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Une enquête pour homicide volontaire a été ouverte par le parquet de Lyon à la suite de la mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite de 23 ans, décédé avoir été roué de coups jeudi 12 février.
Code source fait le point sur cette affaire. Récit avec trois journalistes du Parisien : Damien Delseny, chef du service police-justice, Pierre Maurer du service politique et Vincent Mongaillard du service reportage.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : AFP.

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#codesource #quentinderanque #faitsdivers #extremedroite

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Quentin de Ranque, un militant d'extrême droite âgé de 23 ans, est mort le samedi 14 février.
00:17Il a été victime d'un passage à tabac deux jours plus tôt à Lyon, en marge d'une conférence
00:22de l'eurodéputé LFI Rima Hassan.
00:25Deux collaborateurs d'un député LFI, Raphaël Arnaud, sont soupçonnés d'avoir participé à ce meurtre.
00:32L'un d'entre eux est mis en examen pour homicide volontaire, le second pour complicité d'homicide volontaire.
00:39Que s'est-il passé le jeudi 12 février à Lyon ? Où en est l'enquête aujourd'hui ?
00:43On fait le point dans Codesources avec trois journalistes du Parisien, Vincent Mongaillard du service Reportage,
00:49Pierre Morer du service Politique et Damien Delceny, chef de notre service Police Justice.
00:58Vincent Mongaillard, vous avez été à Lyon après la mort de Quentin de Ranque.
01:01Vous y aviez été aussi en novembre 2022 pour faire un reportage sur l'extrême droite lyonnaise et sur la
01:07mouvance identitaire.
01:08À Lyon, il y a plusieurs groupes de jeunes militants d'extrême droite et d'extrême gauche. Expliquez-nous ça.
01:14Oui, il y a d'abord une longue tradition de l'ultra droite, de groupes que l'on pourrait qualifier
01:20de néofascistes à Lyon.
01:23Ça remonte aux années 80 avec des mouvements que l'on appelle nationalistes révolutionnaires.
01:29Ensuite, durant les années 2000-2010, on a un mouvement identitaire qui s'appelle Génération Identitaire
01:36qui s'est installé dans cette ville, qui a été dissous, mais ensuite qui a été remplacé par les remparts
01:43dans le Vieux Lyon.
01:44Les remparts ont un bar qui s'appelle la Traboule, qui est un fief de ce qu'on va appeler
01:49entre guillemets les fachos de Lyon.
01:51Et parallèlement au développement de ces mouvements néofascistes, s'est créé ce qu'ils appellent une résistance à cette mouvance
02:02néofasciste
02:03à travers le GAL, le groupe antifasciste Lyon et Environ.
02:09Et depuis au moins 2013, il y a eu plusieurs affrontements entre ces différents groupes.
02:13Ils s'affrontent lors de batailles rangées en faisant des incursions dans le territoire de l'autre.
02:20Il faut savoir que les mouvements néofascistes, leur fief, c'est dans le Vieux Lyon.
02:26Quant au mouvement antifa, ils se positionnent plutôt sur les hauteurs de ce qu'on appelle les pentes de la
02:34Croix-Rousse.
02:35Mais régulièrement, il y a des incursions dans le territoire de l'autre.
02:40C'est par exemple les néofascistes qui vont aller à la Croix-Rousse prendre d'assaut une librairie libertaire.
02:49Et parallèlement, on va avoir des antifas qui vont descendre de leur colline pour aller attaquer des jeunes néofascistes
02:58qui sont en train de prendre un verre à un bar du Vieux Lyon.
03:02Et les affrontements sont réguliers ? On a du mal à mesurer.
03:05Les affrontements sont réguliers.
03:07Ils peuvent aussi avoir lieu lors d'une manifestation.
03:09Par exemple, en 2019, lors d'un samedi de manifestation de gilets jaunes,
03:15on a des néofascistes qui s'étaient infiltrés en portant le gilet jaune
03:21et qui, à un moment donné, lors de la manifestation, se sont battus à coups de ceinture avec des antifas.
