- il y a 10 heures
Bruno Dellinger était assis à son bureau du World Trade Center, au 47e étage de l’une des deux tours jumelles lorsqu’un premier avion s’est écrasé sur le bâtiment. Dans Code source, il revient sur cette matinée apocalyptique en plein cœur de Manhattan au micro d’Ambre Rosala.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'actualité de cette rentrée est marquée par le terrorisme, attaque à Kaboul, procès des attentats du 13 novembre en
00:19France
00:19et commémoration des attentats du 11 septembre qui ont fait près de 3000 morts aux Etats-Unis il y a
00:25tout juste 20 ans.
00:26Quatre avions détournés par des commandos d'Al-Qaïda projetés sur les tours jumelles à New York et sur le
00:32Pentagone près de Washington.
00:33Le quatrième appareil s'était écrasé en Pennsylvanie.
00:37Aujourd'hui, Codesource vous propose le témoignage de Bruno Délinger, 60 ans, un Français rescapé du 11 septembre.
00:44Il travaillait dans le World Trade Center ce jour-là. Il raconte son histoire au micro d'Ambre Rosala.
00:59Bruno Délinger m'accueille chez lui, dans sa maison de Crépy en Valois, une petite ville de l'Oise à
01:04environ 70 kilomètres de Paris.
01:06A l'intérieur, plusieurs œuvres d'art, des tableaux ou des sculptures qu'il n'a pas encore fini d
01:11'installer.
01:12Il a emménagé dans cette maison il y a à peine un mois avec ses deux enfants, Alexandre, 18 ans,
01:17et Tatiana, 16 ans, sa compagne et leur chien d'ici.
01:21Mais il habite dans l'Oise depuis son retour en France, des Etats-Unis, il y a une dizaine d
01:26'années.
01:27La vie de New York, c'est une vie trépidante, effectivement.
01:32Et le grand écart est difficile à vivre au début, d'habiter comme ça dans un petit endroit très calme.
01:40Il n'y a que de l'habitation, mais aussi une très belle nature.
01:45On a l'impression qu'il n'y a rien qui ne s'y passe. En fait, c'est beaucoup
01:47plus discret.
01:48Il y a beaucoup de choses qui se passent, et non pas avec l'exubérance de la vie new-yorkaise.
01:55Donc on apprend à apprécier ça aussi.
01:57Bruno Délinger est né près de Lyon.
01:59Enfant et adolescent, il déménage un peu partout en France, en Normandie, en région parisienne, ou encore dans la Drôme.
02:06Mais très vite, il tombe amoureux des Etats-Unis, où il a de la famille.
02:10Il y va plusieurs fois en vacances, mais ça ne lui suffit pas.
02:13Quand il a 22 ans, et alors qu'il fait des études de commerce, Bruno décroche un stage en Californie,
02:18et déménage à San Diego.
02:20J'ai adoré cette vie californienne.
02:23Pour le climat, pour le délire.
02:27Et j'en garde un très très beau souvenir.
02:29De pouvoir me promener en hiver en t-shirt, en moto.
02:33Et de liberté extraordinaire.
02:35A l'époque, on passait son permis moto, on achetait une moto, on passait un test, et on apprenait à
02:41conduire sur sa moto sans avoir encore le permis.
02:45Et on n'avait pas besoin d'assurance, et on n'avait pas besoin de casque.
02:48Tout était simple.
02:50Voilà, donc cette première impression de liberté a continué à m'imprégner tout le reste de ma vie.
02:55Son stage terminé, Bruno Délinger doit rentrer en France, pour terminer ses études.
03:00Une fois son diplôme en poche, il cumule les petits boulots et se met à écrire des romans.
03:05En 1991, il publie « En deux temps trois mouvements », un récit qui se termine par l'écroulement de
03:11deux tours de cristal dans l'Apocalypse.
03:14Après ça, Bruno tombe amoureux.
03:16Il repart pour les Etats-Unis pour rejoindre sa petite amie, cette fois-ci à New York.
03:21Et la première fois que je suis arrivé à New York, je n'ai pas aimé New York.
