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À quelques jours de l’ouverture du procès de l’attaque, Karim (son prénom a été modifié) raconte comment il a failli perdre définitivement l’usage de ses jambes. Il a été percuté par le camion lancé à vive allure sur la promenade des Anglais à Nice, le 14 juillet 2016. Témoignage recueilli par Ambre Rosala.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#nice #attentat

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:1114 juillet 2016, à Nice, un Tunisien de 31 ans au volant d'un camion bélier fonce sur la foule,
00:18sur les familles réunies sur la promenade des Anglais pour le feu d'artifice.
00:23L'homme est abattu par la police, 2 km plus loin, mais c'est un carnage.
00:26L'attentat a fait 86 morts, dont 15 enfants et plus de 300 blessés.
00:32Il est revendiqué le 16 juillet par le groupe Etat islamique.
00:366 ans plus tard, le 5 septembre, s'ouvre à Paris le procès de 8 personnes accusées d'avoir aidé
00:40le terroriste à des degrés divers.
00:42Il va durer 2 mois et à cette occasion, Codesource donne aujourd'hui la parole à l'une des victimes.
00:48Un enseignant âgé d'une cinquantaine d'années qui veut rester anonyme, nous l'appellerons Karim.
00:53Grievement blessé dans l'attentat, il a pu sauver de justesse ses deux jumeaux.
00:58Il raconte ce qu'il a vécu, ses blessures, sa reconstruction, au micro d'Ambre Rosala.
01:18Karim a 57 ans.
01:19Il habite en Seine-Saint-Denis, dans un appartement où il vit seul.
01:23Il vient me chercher en bas de l'immeuble pour m'amener jusque chez lui et je remarque tout de
01:28suite qu'il n'a aucun mal à marcher,
01:30malgré les 13 opérations qu'il a subies aux jambes après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice.
01:36Nous nous installons à la table du salon et il commence à me raconter comment il se sent à quelques
01:41jours de l'ouverture du procès de l'attaque devant la cour spéciale de Paris.
01:46Six années se sont écoulées, six ans c'est long quoi, la vie continue avec ses hauts, ses bas, etc.
01:53Et puis voilà, ça ressurgit et moi le procès en lui-même, j'en attends pas grand chose.
01:59Je vois ça un peu comme un cauchemar ou comme une histoire qu'il faut refermer quoi.
02:04Ce sera une manière d'écouter toutes les victimes, de se livrer et puis de tourner la page et peut
02:12-être de passer à autre chose quoi.
02:13Karim est né en région parisienne où il grandit avec ses parents et son frère.
02:18Je suis un enfant, fils d'immigré algérien. J'ai grandi dans la religion musulmane, mes parents priaient et il
02:27y avait toutes les traditions liées à l'islam.
02:31Et puis avec le temps, petit à petit, je m'en suis détaché. J'estime que je peux vivre sans
02:36et je ne m'en porte pas si mal.
02:39Je n'ai jamais été un religieux. Je respecte tous ceux qui prient et toutes les religions, mais je ne
02:47me sens pas religieux ni proche d'une religion quelconque.
02:52Karim fait toute sa scolarité en région parisienne.
02:55Après le bac, il obtient une maîtrise d'administration économique et sociale et il devient professeur d'économie en classe
03:01de BTS en 1991 à 26 ans.
03:05Ils se marient avec sa compagne en 1998 et la même année, ils ont des jumeaux, un garçon et une
03:11fille.
03:12Karim et sa femme divorcent quelques années plus tard, mais ils restent en bon terme.
03:17En juillet 2016, Karim, son ex-femme et leurs deux enfants de 18 ans doivent partir en vacances tous les
03:23quatre à Arcachon, en Gironde.
03:24Mais finalement, à la dernière minute, ils décident de partir quelques jours à Nice, sur la Côte d'Azur.
03:31On est arrivés le 13 au soir, on s'est installés, était présents avec moi mon ex-femme qui avait
03:37eu des problèmes de santé, qui avait souhaité nous accompagner.
03:40Donc elle était là, mes deux enfants, et on arrive à Nice.
03:45En début de soirée, on a été sur la promenade, il y avait des concerts de jazz.
03:50On est rentrés pour dîner et on est ressortis le soir pour assister aux feux d'artifice du 14 juillet.
03:57Et au retour, j'ai proposé de m'arrêter à un glacier, de prendre une glace.
04:03Et puis mon entourage a dit non, non, on rentre.
04:05On a marché sur la promenade, ma fille qui était à ma gauche, côté plage, mon fils côté droit, et
04:14mon ex-femme côté droit.
