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Il a été pris en otage pendant plusieurs heures par les terroristes du Bataclan le 13 novembre 2015. Six ans après, ce rescapé a tenu durant tout le procès un journal de bord, diffusé sur le site internet de France Info.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Ambre Rosala, Lolla Sauty et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#bataclan #attentat #proces

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Transcription
00:13Sala Abdeslam, le dernier membre du commando du 13 novembre encore en vie, n'a pas fait appel de sa
00:18condamnation.
00:19Il n'y aura pas d'autre procès des attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis.
00:24Le procès s'est tenu à Paris dans l'ancien palais de justice du 8 septembre au 29 juin et
00:3019 des 20 accusés ont été condamnés à des peines allant de la perpétuité incompressible pour Sala Abdeslam à deux
00:36ans de prison pour un homme ayant fourni des faux papiers.
00:40Code Source a consacré au total avec celui d'aujourd'hui 9 épisodes à ce procès et pour refermer cette
00:46série de podcasts, nous avons voulu donner la parole à un rescapé pour qu'il nous raconte comment il a
00:52vécu cette audience historique.
00:54David Fritz Gopinger, 29 ans, était l'un des otages du Bataclan. Il témoigne aujourd'hui au micro d'Ambro
01:01Rosada.
01:08David Fritz Gopinger me donne rendez-vous dans un parc près de chez lui, dans le 15e arrondissement de Paris.
01:14Il a 30 ans, il est habillé tout en noir et a ses longs cheveux bruns attachés en chignon.
01:20Nous nous installons sur un banc et il commence à me raconter.
01:25David est né le 14 février 1992 dans le sud du Chili.
01:30Il a deux frères et une sœur et avec leurs parents, ils arrivent en France en 1996 quand David a
01:374 ans.
01:39Ça a duré 2-3 ans, on était en situation irrégulière en France.
01:43Ça n'a pas été une période facile. Moi, mes premiers souvenirs en France, c'est vrai que c'était
01:48beaucoup la préfecture, c'était beaucoup l'anxiété dans les transports en commun.
01:53C'était un peu une vie de paria un peu où il ne fallait pas que les policiers nous remarquent.
01:57Et en même temps, moi j'allais à l'école parce que l'école est obligatoire en France.
02:01Je ne parlais pas français. Mes parents ne comprenaient pas non plus beaucoup la langue.
02:05On était tous un peu largués et moi aussi le premier.
02:07Donc j'ai fait ce que j'ai pu à l'école, c'est-à-dire pas grand-chose.
02:11Je m'en rappelle très bien de moi à l'école primaire, d'être déjà en échec scolaire.
02:15David et sa famille sont régularisés à la fin de l'année 1997 quand David a 5 ans.
02:21Il grandit en Essonne et arrête l'école juste avant le bac.
02:26Il gagne sa vie en devenant barman et rencontre sa compagne un soir où il travaille.
02:32Pendant son temps libre, il fait beaucoup de photos et va souvent à des concerts.
02:37Le 13 novembre 2015, David a 23 ans quand il assiste au concert du groupe de rock américain
02:43« Les Eagles of Death Metal » au Bataclan à Paris.
02:47Installé au balcon quand la fusillade éclate,
02:49il fait partie des 11 personnes prises en otage par les terroristes pendant plusieurs heures.
02:54Il en ressort indemne physiquement, mais il est traumatisé.
02:59Au total, 130 personnes perdent la vie au Bataclan, sur les terrasses et devant le Stade de France.
03:06David se reconstruit petit à petit, il est naturalisé français,
03:11puis il se marie avec sa compagne en 2018.
03:15Six ans après les attentats du 13 novembre 2015,
03:18il apprend qu'un procès se prépare.
03:21David n'en attend rien.
03:23Mais quelques mois avant son ouverture,
03:26il est contacté par Gaëlle Joly,
03:28une journaliste au service police-justice de Radio France,
03:31qui lui propose de travailler avec elle pendant l'audience.
03:35David accepte de tenir un journal de bord pour le site internet de France Info.
03:39Il pourra alors prendre des photos et publier des petits textes
03:43pour raconter comment il vit le procès, au rythme qui lui convient.