03:24À cause de la vitesse, à cause d'une certaine forme de brutalité dans les rapports entre les gens,
03:30où les gens se balancent les choses à la figure.
03:32À New York, on se parle très directement, on va vite et on va à droite au but.
03:37On ne perd pas de temps.
03:39Donc, ça a été un gros choc.
03:41J'ai passé la tête sous l'eau, littéralement, pendant un an, à ne pas aimer cette ville.
03:48Et à me dire que je ne m'y habituerai jamais.
03:51Et puis, en fait, on est effectivement la tête sous l'eau.
03:53C'est la ville qui est tellement écrasante, qui vous domine.
03:56Et du jour au lendemain, vous avez pris les réflexes des New Yorkais, vous avez appris la ville, les trucs,
04:01les machins.
04:03Et c'est vous qui dominez la ville et vous surfez dans la ville.
04:06Et alors là, ça devient un bonheur immense parce que c'est une ville aux ressources illimitées.
04:13Son histoire d'amour se termine et pendant plusieurs années, Bruno voyage un peu partout dans le monde.
04:18Mais il finit par rentrer à New York en 1997.
04:21Il a 36 ans et il fonde une entreprise, destinée à aider les sociétés américaines à investir en Europe et
04:27inversement.
04:28Il occupe d'abord un bureau qu'il paye très cher.
04:30Puis, il a l'opportunité de s'installer dans l'une des deux tours du World Trade Center, en plein
04:35cœur de Manhattan.
04:36Bien sûr, j'avais une certaine fierté à travailler dans le World Trade Center.
04:40Mais immédiatement, c'est devenu pour moi un lieu très particulier.
04:45J'ai trouvé un bureau au 47e étage.
04:48Mais un bureau là, somptueux, vraiment.
04:50C'était un grand loft sur la façade nord.
04:53Donc avec une vue à couper le souffle vraiment sur la rivière Hudson.
04:59Tout Manhattan en enfilade.
05:02Et voilà, comme un truc incroyable.
05:04Avec plein de lumière.
05:05Que des parois en verre.
05:08Une déco assez minimaliste, puisque j'avais des bureaux faits d'une plaque en verre.
05:13Puis une lampe Stark sur chaque bureau et c'était magnifique.
05:18On vivait dans le ciel, quoi.
05:20Et surtout, dans un calme très inhabituel pour New York, parce que les bruits ne nous arrivaient pas.
05:26On était trop haut dans le ciel.
05:28Donc c'était un espace paisible.
05:30D'abord, Bruno démarre son entreprise tout seul.
05:33Mais au fil des années, comme ça fonctionne plutôt bien,
05:35il se permet d'embaucher un, puis deux, puis jusqu'à six salariés pour travailler avec lui.
05:41Une journée du World Trade Center, c'était arriver le matin,
05:44dire bonjour aux gardiens en bas des ascenseurs,
05:48qui étaient des mecs super, qu'on connaissait tous.
05:54Prendre l'ascenseur, on arrive vers 8h30, 9h,
05:59avec le petit-déj, et dans la main, dans un sac en papier.
06:03Et on commence sa journée comme ça, et c'est très paisible.
06:08Pour le déjeuner, on allait très souvent à la cafétéria du World Trade Center.
06:12Il y avait une vue absolument merveilleuse.
06:14Nous qui avions la vue au nord, par exemple, c'était un bonheur d'aller voir la vue du sud,
06:19avec toute la rate de New York,
06:22et la statue de la liberté et toutes ces choses-là.
06:25C'était vraiment exceptionnel.
06:27Bruno vit à 100 à l'heure, partagé entre son travail, très prenant,
06:30sa vie amoureuse avec sa nouvelle compagne,
06:32et des allers-retours tous les 15 jours en Europe ou en Asie.
06:36Le matin du 11 septembre 2001,
06:38alors qu'il est rentré de France la veille,
06:40il se réveille très tôt.
06:41J'étais sur l'heure européenne,
06:43donc il fallait que je me lève, ça ne servait à rien, que je me rendors.