04:16Et puis à ce moment-là, écoutez, ça a été le trou noir. Je n'ai plus aucun souvenir.
04:22Vers 22h30, peu après la fin du feu d'artifice, un camion fonce dans la foule qui marche sur la
04:28promenade des Anglais.
04:30Karim est percuté aux jambes.
04:32Il perd connaissance et se réveille quelques jours plus tard à l'hôpital Pasteur de Nice.
04:38Je ne peux pas bouger. J'ai les deux mains attachées.
04:41J'avais du mal à lever mes jambes.
04:43J'ouvrais les yeux, je voyais toute cette technologie autour de moi, toutes ces lumières, etc.
04:48Plus l'intubation. Je n'avais plus de lunettes, donc tout était flou autour de moi.
04:53Je ne pouvais pas parler parce que l'intubation bloque les cordes vocales.
04:58J'avais que l'audition. J'étais comme un amas de chair.
05:04La vie de Karim n'est plus en danger et les médecins ont réussi à sauver ses jambes, mais il
05:09ne sait pas s'il pourra remarcher un jour.
05:12Comme il ne peut pas parler à cause de l'intubation, l'infirmière en chef du service l'aide à
05:17communiquer.
05:18Elle récite l'alphabet et Karim tape de la main pour désigner des lettres et former des mots que l
05:24'infirmière note sur une ardoise.
05:26Quelques jours après son réveil, Karim n'a toujours pas de souvenirs de la soirée du 14 juillet et il
05:32ne sait toujours pas pourquoi il est dans cet état à l'hôpital.
05:37Je ne savais pas ce qui s'était passé. On m'avait dit que c'était un accident. Le fait
05:41de savoir que c'était un accident, ça m'a rassuré, presque.
05:43Comme si c'était de l'inattendu, enfin quelque chose qui n'était pas prémédité.
05:48Après, il y a mon frère qui est venu, qui m'a dit que c'était un fou. Il m
05:51'a dit que c'était un attentat, mais c'était un fou.
05:52Comme s'il voulait me rassurer. Et après, il m'a dit qu'il y a eu 80 morts.
05:56Quand il m'a annoncé qu'il y a eu 80 morts, j'en ai pleuré. Je ne sais pas
06:02pourquoi, mais je me suis vu dans cette foule.
06:04Je me suis dit, j'ai vécu une scène avec les enfants, mon ex-femme, etc., où 80 personnes, il
06:11y en a eu 86 en tout, je crois, sont mortes autour de moi et 400 blessés, etc.
06:16Et je suis là en vie, quoi.
06:19Après ça, ses enfants commencent à lui raconter ce qui s'est passé ce soir-là.
06:24Mon fils m'a dit que tout s'est passé en quelques secondes. On marchait en ligne droite. Tu t
06:29'es mis à crier, attention au camion fou.
06:31Je l'ai pris par l'épaule et je l'ai poussé côté rue. Lui-même en a profité pour
06:36pousser sa mère. J'ai poussé ma fille côté plage, mais il m'a manqué peut-être un dixième de
06:41seconde pour la rejoindre.
06:43Et à ce moment-là, le camion m'a percuté et m'a roulé sur les jambes.
06:48Mon fils s'est relevé quelques secondes après. Il m'a dit que je t'ai vu au sol, les
06:51bras en croient.
06:53Et quand il s'est approché, il m'a dit qu'on voyait tes os, les os de tes jambes.
06:57On voyait du sang jaillir de partout.
06:59Et après, les secours qui commençaient à arriver, le temps d'arrêter une ambulance et emmener en extrême urgence à
07:05l'hôpital Pasteur.
07:06Je suis rentré en coma pendant quelques jours.
07:12Malgré ce que lui raconte son entourage, Karim ne se souvient toujours de rien.
07:17On m'a ramené mon ordinateur.
07:18Et là, j'ai essayé de remonter un peu le fil.
07:20Et je suis parti dans, j'allais dire, dans une quête pour essayer de retrouver des images, des photos me
07:27concernant.
07:28Je voulais me voir sur place, quoi.
07:32Je passais des heures sur Internet à essayer de voir...
07:35J'avais fait quelques photos juste avant l'attentat.
07:37Donc j'ai les tenues de tous ceux qui étaient avec moi.
07:40Et dès que je vois quelqu'un qui est habillé un peu de la même façon, je zoome, je dézoome.
07:45J'ai tout essayé, rien.
07:46J'en ai fait défiler des milliers.
07:49Je ne me suis jamais vu.
07:50Donc je n'existe pas dans cet attentat.
07:52Je n'ai pas de souvenirs.