03:48Le mercredi 8 septembre 2021,
03:51le procès des attentats du 13 novembre 2015
03:53s'ouvre devant la cour d'assises spéciale de Paris.
03:57David découvre alors la salle d'audience hors normes,
04:01construite pour l'occasion,
04:02au Palais de Justice sur l'île de la Cité.
04:09Moi, je n'avais jamais assisté à une audience.
04:10Je ne savais pas ce que c'était qu'un procès,
04:12je ne savais pas ce que c'était qu'un tribunal presque.
04:13J'avais déjà vu, mais de loin,
04:15j'étais déjà rentré dans une salle d'audience par curiosité,
04:16mais je suis resté cinq minutes.
04:17Et là, pour la première fois,
04:18je me retrouve dans un dispositif de justice qui est déjà gigantesque,
04:21dans une salle qui est gigantesque,
04:23dans une histoire qui est gigantesque, qui est historique.
04:26Et je me rends compte que j'ai une place dans ce truc-là.
04:28J'ai une place, j'ai un endroit où aller
04:31et que mon existence en tant que victime,
04:32elle a un rôle à jouer.
04:33Et donc, ce premier jour, en fait,
04:35c'est pour moi la rencontre la plus brutale
04:37avec les accusés, avec la Défense, avec la Cour,
04:40avec le Parquet national antithéoriste,
04:42avec les autres avocats des partis civils,
04:43avec les autres partis civils.
04:44Là, d'un coup, c'est devenu tangible.
04:46Je me rends compte que ça existe,
04:48que Salab Deslam, que Mohamed Abrini,
04:50que Samak Rayem, que Sophia Nairi, etc.
04:52Tous ces gens-là existent.
04:53Et en fait, d'un coup,
04:54ce n'était plus des portraits robots sur Google
04:56ou sur les articles de presse.
04:58C'était des gens qui étaient dans la même salle que moi
05:00et avec qui j'ai changé le même oxygène, en fait.
05:01Et ça, ça crée une espèce de violence au départ
05:04où moi, en tant que victime, je ne suis pas prêt, quoi.
05:07Je sais que ça va être difficile.
05:08Cette première journée de procès
05:10est marquée par la prise de parole de Salab Deslam,
05:13le principal accusé et seul survivant du commando terroriste.
05:17Il se présente d'emblée comme un soldat de l'État islamique.
05:21Moi, quand je l'entends dire ça,
05:23j'entends les preneurs d'otages au Bataclan
05:25qui disent « nous, on est là parce qu'on est des soldats
05:27de l'État islamique ».
05:28Dans un premier temps, j'ai ressenti de la colère
05:29parce qu'en même temps,
05:32pour nous, on était les seuls acteurs
05:33de toute cette mémoire-là,
05:35de tous ces événements-là.
05:36Et c'est vrai que là, d'un coup,
05:37on a un mec qui, un jour,
05:38a porté une ceinture explosive en plein Paris
05:39et qui dit « moi, je suis là aussi, en fait.
05:41J'existe ».
05:42Et donc, en tant que victime et en tant que partie civile,
05:44c'est assez brutal et c'est vachement violent.
05:46Donc, dans un premier temps,
05:47c'était beaucoup de colère et presque d'anxiété
05:49en me disant « comment est-ce que six ans après,
05:51il peut dire des trucs pareils ? »
05:53Sachant qu'on est dans la pièce
05:54et sachant qu'il y a des gens
05:55qui ont perdu d'autres personnes,
05:56il arrive à dire des trucs pareils.
05:57Le 16 septembre, au septième jour du procès,
06:01les enquêteurs sont entendus
06:02pour présenter leur rapport à la cour d'assises
06:04et détailler les scènes de crime
06:06au Stade de France, sur les terrasses et au Bataclan.
06:11David commence alors à prendre des notes
06:13pour son journal de bord.
06:14Tout de suite, en fait, je me suis dit
06:15« je refuse de garder ça pour moi, en fait ».
06:17J'avais des carnets noirs au début
06:19dans lesquels j'écrivais toutes mes pensées,
06:20j'écrivais ce que je voyais,
06:21je faisais des dessins
06:22et c'était complètement nécessaire, en fait.
