier, rencontre Jean-Louis.
09:29Peu après la naissance de leur fille, en 2014,
09:32ils partent vivre à Miami, où Sarah donne des cours de patinage.
09:36Là-bas, au moins, elle ne croisera pas M. O.
09:39En 2017, Sarah Habitbol regarde le film écrit par Flavie Flamand, La Consolation.
09:45Dedans, elle raconte comment, à 13 ans, elle a été abusée par le photographe David Hamilton.
09:50Bouleversée, elle arrive à joindre l'animatrice de télé,
09:53qui accepte d'échanger avec elle sur Skype.
09:55Elle lui dit,
09:56« Tu n'es plus toute seule. On s'en sort, Sarah, mais ça va prendre du temps.
10:00Que veux-tu faire ? Veux-tu voir un psy ? Veux-tu le faire savoir ? »
10:04Et elle lui donne le numéro d'une journaliste de l'Obs,
10:06Emmanuelle Anizon, qui elle-même la met en contact avec l'éditrice de chez Plon, Clarisse Cohen.
10:17C'est là où je me suis dit,
10:19« Oui, effectivement, il faut qu'on recherche d'autres victimes. »
10:22Et il y avait eu aussi des « oui-dire » à l'époque de mon agresseur
10:25qui avait dormi avec une jeune fille de 17 ans, je crois, lors d'un gala.
10:30Et il avait d'ailleurs eu des problèmes avec les parents.
10:33On avait aussi eu des problèmes avec une ancienne sportive de haut niveau patineuse
10:37avec des lettres d'amour et des fleurs.
10:39Mais jamais quelqu'un qui avait vraiment porté plainte pour viol avec des faits concrets.
10:44Donc c'est à ce moment-là que nous, on a recherché des victimes.
10:46On en a retrouvé, mais c'est vrai que certaines disent,
10:49« Écoutez, ça fait 30 ans, maintenant vous m'appelez,
10:51vous ne me donnez pas de nouvelles et vous m'appelez en me demandant ça.
10:54Donc moi, je n'ai rien à vous dire. »
10:56Et je peux comprendre, beaucoup de femmes ou de jeunes femmes
10:58qui ne veulent pas revenir en arrière et qui ne veulent même peut-être ne pas se souvenir.
11:02Et nous, on a mis en avant notre enquête.
11:05Et Emmanuel Anizon m'a proposé d'écrire toute mon histoire
11:08pour que ça ait un impact encore plus important au niveau des agressions sexuelles dans le sport.
11:13Les jours qui précèdent la sortie du livre, Sarah est terrorisée.
11:16Je ne suis pas bien du tout.
11:18D'ailleurs, j'appelle Clarisse Cohen et Emmanuel Anizon en leur disant,
11:22« Écoutez, je ne peux pas. Je ne peux pas voir le mot sur la page violée par son entraîneur.
11:28Donc vous retirez ce titre-là. »
11:31Ils disent, « Mais c'est parti en impression, Sarah. Tu étais d'accord ? »
11:35J'ai dit, « Non, mais je ne peux pas. »
11:37Et là, j'ai reparlé à ma psychologue derrière qui m'a dit,
11:40« Tu sais, Sarah, si tu ne poses pas les mots et si tu ne vas pas à fond,
11:43tu ne vas pas guérir non plus. Donc il faut poser les mots.
11:46Il faut que tu te mettes dans la tête cette photo, ces phrases-là.
11:50Il faut que tu te visualises juste avant la sortie.
11:54Mais je te conseille d'aller au bout et de rester avec ces phrases-là. »
11:58Et de toute façon, le livre étant en impression, c'était impossible d'arrêter ou de changer le titre.
12:04C'est moi qui ai simplement paniqué et qui ne voulais plus diffuser le livre par peur, par honte.
12:10Et oui, j'ai voulu tout arrêter.
12:12Quand le livre sort, le 1er février 2020, il fait l'effet d'une bombe.
12:16Des extraits sont repris partout dans la presse.
12:18Sarah est interviewée et très vite, M. O est identifié et exclu du prestigieux club Les Français volants.