03:27Et est-ce que ces affrontements avaient déjà fait des morts ?
03:29Jusqu'à présent, pas de morts, des blessés tout de même, parfois au couteau,
03:35mais très très rarement de plaintes.
03:37Généralement, ils bataillent entre eux sans en rendre compte aux autorités judiciaires et policières.
03:44Mais pendant votre reportage à Lyon, on vous explique qu'en 2025, il y a eu moins de rixes entre
03:49militants des deux camps.
03:50Oui, c'est ce que me dit une source sécuritaire, que paradoxalement, ces douze derniers mois, la situation s'était
03:59un peu apaisée.
04:00Pourquoi ? Parce que les autorités ont pris des arrêtés pour interdire et dissoudre les associations des différents groupes antagonistes.
04:11Il y a aussi eu des condamnations et des interpellations.
04:14Donc, on est plutôt dans un climat moins tendu que d'habitude.
04:19On en vient aux événements du jeudi 12 février.
04:22La députée européenne La France Insoumise, Rima Hassan, est invitée à tenir une conférence à Sciences Po Lyon.
04:29La conférence doit avoir lieu entre 18h et 20h.
04:32Pierre Morer, d'abord, qui est Rima Hassan et pourquoi est-elle souvent impliquée dans des polémiques ?
04:38Rima Hassan, c'est une eurodéputée LFI.
04:42Au départ, c'est une juriste en droit international.
04:44Elle a rejoint les rangs des LFI à partir des élections européennes.
04:49Et elle suscite régulièrement la polémique pour ses positions pro-palestiniennes, qu'elle défend avec véhémence, notamment sur le réseau
04:57social X.
04:58Elle mène des conférences régulièrement à travers le pays, souvent dans les instituts de sciences politiques ou dans les facultés.
05:05Et ses conférences, très suivies par la jeunesse militante de gauche, donnent régulièrement lieu à des heures.
05:13Un petit groupe d'extrême droite a prévu de manifester devant Sciences Po Lyon.
05:16C'est Némésis.
05:18C'est quoi Némésis ?
05:19Donc Némésis, c'est un collectif de jeunes femmes qui se revendiquent féministes.
05:23Elles sont aussi identitaires, puisqu'elles font régulièrement le lien entre immigration et violences faites aux femmes.
05:30On évalue leur nombre à peu près à 300 et elles sont coutumières de happening, c'est-à-dire qu
05:37'elles interviennent dans des événements de gauche pour perturber ces événements et porter leurs revendications.
05:43Damien Delceni, Némésis, a demandé à des sympathisants de venir les aider en cas de problème à Lyon.
05:49Oui, on vient de le dire, Némésis, c'est un groupe qui est exclusivement constitué de jeunes femmes et de
05:52jeunes filles.
05:53Donc elles ont l'habitude, quand elles vont faire des actions, j'allais dire en terrain ennemi, mais presque, de
05:59se faire accompagner.
06:00Alors, ce n'est pas un service d'ordre au sens strict du service d'ordre, c'est-à-dire
06:04qu'elles sont entourées de militants, de garçons,
06:07qui viennent aussi de mouvements identitaires ou de mouvements d'ultra-droite,
06:11qui ne sont pas un service d'ordre officiel, mais qui sont là effectivement pour encadrer au cas où.
06:15Damien Delceni, est-ce que les forces de l'ordre ont prévu un dispositif particulier pour surveiller cet événement,
06:20donc la venue de Rima Hassan à Sciences Po Lyon, qui est contestée par un groupuscule d'extrême droite ?
06:26Alors, un dispositif particulier en termes d'ordre public, non.
06:30C'est un dispositif classique, on sait que quand Rima Hassan vient, il y a une protection,
06:36il y a un dispositif un peu classique, mais pas exceptionnel.