06:24Ça sortait de moi.
06:25C'était compulsif parce que si je ne le faisais pas,
06:27je savais très bien que j'allais rentrer chez moi
06:28avec cette espèce de sédiment
06:30que j'avais engrangé tout au long de la journée
06:32et ce n'était pas bon, en fait.
06:34Pendant l'audition des enquêteurs,
06:36David et beaucoup d'autres parties civiles
06:38sont déçus que les photos
06:39et les documents sonores des scènes de crime
06:42ne soient pas diffusées
06:43parce qu'ils estiment qu'ils sont nécessaires
06:45à leur reconstruction.
06:47Le 28 septembre,
06:49les parties civiles
06:50commencent à témoigner à la barre.
06:52Les auditions
06:53débutent par les victimes
06:54du Stade de France et des terrasses
06:56et leurs familles
06:57et David tient à y assister.
07:02Vivre ces dépositions-là,
07:03c'était vraiment rencontrer
07:04les gens du Stade de France,
07:06les gens des terrasses.
07:06C'est des gens que j'avais vus un peu de loin,
07:08que j'ai rencontrés avec l'EFOR Paris
07:09ou quoi que ce soit,
07:10toutes ces associations qui nous entourent
07:11depuis sept ans là, maintenant presque.
07:14Mais en même temps,
07:14on n'avait vraiment jamais eu accès
07:15à leur soirée.
07:17Et dès le mois de fin septembre,
07:19en fait,
07:19on a commencé à entendre
07:20les gens du Stade de France,
07:22les gens des terrasses.
07:23Et moi,
07:23il y a un témoignage
07:24qui m'a vraiment
07:26particulièrement bouleversé.
07:27C'est le témoignage de Sophie Diaz,
07:28qui est la fille de Manuel Diaz,
07:30qui est la seule victime décédée
07:31au Stade de France.
07:33Et c'est d'une tristesse infinie.
07:34Et elle, elle le dit
07:35avec une pudeur
07:36et une férocité
07:37et une force dans la voix
07:38à ce moment-là.
07:39C'est un des portraits
07:40que j'ai mis dans le journal de bord.
07:42Et pour moi,
07:42c'était complètement logique
07:43et normal.
07:44Et je me suis dit,
07:44OK,
07:45il ne faut pas que les gens oublient.
07:46Extrait du journal de bord
07:47du mardi 28 septembre.
07:50Parfois,
07:50durant les longues séances,
07:51je pense à ma famille,
07:52à mon épouse,
07:54à ceux qui aujourd'hui
07:54me renvoient vers l'avenir
07:56sans oublier la fracture
07:57que fut l'attentat dans notre vie.
08:00Entendre Sophie parler de son père
08:01me renvoie au mien,
08:02à ses bras qui m'ont accueilli
08:04le lendemain de l'attentat,
08:05à ses mains caleuses,
08:07à sa présence.
08:09Un mois après le début du procès,
08:11les victimes du Bataclan
08:12commencent à être entendues.
08:15David, lui,
08:16se prépare à témoigner
08:17le mardi 19 octobre.
08:20Je me suis dit,
08:21qu'est-ce qui serait le plus utile
08:22à tout le monde,
08:23y compris moi-même.
08:24Et je n'avais pas envie
08:25de rentrer dans une déposition
08:26un peu émotionnelle
08:27où me dire,
08:28voilà, moi,
08:28j'ai perdu ça,
08:29j'ai perdu ci,
08:29je n'avais pas envie de dire ça.
08:31En ce moment-là,
08:31la justice,
08:31ce qu'elle veut entendre,
08:32c'est ce qui s'est passé
08:32le soir même.
08:33Mais je me suis dit,
08:34comment je peux faire
08:35pour que j'arrive
08:36à toucher le plus grand nombre,
08:37que ce soit utile
08:37au parti civil,
08:38que ce soit utile
08:39au parquet national,
08:40à la cour,
08:41enfin, à quiconque quoi.
08:42Et en gros,
08:42je me suis dit,
08:44la meilleure manière
08:45de témoigner pour moi,
08:46c'était de faire
08:46un truc technique.