06:47Et je suis parti au bureau,
06:51et là j'avais une paire de chaussures à faire ressembler,
06:54donc je les déposais chez le Cordonnier.
06:56Il y avait une ville, de ville encore une fois, de petite ville dans ces tours,
07:01parce qu'en dessous des tours, il y avait tout un centre commercial
07:03avec des tas de petits commerces.
07:06Je dépose mes chaussures chez le Cordonnier,
07:09qui s'appelait Midas,
07:10c'est grec.
07:12Et Midas me donne son reçu.
07:14On a eu une petite conversation, et ainsi de suite.
07:17Puis je n'avais pas le temps sur le matin-là,
07:19il fallait vraiment que j'aille rapidement.
07:20Donc j'ai salué mon gardien d'ascenseur,
07:24discuté un peu, je suis monté.
07:26Et alors là, quand je suis arrivé dans le bureau,
07:29vraiment il y avait une très très belle lumière.
07:31D'abord c'était une très belle journée,
07:32parce qu'il ne faisait pas trop chaud, pas trop froid.
07:35C'était déjà une journée d'été indien.
07:39Donc j'ai été, après avoir regardé,
07:41mis en marche le bureau, tout ça,
07:43mis en marche les outils informatiques,
07:45j'ai été à mon bureau.
07:47Entre-temps, il y avait des employés qui sont arrivés,
07:50et moi j'ai démarré ma journée en prenant mes mails,
07:54en téléchargeant mes mails.
07:56Et au moment où je l'ai téléchargé,
07:58j'ai entendu le bruit strident des réacteurs d'avions,
08:02qui arrivaient sur la façade de mon bâtiment.
08:05Donc j'ai levé la tête et j'ai vu l'impact d'une certaine manière.
08:11Et aussitôt suivi par toute la façade qui s'écroulait.
08:16Il est 8h46, et un Boeing 767 vient de s'écraser dans la tour numéro 1,
08:21une cinquantaine d'étages au-dessus du sien.
08:24Le bâtiment s'est mis à tanguer très violemment.
08:27Et nous on avait tous l'habitude du World Trade Center
08:30qui tanguait en hiver quand il y avait du vent.
08:32Mais là, ça faisait peur tout de même.
08:35Et puis ça a duré très très longtemps.
08:36Parce que le temps que mon adjointe vienne dans mon bureau,
08:40il s'est bien écoulé 2 minutes.
08:42Et quand elle est venue dans mon bureau,
08:43il a fallu que je la tienne encore par les épaules.
08:45Tellement j'avais peur qu'elle se casse la figure.
08:47Tellement ça tanguait.
08:49Donc elle m'a dit, mais qu'est-ce qui se passe ?
08:51Et je lui ai dit, t'inquiète pas, c'est un avion.
08:53Ce qui a un côté surréaliste.
08:56Je pense à un avion qui s'est écrasé en 1945 sur l'Empire State Building.
09:02Un bombardier.
09:03Tous les New Yorkais connaissent cette histoire.
09:05Et l'Empire State Building est toujours là.
09:09Donc je n'ai pas d'inquiétude plus que ça.
09:12Nos bureaux, évidemment c'est un peu chamboulé.
09:14Il y a des œuvres d'art qui sont tombées, des trucs, des machins.
09:16Non mais les dalles de plafond dans le bureau lui-même sont pour la plupart restées en place.
09:22Alors que quand on sort dans le couloir et que mes employés ouvrent,
09:27là c'est immédiatement la dévastation.
09:29Il n'y a plus de dalles de plafond, tout s'est écroulé et ainsi de suite.
09:32Il y a des fluides qui coulent.
09:34Et du coup je leur dis de partir.
09:36Mais moi je reste dans mes bureaux parce que je ne suis pas inquiet.
09:39Puis il y a une fierté un peu mal placée du capitaine qui quitte le navire en dernier.
09:44Et je reste, donc je fais des sauvegardes informatiques, je ne m'inquiète pas.
09:51Jusqu'à ce que soudain il y ait une petite voix intérieure qui me dise qu'il faut partir.