06:38En revanche, ce dispositif d'ordre public, c'est-à-dire pour surveiller d'éventuels troubles, d'éventuels bagarres,
06:44il est doublé dans ces cas-là d'un dispositif de renseignement,
06:47c'est-à-dire que sur place, il y a des policiers du renseignement territorial qui sont là d'ailleurs
06:52plutôt pour, j'allais dire, enrichir leurs fichiers,
06:55c'est-à-dire ils regardent un petit peu qui est là, qui vient encadrer la manifestation côté Némésis,
07:00qui est là côté mouvement ultra-gauche,
07:03et ça leur permet, encore une fois, d'enrichir un petit peu leurs fichiers,
07:06leur connaissance des différents groupes, qu'ils soient d'ultra-droite ou d'ultra-gauche.
07:10Mais un dispositif vraiment d'ordre public exceptionnel, non.
07:13Il y a un dispositif policier classique.
07:15Vers 18h, près de Sciences Po Lyon, il y a des premiers gestes violents.
07:19Les manifestantes de Némésis sont prises à partie.
07:22Oui, elles sont d'abord prises à partie verbalement par un premier groupe de garçons.
07:27On se rapproche, on commence à se parler très très près,
07:29et puis ça se termine par une militante de Némésis qui est prise au niveau du cou,
07:35une forme de clé de bras au niveau du cou, et qui se retrouve au sol.
07:38Donc il n'y a pas réellement une bagarre, mais en tout cas, il y a un contact physique relativement
07:42violent,
07:42puisque c'est un garçon qui prend une jeune militante de Némésis par le cou et qui la projette au
07:47sol.
07:47Dans un deuxième temps, une violente bagarre éclate un peu plus loin entre les militants d'extrême-gauche
07:52et les militants d'extrême-droite qui étaient venus pour assurer donc la protection de Némésis.
07:56Oui, ce fameux service d'ordre, entre guillemets, de Némésis,
07:59qui se retrouve en confrontation directe avec des militants d'ultra-gauche
08:03qui étaient eux venus pour encadrer, entre guillemets, la venue de Rima Hassan.
08:07Donc ça donne lieu à un face-à-face, à un début de bagarre.
08:11Effectivement, on voit des gens qui sont soit avec des béquilles,
08:14qui sont souvent utilisés pour autre chose que leur but initial,
08:17c'est-à-dire que c'est plutôt des armes par destination, comme on dit.
08:20Il y a aussi des manches de parapluie, enfin voilà,
08:23des choses, entre guillemets, malheureusement, qu'on est habitué à voir dans ce type de rixes.
08:27Il y a un début de confrontation assez violente entre les deux groupes.
08:30Dans un troisième temps et dans un autre lieu, à environ 400 mètres de Sciences Po,
08:34de l'autre côté des voies ferrées de la gare Lyon-Pérage, rue Victor-Lagrange,
08:39des militants d'ultra-gauche prennent le dessus, les identitaires se dispersent,
08:43mais trois d'entre eux n'arrivent pas à s'enfuir.
08:45Oui, c'est ce qui se passe souvent dans ces rixes, ou dans ces débuts de bagarre,
08:49ou dans ces affrontements, c'est qu'à un moment donné, il y a une forme de dispersion,
08:52c'est-à-dire que les deux groupes partent d'un côté ou de l'autre,
08:56et c'est celui qui est le plus nombreux qui se met à courser l'autre, en réalité,
08:59le groupe le plus nombreux.
09:00Et là, c'est ce qui se passe, le groupe constitué de militants d'ultra-gauche est plus compact,
09:05et effectivement, ils se retrouvent dans cette rue avec trois militants d'ultra-droite,
09:12isolés du reste de leur groupe à eux, et dans ce groupe, il y a le jeune Quentin
09:16qui va se retrouver avec deux copains, et ils vont être pris à partie par une dizaine,
09:21une petite dizaine de militants d'ultra-gauche.
09:24Et là, Quentin de Ranck est battu à mort.
09:27Oui, c'est-à-dire qu'il est d'abord mis au sol, à côté d'un réverbère,
09:31et ce qu'on perçoit ensuite sur les vidéos, c'est plusieurs coups qui lui sont portés,
09:35des coups de pieds notamment, mais des coups de poing aussi,
09:38beaucoup au niveau du visage et de la tête.