08:47Du coup,
08:48j'ai demandé à mon avocate
08:49de nous envoyer
08:49des plans du Bataclan
08:50que plusieurs avocats
08:51avaient réalisés.
08:52Et en fait,
08:53mon épouse a transformé
08:54ces plans-là
08:55en espèces de plans
08:57avec David dedans
08:58et tous les otages.
08:59Et en fait,
09:00elle a mis des petits cavaliers
09:01où chaque rond
09:02correspondait à une personne
09:04prise en otage
09:05et d'autres,
09:05les terroristes.
09:06Et en fait,
09:06j'ai opté
09:07pour cette déposition
09:07hyper technique pour ça.
09:08C'est-à-dire que moi,
09:09je voulais que la cour
09:11revive la prise d'otage
09:13avec moi,
09:14avec mon point de vue,
09:15avec mes pensées,
09:16tous les moments forts
09:17en fait,
09:18de cette prise d'otage.
09:19À la barre,
09:21David refait donc
09:22le fil de sa soirée
09:23du 13 novembre 2015.
09:25Il est 21h47,
09:28moi, j'étais au balcon,
09:29je vais aux toilettes,
09:29j'entends les coups de feu,
09:30je comprends instantanément
09:31que c'est des coups de feu
09:32et en fait,
09:33je retourne voir mes potes
09:34qui sont installés au balcon.
09:35Mes potes me disent
09:36« Non, mais c'est des pétards,
09:36ça va reprendre,
09:37c'est un groupe américain, etc. »
09:38sauf que moi,
09:38j'ai très vite compris
09:39que ce n'était pas des pétards.
09:40Je leur dis de se coucher,
09:41enfin voilà,
09:41il y a tout un truc,
09:42une scène un peu de chaos
09:43où moi, je vois la fosse,
09:44je comprends que ça tire.
09:45Mes deux potes disparaissent,
09:46vraiment, je ne les vois plus.
09:48Moi, je m'en fuis
09:48une première fois par ce couloir,
09:50je vois ces fenêtres,
09:51il y a un mouvement de foule,
09:53je sors par la fenêtre,
09:55il y a toute cette scène
09:55au-dessus du vide.
09:57Ismaël Omar Osefaye,
09:58qui est un des trois terroristes
09:58qui attaquent le Bataclan,
10:00nous sommes de rentrer
10:01dans le couloir
10:02pour re-rentrer
10:03dans la partie spectacle
10:03du Bataclan,
10:05donc sur le balcon.
10:06Puis là,
10:06que la prise d'otage commence,
10:08le commissaire de la BAC
10:09rentre dans le Bataclan,
10:10il abat,
10:11ça a mis à mémoire sur scène,
10:13ça crée un moment
10:13d'instabilité
10:15auprès des terroristes
10:15qui sont près de nous,
10:16en fait,
10:17et on se retranche
10:18dans le couloir ensuite
10:19et ça dure deux heures et demie,
10:20je crois,
10:21jusqu'à minuit et quelques.
10:23David raconte aussi
10:24que pendant la prise d'otage,
10:26il y a un moment
10:26où il échange brièvement
10:28avec l'un des terroristes,
10:29Ismaël Omar Osefaye,
10:31qui lui demande
10:32ce qu'il pense
10:32de François Hollande,
10:33le président
10:34au moment des attentats.
10:37David termine sa déposition,
10:39puis il écrit
10:40dans son journal de bord
10:41que témoigné
10:42l'a beaucoup soulagé.
10:44Extrait du journal de bord
10:45du mardi 19 octobre.
10:48Notre rage de vivre
10:49résonnera toujours plus fort
10:50que la rumeur
10:51de vos tirs dans nos rues.
10:53Aujourd'hui,
10:53ma voix résonne
10:54dans l'enceinte même
10:55de la justice,
10:56aux côtés de celles
10:57de mes amis blessés
10:58psychiquement
10:59et dans leur chair.
11:01Avec nous siégera
11:01une femme puissante,
11:03l'humanité.