09:58Donc j'ai pris mon ordinateur portable, je l'ai mis dans un tiroir.
10:03Et calmement je suis parti.
10:05J'ai regardé une dernière fois mon bureau qui était merveilleux.
10:08Et j'ai fermé la clé.
10:10Bruno emprunte un escalier.
10:12Et commence alors, du haut de son 47ème étage, une longue descente qui va durer une cinquantaine de minutes.
10:19Donc c'est une descente interminable, clairement.
10:22Dans une chaleur épouvantable avec des stroboscopes, des hurlements de sirènes,
10:28des grouillements de personnes qui descendent.
10:33Il y a des gens qui ont tellement chaud qu'ils sont torse nus.
10:35Il y a d'autres qui reçoivent des SMS quand il y a la deuxième attaque.
10:39Donc c'est quand même assez éprouvant.
10:42Mais tout ça se passe dans le calme et dans une atmosphère bon enfant,
10:45jusqu'à ce qu'on commence à voir des gens qui descendent des étages supérieurs en urgence.
10:53Donc ça crée une deuxième file.
10:56Parce que c'est des gens qui n'ont plus de cheveux, qui n'ont plus de peau, qui n
10:59'ont plus de vêtements, qui n'ont plus rien.
11:00Et qu'on descend en urgence.
11:03Donc là on comprend quand même que c'est grave.
11:06Et puis ensuite, on commence à être rejoint par des services de sécurité qui montent.
11:11Donc ça crée une troisième file.
11:13Donc c'est très dense dans des escaliers qui ne sont pas gigantesques.
11:18Voilà, on descend lentement, une marche après l'autre.
11:22Toc.
11:23Puis on attend.
11:25Puis on remarche.
11:26Parfois on fait deux ou trois marches.
11:28Puis on attend, on attend interminablement.
11:31Mais ça ne se bouscule pas.
11:34Et puis d'un seul coup, on arrive à une portion de l'immeuble qui est dévastée par l'eau.
11:38Et il y en a plein, les escaliers, ainsi de suite.
11:41Les gens sont obligés d'enlever leurs chaussures pour ne pas glisser.
11:44Et là ça s'accélère.
11:46Ça va beaucoup plus vite pour arriver au lobby.
11:51Quand on arrive dans le lobby, c'est la dévastation.
11:53Il n'y a plus rien.
11:54Tout est explosé.
11:55En fait, c'est un moteur d'avion qui est tombé par une cage d'incenseur qui a été s
11:59'exploser en bas.
12:00Ce bâtiment qui était rayonnant par la beauté de la lumière, des drapeaux qui symbolisaient toutes les nations.
12:07Tout est dévasté.
12:09Il n'y a plus une paroi en verre qui ne soit pas écroulée.
12:12Il y a les pompiers, il y a ceci, il y a cela.
12:14Mais tout est dévasté.
12:18Donc nous, on évacue par le centre commercial.
12:22Et on sort sur la rue.
12:25Et au moment où je sors, en bas de l'escalateur qui m'amène à la rue,
12:29il y a un officier qui hurle.
12:31Dépêchez-vous, ça va s'écrouler, ça va s'écrouler.
12:33On n'a jamais eu de message de panique.
12:35Mais là, le type est paniqué.
12:38Alors on sort dans la rue, je retourne ma tête et je vois la tour en feu.
12:41Et là, j'en crois pas mes yeux parce que je n'ai jamais cru que ça puisse être aussi
12:45grave.
12:46Et je fais un pas de plus.
12:48Je veux me retourner parce que je n'y crois pas.
12:51C'est ma tour.
12:54Et je ne vois pas la tour une deuxième fois.
12:57Parce qu'à ce moment-là, la tour numéro 2 qui est à 40 mètres de là, s'écroule.
13:02Alors ça fait un bruit, mais qui dépasse l'entendement.
13:06Et je me rappelle d'un endroit où il y a des piliers qui abritent un auvent.
13:11Où il y a des retraits automatiques de billets.