09:40On voit très bien qu'à un moment donné, il est inerte, c'est-à-dire qu'il est KO,
09:45et malgré ça, les assaillants, certains assaillants,
09:48continuent à lui porter des coups alors qu'il est au sol.
09:51Il faut savoir qu'ils battent aussi deux autres copains de Quentin
09:54qui sont autour et qui prennent aussi un certain nombre de coups au sol.
09:57Mais c'est vrai que l'acharnement, il est surtout sur Quentin,
09:59sur une image, on voit notamment qu'il y a au moins quatre ou cinq personnes
10:03qui lui tapent dessus en même temps.
10:04Et au moment où ils vont prendre la fuite, ces militants d'ultra-gauche,
10:08il y a un des assaillants qui, avant de partir,
10:10lui met un coup de pied en plein dans la tête.
10:14Un ami de Quentin de Ranque revient le chercher.
10:16Il est conscient, à ce moment-là, ensemble,
10:19ils essaient de rejoindre l'appartement de Quentin de Ranque,
10:22près du Vieux-Lyon.
10:23Il marche pendant environ une heure et demie.
10:25Mais vers 19h30, Quentin de Ranque est finalement pris en charge par les pompiers.
10:30Il est hospitalisé dans un état très grave.
10:32Il est déclaré dans un état de mort cérébrale dès le lendemain.
10:36Et sa mort est confirmée le samedi 14 février, dans l'après-midi.
10:40Vincent Mongaillard, qui était Quentin de Ranque,
10:43au-delà de ces idées politiques dont on va parler ensuite.
10:45C'est un jeune de 23 ans, d'abord étudiant en mathématiques.
10:51Et au moment du drame, il est étudiant à l'université Lyon 2,
10:56où il étudie les sciences des données.
10:59C'est un jeune qui s'est converti récemment au catholicisme,
11:04et qui fréquente assidûment la paroisse Saint-Georges dans le Vieux-Lyon,
11:09qui est une paroisse traditionnaliste,
11:12avec notamment des messes en latin le dimanche.
11:16Il participe également à des maraudes,
11:19avec cette paroisse pour aider les plus démunis.
11:23Il a aussi converti son papa récemment au catholicisme.
11:28Est-ce qu'on sait s'il faisait partie d'un groupe identitaire ?
11:30Ce qu'on sait, c'est qu'il avait des affinités à une époque avec l'Action française,
11:35qui est un mouvement d'extrême droite royaliste.
11:38On sait aussi qu'il a milité pour Audace Lyon,
11:43qui est un mouvement d'ultra-droite dit nationaliste révolutionnaire.
11:48On sait aussi qu'il était proche du collectif identitaire Némésis,
11:54qui se revendique du féminisme,
11:56et pour lequel, le soir du drame, il assurait la sécurité.
12:00Avec le mouvement d'ultra-droite Audace Lyon,
12:03il a participé à des stages d'autodéfense,
12:07c'est-à-dire apprendre à se battre dans des combats à main nue,
12:12de ce qu'on appelle des combats de rue.
12:14Donc il n'était pas membre d'un seul mouvement,
12:17mais gravitait dans toutes les sphères de l'ultra-droite lyonnaise.
12:22En tout cas, ses parents, plus tard, ont tenu à dire
12:24qu'il n'était pas un gros bras, comme on dit.
12:26Oui, c'est ce que le prêtre aussi de la paroisse traditionnaliste de Saint-Georges a affirmé.
12:34Ce qui est sûr, c'est qu'il était entraîné pour se défendre
12:39lors d'affrontements avec les ennemis jurés dits antifas.
12:43Pierre Morer, aussitôt après ce drame,
12:45un mouvement d'ultra-gauche est soupçonné d'être impliqué dans la mort de Quentin Doranque.
12:49C'est la Jeune Garde. De quoi il s'agit ?