11:08Le lendemain de ma déposition,
11:10je me réveille
11:10et je me dis
11:11« Mais est-ce que je suis
11:12encore victime en fait ? »
11:14La justice nous a entendus.
11:15Et est-ce qu'on est encore victime
11:16quand la justice nous entend ?
11:17Je ne sais pas.
11:18Et je me suis dit
11:19« Ok, peut-être que je ne suis plus victime »
11:20et en fait,
11:20à ce moment-là,
11:21je me suis dit
11:22« Ok, maintenant je vais arrêter
11:23de dire que je suis victime d'eux,
11:24mais j'ai été victime d'eux. »
11:26C'est un début en fait,
11:27mais c'est beaucoup.
11:27Après son témoignage,
11:29David demande à pouvoir
11:31assister à l'audience
11:32depuis la salle réservée
11:33aux journalistes.
11:35Le 28 octobre,
11:36c'est au tour
11:37d'un ami de David,
11:38Arthur Desnouveaux,
11:39de témoigner à la barre.
11:41Rescapé du Bataclan,
11:43il est aussi le président
11:44de l'association de victimes
11:46Life for Paris.
11:48Et en fait,
11:48il dit « Voilà,
11:49on est un peu déçus quelque part
11:50parce qu'au moment
11:51des constatations
11:52au mois de septembre,
11:53l'audio du Bataclan
11:54n'a pas été diffusé
11:55et en particulier
11:56l'audio dans lequel
11:56on entend les revendications
11:57dans le Bataclan.
11:59Ce passage de l'audio
12:00où on entend
12:00les revendications
12:01correspond à un moment
12:02où j'échange
12:03avec Ismaël Omar Mostefaï.
12:05Et là, d'un coup,
12:06le président,
12:07il dit « Mais contre toute attente,
12:08quand il dit
12:08« Ok, bah, on le diffuse. »
12:10Et Arthur et moi,
12:10je vois un de mes meilleurs amis,
12:12je le vois à la barre
12:13et je me dis
12:13« Mais qu'est-ce qui est
12:14en train de se passer ? »
12:15Et là, on entend
12:15le Bataclan, quoi.
12:18Et le Bataclan,
12:19c'est des coups de feu,
12:19c'est des gens qui crient,
12:20c'est cette voix d'homme
12:23qui s'élève et qui dit
12:24« C'est à cause de François Hollande,
12:25c'est machin et tout. »
12:26Et là, on entend
12:27qui dit
12:27« Qu'est-ce que t'en penses
12:28de ton président ? »
12:29Et là, il y a ma voix
12:29qui retentit.
12:31Dans cet enregistrement,
12:33on entend David
12:34répondre aux terroristes
12:35qu'il n'est pas français.
12:37Car à ce moment-là,
12:38il a toujours
12:39l'unique nationalité chilienne.
12:41Mais depuis,
12:43David ressasse cet échange.
12:45Il ne comprend pas
12:46pourquoi
12:46il a eu besoin
12:47de signifier aux terroristes
12:48qu'il n'était pas français,
12:50comme si ça pouvait
12:51lui sauver la vie.
12:52Quand j'entends ça,
12:53je me dis
12:54« Ok, là,
12:55il se passe un truc
12:56quand même assez dingue.
12:57Il y a un truc
12:58qui me hante
12:59depuis six ans
13:01et en fait,
13:02il est en train
13:02d'être diffusé en live.
13:03C'est une puissance absolue
13:05où en fait,
13:06moi, je reviens
13:07à mon état initial
13:07de victime
13:08le 13 novembre 2015.
13:09À son lit,
13:09il doit être 22h05.
13:12Jamais de ma vie
13:13quand j'ai répondu
13:14à cet homme armé
13:15qui me braquait
13:15et qui me menaçait de mort,
13:17jamais de ma vie
13:17je me suis dit
13:18qu'un jour,
13:19une cour de justice
13:21serait en train
13:21de m'écouter
13:22pour juger
13:23une partie des hommes
13:24qui ont collaboré
13:25avec cette personne.
13:26Ce truc-là,
13:27il m'a permis
13:28d'oublier en fait.
13:38La diffusion
13:39de cet extrait audio
13:40marque la fin
13:41des cinq semaines
13:42de déposition
13:42des partis civils.