12:24Gilles Beyer, puisque c'est son nom, reconnaît des relations intimes et inappropriées avec la championne.
12:32Pourquoi est-ce que dans le livre, vous l'appelez M. O ?
12:35« O comme Omerta, O comme Ordure. »
12:38« Votre témoignage dans le patinage artistique, il a pour effet que les langues se délient. »
12:42« Oui, oui, il y a des femmes qui sont venues me voir, effectivement. Et on s'est comprises dans
12:48les yeux, simplement en se regardant. »
12:50« Sarah, il faut que je te parle. » J'avais compris tout de suite. »
12:53« Gilles Beyer, il s'est aussi excusé publiquement. Qu'est-ce que ça vous a fait ? »
12:57« Pas grand-chose, honnêtement. Il s'est excusé, mais pour moi, j'excuse rien. Avant, j'étais toujours la
13:03gamine qui le voyait, même quand je le croisais encore. Je le voyais comme une petite fille de 15 ans.
13:09J'en avais encore un peu peur.
13:10Mais maintenant que je pose des mots et que je vois vraiment le mal qu'il m'a fait au
13:14cours de plein d'années, puisque aujourd'hui j'ai 45 ans et que j'ai encore des séquelles, non,
13:18je n'excuse rien. »
13:21Un an après la sortie d'un si long silence, Sarah a fait du chemin.
13:24« Maintenant que j'ai parlé, maintenant que j'ai sorti tout ça de mon corps, de ma tête, de
13:30mes tripes, déjà je conduis avec ma voiture toute seule, partout.
13:35Alors qu'avant, je ne pouvais pas non plus conduire toute seule. Il fallait vraiment que je connaisse le chemin
13:39avant, qu'on m'accompagne une première fois.
13:41Donc ça, déjà, j'ai beaucoup progressé. Les grands centres commerciaux, je le fais de plus en plus, mais il
13:48ne faut pas que ça dure trop longtemps.
13:49Il faut que j'ai mes repères, il faut que j'ai mes repères de porte pour pouvoir respirer au
13:53cas où. Donc ça va mieux.
13:54Et la claustrophobie, je pense effectivement que c'est la voiture fermée à clé avec les agressions, le bureau fermé
14:01avec des agressions.
14:02Bien sûr que c'est à cause de ça, oui, bien sûr. On guérit, on va mieux. Je suis debout,
14:07je me suis relevé et je vais mieux.
14:09Mais il y a toujours des flashs qui reviennent, je pense, pour toute la vie, malheureusement.
14:14C'est des choses qui sont trop graves et qui sont trop impliquées dans notre mémoire.
14:17Votre livre est rythmé par des cauchemars que vous racontez, où il apparaît pendant vos nuits.
14:22Est-ce que vous faites encore des cauchemars ou est-ce que depuis la sortie du livre, ça, ça a
14:26un peu disparu ?
14:28Écoutez, j'en ai fait encore un ou deux.
14:30Et le dernier, le cauchemar, en gros, que j'ai fait sur lui, c'est qu'on est dans une
14:35grande salle après un spectacle.
14:37C'est une salle de banquet où tout le monde danse. Il y a d'ailleurs sa femme qui est
14:40présente.
14:41Et d'un coup, on se retrouve tous les deux. Et moi, je suis allongée par terre, habillée.
14:46Et là, il commence, en fait, à vouloir me déshabiller et faire comme d'habitude, entre guillemets.
14:51Et là, je crie non, non, non. Et à ce moment-là, je me réveille.
14:55Donc maintenant que j'ai posé des mots, que j'ai parlé de ce mot viol et que je suis
14:59consciente de ce qui m'est arrivé et que j'essaie de guérir,
15:01et bien maintenant, je dis non, en fait. Le dernier était celui-là.
15:04Après, parfois, quand je me réveille, je le vois encore, mais je ne me souviens plus du rêve.
15:09J'ai juste une image, en fait, bizarrement.
15:11Là, je crois qu'il y a quelques jours, c'est pareil, j'appelle ça évidemment des cauchemars,
15:16mais il était juste présent par son image, mais je ne me rappelle pas du reste.