12:52La Jeune Garde, c'est un collectif, disent-ils, d'autodéfense antifasciste
12:56qui comporterait entre 200 et 300 membres.
13:00Et ils se sont fondés après la naissance du Bastion Social,
13:05qui est un groupe d'ultra-droite à Lyon, autour de 2018.
13:09Et leur but, c'est de répondre à la violence des fascistes,
13:14des groupuscules d'ultra-droite, disent-ils en se défendant,
13:18mais en utilisant, eux aussi, la violence.
13:21Qui a créé la Jeune Garde ?
13:22La Jeune Garde, elle a été notamment co-créée par Raphaël Arnaud,
13:26qui, depuis, est devenu député de la France Insoumise,
13:29en 2018, avec d'autres camarades.
13:31On peut citer aussi, par exemple, Sam Yoldas,
13:34qui a pris ses distances et qui reste de la Jeune Garde
13:37et qui est, aujourd'hui, candidat au municipal à Strasbourg.
13:40Et donc, c'est plusieurs jeunes hommes
13:43et aussi des jeunes femmes qui ont fondé ce collectif.
13:46Damien Delceny, en quelques mots, ce collectif a été dissous.
13:49Oui, à la demande de Bruno Rotaillot,
13:51quand il était ministre de l'Intérieur,
13:53comme d'autres groupes de ce type,
13:55qu'ils soient d'ultra-gauche ou d'ultra-droite.
13:57Assez régulièrement, il y a des procédures administratives
13:59qui sont lancées pour demander la dissolution
14:01pour des raisons d'ordre public,
14:03pour des raisons de risque de violence, justement.
14:06Pierre Morer, Raphaël Arnaud, vous l'avez dit,
14:08il a été élu député de la France Insoumise en 2024,
14:11député du Vaucluse.
14:13Oui, Raphaël Arnaud, c'est vraiment le visage de la Jeune Garde
14:16en voie d'institutionnalisation,
14:18puisqu'il a fait son entrée à l'Assemblée nationale en juillet 2024.
14:23Il parade régulièrement aux côtés de Jean-Luc Mélenchon,
14:25qui lui a apporté son soutien plusieurs fois,
14:28y compris en se rendant à des événements organisés par la Jeune Garde.
14:31Et Raphaël Arnaud, c'est un député qui siège à l'Assemblée nationale,
14:37mais qui n'a pas abandonné la rue,
14:39puisque régulièrement, il participe à des événements
14:42organisés par son mouvement
14:43ou par d'autres mouvements d'ultra-gauche à travers l'Europe.
14:47Bonjour mesdames, messieurs.
14:48Le lundi 16 février, le procureur de la République de Lyon,
14:51Thierry Dran, organise une conférence de presse.
14:54Il revient sur les faits.
14:55Il indique que Quentin de Ranck a été jeté et frappé au sol
14:59à de nombreuses reprises, par au moins six personnes masquées et cagoulées.
15:03L'autopsie, pratiquée ce matin par des experts médicaux légaux
15:07sur Quentin de Ranck, a permis de déterminer
15:09qu'il présentait essentiellement des lésions à la tête.
15:13Le procureur précise aussi, Damien Delceny,
15:16que l'enquête est désormais ouverte pour homicide volontaire.
15:19En conséquence, une enquête criminelle des chefs d'homicide volontaire
15:24a été confiée au service de police de Lyon.
15:27Il y a trois façons d'aborder la mort d'un homme.
15:30Il y a ce qu'on appelle l'éco-mortel, c'est-à-dire les violences volontaires
15:33ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
15:36Il y a le meurtre, qui suppose une intention homicide.
15:38Et il y a l'assassinat, qui est un meurtre avec préméditation.
15:42Là, le procureur, il choisit d'ouvrir cette information judiciaire pour meurtre.
15:46Ça implique quand même quelque chose d'important,
15:48ce qui est assez rare dans un scénario de bagarre.
15:50En général, dans un scénario de bagarre, on retient les coups mortels
15:52en disant, voilà, il y a une bagarre, il y a des coups qui partent,
15:55mais il n'y a pas d'intention de donner la mort.