13:44Après ça,
13:46François Hollande
13:46et Bernard Cazeneuve,
13:48le président
13:49et le premier ministre
13:50de l'époque,
13:51sont aussi entendus.
13:52Puis pendant
13:53plusieurs jours d'audience,
13:55les enquêteurs
13:56retracent le parcours
13:57des terroristes.
13:58Fin décembre 2021,
14:00le procès
14:01est mis sur pause
14:02pour les fêtes,
14:03puis cette pause
14:04est prolongée
14:04à cause du Covid-19.
14:06L'audience reprend
14:07le 25 janvier 2022
14:09avec les interrogatoires
14:11des accusés.
14:12Pendant deux semaines,
14:13ils se succèdent
14:14à la barre
14:15en refusant
14:16de répondre
14:16aux questions
14:17de la cour.
14:18Puis le mardi
14:198 février,
14:20c'est au tour
14:21de Sofiane Ayari
14:22d'être interrogée.
14:24C'est le compagnon
14:25de cavale
14:26de Salah Abdeslam
14:27et son ADN
14:28a été retrouvé
14:29dans plusieurs planques
14:30ayant servi
14:31à la préparation
14:32des attentats
14:32du 13 novembre.
14:34Il s'avance
14:35à la barre
14:35et il commence
14:36à parler.
14:37Il dit
14:38aujourd'hui je vais parler
14:39parce qu'il y a
14:40une maman de victime
14:42qui m'a touchée,
14:43qui me fait penser
14:43à ma mère,
14:44donc je vais collaborer
14:46avec la justice.
14:46Et c'est fou
14:47parce qu'on se dit
14:48ouais,
14:49putain ça a été utile
14:50ces cinq semaines
14:50de déposition.
14:52Et donc Sofiane Ayari
14:53ce jour-là collabore,
14:54il dit des choses
14:54assez intéressantes.
14:55Alors on le croit,
14:56on ne le croit pas,
14:56moi je ne sais pas,
14:57je suis juste une victime,
14:58je ne suis pas un pro
14:59de la justice,
14:59mais il explique son parcours
15:01de vie avec des éléments
15:04déterminants.
15:04Il dit voilà,
15:04moi je suis parti en Syrie
15:05parce que j'ai vécu,
15:06j'ai subi la révolution
15:08en Tunisie.
15:09Et puis voilà,
15:10il donne plein de petites clés
15:11pour comprendre
15:12pourquoi il s'est engagé
15:12auprès de l'État islamique
15:13et en même temps,
15:13je ne dis pas que moi je comprends,
15:14mais je me dis que
15:16très bêtement,
15:16c'est un des seuls
15:17de tout le box à ce moment-là
15:18qui dit clairement
15:18le pourquoi du comment en fait.
15:20Mi-avril 2022,
15:22Salab Deslam,
15:23le principal accusé,
15:24est interrogé
15:25pendant trois jours.
15:27Le vendredi 15 avril,
15:29le dernier jour,
15:30il s'adresse aux victimes.
15:32Il se met à pleurer
15:33et il leur présente
15:35ses excuses.
15:36Je m'interroge,
15:37je me dis mais pourquoi
15:38il pleure ?
15:39Pourquoi d'un coup
15:39il a envie de parler ?
15:40Pourquoi après il parle
15:41et il pleure complètement ?
15:42Qu'est-ce qui se passe ?
15:43Alors je pense que
15:44ces deux avocats
15:45ont fait un travail exceptionnel.
15:46Maître Vett et Ronen,
15:49apparemment,
15:49ils ont fait un taf de dingue
15:51de réussir à collaborer
15:52avec quelqu'un comme ça
15:53qui était enfermé
15:54dans le mutisme,
15:54enfermé dans la non-collaboration
15:56avec la justice française.
15:57Je pense que c'est aussi
15:58un tour de force,
15:58il faut le dire.
15:59Et je pense que c'est aussi ça
16:00la force de la justice française,
16:01c'est de défendre
16:02ceux qui sont indéfendables
16:03quelque part.