07:53Et pourtant, les blessures, les hospitalisations, tout est là, quoi.
07:58Je suis un peu comme une personne qui veut faire un deuil, quoi.
08:01J'ai besoin...
08:02Je sais que ça va me choquer quand je vais voir le camion, en images, me percuter.
08:06Mais au moins, je vais mettre des images dans mon esprit et voir ce qui s'est passé.
08:10Ça va me permettre de passer à autre chose, quoi.
08:12Les médecins retirent à Karim la sonde d'intubation et il peut recommencer à parler petit à petit.
08:18Il est toujours alité et on lui fait plusieurs greffes osseuses et greffes de peau.
08:23Il frôle l'amputation, mais les greffes prennent et Karim commence la rééducation.
08:29En septembre 2016, deux mois après l'attentat, il demande à être transféré dans un hôpital parisien pour se rapprocher
08:36de chez lui.
08:37Il est transféré en avion, puis en ambulance, à l'hôpital des Invalides à Paris.
08:44J'ai vu cette vue sur le pont Alexandre III.
08:47Je ne connaissais pas du tout les Invalides.
08:49Je n'ai jamais été aux Invalides.
08:50Je me suis dit que je vais passer plusieurs mois ici.
08:53Au début, de l'extérieur, ça m'a plu.
08:54Puis après, quand je suis arrivé dans les locaux, c'est tout vieux ici.
08:57Alors que j'avais quitté un hôpital moderne, je me suis dit que je ne tirerai pas le coup.
09:01Et finalement, je suis tombé sur un médecin, un docteur Le Guillou.
09:05Dès que je suis arrivé, il a mis une batterie de personnes autour de moi, une batterie de tests, d
09:12'examens.
09:12Il tenait absolument que je sois sur un fauteuil.
09:16Le lit, c'est fini.
09:17Ici, vous êtes là pour récupérer.
09:20Et on m'a mis tout de suite dans un fauteuil roulant.
09:23Et le lendemain, je crois, j'ai commencé à circuler.
09:25Et là, j'ai senti tout de suite l'autonomie.
09:29Mon programme, c'était qui naît le matin, qui naît l'après-midi.
09:32Et puis après, le reste du temps, je sortais.
09:34J'étais dans les Invalides, je découvrais les locaux.
09:37Je rôdais dans les Invalides.
09:39Après, j'ai commencé à tourner un peu autour.
09:41Et puis après, j'ai commencé à faire tous les musées autour, à aller à Montparnas.
09:46J'ai découvert Paris en fauteuil roulant électrique.
09:49J'aurais préféré vivre autre chose, mais ça m'a permis de bien me soigner.
09:54Karim est opéré à nouveau plusieurs fois à l'hôpital des Invalides.
09:58Et à chaque fois, malgré ses lourdes interventions, il se met en tête qu'un jour, il remarchera.
10:04Je passais mon temps aux Invalides, dans mon fauteuil roulant, à regarder les gens.
10:07Je me disais, voilà, celui-là, il marche à plat, celui-là, il marche comme ça.
10:11Il faut bien dérouler le pied, etc.
10:13Et j'avais tous ces exercices que je faisais.
10:16J'en faisais même trop, quoi.
10:17Je voulais remarcher, quoi.
10:18C'était mon objectif.
10:20J'étais présent à toutes les séances de kiné.
10:22Je faisais tous les exercices.
10:24Je les refaisais dans ma chambre.
10:25Je faisais un peu de sport.
10:26J'avais demandé à ce qu'on m'apporte des élastiques.
10:29Je faisais des étirements.
10:30Même dans ma chambre, on m'interdisait de me lever.
10:32Il y avait un radiateur en métal.
10:34Je me mettais, je calais mon fauteuil roulant.
10:36Et je me relevais juste pour voir ce qu'il y avait derrière la fenêtre.
10:40J'avais une belle cour en automne.
10:41Et je voulais absolument voir ce qu'il y avait dans cette cour.
10:43Je me suis levé à une aide-soignante qui est venue, qui m'a un peu engueulé, quoi.
10:47L'idée de retrouver la marche, c'était, ça devenait obsessionnel.
10:52Ah, c'était, mais je n'avais que ça en tête.
10:55Pour espérer remarcher, Karim doit attendre de pouvoir commencer sa rééducation dans l'eau,
11:00dans une piscine.
11:02Mais tant qu'il a des grèves de peau, il ne peut pas se baigner pour éviter les infections.
11:07Puis son médecin lui annonce qu'il n'y a plus aucun risque pour lui et qu'il peut aller
11:12dans l'eau.