15:56Là, ce qui est assez différent, c'est que le procureur s'appuie
15:59sur les résultats de l'autopsie, en réalité, de Quentin,
16:02pour dire, les coups ont été tellement violents,
16:05tellement nombreux, tellement portés vers une zone vitale,
16:09que, selon lui, ça justifie l'intention homicide
16:12de ceux qui ont porté ces coups.
16:14Le mercredi 18 février, les policiers arrêtent 11 suspects
16:18dans plusieurs départements français.
16:20Au moins 6 personnes sont soupçonnées d'avoir participé aux violences,
16:23les autres d'avoir aidé les auteurs présumés des faits
16:26en les hébergeant, par exemple, ou en les accompagnant.
16:29Pierre Morer, parmi les gardés à vue,
16:31il y a deux collaborateurs à l'Assemblée,
16:34du député qu'on vient d'évoquer, Raphaël Arnaud.
16:37Le premier s'appelle Jacques-Eli Favreau.
16:40Qui est-il ?
16:40Jacques-Eli Favreau, qu'on surnomme Jeff,
16:43avant d'être le collaborateur de Raphaël Arnaud,
16:46c'est avant tout l'un des meilleurs amis du député LFI.
16:49Il lui sert un peu d'homme à tout faire,
16:51puisqu'il fait garde du corps,
16:54collaborateur parlementaire,
16:55donc chauffeur,
16:57mais aussi décrit par des personnalités d'Avignon,
17:01où est élu Raphaël Arnaud.
17:03Gros bras, souvent, dans les réunions publiques
17:05ou les réunions politiques.
17:07Et Jacques-Eli Favreau, il est identifié
17:09comme un cadre actif de la jeune garde,
17:12qui n'est pas le dernier à aller faire le coup de poing dans la rue,
17:15puisqu'il aura plusieurs altercations,
17:18y compris en interne,
17:19au sein de la jeune garde,
17:20pour son rapport à la violence de rue,
17:22et pour son rapport à l'utilisation de cette violence de rue,
17:26puisque souvent, disent des témoins,
17:28Jacques-Eli Favreau est celui qui va cogner les adversaires.
17:31L'autre collaborateur parlementaire de Raphaël Arnaud,
17:34qui fait partie des personnes interpellées,
17:36c'est Robin Chalandard.
17:38Qu'est-ce que l'on sait à son sujet ?
17:39Alors, Robin Chalandard,
17:41effectivement, il est collaborateur de Raphaël Arnaud,
17:43et comme son député,
17:44il utilise un nom d'emprunt à l'Assemblée nationale,
17:47puisqu'il se fait appeler Robin Michel.
17:50Comme Jacques-Eli Favreau,
17:51c'est un membre actif de la jeune garde,
17:54connu aussi pour faire le coup de poing à ses côtés,
17:58on sait un peu moins de choses sur lui que sur Jacques-Eli Favreau,
18:02mais il a un engagement très tôt dans les groupes contestataires,
18:06dès le lycée,
18:07il s'engage dans des groupes proches de la mouvance antifasciste,
18:12et poursuit son ascension aux côtés de Raphaël Arnaud.
18:15Raphaël Arnaud, dont le nom de naissance est Raphaël Archenot,
18:18Pierre Morère, vous avez interviewé pour Le Parisien
18:21un membre du groupe d'Issou, la jeune garde,
18:24il vous a parlé longuement,
18:25il tient à rester anonyme,
18:27d'abord, cet homme n'est pas surpris par le drame qui est arrivé.
18:31Non, pas du tout, puisqu'il a fréquenté Jacques-Eli Favreau et Raphaël Arnaud,
18:35qu'il décrit Jacques-Eli Favreau comme quelqu'un d'assez violent,
18:39qui obéit aux ordres,
18:41qui utilise la violence comme mode d'action régulier
18:44pour répondre à la violence des groupes d'extrême droite,
18:47mais qui n'attend pas forcément de se faire frapper
18:49par des adversaires d'extrême droite pour aller porter des coups,
18:51et donc il s'attendait en fait un jour à ce que Raphaël Arnaud et ses camarades,
18:57si j'utilise son expression,
19:00explosent un peu en vol et se fassent choper pour, dit-il, leur connerie dans la rue.