16:04Mais ouais,
16:05pour moi,
16:06en tant que victime,
16:07je me suis dit
16:07que ce soit une stratégie de défense,
16:09que ce soit,
16:09ça sert ou pas,
16:09ça sert,
16:10peu importe,
16:10il parle.
16:11Après dix mois de procès,
16:13le réquisitoire commence
16:14le mercredi 8 juin 2022.
16:17Pendant trois jours,
16:18les trois avocats généraux
16:20demandent des peines
16:21pour les 20 accusés
16:22qui vont de cinq ans de prison
16:23à la perpétuité.
16:25Nicolas Lebris,
16:26donc un des trois avocats généraux,
16:29a dit
16:30la déposition de David
16:31nous a été très utile
16:33pour comprendre
16:34la prise d'otage.
16:35Quand j'ai entendu ça
16:36et que j'ai entendu aussi
16:38les proches de victime
16:38me dire merci,
16:39je me suis dit ok,
16:40c'est bon,
16:41j'ai accompli mon devoir
16:42en tant que victime.
16:44Après ça,
16:45la cour d'assises spéciale
16:47se retire dans un lieu
16:48tenu secret
16:49pour délibérer.
16:50Et le lundi 27 juin 2022,
16:53David se rend
16:54pour la dernière fois
16:55au palais de justice de Paris
16:57pour écouter le verdict.
16:59Avant d'entrer dans le tribunal,
17:01il retrouve les autres parties civiles
17:03sur la place Dauphine,
17:04juste en face du palais de justice.
17:07Je suis avec mon épouse,
17:08on me boit un verre,
17:09on parle avec un peu tout le monde,
17:12il y a plein de parties civiles
17:12qui sont là,
17:13il y a toutes les associations,
17:14enfin voilà,
17:14c'est une espèce de grand moment
17:15de convivialité et de fraternité
17:17qui se met en place.
17:18Les portes s'ouvrent
17:19vers 17h.
17:21On se rend compte
17:21qu'il y a des dizaines
17:22de parties civiles
17:22qui font la queue encore dehors
17:24et qu'il y a des chances
17:24que la salle d'audience
17:25soit pleine.
17:36On attend longtemps.
17:38À ce moment-là,
17:38dans la salle d'audience,
17:39c'est vraiment le brouhaha,
17:40c'est tout le monde parle,
17:42tout le monde échange
17:43et on sent que voilà,
17:43il y a une espèce d'ambiance
17:44de dernière fois.
17:46Et le président s'installe
17:47et il dit,
17:49en gros,
17:50je vais faire une espèce de résumé
17:51un peu de toutes les peines,
17:52quoi.
17:53Il n'y a pas d'opposition
17:53et il se lance dans la lecture.
17:55Moi, je vois Arthur,
17:56pas loin,
17:57je lui fais signe
17:57de venir s'asseoir à côté de nous,
17:58on lui fait une petite place
18:00et c'est hyper rapide.
18:01Ça a duré 20 minutes.
18:02On écoute attentivement
18:03et donc il y avait
18:05les écrans de retransmission.
18:06À l'image,
18:07on voyait le président
18:07qui prononçait les peines
18:08puis les accuser.
18:09Ça donnait un peu
18:09une illustration
18:10de quelle peine
18:11était dirigée vers qui.
18:13Et puis là,
18:13on sent que c'est la fin
18:14et là, j'ai Arthur à côté de moi
18:15et on se dit,
18:15ça y est,
18:16c'est fini.
18:17Et en fait,
18:18le président termine
18:19et il dit que
18:19là, c'est l'audience civile,
18:20les gens commencent à se lever,
18:21enfin, il y a une espèce
18:21de brouhaha, machin.
18:22Et moi, je sors
18:23de la salle d'audience,
18:24j'embrasse Arthur
18:25et je m'engouffre
18:26dans la salle des pas perdus
18:28et je ne regarde plus jamais
18:29la salle d'audience
18:30et je sais que je laisse
18:31derrière moi
18:32ces souvenirs-là,
18:32je sais que je laisse
18:33derrière moi
18:35ces dix mois passés là
18:36et tout ce travail
18:36et toutes ces rencontres
18:37et en même temps,
18:38ça fait partie de moi maintenant.