11:13Au moment où j'ai le droit à la piscine, on vous prend dans un gros fauteuil qu'on soulève,
11:17on vous met dans l'eau.
11:18Et là, j'ai commencé à faire les premiers pas.
11:21Et là, j'ai eu comme une renaissance, quoi.
11:24L'idée que, alors c'était dans l'eau au début, par petits pas, etc.
11:27Mais je savais que je remarcherais et après, il a fallu attendre plusieurs semaines, plusieurs mois
11:33pour me relever aux Invalides et commencer petit à petit à remarcher, quoi.
11:39Une partie des Invalides est réservée à l'hôpital, mais d'autres parties du monument,
11:43un musée et une cathédrale par exemple, sont ouvertes à la visite.
11:48Karim commence par faire quelques pas avec un déambulateur dans le couloir devant sa chambre d'hôpital
11:52et petit à petit, il arrive à se déplacer à son rythme avec des béquilles dans les Invalides.
11:59Chaque jour, il regarde les escaliers qui mènent vers le premier étage du monument,
12:03ouverts au public, et il espère qu'un jour il réussira à aller grimper.
12:08Il se lance en mai 2017, deux mois après avoir recommencé à marcher.
12:15Je ne l'avais pas dit aux chirurgiens ni aux kinés, mais avec mes deux béquilles, marche après marche,
12:21j'ai réussi à monter, je crois que c'est une quinzaine de marches,
12:24et quand j'arrive en haut, j'ai enfin pu rentrer, et quand j'arrive, on me demande mon ticket.
12:30Et je dis, quel ticket ? Je dis, je suis à l'hôpital à côté, c'est gratuit.
12:34Non, non, monsieur, on ne peut pas vous laisser rentrer tant que vous n'avez pas de ticket.
12:36Et là, je me suis énervé.
12:39J'habite là, je regarde ces escaliers depuis des mois, j'ai envie de les monter,
12:44et là, au moment où j'arrive en haut, on me demandait un ticket.
12:47Et il y avait un touriste anglais, qui parlait français, qui a été me chercher un ticket,
12:52et après, les vigiles qui étaient à l'entrée se sont excusés, m'ont dit, on est désolé,
12:56on doit comptabiliser chaque personne.
12:58Je me suis rendu compte, c'est dur, ça fait...
13:00J'ai vu ces escaliers, je les ai observés, en me disant, 15 jours,
13:04j'arriverai à les monter, de septembre à mai.
13:08Karim rentre chez lui un mois plus tard, en juin 2017.
13:12Il n'a toujours aucun souvenir de l'attentat,
13:14et il continue d'essayer de trouver des vidéos
13:17où il pourrait comprendre ce qui s'est passé pour lui.
13:20Le 14 juillet 2017, il se rend à Nice, seul, un an jour pour jour après l'attentat.
13:28Je voulais deux choses.
13:29Je voulais retrouver le lieu où j'ai été percuté.
13:33Ce n'était même pas pour les commémorations, voir Emmanuel Macron, etc.
13:38C'était surtout mettre des images sur les lieux, retourner sur la promenade des Anglais,
13:42et avec mon fils, par téléphone, avec Google Maps, etc.
13:48À tel endroit, on était en face de telle chose, je lui ai montré la caméra, ça s'est passé.
13:53Non, il m'a dit, recule un peu, etc.
13:54J'ai mis des images sur les lieux où ça s'est passé.
13:58Il m'a dit, voilà, on était là à ce moment-là, c'est là où tu as poussé ma
14:01fille,
14:02vers l'escalier, c'est là où tu m'as poussé, etc.
14:05Donc voilà.
14:06Et je voulais retourner à l'hôpital.
14:08Je m'y suis rendu, je me présente, etc.
14:10Dans le couloir, je voyais des infirmiers ou des gens qui me croisaient,
14:14qui se retournaient, qui me regardaient.
14:16Sur le coup, je n'ai pas compris.
14:17Je me suis dit, mais ces personnes me connaissent, elles m'ont vu.
14:20L'infirmière en chef qui s'était bien occupée de moi, m'a pris dans ses bras.
14:24Elle était très émue parce qu'elle m'a dit, mais ça a été un choc pour vous,
14:28mais ça a été un choc énorme, mais ça reste un choc pour nous.
14:31Donc après, elle m'a tout raconté, elle m'a tout montré.
14:34Vous étiez dans telle chambre, c'était votre lit.
14:36Et après, il y a le chirurgien, elle m'a dit, vous allez voir le professeur machin
14:41qui vous a pris en charge quand vous êtes arrivé.