13:14Et je me dis, tiens, là-bas, peut-être que je peux me protéger.
13:17Et je cours là-bas.
13:20Et je me réfugie derrière ce pilier de vent.
13:23Et j'attends le monstre qui arrive.
13:24Alors là, le monstre, en fait, c'est comme un train qui arrive.
13:28Parce que ça fait un demi-kilomètre de poutrelle, de fumée, de poussière, de gravade,
13:36de tout ce que vous voulez, qui avance comme un espèce de truc.
13:40Et qui pousse comme une locomotive l'air devant lui.
13:44Donc d'abord, il y a cette espèce d'orage qui arrive avec toute l'air brassée qui vous frappe
13:49la figure.
13:50Et puis d'un seul coup, vous êtes engouffré.
13:52Et là, quand on est engouffré, c'est des choses qui dépassent tellement l'entendement que la raison ne comprend
13:58plus.
13:59Tout est devenu plus noir qu'une nuit.
14:01Et d'un seul coup, après le bruit, la fureur de cet effondrement,
14:07il n'y avait plus un bruit parce que l'air est devenu tellement épais qu'il ne vibrait plus.
14:14Donc, j'ai cru que j'étais mort.
14:17Bruno arrive à s'extirper de l'épais nuage de poussière.
14:19Il rentre chez lui, donne des nouvelles à ses parents et sa compagne, en déplacement professionnel,
14:24et apprend avec soulagement que tous ses employés sont sains et saufs.
14:28Et l'après-midi même, mes premiers coups de fil, ça a été d'appeler des amis en disant
14:34« Tiens, on vient de me péter mon bureau, là. Est-ce que tu n'aurais pas un bureau ?
14:37»
14:38Le déni total de tout ce qui venait d'arriver.
14:41Une partie de déni et puis une partie de désir d'immédiatement de répondre et de défiance.
14:50Et donc, moi, je n'aurais jamais pu me regarder dans ma glace si j'avais accepté,
14:57comme beaucoup de sirènes m'y encourageaient, déménager dans le New Jersey ou bien aller en France ou des choses
15:04comme ça.
15:04Non, il fallait que je reconstruise tout de suite.
15:07Parce que je ne pouvais pas abandonner mes employés.
15:09Et eux, de leur côté, ils ne voulaient pas m'abandonner non plus.
15:14Et on a trouvé des bureaux et en 15 jours, on a redémarré.
15:19Les mois qui suivent sont difficiles pour Bruno.
15:21Souvent, il a encore cette impression d'être mort.
15:24Et il a peur de devenir fou.
15:26Pendant longtemps, il se dit qu'il aurait préféré mourir plutôt que de vivre comme ça.
15:31En avril 2002, six mois après l'attentat, il se lance dans l'écriture d'un livre,
15:35World Trade Center, 47e étage, pour raconter ce qu'il a vécu.
15:40Il met moins de deux mois à écrire ce livre, qui agit comme une thérapie.
15:44Quelques mois plus tard, sa compagne tombe enceinte.
15:50Quand j'ai vu l'échographie de mon fils, ce petit être qui allait venir,
15:59ça, ça m'a beaucoup troublé.
16:01Je veux dire que j'étais peut-être encore...
16:05J'ai eu beaucoup de mal à résoudre toutes ces idées que l'humanité était quand même bien pourrie pour
16:13en arriver à faire des choses pareilles.
16:17Mais voir ce qui était déjà un petit être, sans défense, sans rien, ça attire la tendresse, ça fait appel
16:25à des ressorts qui ne sont plus du tout les mêmes
16:27et qui vous projettent dans un autre environnement.
16:31Alexandre naît en 2003 et Tatiana deux ans plus tard, en 2005.
16:35Ce sont vraiment des enfants du 11 septembre.
16:37Et je ne suis pas sûr que je n'aurais pas forcément eu des enfants.
16:42Peut-être, peut-être pas.
16:43Mais en tout cas, le 11 septembre a été un élément.