19:04Lui, il a pris ses distances avec ce mouvement ?
19:06Oui, lui, il dit qu'il a pris ses distances depuis quelques temps avec Raphaël Arnaud et son entourage,
19:12justement sur des divergences sur l'utilisation de la violence ou non face à l'extrême droite.
19:18Ce jeune homme, que nous appellerons Léo,
19:20explique aussi que le rapprochement entre la France Insoumise et la Jeune Garde,
19:23entre 2022 et 2024, a été perçu en interne comme une victoire.
19:28Oui, lui, il raconte que pour eux, c'était tapis rouge.
19:30C'est-à-dire que quand Jean-Luc Mélenchon tend la main à la Jeune Garde et scelle une alliance
19:35avec eux,
19:36puisque Jean-Luc Mélenchon dit que la Jeune Garde est liée et alliée à LFI,
19:41eh bien c'est des postes qui s'ouvrent pour les jeunes gens de la Jeune Garde,
19:45puisque, dit Léo, en échange du sale boulot,
19:49on leur promet des postes à l'Assemblée Nationale ou ailleurs.
19:52Pierre Morer, pourquoi la France Insoumise a-t-elle créé des liens comme ça avec ce groupuscule violent ?
19:58Alors, pour plusieurs raisons. D'abord, Jean-Luc Mélenchon, il explique qu'il veut être l'épicentre de la gauche
20:04radicale
20:05et donc qu'une de ses missions, c'est de rallier toutes les petites chapelles de la gauche radicale
20:09et donc une partie du milieu antifasciste.
20:13L'autre raison, explique Jean-Luc Mélenchon, c'est que face aux menaces et aux violences de l'extrême droite
20:19auxquelles son mouvement est exposé depuis longtemps,
20:22des tentatives d'assassinats ont été préparées contre Jean-Luc Mélenchon,
20:27son mouvement n'était pas toujours en capacité de répondre à des attaques de masse dans la rue,
20:32que son service d'ordre n'était pas suffisant
20:35et que l'expertise de ces jeunes gens de la jeune garde, lui, était utile
20:40et donc il les a invités à rejoindre ses rangs.
20:43Pierre Morer, Jean-Luc Mélenchon, est critiqué aujourd'hui par de nombreuses personnalités politiques
20:48pour ses liens avec ce mouvement dissous, donc la jeune garde.
20:51Le gouvernement lui demande d'exclure le député Raphaël Arnaud de son groupe parlementaire.
20:57Pourquoi est-ce qu'il refuse ?
20:58Les Insoumis utilisent un argument assez simple.
21:01Ils disent que Raphaël Arnaud n'était pas présent au moment des faits à Lyon.
21:05C'est vrai, il était à Paris.
21:06On ne sait pas exactement pour l'heure si Raphaël Arnaud avait connaissance
21:11et avait échangé avec ses collaborateurs parlementaires sur ce qu'il s'est passé à ce moment-là dans la
21:16rue.
21:16Et l'autre raison du refus de Jean-Luc Mélenchon, c'est qu'il refuse de se plier à ce
21:22qu'on lui ordonne
21:23et le plus souvent dans ces cas de crise, il opère un recroquevillement sur son mouvement et sa base.
21:29Il appelle ses troupes à tenir les rangs et il ne lâche jamais les siens.
21:34C'est ce qu'on appelle un peu la stratégie de la citadelle assiégée.
21:38Le jeudi 19 février, six suspects sont mis en examen pour homicide volontaire.
21:43L'assistant parlementaire de Raphaël Arnaud, Jacques-Élie Favreau, est mis en examen, lui, pour complicité d'homicide volontaire.