14:44Il me reçoit et je lui ai posé la question suivante en lui disant,
14:47mais ça a dû être un choc pour vous.
14:49Il m'a dit, toutes les personnes que j'ai reçues avant vous sont décédées.
14:52Il m'a dit, vous êtes la première personne que j'ai pu sauver.
14:57Ça m'a fait froid dans le dos, quoi.
14:59Et puis après, je suis monté en haut dans les étages.
15:01Et là, j'ai reconnu les visages, que là, c'est des personnes que je voyais.
15:04J'ai revu toutes les infirmières, etc.
15:06Et tout le monde était très ému, quoi, de me revoir,
15:08de se dire, voilà, le gars était là il y a un an.
15:10Il revient alors que j'étais au pronostic vital engagé, etc.
15:16Donc, ça a été un moment fort.
15:17Et j'avais besoin de ça.
15:23Six ans après, comment vous allez aujourd'hui ?
15:25Moi, ça va, très bien.
15:28J'ai envie d'être heureux, j'ai envie d'être bien.
15:31Donc, voilà, j'ai beaucoup voyagé.
15:33J'ai repris mon travail, j'ai essayé de rencontrer des gens, de sortir.
15:38Par contre, l'attentat est là tous les jours.
15:41Depuis six ans, il n'y a pas une journée où je n'y ai pas pensé.
15:44Tous les jours, je me touche la cuisse, les jambes, etc.
15:48Je ne pense pas à l'attentat en soi, mais ce moment est présent et sera présent tous les jours.
15:54Et il n'y a aucune raison que je sois larmoyant ou que je me plaigne.
16:00Tu étais un fil de la mort, tu as été un fil de l'amputation.
16:05Et pourtant, il y a quelque chose qui veille sur toi, qui fait que tu es là, tu es en
16:11vie.
16:23Ambre, est-ce qu'on sait comment vont ces enfants aujourd'hui, ces jumeaux qui ont 25 ans maintenant
16:28et qui avaient 18 ans au moment des faits ?
16:30Ça va mieux. Ils n'ont pas été touchés physiquement dans l'attentat,
16:33mais ils ont bien sûr été traumatisés par ce qui s'est passé, de voir leur père blessé dans cet
16:37état-là.
16:38Karim m'a dit que ça avait été difficile pour eux les premières années après l'attentat,
16:43surtout pour son fils, mais qu'aujourd'hui, ça allait beaucoup mieux.
16:46D'un mot, est-ce qu'il a conscience de les avoir sauvés avec ces gestes réflexes
16:49juste avant d'être lui-même percutés par le camion ?
16:52Alors je pense qu'il en a conscience, qu'il le sait, mais il ne m'en a pas vraiment
16:56parlé pendant l'interview.
16:57Et c'est un peu particulier pour lui parce qu'il n'a aujourd'hui encore aucun souvenir
17:02de ce qui s'est passé au moment de l'attentat.
17:04On l'a entendu dans ton sujet, Karim a envie de voir les images du moment où il a été
17:08percuté par le camion.
17:10Il en ressent le besoin. Est-ce qu'on sait si ces images existent ?
17:13Oui, elles existent. Karim m'a dit qu'il savait qu'il y avait des images de vidéosurveillance de l
17:18'attentat
17:19et que certaines victimes les avaient vues.
17:21Karim a demandé au juge à avoir ces images lui aussi, mais ça lui a été refusé.
17:25Et aujourd'hui, il redoute de devoir les regarder au procès.
17:29On ne sait pas encore si elles seront diffusées, mais c'est une possibilité.
17:32Et il m'a expliqué qu'il aurait préféré voir ces images dans l'intimité du bureau de son avocat,
17:37par exemple,
17:38et pas entouré de centaines de personnes dans une salle d'audience.
17:41Dernière question, est-ce qu'il a encore des séquelles physiques aujourd'hui ?
17:45Oui, il a encore des séquelles. Il a l'équivalent de 3 kg de tiges de métal dans les jambes.
17:49Et il a des cicatrices après les nombreuses opérations et les greffes de peau et les greffes osseuses qu'il
17:54a subies.
17:55Mais malgré ça, comme je le disais au début du sujet, il marche bien.
17:58Il n'a plus besoin de béquilles et il fait beaucoup de sport pour se maintenir en forme.
18:04Merci Ambre Rosala et merci à Carole Sterlet pour son aide.
18:08Cet épisode de Code Source a été produit par Thibault Lambert, réalisation Julien Moncouquiol.
18:14Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
18:16Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
18:19Si vous aimez Code Source, n'hésitez pas à le dire en laissant un commentaire
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