15:19Donc je pense que ça disparaît, en fait. Je pense que au fur et à mesure, l'image s'en
15:22va et les cauchemars vont partir.
15:34Dans les dernières lignes de son livre, Sarah Abitbol écrit que malgré ses médailles,
15:39sa plus belle victoire sera probablement d'avoir réussi à livrer ce témoignage poignant.
15:44Un an après, elle confirme que c'est bien le cas.
15:47Le ministère a reçu vraiment beaucoup d'appels et à chaque fois, les athlètes disaient,
15:51c'est grâce au témoignage de Sarah Abitbol qu'aujourd'hui, on ose parler et on ose dénoncer.
15:57Quand je vois aujourd'hui le nombre de victimes qui parlent, parce que la parole libère la parole,
16:03je me dis que oui, c'est ma plus belle victoire.
16:22Claudia, pendant cet entretien, Sarah Abitbol a aussi tenu à te parler de son père.
16:27Il n'a pas eu le temps de l'avoir témoigné publiquement.
16:30Il est mort juste une semaine avant la parution du livre.
16:35Ça a été très dur pour Sarah Abitbol parce qu'elle a été énormément soutenue en tant que championne.
16:40Puis lorsqu'elle a fait ses révélations par ses parents, son père était malade.
16:45Il a quand même eu le temps déjà de lui dire qu'il était de son côté, qu'il pensait
16:49qu'écrire ce livre lui ferait du bien.
16:51Et juste avant, quand elle a su qu'il allait mourir, elle a essayé absolument de récupérer la quatrième de
16:56couverture pour la lui faire lire.
16:58Elle a eu le temps de la lui faire lire et il lui a fait un signe du pouce.
17:02Il lui a dit Sarah, ça va te faire du bien.
17:04Et c'était quasiment ses derniers mots.
17:06Concernant Gilles Bailleur, son ancien entraîneur, qu'elle accuse de viol et d'agression sexuelle,
17:11est-ce qu'une enquête a été ouverte ?
17:13Une enquête a été ouverte dès février 2020 et en janvier 2021.
17:18Il a été entendu par les enquêteurs et mis en examen pour agression sexuelle et harcèlement sexuel.
17:24Pour le moment, il y a six victimes qui ont été identifiées, donc cinq en plus de Sarah Abitbol.
17:29Depuis le témoignage de Sarah Abitbol et des autres victimes d'abus sexuels,
17:34j'imagine que la Fédération française des sports de glace s'est emparée de cette question.
17:38Au moment où le scandale a éclaté, Didier Gaillaguet, qui était le président de la Fédération française des sports de
17:43glace,
17:44a démissionné parce qu'on le soupçonnait, on l'a accusé en tout cas d'avoir été au courant des
17:49agissements de Gilles Bailleur et de les avoir couverts.
17:51Et à sa place, c'est Nathalie Péchala qui a été élue.
17:55Nathalie Péchala, c'est une patineuse artistique qui est assez connue, qui est elle très engagée contre les violences sexuelles.
18:03Elle dit que c'est vraiment son combat premier, qu'elle a envie évidemment de tout changer, mais qu'elle
18:08ne peut pas le faire en quelques mois.
18:09On lui reproche beaucoup de ne pas aller assez rapidement.
18:11Mais voilà, elle de son côté, elle dit qu'elle travaille, qu'elle fait tout ce qu'elle peut et
18:15que juste ça prend du temps.
18:19Merci Claudia Prolongeau.
18:20Cet épisode a été produit par Mona Delahaye et Ambre Rosala, à la réalisation Julien Moncouquiole.
18:27Code Source est le podcast d'actualité du Parisien, disponible chaque soir du lundi au vendredi.
18:32Si vous aimez Code Source, abonnez-vous pour ne rater aucun épisode sur Apple Podcast ou Google Podcast.
18:38Et puis dites-le nous en laissant des petites étoiles ou un commentaire sur votre application préférée.
18:43Vous pouvez aussi nous écrire code-source-at-le-parisien.fr
18:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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