21:51Parmi les mises en examen pour homicide volontaire, il y a un autre proche du député LFI
21:56qui travaillait dans son équipe jusqu'à récemment, c'est Adrien Besser, 25 ans,
22:01que l'on n'avait pas encore évoqué dans ce podcast.
22:04Tous ces mises en examen, sauf un, sont placés en détention provisoire.
22:08Les quatre autres personnes, dont l'autre collaborateur de Raphaël Arnaud, dont on a parlé,
22:12ont été remises en liberté.
22:15Elles seront convoquées plus tard par la justice pour s'expliquer.
22:19Damien Delceni, avant ses mises en examen, le procureur de Lyon avait tenu une conférence de presse
22:24et il a précisé que les auteurs présumés des faits n'ont pas encore été tous identifiés.
22:30Non, il estime en effet que sur la séquence qui a amené au lynchage l'ultime bagarre dans laquelle Quentin
22:37est morte,
22:38comporte encore certaines zones d'ombre.
22:40En tout cas, il y a sans doute certains participants à ce lynchage
22:43qui ne sont pas forcément dans les personnes identifiées et mises en examen ce jeudi.
22:48Ça veut dire qu'il y a encore du flou dans la détermination précise de ce qui s'est passé
22:52à ce moment-là ?
22:53Ce que ça signifie surtout, c'est que dans ce type de scénario, vous avez une situation très confuse dans
23:01une bagarre de rue.
23:02Vous avez des personnes qui vont porter un coup, d'autres qui vont en porter plusieurs.
23:06Il faut parvenir à être assez précis sur qui a fait quoi à ce moment-là.
23:10Combien de coups ont été portés par un tel ? Combien de coups ont été portés par un autre ?
23:14Alors tout ça, ça va s'appuyer sur des témoignages, sur des images vidéo, mais qui sont forcément d'une
23:19qualité un peu médiocre parfois.
23:22Donc la précision de ce qu'on va imputer à un tel ou un tel est importante.
23:26C'est pour ça que le procureur prend en quelque sorte des précautions en disant
23:30« Voilà, on pense avoir des personnes qui ont directement participé à ce lynchage,
23:34mais il se peut qu'en fonction des éléments d'enquête dont nous disposons, des éléments vidéo,
23:39il y ait d'autres personnes qui aient pu participer et il faut les identifier avec certitude pour les interpeller.
23:44»
23:45Vincent Mongaillard, on le disait au début de cet épisode de Code Source,
23:48l'année 2025 a été plutôt calme à Lyon concernant les violences entre groupes identitaires et d'ultra-gauche.
23:54Est-ce que les Lyonnais ont peur aujourd'hui de nouvelles violences ?
23:57Oui, clairement. D'abord, ce qu'on peut dire, ça c'est une source sécuritaire qui me le dit,
24:03c'est que d'abord, dans un premier temps, les choses vont se calmer, vont s'apaiser,
24:07parce qu'évidemment, il y a la peur des nouvelles interpellations,
24:11mais qu'à un moment ou à un autre, il y aura un esprit de vengeance,
24:16sans doute de l'ultra-droite, à en croire un commerçant du Vieux Lyon
24:21qui est aux premières loges de ces affrontements qui ont lieu régulièrement
24:25dans le Vieux Lyon, dans les ruelles escarpées.
24:29Il y a de fortes probabilités que ça reprenne de plus belles.
24:45Merci à Vincent Mongaillard, Damien Delsenis et Pierre Maurer.
24:48Cet épisode de Code Source a été produit par Anaïs Godard et Thibaut Lambert.
24:53Réalisation, Julien Moncouquiole.
24:55Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien,
24:58disponible gratuitement sur toutes les plateformes audio et sur leparisien.fr.
25:03N'oubliez pas notre second podcast consacré aux affaires criminelles,
25:07Crime Story, un nouvel épisode chaque samedi.
25:10Crime Story est présenté par Claudia Prolongeau
25:13avec Damien Delsenis que l'on vient d'entendre dans ce podcast.
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