18:40Extrait du journal de bord
18:41du mardi 28 juin,
18:42dernier billet.
18:43J'ai mis un moment
18:44avant d'ouvrir
18:45cet outil de traitement de texte.
18:47Oui, ce procès fut grand,
18:48long, interminable parfois
18:50mais il nous a permis
18:51d'aller de l'avant,
18:52au rythme de la cité,
18:53en essayant de reprendre
18:55les rênes de nos vies.
18:57Essayer de bouger enfin.
18:59Moi, je suis soulagé
19:00que ce soit fini.
19:01Je suis heureux
19:01d'avoir fait ce travail-là
19:02avec France Info,
19:03d'avoir tenu ce journal,
19:04d'avoir eu autant de retours,
19:05de soutien,
19:06d'inconnus,
19:07de proches et tout.
19:08Et je suis content
19:09en fait d'en être sorti grandi,
19:10d'avoir évolué aussi
19:11dans mon traumatisme,
19:12évolué dans ma reconstruction,
19:13d'avoir reconstruit
19:14certains passages
19:15de mon existence.
19:16Et je ne m'y attendais pas.
19:17Je n'attendais rien
19:18de l'audience.
19:19Je ne m'attendais pas
19:20à un truc aussi réparateur.
19:36Ambre, est-ce que David
19:37a assisté à toute l'audience ?
19:39Presque.
19:40Sur 148 jours d'audience,
19:41il m'a dit qu'il avait assisté
19:42à 139 jours,
19:44ce qui est déjà énorme.
19:45Il y a assisté
19:46soit dans la salle d'audience
19:47avec les autres partis civils,
19:48soit depuis la salle
19:49qui est normalement
19:50réservée aux journalistes
19:51pour travailler
19:52sur son journal de bord.
19:54Et les quelques jours
19:55où il n'y a pas assisté,
19:56soit il suivait l'audience
19:57grâce à la web radio
19:58qui la retransmettait
20:00pour les partis civils
20:01qui ne pouvaient pas y assister,
20:02soit il prenait du temps
20:04pour lui
20:04et pour se reposer.
20:05Qu'est-ce qu'il t'a dit
20:06sur le verdict
20:07sur les peines prononcées
20:08à l'encontre des accusés ?
20:09Alors, il m'a dit
20:10qu'il était satisfait,
20:11ça lui convient,
20:12il trouve que ce sont
20:13des peines équilibrées
20:14et en fait,
20:15il m'a surtout dit
20:16que ce n'était pas vraiment
20:17ce qui lui importait le plus.
20:19Il fait confiance
20:20à la justice
20:20et il m'a expliqué
20:21que ce qui avait surtout
20:22été important pour lui,
20:23c'est d'avoir été
20:24entendu par la justice.
20:25Alors, on l'a dit,
20:26les condamnés n'ont pas fait appel
20:28et il n'y aura pas
20:28de second procès
20:29des attentats du 13 novembre 2015.
20:32Qu'est-ce que David Fritz Gopinger
20:34va faire maintenant
20:35de son journal de bord ?
20:36Alors, il aimerait bien
20:37qu'il soit publié.
20:39L'idée pour lui,
20:39ce serait que son journal de bord
20:41ne soit plus uniquement disponible
20:43sur Internet
20:43mais qu'il sorte aussi
20:45en livre, en papier
20:45et qu'il soit disponible
20:47dans les bibliothèques.
20:49Et en ce moment,
20:50il est en train de voir
20:50avec des maisons d'édition
20:52pour être publié
20:53et il a bon espoir
20:54que ça se fasse.
20:56Merci, Ambre Rosala.
20:58Cet épisode de Codesources
21:00a été produit par
21:00Lola Sauti et Thibault Lambert.
21:02Réalisation,
21:03Julien Moncouquiol.
21:04Codesources est le podcast
21:05d'actualité du Parisien.
21:07Un nouvel épisode
21:08chaque soir de la semaine.
21:09Pour n'en rater aucun,
21:10n'oubliez pas de vous abonner
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21:16codesource
21:17at leparisien.fr
21:19à la fin de la semaine.
21:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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