16:47Ça s'est un peu imposé à moi parce que je me disais, tiens, il faut que le monde se
16:51régénère
16:52et il faut que, au fond, peut-être que l'apport de gens, d'êtres qui seront moins tordus, moins
17:02pourris
17:03que ceux qui ont commis cet acte-là apporteront quelque chose au moins.
17:09Donc il y a quand même un peu de positif qui est ressorti de cette journée ?
17:13Ah mais je ne vis que par le positif de ces journées.
17:17Je ne vais pas oublier et ça fait partie de ma vie, quoi, cette journée du 11 septembre et les
17:22semaines, les mois qui suivent.
17:24Mais moi, pourquoi j'ai survécu, c'est parce que je ne vois que les choses positives du 11 septembre.
17:30Ce que j'ai vu de générosité, de soutien, de courage, d'héroïsme, c'est ça que je retiens du
17:3711 septembre.
17:39Ce n'est pas l'horreur de la journée. L'horreur de la journée a été difficile à digérer.
17:45Qu'est-ce qui reste 20 ans plus tard ? C'est comment on en est sortis.
17:49Et c'est ça qui m'intéresse. C'est toutes ces valeurs positives qui ont tiré le meilleur de nous
17:54-mêmes
17:55alors qu'elles auraient pu nous abattre et comment on a tué des êtres vivants
18:02mais qu'on n'a pas tué la vie. Ce n'est pas comme ça que ça se passe.
18:26Ambre, Bruno Délinger, qu'est-ce qu'il fait précisément aujourd'hui ?
18:30Aujourd'hui, il est directeur du développement économique de la communauté de communes du Pays de Valois.
18:35C'est la région où il habite.
18:37Ça reste un poste à responsabilité parce qu'il dirige une équipe.
18:42Mais ça lui permet quand même d'avoir une vie un peu plus tranquille
18:46que quand il était chef d'entreprise à New York.
18:49Par exemple, ça lui permet d'être plus souvent chez lui et de pouvoir s'occuper de ses enfants.
18:54Et surtout, c'est un métier qui lui permet aussi de se consacrer à sa passion, l'art contemporain.
19:00Et en ce moment, par exemple, il est en train de développer un parc de sculptures monumentales en plein air
19:06dans son département, dans l'Oise.
19:09Est-ce qu'il est encore en contact avec ses anciens salariés de New York ?
19:12Oui, 20 ans après, ils sont encore en contact.
19:15Il m'a dit qu'après les attentats, c'était devenu comme ses frères et sœurs pour lui.
19:20Donc, il s'appelle très régulièrement.
19:23Il s'appelle au moment de la date d'anniversaire des attentats en général.
19:27C'est devenu un petit rituel de savoir au téléphone à ce moment-là.
19:31Et cette année, Bruno va même aller les voir
19:34puisqu'il va se rendre à New York pour assister à la cérémonie de commémoration des attentats du 11 septembre
19:412001.
19:41Dernière question, Ambre, comment est-ce qu'il réagit face au retrait américain d'Afghanistan
19:45et au retour des talibans au pouvoir à Kaboul ?
19:48Il m'a dit que ça le rendait très triste.
19:51C'est juste après les attentats du World Trade Center
19:53que l'armée américaine avait envoyé des troupes en Afghanistan
19:56pour renverser les talibans au pouvoir.
19:58Donc, c'est des événements qui sont quand même très liés.
20:01Il m'a dit que les voir revenir au pouvoir 20 ans après,
20:04ça faisait remonter en lui beaucoup de choses,
20:07beaucoup de souvenirs qui sont très difficiles pour lui.
20:09Et surtout, il m'a dit qu'il ne comprenait pas
20:12comment le gouvernement américain avait pu retirer ses troupes d'Afghanistan
20:17sans rien préparer, d'après lui,
20:19et qu'il puisse laisser comme ça les talibans reprendre le pouvoir.
20:24Merci, Ambre Rosala.
20:26Codesources est le podcast quotidien du Parisien,
20:28disponible sur leparisien.fr
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20:36Cet épisode de Codesources a été produit par Thibaut Lambert,
20:39réalisation Julien Moncouquiol.
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